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  • Repas à 1 euro : « Seuls les premiers arrivés seront servis »

    Repas à 1 euro : « Seuls les premiers arrivés seront servis »

    « Depuis la rentrée, on observe des files d’attente interminables à l’entrée des restos U », indique Théo Haffner, élu étudiant du Scum au Crous de Montpellier. « Tout le monde cherche des stratégies, en faisant plusieurs kilomètres pour aller sur des sites moins fréquentés ou en mangeant avant 10h30 ou après 14h pour espérer avoir de la place… »

    Face à l’explosion de la fréquentation des restaurants universitaires suscitée par la généralisation du repas à 1 euro (+ 48% depuis la rentrée par rapport à la rentrée 2025), le Centre national des œuvres universitaires (Cnous) a demandé « aux directeurs généraux des Crous, de s’assurer de la capacité maximale soutenable de chaque point de restauration ». Autrement dit, l’établissement de jauges au-delà desquelles les étudiants seront refusés. « Concrètement, cela veut dire que seuls les premiers arrivés seront servis », résume le Scum. « Au lieu de mettre les moyens nécessaires pour assurer le bon fonctionnement des structures de restauration et d’ouvrir sur des plages horaires plus étendues afin que tous les étudiants puissent bénéficier des repas à 1 euro, on choisit de restreindre ce droit en imposant ces jauges  », dénonce Théo Haffner.

    Le Scum en soutien des agents du Crous mobilisés

    « À Montpellier, par exemple, on n’a obtenu que 8% de recrutements supplémentaires, soit une rallonge de 20 équivalents temps plein sur toute l’académie pour absorber cette énorme augmentation de fréquentation. C’était sûr que les conditions de travail s’en ressentiraient », estime l’élu étudiant qui rappelle que le Scum était présent en soutien à la manifestation des agents du Crous le 22 septembre pour demander plus de moyens pour la mise en place du repas à 1 euro.

    Théo Haffner souligne par ailleurs que les distributions alimentaires réalisées par le Scum « ne désemplissent pas. L’année dernière on a distribué 15 000 colis, ce qui est énorme. Et cette année on prévoit d’en distribuer encore plus, avec une nouvelle distribution chaque mercredi à l’université Paul Valéry, qui affiche complet dès qu’on ouvre le formulaire d’inscription. Donc non seulement il y a un énorme besoin vis-à-vis de ce repas à un euro accessible à tous, mais il n’est pas suffisant. Car il y a aussi beaucoup d’étudiants qui, dans leur budget mensuel, n’ont même pas les 60 euros nécessaires pour manger deux repas par jour au Crous. C’est pour ça qu’à côté de ça, nous revendiquons une augmentation du budget dédié aux aides financières pour les étudiants et des mesures moins strictes pour l’application de ces aides. »

  • Le Scum poursuit son combat contre la précarité

    Le Scum poursuit son combat contre la précarité

    Deux mille six cents cinquante euros. C’est en 10 ans la perte de pouvoir d’achat annuelle d’un étudiant, alerte le Scum. Vendredi 28 août, devant le parvis de la faculté de médecine, le Syndicat de combat universitaire a dressé, étude de l’Union étudiante à l’appui, un constat alarmant sur la détérioration des conditions de vie des étudiants.

    En l’espace d’une décennie, le coût de la vie a bondi de 16,5 à 24,3% en fonction des villes pendant que les bourses n’étaient revalorisées que de 1% en 2021 puis 4% en 2022. Au mieux, elles s’élèvent à 633,5 euros plus 233 euros d’aide au logement tandis que le coût de la vie étudiante* à Montpellier était estimé à 1 165 euros mensuels en 2023. La hausse des loyers (+19,2% en 7 ans) impose aux étudiants un surcoût de 102 euros annuel. Et bien que les boursiers en sont exonérés, le montant élevé (105 euros soit +25 euros depuis 2018) de la taxe CVEC n’arrange rien.

