Tag: journalisme

  • [C’est l’été] « Le goût du journalisme »

    [C’est l’été] « Le goût du journalisme »

    Trente-deux auteurs, de Pétrone à Lauren Malka, en passant par Octave Mirbeau et Joseph Kessel, sont là pour vous le démontrer. Un excellent choix de textes, présentés par Ariane Charton. Notre préférence va à Jaurès, qui prit la direction de L’Humanité avec promesse faite aux lecteurs qu’ils pouvaient compter sur la loyauté des analyses de ses rédacteurs, la sûreté de leurs renseignements.

    Mercure de France, 10 euros.

  • [C’est l’été] Au centre Fabien Menot à Port-de-Bouc, le lien social se rénove

    [C’est l’été] Au centre Fabien Menot à Port-de-Bouc, le lien social se rénove

    Deux ans et bien des changements. Depuis son arrivée en mai 2024, le directeur du centre social Fabien-Menot, Maxime Tardivel, dresse un bilan positif en cette fin juillet. « Nous sommes sortis du comité de suivi de la CAF, l’instance pour les centres sociaux en difficulté, par le renouvellement de notre agrément avec le nouveau projet social 2026-2028 », se félicite-t-il.

    Ce projet s’adapte l’été venu. « On est plus sur des activités détente, vacances. On a plus de temps pour se poser sur les bancs, devant le centre, pour discuter avec les habitants », relate le directeur, même s’il y a « moins de monde dans le quartier, avec les vacances et retours au pays ». Il ajoute : « Ceux qui restent sont ceux qui ont le plus besoin de nous, pour s’évader ou rêver un peu. » C’est l’idée du dispositif Quartiers d’été. « Depuis deux ans, cela finance des sorties familles communes aux quatre centres sociaux de Port-de-Bouc, porté par Mandela », indique Maxime Tardivel.

    Mais il existe une problématique bien particulière, l’été, sur la Presqu’île. « L’accès à la piscine et l’apprentissage de la nage, c’est difficile, alors qu’on est dans un quartier cerné par l’eau. On propose des activités aquatiques, dont le “savoir nager”, qui aura lieu la semaine prochaine, où trois centres sociaux de la ville vont emmener une cinquantaine de jeunes apprendre la nage », développe le directeur.

    « Nous sommes dans

    une vraie quête de sens »

    Ayant déjà été directeur de centre social auparavant, Maxime Tardivel voit une évolution du métier depuis les débuts de la politique de la Ville, dans les années 1980. « Aujourd’hui, on est sur une vraie quête de sens sur ce que nous pouvons apporter aux populations avec qui on travaille, que ce soit les habitants des quartiers populaires ou résidentiels. L’objectif est de mettre ensemble les gens, le centre social, c’est pour tout le monde, pas que pour les “cassos” ! », affirme-t-il.

    Cela prend du temps, « pour installer le vivre-ensemble, ça ne se décrète pas », selon lui. Les repas régulièrement organisés par le centre sont des moments importants de lien social : « Nous sommes des ambassadeurs de bienveillance », lance-t-il.

    Cette démarche vaut aussi pour le jeune public accueilli. « Il est parfois plus difficile de mettre en action les jeunes, notamment à cause des écrans dans leur poche dont il n’est pas évident de sortir. Dans une société où tout est fait pour nous inciter à consommer, il faut les inciter à être acteurs de leur vie, donner envie de créer des projets pour y arriver. On a un peu plus de mal à le mettre en place qu’auparavant », remarque Maxime Tardivel.

    La Gazette de la Presqu’île, journal de quartier réalisé avec les jeunes, répond à cette problématique et à celle « de faire le tri dans les infos », selon le directeur. « Beaucoup d’habitants se plaignaient de passer à travers l’info. On a fait le lien avec les jeunes qui se sont investis dans le journalisme », à travers plusieurs stages. « S’ils connaissent les mécanismes de construction de l’info, ils sauront mieux différencier les fake news et les infos orientées. J’espère qu’ils pourront vite écrire et faire des choix éditoriaux », conclut le directeur. À démarche inédite, enjeux inédits.

