Tag: CFE-CGC

  • Les syndicats face au mur de Matignon

    Les syndicats face au mur de Matignon

    L’heure est venue un « nouveau cap » dans la mobilisation a estimé la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet, mercredi, après plus de deux heures de réunion infructueuse avec le locataire de Matignon. Pour sa part, Marylise Léon de la CFDT a, elle, jugé « impératif qu’il y ait des réponses sociales » d’ici le 5 novembre, date d’une journée de grèves et de manifestations interprofessionnelle à l’appel de tous les syndicats, hormis, pour l’heure, la CFE-CGC.

    « Le Premier ministre, le gouvernement ne nous a annoncé aucune mesure, aucune prise en compte de nos revendications », a déclaré Sophie Binet, à l’issue d’une réunion d’environ 2 heures et demie. Elle a estimé que « l’heure est venue de franchir un nouveau cap dans la mobilisation, la grève doit prendre le relais » à partir du 5 novembre à l’occasion d’une nouvelle journée annoncée début octobre par l’intersyndicale.

    La CGT dans la rue samedi

    Samedi 24 octobre, la CGT sera présente dans la rue « pour accompagner celles et ceux qui souhaitent se mobiliser, pour protéger les jeunes et les travailleurs et travailleuses qui souhaitent se mobiliser […] », a également annoncé la responsable de la confédération. Certains organisateurs de la journée de mobilisation du 17 octobre ont appelé à un « acte II » ce jour-là, déclarant notamment une manifestation à Paris.

    Pour la secrétaire générale de la CFDT Marylise Léon, « le rendez-vous de mobilisation, c’est le 5 novembre et d’ici là, il est impératif qu’il y ait des réponses sociales à ces attentes de l’ensemble des travailleurs et des travailleuses qui attendent depuis […] de nombreuses années, une reconnaissance ». Elle poursuit : « Quand on leur dit [au gouvernement] qu’il y a déjà une colère qui monte, il y a besoin d’apporter des réponses, c’est dès aujourd’hui qu’il faut pouvoir y répondre sur la question des salaires, sur la question des rémunérations des fonctionnaires », a-t-elle insisté, trouvant « le gouvernement pas vraiment dans le tempo ».

    Le président de la CFTC Cyril Chabanier a également jugé la réunion « très décevante » mais souligné que le gouvernement avait « ouvert la porte à ce qu’il y ait une discussion autour du Smic ». Devant le Sénat, le Premier ministre a expliqué avoir confié un « chantier » au ministre du Travail Jean-Pierre Farandou sur les questions de salaires et d’aides aux entreprises. Sur ces sujets, « il faut avancer vite », dit Sébastien Lecornu.

    « La meilleure façon pour calmer les manifestations, c’est d’avoir des premières mesures qui font tomber la colère, et ça, aujourd’hui, on ne l’a pas », a-t-il constaté. Côté Éducation nationale, la secrétaire générale du Snes-FSU (second degré), Sophie Vénétitay, a dit sortir de la réunion « avec un calendrier et une méthode », notamment la date de lundi pour une réunion « sur la base des remontées sur la plateforme » de concertation ouverte pour les lycéens. « Au bout de quatre semaines de mobilisation, c’est quand même très en dessous de ce qu’on peut attendre. Ça veut dire qu’aujourd’hui, le gouvernement n’est toujours pas en mesure d’apporter des réponses concrètes à la fois aux lycéens et au personnel », a déploré Sophie Vénétitay, estimant que « ce gouvernement a trois trains de retard ».

    Après le fiasco du maintien de l’ordre de samedi dernier où les pillages, en marge des grandes manifestations pacifiques, n’ont pas été stoppés pendant des heures, le gouvernement a choisi la réponse ultra-sécuritaire. Le très décrié ministre de l’Intérieur Laurent Nunez a annoncé lors des questions au gouvernement, mardi, qu’il déploiera « évidemment » les forces Sentinelle de l’armée. Elles auront pour objectif d’être « en substitution des forces de sécurité intérieure principalement sur des missions de sécurisation statique » afin de « dégager des policiers et des gendarmes pour assurer des missions de maintien de l’ordre ». À côté de ces militaires, il y aura aussi la BRI, le GIGN, et le Raid. Les nouveaux blindés Centaure de la gendarmerie, des hélicos et les engins lanceurs d’eau pourront être mobilisés pour l’Acte II des manifestations contre la vie chère samedi prochain.