    Le Crous n’étant en capacité de loger que 10% des jeunes et le parc privé étant trop onéreux, le Scum réclame « la construction massive de logements étudiants à des prix abordables ». Le porte-parole Vincent Pagano interpelle aussi le maire Michaël Delafosse (PS), « qui ne semble pas particulièrement préoccupé par la situation » sur la nécessité de « mettre en place des logements d’urgence ». L’an passé, au moins 150 étudiants s’étaient retrouvés sans toit. L’étudiant en 5e année de médecine déplore aussi la monétisation des parkings autour des facultés (150 euros l’abonnement annuel).

    La généralisation des repas à 1 euro effective à cette rentrée devrait apporter un peu d’air aux 80 000 étudiants montpelliérains, 15 000 Nîmois, 2 500 Biterrois et 2 200 Alésiens. Mais la mesure est insuffisante pour Théo Haffner-Martin. « On craint une saturation des structures du Crous qui se réserve le droit de diminuer le nombre de repas à 1 euro servis », tempère le porte-parole du Scum.

    La raison pour laquelle le syndicat s’apprête à reprendre ses distributions régulières de colis alimentaires. Elles auront lieu un vendredi sur deux à la cité U la Colombière ou au restaurant universitaire Triolet pour les distributions de pain. Côté Paul Valéry, les distributions se tiendront tous les mercredis de 13h30 à 14h30 dans l’espace La Ruche. L’an passé, 15 000 colis ont été distribués. « 41% des étudiants sautent des repas faute de moyens », rappelle Vincent Pagano.

    Des repas à 1 euro insuffisants

    Dès la rentrée, le Scum entend aussi poursuivre son soutien** aux « sans fac », victimes d’une sélection jugée « sociale et raciste ». Sans parler des frais d’inscription exponentiels pour les étudiants étrangers. « On compte 207 400 candidats pour 151 887 places sur MonMaster soit 23 615 places de moins qu’en 2025 ! », alerte Lison Galzin. « Les universités doivent s’adapter pour accueillir plus d’étudiants. La sélection doit être supprimée. Stop au tri social ! », harangue l’étudiante en 5e année de médecine.

    * Manif contre la suppression des APL mardi 15 (18h) devant la préfecture à Montpellier. **Réunions d’info : jeudi 10 (18h) salle J. Moulin (Paul-Valéry), vendredi 11 (18h) bâtiment 2 fac de droit.

  • Le Scum pointe une « sélection sociale et raciste »

    Le Scum pointe une « sélection sociale et raciste »

    Soixante-douze. C’est le nombre d’étudiants diplômés (Bac ou licence) sans affectation en licence ou master qui s’étaient tournés vers le Scum l’an passé, après avoir épuisé tous les records. Avec le coup de main du Syndicat de combat universitaire de Montpellier, 29 avaient fini par obtenir gain de cause dont 14 dans la filière de leur choix.

    Cette année, Kaïs Ait Addi craint une rentrée encore plus difficile. « Depuis juin, on reçoit des mails toutes les semaines. On a déjà plusieurs dizaines de cas d’étudiants sans affectation », rapporte le porte-parole du Scum.

    Il n’est pas étonné car cette impasse découle d’une politique nationale qui « réduit les places en master et ferme des licences ». Si l’Université de Montpellier (UM) et surtout Paul Valéry sont moins touchés, des étudiants d’autres villes dont les filières n’existent plus se rabattent dans l’Hérault, ce qui crée des tensions.

    Diplôme dévalorisé

    Les cas portés à connaissance du Scum ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Car la plateforme MonMaster incite les étudiants sans affectation à s’inscrire en phase complémentaire. Une sorte de liste d’attente avec faible chance de succès (si désistement) qui les fait poiroter jusqu’en octobre voire novembre. « C’est une manière de couper nos actions de contestation, de nous empêcher de lancer des procédures. Ça pousse aussi les étudiants à rester dans la ville où ils espèrent étudier donc à garder leur logement », précise Kaïs Ait Addi. Ce qui n’est pas sans conséquence, une année perdue pouvant être synonyme de perte de bourses par exemple.

    Le porte-parole du Scum dénonce un système de sélection qui va à l’encontre du « droit d’étudier » et qualifié par ailleurs « d’anti-sociale et raciste ». « Une étude [de l’Observatoire national des discriminations et de l’égalité dans le supérieur, Ndlr] démontre qu’avec un patronyme à consonance maghrébine ou subsaharienne, un étudiant a 8% de chance de moins de se voir proposer un master. Parfois, il n’a même pas de réponse ».