  • Renaud Muselier porte plainte contre Nice Matin pour diffamation

    Renaud Muselier porte plainte contre Nice Matin pour diffamation

    Renaud Muselier, président de la Région Sud, annonce ce samedi porter plainte contre le quotidien Nice Matin. Celle-ci fait suite à l’affaire dite du « chalet ». Pour rappel, le 15 juillet dernier, le journal faisait paraître un article rapportant l’ouverture à Marseille d’une enquête pour prise illégale d’intérêt « concernant l’employé de maison de Renaud Muselier ». L’article fait suite à un précédent, paru le 5 juillet, le quotidien avait déjà révélé « un signalement adressé au procureur de la République de Marseille accuse Renaud Muselier, le président de la Région Sud-Paca d’avoir fait salarier l’employé de son chalet par une agence de communication attributaire d’un marché public ». Des faits que Renaud Muselier a maintes fois contestés. L’affaire, a ensuite été largement reprise par la presse locale et internationale. « J’ai mis en demeure tous les médias qui ont relayé de fausses informations de les retirer, annonce Renaud Muselier par voie de communiqué de presse. J’ai enfin demandé des dommages et intérêts de 2 millions d’euros à Nice Matin pour propagation de fausses informations et 1 million d’euros à tous les médias qui les ont relayées. » Le président de Région indique, dans un second communiqué « prendre l’engagement public que les sommes dont devront s’acquitter les diffamateurs seront intégralement reversées aux associations agissant dans les sports paralympiques. » Dans un autre communiqué, ce jeudi 16 juillet, la Région rappelait « faire de la prévention et de la lutte contre les atteintes à la probité une priorité de son action publique ». « Je réaffirme toute ma confiance dans notre rédaction, son professionnalisme et sa rigueur », a officiellement déclaré de son côté Simon Perrot, directeur général du groupe Nice-Matin. « Nous laissons désormais la justice faire son travail. »

  • L’Arlésienne et StreetPress face au bâillon beaucairois

    L’Arlésienne et StreetPress face au bâillon beaucairois

    Dans quelques jours, le couperet tombera. Le tribunal judiciaire de Nîmes rendra, le 8 juillet, son délibéré dans une affaire qui dépasse largement les frontières du Gard : celle d’une mairie d’extrême droite qui a choisi les tribunaux plutôt que le débat contradictoire pour faire taire deux rédactions indépendantes.

    Tout part d’une enquête publiée à l’automne 2025 par l’Arlésienne et Street Press. Témoignages à l’appui, les deux médias y documentaient une politique d’attribution des locaux commerciaux du centre-ville de Beaucaire qui écarterait systématiquement les commerçants d’origine maghrébine ou latino-américaine. Sollicitée à trois reprises avant publication, la municipalité n’avait jamais daigné répondre. Elle a préféré, quelques mois plus tard, saisir la justice.

    « On ne lâchera rien »

    Le 27 mai, à l’audience de Nîmes, ni le maire Nelson Chaudon ni son prédécesseur Julien Sanchez – devenu entretemps directeur de campagne du RN pour 2027 -n’ont jugé utile de se déplacer. C’est leur avocate, Sylvie Josserand, également députée RN du Gard, qui a porté seule la charge, dénonçant une enquête relevant selon elle de « la désinformation au service d’une idéologie » et réclamant 18 000 euros de dommages et intérêts. Une formule bien pratique quand une enquête vient gratter le vernis d’une gestion locale.

    Une accusation à laquelle l’avocate de la défense, Me Valentine Rebérioux, a opposé une évidence : aucun propos précisément diffamatoire n’a jamais été désigné. Pour elle, la qualification ne fait aucun doute : « Il s’agit bien là d’une procédure-bâillon. » Une arme de plus en plus prisée par l’extrême droite locale pour épuiser financièrement et psychologiquement les rédactions indépendantes, sans jamais, ou presque, obtenir gain de cause : Street Press comptabilise à ce jour zéro condamnation sur la quinzaine de procédures similaires en cours.

