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  • Les lycéens et les étudiants restent mobilisés

    Les lycéens et les étudiants restent mobilisés

    En raison des vacances de la Toussaint, les lycées sont fermés jusqu’au lundi 2 novembre. Cela n’a pas empêché les différents collectifs d’élèves de se structurer en une Coordination lycéenne de Montpellier (CLM). Une délégation devait se rendre à Paris le jeudi 29 octobre pour une assemblée générale nationale.

    Les étudiants sont également en congé. Le collectif « UM en lutte » occupait tout de même le bâtiment 36 du campus Triolet de la faculté des sciences pour y organiser des conférences, des ateliers et des AG. Par ailleurs, selon le collectif, « l’activité a repris sur le campus par l’entrée rue du Truel et les barricades des autres entrées n’ont pas été levées ».

    Quant aux annonces gouvernementales du 26 octobre, pour Chloé Binot, porte-parole du collectif lycéen « Joffre Engagé•es », membre de la CLM, « c’est un cache-misère pour calmer la colère sociale. Ça ne marchera pas ». Théo Haffner-Martin, membre du Syndicat de combat universitaire de Montpellier (Scum), estime de son côté que « très peu de solutions sont données ». La CLM et le Scum revendiquent toujours les « 10 mesures d’urgence » portées par l’Union étudiante.

    Convergence des luttes

    Les actions à mener le jour de la rentrée sont en discussion. La CLM et le Scum appellent d’ores et déjà à rejoindre les cortèges du samedi 31 octobre et du jeudi 5 novembre.

  • [Quoi de neuf] « La mobilisation est vouée à continuer car la colère est là »

    [Quoi de neuf] « La mobilisation est vouée à continuer car la colère est là »

    Émission exceptionnelle de « Quoi de neuf » qui est à écouter en intégralité en podcast sur Divergence. Au moment où le pays vit un mouvement social inédit, historique, trois témoins relatent comment ils vivent les manifestations. Une étudiante engagée dans un syndicat et deux journalistes.

    Françoise Verna : Comment envisagez-vous la suite de la mobilisation ? Je pense au 5 novembre, journée interprofessionnelle de grève et de mobilisation, dans lesquelles les revendications de la jeunesse seront centrales.

    Enola Kraemer : Avec le SCUM, nous participons à l’appel du 5 novembre, en tant que syndicat, parce qu’on n’a pas obtenu satisfaction. Quand Macron a pris la parole à 20h, sa seule réponse est d’appeler au calme. On ne peut pas dire qu’il ait compris que les étudiants et les lycéens se mobilisent, qu’on est en colère. Donc, c’est une mobilisation qui est vouée à continuer. Aujourd’hui, on a à nouveau bloqué l’université Paul-Valéry à l’initiative des étudiants et étudiantes. Il y a également la faculté des sciences qui continue son occupation depuis deux semaines. Et ce matin, on a également bloqué la faculté d’économie, mais le président de l’université de Montpellier a décidé d’envoyer les CRS, donc le site a été débloqué.

    Françoise Verna : Vous avez des points de convergence avec les lycéens ?

    Enola Kraemer : On doit permettre fin à la sélection, à Parcoursup, à Mon master, parce qu’on devrait tous pouvoir étudier dans les filières de son choix. C’est 250 000 places qui devraient être ouvertes dans l’enseignement supérieur pour pouvoir garantir une possibilité aux étudiants et étudiantes de pouvoir étudier dans les études de leur choix. L’université Paul-Valéry de Montpellier est assez emblématique des universités françaises les moins bien dotées. Comment on peut justifier cet état de fait ? Actuellement, à Paul-Valéry, il nous manque 17 millions d’euros pour fonctionner correctement. L’État ne nous donne pas assez d’argent pour fonctionner correctement. Il ne veut pas financer des sciences sociales, des sciences humaines.

    Françoise Verna : Yann Castanier, depuis 2016 jusqu’à aujourd’hui, vous avez été le témoin, en tant que photo-journaliste, des mouvements sociaux. Est-ce que vous avez pu constater une évolution de la réponse répressive policière ?

