Tag: urgence

  • À Pra Loup, les habitants privés d’eau potable

    À Pra Loup, les habitants privés d’eau potable

    Privés d’eau potable depuis plus de deux semaines à la suite d’intempéries d’une ampleur exceptionnelle, les vacanciers de la station de ski de Pra Loup et les habitants d’Uvernet-Fours vont encore devoir tenir une semaine avant de retrouver l’eau courante « en fin de semaine prochaine », selon la Saur, la compagnie des eaux.

    « Il y a eu des épisodes de sécheresse en amont, couplés aux événements orageux qui en montagne sont assez violents. Là, ils ont été très violents et très localisés. Ça a contribué à cette situation qui est exceptionnelle. On ne l’a jamais observée dans cette ampleur dans la région Paca », souligne Mélanie Teyssier, directrice régionale des exploitations Saur. « Il y a eu des intempéries d’une ampleur exceptionnelle et de très grosses crues, qui ont modifié le lit du Bachelard, qui a descendu de plus d’1m50. Cela a fait descendre les niveaux des nappes, et donc on n’arrivait plus à pomper », détaille Stéphane Bertin, chef de secteur pour la Saur. Le 9 août, au moment de l’orage, s’inscrit dans une période où la station de ski est particulièrement fréquentée par les touristes et les propriétaires de maisons secondaires marseillais, aixois ou encore parisiens. « On devait avoir entre 10 000 et 15 000 personnes sur Pra Loup, donc on avait une consommation journalière énorme. Les sources n’ont pas suffi », ajoute le chef de secteur.

    L’interdiction de boire l’eau du robinet « est une préconisation. Suite aux événements pluvieux, nous n’avions plus d’eau sur les forages, sur lesquels nous avons fait des travaux depuis. Pour pouvoir pallier le manque d’eau, on a ouvert un lac de retenue. Comme ce n’est pas la ressource habituelle qui est surveillée et maîtrisée, c’est un principe de précaution que l’ARS a mis en place », explique Mélanie Teyssier. Les habitants peuvent ainsi utiliser l’eau du robinet pour se doucher ou tirer la chasse, mais ne doivent pas la boire ou l’utiliser pour laver des nourrissons. « Pour pallier cette restriction, nous avons fourni des eaux en bouteille et mis des points de distribution pour que les gens puissent disposer d’une eau pour leur alimentation », détaille Mélanie Teyssier. Le taux de chlore a été augmenté pour dissuader de boire l’eau du robinet.

    « J’ai eu peur

    pour mon bébé »

    « J’ai eu peur quand, lors d’une distribution d’eau, on m’a dit de faire attention pour mon bébé et de ne pas le laver avec l’eau du robinet », confie Marion Marchetti, vacancière aubagnaise venue avec son mari et ses trois enfants, dont l’un n’a que 4 mois. « C’est quand même fou que cela dure autant », lance son compagnon, Luc Marchetti. Un avis partagé par une famille venue du Var dans leur maison secondaire : « On a du mal à comprendre pourquoi cela dure autant, et comment, en trois semaines, ils n’ont pas trouvé de solution. Tous les ans, il y a des orages, mais jamais de coupure d’eau potable aussi longue ».

    Malgré ces premières inquiétudes et incompréhensions, habitants et vacanciers restent relativement sereins et se sont habitués aux restrictions et aux allers-retours quotidiens pour se fournir en bouteilles d’eau à l’office de tourisme ou à la mairie.

    Patrick Beau, vacancier parisien venu avec sa compagne pour l’été, s’inquiète lui pour sa santé. « J’ai des problèmes rénaux, et, comme on n’a le droit qu’à un pack d’eau par jour, pour cuisiner, se laver et boire, je dois me restreindre et boire moins. Heureusement, on part dimanche ! », s’impatiente-t-il. « Ce qui est terrible, c’est qu’il n’y a pas de visibilité. J’ai l’impression que cela va durer », déplore le sexagénaire : si la Saur dit prévoir un retour à la normale en fin de semaine prochaine, ni les habitants, ni les élus n’en étaient informés jeudi. « Ce qui fait qu’on en parle, c’est que c’est arrivé le week-end du 15 août, un week-end d’affluence », pendant lequel la population a été estimée à 12 000 habitants par la préfecture, constate Arnaud Gaston, conseiller municipal. « Il y a vraiment un élan de solidarité », se réjouit-il, alors que de nombreux bénévoles ont prêté main-forte pour les distributions de bouteilles d’eau.