    Éric Besatti, directeur de publication de l’Arlésienne, ne plie pas : « Ce procès nous coûte de l’argent, nous demande du temps pour nous défendre, mais n’entame pas notre volonté d’enquêter. » Avant de résumer : « On ne lâchera rien, on continuera de faire notre travail. » Le 8 juillet, le tribunal dira le droit. Mais le message politique, lui, est déjà lisible. D’ici là, les articles restent en ligne et dans les kiosques. À lire, à partager, et à défendre.

  • La Marseillaise dans les Hautes-Alpes, un moment de convivialité et de lutte

    La Marseillaise dans les Hautes-Alpes, un moment de convivialité et de lutte

    Ce samedi à la salle 750 à la Bâtie-neuve, la Fête de La Marseillaise était presque aussi attendue que le retour du journal lui-même. Une table ronde en compagnie de journalistes du Dauphiné Libéré, de Ram05 et de BFMDICI a animé la matinée, avant l’ouverture de la restauration à midi.

    En parallèle, plusieurs associations tenaient des stands sur place, de Terres de lien, association qui acquiert des terres agricoles pour installer les jeunes paysans, à France Solidarités Palestine et Solidarité Madagascar en passant par la coopérative Scop-Ti, célèbre pour son mouvement social de 1336 jours et ses thés. « Cela montre la symbiose entre un certain nombre d’associations et de mouvements et ces moments de retrouvaille, de convivialité, sont importants pour créer de la solidarité entre nous », a souligné Frédérique Lainé, présidente du comité alpin des Amis de La Marseillaise, qui a beaucoup œuvré pour que notre journal parte à la conquête des Alpes.

    « L’envie de rencontrer les acteurs de la presse, c’est quelque chose qui revient beaucoup dans les discussions ici, pour qu’ils puissent parler de leurs contraintes, des pressions, des réalités des médias qui ne sont pas aux mains des milliardaires », rapporte-t-elle.

    L’occasion était aussi de se serrer les coudes dans une période politique inquiétante qui vire au brun, et de s’appuyer sur les conseils des anciens. « La Marseillaise porte une ligne éditoriale précieuse, surtout dans cette période où l’on nous met en condition de concevoir et d’accepter la guerre comme une nécessité, où l’on fournit des milliards d’euros pour des armes, pour tuer, alors qu’on refuse d’allouer des crédits à la santé, à l’éducation, pour tout le service public », a affirmé Antoine Mignemi, survivant de la rafle du Vieux-Port à Marseille en 1943 et infatigable militant communiste.

    De la musique qui secoue pour une fête engagée

    L’après-midi a été rythmée par les Fralibos, groupe formé par des ouvriers de l’usine à thé Fralib durant leurs 1336 jours de grève, une musique aux accents de solidarité et de progrès social qui résonne avec les valeurs de La Marseillaise. Pour la soirée, la scène du 750 a vu défiler la musique punk du groupe Red Shift de Chorges, puis le rock haut-alpin de De Mist et le néo-métal montagnard de Spit on that thing, avant de conclure avec Airain, groupe de métal Embrunais.

    Fatigués mais heureux, les artisans de la Fête, pensaient déjà à l’année prochaine.

  • Une pluralité médiatique unique mais menacée

    Une pluralité médiatique unique mais menacée

    Avec deux quotidiens, le Dauphiné Libéré et La Marseillaise, plusieurs radios dont Alpes1 et Ram05 mais aussi une chaîne d’info, BFMDICI, le département des Hautes-Alpes, de seulement 140 000 habitants, présente un pluralisme médiatique rare, pour autant en danger. Léo Purguette, président et directeur éditorial de La Marseillaise est revenu sur les difficultés rencontrées par le journal durant la période Covid, finalement sauvé par « la mobilisation des salariés et des Amis de la Marseillaise » tout en conservant « sa ligne éditoriale et ses valeurs issus du Conseil National de la Résistance et en allant à la conquête de trois départements supplémentaires », a-t-il rappelé.