    Yann Castanier : Ce qui va advenir, c’est qu’au fur et à mesure il y a de plus en plus de revendications face à un État qui ne répond pas. Et ensuite, ce qui va arriver, c’est les gilets jaunes. Il va y avoir un glissement qui va mener à la répression de manifestations par le LBD. La BRAV-M (Brigade de répression de l’action violente motorisée) est créée [unité spécialisée de la Police nationale. Créée en 2019, Ndlr.]. Du coup, ça fonce dans le tas, en permanence, pour pouvoir disperser, y compris quand il ne se passe rien. Je me rappelle les manifestations contre les retraites de 2022 ou 2023. Là, c’est l’incompréhension totale. On les voit charger même sur le cortège de la CGT et sur le service d’ordre de la CGT. Et puis, il va y avoir la logique des nasses qui se mettent en place, qui sont interdites, il faut préciser. Oui, elles sont interdites, mais elles sont utilisées en permanence. Cela consiste à isoler des personnes, à encercler des personnes par des CRS ou des gendarmes mobiles, et faire en sorte qu’elles ne puissent plus bouger, ni sortir pendant des heures.

    Françoise Verna : Louis Laratte, vous avez couvert en tant que journaliste la manifestation parisienne, le 17 octobre. Avez-vous été surpris de la tournure de la journée ?

    Louis Laratte : Ce qui a été vraiment inédit, c’est ce qui s’est passé bien avant que le rassemblement ait lieu et que les gens convergent vers la place de la République. En fait, la répression était déjà en marche. Alors que les personnes n’avaient pas encore débuté leur manifestation. Je pense que cela a surpris beaucoup de gens et surtout, ça a énervé pas mal de gens parce que la répression en manifestation, c’est un fait avéré.

    Je pense que la majorité des gens qui viennent en manifestation sont au courant de comment ça se passe, que la répression, elle est là et que c’est quelque chose avec lequel il faut faire.

    Là, je pense que beaucoup de gens étaient pris au dépourvu et ça a énervé beaucoup parce qu’au-delà de cette répression, c’est vraiment le droit de rassemblement et le droit de manifestation qui ont été entravés avant même que la manifestation ait lieu.

    Françoise Verna : Peut-on dire que les manifestants étaient sidérés ?

    Louis Laratte : Il y a beaucoup d’incompréhension, je pense, par rapport à la stratégie qui a été adoptée. Et en fait, la situation s’est tendue à un tel point qu’en fait, les CRS se sont eux-mêmes embourbés sur la place de la République, parce que les gens n’ont pas spécialement voulu en partir.

    Les affrontements ont duré assez longtemps. Ça a commencé sur la place à peu près à midi et ça a duré avec une vraie intensité jusqu’à, je pense, 16-17 heures. C’était vraiment très, très violent. Ensuite jusqu’à tard dans la nuit, en parallèle, pas de police pour empêcher les magasins d’être pillés. Et j’en ai fait des kilomètres dans Paris.

  • Repas à 1 euro : « Seuls les premiers arrivés seront servis »

    Repas à 1 euro : « Seuls les premiers arrivés seront servis »

    « Depuis la rentrée, on observe des files d’attente interminables à l’entrée des restos U », indique Théo Haffner, élu étudiant du Scum au Crous de Montpellier. « Tout le monde cherche des stratégies, en faisant plusieurs kilomètres pour aller sur des sites moins fréquentés ou en mangeant avant 10h30 ou après 14h pour espérer avoir de la place… »

    Face à l’explosion de la fréquentation des restaurants universitaires suscitée par la généralisation du repas à 1 euro (+ 48% depuis la rentrée par rapport à la rentrée 2025), le Centre national des œuvres universitaires (Cnous) a demandé « aux directeurs généraux des Crous, de s’assurer de la capacité maximale soutenable de chaque point de restauration ». Autrement dit, l’établissement de jauges au-delà desquelles les étudiants seront refusés. « Concrètement, cela veut dire que seuls les premiers arrivés seront servis », résume le Scum. « Au lieu de mettre les moyens nécessaires pour assurer le bon fonctionnement des structures de restauration et d’ouvrir sur des plages horaires plus étendues afin que tous les étudiants puissent bénéficier des repas à 1 euro, on choisit de restreindre ce droit en imposant ces jauges  », dénonce Théo Haffner.