    Pour tenter de réalimenter la nappe phréatique, la Saur a construit une digue provisoire, « dans l’urgence », explique Stéphane Bertin. C’est ce type d’installations qui devrait permettre de rétablir l’eau potable la semaine prochaine. Sa consommation pourra à nouveau être autorisée ou pas en fonction des résultats des analyses de l’ARS, qui doit donner son feu vert. Le niveau du cours d’eau du Bachelard, qui alimente la commune, est pour l’instant encore très bas, et garde un aspect très trouble, couleur béton.

  • Les locataires des Bourrely privés de gaz

    Les locataires des Bourrely privés de gaz

    Un mois sans gaz et des angoisses… Depuis l’installation de détecteurs de monoxyde de carbone, mi-juin, les habitants des Bourrely Perrin (15e) subissent des coupures intempestives à la moindre alerte. Résultat : plus d’eau chaude, plus de possibilité de cuisiner. « Dans mon immeuble, les marins pompiers et GRDF nous ont dit que moins deux, ça explosait » assure Cynthia, qui témoigne de ruptures de service touchant des appartements ou carrément un de la trentaine de bâtiments de cette cité construite en 1965. Entourée d’autres habitants en colère, réunis ce vendredi 10 juillet devant le centre social, elle raconte le manque d’information, la peur d’absorber un gaz inodore et dangereux.

    « Vous vous rendez compte ? On a ici des personnes très âgées mais aussi des enfants en bas âge, des mamans seules, tout ça en pleine canicule » poursuit-elle. L’une d’entre elles, Yamina, a pris ces deux petits sous le bras pour être hébergée chez une amie. « Mes enfants ont été hospitalisés parce qu’ils avaient relevé 490 ppm dans l’air chez moi » affirme la jeune femme quand une exposition à 400 ppm après 3 heures cause des maux de tête intenses.

    Le sommet de l’iceberg

    La mairie de secteur a ouvert le stade de La Martine pour permettre à ceux qui le peuvent de venir prendre une douche. Une réunion s’est tenue en urgence jeudi après-midi avec un représentant de Treize Habitat. « On nous a expliqué que les pigeons ont fait leur nid dans les bouches d’aération empêchant l’air de circuler et on nous a distribué des plaques électriques qu’on nous demande de restituer par la suite car le problème va se reproduire » s’indigne la jeune femme.

    Surtout ces coupures ne sont que le sommet de l’iceberg des « conditions de vie déplorables de près de 5 000 personnes précaires » résume Cynthia. Photos à l’appui, chacun témoigne des moisissures sur les murs, des colonnes d’évacuation amiantées qui débordent, des fuites d’eau qui provoquent des charges indues, du balcon dont les rambardes tiennent avec des bouts de ficelle… « On va se constituer en collectif, aller à la maison de l’avocat pour entamer un recours » promet Cynthia.

    De son côté, la direction de Treize Habitat précise dans un communiqué que « plusieurs logements du bâtiment 15 » sont concernés et qu’une « dizaine de locataires a été prise en charge pour des gênes respiratoires, sans gravité ». Le gaz a été coupé « par mesure de sécurité » et « ne pourra être rétabli qu’après diagnostic de Qualigaz ». La direction du bailleur ajoute que « dans l’attente, des plaques d’appoint vitrocéramiques, électriques, ont été distribuées aux locataires présents » et que « tout est mis en œuvre pour rétablir le gaz le plus rapidement possible ». Elle impute le problème « aux fortes chaleurs actuelles, qui ralentissent la bonne ventilation dans le bâtiment et l’aspiration verticale naturelle du monoxyde de carbone par les gaines » et se félicite que les détecteurs de monoxyde de carbone installés par ses soins dans les logements aient « joué pleinement leur rôle ».

  • L’arrêté de fermeture du Marché du soleil jugé illégal

    L’arrêté de fermeture du Marché du soleil jugé illégal

    Les juges ont relaxé George Dahan dans le volet sur la sécurité du marché. Le patron du Marché du soleil était jugé pour des manquements à la réglementation ERP d’octobre 2023 à février 2026, date de la fermeture effective pour 6 mois prise par arrêté préfectoral.