    Kaïs Ait Addi déplore que ce système jugé discriminant, instauré en 2018 avec Parcoursup, soit devenu la norme. « Les étudiants se font de plus en plus à cette sélection illégale qui dévalorise le diplôme. » Pour leur rappeler leurs droits, le Scum organise deux réunions d’information à l’UM (jeudi 10 septembre à 18h salle 2.3.04 bâtiment 2) et à Paul Valéry (vendredi 11).

  • [C’est l’été] Fabien Bon, figure du combat contre la précarité étudiante

    [C’est l’été] Fabien Bon, figure du combat contre la précarité étudiante

    On peut dire sans trop s’avancer que pas mal d’étudiants montpelliérains lui doivent quelque chose. Des années durant en première ligne du Syndicat de combat universitaire de Montpellier (Scum) et désormais plus en retrait, Fabien Bon fait partie de ceux qui ont contribué à améliorer le quotidien de nombreux jeunes universitaires en galère. « Sans l’action du Scum, certains ne mangeraient pas, d’autres ne seraient même pas inscrits à la fac », résume-t-il avec le sens du collectif.

    Au moment de regarder dans le rétroviseur de huit années qui lui ont permis de décrocher un master (management des universités et technologies de l’information à l’IAE) et bientôt une licence d’italien à Paul Valéry, Fabien Bon est « fier » des avancées glanées par son syndicat. Lequel n’était au départ «  qu’une poignée d’étudiants précaires en quête d’en aider d’autres  » avant de devenir un syndicat étudiant actif dans les deux universités de Montpellier.

    Pêle-mêle, il se souvient de la création de la commission d’exonération de Paul Va, qui permet le remboursement des frais d’inscription sur critères sociaux. De l’obtention en septembre 2025 de 10 jours de congé menstruels sans justificatif dans les deux universités. Ou encore des 15 000 colis alimentaires distribués en 2025.

    « La précarité, c’est l’histoire de ma vie »

    Bien sûr beaucoup d’autres combats doivent être poursuivis, à l’image de celui des « sans-fac », problématique exacerbée par l’arrivée de Parcoursup en 2018. « Chaque année on fait inscrire des étudiants grâce à notre mobilisation : en 2026, 29 plus une cinquantaine via des recours gracieux », calcule Fabien Bon avec un brin de fatalisme. « Parcoursup a instauré la sélection à l’université, l’élitisation de l’enseignement supérieur que défendent la plupart des présidents d’université même quand ils ont des moyens financiers. »

    À titre personnel, Fabien a payé le prix fort pour avoir osé défier le pouvoir et ce système libéral qui a vu l’État couper les universités de leur autonomie budgétaire dès 2011 avec la loi LRU. « J’ai subi la répression, j’ai été harcelé, frappé par des policiers », se souvient celui qui n’est pas né avec une cuillère d’argent dans la bouche. « J’ai toujours travaillé à côté pour payer mes études, dès le lycée où j’aidais ma mère. » Par la suite à la fac, Fabien a souvent fait appel à la solidarité étudiante pour trouver un toit. « J’étais hébergé chez des camarades. C’est vrai que je sors du stéréotype du jeune syndicaliste gauchiste fils à papa. La précarité, c’est l’histoire de ma vie. Je ne regrette pas mes choix, mon engagement. Mais arrive un moment où il faut dire stop, j’ai envie de manger à ma faim. »

    Pendant qu’il termine sa licence d’italien qu’il avait au départ entreprise dans l’espoir de se faire engager dans un hôtel de Rome, Fabien diversifie déjà ses activités professionnelles. Barman, il est aussi influenceur sur Instagram pour les boîtes de nuit et les festivals de musique techno. Animateur dans une résidence vacances des Menuires (Alpes) à ses heures perdues, le jeune homme ne s’interdit rien. Excepté peut-être le train-train d’un boulot administratif rébarbatif. « J’ai fait une alternance en management de projets. J’ai démissionné, ça ne me plaisait pas du tout. Je ne me vois pas dans un bureau. »