    Le Scum en soutien des agents du Crous mobilisés

    « À Montpellier, par exemple, on n’a obtenu que 8% de recrutements supplémentaires, soit une rallonge de 20 équivalents temps plein sur toute l’académie pour absorber cette énorme augmentation de fréquentation. C’était sûr que les conditions de travail s’en ressentiraient », estime l’élu étudiant qui rappelle que le Scum était présent en soutien à la manifestation des agents du Crous le 22 septembre pour demander plus de moyens pour la mise en place du repas à 1 euro.

    Théo Haffner souligne par ailleurs que les distributions alimentaires réalisées par le Scum « ne désemplissent pas. L’année dernière on a distribué 15 000 colis, ce qui est énorme. Et cette année on prévoit d’en distribuer encore plus, avec une nouvelle distribution chaque mercredi à l’université Paul Valéry, qui affiche complet dès qu’on ouvre le formulaire d’inscription. Donc non seulement il y a un énorme besoin vis-à-vis de ce repas à un euro accessible à tous, mais il n’est pas suffisant. Car il y a aussi beaucoup d’étudiants qui, dans leur budget mensuel, n’ont même pas les 60 euros nécessaires pour manger deux repas par jour au Crous. C’est pour ça qu’à côté de ça, nous revendiquons une augmentation du budget dédié aux aides financières pour les étudiants et des mesures moins strictes pour l’application de ces aides. »

  • Le Scum poursuit son combat contre la précarité

    Le Scum poursuit son combat contre la précarité

    Deux mille six cents cinquante euros. C’est en 10 ans la perte de pouvoir d’achat annuelle d’un étudiant, alerte le Scum. Vendredi 28 août, devant le parvis de la faculté de médecine, le Syndicat de combat universitaire a dressé, étude de l’Union étudiante à l’appui, un constat alarmant sur la détérioration des conditions de vie des étudiants.

    En l’espace d’une décennie, le coût de la vie a bondi de 16,5 à 24,3% en fonction des villes pendant que les bourses n’étaient revalorisées que de 1% en 2021 puis 4% en 2022. Au mieux, elles s’élèvent à 633,5 euros plus 233 euros d’aide au logement tandis que le coût de la vie étudiante* à Montpellier était estimé à 1 165 euros mensuels en 2023. La hausse des loyers (+19,2% en 7 ans) impose aux étudiants un surcoût de 102 euros annuel. Et bien que les boursiers en sont exonérés, le montant élevé (105 euros soit +25 euros depuis 2018) de la taxe CVEC n’arrange rien.

    Le Crous n’étant en capacité de loger que 10% des jeunes et le parc privé étant trop onéreux, le Scum réclame « la construction massive de logements étudiants à des prix abordables ». Le porte-parole Vincent Pagano interpelle aussi le maire Michaël Delafosse (PS), « qui ne semble pas particulièrement préoccupé par la situation » sur la nécessité de « mettre en place des logements d’urgence ». L’an passé, au moins 150 étudiants s’étaient retrouvés sans toit. L’étudiant en 5e année de médecine déplore aussi la monétisation des parkings autour des facultés (150 euros l’abonnement annuel).

    La généralisation des repas à 1 euro effective à cette rentrée devrait apporter un peu d’air aux 80 000 étudiants montpelliérains, 15 000 Nîmois, 2 500 Biterrois et 2 200 Alésiens. Mais la mesure est insuffisante pour Théo Haffner-Martin. « On craint une saturation des structures du Crous qui se réserve le droit de diminuer le nombre de repas à 1 euro servis », tempère le porte-parole du Scum.

    La raison pour laquelle le syndicat s’apprête à reprendre ses distributions régulières de colis alimentaires. Elles auront lieu un vendredi sur deux à la cité U la Colombière ou au restaurant universitaire Triolet pour les distributions de pain. Côté Paul Valéry, les distributions se tiendront tous les mercredis de 13h30 à 14h30 dans l’espace La Ruche. L’an passé, 15 000 colis ont été distribués. « 41% des étudiants sautent des repas faute de moyens », rappelle Vincent Pagano.