    « BFMDICI cessera d’émettre au 31 décembre si elle n’a pas de repreneur d’ici là », a alerté Loïc Guerringue, rédacteur en chef de la rédaction, actuellement en grève. Pour autant, chaque média ne doit pas mener seul la lutte pour sa survie : « C’est un combat collectif selon moi, c’est-à-dire que nous tentons tous de pérenniser un média local. Les médias sont complémentaires, personne ne fait mieux que la PQR (presse quotidienne régionale) localement, très précisément dans les territoires », a-t-il rappelé. Des difficultés partagées par Simon Becquet, journaliste à Ram05 : « On est de plus en plus boudés par les annonceurs y compris dans les territoires où on est très implantés. Sauf qu’en faisant vivre les médias locaux on fait vivre un écosystème local dont ils bénéficient ».

    De son côté, Lionel Arce-Menso directeur de la rédaction des Hautes-Alpes du Dauphiné Libéré, a rappelé que son journal, principal titre local, était loin de « vouloir écraser les autres » et mis en avant « le panorama formidable » qu’offre ce pluralisme « à l’échelle d’un petit département », confiant avoir eu envie de devenir journaliste en écrivant pour La Marseillaise une chronique sportive avec son père qui fut correspondant. Pour lui « se battre pour le pluralisme, c’est aussi se battre pour qu’on puisse offrir un regard et une information objectifs ». D’autant que le pluralisme a des effets positifs pour tout l’écosystème médiatique : « L’étude menée par la Fondation Jean Jaurès montre que plus il y a d’offre médiatique locale, plus les gens s’informent et en demandent. À l’inverse, il peut y avoir un cercle vicieux, moins il y a de médias plus les gens les délaissent pour d’autres canaux d’info », a argumenté Simon Becquet. Or, la disparition du pluralisme médiatique a des effets très concrets a rappelé Lionel Arce-Menso : « Les études faites aux États-Unis montrent que là où il y a des déserts journalistiques, des endroits où la presse locale a totalement disparu, c’est là où l’on vote le plus pour Trump ».

    Mener la bataille culturelle

    Mais il n’y a pas que la presse qui est en danger : « La culture est en difficulté, le monde scientifique aussi », menacés notamment par « des gens qui dominent aujourd’hui la pensée en France, qui rachètent tous les médias, et qui impriment des récits faux ou qui servent leurs intérêts », a prévenu Lionel Arce-Menso. Or, cette situation relève d’un choix politique, qui peut être contrecarré selon Léo Purguette : « Quand il y a des baisses de ressources pour la science, pour les communes et les collectivités, c’est un choix de société, le choix de l’austérité qui prépare les victoires politiques de l’extrême droite. Quand il n’y a plus de services publics, de médias de proximité, ce sont eux qui avancent (…) », a-t-il alerté. Tout en rappelant que si La Marseillaise porte cette lutte « avec ses valeurs », l’action à mener est selon lui « plus large qu’un combat droite-gauche, c’est un combat pour la République ». Avant de conclure par la célèbre citation de Bertold Brecht publiée chaque jour à la Une de notre journal : « Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu ».

  • Mobilisés pour défendre les métiers de l’information

    Mobilisés pour défendre les métiers de l’information

    « Marianne, La Montagne, L’Yonne républicaine, Capital, Géo, Je Bouquine, La Croix, Femme actuelleOn assiste, ces derniers mois, à une avalanche de plans sociaux ou de menaces de plans sociaux », déplore Cathy Rocher, journaliste déléguée du SNJ (syndicat national des journalistes) à Midi Libre. Au côté du Club de la presse Occitanie et de la Ligue des droits de l’Homme (LDH), le SNJ a impulsé un rassemblement place de la Comédie afin de relayer l’appel national des syndicats de journalistes et des métiers de la presse à manifester à Paris ce 18 juin « pour combattre les dangers qui menacent l’information, pour refuser les plans sociaux et défendre une information de qualité ».

