La confiance est-elle rompue entre les salariés de Perrier et la direction de Nestlé Waters ? Alors que le scandale des filtres utilisés sur le site de Vergèze puis la fermeture de la verrerie voisine n’avaient entraîné aucune action sur le site Perrier de Vergèze, le partenariat signé avec le fonds d’investissement américain Platinum Equity inquiète les salariés, qui se sont mis en grève une heure mercredi 26 août puis dimanche 30 août pour les équipes du week-end.
Pour rappel, la direction de Nestlé a annoncé durant l’été s’associer avec Platinum Equity pour le rachat de 50% de sa filiale Waters dont la marque Perrier mais aussi Vittel, Hépar, Contrex et San Pellegrino. L’opération porte sur une trentaine de marques en tout. Pour cela, une coentreprise, dénommée Peranel, basée au Luxembourg, sera créée au premier semestre 2027. Celle-ci est déjà valorisée à 4,9 milliards d’euros…
Ce partenariat a été présenté aux salariés comme le moyen de « favoriser, au moyen de nouvelles capacités d’investissement et de nouvelles organisations, la croissance et la rentabilité des marques de Nestlé dont Perrier, et qu’il s’agirait uniquement d’une simple modification de l’actionnariat sans aucun impact prévisible sur les salariés des sites français », écrit l’intersyndicale CGT – CFE-CGC de Vergèze. Mais l’inquiétude est finalement montée à la suite du Comité social et économique (CSE) du 24 août dernier.
A l’issue de cette rencontre, les syndicats ont souligné trois points qui ont poussé les salariés à la grève. D’abord, ils constate « que l’objectif d’un fonds d’investissement, de surcroît étranger, est toujours de procurer prioritairement à ses actionnaires des dividendes à court et moyen termes, quels que soient les moyens utilisés pour y parvenir ». Elle regrette ensuite le timing de ce choix stratégique : « Nestlé, en choisissant – et pour d’obscures raisons au moment où la réputation du groupe est mise à mal – de vendre une partie du capital dans ses activités eau à Platinum Equity, abandonne une stratégie industrielle autonome, qui a jusqu’à ce jour fait la force de Perrier et permis le maintien d’emplois indispensables sur le bassin de Vergèze ». Elle regrette enfin le « manque de transparence » de la direction et la « dissimulation aux salariés de Vergèze des modalités, nécessairement déjà négociées avec le nouvel actionnaire, concernant l’avenir du site » et s’inquiète que « le pacte d’actionnaires ne soit pas dévoilé et que l’impact social négocié sur les organisations et les effectifs ne soit pas révélé ». L’intersyndicale « exige » enfin de savoir comment l’entreprise sera désormais dirigée et s’oppose à toute « remise en cause des acquis sociaux ».
Si la situation à Perrier puis à la verrerie avait poussé tous les partis politiques à se mobiliser, la vente de 50% de Nestlé Waters à un fonds d’investissement américain n’a pas ému le monde politique. Seul le PCF appelle à « sauver les emplois industriels ». « L’arrivée d’un fonds de pension américain cache une autre réalité. Les temps du capitalisme prédateur sont bien là et les grands groupes mondiaux se livrent une bataille féroce pour l’accumulation financière sans fin et sans entrave. La défense des salariés.es d’Éminence, de Perrier et de leurs sites est indispensable. Ces luttes doivent également porter l’urgence de la mise en œuvre de dispositifs nationaux et internationaux pour stopper et modifier ce système capitaliste qui nous mène droit dans le mur », écrit Alain Nunez, le secrétaire de la section Camargue Vidourle.
« Inquiète » de la situation, la secrétaire générale départementale de la CGT, Marie Dufresne, appelle à la vigilance et doit rencontrer prochainement les salariés. « Cette grève c’est aussi pour montrer à la direction que s’ils doivent mener une bataille, ils seront là », conclut-elle.
« Nestlé abandonne une stratégie industrielle autonome »

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