    Des repas à 1 euro insuffisants

    Dès la rentrée, le Scum entend aussi poursuivre son soutien** aux « sans fac », victimes d’une sélection jugée « sociale et raciste ». Sans parler des frais d’inscription exponentiels pour les étudiants étrangers. « On compte 207 400 candidats pour 151 887 places sur MonMaster soit 23 615 places de moins qu’en 2025 ! », alerte Lison Galzin. « Les universités doivent s’adapter pour accueillir plus d’étudiants. La sélection doit être supprimée. Stop au tri social ! », harangue l’étudiante en 5e année de médecine.

    * Manif contre la suppression des APL mardi 15 (18h) devant la préfecture à Montpellier. **Réunions d’info : jeudi 10 (18h) salle J. Moulin (Paul-Valéry), vendredi 11 (18h) bâtiment 2 fac de droit.

  • Le Scum pointe une « sélection sociale et raciste »

    Le Scum pointe une « sélection sociale et raciste »

    Soixante-douze. C’est le nombre d’étudiants diplômés (Bac ou licence) sans affectation en licence ou master qui s’étaient tournés vers le Scum l’an passé, après avoir épuisé tous les records. Avec le coup de main du Syndicat de combat universitaire de Montpellier, 29 avaient fini par obtenir gain de cause dont 14 dans la filière de leur choix.

    Cette année, Kaïs Ait Addi craint une rentrée encore plus difficile. « Depuis juin, on reçoit des mails toutes les semaines. On a déjà plusieurs dizaines de cas d’étudiants sans affectation », rapporte le porte-parole du Scum.

    Il n’est pas étonné car cette impasse découle d’une politique nationale qui « réduit les places en master et ferme des licences ». Si l’Université de Montpellier (UM) et surtout Paul Valéry sont moins touchés, des étudiants d’autres villes dont les filières n’existent plus se rabattent dans l’Hérault, ce qui crée des tensions.

    Diplôme dévalorisé

    Les cas portés à connaissance du Scum ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Car la plateforme MonMaster incite les étudiants sans affectation à s’inscrire en phase complémentaire. Une sorte de liste d’attente avec faible chance de succès (si désistement) qui les fait poiroter jusqu’en octobre voire novembre. « C’est une manière de couper nos actions de contestation, de nous empêcher de lancer des procédures. Ça pousse aussi les étudiants à rester dans la ville où ils espèrent étudier donc à garder leur logement », précise Kaïs Ait Addi. Ce qui n’est pas sans conséquence, une année perdue pouvant être synonyme de perte de bourses par exemple.

    Le porte-parole du Scum dénonce un système de sélection qui va à l’encontre du « droit d’étudier » et qualifié par ailleurs « d’anti-sociale et raciste ». « Une étude [de l’Observatoire national des discriminations et de l’égalité dans le supérieur, Ndlr] démontre qu’avec un patronyme à consonance maghrébine ou subsaharienne, un étudiant a 8% de chance de moins de se voir proposer un master. Parfois, il n’a même pas de réponse ».

    Kaïs Ait Addi déplore que ce système jugé discriminant, instauré en 2018 avec Parcoursup, soit devenu la norme. « Les étudiants se font de plus en plus à cette sélection illégale qui dévalorise le diplôme. » Pour leur rappeler leurs droits, le Scum organise deux réunions d’information à l’UM (jeudi 10 septembre à 18h salle 2.3.04 bâtiment 2) et à Paul Valéry (vendredi 11).

  • [C’est l’été] Fabien Bon, figure du combat contre la précarité étudiante

    [C’est l’été] Fabien Bon, figure du combat contre la précarité étudiante

    On peut dire sans trop s’avancer que pas mal d’étudiants montpelliérains lui doivent quelque chose. Des années durant en première ligne du Syndicat de combat universitaire de Montpellier (Scum) et désormais plus en retrait, Fabien Bon fait partie de ceux qui ont contribué à améliorer le quotidien de nombreux jeunes universitaires en galère. « Sans l’action du Scum, certains ne mangeraient pas, d’autres ne seraient même pas inscrits à la fac », résume-t-il avec le sens du collectif.