    Le tribunal a jugé que l’arrêté municipal de fermeture du 24 janvier 2023 était illégal, faute d’avoir été précédé d’une mise en demeure. Me Stéphane Ceccaldi a fait mouche en arguant que « ce vice substantiel fait disparaître l’infraction ». Un arrêté de fermeture ne peut être pris qu’« après mise en demeure restée sans effet de l’exploitant ou du propriétaire de se conformer aux aménagements et travaux prescrits ou de fermer son établissement dans le délai imparti ».

    L’arrêté de janvier 2023 évoquait certes un courrier de mise en demeure du 2 juillet 2019, mais qui se rapportait au premier arrêté inappliqué du 10 juin 2008 pris à la suite d’un incendie… « Il existe en réalité une seule mise en demeure au dossier, datée du 6 octobre 2023, donc postérieurement à l’arrêté. » Un camouflet qui interroge sur la tolérance de la commission communale de sécurité avec 25 procès-verbaux d’avis et de préconisations signés depuis 2010. « Comment la Ville pourrait-elle invoquer une urgence quand l’arrêté de fermeture initial avec prescriptions de travaux est du 20 juin 2008 ! », plaidait Me Ceccaldi. S’agissant du 3e et dernier arrêté municipal de fermeture du 28 novembre 2023, ses deux mises en demeure sont encore postérieures.

    Sur le délit de mise en danger délibérée de la vie d’autrui par violation manifestement délibérée d’une obligation de prudence ou de sécurité, le tribunal estime que, certes un certain nombre de désordres ont été relevés, mais qu’il n’est pas démontré un « risque de mort et de blessures immédiat et direct ». Si la Ville a attendu le 17 février 2026 pour dégainer un arrêté de mise en sécurité d’urgence, il ne concerne qu’une partie d’un bâtiment en fond de cour.

  • Une vie digne pour tous

    Une vie digne pour tous

    Les voyants d’alerte de la crise du logement n’en finissent plus de clignoter. Dans notre région la situation est particulièrement grave. Alors que le Droit au Logement a valeur constitutionnelle, sa traduction dans la loi crée les conditions de son non-respect.

    L’objectif de 25% de logements sociaux par commune est sanctionné par… des amendes. Des candidats aux élections municipales, des maires font donc de l’infraction à la loi leur programme.

    De même, le « Droit au logement opposable » institué dans la loi, abouti désormais à des sanctions financières pour l’État, plutôt que l’amélioration des conditions de vie des ménages qui en ont le plus besoin.

    446 000,00 euros à payer pour l’État rien que l’année dernière concernant la région Provence-Alpes-Côte d’Azur !

    Mesures concrètes

    Il est plus que nécessaire de prendre des mesures concrètes pour résoudre la crise du logement. Les textes incitatifs, déclaratifs, verbeux, ont fait la preuve de leur insuffisance.

    Pour cela, la relance de la construction de logements avec des quotas réellement contraignants de logements sociaux doit être une priorité, plutôt que de ponctionner les bailleurs sociaux, l’État doit exiger d’eux un nouvel élan de constructions et de rénovations, conforme aux attentes de notre temps. Une régulation nationale des meublés touristiques qui assèchent le nombre de logements disponibles doit être mise en œuvre.

    Enfin, la question de la réquisition des logements vacants doit être posée pour répondre à l’urgence. Il n’est pas supportable que le droit de propriété prime sur le droit à une vie digne.

  • Un nouveau Samu pour plus de réactivité

    Un nouveau Samu pour plus de réactivité

    Derrière les grues et les camions qui s’activent à l’arrière du centre hospitalier de La Timone, à Marseille (5e), un nouveau bâtiment se détache. C’est ici que les équipes du service d’aide médicale d’urgence (Samu) 13 ont déménagé à la fin du mois de mai.

    Inaugurés ce mardi par le préfet de région, le directeur de l’assistance publique hôpitaux de Marseille (AP-HM), le directeur de l’agence régionale de santé et celui de la région Sud, ces locaux flambant neufs s’inscrivent dans le projet de modernisation de l’AP-HM, porté notamment par l’Etat dans le cadre de Marseille en Grand. Un nouvel espace qui permettra au Samu de répondre aux crises au niveau départemental, régional et zonal, incluant aussi l’Occitanie et la Corse.

    « Faciliter les choses »

    Le Samu est un service qui permet d’orienter au mieux les patients par téléphone vers les urgences ou la médecine de ville suivant l’urgence, et peut également déployer un transport médicalisé. Ce nouvel espace marseillais permettra notamment d’élargir son champ d’expertise, avec en plus d’un centre de régulation, un centre anti poison et des dispositifs de prévention contre le risque suicidaire.