    Selon Agnès Briançon-Marjollet, co-secrétaire générale du SNJ, 638 suppressions de postes auraient été annoncées depuis mars. Une véritable hécatombe qui touche l’ensemble des métiers de l’information : journalistes rédacteurs, mais aussi infographistes, documentalistes, correcteurs, monteurs vidéo, caméramans, rotativistes, personnels administratifs…

    L’IA, prétexte à la suppression d’emploi ?

    « Tout ça s’emballe et l’essor de l’intelligence artificielle (IA) nous met en très grande difficulté », assure Cathy Rocher. Début mai, les syndicats du groupe Infopro Digital, qui regroupe 26 titres de presse professionnelle (Le Moniteur, L’Usine nouvelle…) ont protesté contre la volonté de leur direction de supprimer tous les postes (19) des journalistes secrétaires de rédaction – dont le travail est de corriger et d’éditer les articles – pour les remplacer par cinq « chefs d’édition » assistés par l’IA. Un exemple qui illustre bien le risque d’une lame de fond qui décimerait la profession… « Nous refusons que l’intelligence artificielle serve de prétexte à la suppression de métiers et d’emplois. Par ailleurs il faut encadrer l’utilisation de l’IA, qui pose des problèmes déontologiques. L’honnêteté serait de signaler les articles qui ont été faits avec l’IA et que ces articles soient relus par un journaliste avant publication, pour vérifier l’information », insiste la représentante du SNJ-Midi Libre.

    « Ces difficultés doivent inquiéter l’ensemble des citoyens. Car elles mettent gravement en danger l’information de qualité que tout un chacun est en droit d’attendre dans une démocratie », alertent les syndicats mobilisés.

  • Face à l’IA, les médias misent sur la confiance

    Face à l’IA, les médias misent sur la confiance

    L’intelligence artificielle (IA) utilisée comme outil au service des journalistes et des médias. C’est le thème évoqué lors d’une conférence organisée, ce mercredi au Pharo, au troisième et dernier jour du 77e congrès mondial de l’Association mondiale des éditeurs de presse (WAN-IFRA), organisé avec CMA Media. Un rendez-vous animé par Pia Rehnquist, directrice éditoriale du groupe Bonnier News Local, avec deux interlocuteurs : le Dr Rainer Esser, conseiller exécutif du groupe d’édition Holtzbrinck et membre du conseil de surveillance de l’hebdomadaire allemand Die Zeit, et Goli Sheikholeslami, PDG du site d’information Politico.

    L’usage de l’IA était au cœur de ces trois jours d’échanges. Les avis diffèrent sur cette question : certains se disent inquiets, d’autres veulent s’adapter à cette évolution. Lors de cette conférence, les intervenants adoptent une attitude d’acceptation face à un monde qui change. Ils prônent l’utilisation de l’intelligence artificielle, mais au profit des humains.

    « Si l’on ne peut pas l’éviter, il faut l’adopter », affirme Rainer Esser. Selon lui, « elle [l’IA] peut résumer, synthétiser, reproduire des styles d’écriture et rédiger dans une grammaire irréprochable. Mais elle ne peut pas aller sur le terrain pour enquêter. L’IA ne connaît pas la vérité. (…) Elle ne tuera pas le journalisme, car elle est un outil d’automatisation, tandis que le journalisme est, dans son essence même, un acte de connexion humaine ».

    « La ressource rare sera

    la confiance »

    Un avis partagé par Goli Sheikholeslami. Selon elle, il faut utiliser l’intelligence artificielle comme outil et dispositif au service du journalisme. « Au lieu de faire des coupes à l’ère de l’IA, “Politico” renforce ses investissements dans le journalisme et les combine à des technologies de transformation qui renforcent les capacités de ses journalistes. »