  • La RTM risque de payer pour transférer son patrimoine

    La RTM risque de payer pour transférer son patrimoine

    Dans chaque organisation syndicale, l’expression revient : « La RTM n’est pas la banque de la Métropole ! » à l’issue de conseil d’administration du 14 octobre dernier, la sidération le partage à l’indignation, pour les syndicats de la Régie des transports métropolitains (RTM). Depuis le début de l’année, celle-ci est reliée à la Métropole Aix-Marseille par un nouveau contrat d’obligation de service public, qui prévoit le transfert de l’ensemble de son patrimoine à l’intercommunalité d’ici la fin de l’année. Avec une valeur nette comptable de 150 millions d’euros, que la Métropole déjà lourdement endettée doit payer.

    Postes menacés ?

    « Lors du conseil d’administration du 14 octobre, un montage financier inquiétant a été évoqué : la RTM pourrait devoir emprunter pour permettre à la Métropole de racheter ses biens ! » alerte l’intersyndicale qui réunit la CGT, FO, la CFDT et la CFE-CGC à travers un communiqué publié ce lundi. Une proposition qui a suscité des oppositions jusqu’au plus haut niveau, assurent des participants. Alors collectivement les quatre organisations interpellent « d’urgence » la présidente (DVG) de la RTM, Samia Ghali, « afin d’empêcher cette opération et de soumettre au prochain conseil d’administration un avenant au contrat pour maintenir notre fonctionnement sans aucun changement ». L’indignation est d’autant plus forte que la RTM – qui avait reversé en juin 5,7 millions d’excédents à la Métropole par solidarité – doit continuer à porter les investissements déjà lancés, avec 213 millions d’euros d’opérations en cours, avant de les transférer à l’intercommunalité. Celle-ci prend aussi la main sur les futurs investissements, une disposition qui alerte aussi l’intersyndicale face à la crainte d’une perte de maîtrise des chantiers ainsi que des personnels qui les portaient. Un syndicaliste évoque ainsi une centaine de postes menacés entre la direction des installations fixes et la direction du matériel roulant.

    Pour les syndicats, ce transfert ravive aussi les inquiétudes d’une possible privatisation à terme. « Le transfert des biens à la RTM pourrait-il faciliter l’ouverture de notre réseau à la concurrence ? » interrogent-ils dans leur communiqué commun. « Il n’est pas question de modifier le statut de la RTM », assurait le 13 octobre Samia Ghali. « Nous sommes dans la mise en œuvre du contrat signé », répond pour sa part la Métropole qui réaffirme « qu’il n’y a aucune volonté de privatisation ». Quant aux services techniques et fonctions support, l’intercommunalité souligne la « technicité de la RTM » et assure : « Nous allons nous appuyer sur toutes les compétences pour mettre en œuvre les nombreux projets en cours ».

  • Berre-l’Étang : l’intersyndicale alerte sur l’avenir du site pétrochimique, tout juste repris

    Berre-l’Étang : l’intersyndicale alerte sur l’avenir du site pétrochimique, tout juste repris

    L’inquiétude est grandissante. Après la reprise de l’usine berroise de LyondellBasell par le groupe allemand Aequita, en mai dernier, de premières mesures d’économies et de restructuration envoient de mauvais signaux aux syndicats, qui se questionnent sur leur avenir.

    « Ils sont en train de restreindre nos moyens pour maîtriser le risque industriel, alors que nous sommes sur un site Seveso 3 seuil haut, mais aussi d’impacter notre capacité à faire des marges quand la situation dans la pétrochimie s’améliorera », dénonce Julien Autechaud, secrétaire général CGT. « On voit déjà l’impact sur la fiabilité des installations », affirme Michel Glatigny, élu CFE-CGC. Réunie en assemblée générale devant l’enceinte du site pétrochimique désormais exploité par Velogy, l’intersyndicale a voté un accord collectif majoritaire pour obtenir des engagements écrits de la part de leur direction.

    « Nous voulons un véritable plan industriel pour Berre, détaille Stéphane Hadjidimitrios, élu CGT au CSE. Quelles activités veulent-ils maintenir, développer ou arrêter ? Quels investissements sont prévus ? Quelles perspectives pour les prochaines années ? » Les syndicats demandent également des garanties sur les moyens consacrés au grand arrêt de maintenance prévu en 2029. « Pour que la vente puisse se faire, nous avons fait un run de 7 ans au lieu de 6 ans, précise Julien Autechaud. On est en train de baisser notre niveau de maintenance préventive et il y a des discussions pour tenter de minimiser le coût de l’arrêt, alors qu’avec une année de plus, ça va nécessiter des travaux supplémentaires. » L’ancien gestionnaire du site LyondellBasell avait fléché 100 millions d’euros pour l’opération, selon les syndicats, qui déplorent aujourd’hui devoir « recapitaliser cet argent » malgré des moyens supprimés et une conjoncture incertaine. Ils demandent à Aequita d’apporter la garantie que cet arrêt se fera, « car c’est de la pérennité du site qu’il s’agit, autant pour les organiques que pour les partenaires Infineum, Kraton et Kem One ».