    Au moment de regarder dans le rétroviseur de huit années qui lui ont permis de décrocher un master (management des universités et technologies de l’information à l’IAE) et bientôt une licence d’italien à Paul Valéry, Fabien Bon est « fier » des avancées glanées par son syndicat. Lequel n’était au départ «  qu’une poignée d’étudiants précaires en quête d’en aider d’autres  » avant de devenir un syndicat étudiant actif dans les deux universités de Montpellier.

    Pêle-mêle, il se souvient de la création de la commission d’exonération de Paul Va, qui permet le remboursement des frais d’inscription sur critères sociaux. De l’obtention en septembre 2025 de 10 jours de congé menstruels sans justificatif dans les deux universités. Ou encore des 15 000 colis alimentaires distribués en 2025.

    « La précarité, c’est l’histoire de ma vie »

    Bien sûr beaucoup d’autres combats doivent être poursuivis, à l’image de celui des « sans-fac », problématique exacerbée par l’arrivée de Parcoursup en 2018. « Chaque année on fait inscrire des étudiants grâce à notre mobilisation : en 2026, 29 plus une cinquantaine via des recours gracieux », calcule Fabien Bon avec un brin de fatalisme. « Parcoursup a instauré la sélection à l’université, l’élitisation de l’enseignement supérieur que défendent la plupart des présidents d’université même quand ils ont des moyens financiers. »

    À titre personnel, Fabien a payé le prix fort pour avoir osé défier le pouvoir et ce système libéral qui a vu l’État couper les universités de leur autonomie budgétaire dès 2011 avec la loi LRU. « J’ai subi la répression, j’ai été harcelé, frappé par des policiers », se souvient celui qui n’est pas né avec une cuillère d’argent dans la bouche. « J’ai toujours travaillé à côté pour payer mes études, dès le lycée où j’aidais ma mère. » Par la suite à la fac, Fabien a souvent fait appel à la solidarité étudiante pour trouver un toit. « J’étais hébergé chez des camarades. C’est vrai que je sors du stéréotype du jeune syndicaliste gauchiste fils à papa. La précarité, c’est l’histoire de ma vie. Je ne regrette pas mes choix, mon engagement. Mais arrive un moment où il faut dire stop, j’ai envie de manger à ma faim. »

    Pendant qu’il termine sa licence d’italien qu’il avait au départ entreprise dans l’espoir de se faire engager dans un hôtel de Rome, Fabien diversifie déjà ses activités professionnelles. Barman, il est aussi influenceur sur Instagram pour les boîtes de nuit et les festivals de musique techno. Animateur dans une résidence vacances des Menuires (Alpes) à ses heures perdues, le jeune homme ne s’interdit rien. Excepté peut-être le train-train d’un boulot administratif rébarbatif. « J’ai fait une alternance en management de projets. J’ai démissionné, ça ne me plaisait pas du tout. Je ne me vois pas dans un bureau. »

    Si Fabien laissera bientôt ses amis du Scum poursuivre le combat universitaire, il y a fort à parier qu’il restera animé par les luttes sociales. « On est plus politisés que les autres syndicats étudiants, on donne aussi à réfléchir sur l’ensemble de la société. » En 2023, le Scum défilait aux côtés de l’intersyndicale contre la réforme des retraites. « Il ne faut pas lâcher et continuer à se battre. »

  • Le Scum lance sa campagne contre la sélection à l’université

    Le Scum lance sa campagne contre la sélection à l’université

    « Nous le savons, des centaines d’étudiants vont nous contacter cet été afin d’essayer de trouver une solution », livre Théo Haffner-Martin, membre du Syndicat de combat universitaire de Montpellier (Scum). Au lendemain de la publication, les 2 et 3 juin, des résultats des plateformes d’admission en licence (Parcoursup) et en master (Monmaster), le premier syndicat étudiant représentatif des universités de Montpellier s’apprête, une nouvelle fois, à s’engager aux côtés des étudiants « sans fac ». « La rentrée de septembre sera placée sous le signe d’une lutte acharnée pour l’inscription de toutes et tous dans la filière de leur choix », prévient le représentant du Scum. Une lutte « organisée et coordonnée nationalement par de multiples syndicats de l’Union étudiante, dont le Scum, avec notamment deux nouvelles plateformes d’accompagnement et d’aide : stop-parcoursup.fr et stopmonmaster.fr », indique Kaïs Aitaddi.