    Elle prend l’exemple de l’Affordable Care Act (ACA), la réforme de l’assurance maladie surnommée « Obamacare », l’un des textes législatifs les plus complexes de l’histoire des États-Unis : « Les personnes qui avaient besoin de comprendre cette politique publique – les lobbyistes, les dirigeants d’hôpitaux, les entreprises pharmaceutiques et les responsables des États – avaient besoin de quelqu’un capable de traduire et d’expliquer ces décisions en temps réel. Cette nécessité, à laquelle répondait “Politico”, s’étendait à tous les domaines touchés par le Congrès, qu’il s’agisse des marchés publics de la défense ou de la politique technologique. En 2015, nous avons étendu ce modèle à Bruxelles et aux institutions de l’Union européenne. » En effet, pour Goli Sheikholeslami, « malgré les perturbations engendrées par l’IA, cette période est porteuse de nombreuses opportunités ».

    Si l’intelligence artificielle est utilisée comme outil, la PDG du site Politico rappelle que « les informations originales, enregistrées et vérifiées, prennent une valeur croissante. (…) L’offre de contenus devient infinie. La ressource rare ne sera pas l’information, mais la confiance ».

    Rainer Esser souligne de concert : « Le journalisme est sous pression aujourd’hui. Nous faisons face à un public de plus en plus épuisé, perdu et méfiant. » À ses yeux, l’IA représente bel et bien un outil, non un remplacement : « C’est une profession essentielle. Sans journalistes, et notamment sans journalistes indépendants, la démocratie ne peut s’épanouir. Sans un espace où les idées sont échangées, circulent librement et font l’objet de débats, la démocratie ne peut pas prospérer. Il nous faut donc des journalistes, des journalistes fiers de leur métier et justement rémunérés. »

    LES DÉFIS DES MÉDIAS À TRAVERS LE MONDE

    Ben Ho, Shuxian – rédacteur en chef adjoint de Mediacorp Pte Ltd (Singapour)

    « Ce congrès était une belle opportunité, car il nous a réunis des quatre coins du monde et nous a permis de voir comment l’IA impacte différemment les rédactions : certains l’utilisent et d’autres craignent d’être remplacés par elle. Nous avons développé nos propres outils. ChatGPT Enterprise est accessible à tous les rédacteurs, pour les aider à écrire, mais c’est toujours l’humain qui a le dernier mot. Mais, en parallèle, trop de rédactions font encore face aux mêmes problèmes qu’avant, comme la question de savoir si l’on trouve encore suffisamment de gens qui veulent faire ce métier. »

    John Rahim – directeur éditorial du Media Stack (Royaume-Uni)

    « Le vrai défi, c’est la tempête parfaite entre trouver un modèle économique viable pour les éditeurs et ce que veulent les lecteurs. Quand ChatGPT cite Le Monde, les gens font confiance à la source, mais ne cliquent pas. On leur vole le contenu sans même leur ramener du trafic. Ce contenu, ce n’est pas de la data, c’est du journalisme produit par des professionnels qui doivent être payés. Au congrès, une session présentait un rapport sur l’état du marché, montrant que l’industrie des médias n’est pas vraiment prête pour la révolution de l’IA. Ce qui m’a fait penser aux jeunes journalistes. Comment les faire grandir ? »

    Waseem Shahzad Quatri – journaliste multimédia et réalisateur (Pakistan)

    « Je suis venu à Paris rencontrer la Fédération internationale des journalistes pour expliquer la réalité amère de la liberté de la presse au Pakistan. Rien qu’en 2025, plus de 600 plaintes ont été enregistrées contre des journalistes. Seize d’entre eux ont disparu. Pour le gouvernement, nous sommes des traîtres qui complotons, car nous avons osé exposer des violations de droits humains au Pakistan. Après mon témoignage, j’ai été menacé de toutes parts et, depuis, je dois rester en France. Ce qui me déçoit profondément, c’est que lors du congrès, tout le monde ne parle que de l’IA, qui menace les éditeurs, moins les journalistes. »

    Propos recueillis par Carmen Vollenweider

  • Un soutien indéfectible apporté à Christophe Gleizes

    Un soutien indéfectible apporté à Christophe Gleizes

    Après six mois passés sur la façade de l’hôtel du Département, la bâche de soutien à Christophe Gleizes a été installée, ce mardi, aux Archives et bibliothèque départementales de Marseille. Ce journaliste a été condamné en appel à sept ans de prison en Algérie, où il s’était rendu pour un reportage. Pour Martine Vassal, présidente (DVD) du conseil départemental, ce lieu dédié au savoir et à la transmission permet de rappeler qu’« un journaliste est injustement retenu loin des siens » et que la défense d’un journaliste revient à défendre « l’oxygène de notre démocratie ».