    « Cet endroit change beaucoup de choses, c’est vraiment plus agréable d’y travailler », affirme Marine Jarzembowski, médecin au Samu depuis 2021. Le nouveau bâtiment de trois étages permet notamment le stationnement de tous les véhicules du Samu au même endroit, alors qu’ils étaient avant éparpillés sur le parking de l’hôpital « ce qui facilite les choses », souligne la médecin.

    La salle de régulation, où le personnel répond et régule les appels, est pourvue d’écrans supplémentaires « pour voir en temps réel les entrées aux urgences et donc diriger au mieux les patients qui nous appellent », explique Marine Jarzembowski. Ce qui permet d’éviter au mieux l’engorgement des urgences. De nouveaux outils informatiques et téléphoniques permettent également une « réponse en 45 secondes en moyenne », indique le Dr Faouzia Heireche, directrice médicale du Samu 13.

    Ces nouveaux locaux ont également été pensés pour pouvoir s’adapter à des situations de crise. Des postes supplémentaires dans la salle de régulation sont par exemple prévus pour permettre des renforts. Par ailleurs, trois salles de crises modulables permettent au Samu de réagir rapidement et gérer « des épisodes majeurs comme les JO, des coupes du monde, des épidémies comme l’hantavirus ou des crises climatiques comme aujourd’hui », explique François Crémieux, le directeur général de l’AP-HM. Le nouvel épisode caniculaire que connait la région entrainant une augmentation des appels montre la nécessité de ce lieu qui permet une meilleure prise en charge de ce flux.

    Un argument pour les JO

    Le bâtiment est également certifié « bioclimatique » afin de mieux s’adapter à l’augmentation des températures. Un isolement extérieur, des brise-soleil ainsi que des brasseurs d’air permettent d’utiliser le moins possible la climatisation dont le bâtiment est doté, et de l’utiliser peu quand elle est nécessaire.

    Un projet sorti de terre en deux ans que la région Sud a également soutenu, y voyant une réponse adéquate aux crises à venir et essentiel au rayonnement régional. « Cette excellence logistique a été un des arguments décisifs lors de notre candidature pour l’obtention des Jeux olympiques d’hiver et paralympiques de 2030 », affirme Renaud Muselier, le président (Ren.) de la Région sud.

    ET AUSSI

    Le Département mobilisé pour aider les personnes fragiles

    Le Département des Bouches-du-Rhône s’appuie notamment sur les 50 Maisons du Bel Age, pour aider les personnes âgées face à la canicule. Une veille sanitaire est également assurée, avec des appels téléphoniques réguliers aux 7 000 personnes isolées de plus de 85 ans recensées. Les travailleurs sociaux du Département sont aussi sensibilisés pour accompagner les bénéficiaires de l’Allocation personnalisée d’autonomie.

    FO rappelle leurs droits aux salariés

    Face à ces fortes chaleurs, de nombreux métiers peuvent devenir dangereux. Lorsque les mesures de prévention mises en place par l’employeur ne suffisent pas à assurer la sécurité, les salariés peuvent faire valoir leur droit d’alerte et de retrait, indique l’union départementale de Force ouvrière. L’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles recommande de prendre des mesures de prévention à partir de 28°C pour les activités physiques, et 30°C pour les activités sédentaires, rappelle-t-elle.

    Un dispositif de prévention à Martigues

    La municipalité de Martigues entend porter une attention particulière aux enfants accueillis dans les crèches et les écoles, qui sont d’ores et déjà dotées d’équipements de rafraîchissement ou climatiseurs. Les personnes vulnérables peuvent s’inscrire sur un registre communal.

    Des écoles climatisées à Port-de-Bouc

    La Ville de Port-de-Bouc a décidé de lancer une commande exceptionnelle de climatiseurs, face aux fortes chaleurs annoncées pour la semaine prochaine, « afin de garantir des conditions d’apprentissage et d’enseignement plus supportables dans les écoles de la commune » jusqu’aux vacances d’été. La commande comprend l’acquisition de 24 climatiseurs et 24 ventilateurs, répartis en fonction des besoins identifiés dans les établissements.

