Tag: quoi de neuf

  • [Quoi de neuf] « Tout le monde a envie d’entrer dans le bal de la lutte »

    [Quoi de neuf] « Tout le monde a envie d’entrer dans le bal de la lutte »

    Rémy Cougnenc : D’ordinaire le mouvement social est calme avant la Présidentielle. Qu’est-ce qui fait que c’est différent cette fois ?

    Mathieu Guy : Habituellement en effet les mois qui précédent une échéance électorale sont plutôt calmes. Cette année ça ne l’est déjà pas. Le contexte s’est dégradé ces dernières années. Ce qui a mis le feu aux poudres c’est l’annonce des économies dans la prochaine loi de finances. Le mouvement a débuté le 29 septembre avec la fonction publique avec toutes les difficultés rencontrées par les fonctionnaires avec le gel du point d’indice et les missions qu’ils n’arrivent plus à mener à bien à cause du manque de moyens. Cette dynamique de diminution d’effectifs est engagée depuis trop longtemps dans les services publics et les gels de salaires qui font qu’on a de moins en moins de candidats, notamment chez les enseignants. On a un ras-le-bol général. Tout le monde a envie d’entrer dans le bal de la lutte. On pense qu’il peut y avoir une convergence qui mènerait vers des victoires le plus rapidement possible.

    Rémy Cougnenc : En 2023 sur les retraites, la mobilisation était massive mais le gouvernement avait fait la sourde oreille. Est-ce que le vent de fraîcheur de la jeunesse peut aider à la convergence des luttes qui a pu faire défaut par le passé ?

    Mathieu Guy : Je pense qu’il a manqué des ingrédients en 2023. On a pris la rue avec d’énormes mobilisations. Mais ce qui a été difficile c’est de mettre l’économie à l’arrêt. On avait travaillé à la CGT pour intégrer la notion de grève reconductible. Malheureusement c’est resté trop à la marge pour porter un coup d’arrêt. Ceci étant, on ne peut pas dire que 2023 a été un échec de la mobilisation. Il y a eu énormément de monde et les salariés ont retrouvé la confiance envers les syndicats qui avait peut-être été un peu perdue les années précédentes. Derrière cela a permis à la CGT de se renforcer en terme d’adhérents.

    Olivier Nottale : N’oublions pas que faire grève coûte de l’argent aux salariés qui ont déjà des problèmes de pouvoir d’achat…

    Arnaud Jean : Je voudrais rajouter que la lutte paye. Pour les retraites, dans les endroits où la grève reconductible a tenu, par exemple à la SNCF avec 59 jours de grève, on sort avec un accord de cessation progressive d’activité de 18 mois. C’est-à-dire que ce que le gouvernement nous a enlevés d’un côté, on l’a gagné par les négociations de l’autre côté avec la SNCF. Comme quoi quand on se mobilise, que les salariés sont unis notamment par la grève, au bout on arrive à obtenir des choses du patronat. La grève générale est un grand mot. La grève se décrète par les salariés entreprise par entreprise, chantier par chantier. Ça passe par des assemblées générales chaque jour sur les lieux de travail.

    Rémy Cougnenc : Quels sont les mots d’ordre de l’intersyndicale ?

    Mathieu Guy : Déjà le combat contre la vie chère. On la combat ainsi que l’inflation par des augmentations des salaires. Les primes existent de plus en plus. Un tiers de nos revenus dans la fonction publique sont des primes. C’est assez dramatique parce qu’elles ne sont pas comptabilisées dans les cotisations et ne financent pas nos systèmes de retraites. On demande une augmentation générale des salaires et des pensions, ce qui permettrait de redonner du pouvoir d’achat aux salariés, retraités et des recettes pour l’État pour mieux redistribuer à travers la Sécurité sociale notamment. Je crois que l’inflation est à 15% donc il faut 15% de hausse des salaires. C’est la base minimale pour sortir la tête de l’ornière et faire en sorte que les travailleurs puissent vivre dignement de leur travail.

    Olivier Nottale : Et aussi puissent aller travailler car certains sont pris à la gorge…

    Mathieu Guy : Vu le prix de l’immobilier à Montpellier, Sète ou Lunel, bref sur l’arc littoral, on constate que les travailleurs ne vivent plus sur leur lieu de travail, ils en sont de plus en plus éloignés. Avec le prix de l’essence, un salarié qui se déplace pour travailler ça lui coûte de l’argent.

    Rémy Cougnenc : Le patronat vous rit au nez quand on parle d’augmenter les salaires. Soi disant qu’il n’y a plus d’argent !

    Mathieu Guy : Un rapport a rappelé que 211 milliards d’euros sont donnés chaque année aux entreprises sans contrepartie. Les grands groupes du CAC 40 ont versé 61 milliards d’euros de dividendes au premier semestre 2026. On voit bien que de l’argent il y en a. Sauf qu’il va vers ceux qui en ont le plus. D’où des inégalités de plus en plus grandes et un monde du travail qui souffre.

    Rémy Cougnenc : Si on touche au capital, il y aurait des délocalisations. C’est l’éternel chantage à l’emploi…

    Mathieu Guy : Les patrons n’ont pas attendu qu’on gagne des hausses de salaires ou plus de justice fiscale pour délocaliser, supprimer de l’emploi, fermer les industries, démanteler tout ce qui peut l’être à leur bénéfice. Seconde revendication : c’est la question des services publics à l’abandon. Sans les pompiers, l’hôpital,… on aurait vécu des choses encore plus dramatiques (…) [Écouter la suite de l’émission avec la question de la liberté de manifester et les violences d’extrême droite].

  • [Quoi de neuf] « La mobilisation est vouée à continuer car la colère est là »

    [Quoi de neuf] « La mobilisation est vouée à continuer car la colère est là »

    Émission exceptionnelle de « Quoi de neuf » qui est à écouter en intégralité en podcast sur Divergence. Au moment où le pays vit un mouvement social inédit, historique, trois témoins relatent comment ils vivent les manifestations. Une étudiante engagée dans un syndicat et deux journalistes.

    Françoise Verna : Comment envisagez-vous la suite de la mobilisation ? Je pense au 5 novembre, journée interprofessionnelle de grève et de mobilisation, dans lesquelles les revendications de la jeunesse seront centrales.