    Si Fabien laissera bientôt ses amis du Scum poursuivre le combat universitaire, il y a fort à parier qu’il restera animé par les luttes sociales. « On est plus politisés que les autres syndicats étudiants, on donne aussi à réfléchir sur l’ensemble de la société. » En 2023, le Scum défilait aux côtés de l’intersyndicale contre la réforme des retraites. « Il ne faut pas lâcher et continuer à se battre. »

  • Le Scum lance sa campagne contre la sélection à l’université

    Le Scum lance sa campagne contre la sélection à l’université

    « Nous le savons, des centaines d’étudiants vont nous contacter cet été afin d’essayer de trouver une solution », livre Théo Haffner-Martin, membre du Syndicat de combat universitaire de Montpellier (Scum). Au lendemain de la publication, les 2 et 3 juin, des résultats des plateformes d’admission en licence (Parcoursup) et en master (Monmaster), le premier syndicat étudiant représentatif des universités de Montpellier s’apprête, une nouvelle fois, à s’engager aux côtés des étudiants « sans fac ». « La rentrée de septembre sera placée sous le signe d’une lutte acharnée pour l’inscription de toutes et tous dans la filière de leur choix », prévient le représentant du Scum. Une lutte « organisée et coordonnée nationalement par de multiples syndicats de l’Union étudiante, dont le Scum, avec notamment deux nouvelles plateformes d’accompagnement et d’aide : stop-parcoursup.fr et stopmonmaster.fr », indique Kaïs Aitaddi.

    « Si les étudiants ont le niveau pour avoir validé leur licence, pourquoi ne pourraient-ils pas accéder au master ? S’ils ont eu leur bac, pourquoi ne pourraient-ils pas accéder à une licence ? », interroge Théo Haffner–Martin. « Le Scum croit en la valeur des diplômes que cette sélection remet forcément en question. »

    « Les quotas d’accueil n’augmentent pas »

    Selon le syndicat, « le nombre d’étudiants se retrouvant sans fac ne cesse de croître », avec, à la clé, pour les étudiants refoulés, « la perte des bourses, du logement du Crous, des aides liées au statut d’étudiant. Pour les étudiants étrangers, les conséquences sont encore plus lourdes, avec la perte du titre de séjour, entraînant l’impossibilité de travailler pour subvenir à ses besoins et la mise sous Obligation de quitter le territoire français (OQTF) », dénonce Théo Haffner–Martin. Parallèlement, « les quotas d’accueil de nos universités n’augmentent pas », déplore le syndicat, qui fait état de 23 615 places en moins en master et près de 10 000 places en moins en première année de licence par rapport à 2025.

    Dans les deux universités de Montpellier, le syndicat a accompagné, l’an dernier, 72 étudiants sans affectation en licence ou en master ayant épuisé tous les recours. « Un chiffre qui ne reflète absolument pas l’ampleur de la sélection », insiste Kaïs Aitaddi. « Nous avons pu faire inscrire 29 étudiants mobilisés, dont 14 dans la filière de leur premier choix », poursuit-il. Des inscriptions « obtenues par un rapport de force qui s’est instauré entre les étudiants mobilisés et les institutions », le Scum dénonçant « une répression de plus en plus importante des militantes et militants mobilisés contre la sélection », à travers, notamment, des mises en section disciplinaire.

    « Nous restons cependant déterminés à lutter contre cette sélection sociale et raciste », assurent les militants du Scum, qui appellent d’ores et déjà les étudiants sans affectation « à nous contacter via les réseaux sociaux ou par mail. (…) Nous avons fait inscrire près de la moitié des étudiants qui nous ont contactés cette année et nous comptons faire mieux pour l’année qui s’annonce ». Deux réunions sont déjà prévues à la rentrée de septembre pour organiser la mobilisation, le jeudi 10 à l’université Paul Valéry et le vendredi 11 à l’Université de Montpellier.

  • Les étudiants non européens passent à la caisse

    Les étudiants non européens passent à la caisse

    La nouvelle a été annoncée par le ministre de l’Enseignement supérieur le 20 avril dans un entretien donné au Parisien. Philippe Baptiste revient sur la hausse des frais d’inscription à l’université pour les étudiants extra-européens en annonçant un nouveau plan « Choose France For Higher Education » afin de favoriser l’attractivité de l’enseignement supérieur français.