    Sur l’emploi, l’intersyndicale veut des engagements clairs sur la restructuration et les suppressions de postes. Elle dénonce un « plan social masqué », avec des départs non remplacés, estimant la baisse d’effectif à une soixantaine d’emplois depuis la reprise. Sans engagement de la part de la direction locale et d’Aequita, l’intersyndicale demande un moratoire sur toute mesure de suppression de poste, de fermeture d’installation ou de modification d’organisation. Et de fixer la date butoir du 5 novembre pour obtenir leur signature et décider de la suite de la mobilisation. De son côté, Velogy dit s’engager « à maintenir un dialogue ouvert et constructif » et assure que « la sécurité de nos collaborateurs, des installations et des populations alentour, est, et demeure, la première de nos priorités ».

  • Une belle démonstration de force et d’unité autour des services publics

    Une belle démonstration de force et d’unité autour des services publics

    Ce 29 septembre, les cortèges ont fait le plein dans l’Hérault et le Gard
    à l’appel d’une large intersyndicale de la fonction publique (la CGT, FO,
    la CFDT, l’Unsa, la FSU, Solidaires, la CFE-CGC et la FA-FP). Un coup de pression à la veille des arbitrages du gouvernement pour le prochain budget – dont la présentation avait lieu le 1er octobre – afin de protester contre le recul du pouvoir d’achat et demander davantage de moyens.
    À Montpellier, 7 000 personnes ont défilé selon les syndicats, 4 500 selon la police. La manifestation nîmoise, elle, a rassemblé 2 500 manifestants selon les syndicats. Des cortèges denses qui ont réuni des agents des trois fonctions publiques (État, collectivités, hôpital), auxquels se sont joints
    de nombreux jeunes, étudiants mais aussi lycéens, mobilisés dès le début de la journée avec le blocage de leurs établissements.

    Philippe Enjelmann, Infirmier aux urgences psychiatriques du CHU de Montpellier :
    « J’ai des collègues à l’hôpital qui dorment dans leur voiture »

    L’hôpital est attaqué et déconstruit méthodiquement depuis des années par le gouvernement main dans la main avec la direction de l’hôpital, si bien qu’on a de moins en moins de budget pour prendre en charge les patients. En psychiatrie, où je travaille, deux unités entières ont fermé ces 7 dernières années. Ce qui conduit à des situations comme samedi dernier [26 septembre, NDLR] : aux urgences, on avait un patient qui devait être hospitalisé rapidement, mais sa prise en charge a tardé faute de place et un collègue infirmier a été victime d’une agression qui lui a valu 10 jours d’ITT.

    C’est catastrophique en premier lieu pour les patients, qui voient leur prise en charge dégradée et sont accueillis dans des locaux qui ne sont pas adaptés, avec des personnels pas formés comme il faudrait. Et nous, en tant que travailleurs, non seulement on perd le sens de notre travail mais on se demande comment on va rentrer le soir… Quelle est la prochaine étape ? Se faire tuer au travail ? Tout ça pour un salaire qui fait que le 10 du mois, j’en suis déjà à attendre ma paie ? Et encore, je ne suis pas le plus mal loti : j’ai des collègues à l’hôpital qui n’ont pas un salaire assez important pour payer un loyer, si bien qu’ils dorment dans leur voiture et se douchent discrètement dans les vestiaires… On en est là. La réalité de l’hôpital aujourd’hui, c’est que les gens qui vous soignent galèrent à vivre. C’est cet avenir de précarité et de déconstruction du service public qu’on combat. »

    Audrey Amiel, Sapeur-pompier à Lunel
    « On n’a pas les moyens de faire bien le travail qu’on devrait faire »

    On n’a pas les moyens de bien faire le travail qu’on devrait faire. Ça m’attriste car c’est la population qui est touchée en premier. Manque de moyens financiers, humains, matériels : tout est imbriqué. Il y a une espèce d’étouffement général de la fonction publique, qui se ressent au quotidien.

    Je suis sapeur-pompier professionnel depuis 2010. Les conditions de travail ont beaucoup évolué, notamment avec ces départs de carence d’ambulances privées, qui se sont multipliés. Ce sont des interventions qui, normalement, ne font pas partie de notre travail. Mais quand vous avez un problème en France et que personne ne peut y répondre, on envoie les pompiers. Donc quand il n’y a plus d’ambulanciers privés pour emmener quelqu’un à l’hôpital, c’est nous qu’on sollicite. Or quand on fait ça, on ne peut pas faire une vraie urgence derrière. On nous sollicite tellement qu’on se retrouve en manque d’effectifs, parce qu’on ne peut pas faire le travail des autres et le nôtre. On a juste envie de revenir aux fondements de notre métier : faire du secours, de l’urgence. Pas du transport.