    Enola Kraemer : Avec le SCUM, nous participons à l’appel du 5 novembre, en tant que syndicat, parce qu’on n’a pas obtenu satisfaction. Quand Macron a pris la parole à 20h, sa seule réponse est d’appeler au calme. On ne peut pas dire qu’il ait compris que les étudiants et les lycéens se mobilisent, qu’on est en colère. Donc, c’est une mobilisation qui est vouée à continuer. Aujourd’hui, on a à nouveau bloqué l’université Paul-Valéry à l’initiative des étudiants et étudiantes. Il y a également la faculté des sciences qui continue son occupation depuis deux semaines. Et ce matin, on a également bloqué la faculté d’économie, mais le président de l’université de Montpellier a décidé d’envoyer les CRS, donc le site a été débloqué.

    Françoise Verna : Vous avez des points de convergence avec les lycéens ?

    Enola Kraemer : On doit permettre fin à la sélection, à Parcoursup, à Mon master, parce qu’on devrait tous pouvoir étudier dans les filières de son choix. C’est 250 000 places qui devraient être ouvertes dans l’enseignement supérieur pour pouvoir garantir une possibilité aux étudiants et étudiantes de pouvoir étudier dans les études de leur choix. L’université Paul-Valéry de Montpellier est assez emblématique des universités françaises les moins bien dotées. Comment on peut justifier cet état de fait ? Actuellement, à Paul-Valéry, il nous manque 17 millions d’euros pour fonctionner correctement. L’État ne nous donne pas assez d’argent pour fonctionner correctement. Il ne veut pas financer des sciences sociales, des sciences humaines.

    Françoise Verna : Yann Castanier, depuis 2016 jusqu’à aujourd’hui, vous avez été le témoin, en tant que photo-journaliste, des mouvements sociaux. Est-ce que vous avez pu constater une évolution de la réponse répressive policière ?

    Yann Castanier : Ce qui va advenir, c’est qu’au fur et à mesure il y a de plus en plus de revendications face à un État qui ne répond pas. Et ensuite, ce qui va arriver, c’est les gilets jaunes. Il va y avoir un glissement qui va mener à la répression de manifestations par le LBD. La BRAV-M (Brigade de répression de l’action violente motorisée) est créée [unité spécialisée de la Police nationale. Créée en 2019, Ndlr.]. Du coup, ça fonce dans le tas, en permanence, pour pouvoir disperser, y compris quand il ne se passe rien. Je me rappelle les manifestations contre les retraites de 2022 ou 2023. Là, c’est l’incompréhension totale. On les voit charger même sur le cortège de la CGT et sur le service d’ordre de la CGT. Et puis, il va y avoir la logique des nasses qui se mettent en place, qui sont interdites, il faut préciser. Oui, elles sont interdites, mais elles sont utilisées en permanence. Cela consiste à isoler des personnes, à encercler des personnes par des CRS ou des gendarmes mobiles, et faire en sorte qu’elles ne puissent plus bouger, ni sortir pendant des heures.

    Françoise Verna : Louis Laratte, vous avez couvert en tant que journaliste la manifestation parisienne, le 17 octobre. Avez-vous été surpris de la tournure de la journée ?

    Louis Laratte : Ce qui a été vraiment inédit, c’est ce qui s’est passé bien avant que le rassemblement ait lieu et que les gens convergent vers la place de la République. En fait, la répression était déjà en marche. Alors que les personnes n’avaient pas encore débuté leur manifestation. Je pense que cela a surpris beaucoup de gens et surtout, ça a énervé pas mal de gens parce que la répression en manifestation, c’est un fait avéré.

    Je pense que la majorité des gens qui viennent en manifestation sont au courant de comment ça se passe, que la répression, elle est là et que c’est quelque chose avec lequel il faut faire.

    Là, je pense que beaucoup de gens étaient pris au dépourvu et ça a énervé beaucoup parce qu’au-delà de cette répression, c’est vraiment le droit de rassemblement et le droit de manifestation qui ont été entravés avant même que la manifestation ait lieu.

    Françoise Verna : Peut-on dire que les manifestants étaient sidérés ?

    Louis Laratte : Il y a beaucoup d’incompréhension, je pense, par rapport à la stratégie qui a été adoptée. Et en fait, la situation s’est tendue à un tel point qu’en fait, les CRS se sont eux-mêmes embourbés sur la place de la République, parce que les gens n’ont pas spécialement voulu en partir.

    Les affrontements ont duré assez longtemps. Ça a commencé sur la place à peu près à midi et ça a duré avec une vraie intensité jusqu’à, je pense, 16-17 heures. C’était vraiment très, très violent. Ensuite jusqu’à tard dans la nuit, en parallèle, pas de police pour empêcher les magasins d’être pillés. Et j’en ai fait des kilomètres dans Paris.

  • La Marseillaise et Divergence, un bouquet de bonnes ondes

    La Marseillaise et Divergence, un bouquet de bonnes ondes

    Quatre ans d’un partenariat riche en émissions « Quoi de neuf », commencé en septembre 2022 et devenu depuis une aventure collective, dans un nouveau lieu pour un nouveau projet. Nous pouvons résumer en ces termes le compagnonnage de La Marseillaise avec radio Divergence, une des plus anciennes radios associatives de Montpellier et de sa région.

    Avec sa signature sonore inimitable (à la pointe des musiques actuelles) et une grille d’émissions aussi variée qu’instructives et ludiques, Divergence s’est développée sans renier ses origines historiques, celles des radios libres, citoyennes et impertinentes. Une « ligne éditoriale » en phase avec les valeurs de La Marseillaise, née dans la Résistance en décembre 1943 et toujours animée, en 2026, par l’exigence de l’information juste et des combats progressistes du mouvement social et politique. Pour Divergence, la question sociale est aussi au cœur de la plupart de ses émissions. « Nous sommes en train de travailler à un partenariat avec la CGT de l’Hérault », précise Bruno Bertrand, le directeur des programmes.