  • [Entretien] Carlos Tunon, Filpac-CGT : « L’État doit s’engager pour défendre Fibre Excellence »

    [Entretien] Carlos Tunon, Filpac-CGT : « L’État doit s’engager pour défendre Fibre Excellence »

    La Marseillaise : L’arrivée de Matthieu Pigasse est une première victoire mais il y a toujours urgence ?

    Carlos Tunon : Il va falloir approfondir pour transformer cette lettre d’intention en reprise ferme. Mais on a déjoué le scénario prévu, qui était la mise en liquidation des entités, ça nous a été confirmé. « Prévu » par un certain nombre de personnes, dont le Ciri, le comité interministériel de restructuration industrielle.

    Sophie Binet explique que le Ciri
    a soufflé le chaud et le froid, comment analysez-vous la position du gouvernement ?

    C.T. : Depuis un certain temps, quand on fait des rencontres à Bercy, ils essaient de nous rassurer. Mais le lendemain, il y a des déclarations où il est dit quasiment l’inverse de ce qui était raconté la veille. C’est forcément difficile d’avancer avec cette façon de faire.

    Ça reflète la politique industrielle menée depuis deux mandats ?

    C.T. : Tout à fait. L’impression qu’on a, c’est que le Ciri n’est pas en capacité de prendre de certaines décisions alors qu’il devrait. Idem pour le Premier ministre et le ministre de l’industrie. Un exemple : la réintégration de l’usine de Saint-Gaudens dans les quotas carbone [Marché des quotas carbone européens, ndlr]. C’est une décision qui dépend de l’État mais elle n’est pas prise. Alors que c’est seulement une application des textes de loi et qu’il n’y a pas de difficultés particulières.

    Outre les quotas carbone, il y a d’autres « conditions suspensives » qui dépendent de l’État…

    C.T : L’État doit s’engager clairement et lever de ces conditions suspensives. Outre les quotas carbone, il y a la fameuse question du prix de revente du mégawatheure. Aujourd’hui, la formule de calcul n’est pas très claire et il faut que l’État éclaircisse cette question. Pour l’approvisionnement en bois, autre condition suspensive, c’est pareil : il n’y a pas l’application d’une directive européenne qui permettrait une restructuration de la filière avec une priorisation des utilisations des bois pour ainsi fournir plus de volumes pour les fabricants de pâte à papier. On voit là l’échec de la politique de soi-disant réindustrialisation de l’État. À une époque, l’État nous avait assuré que si l’on trouvait un investisseur fiable, il mettrait tout en place pour aider à la reprise. Il va devoir passer des paroles aux actes. Surtout au regard des 211 milliards d’euros d’aides aux entreprises qui profitent beaucoup aux multinationales et aux grands groupes.

    Justement, l’ancien actionnaire indonésien de Fibre Excellence
    a eu un soutien financier public…

    C.T. : Il a largement bénéficié d’argent public et il a bénéficié d’effacements de dettes, notamment en 2022 quand il avait mis Tarascon en redressement judiciaire. De mémoire, on était autour des 170 millions d’euros, payés par l’état et donc les contribuables.

    Vous portiez l’idée d’une nationalisation, comment passe-t-on de cette proposition à un soutien d’un investisseur privé ?

    C.T. : On portait l’idée d’une nationalisation temporaire pour avoir du temps pour trouver des investisseurs et pouvoir travailler avec eux, sur un projet pérenne. Avec l’arrivée de Matthieu Pigasse, on peut s’exonérer de ce sujet là pour l’instant. Mais si l’État souhaite entrer au capital, pourquoi pas ? Il y a déjà les régions.

    Quel impact sur la filière si Fibre Excellence disparaît ?

    C.T. : En France, on dépense 1 milliard d’euros pour acheter de la pâte à papier dans d’autres pays, en comptant la production de Fibre Excellence. Cela veut bien dire qu’il y a un marché pour ce produit sur le territoire. Si l’entreprise disparaît, on doublerait cette somme pour acheter ailleurs. Le déficit serait énorme, la balance commerciale ne s’arrangerait pas et cela poserait des questions de dépendance. Quand on voit la situation géopolitique actuelle, en cas de blocage, on peut se retrouver sans pâte à papier. Reconstruire une capacité industrielle comme celle de Fibre Excellence, c’est un coût astronomique et prendrait des dizaines d’années. Refaire l’usine de Saint-Gaudens, c’est environ 1 milliard d’euros.