    Outre des recrutements, on voudrait également avoir des outils de travail qui permettent de protéger notre santé. Depuis des années, on intervient sur des feux de forêt sans se protéger… Enfin, s’agissant des salaires, le dégel du point d’indice des fonctionnaires est un des mots d’ordre de la mobilisation auquel nous nous associons en tant que fonctionnaires territoriaux. »

    Corinne Place, Enseignante dans le 1er degré à Nîmes

    « On encaisse, on encaisse, mais là ce n’est plus possible »

    Je suis enseignante dans le premier degré, avec une classe de CP, CE1 et CE2 dans le nord du Gard. Si je suis là aujourd’hui, c’est pour défendre le service public, mais aussi nos conditions de travail et notre pouvoir d’achat. Cela fait des années que nos rémunérations stagnent et que notre niveau de vie se dégrade. On encaisse, on encaisse, mais à un moment, ce n’est plus possible.

    Dans les écoles, ce manque de moyens se voit partout. Le symbole qui parle pour tous les autres, c’est les AESH, indispensables pour accompagner les élèves en situation de handicap mais qui restent dans une très grande précarité. Nous demandons qu’elles aient enfin un véritable statut, qu’elles soient formées, reconnues et suffisamment nombreuses.

    Et puis il y a l’état des bâtiments. Cette année encore, avec les fortes chaleurs dès le mois de mai, certaines classes sont devenues très difficiles à supporter. On sait depuis des années qu’il faut adapter les écoles au réchauffement climatique. Parfois, il suffirait déjà de choses simples : des stores, des volets, des brasseurs d’air, la possibilité d’aérer les bâtiments tôt le matin. Les collectivités font avec leurs moyens, mais ils sont limités. Au bout du compte, ce sont les personnels et surtout les élèves qui subissent. Défendre une école publique forte, cela suppose de lui donner réellement les moyens de fonctionner. »

    Francis Foussard, Ingénieur hydraulique au CD30 à Nîmes.
    « Par ces chaleurs, c’est surtout le point d’indice qu’il faut dégeler »

    Nous sommes là pour défendre le service public, les conditions de travail de ses agents et leurs rémunérations. Ce qui nous inquiète aujourd’hui, c’est la perspective d’un nouveau budget d’austérité qui viendrait encore réduire les moyens de la fonction publique. Mais cet été a aussi montré très concrètement ce que signifie le manque de moyens face au dérèglement climatique. Au Conseil départemental, on le voit notamment pour les collègues qui travaillent sur les routes. Lors des épisodes de canicule, certains se retrouvent exposés à des températures très importantes et nous demandons encore qu’un véritable plan de travail adapté soit mis en place. On ne peut pas demander aux agents d’assurer leurs missions en mettant leur santé en danger.

    Même constat pour les services d’incendie et de secours. Cet été a montré jusqu’où peut aller cette impréparation : en Gironde, les incendies ont entraîné le plus grand déplacement de population depuis la seconde guerre mondiale, tandis que plusieurs agents ont perdu la vie et que des dizaines d’autres ont été blessés lors des interventions. On demande des moyens humains, des conditions de travail dignes et, évidemment, une revalorisation salariale. Le dégel du point d’indice est indispensable. Et par ces fortes chaleurs, c’est peut-être bien le dégel que les fonctionnaires attendent le plus ! »

  • Le 29 septembre pour faire converger toutes les colères ?

    Le 29 septembre pour faire converger toutes les colères ?

    Le 29 septembre ne sera pas seulement une bataille de fiches de paie. Dans le Gard et l’Hérault, comme partout dans l’Hexagone, les syndicats veulent faire de cette journée de grève un point de convergence des colères qui traversent les services publics et, au-delà, le monde du travail. Les huit organisations représentatives de la Fonction publique (CGT, FO, CFDT, Unsa, FSU, Solidaires, CFE-CGC et FA-FP, auxquels s’ajoute la CFTC) appellent ensemble à se mobiliser pour une journée interprofessionnelle. Une unité rare, renforcée après l’échec du rendez-vous salarial du 8 juillet et sur fond de nouvelles économies annoncées pour 2027.