    « Si les étudiants ont le niveau pour avoir validé leur licence, pourquoi ne pourraient-ils pas accéder au master ? S’ils ont eu leur bac, pourquoi ne pourraient-ils pas accéder à une licence ? », interroge Théo Haffner–Martin. « Le Scum croit en la valeur des diplômes que cette sélection remet forcément en question. »

    « Les quotas d’accueil n’augmentent pas »

    Selon le syndicat, « le nombre d’étudiants se retrouvant sans fac ne cesse de croître », avec, à la clé, pour les étudiants refoulés, « la perte des bourses, du logement du Crous, des aides liées au statut d’étudiant. Pour les étudiants étrangers, les conséquences sont encore plus lourdes, avec la perte du titre de séjour, entraînant l’impossibilité de travailler pour subvenir à ses besoins et la mise sous Obligation de quitter le territoire français (OQTF) », dénonce Théo Haffner–Martin. Parallèlement, « les quotas d’accueil de nos universités n’augmentent pas », déplore le syndicat, qui fait état de 23 615 places en moins en master et près de 10 000 places en moins en première année de licence par rapport à 2025.

    Dans les deux universités de Montpellier, le syndicat a accompagné, l’an dernier, 72 étudiants sans affectation en licence ou en master ayant épuisé tous les recours. « Un chiffre qui ne reflète absolument pas l’ampleur de la sélection », insiste Kaïs Aitaddi. « Nous avons pu faire inscrire 29 étudiants mobilisés, dont 14 dans la filière de leur premier choix », poursuit-il. Des inscriptions « obtenues par un rapport de force qui s’est instauré entre les étudiants mobilisés et les institutions », le Scum dénonçant « une répression de plus en plus importante des militantes et militants mobilisés contre la sélection », à travers, notamment, des mises en section disciplinaire.

    « Nous restons cependant déterminés à lutter contre cette sélection sociale et raciste », assurent les militants du Scum, qui appellent d’ores et déjà les étudiants sans affectation « à nous contacter via les réseaux sociaux ou par mail. (…) Nous avons fait inscrire près de la moitié des étudiants qui nous ont contactés cette année et nous comptons faire mieux pour l’année qui s’annonce ». Deux réunions sont déjà prévues à la rentrée de septembre pour organiser la mobilisation, le jeudi 10 à l’université Paul Valéry et le vendredi 11 à l’Université de Montpellier.

  • Les étudiants non européens passent à la caisse

    Les étudiants non européens passent à la caisse

    La nouvelle a été annoncée par le ministre de l’Enseignement supérieur le 20 avril dans un entretien donné au Parisien. Philippe Baptiste revient sur la hausse des frais d’inscription à l’université pour les étudiants extra-européens en annonçant un nouveau plan « Choose France For Higher Education » afin de favoriser l’attractivité de l’enseignement supérieur français.

    Si la mesure est sur la table depuis 2019 dans le cadre du plan « Bienvenue en France », les universités avaient une marge de manœuvre leur permettant d’exonérer jusqu’à 10% des étudiants non-boursiers. Toutefois, bon nombre d’établissements dépassaient ce seuil. Mais à partir de la rentrée prochaine, ce ne sera plus possible. Ainsi, les étudiants extra-européens vont donc devoir débourser 2 895 euros par an en licence contre 178 euros aujourd’hui et 3 941 euros en master contre 254 euros. Les universités conserveront néanmoins une exonération de 10% d’étudiants étrangers, qui viendra s’ajouter aux Bourses déjà distribuées par les établissements.