  • À Marseille, le lycée Saint-Charles attend toujours ses dotations horaires

    À Marseille, le lycée Saint-Charles attend toujours ses dotations horaires

    Inquiets de la baisse de l’enveloppe des heures attribuées à l’établissement par l’Inspection académique, les syndicats et les associations de parents d’élèves du lycée avaient obtenu un entretien en visioconférence le 7 avril dernier avec les services du rectorat. Sans réponse à ce jour, ils demandent à être reçus d’urgence.

    Dans un contexte de baisse générale des dotations globales horaires, les enseignants et parents d’élèves du lycée Saint-Charles sont particulièrement inquiets du manque de moyens attribués à leur établissement pour la rentrée prochaine et craignent voir « des enseignements mis en péril », précisant « des enseignements dont les membres de la commission nationale d’autoévaluation ont eux-mêmes souligné la pertinence et l’efficacité dans leur forme actuelle lors de leur venue l’an dernier ». Ils étaient montés au créneau du Rectorat en avril pour plaider en faveur de la marge d’autonomie. En dépit d’une oreille attentive, ils restent à ce jour sans réponse, or le dernier conseil d’administration aura lieu fin juillet.

    Requête urgente

    Comment, pour les enseignants, préparer la rentrée sans savoir ni quelles classes, ni combien leur seront confiées ? « Tout apport ou suppression d’heures entraîne une modification significative des services des enseignants », rappellent les syndicats et les deux associations dans un courrier adressé au recteur de l’Académie Aix-Marseille. Ils pointent l’urgence de la situation : « Il semble que la réponse de vos services n’interviendra qu’en juillet après affectation des élèves. » « Beaucoup trop tard », jugent-ils pour leur permettre de travailler sérieusement.

  • [Entretien] François Tejedor, CGT Cheminots Paca : « Des conséquences graves »

    [Entretien] François Tejedor, CGT Cheminots Paca : « Des conséquences graves »

    La Marseillaise : L’intersyndicale évoque une « urgence sanitaire et sociale », pourquoi mettre l’accent ?

    François Tejedor : On sonne une alarme sociale : il y a eu 13 suicides au sein de la SNCF, et des accidents de travail. En 6 mois, on a atteint le même taux de suicide qu’à France Télécom en deux ans. C’est, pour nous, la conséquence du démantèlement du service public et c’est corrélé à une accélération de la transformation de l’entreprise. On commence à subir les effets concrets de la réforme ferroviaire de 2018 : fin de l’embauche au statut, début de l’ouverture à la concurrence à tous les niveaux ou encore la liquidation de Fret SNCF. Tout cela a créé un mal-être chez les cheminots, et c’est pour cela qu’on demande un moratoire sur ces réorganisations.

    En Paca, vous avez été les premiers concernés par l’ouverture à la concurrence, quelle conséquence dans la tête d’un cheminot ?

    F.T. : Avec le Casi Paca, nous avons fait un film Tous Cheminots qui revient là-dessus avec un ensemble de témoignages. Parmi eux, un a préféré quitter la SNCF plutôt que de se foutre en l’air. Mais si nous n’avons pas eu de conséquences directes, comme les drames évoqués précédemment, c’est parce que nous avons mené les combats : on a réussi à maintenir un ensemble de droits pour les cheminots, pas de transfert à la concurrence d’office, maintien des conditions de travail… On a maintenu un collectif et ça nous a préservés en quelque sorte.

    C’est aussi une pressurisation croissante des cheminots que vous dénoncez ?

    F.T. : Oui. On a vu récemment qu’ils voulaient enlever 5 jours de RTT. Il y a des attaques claires sur les droits, sur les conditions de travail. L’entreprise a des velléités pour une productivité plus accrue alors qu’on est à 1,8 milliard d’euros de bénéfices. Mais cela provoque de graves conséquences.

  • Face au manque de médecins, un nouveau centre de santé ouvrira en juin à Béziers

    Face au manque de médecins, un nouveau centre de santé ouvrira en juin à Béziers

    C’est une problématique qui touche l’ensemble de l’Hexagone. Attirer des blouses blanches s’apparente de plus en plus à un véritable casse-tête chinois. Béziers n’échappe pas à la règle, tout comme le Biterrois. C’est en tout cas le constat dressé par la Communauté professionnelle de santé (CPTS) Ouest Hérault, organisation regroupant l’ensemble des professionnels de santé du territoire. « Il y a un manque de médecins généralistes, beaucoup partent à la retraite, ils ne sont pas remplacés et nous avons des difficultés à recruter de jeunes médecins dans l’immédiat. Nous sommes plus optimistes pour l’avenir mais pour les dix prochaines années, cela va rester compliqué », soutient Laurence Safont, pneumologue et présidente de la CPTS Ouest Hérault. La communauté, qui englobe un vaste territoire allant de Sérignan à Prémian et d’Olonzac à Faugères, regroupe 1 200 professionnels de santé pour 185 000 habitants dont 18 000 sont sans médecin traitant.