    Au cœur des revendications : la revalorisation du point d’indice, gelé à 4,92 euros depuis juillet 2023, la refonte des grilles, le retour de la GIPA [garantie individuelle du pouvoir d’achat], l’abrogation du jour de carence et davantage de moyens humains. Depuis juin, 862 000 agents doivent même percevoir une indemnité différentielle pour que leur traitement indiciaire atteigne le Smic. Ambiance faste. « Ce n’est plus une histoire de pouvoir d’achat, mais de pouvoir de vivre », tranche Pascale Thoirey, de la FSU du Gard. Elle décrit des enseignants qui décrochent, des AESH maintenues dans la précarité et « une perte de sens du métier » jusque chez des personnels autrefois « avec le service public chevillé au corps ». « L’État organise la précarité de ses personnels », tout simplement.

    Même constat côté CFDT. Sylvia da Costa, secrétaire générale de l’UD du Gard et soignante, refuse de réduire la mobilisation à une défense corporatiste : « Le service public, c’est un bien commun. Tout le monde doit pouvoir y accéder dans de bonnes conditions. » La soignante pointe les urgences du CHU de Nîmes, où plus de 150 patients attendaient récemment une prise en charge, mais aussi les écoles et collectivités confrontées aux non-remplacements. « Sans nous, le pays ne fonctionne pas. »

    Du salaire au service rendu

    Dans le Gard, FO veut justement éviter que le 29 septembre ne soit qu’une date de plus sur le calendrier syndical. Gilles Besson, secrétaire général de l’UD, préfère partir des conflits déjà ouverts : à Carrefour Supply Chain Saint-Gilles, dans l’énergie, à la Sécurité sociale ou encore chez les marins-pêcheurs. « La convergence ne se décrète pas depuis une salle de réunion », insiste-t-il. Elle doit, selon lui, se construire sur les revendications concrètes des salariés : « Une journée de grève coûte cher : pour qu’un salarié accepte de perdre une journée de salaire, il faut construire un rapport de force qui ait du sens et des perspectives. »

    Pour Mathieu Guy, qui coordonne la journée pour la CGT dans l’Hérault, « le 29 septembre n’arrive pas de nulle part ». Santé, éducation, secours, action sociale : « Les besoins explosent », tandis que les syndicats redoutent de nouvelles restrictions budgétaires. La CGT oppose notamment ces économies aux 211 milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises recensées en 2023, tandis que 54 milliards d’euros d’efforts sont annoncés pour 2027. Le sens des priorités. Derrière les salaires se joue enfin la capacité même des services publics à remplir leurs missions. « Nous ne voulons pas choisir entre de bons services publics et des agents correctement rémunérés : nous voulons les deux, parce que l’un ne va pas sans l’autre », résume Mathieu Guy. Tous ne promettent pourtant pas déjà un mouvement reconductible. Les suites dépendront du rapport de force construit sur le terrain, dans les ateliers, les hôpitaux, les écoles et dans la rue. La colère est là : reste à voir si, le 29 septembre, elle saura se transformer en rapport de force.

    « L’État organise la précarité de ses personnels »

  • Vers une grève unitaire de défense des services publics

    Vers une grève unitaire de défense des services publics

    « Entre le budget à venir, qui s’annonce encore plus pourri que celui de François Bayrou et les annonces de mardi sur la crise énergétique, qui ne sont qu’une politique des chèques, la colère ne fait que se renforcer ». À la Bourse du travail de Marseille, ce mercredi, Marc Pietrosino, le secrétaire général de l’Union Départementale CGT des Bouches-du-Rhône, ne fait pas de hasard sur la tonalité de la journée de grève et d’action du mardi 29 septembre prochain. « Les retours que nous avons sur cette journée, c’est que la mobilisation s’annonce bien suivie. C’est une journée qui déborde de la fonction publique », développe le syndicaliste.

    Autour de lui, on retrouve les représentants de la large intersyndicale à l’origine de l’appel : FO, Unsa, CFDT, CFE-CGC, FSU et Solidaires. Avec l’objectif d’envoyer un message clair au gouvernement à la veille des débats parlementaires autour du prochain budget de l’État. « Sous l’égide de la dictature de la dette, on fait face à une destruction des services publics et une guerre contre les trois versants de la fonction publique », dénonce René Sale pour l’Union Départementale FO 13.

    Concrètement, le pire est à craindre pour les fonctionnaires. « Pour la énième fois consécutive, le gouvernement parle encore du gel du point d’indice. Et un rapport de la Cour des comptes, paru ce mardi, veut aller plus loin en réduisant la masse salariale », explique Virginie Akliouat, pour la FSU 13, qui s’attend à une « grève massive ». Cette question du gel du point d’indice, base de calcul du salaire des agents de la fonction publique cristallise l’attention : « Depuis 2010, date du gel des salaires, on a perdu 24% de pouvoir d’achat ». François Canu, pour l’UD CGT 13, abonde : « Cela me fait 700 euros de moins par mois pour un agent de catégorie C dans la fonction publique ». Alice Richard, pour Solidaires 13 résume les orientations que combattent les syndicats : « Ce budget fait des économies sur le dos des fonctionnaires et les services publics. Mais cela a des conséquences : un soignant se suicide tous les trois jours ».