    Un concours dédié aux collégiens

    La cérémonie a aussi marqué le lancement de « Collégiens 13 Infos », concours de journalisme porté par le Département et le Club de la presse Marseille-Provence. Entre presse écrite, radio, vidéo et web, les élèves seront accompagnés par des professionnels afin de développer leur esprit critique face aux fake news et, peut-être, de susciter des vocations.

  • La presse régionale face au défi du pluralisme

    La presse régionale face au défi du pluralisme

    La presse quotidienne régionale (PQR) traverse une crise structurelle profonde. Retard dans le virage numérique, modèles économiques fragilisés, concentration accélérée des groupes de presse et pressions politiques : c’est dans ce contexte que le Club de la presse Marseille-Provence a réuni, mardi au Palais du Pharo, plusieurs acteurs du secteur pour débattre de l’avenir de l’information de proximité et de ses enjeux démocratiques. Cet événement s’est tenu en marge du 77e congrès mondial de l’Association mondiale des éditeurs de presse (WAN-IFRA), organisé avec CMA Media.

    Louis Dreyfus, président du directoire du groupe Le Monde, a apporté l’éclairage d’un titre en position de force. Il a chiffré le « coût de la rédaction à 76 millions d’euros », compensé à hauteur de « 70 millions par les seuls abonnements numériques ». Louis Dreyfus a attribué le succès de ce modèle à un investissement constant dans les effectifs de journalistes. « Plus de la moitié des journalistes du “Monde” ont rejoint la rédaction il y a moins de quinze ans. » Le président du directoire a toutefois reconnu l’existence d’un écart croissant entre quelques médias dominants et ceux qui ne parviennent pas à rattraper leur retard numérique. Le directeur explique que « sans les milliardaires, beaucoup de médias n’existeraient plus. On ne peut pas systématiquement renoncer aux subventions publiques et aux financements d’acteurs importants ».

    Léo Purguette, président et directeur éditorial de La Marseillaise, a défendu le modèle du titre d’opinion indépendant : « La Marseillaise a toujours fait le choix de son indépendance vis-à-vis des puissances d’argent. Cela donne de la liberté, mais une fragilité aussi. » Il a aussi alerté sur le retrait progressif des collectivités territoriales dans le financement du pluralisme de la PQR. « C’est lié à leur propre baisse de moyens. Certains peuvent voir ces financements comme un moyen d’imposer une volonté à la presse. Mais nous, nous pensons que l’argent public local doit contribuer au pluralisme, c’est d’intérêt général, c’est lui qui empêche toute chape de plomb sur l’information locale. » Léo Purguette a terminé son intervention en dénonçant l’attitude des municipalités d’extrême droite vis-à-vis de notre journal et le projet de privatisation de l’audiovisuel public porté par le RN. Pour autant, ce positionnement assumé a valu à La Marseillaise un regain de popularité. « Ce qui constituait un handicap pour les titres d’opinion – refus de la neutralité et difficultés à publier des informations pratiques généralistes – devient aujourd’hui un facteur de différenciation », observe Léo Purguette, à l’heure où ce type d’informations circulent gratuitement sur les réseaux sociaux.