    Conséquence, ces derniers se retrouvent souvent aux urgences, risquant ainsi de les saturer. « De plus, les urgences de l’hôpital de Béziers et de la polyclinique Saint-Privat nous ont signifié qu’ils auraient du mal à assumer l’afflux de population estivale et qu’il fallait qu’on les aide », reprend Laurence Safont. La CPTS a donc décidé d’ouvrir un centre libéral de santé à la mi-juin en profitant des locaux de la maison médicale de garde, située à côté du centre hospitalier de Béziers.

    Actuellement, les médecins libéraux y exercent la nuit en semaine (20h-00h) et toute la journée le week-end (12h-00h le samedi, 8h-00h le dimanche). L’idée est donc d’ouvrir la maison médicale la journée. « Les médecins ont été d’accord pour céder une demi-journée par semaine, par mois, en fonction de leur activité, pour aller travailler dans ce centre soit en présentiel, soit en téléconsultation assistée pour voir des patients sans médecins traitants ou des patients qui se sont présentés aux urgences mais qui n’ont pas besoin de l’infrastructure des urgences », détaille la pneumologue.

    Une trentaine

    de médecins attendue

    Une trentaine de médecins libéraux est attendue dans les prochains jours, épaulée par 22 infirmiers libéraux, qui viendront assister lors des téléconsultations. « Le chariot de télémédecine a un logiciel qui permet de stocker les données des patients. De cette manière, s’ils sont vus plusieurs fois en un temps réduit, le médecin suivant pourra avoir accès au dossier de la téléconsultation précédente », fait valoir Laurence Safont.

    Si le centre ouvrira dans un premier temps de midi à 20h – « nous avons consulté l’hôpital, il y a des pics de fréquentation des urgences entre 12h et 14 puis aux alentours de 17h », indique la présidente de la CPTS Ouest Hérault – les professionnels espèrent l’ouvrir également le matin. Un dispositif unique en France à en croire la pneumologue, et nécessitant peu de coûts : les locaux ainsi qu’un poste de secrétaire médical sont mis à disposition par l’hôpital. Seul un peu de matériel médical est à financer. « On espère que cela va fonctionner et que ce modèle sera reproductible », soutient Laurence Safont.

    Ce n’est pas la seule mesure pour pallier le manque de blouses blanches. Bien que le numerus clausus ait été levé en 2020, son effet sur le recrutement ne s’est toujours pas fait sentir. En attendant, d’autres solutions ont été mises en place. « Il y a les “nouveaux métiers” qui ont été créés comme les infirmiers en pratique avancée ou les assistants médicaux. Nous allons également avoir une dernière aide qui arrivera au mois de novembre : 12 “docteurs juniors”, des internes qui feront leur 4e année dans des cabinets médicaux », annonce Laurence Safont. Une bouffée d’oxygène que beaucoup attendaient.

  • [EQDD] Valérie Masson-Delmotte, Haut Conseil pour le Climat : « L’adaptation doit être pensée comme un chemin »

    [EQDD] Valérie Masson-Delmotte, Haut Conseil pour le Climat : « L’adaptation doit être pensée comme un chemin »

    Se préparer à un réchauffement de +4°C à la fin du siècle
    en France, est-ce un aveu d’échec ou un principe de réalisme
     ?

    C’est une forme de lucidité. L’Accord de Paris vise à limiter le réchauffement bien en dessous de +2°C, mais fin 2024, nous étions déjà à +1,36°C, principalement en raison des activités humaines. Si l’on suit les politiques actuelles, nous tendons vers un réchauffement global de +2,8°C à la fin du siècle, ce qui signifie environ +4°C sur le territoire français. Prendre ce chiffre ce n’est pas renoncer à l’atténuation (la réduction des émissions reste cruciale pour freiner la vitesse du changement), mais c’est reconnaître que nous devons protéger nos infrastructures critiques et nos aménagements de long terme face à ce futur plausible.