    « Ce n’est pas aux étudiants de payer pour l’université, l’État doit leur donner des moyens », s’indigne Enola Kraemer, du Syndicat de combat universitaire de Montpellier (Scum) à l’université Paul-Valéry. L’établissement montpelliérain compte actuellement 21% d’étudiants étrangers. « Étant donné qu’un étudiant sur deux est boursier, notre limite de 10% est atteinte rapidement. Et les universités qui dépassaient les 10% étaient déjà obligées de prendre des mesures de non-exonération. Nous, par exemple, on applique les droits différenciés. En mettant une exonération pour tout le monde, on était à 13% des effectifs étudiants lors de l’entrée en vigueur du dispositif. On a alors décidé d’exonérer tous les primo entrants et ensuite, tous ceux qui réussissaient, qui progressaient dans leurs études. N’étaient soumis aux droits différenciés que les étudiants qui échouaient », détaille Anne Fraïsse, présidente de l’université Paul-Valéry. Les exonérations ont néanmoins baissé au fil du temps, pour atteindre 11% des étudiants de la faculté montpelliéraine cette année.

    Les précaires pénalisés

    Pour justifier sa décision, le ministre évoque des frais d’inscription modestes comparé à d’autres pays, notamment l’Angleterre. Les sommes avancées représenteraient « 30% du coût de la formation » et le ministre entend ainsi récupérer 250 millions d’euros chaque année. Dans une situation budgétaire on ne peut plus délicate, les universités se retrouvent ainsi au pied du mur et n’ont d’autre choix que de s’exécuter. « Il y a un risque d’une mesure antisociale très évidente. Pour moi, le gros problème, c’est qu’on ne voit ça qu’à travers le prisme du financement insuffisant des universités, on cherche de l’argent et l’idée c’est d’en trouver dans la poche des étudiants. C’est extrêmement dangereux car il aurait fallu avoir une compensation sociale – un système de bourses par exemple – qui est absolument indispensable pour envisager ce genre de choses », poursuit Anne Fraïsse, qui craint que la mesure ne s’applique aux étudiants nationaux dans les prochaines années.

    Car en attendant et comme souvent, ce sont les plus précaires qui en pâtiront. « C’est une sélection sociale et raciste qui s’opère. Certains vont devoir s’endetter, se salarier alors que l’on sait que le salariat étudiant est l’une des premières causes de l’échec scolaire. C’est scandaleux », fait valoir Enola Kraemer. Le Scum s’est d’ailleurs mobilisé pour dénoncer ces frais différenciés, le 30 avril, devant la préfecture à Montpellier. Une pétition nationale* a été lancée et une opération coup de poing est prévue le 4 mai, à l’Université Paul-Valéry, afin d’interpeller les étudiants.

  • Les étudiants mobilisés contre la hausse des loyers

    Les étudiants mobilisés contre la hausse des loyers

    Aujourd’hui, le premier poste de dépense pour les étudiants est leur logement », soupire Enola Kraemer. Alors pour la représentante du Scum, syndicat étudiant à Montpellier, la dernière hausse des loyers Crous ne passe pas.

    « C’est la quatrième fois en trois ans que le Crous augmente les loyers de son parc. Là, c’est une hausse de 1,4%, ce qui représente environ 30 euros par mois. Alors que la précarité étudiante ne cesse d’augmenter », poursuit la vice-présidente étudiante de l’université Paul-Valéry. Soit environ 350 euros à l’année. Pour faire entendre leur colère, les syndicats étudiants* se sont donc rassemblés devant les grilles du rectorat le 11 mars, lors du conseil d’administration du Crous Occitanie qui a entériné cette augmentation des loyers. Les étudiants, qui ne représentent que sept sièges dans un conseil de 23 membres, n’ont pas pu faire capoter le vote.

    Si la précarité augmente en France ces dernières années, force est de constater que les étudiants sont touchés de plein fouet. « Lors de nos distributions alimentaires, on voit des centaines d’étudiants faire la queue pendant plus d’une heure pour des paquets de pâtes, du pain et des conserves. Et on doit refuser du monde car nous n’avons pas la capacité de donner à tout le monde, ce qui est scandaleux dans une puissance économique comme la nôtre », constate amèrement Fabien Bon, membre du Scum.