    Coralie Bonnefoy, corédactrice en chef du site Marsactu, a présenté un modèle différent, fondé exclusivement sur l’abonnement. Positionnée dès le début en complémentarité de la presse régionale installée, la rédaction s’est spécialisée dans l’investigation locale. « L’ADN de Marsactu, c’est tout ce que le pouvoir politique, institutionnel ou culturel ne veut pas que l’on révèle », a-t-elle résumé. Cette ligne éditoriale, selon elle, est possible grâce à leur indépendance financière. « Notre travail ne sera jamais de faire plaisir à quelque politique que ce soit », lance-t-elle. La corédactrice en chef considère que les pressions politiques sur les rédactions locales sont une réalité quotidienne, « certains personnels politiques régionaux » n’hésitant pas à « retirer leurs financements lorsqu’un article ne lui plaît pas ».

    Hervé Nedelec, journaliste de PQR aujourd’hui à la retraite, a rappelé ce qui fait l’essence du métier : « Aller au plus près des territoires, là où l’AFP ne se déplace pas. » Pour lui, « le journalisme, c’est de la résistance. » Une formule qui a résonné dans la salle comme un rappel de ce qu’un désert médiatique local fait perdre aux territoires, à savoir un rôle démocratique essentiel.

    Guilhem Ricavy, directeur délégué de Var-Matin, a tenu a exposé les difficultés persistantes de la PQR à réussir sa transition numérique : « Aujourd’hui, en numérique, pour beaucoup, il y a cette inacceptabilité de payer pour des contenus d’actualité. Donc, les abonnements ne sont pas forcément au rendez-vous. »

    Denis Philippe, le président de la Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire, a rappelé l’importance qu’il accorde à l’indépendance des médias et à la recherche d’un modèle qui garantit leur indépendance.

    L’un des fils rouges du débat a été la corrélation observée entre la disparition de journaux locaux et la montée du vote extrémiste dans les territoires privés de presse de proximité. Un constat partagé par l’ensemble des intervenants, qui ont appelé à maintenir des leviers publics de soutien au pluralisme, tout en reconnaissant que les modèles économiques viables restent encore largement à inventer.

    LES DÉFIS DES MÉDIAS À TRAVERS LE MONDE

    Nihar Kothari, rédacteur en chef et directeur du « Rajasthan Patrika » (Inde)

    « Le défi auquel la plupart d’entre nous sommes confrontés provient de l’intelligence artificielle (IA). Après les réseaux, c’est un nouveau challenge financier qui se dresse face à nous, au moment où les annonceurs se retirent du print. Il n’existe même pas [en Inde, Ndlr] d’obligation légale de faire la distinction entre le contenu généré par l’IA et le contenu humain. Il est de notre devoir de, sans cesse, rappeler aux lecteurs que l’IA n’utilise que ce que les humains ont déjà créé. Que se passera-t-il quand les gens ne seront plus sur le terrain, qu’ils ne feront plus de journalisme d’investigation ? » Laureen Piddiu

    Sara Okuoro, rédactrice numérique du « Willow Health Media » (Kenya)

    « Nous sommes contraints de nous tourner vers le digital, mais cela entraîne son lot de problèmes. Au Kenya, il y a par exemple, en ce moment, beaucoup d’informations erronées ou de désinformation en ce qui concerne l’épidémie d’Ebola qui sévit dans la région. Les gens préfèrent s’informer sur Twitter ou TikTok, où tout circule très vite, plutôt que de se tourner vers des médias “mainstream”. Nous passons donc notre temps à corriger ces fausses informations plutôt que d’en créer. »

    Vincent Chang, président et directeur du contenu du « World Journal » (États-Unis)

    « J’ai été très inspiré par le discours d’Arthur Gregg Sulzberger, le patron du New York Times, sur l’intelligence artificielle. Mais on parle de l’un des plus grands journaux du pays, qui doit dépenser plus de 20 millions de dollars en frais de justice dans son procès contre Open AI. Quid de nous autres ? C’est vraiment un travail difficile. Les médias des minorités aux États-Unis, comme le nôtre, sommes en quelque sorte un journal local qui s’adresse à un lectorat bien précis. Nous ne sommes pas seulement confrontés aux défis liés à l’IA, mais aussi à l’évolution du marché. » L.Pi.