    « Tout le monde

    est concerné »

    Et si cette journée de grève fait logiquement le focus sur la fonction publique, l’UD CGT 13 entend élargir la mobilisation à d’autres professions, suivant le slogan « pas de services publics sans industries » et inversement. Guillaume Pascal, secrétaire général de l’UD CFDT 13, insiste : « Tous les travailleurs trinquent directement ou indirectement face aux attaques mais les fonctionnaires sont en prise directe avec l’État ». In fine, il rappelle surtout que « tout le monde est concerné par ce mouvement. Quand les agents publics vont bien, les services publics sont de meilleure qualité ».

    À Marseille, le cortège s’élancera du haut de la canebière à 10h30 en direction de la préfecture. D’autres mobilisations sont aussi prévues dans le département à Miramas, Arles et Martigues.

  • Mobilisation historique des électriciens-gaziers en France

    Mobilisation historique des électriciens-gaziers en France

    Au total, sur les effectifs, 65% de grévistes ont été comptabilisés chez EDF SA (hors filiales) en fin de journée et 61% (chiffre à la mi-journée) dans le groupe Engie, selon les directions des entreprises, des taux « historiques » selon les syndicats.

    Forte de cette mobilisation, l’intersyndicale CGT/CFE-CGC/CFDT/FO, a été reçue une petite heure par la ministre déléguée à l’Énergie, Maud Bregeon, alors que manifestaient plusieurs centaines d’électriciens et gaziers devant Bercy. Les représentants des salariés ont réclamé « la levée » de l’injonction de la Cour des comptes, à l’origine du projet du gouvernement de réformer ce « tarif agent ». La ministre « nous a dit qu’elle n’avait pas de mandat » sur cette injonction, a déclaré sous les huées des manifestants le secrétaire fédéral de la FNME-CGT, Fabrice Coudour, à la sortie du ministère. « On a décidé que l’on exigeait une rencontre du Premier ministre dans les plus brefs délais, on fixe la deadline [date limite, Ndlr] au 2 octobre », a-t-il ajouté, faute de quoi les syndicats menacent de reprendre le mouvement et de « durcir le ton ».

    « Nous n’arriverons à une victoire et une reconnaissance des revendications des salariés électriciens et gaziers, que lorsque cette fameuse injonction (…) ne sera plus dans le paysage », a déclaré à l’AFP Alexandre Grillat, secrétaire général de la CFE Énergies.

    « Il n’y aura pas de passage en force », avait assuré mardi matin la ministre, pour qui il n’est « pas question de remettre en cause le tarif agent » : « la question c’est le niveau de fiscalisation », a-t-elle expliqué sur France 2, souhaitant « un dialogue » avec les représentants syndicaux pour « régulariser cette situation ». Et l’ultimatum court toujours…

  • Chez Auchan, le coup de pinceau n’a pas effacé la colère

    Chez Auchan, le coup de pinceau n’a pas effacé la colère

    On a refait le magasin, il est temps de s’occuper de ceux qui le font tourner. » Le communiqué de FO et de la CGT, qui appelaient à la grève mardi 8 septembre, n’y va pas par quatre chemins.

    Le magasin d’Auchan Pérols (au Sud de Montpellier) a beau avoir été rénové durant l’été, les revendications des salariés restent identiques : « Des effectifs adaptés à la charge de travail, des rythmes supportables, des conditions de travail dignes, une reconnaissance des efforts fournis ainsi qu’une politique disciplinaire juste et proportionnée. »

    Des requêtes portées de longue date par FO et la CGT jusqu’ici restées lettre morte auprès de la direction, avec qui le dialogue semble difficile. « Le climat social est plus que catastrophique. Les salariés et la hiérarchie sont sous une pression énorme. Entre la baisse d’effectifs et la hausse de charge de travail, les salariés sont à bout », alerte Quentin Leclerc.

    Une action en justice ?

    Selon le délégué syndical FO, le dernier PSE a laissé des traces. Clôturé en juin 2025 mais invalidé ensuite (la décision du Conseil d’État est attendue), ce plan social a dégraissé le magasin (330 salariés) de 8 emplois qui s’ajoutent à la centaine perdue en 5 ans, selon FO. Et ce n’est pas la réduction de surface (8 000 m² au lieu de 12 000 avec le projet Cap 8 000) qui rassure. « L’interdiction des engins autoportés sur le nouveau sol du magasin génère des trajets en plus pour la mise en rayon des palettes », illustre à titre d’exemple Quentin Leclerc.