    Des loyers impayés

    Les étudiants étrangers extra-européens sont encore moins bien lotis. Dans un contexte de xénophobie latente portée par la droite et l’extrême droite, ces derniers sont encore plus précarisés. « On leur a supprimé les APL [Aides personnalisées au logement, Ndlr]. Or, ils sont déjà surreprésentés dans la précarité étudiante. Ils sont donc obligés de travailler pour financer leurs études », poursuit Enola Kraemer. Mais même avec un travail – près de la moitié des étudiants exercent une activité salariée parallèlement à leurs études – certains n’arrivent pas à joindre les deux bouts. « Des gens se retrouvent avec 100 euros de reste à vivre pour le mois entier. Dans les logements du Crous de Montpellier, il y a une augmentation de près de 50% des loyers impayés, ce qui représente 130 000 euros. Cette nouvelle hausse est totalement scandaleuse », fait valoir Floriane Dahan-Torralbo, membre du Poing levé, autre syndicat étudiant. Dénonçant une « logique de tri social » opéré par le Crous, les syndicats demandent le gel des loyers et l’annulation des impayés, avant de mettre en place une baisse progressive qui irait « jusqu’à 150 euros par mois pour 9 m² ».

    *Scum, Le Poing levé, RUSF.

  • Un million de candidats face à la machine Parcoursup

    Un million de candidats face à la machine Parcoursup

    Depuis 2018, Parcoursup est présenté comme un outil au service de l’égalité des chances dans l’accès à l’enseignement supérieur. La plateforme centralise, organise et affecte les vœux des candidats, qui peuvent en formuler jusqu’à dix.

    Près de 14 000 licences sont proposées sur un total d’environ 25 000 formations. Comme l’explique Nagui Bechichi, économiste de l’éducation rattaché à l’Institut des politiques publiques et cofondateur de l’outil en ligne gratuit SupTracker. « Il y a de la place pour tout le monde, mais pas nécessairement au même endroit. » Les chiffres le confirment : en 2025, 18% des lycéens ont dû recourir à la phase complémentaire, faute de places dans les filières en tension.

    Critères de sélection

    Mais comment la machine classe-t-elle un million de candidats ? Chaque formation dispose de sa propre « recette » pour classer les dossiers, aidée par un algorithme. C’est sur la base de ce classement pédagogique que les propositions d’admission sont ensuite envoyées aux candidats. Sur Parcoursup, les établissements s’appuient généralement sur plusieurs critères : les résultats scolaires de première et de terminale, l’avis du lycée, et la fiche Avenir. Remplie lors du conseil de classe du deuxième trimestre, cette dernière indique si les vœux formulés sont en adéquation avec le profil du candidat. Les rubriques « projet de formation motivé » et « activités et centres d’intérêt » permettent également d’évaluer cette adéquation entre les vœux et le projet de l’élève et sont très importantes.

    Une sélection contestée

    Plusieurs élèves pointent un manque de concertation et d’information à ce sujet. « On ne parle pas du tout de ça en cours », rétorque Samia, lycéenne en ST2S à Montpellier. Avant même l’ouverture de la phase d’admission, les règles du jeu sont posées. Les rectorats imposent aux établissements plusieurs critères qui pèsent directement sur l’accès aux formations. Un taux minimal de boursiers, d’abord. Les élèves bénéficiant d’une bourse de lycée plus sélective que celle du supérieur sont favorisés sur Parcoursup. Un taux maximal de non-résidents, ensuite. La proximité géographique est privilégiée. À dossier équivalent, un candidat hors académie part avec un handicap. Résultat : un candidat moins bien classé peut être appelé avant un autre pourtant mieux noté, simplement pour respecter ces taux.

    Les établissements établissent bien un classement pédagogique. Mais l’ordre d’appel final, lui, propose une autre lecture. Une critique portée également par le Scum (Syndicat de combat universitaire de Montpellier). « Pourquoi est-on sélectionné, et sur quelle base ? » Pour le syndicat, cette sélection repose sur des inégalités systémiques, économiques et culturelles, une logique qu’il qualifie de « sociale et raciste ». Selon le Scum, si cette sélection existe, c’est avant tout parce qu’il n’y a pas assez de places et que les universités ne disposent pas des moyens nécessaires pour en créer davantage. Malgré 25 000 formations, les universités, sous-dotées (environ 10 500 euros par étudiant), réduisent parfois leurs places en L1 de 5 à 10% faute de moyens, un contraste avec le discours « place pour tous ».