    Quels sont les risques
    climatiques que nous sous-estimons aujourd’hui
     ?

    On comprend mieux les vagues de chaleur, les sécheresses ou les inondations. En revanche, les événements combinés (chaleur et sécheresse, tempêtes à marée haute et pluies extrêmes à terre…) restent un peu dans l’angle mort… De même, les risques interconnectés sont encore peu pris en compte. En France, nous dépendons de chaînes d’approvisionnement mondiales qui peuvent être perturbées par des événements climatiques. Une sécheresse à Taïwan peut paralyser la production de puces électroniques, et des événements extrêmes dans les tropiques font déjà grimper les prix du café ou du cacao chez nous. On ne peut pas penser l’adaptation en France de manière isolée.

    On a l’impression que la santé devient un enjeu central
    de l’adaptation…

    Oui, clairement. La chaleur est une menace directe pour la santé. Malgré des progrès depuis 2003, il y a encore une surmortalité importante lors des épisodes de canicule. Cela révèle aussi des inégalités profondes : nous ne sommes pas tous égaux face aux fortes températures selon notre âge, notre métier ou notre lieu de vie. L’enjeu est aussi scolaire. Les épisodes de chaleur ne surviennent plus seulement au cœur de l’été, mais aussi pendant les périodes d’apprentissage. Adapter nos écoles est un impératif de santé et de bien-être.

    Au-delà de nos écoles, nos villes sont-elles adaptées aux chaleurs extrêmes ?

    Pas suffisamment. Mais il existe des solutions comme la végétalisation, la création d’îlots de fraîcheur, ou encore l’amélioration du confort thermique des bâtiments. Cela peut aussi aller de pair avec des villes plus respirables et plus vivables. Adapter nos villes, ce n’est pas seulement anticiper les risques, c’est aussi améliorer le quotidien et le bien-être des gens qui y habitent.

    Dans l’urgence, ne risque-t-on
    pas de prendre de mauvaises décisions, ce qu’on appelle parfois la «
     maladaptation » ?

    Le risque, c’est de vouloir maintenir coûte que coûte des pratiques qui ne tiendront pas sur la durée. Exemple : irriguer davantage des cultures très gourmandes en eau peut donner l’impression de gagner du temps. Mais si la ressource vient à manquer, tout s’écroule… L’enjeu, c’est de construire des transformations structurantes en examinant à la fois les bénéfices, mais aussi leurs effets indésirables potentiels sur la biodiversité ou les émissions de gaz à effet de serre. L’adaptation doit être pensée comme un chemin, pas comme un simple empilement de réponses dans l’urgence.

    Qui doit financer l’adaptation ?

    Nous payons déjà tous la « facture » via l’augmentation de nos primes assurances, mais l’action collective est la seule solution. L’État doit donner le cap, mais les territoires sont souvent en première ligne et manquent de moyens. Il faut mieux les accompagner, mais aussi faciliter leur endettement pour des projets résilients.

    Et renforcer la solidarité nationale pour accompagner, par exemple, le repli stratégique sur les littoraux, dans l’esprit du Fonds Barnier. Les assureurs ont sans doute aussi un rôle à jouer en orientant vers une reconstruction plus résiliente, plutôt qu’à l’identique…

    Quels sont les principaux leviers d’action ?

    Il faut passer d’une logique de réaction à une logique de prévention. Il y a un foisonnement d’initiatives inspirantes à l’échelle des territoires, mais cela reste encore trop hétérogène. Pour changer d’échelle, il faut sortir d’une organisation en « silos » pour adopter une approche horizontale et transverse. L’adaptation concerne à la fois les domaines de l’eau, de l’énergie, de l’agriculture, de la santé, du travail ou des infrastructures. C’est d’autant plus réalisable qu’elle est souvent perçue comme un sujet non partisan par les élus, l’adaptation touchant directement à la qualité de vie et à la sécurité des biens et des personnes.

    Sommes-nous engagés dans
    une course contre la montre
     ?

    En tout cas, nous sommes dans une course de vitesse : nos systèmes ont été pensés pour un climat qui n’existe déjà plus… Il faut accélérer ! L’enjeu, c’est de changer d’échelle et d’agir collectivement. S’adapter ne doit pas être perçu comme une contrainte : c’est vraiment une manière de se protéger collectivement, tout en améliorant notre quotidien.