    Si la mesure est sur la table depuis 2019 dans le cadre du plan « Bienvenue en France », les universités avaient une marge de manœuvre leur permettant d’exonérer jusqu’à 10% des étudiants non-boursiers. Toutefois, bon nombre d’établissements dépassaient ce seuil. Mais à partir de la rentrée prochaine, ce ne sera plus possible. Ainsi, les étudiants extra-européens vont donc devoir débourser 2 895 euros par an en licence contre 178 euros aujourd’hui et 3 941 euros en master contre 254 euros. Les universités conserveront néanmoins une exonération de 10% d’étudiants étrangers, qui viendra s’ajouter aux Bourses déjà distribuées par les établissements.

    « Ce n’est pas aux étudiants de payer pour l’université, l’État doit leur donner des moyens », s’indigne Enola Kraemer, du Syndicat de combat universitaire de Montpellier (Scum) à l’université Paul-Valéry. L’établissement montpelliérain compte actuellement 21% d’étudiants étrangers. « Étant donné qu’un étudiant sur deux est boursier, notre limite de 10% est atteinte rapidement. Et les universités qui dépassaient les 10% étaient déjà obligées de prendre des mesures de non-exonération. Nous, par exemple, on applique les droits différenciés. En mettant une exonération pour tout le monde, on était à 13% des effectifs étudiants lors de l’entrée en vigueur du dispositif. On a alors décidé d’exonérer tous les primo entrants et ensuite, tous ceux qui réussissaient, qui progressaient dans leurs études. N’étaient soumis aux droits différenciés que les étudiants qui échouaient », détaille Anne Fraïsse, présidente de l’université Paul-Valéry. Les exonérations ont néanmoins baissé au fil du temps, pour atteindre 11% des étudiants de la faculté montpelliéraine cette année.

    Les précaires pénalisés

    Pour justifier sa décision, le ministre évoque des frais d’inscription modestes comparé à d’autres pays, notamment l’Angleterre. Les sommes avancées représenteraient « 30% du coût de la formation » et le ministre entend ainsi récupérer 250 millions d’euros chaque année. Dans une situation budgétaire on ne peut plus délicate, les universités se retrouvent ainsi au pied du mur et n’ont d’autre choix que de s’exécuter. « Il y a un risque d’une mesure antisociale très évidente. Pour moi, le gros problème, c’est qu’on ne voit ça qu’à travers le prisme du financement insuffisant des universités, on cherche de l’argent et l’idée c’est d’en trouver dans la poche des étudiants. C’est extrêmement dangereux car il aurait fallu avoir une compensation sociale – un système de bourses par exemple – qui est absolument indispensable pour envisager ce genre de choses », poursuit Anne Fraïsse, qui craint que la mesure ne s’applique aux étudiants nationaux dans les prochaines années.

    Car en attendant et comme souvent, ce sont les plus précaires qui en pâtiront. « C’est une sélection sociale et raciste qui s’opère. Certains vont devoir s’endetter, se salarier alors que l’on sait que le salariat étudiant est l’une des premières causes de l’échec scolaire. C’est scandaleux », fait valoir Enola Kraemer. Le Scum s’est d’ailleurs mobilisé pour dénoncer ces frais différenciés, le 30 avril, devant la préfecture à Montpellier. Une pétition nationale* a été lancée et une opération coup de poing est prévue le 4 mai, à l’Université Paul-Valéry, afin d’interpeller les étudiants.

  • Les étudiants mobilisés contre la hausse des loyers

    Les étudiants mobilisés contre la hausse des loyers

    Aujourd’hui, le premier poste de dépense pour les étudiants est leur logement », soupire Enola Kraemer. Alors pour la représentante du Scum, syndicat étudiant à Montpellier, la dernière hausse des loyers Crous ne passe pas.

    « C’est la quatrième fois en trois ans que le Crous augmente les loyers de son parc. Là, c’est une hausse de 1,4%, ce qui représente environ 30 euros par mois. Alors que la précarité étudiante ne cesse d’augmenter », poursuit la vice-présidente étudiante de l’université Paul-Valéry. Soit environ 350 euros à l’année. Pour faire entendre leur colère, les syndicats étudiants* se sont donc rassemblés devant les grilles du rectorat le 11 mars, lors du conseil d’administration du Crous Occitanie qui a entériné cette augmentation des loyers. Les étudiants, qui ne représentent que sept sièges dans un conseil de 23 membres, n’ont pas pu faire capoter le vote.