    Football féminin et LineUp

    Cette dimension sociale se traduit également par le choix de confier des émissions à des associations telles que la Fédération des aveugles de France. Autre projet en cours de construction « un partenariat avec le Montpellier Football Club, 100% féminin, auquel La Marseillaise sera partie prenante », ajoute Bruno Bertrand. Ce sera une façon différente de raconter le sport et d’accompagner la croissance à échelle humaine de ce club qui évolue dans l’élite. La dimension culturelle, dans l’ADN de Divergence, prend également un nouvel élan puisque la radio travaille avec le tiers lieu « Restanque » géré par LineUP, fabrique culturelle et artistique. Le site est à proximité du pôle médias composé de radio Divergence, radio Clapas, autre grand média associatif de Montpellier, et de La Marseillaise. Un quartier en pleine transformation, baptisé Montpellier Sud où le pôle médias entend jouer un rôle citoyen. Aux côtés de Bruno Bertrand, pour mettre en ondes la grille des programmes de Divergence, diffusés sept jours sur sept, la réalisatrice Alice Rollet est aux manettes de la console à raison de « cinq à six enregistrements par jour » et d’« une dizaine de diffusions quotidiennes », explique la jeune femme. « La diversité des animateurs fait que chaque émission ne se ressemble pas. » Un métier où il faut conjuguer savoirs techniques et sens de l’humain puisqu’une trentaine de bénévoles assurent les émissions. Alice Rollet insiste aussi sur l’importance de la médiation, sa formation d’origine, avant de devenir une professionnelle de la radio. « Nous devons créer du lien avec le public », conclut Alice Rollet. Une ambition reçue cinq sur cinq.

  • [Quoi de neuf] Bernard Morin : « Il y a le feu au niveau de la misère, du climat, de la paix »

    [Quoi de neuf] Bernard Morin : « Il y a le feu au niveau de la misère, du climat, de la paix »

    Françoise Verna : Vous organisez la Journée mondiale du refus de la misère à Montpellier, Pézenas et Béziers ce samedi 17 octobre. C’est une première cette coorganisation sur ses trois villes de l’Hérault ? En quoi ces liens sont importants ?

    Bernard Morin : Pézenas, cela fait plus de quinze ans qu’ils agissent ensemble en collectif. Béziers c’est la première année qu’ils le font sur les Allées Paul-Riquet et la Colonie Espagnole. Et à Montpellier cela fait 25 ans que cela existe. Pourquoi ce lien cette année entre les trois communes ? Parce qu’il y a vraiment le feu au niveau de la misère, du climat, de la paix, de la société. On s’est dit qu’il serait judicieux de faire savoir à Béziers, à Pézenas et à Montpellier, aux trois coins de l’Hérault, que nous sommes reliés.

    Olivier Nottale : Justement nous sommes en ligne avec Serge Pesce depuis Béziers membre du pacte civique et du Pacte du Pouvoir de vivre biterrois. Comment construisez-vous cette journée ?

    Serge Pesce : C’est un collectif qui s’est constitué à Béziers dans le cadre du Pacte pour le pouvoir de vivre, une initiative lancée par de nombreuses associations et ONG au niveau national. Il y en a une quarantaine qui agissent dans le secteur social, citoyen, caritatif le plus divers. Sur Béziers, ce groupe a associé différentes structures : ATD-Quart Monde, la Ligue des Droits de l’Homme, la CFDT, le Pacte civique et un acteur très local, la Colonie espagnole qui est implantée en plein de Béziers dans un quartier touché par la problématique de la pauvreté.

    Françoise Verna : Où peut-on vous retrouver ?

    Serge Pesce : Nous serons présents sur les Allées Paul-Riquet de 14h à 17h pour échanger avec les Biterrois et rappeler la situation de la pauvreté sur la ville. La pièce de théâtre So so Sobriété sera jouée le soir à 18h à la Colonie espagnole.

    Olivier Nottale : Le thème, cette année, de la Journée mondiale du refus de la misère est, je cite : « Défendons la paix, pour un monde habitable : justice sociale et environnementale ». C’est fondamental de lier justice sociale et environnementale ?

    Serge Pesce : Malheureusement, la situation de misère, de pauvreté, elle s’additionne, se cumule. Le premier degré de la misère, c’est la misère financière, bien sûr. Mais, ces personnes sont aussi les premières à être victimes d’une misère culturelle, d’une misère sociale, dans la qualité de la vie, le logement. Ce sont les personnes qui sont le plus nombreuses dans les passoires thermiques où l’on crève de chaud l’été et de froid l’hiver. Elles ont moins accès aux soins, aux médecins. Les personnes fragiles vivent cela dans tous les domaines de la vie.

    Olivier Nottale : L’objectif est d’être force de proposition ?

    Bernard Morin : Il faut savoir de quoi on parle en premier. Sur Montpellier, cela fait six ans que nous existons. On a commencé par bredouiller mais depuis maintenant deux ans on travaille, on agit sur le logement en lien avec la mairie, dans des commissions. Nous allons travailler avec tout le réseau de l’éducation populaire sur Montpellier en lien et avec le soutien technique de la Ville.

    Françoise Verna : Vous avez fait un travail de fond sur la pauvreté à Béziers, une des villes, si ce n’est la ville, la plus pauvre de France. Quelles en sont les grandes lignes ?

    Serge Pesce : Le seuil de pauvreté, c’est 50% du revenu median qui lui est d’environ 1 500 euros par mois. En France, 14% de la population est à ce niveau [750 euros/mois], soit 9 millions de personnes. Et bien à Béziers, nous sommes à 36%. Si l’on regarde de plus près, cela concerne une population de moins de 30 ans où il est de 48%. La situation de famille monoparentale conduit à la pauvreté presque inéluctablement. C’est une situation qui a beaucoup évolué en France : Il y avait 10% de familles monoparentales en 1968, nous avons dépassé 26% en France au début des années 2020. Et cette fois encore, spécificité à Béziers, il y a 40% de familles monoparentales.

    Olivier Nottale : Bernadette Chamouton vous êtes membre du collectif du pouvoir de vivre de Pézenas. Samedi, la Journée du refus de la misère se déroule au lycée agricole. Il y aura notamment un stand de Territoire Zéro Chômeurs. Pourquoi ce projet est en difficulté ?

    Bernadette Chamouton : Nous sommes en galère après pourtant six ans de travail sur ce projet. Tout était prêt mais le gouvernement a demandé au fonds d’investissement de bloquer l’argent et de stopper le projet qui devait démarrer début septembre. Nous avons fait signer une pétition sur le marché de Pézenas. Une lettre a été envoyée au ministre du travail et même au président, monsieur Macron. Le projet est prévu, budgété. C’est une volonté de ne pas le réaliser. Des salariés attendent un travail depuis des années.

    Nous sommes dans l’incertitude sur ce projet important mais on ne baisse pas les bras car la création du collectif a créé une ambiance citoyenne à Pézenas.

    Consultez le programme complet et écoutez l’émission en cliquant sur le lien.

