[Quoi de neuf] « La mobilisation est vouée à continuer car la colère est là »

Émission exceptionnelle de « Quoi de neuf » qui est à écouter en intégralité en podcast sur Divergence. Au moment où le pays vit un mouvement social inédit, historique, trois témoins relatent comment ils vivent les manifestations. Une étudiante engagée dans un syndicat et deux journalistes.

Françoise Verna : Comment envisagez-vous la suite de la mobilisation ? Je pense au 5 novembre, journée interprofessionnelle de grève et de mobilisation, dans lesquelles les revendications de la jeunesse seront centrales.

Enola Kraemer : Avec le SCUM, nous participons à l’appel du 5 novembre, en tant que syndicat, parce qu’on n’a pas obtenu satisfaction. Quand Macron a pris la parole à 20h, sa seule réponse est d’appeler au calme. On ne peut pas dire qu’il ait compris que les étudiants et les lycéens se mobilisent, qu’on est en colère. Donc, c’est une mobilisation qui est vouée à continuer. Aujourd’hui, on a à nouveau bloqué l’université Paul-Valéry à l’initiative des étudiants et étudiantes. Il y a également la faculté des sciences qui continue son occupation depuis deux semaines. Et ce matin, on a également bloqué la faculté d’économie, mais le président de l’université de Montpellier a décidé d’envoyer les CRS, donc le site a été débloqué.

Françoise Verna : Vous avez des points de convergence avec les lycéens ?

Enola Kraemer : On doit permettre fin à la sélection, à Parcoursup, à Mon master, parce qu’on devrait tous pouvoir étudier dans les filières de son choix. C’est 250 000 places qui devraient être ouvertes dans l’enseignement supérieur pour pouvoir garantir une possibilité aux étudiants et étudiantes de pouvoir étudier dans les études de leur choix. L’université Paul-Valéry de Montpellier est assez emblématique des universités françaises les moins bien dotées. Comment on peut justifier cet état de fait ? Actuellement, à Paul-Valéry, il nous manque 17 millions d’euros pour fonctionner correctement. L’État ne nous donne pas assez d’argent pour fonctionner correctement. Il ne veut pas financer des sciences sociales, des sciences humaines.

Françoise Verna : Yann Castanier, depuis 2016 jusqu’à aujourd’hui, vous avez été le témoin, en tant que photo-journaliste, des mouvements sociaux. Est-ce que vous avez pu constater une évolution de la réponse répressive policière ?

Yann Castanier : Ce qui va advenir, c’est qu’au fur et à mesure il y a de plus en plus de revendications face à un État qui ne répond pas. Et ensuite, ce qui va arriver, c’est les gilets jaunes. Il va y avoir un glissement qui va mener à la répression de manifestations par le LBD. La BRAV-M (Brigade de répression de l’action violente motorisée) est créée [unité spécialisée de la Police nationale. Créée en 2019, Ndlr.]. Du coup, ça fonce dans le tas, en permanence, pour pouvoir disperser, y compris quand il ne se passe rien. Je me rappelle les manifestations contre les retraites de 2022 ou 2023. Là, c’est l’incompréhension totale. On les voit charger même sur le cortège de la CGT et sur le service d’ordre de la CGT. Et puis, il va y avoir la logique des nasses qui se mettent en place, qui sont interdites, il faut préciser. Oui, elles sont interdites, mais elles sont utilisées en permanence. Cela consiste à isoler des personnes, à encercler des personnes par des CRS ou des gendarmes mobiles, et faire en sorte qu’elles ne puissent plus bouger, ni sortir pendant des heures.

Françoise Verna : Louis Laratte, vous avez couvert en tant que journaliste la manifestation parisienne, le 17 octobre. Avez-vous été surpris de la tournure de la journée ?

Louis Laratte : Ce qui a été vraiment inédit, c’est ce qui s’est passé bien avant que le rassemblement ait lieu et que les gens convergent vers la place de la République. En fait, la répression était déjà en marche. Alors que les personnes n’avaient pas encore débuté leur manifestation. Je pense que cela a surpris beaucoup de gens et surtout, ça a énervé pas mal de gens parce que la répression en manifestation, c’est un fait avéré.

Je pense que la majorité des gens qui viennent en manifestation sont au courant de comment ça se passe, que la répression, elle est là et que c’est quelque chose avec lequel il faut faire.

Là, je pense que beaucoup de gens étaient pris au dépourvu et ça a énervé beaucoup parce qu’au-delà de cette répression, c’est vraiment le droit de rassemblement et le droit de manifestation qui ont été entravés avant même que la manifestation ait lieu.

Françoise Verna : Peut-on dire que les manifestants étaient sidérés ?

Louis Laratte : Il y a beaucoup d’incompréhension, je pense, par rapport à la stratégie qui a été adoptée. Et en fait, la situation s’est tendue à un tel point qu’en fait, les CRS se sont eux-mêmes embourbés sur la place de la République, parce que les gens n’ont pas spécialement voulu en partir.

Les affrontements ont duré assez longtemps. Ça a commencé sur la place à peu près à midi et ça a duré avec une vraie intensité jusqu’à, je pense, 16-17 heures. C’était vraiment très, très violent. Ensuite jusqu’à tard dans la nuit, en parallèle, pas de police pour empêcher les magasins d’être pillés. Et j’en ai fait des kilomètres dans Paris.

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