L’inondation gagne la maison, centimètre par centimètre, envahissant le quotidien. Vous et votre famille luttiez à bras-le-corps contre les éléments déchaînés, impuissants face au niveau qui monte. C’est à ce moment précis qu’il se pointe, arborant un sourire chaleureux, plus large que le cadre de la porte. Sous son bras, il trimbale une pompe de relevage, des tuyaux, des seaux et avec eux, la solution miraculeuse pour éviter que la salle à manger ne se transforme définitivement en bac à poissons.
Ces derniers jours, comme tant d’autres personnes, j’ai vécu de plein fouet la violence incontrôlable de ces crues. Mais alors que le désastre s’installait, la solidarité a surgi, lumineuse et spontanée. Des scènes d’un héroïsme ordinaire ont éclos à chaque coin de rue : ici, des jeunes ont bravé les courants furieux pour extraire une personne âgée prise au piège dans son véhicule, alors que l’eau dépassait déjà le sommet des roues. Là, des boulangers ont ouvert leurs fournils au milieu de la nuit pour distribuer du pain chaud aux sinistrés trempés.
Dans ce paysage dévasté par le dérèglement climatique, il faut aussi rendre justice aux héros du quotidien que l’on oublie trop souvent dans le fracas du cataclysme. Les pompiers, bien sûr, épuisés mais intraitables face au danger. Mais aussi les agents municipaux de la voirie, les bras enfoncés jusqu’aux coudes dans la boue pour déboucher les canalisations sous des pluies battantes, et ces employés administratifs de l’ombre, restés éveillés toute la nuit en mairie pour organiser l’accueil d’urgence, orienter les familles et recenser les détresses. L’entraide, l’altruisme et la fraternité, ces valeurs fondamentales qu’on croyait parfois éteintes, sont réapparus comme par enchantement au moment le plus sombre.
Dans une époque troublée où la société bascule trop facilement dans le repli, l’agressivité et jusqu’à la haine de sa propre jeunesse, ces élans du cœur ont fait flotter la raison au-dessus des flots. Constater que la bonté collective survit à la tempête est une immense promesse d’avenir. Et cela, au fond, est tout aussi réconfortant que d’en être sorti vivant.
Né en 1973, Sébastien Gehan est écrivain, auteur de polars, contes et nouvelles plusieurs fois primées. Deux fois papa, il vit à Istres. Douanier, ancien responsable syndical, il dédie cette chronique à celles et ceux qui font le monde du travail d’aujourd’hui.

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