  • [Quoi de neuf] « Il y a un angle mort sur le Midi blanc, conservateur »

    [Quoi de neuf] « Il y a un angle mort sur le Midi blanc, conservateur »

    Rémy Cougnenc : Le festival les Fourmilières contre les idées l’extrême droite est une première. Qu’est-ce que cela révèle du climat actuel ?

    Emmanuel Négrier : L’importance de l’enjeu et la très grande difficulté dans laquelle se trouvent les grands mouvements ciblés par l’extrême droite aujourd’hui. À savoir : trouver les armes pour lutter contre cette ascension. On voit dans le spectre électoral, les dynamiques de partis, les prises de position, une droitisation généralisée du discours et donc la fragilisation de personnes, groupes sociaux ou culturels ciblés par le RN. On le constate dans les premières expériences des villes conquises par le RN. L’urgence que manifestent ces mouvements, c’est de reprendre un peu la main pour faire le travail des partis politiques [de gauche, ndlr]. Il est essentiel de revenir sur l’Histoire pour ne pas se laisser berner par des discours populistes.

    Rémy Cougnenc : Philippe Secondy, c’est une plus-
    value historique que vous avez amenée au débat
    à la Carmagnole du 15
     septembre ?

    Philippe Secondy : Tout à fait. Je donne un éclairage sur l’esprit des lieux. Chaque territoire a des singularités politiques. Il est nécessaire de faire un long détour dans les archives pour montrer comment ces territoires ont été imprégnés sur le plan politique par des conflits parfois ancestraux avec des dimensions sociales, religieuses, économiques… qui ont pu peser.

    Rémy Cougnenc : Dans votre ouvrage, « La persistance du Midi Blanc » (catholicisme traditionnel, royauté, antirépublicains), vous expliquez que la crise viticole de 1907 a bouleversé les rapports de force avec le « Midi Rouge »…

    Philippe Secondy : Pour comprendre 1907, il faut comprendre ce qui s’est passé depuis la fin du XVIIIe siècle. En Languedoc et dans le sous-secteur rhodanien, on a un affrontement net entre les « rouges » et les « blancs ». Les « bleus » – les Orléanistes et Bonapartistes – étaient quelque peu marginaux. L’extrême droite a des racines dans ce Midi royaliste, dans lequel la religion va jouer un rôle de ciment fédérateur. Au XIXe, il y aura plusieurs dimensions. Dès 1819 avec la Restauration, durant Louis XVIII, Montpellier est la première ville de France à ériger un monument en l’honneur du « roi martyr », Louis XVI. La pose de la première pierre a donné lieu à un grand rassemblement populaire en 1819. La statue a été érigée place des Capucins aujourd’hui place du marché aux fleurs (à côté de la préfecture). On a des grands propriétaires terriens nobles alliés à la haute bourgeoisie mais aussi un enracinement de cette culture politique au sein des couches populaires. Tout cela sera confirmé lors des élections de 1849 après l’instauration du suffrage universel direct masculin. On va voir surgir des bastions « blancs » notamment dans l’est de l’Hérault. Au fil du siècle, ce Midi blanc va se consolider avec le journal L’Éclair qui naît en 1881 et qui existera avec un impact important jusqu’en 1944, dirigé par des membres de la noblesse et de la grande bourgeoisie. Ils seront rejoints par l’évêque Monseigneur de Cabrières qui jouera un rôle central durant un demi-siècle. En 1907, il va tendre la main aux révoltés de la viticulture et des perches à certains membres du « Midi rouge » qui est assez éclaté avec des radicaux-socialistes vus comme des radis : rouges de l’extérieur mais blancs de l’intérieur. Il va profiter de ce moment d’union nationale pour essayer de récupérer sur le plan politique ces viticulteurs massivement mobilisés contre l’État central [face à la surproduction de vin].

    Olivier Nottale : C’est vrai que les jeunes de 2026 n’ont pas forcément connaissance qu’il a pu exister ce « Midi blanc » à Montpellier…

    Philippe Secondy : En fait, il y a longtemps eu une focalisation sur le « Midi rouge » avec des travaux importants de l’historien Jean Sagnes ou Paul Alliès en science politique. Il y a un angle mort de ce Midi conservateur structuré par les royalistes. Chez eux, il y aura des entrepreneurs politiques qui ont accepté les règles de la modernité électorale avec le suffrage universel. Je pense notamment à l’avocat André Vincent qui à la fin du XIXe siècle va développer la jeunesse royaliste, laquelle va entamer un bras de fer avec les notables « blancs », favorables à une sorte d’honorable modération, ne souhaitant pas participer au jeu politique. Or, André Vincent et ses émules comprennent que pour agir concrètement, il faut adopter les nouvelles règles. Grâce au concours de l’Église, ils vont créer des structures de type associatif, vecteurs essentiels pour ancrer ce « Midi blanc ». On met aussi en avant ce qu’il se passe dans les monarchies européennes voisines. Une sorte de programme politique assez moderniste sur certains points se met en place.

    Rémy Cougnenc : Comment le « Midi blanc » a-t-il encaissé la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État ?

    Philippe Secondy : Cela a été un coup derrière la tête mais aussi un moment important de mobilisation politique. Mgr de Cabrières qui sera aussi cardinal va défier le Pape Léon XIII qui prônait le ralliement à la République. Il va écrire le manifeste d’Avignon.

    Écoutez l’émission en cliquant sur le lien.

  • [Quoi de neuf] Guy Bersinger : « La première marche d’accès à la Justice »

    [Quoi de neuf] Guy Bersinger : « La première marche d’accès à la Justice »

    Rémy Cougnenc : La conciliation est-elle comparable à la médiation ?

    Guy Bersinger : Les fonctions de médiateur et de conciliateur sont voisines mais différentes dans leur mode de fonctionnement. Les médiateurs sont des professions libérales qui facturent leurs prestations. Les conciliateurs de justice sont des bénévoles. Pour le devenir, il faut faire acte de candidature auprès du premier président de la Cour d’appel ou du tribunal. On est reçu, on suit un stage pour prendre connaissance de la fonction et de ses contraintes, on est formé par des formateurs de l’École nationale de la magistrature. Quand la référente madame Béatrice Bourgal (de l’association des conciliateurs de justice), estime que le candidat est prêt, on rencontre la présidente puis on prête serment. On peut alors commencer à concilier.

    Rémy Cougnenc : En quoi consiste la mission d’un conciliateur ?