    Si la précarité augmente en France ces dernières années, force est de constater que les étudiants sont touchés de plein fouet. « Lors de nos distributions alimentaires, on voit des centaines d’étudiants faire la queue pendant plus d’une heure pour des paquets de pâtes, du pain et des conserves. Et on doit refuser du monde car nous n’avons pas la capacité de donner à tout le monde, ce qui est scandaleux dans une puissance économique comme la nôtre », constate amèrement Fabien Bon, membre du Scum.

    Des loyers impayés

    Les étudiants étrangers extra-européens sont encore moins bien lotis. Dans un contexte de xénophobie latente portée par la droite et l’extrême droite, ces derniers sont encore plus précarisés. « On leur a supprimé les APL [Aides personnalisées au logement, Ndlr]. Or, ils sont déjà surreprésentés dans la précarité étudiante. Ils sont donc obligés de travailler pour financer leurs études », poursuit Enola Kraemer. Mais même avec un travail – près de la moitié des étudiants exercent une activité salariée parallèlement à leurs études – certains n’arrivent pas à joindre les deux bouts. « Des gens se retrouvent avec 100 euros de reste à vivre pour le mois entier. Dans les logements du Crous de Montpellier, il y a une augmentation de près de 50% des loyers impayés, ce qui représente 130 000 euros. Cette nouvelle hausse est totalement scandaleuse », fait valoir Floriane Dahan-Torralbo, membre du Poing levé, autre syndicat étudiant. Dénonçant une « logique de tri social » opéré par le Crous, les syndicats demandent le gel des loyers et l’annulation des impayés, avant de mettre en place une baisse progressive qui irait « jusqu’à 150 euros par mois pour 9 m² ».

    *Scum, Le Poing levé, RUSF.

  • Un million de candidats face à la machine Parcoursup

    Un million de candidats face à la machine Parcoursup

    Depuis 2018, Parcoursup est présenté comme un outil au service de l’égalité des chances dans l’accès à l’enseignement supérieur. La plateforme centralise, organise et affecte les vœux des candidats, qui peuvent en formuler jusqu’à dix.

    Près de 14 000 licences sont proposées sur un total d’environ 25 000 formations. Comme l’explique Nagui Bechichi, économiste de l’éducation rattaché à l’Institut des politiques publiques et cofondateur de l’outil en ligne gratuit SupTracker. « Il y a de la place pour tout le monde, mais pas nécessairement au même endroit. » Les chiffres le confirment : en 2025, 18% des lycéens ont dû recourir à la phase complémentaire, faute de places dans les filières en tension.

    Critères de sélection

    Mais comment la machine classe-t-elle un million de candidats ? Chaque formation dispose de sa propre « recette » pour classer les dossiers, aidée par un algorithme. C’est sur la base de ce classement pédagogique que les propositions d’admission sont ensuite envoyées aux candidats. Sur Parcoursup, les établissements s’appuient généralement sur plusieurs critères : les résultats scolaires de première et de terminale, l’avis du lycée, et la fiche Avenir. Remplie lors du conseil de classe du deuxième trimestre, cette dernière indique si les vœux formulés sont en adéquation avec le profil du candidat. Les rubriques « projet de formation motivé » et « activités et centres d’intérêt » permettent également d’évaluer cette adéquation entre les vœux et le projet de l’élève et sont très importantes.

    Une sélection contestée

    Plusieurs élèves pointent un manque de concertation et d’information à ce sujet. « On ne parle pas du tout de ça en cours », rétorque Samia, lycéenne en ST2S à Montpellier. Avant même l’ouverture de la phase d’admission, les règles du jeu sont posées. Les rectorats imposent aux établissements plusieurs critères qui pèsent directement sur l’accès aux formations. Un taux minimal de boursiers, d’abord. Les élèves bénéficiant d’une bourse de lycée plus sélective que celle du supérieur sont favorisés sur Parcoursup. Un taux maximal de non-résidents, ensuite. La proximité géographique est privilégiée. À dossier équivalent, un candidat hors académie part avec un handicap. Résultat : un candidat moins bien classé peut être appelé avant un autre pourtant mieux noté, simplement pour respecter ces taux.