    Il s’insurge aussi contre des procédures disciplinaires (dont une le vise) jugées « infondées » ou des menaces de sanctions, notamment contre les boulangers. Depuis l’arrivée en 2023 de la nouvelle direction puis de la perte par FO du bureau au Comité social d’entreprise (CSE) au profit de la CFE-CGC, le syndicaliste déplore un « manque de transparence ». Nouvelle organisation du travail (semaines hautes et basses), projet Cap 8 000, désamiantage, procédures disciplinaires… Le CSE rechignerait à fournir les documents à FO et à la CGT. Au point que si leur demande d’expertise des risques psychosociaux n’était pas inscrite à l’ordre du jour, Quentin Leclerc envisage « une procédure disciplinaire au tribunal pour entrave ».

    À terme, certains salariés craignent pour l’avenir même du magasin, certains supermarchés d’Auchan ayant laissé la place à des Intermarché. Le maire de Pérols, Jean-Pierre Rico (UDI), l’avait d’ailleurs laissé entendre fin 2024 avant de faire volte-face dans la presse et d’affirmer qu’Auchan restait bien à Pérols.

  • Syndicats et patronat pressent l’État pour la ligne haute tension

    Syndicats et patronat pressent l’État pour la ligne haute tension

    « C’est un collectif inédit à la hauteur des enjeux pour le territoire ». L’expression de Jean-Christophe Amarantinis, président de l’Union Pour les Entreprises des Bouches-du-Rhône (UPE 13), pour annoncer la mobilisation du jour n’est pas galvaudée. Car ce mercredi, il se tient aux côtés de Stéphane Benhamou, le président du Medef Sud mais aussi de Franck Bergamini, le secrétaire général de l’Union Départementale FO des Bouches-du-Rhône et de Jérôme Yvernault, délégué régional de la CFE-CGC Paca. Ajoutez à cela Pascal Kuhn, président de l’UIMM Alpes-Méditerranée également directeur du site d’Airbus Helicopters à Marignane et Stéphane Bergamini, délégué général de l’organisation professionnelle France Chimie Méditerranée et vous obtenez un étonnant attelage.

    Un attelage qui vient pourtant délivrer un message limpide et unitaire : « La tchatche c’est bien, mais maintenant on a besoin d’engagements fermes et irrévocables de l’état, d’un calendrier finalisé avec des financements calibrés ! Il faut la ligne très haute tension ! », comme le résume Jean-Christophe Amarantinis.

    En clair, syndicats et patronat s’allient pour mettre un coup de pression à l’adresse de l’état et élus politiques locaux sur le projet de la fameuse ligne à très haute tension (THT) qui doit relier le Gard et Fos-sur-Mer. Une ligne qui doit permettre « l’électrification des processus industriels et donc une décarbonation » des entreprises du pourtour de l’étang de Berre, rappelle Pascal Kuhn. Et qui conditionne l’aboutissement d’une cinquantaine de projets industriels, pour la création de 10 000 emplois directs et des dizaines de milliers induits.

    « Quand on chipote trop,

    le train passe »

    « Si ce projet ne voit pas le jour, c’est aussi de nombreux emplois qui risquent d’être perdus », tonne Franck Bergamini. Avant de développer l’enjeu économique et social que représente cette ligne THT : « L’avenir se joue maintenant, si demain ArcelorMittal n’a pas d’électricité décarbonée, il fermera son haut-fourneau et ira le faire ailleurs, mais ni dans la région ni dans le pays ».

    Si ces acteurs tapent du poing sur la table, c’est que le calendrier pour la prise de décision devient de plus en plus serré, entre élections sénatoriales et présidentielles. « Il faut que ceux qui portent la responsabilité politique aient du courage. On ne peut pas accepter que cette décision soit suspendue à des échéances électorales », martèle Stéphane Benhamou. Plusieurs élus locaux, notamment de Camargue et du Pays d’Arles (lire article ci-dessous) montent aussi au créneau contre un projet qui défigurerait le paysage et questionnent sa nécessité. Pascal Kuhn répond à ces critiques : « Certains diront qu’on n’a pas besoin d’autant d’électricité, qu’il faut enterrer la ligne… On peut discuter encore 3 ans de ce sujet. Mais quand on chipote trop, le train passe sans vous attendre ».