    Guy Bersinger : Le conciliateur doit rester neutre et impartial. Nous avons un code de déontologie à respecter. On ne peut pas intervenir dans un litige quand on connaît l’une des parties. On doit respecter la confidentialité des échanges. Ce qui est dit reste dans le bureau. La solution à laquelle le conciliateur amène les deux parties, si jamais l’une refuse jusqu’au dernier moment c’est son droit. Quand les deux parties trouvent une solution d’entente, le conciliateur peut rédiger un constat d’accord de conciliation, le faire signer par les deux parties et le présenter à un juge. Il a alors force exécutoire. Si l’une des deux parties ne respecte pas sa part de l’accord, c’est le juge qui reprend l’affaire et qui tranche.

    Olivier Nottale : Concilier signifie donc faire des compromis, même quand on est persuadé d’avoir raison ?

    Guy Bersinger : Si l’un a parfaitement raison et l’autre tort, il n’y a pas de conciliation possible et ils vont en Justice. L’idée c’est que les conciliateurs ont l’obligation de traiter un dossier dans les trois mois après transmission. C’est beaucoup plus rapide que les délais de la Justice malheureusement engorgée. Si chacun ne fait pas un pas vers l’autre, la partie qui s’estime lésée va devoir monter un dossier, payer des frais de dossier, d’avocat… La conciliation est plus rapide, plus souple. On ne gagne peut-être pas tout ce que l’on veut mais on s’évite de gros tracas et une décision du juge.

    Rémy Cougnenc : Pour l’État n’est-ce pas un moyen déguisé de désengorger les tribunaux sans recruter les personnels nécessaires ?

    Guy Bersinger : Ce peut être une conséquence mais ce n’est pas la volonté à l’origine. Dans les textes, les conciliateurs sont la première marche d’accès à la Justice. On est à l’écoute, il y a un côté convivial, non contraignant. Il faut plutôt le voir comme un moyen de recréer du lien avec son voisin qui n’a pas coupé les branches de son arbre qui dépassent chez vous.

    Rémy Cougnenc : Quelles sont les affaires qui peuvent entrer dans le cadre de la conciliation ?

    Guy Bersinger : Le conciliateur n’intervient que dans le cadre du droit civil, pas dans le domaine du droit pénal ni de la famille ni le droit du travail. On intervient dans les litiges entre deux personnes comme deux voisins, les relations entre bailleurs et locataires pour des non-restitutions de dépôt de garantie, de réparations, de charges… On est aussi dans une ville où il y a l’encadrement des loyers avec 80 000 étudiants à Montpellier et une pression sur le marché de la location. Certains bailleurs manquent un peu de vigilance. Il y a aussi les litiges de la consommation. Un particulier fait venir un professionnel et estime que la réalisation ne correspond pas au devis. On intervient aussi entre deux professionnels. Ce genre de litige représente 30% de nos affaires tout comme les litiges entre bailleurs et locataires, les affaires de voisinage 12%…

    Olivier Nottale : Y a-t-il un seuil financier au-delà duquel vous ne pouvez pas intervenir ?

    Guy Bersinger : Il n’y a pas de limite. Quelqu’un qui a une belle villa nous a saisis parce que son ancien voisin a vendu sa villa qui a été détruite et remplacée par un immeuble de trois étages dans les règles de l’urbanisme. Simplement le propriétaire estime que cet immeuble lui crée de l’ombre et que depuis le 3e étage on peut voir sa piscine. Le montant du litige s’élevait à plusieurs dizaines de milliers d’euros. En revanche, la conciliation est obligatoire dans les domaines qu’on a évoqués pour des affaires aux montants inférieurs à 5 000 euros. Le juge impose d’abord de passer par une conciliation.

    Rémy Cougnenc : Combien d’affaires traitez-vous chaque année ?

    Guy Bersinger : Cela varie beaucoup d’un conciliateur à l’autre. Il n’y a pas de minimum, rien ne nous est imposé. Des collègues traitent jusqu’à 150 dossiers par an, personnellement j’en suis à un peu plus de 100. Dans le ressort de la Cour d’appel de Montpellier (Hérault, Aude, P-O et Lozère), nous avons 123 conciliateurs dont 46 dans l’Hérault et 28 à Montpellier. Ces derniers ont traité 2 698 dossiers en 2025. 1 107 sont arrivés à un accord de conciliation (41%). On a eu 700 carences quand l’une des parties invitées ne s’est pas présentée.

    Écoutez l’émission en cliquant sur le lien.

  • [Quoi de neuf] « Nous espérons créer une émulation autour du jazz »

    [Quoi de neuf] « Nous espérons créer une émulation autour du jazz »

    Françoise Verna : Diriez-vous, dans le contexte où nous sommes et après l’annulation par la mairie d’extrême droite RN de Vauvert du festival Jazz à Vauvert, que les festivals sont entrés en résistance ?

    Sébastien Cabrié : Oui, c’est sûr. C’est compliqué depuis quelques années. Il y a festival et festival. Nous, on représente des festivals portés par des associations loi 1901 à but non lucratif, portés par une centaine de bénévoles. Moi, je suis salarié, seul à l’année, avec une collègue à mi-temps. Forcément la question économique pèse chaque année et tout est remis en question chaque année malgré que nous sommes, pour notre part, conventionnés avec l’État, la Région, le Département du Gard, la communauté de communes du Pays de Sommières et la mairie de Junas. C’est une chance de pouvoir discuter avec tous les partenaires publics autour d’une même table avec le même projet, en tout cas l’idée de défendre ce que l’on fait tout au long de l’année. Parce qu’il y a les festivals mais aussi les actions auprès des scolaires, en école, collège, lycée. Il y a aussi du cinéma. On essaie de parler du jazz le plus possible et dans tous les domaines.

    Olivier Nottale : Mais vous devez résister de plus en plus ?

    Sébastien Cabrié : On résiste déjà depuis de nombreuses années au fur et à mesure des différents gouvernements, c’est au-delà du jazz, cela concerne la culture en général. La culture, on sait que c’est la dernière roue de la charrette, celle qui est sacrifiée en premier. Et là se sont rajoutées les élections municipales. On en a vécu, cela 33 ans que jazz à Junas existe. Mais là la tendance nationale est assez alarmiste puisque le RN a progressé fortement dans plein d’endroits.

    Françoise Verna : Il y a eu des conséquences très concrètes puisque la mairie RN de Vauvert a décidé de supprimer le festival Jazz à Vauvert. Cela vous a surpris ?