    Les établissements établissent bien un classement pédagogique. Mais l’ordre d’appel final, lui, propose une autre lecture. Une critique portée également par le Scum (Syndicat de combat universitaire de Montpellier). « Pourquoi est-on sélectionné, et sur quelle base ? » Pour le syndicat, cette sélection repose sur des inégalités systémiques, économiques et culturelles, une logique qu’il qualifie de « sociale et raciste ». Selon le Scum, si cette sélection existe, c’est avant tout parce qu’il n’y a pas assez de places et que les universités ne disposent pas des moyens nécessaires pour en créer davantage. Malgré 25 000 formations, les universités, sous-dotées (environ 10 500 euros par étudiant), réduisent parfois leurs places en L1 de 5 à 10% faute de moyens, un contraste avec le discours « place pour tous ».

  • [Entretien] Enola Kraemer : « La précarité étudiante croît de jour en jour, la situation devient alarmante »

    [Entretien] Enola Kraemer : « La précarité étudiante croît de jour en jour, la situation devient alarmante »

    Majoritaire dans l’académie avec 4 élus étudiants sur 7 et un vice-président étudiant au Crous, le Scum, né en 2014, entend « poursuivre et engager plus en avant le travail qu’il fait depuis plusieurs années au service des étudiantes et étudiants de l’université Paul-Valéry ».

    La Marseillaise : Comment le Scum lutte-t-il contre la précarité étudiante, l’un de ses principaux chevaux de bataille ?

    Enola Kraemer : La précarité étudiante croît de jour en jour, la situation devient alarmante. Le Scum la combat grâce à différentes actions de solidarité, au premier rang desquelles les distributions alimentaires. Durant l’année universitaire 2024-2025, nous avons distribué plus de 15 000 colis alimentaires, avec au moins 300 étudiants présents à chaque distribution. Le 7 novembre, ils étaient même 380 à faire la queue pendant deux heures… On a également ouvert, fin septembre, une épicerie gratuite au centre universitaire Du Guesclin, antenne de l’université Paul-Valéry à Béziers. Des produits alimentaires y sont proposés en libre service et sans conditions. On se bat aussi contre la précarité menstruelle en organisant de façon ponctuelle des distributions de protections périodiques bio et lavables, car on sait que ça représente chaque mois une part non négligeable du budget des personnes menstruées.

    La Marseillaise : Quid des frais d’inscription ?

    E.K. : Ils ont augmenté de 4,71% en licence et 4,53% en master depuis 2023. Comme les années précédentes, nous aidons les non-boursiers à constituer des dossiers de demandes de remboursement de frais d’inscription auprès de la commission d’exonération.

    La Marseillaise : La crise du logement accentue également les difficultés financières des étudiants…

    E.K. : La question du logement est un de nos gros sujets de rentrée. Chaque année, entre 100 et 200 étudiants viennent nous trouver car ils sont dans l’incapacité de se loger. Les logements Crous, dont nous dénonçons l’augmentation des loyers, ne peuvent accueillir que 10% des étudiants montpelliérains. Quant au parc privé, les loyers sont inaccessibles, au point que ce poste représente environ 70% du budget étudiant. Il y a un besoin urgent de construire massivement des logements étudiants publics à des prix abordables.

    La Marseillaise : Le Scum est également à l’origine de la mise en place, depuis septembre, d’un congé menstruel à l’université Paul Valéry ?

    E.K. : C’est une grosse avancée, car les règles douloureuses peuvent entraîner des absences considérées comme “non-justifiées” pouvant avoir des conséquences sur le cursus universitaires des personnes concernées. Ce congé menstruel consiste en une autorisation d’absence valable pour les cours et les examens, plafonnée à 10 jours par an à raison d’un à deux jours par mois pour toutes les personnes menstruées. Sans justificatif médical.

