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  • [Travailleur d’aujourd’hui] Loïc, jeune pousse et grand talent

    [Travailleur d’aujourd’hui] Loïc, jeune pousse et grand talent

    Un parcours sans faute guidé par la quête de l’excellence, que le jeune homme explique simplement par le fait de « ne pas avoir peur de l’inconnu ». Pour la 25e édition du concours Talents des Cités, et après seulement sept mois d’existence de sa société, Maison Berthaz, il est devenu lauréat régional dans la catégorie « Jeune pousse », destinée aux entrepreneurs dont l’entreprise est immatriculée depuis moins d’un an. Dans le cadre du programme Entrepreneuriat Quartiers 2030, financé par l’État et la Banque des Territoires, ce concours est piloté par Bpifrance. Il récompense des créateurs d’entreprise ayant implanté ou souhaitant déployer leur activité dans les Quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV). Loïc Sailler-Berthaz recevra son prix le 14 octobre à l’Épopée (14e), à Marseille, premier village de l’innovation éducative en France.

    Un parcours d’excellence

    Le parcours de Loïc Sailler-Berthaz est marqué par des rencontres, mais aussi par des odeurs pâtissières qui l’ont peu à peu construit et lui ont permis de réaliser un sans-faute. À 17 ans, son bac pro cuisine en poche, il enchaîne les stages. Il s’arrête sur celui en pâtisserie, chez Bricoleurs de douceur, à Marseille : « Je garde le souvenir d’une petite équipe chez Clément Higgins, le boss, au tout début de leur existence. Nous foncions les fonds de tarte un à un à la main, avec lui, avant de les cuire ». Il s’envole ensuite pour l’école Ferrandi, à Paris, qui forme l’élite de la gastronomie et du management, afin de préparer son CAP de pâtissier. Son alternance se déroule chez L’Éclair de Génie, célèbre enseigne française de pâtisserie et de chocolaterie haut de gamme fondée par le chef Christophe Adam. « Là-bas, c’est le souvenir olfactif de la pâte à choux qui reste gravé en moi. » À 18 ans, il change d’établissement et intègre l’École de boulangerie et de pâtisserie de Paris (EBP Paris). « Même réputation, encore plus sélectif, mais il se prépare à la mention complémentaire et au Brevet technique des métiers (BTM) ». Direction l’Atelier des gourmands, toujours à Paris, pour « se faire la main ».

    À 19 ans, Loïc Sailler-Berthaz se lance dans le BTM et entre en formation chez Ladurée pour réaliser des gâteaux. Il avoue : « On mangeait aussi des macarons ». Une expérience unique dans un grand atelier, avec de nombreux salariés, mais des méthodes de production restées artisanales. « On travaillait de nuit de 21h à 6h du matin. Il y avait beaucoup de jeunes. La cheffe qui occupait ce poste était très exigeante, mais il y avait une super ambiance. » Autre avantage de ce poste : le temps libre en journée lui permet de préparer des concours et de passer son permis de conduire. S’enchaînent alors le Festival national du croquembouche et la Coupe de France des écoles.

    Puis survient le Covid. Retour à Marseille pour la deuxième année de BTM au CFA du Beausset (Var), avec une alternance chez Torres (8e arrondissement de Marseille). Après un passage chez Lac, à Nice, il revient chez Torres. Loïc a 23 ans et son BM en poche : « Après 20h d’épreuves, je l’ai eu, mention Très bien, à 23 ans ». Une nouvelle expérience à Brignoles, chez Lafiteau, lui permet ensuite de progresser sur les exigences de qualité. Quelques années plus tard, le voilà installé au Carburateur, dans les quartiers nord de Marseille, où il développe aujourd’hui son activité de chocolatier.

    Maison Sailler-Berthaz.
    211 Chem. de la Madrague-Ville, 13015
    maisonsailler-berthaz.com

  • [Chroniques Méditerranéennes] Les mots de la Méditerranée dans le contre-dictionnaire des migrants

    [Chroniques Méditerranéennes] Les mots de la Méditerranée dans le contre-dictionnaire des migrants

    Réduit à un chiffre ou à une marchandise anonyme à répartir, le migrant, perçu comme un « envahisseur », n’a ni âme ni identité. Pourtant, il possède une arme : la parole.

    Un moyen sûr au milieu de la dérive de voyages qui n’ont qu’un seul but : exister dans ce monde. Si le sabir était la lingua franca de la Méditerranée, forgée dès le Moyen Âge pour communiquer dans les ports, une nouvelle langue est née aujourd’hui pour se défendre, pour partager les chances de survie, pour raconter le voyage, sa géographie, le rapport au pouvoir, l’urgence et la solidarité.