    Sébastien Cabrié : On savait que le maire actuel ne nous aimait pas trop. Il nous l’a redit cordialement lors de notre rendez-vous. Il votait déjà contre la subvention quand il était dans l’opposition. Pour vous résumer l’historique du festival, il y a eu onze ans de festival porté par d’autres personnes et notamment par la mairie de Vauvert en place à l’époque il y a 23 ans. On est arrivé à la 12e édition.

    Olivier Nottale : Le festival a trouvé refuge à Vergèze. Comment on passe d’une commune à l’autre ?

    Sébastien Cabrié : Il y avait deux choses. D’abord l’aspect financier. L’association ne devait pas être mise en grande difficulté parce que la subvention supprimée était de 65 000 euros, deux mois avant le festival. On s’est appuyé sur une convention, votée par l’ancienne mairie, jusqu’en 2026 mais il manquait le vote au conseil municipal. Face au nouveau maire, on avait la convention mais pas les sous. Quand on a rencontré le nouveau maire, il nous a dit qu’il ne nous portait pas dans son cœur, que nous étions une association hors Vauvert. On ne pensait pas faire 2027 mais l’édition 2026, oui, mais il dit nous a dit qu’il l’annulait. On aurait pu couler et avec nous les emplois. C’était une question financière mais liée à une question artistique : on ne pouvait pas annuler. Nous avons téléphoné à tous les artistes, les agents, etc. et essayé de rebondir, trouver une solution de repli. Les musiciens étaient tous d’accord pour continuer et ont baissé leur cachet. Il y a eu la mairie de Vergèze qui a réagi très rapidement pour nous accueillir.

    Françoise Verna : La maire de Vergèze, Pascale Fortunat-Deschamps, a dit oui sans hésiter ?

    Sébastien Cabrié : Elle a fait preuve d’une rapidité de réaction et d’engagement. Parce que ce n’est pas un engagement neutre. Elle a assumé ça et on la remercie. On a aussi été aidé par le Département du Gard et de la Région Occitanie.

    Olivier Nottale : Il y a aussi une question de fond : la conception de la culture par l’extrême droite. Or, le jazz c’est l’ouverture à l’autre ?

    Sébastien Cabrié : Les mots qui ont été donnés lors de ce rendez-vous, c’était « élitiste » au moins 25 fois ! On touche pourtant 1 000 élèves chaque année ! Nous, on programme des musiciens vivants qui font la musique d’aujourd’hui.

    Françoise Verna : C’est un faux débat cette opposition entre culture élitiste et populaire ?

    Sébastien Cabrié : Nous n’avons pas essayé de les convaincre, ce n’est pas notre but mais, si on veut, tout peut être une niche : le rock, la chanson…

    Olivier Nottale : Les dates approchent pour jazz à Vergèze. Êtes-vous optimiste sur le niveau de fréquentation ?

    Nous avons remboursé très peu de personnes. On a eu plutôt des soutiens avec des personnes qui ont pris le pass deux jours au lieu de ne venir qu’un soir, et nous les remercions. Après de changer de lieu, c’est compliqué. Mais on va gagner un nouveau public, à la fois des gens qui soutiennent la culture mais qui viendront aussi pour les musiciens de très haut niveau. La fréquentation est plutôt pas trop mal.

    Jazz à Vergèze les 26 et 27 juin

    33e édition du festival Jazz à Junas du 22 au 25 juillet

    Écoutez l’émission en cliquant sur le lien.

  • [Quoi de neuf] « Le parcours judiciaire, c’est le parcours du combattant »

    [Quoi de neuf] « Le parcours judiciaire, c’est le parcours du combattant »

    Oriane Castan : France Victimes 34 est une association d’information et d’aide aux personnes victimes. Dans quel domaine se situent ces personnes victimes et comment se traduisent ces deux pôles, informer et accompagner ?

    Roselyne Leplant-Duplouy : L’information est destinée au grand public mais aussi à tous les professionnels avec qui nous travaillons et qui ne sont pas forcément du milieu judiciaire. Nous travaillons bien évidemment de façon très étroite avec les représentants du Parquet, les avocats, tous les services qui interviennent dans le cadre des procédures judiciaires mais aussi les hôpitaux, les autres associations et avec tous ceux qui peuvent nous aider à être en bonne connaissance des difficultés que rencontrent les victimes.

    Olivier Nottale : Des psychologues aussi ?

    Roselyne Leplant-Duplouy : Oui, des psychologues, des travailleurs sociaux. C’est toujours très compliqué de parler d’une association qui intervient dans des procédures judiciaires, des parcours judiciaires. J’utilise un langage qui n’est pas toujours compris du grand public. Je discutais récemment avec quelqu’un et on parlait des classements sans suite. Moi je sais précisément de quoi il retourne mais dans le grand public, à moins d’avoir été soi-même concerné, on ne connaît pas les définitions.

    Oriane Castan : Pour bien comprendre, concrètement, c’est quoi le parcours « type » d’une personne victime ?

    Roselyne Leplant-Duplouy : Vous êtes, Madame, Monsieur, victime d’un vol de carte bleue, d’une agression ou d’insultes dans les transports, de harcèlement sur la voie publique ou, plus grave, d’une atteinte à la personne. En principe, on intervient à partir de la plainte et le temps de la procédure judiciaire.

    Oriane Castan : Votre accompagnement se fait de manière automatique ou la personne doit en faire la demande ?

    Roselyne Leplant-Duplouy :

    On ne travaille jamais sans que la personne victime nous donne son accord, évidemment. Il nous arrive d’aller au devant, d’être proactifs. Les services de police et de gendarmerie ont tout un protocole qui induit une orientation vers France Victimes pour toutes les plaintes, quelle qu’en soit la nature. Dans ce cas de figure là, quand on a la saisine, c’est-à-dire le signalement par les services de police, de gendarmerie, voire les juges d’instruction, on contacte la personne victime et on lui propose nos services. Il n’y a pas de contraintes. La justice ne contraint pas à être accompagné par France Victimes. Il faut vraiment qu’il y ait une adhésion. Cela ne pose aucun problème dans 90% des cas.

    Olivier Nottale : La personne est rassurée de trouver une oreille attentive ?

    Roselyne Leplant-Duplouy : Oui, une oreille attentive et des professionnels qui vont lui expliquer quel va être son parcours. Car le parcours judiciaire, c’est le parcours du combattant.

    Oriane Castan : Comment
    ce parcours se traduit-il
     ?