    Concrètement, ces acteurs attendent « une prise de décision claire » de la part de l’État, et donc de la préfecture, avec notamment une déclaration d’utilité publique (DUP) « avant le 1er semestre 2027 ». Une DUP qui est en instruction depuis mai dernier…

    La CGT réaffirme que ce projet est « vital »

    Si la CGT n’était pas présente lors de l’interpellation commune du patronat et d’autres syndicats, Pascal Galéoté, secrétaire de l’UD CGT 13 et secrétaire général de la CGT du Port de Marseille rappelle « l’impérieuse nécessité de la mise en place de la ligne THT ». « Il y a eu des annonces claires de l’État sur l’intérêt national pour le pays que représente cette ligne, nous le saluons. Maintenant il y a une nécessité d’accélérer la prise de décision pour sa mise en œuvre, c’est plus que vital pour l’avenir du bassin de Fos mais aussi pour l’ensemble du territoire », martèle Pascal Galéoté.

  • Dans le Gard, l’inquiétude monte chez Perrier

    Dans le Gard, l’inquiétude monte chez Perrier

    La confiance est-elle rompue entre les salariés de Perrier et la direction de Nestlé Waters ? Alors que le scandale des filtres utilisés sur le site de Vergèze puis la fermeture de la verrerie voisine n’avaient entraîné aucune action sur le site Perrier de Vergèze, le partenariat signé avec le fonds d’investissement américain Platinum Equity inquiète les salariés, qui se sont mis en grève une heure mercredi 26 août puis dimanche 30 août pour les équipes du week-end.

    Pour rappel, la direction de Nestlé a annoncé durant l’été s’associer avec Platinum Equity pour le rachat de 50% de sa filiale Waters dont la marque Perrier mais aussi Vittel, Hépar, Contrex et San Pellegrino. L’opération porte sur une trentaine de marques en tout. Pour cela, une coentreprise, dénommée Peranel, basée au Luxembourg, sera créée au premier semestre 2027. Celle-ci est déjà valorisée à 4,9 milliards d’euros…

    Ce partenariat a été présenté aux salariés comme le moyen de « favoriser, au moyen de nouvelles capacités d’investissement et de nouvelles organisations, la croissance et la rentabilité des marques de Nestlé dont Perrier, et qu’il s’agirait uniquement d’une simple modification de l’actionnariat sans aucun impact prévisible sur les salariés des sites français », écrit l’intersyndicale CGT et CFE-CGC de Vergèze. Mais l’inquiétude est finalement montée à la suite du Comité social et économique (CSE) du 24 août.

    À l’issue de cette rencontre, les syndicats ont souligné trois points qui ont poussé les salariés à la grève. D’abord, ils constatent « que l’objectif d’un fonds d’investissement, de surcroît étranger, est toujours de procurer prioritairement à ses actionnaires des dividendes à court et moyen termes, quels que soient les moyens utilisés pour y parvenir ». L’intersyndicale regrette ensuite le timing de ce choix stratégique : « Nestlé, en choisissant – et pour d’obscures raisons au moment où la réputation du groupe est mise à mal – de vendre une partie du capital dans ses activités eau à Platinum Equity, abandonne une stratégie industrielle autonome, qui a jusqu’à ce jour fait la force de Perrier et permis le maintien d’emplois indispensables sur le bassin de Vergèze. » Elle regrette enfin le « manque de transparence » de la direction et la « dissimulation aux salariés de Vergèze des modalités, nécessairement déjà négociées avec le nouvel actionnaire, concernant l’avenir du site » et s’inquiète que « le pacte d’actionnaires ne soit pas dévoilé et que l’impact social négocié sur les organisations et les effectifs ne soit pas révélé ». L’intersyndicale « exige » enfin de savoir comment l’entreprise sera désormais dirigée et s’oppose à toute « remise en cause des acquis sociaux ».

    Les politiques silencieux

    Si la situation à Perrier puis à la verrerie avait poussé tous les partis politiques à se mobiliser, la vente de 50% de Nestlé Waters à un fonds d’investissement américain n’a pas ému le monde politique. Seul le PCF appelle à « sauver les emplois industriels ». « L’arrivée d’un fonds de pension américain cache une autre réalité. Les temps du capitalisme prédateur sont bien là et les grands groupes mondiaux se livrent une bataille féroce pour l’accumulation financière sans fin et sans entrave. La défense des salariés.es d’Éminence, de Perrier et de leurs sites est indispensable. Ces luttes doivent également porter l’urgence de la mise en œuvre de dispositifs nationaux et internationaux pour stopper et modifier ce système capitaliste qui nous mène droit dans le mur », écrit Alain Nunez, le secrétaire de la section Camargue Vidourle.

    « Inquiète » de la situation, la secrétaire générale départementale de la CGT, Marie Dufresne, appelle à la vigilance et doit rencontrer prochainement les salariés. « Cette grève c’est aussi pour montrer à la direction que s’ils doivent mener une bataille, ils seront là », conclut-elle.

    « Nestlé abandonne une stratégie industrielle autonome »