    La Marseillaise : Le Scum se mobilise également chaque année, à la rentrée, aux côtés des « sans fac »

    E.K. : C’est une de nos campagnes principales. Chaque année des étudiants se retrouvent sans licence ou sans master alors qu’ils ont eu leur Bac ou validé leur licence. Ce principe de sélection est une violation du droit à la poursuite d’études. Nous nous mobilisons donc à chaque rentrée pour que ces
    « sans fac » puissent s’inscrire dans la filière de leur choix. Sur une soixantaine d’étudiants dans cette situation cette année, on a réussi à en faire inscrire à peu près la moitié, grâce à des recours gracieux ou en allant voir les enseignants à la tête des masters. Mais on s’est heurté à une plus grosse répression de la part des universités.

    La Marseillaise : Outre la poursuite de ces combats, le Scum porte-t-il de nouveaux projets ?

    E.K. : On souhaiterait mettre en place des distributeurs de produits d’hygiène (brosse à dents, gel douche, shampooing…), comme ça a été le cas par exemple à l’université de Toulouse. Quelque chose de très concret là aussi pour lutter contre le précarité étudiante. On aimerait également mettre en place une véritable épicerie gratuite sur le campus (actuellement elle fonctionne sur critères sociaux), obtenir la mise en ligne de l’intégralité des supports de cours et faire en sorte que l’IVG médicamenteuse soit possible au sein des services de médecine préventive sur les campus.

  • Les étudiants étrangers bientôt privés d’APL ?

    Les étudiants étrangers bientôt privés d’APL ?

    Plusieurs études ont démontré la vulnérabilité économique et sociale des étudiants dans un contexte inflationniste et de diminution constante des aides financières de l’État. Une population au sein de laquelle les étudiants internationaux sont parmi les plus mal lotis. Pourtant, si le projet de loi de finances 2026 est voté en l’état, quelque 300 000 étudiants extracommunautaires non boursiers perdront leur droit à l’aide personnalisée au logement (APL) d’ici à la prochaine rentrée universitaire. Une perte évaluée entre 100 et 250 euros par mois.

    « Ce n’était pas suffisant de leur imposer des frais d’inscription jusqu’à 16 fois plus élevés que pour leurs homologues européens », dénonce le Syndicat de combat universitaire de Montpellier (Scum), en référence au dispositif ironiquement intitulé « Bienvenue en France », mis en place en 2018. « Suite à des mobilisations partout en France, l’application de cette hausse des frais d’inscription avait été laissée au choix des universités. À Montpellier, suite à une lutte de longue haleine, le Scum avait obtenu que les deux universités n’appliquent pas ces frais d’inscription différenciés », rappelle le syndicat étudiant. « Il était aussi insuffisant pour le gouvernement d’attaquer les étudiantes et étudiants internationaux avec la « loi immigration  », en instaurant des statuts discriminatoires et des restrictions financières », dénonce-t-il.

    Alors que, « dans les années récentes », le nombre d’étudiants bénéficiaires des APL « est passé de 900 612 (34%) à 730 000 (25%) en 2024 », cette réforme constituerait « une nouvelle coupe brutale dans l’aide au logement étudiant », dénonce le Scum qui « alerte sur cette proposition raciste promouvant la préférence nationale  » et relaie une pétition* lancée par la Fondation pour le logement des défavorisés (ex Fondation Abbé Pierre).

    « Cette exclusion des APL intervient alors que les étudiants étrangers sont déjà confrontés à une grande précarité. D’après l’Observatoire de la vie étudiante (OVE), 62% ont eu recours à l’aide alimentaire ou en auraient eu besoin, contre 22% des étudiants français », dénonce la pétition. « Aujourd’hui, c’est un véritable parcours du combattant pour être admis à l’Université et obtenir un visa, précarité financière explosive, discriminations dans l’accès au logement ou à l’emploi, frais d’inscription exorbitants à payer depuis Bienvenue en France, difficultés pour les démarches administratives et en particulier pour les renouvellements de titres de séjour : désormais, leur accès à un logement digne, déjà difficile, sera rendu presque impossible ». Réunis dans un collectif national « APL en danger  », associations, syndicats (parmi lesquels le Scum), parlementaires, universitaires appellent donc le Parlement à rejeter ce funeste article 67 du projet de loi de finances.

    * « Non à la suppression des APL pour les étudiant·es étranger·es  !  » sur Change.org