    Roselyne Leplant-Duplouy : La plupart des associations du réseau national de France Victimes – nous sommes 130 associations sur le territoire, en métropole et outremer – nous avons des juristes formés en droit pénal et des psychologues formés en victimologie. C’est l’équipe de base. Après, il y a le volet social dont on s’occupe avec notre partenaire, le Département [de l’Hérault] qui depuis de nombreuses a engagé des fonds pour mettre à disposition des commissariats et des gendarmeries des assistants du service social. Ils sont spécifiquement là pour compléter notre travail.

    Oriane Castan : Si vous n’intervenez pas pour accompagner ces personnes victimes qui le fait ?

    Roselyne Leplant-Duplouy : Personne. Les avocats font leur travail. Après on a tout un réseau d’associations partenaires et de services qui nous connaissent. On peut venir taper à notre porte quelle que soit l’étape du parcours judiciaire.

    Olivier Nottale : Les personnes victimes se trouvent confronter à un mur, celui de la justice…

    Roselyne Leplant-Duplouy : Oui, vous avez complètement raison. On n’est pas là pour minimiser la nature de l’infraction. Un vol de carte bleue, par exemple, je vais savoir quoi faire. Mais un vol de carte bleue chez une personne qui est fragilisée sur le plan social, psychologique ou voire en situation de handicap ou âgée, peut représenter un traumatisme. Tout le monde peut être victime à un moment de sa vie, potentiellement.

    Olivier Nottale : Il y a la question du temps de la justice, des moyens mis à disposition…

    Roselyne Leplant-Duplouy : La France a un des dispositifs sociaux, dans son ensemble, qui ne ressemble à aucun autre pays en Europe. On a des choses très structurées depuis des lustres qui ont besoin d’être mises au goût du jour. On a un système judiciaire très structuré et, en même temps, ces rouages font que, lorsque l’on fait remonter, cela prend du temps.

    Les choses sont faîtes très sérieusement en matière judiciaire, je le dis haut et fort parce qu’il y a des discours en ce moment. Il faut avoir les moyens et se focaliser sur ce que l’on peut améliorer.

  • [Quoi de neuf] « Localement, le gros problème c’est le logement »

    [Quoi de neuf] « Localement, le gros problème c’est le logement »

    À l’occasion de ses 75 ans, l’UFC-Que Choisir a fait évoluer son nom pour devenir « Que Choisir Ensemble ». Née en 1951, l’association est composée d’associations locales dans tous les territoires, dont l’Hérault. En septembre Que Choisir Ensemble-Montpellier va célébrer ses cinquante ans d’existence lors d’une grande journée de rencontres et de débats, le 18 septembre. Outre le thème central du logement, l’association milite pour l’accès aux soins.

    Françoise Verna : Rappelez-nous les domaines d’intervention de Que Choisir Ensemble Montpellier. Y a-t-il des spécificités de l’aide apportée aux consommateurs dans le territoire ?

    Gilbert Rieu : Il faut savoir que l’association locale a 1 600 adhérents. Nous intervenons dans la région de Montpellier : c’est le Lunellois, le Gangeois, le Clermontais… Les spécificités nous les mesurons dans l’accueil des consommateurs au quotidien, lors de nos permanences du lundi au vendredi matin. Localement, le gros problème c’est le logement. C’est pour cela que nous avons orienté nos actions autour de cette question. Cela va être le cœur d’un anniversaire local, celui des cinquante ans de notre association, le 18 septembre qui aura pour thématique principale le logement. Historiquement, le logement n’était pas une culture d’action des associations de défense des consommateurs. Mais depuis plusieurs années, on prend en compte le fait que c’est un besoin essentiel au niveau du consommateur. Donc on est engagé franchement sur cette question avec une dimension qui a été développée par Marina Seccal-Bersinger [ancienne présidente et désormais trésorière nationale], avant mon arrivée, vis-à-vis des bailleurs sociaux. Nous nous sommes manifestés lors des élections dans les organismes avec des succès remarquables et nous préparons les prochaines. C’est une action importante sur le Montpelliérain.

    Olivier Nottale : Cela consiste en quoi de défendre les locataires des bailleurs sociaux ?

    Marina Secall-Bersinger : Nous sommes particulièrement militants et nous portons ce combat. Sur le logement social, nous sommes déjà en campagne puisque les élections vont se dérouler de novembre à décembre pour siéger au sein des organismes. Nous avons déjà des bénévoles sur le terrain. Nous avons ciblé trois bailleurs sociaux : ACM Habitat, Hérault Logement et FDI Habitat. Au niveau national nous étions arrivés premiers chez CDC Habitat. Localement, cela a permis de créer une commission logement qui se réunit deux fois par mois avec des bénévoles et des locataires qui nous ont rejoints. Cela permet, au niveau local, d’organiser des rendez-vous conso’ dans les résidences. Nous y parlons problèmes d’énergie, des thématiques qui les intéressent, etc. C’est en lien aussi avec notre campagne nationale qui porte sur le logement, pas seulement social.

    Françoise Verna : Là encore, Y a-t-il des particularités locales ?

    Marina Secall-Bersinger : Sur Montpellier, ce que nous souhaitons cibler lors de nos cinquante ans c’est la problématique du logement des étudiants.

    Nous sommes dans une ville où il y a un problème entre l’offre et la demande. Et puis nous voulons aussi travailler sur tout ce qui est « contractualisation ». On a aussi gagné un combat pour pouvoir changer d’assurance emprunteur. Pour nous qui souhaitons nous adresser aux jeunes, en première accessibilité, le fait de pouvoir dénoncer son assurance emprunteur fait gagner des dizaines de milliers d’euros.

    Olivier Nottale : Marina Secall-Bessinger, outre vos responsabilités de trésorière vous êtes également déléguée nationale à l’accès aux soins de l’association Que Choisir Ensemble. Comment vous agissez ?

    Marina Secall-Bersinger : Je commencerai par notre légitimité. Nous avons sorti notre première étude sur la fracture sanitaire en 2012. Nous l’avons actualisée et nous mettons à disposition des outils. Vous pouvez voir, en allant sur notre site, l’équipement médical autour de chez vous. La richesse de notre analyse c’est que ce n’est pas simplement une problématique géographique. Nous sommes allés plus loin parce qu’il n’y a pas qu’une fracture démographique mais aussi une fracture financière. La problématique, notamment locale, ce sont les dépassements d’honoraires. C’est là que l’usager de la santé a de grosses difficultés.

    Françoise Verna : Pourtant, à Montpellier il y a tout pour se soigner…

    Marina Secall-Bersinger : Oui, tout le monde est là, les spécialistes, etc. Mais à quel prix ? Quand on voit le problème du désengagement de l’État, le report sur les complémentaires santé et l’augmentation de ces complémentaires, il y a beaucoup de gens qui ne peuvent plus se soigner même s’il y a des médecins. C’est ce travail que l’on porte et nous alertons régulièrement les politiques.

    Olivier Nottale : Vous pesez sur eux ?

    Marina Secall-Bersinger : En ce moment revient au Sénat la loi Garot à laquelle nous nous sommes associés et qui concerne l’installation territoriale des médecins. L’article premier est passé et c’est la navette avec le Sénat. On invite les associations locales à saisir les sénateurs.

    Recueilli par F.V.

    Écoutez l’émission en cliquant sur le lien.

  • [Quoi de neuf] « L’IA est une machine, elle ne pense pas… »

    [Quoi de neuf] « L’IA est une machine, elle ne pense pas… »

    Françoise Verna :

    Valérie Bussières, vous êtes psychanalyste, comme vos deux collègues, et déléguée régionale de l’Association de la Cause freudienne (ACF) en voie domitienne. Pourquoi l’association s’empare pour son colloque*, le 6 juin, de l’Intelligence artificielle, avec cette interrogation : « L’IA, ça vous parle ? »

    Valérie Bussières : Pourquoi on parle à une machine ? Et est-ce que la machine nous parle ? Cette thématique de l’IA « parle » effectivement à de nombreuses personnes. Elle est connectée à notre société et aux enjeux contemporains. Mais c’est aussi en lien avec l’Association de la Cause freudienne qui met au travail les concepts de la psychanalyse et l’idée de transmettre la psychanalyse.

    Olivier Nottale : Dans la psychanalyse, la parole est centrale. En quoi l’entrée en jeu de l’IA, de plus en plus performante, vient percuter votre travail ?

    Caroline Nissan : Les réponses seront une séquence du colloque où il sera question du « transfert »** tel que l’on peut l’entendre dans la psychanalyse. Et du « transfert » à la machine. Qu’en est-il de ce « transfert » ? Et qu’en est-il du savoir qui sera en jeu quand on interroge la machine ? Il y a là un enjeu de taille car dans la séance analytique, la rencontre avec un psychanalyste se fait en présence. Il y a le corps, la temporalité. Il n’y a pas cet échange avec un partenaire « en miroir ». C’est tout le but de ce colloque.

    Françoise Verna : Allez-vous expliquer le 6 juin ce que l’on entend par « intelligence artificielle » ? La définition est importante ?

    Valérie Bussières : Dans notre colloque, nous avons invité un mathématicien, Olivier Ripoll, qui est aussi un expérimentateur en IA. Il nous dépliera ce qui fait énigme, quelque part. C’est une inquiétante étrangeté car il y a quelque chose qui nous cause mais qui reste en même temps une boîte noire. C’est une machine, elle ne pense pas. Ce terme d’« intelligence » pose d’ailleurs problème.

    Caroline Nissan : Un des points que nous aborderons c’est aussi la question du silence et de la temporalité. Les patients nous le disent. Une jeune femme que j’ai vue il n’y a pas longtemps m’a dit : « Je parle à l’IA mais en fait ce qui ne me plaît pas c’est que c’est tout et tout de suite. »

    Françoise Verna : Justement, comment appréhendez-vous l’usage de l’IA par les patients ?

    Caroline Nissan : Certains de nos patients et de nos analysants utilisent l’IA. Ce qui est intéressant, c’est de chercher quels usages ils en font. Effectivement, il y a peut-être deux ans maintenant, dans des affaires liées à l’IA, deux adolescents avaient été poussés au suicide et cela avait reconduit à un reformatage de l’IA avec des messages diffusés pour s’adresser à un praticien en cas de propos suicidaires.

    Olivier Nottale : Le danger est aujourd’hui dans l’intimité des chambres, notamment des adolescents. Comment agir, prévenir ?

    Valérie Bussières : Cette question sera développée, le 6 juin, par un autre de nos invités, Gilles Mouillac. C’est un psychologue clinicien qui travaille dans un centre assez particulier à Bordeaux, le Nom Lieu, qui accueille des jeunes entre 15 et 25 ans, psychotiques et autistes, souvent en situation d’exclusion sociale. Le point de départ du travail, c’est une accroche par le numérique sous toutes ses formes : photo, jeu vidéo etc.

    Françoise Verna : Si je vous entends bien, il ne s’agit pas de diaboliser l’IA ?

    Valérie Bussières : lors de la préparation du colloque, il y a un an, en lisant divers auteurs, deux axes se distinguent : l’IA est soit une dystopie soit une utopie. La psychanalyse n’a pas à se positionner. C’est plutôt une troisième voie : savoir se renseigner, qu’est-ce l’IA… Le colloque sera divisé en deux temps : les causes, cette machine qu’est-ce que c’est ? Puis, pourquoi on parle à une machine ? et, ensuite, quel usage on peut faire de l’IA. On s’interrogera dans l’après-midi sur les conséquences dans la civilisation, qu’est-ce que cela modifie dans les liens sociaux.

    Olivier Nottale : Un concept va aussi être expliqué et mis en débat lors de ce colloque : l’effet Eliza. Pouvez-vous d’ores et déjà nous éclairer ?

    Stéphanie Cahuzac-Morel : Dans les années cinquante, la question de la distinction entre l’homme et la machine se posait déjà. À la grande stupéfaction de son inventeur [Eliza fut le premier robot conversationnel à usage psychologique], il y a eu [de la part des utilisateurs] une supposition de « savoir » de la machine. C’est cela l’effet Eliza, croire que la machine sait. Toute la question pour nous sera de montrer quelle est la structure de ce savoir supposé dans ses différences avec la supposition de savoir que fait un patient à un analyste. Cet effet Elisa vient indiquer qu’il y a quelque chose de marquant du côté du sujet.

    *Colloque « l’IA, ça vous parle ? » samedi 6 juin, Palais des congrès, La Grande-Motte, de 9h15 à 18 heures Colloque ouvert au public (40 euros l’entrée). Tarif réduit pour les étudiants : 5 euros. ** « Le transfert » est indispensable à la cure psychanalytique : il s’établit dans la relation, en présence, entre la personne en analyse et l’analyste.

    Écoutez l’émission en cliquant sur le lien