    Une langue sans nom, mais que l’équipage du Tanimar – un collectif de chercheurs des universités de Gênes et de Parme utilisant la navigation comme méthode ethnographique pour étudier les déplacements des migrants – a réussi à identifier. C’est ainsi qu’est né le Contro Dizionario del Confine (Éd. Tangerin), un ouvrage qui consacre une explication détaillée à chaque mot employé par cette humanité invisible.

    « Parce que chaque mot a une histoire – expliquent les auteurs –, ce dictionnaire en rassemble et en analyse quarante-deux, classés par ordre alphabétique et correspondant à des termes significatifs pour ceux qui tentent de franchir la frontière italo-tunisienne. Pour ceux qui cherchent à braver le régime frontalier européen, de plus en plus violent, et qui, pour cette raison, sont entravés, agressés et criminalisés. »

    Beaucoup de ces mots sont issus du français. En voici quelques exemples. Arnaqueur : désigne celui qui tente une escroquerie, comme l’organisation de faux voyages vers l’Europe, la vente de visas contrefaits ou l’utilisation d’embarcations dépourvues de moteur adéquat. Dans ces cas-là, un avis de recherche est lancé – une chaîne d’information sur les réseaux sociaux permettant d’identifier l’escroc ; outre le fait de le discréditer, cela peut déclencher le fakop, une amende infligée pour non-respect des règles dans une situation de fuite.

    Le mot « migrant » est remplacé par aventurier, pour évoquer l’idée d’un voyage, d’une fuite loin de la misère. « C’est un état d’esprit plus qu’un itinéraire, confie l’une des personnes interrogées ; cela implique aussi une mentalité de soldat, car le chemin, on le sait, est ardu. Un voyage a un but, alors que l’aventure n’a pas de destination. C’est la capacité à affronter l’inconnu. »

    Un mot identique pour les hommes et les femmes. « Une femme court plus de risques qu’un homme – raconte une témoin – ; j’ai moi-même été victime de violences sexuelles. Si elle n’est pas soutenue, la femme a recours à la prostitution pour avancer sur son chemin. »

    Le terme le plus courant pour désigner le fait d’avoir réussi est « Boza ». « Mais ce n’est pas facile. Cela signifie avoir gagné, avoir réussi. »

    La conscience d’être voué à l’exploitation et de constituer une ressource s’exprime par l’expression « or noir ». La référence renvoie à la couleur de la peau, à des corps contraints à un travail mal payé et dépourvu de droits. « Il n’est pas facile de trouver une mine d’or, mais il est facile de trouver des migrants. C’est la traite. Quand on a un Noir, en Tunisie ou en Libye, c’est comme avoir du bétail. Les Libyens vous achètent aux soldats tunisiens pour quelques euros, puis réclament une rançon à votre famille. C’est un vaste marché. La vente de migrants que nous sommes est plus lucrative que le trafic de drogue. » Derrière chaque mot se cache un monde. Ce monde-là.

    Journaliste et romancière, Stefania Nardini vit entre Naples et Rome.

  • La Fiesta du dimanche va ambiancer le J4

    La Fiesta du dimanche va ambiancer le J4

    De beaux moments festifs

    Entre spectacles, initiations, concerts ou encore moments de découvertes, cette journée promet d’être riche en émotions pour tous les âges. « Parmi les temps forts ce dimanche il y aura un spectacle comédie musicale qui s’appelle 1936 : Les jours heureux ! et qui a été rendu possible grâce à notre partenariat avec la mutuelle Solimut. Cette comédie musicale retrace l’histoire du Front populaire, des congés payés et des acquis sociaux à l’occasion de ce 90e anniversaire. Il est également question de tous les acquis sociaux », continue-t-elle. « C’est véritablement un événement dans l’événement et il nous tient tout particulièrement à cœur surtout dans cette période. »

    Autre moment à ne pas manquer, le grand couscous solidaire qui lui sera accessible dès l’ouverture des portes et qui sera là aussi gratuit et accessible au plus grand nombre « dans le but de favoriser et de promouvoir l’insertion et la valorisation des femmes dans les quartiers Nord de la ville ». Sans oublier aussi de nombreux ateliers, animations participatives, un jeu de l’oie géant ou encore des ateliers culinaires pour apprendre par exemple à manger mieux aux côtés notamment du collectif Baga, une association qui propose de l’upcycling de bâches d’événements pour une mode engagée et durable.

    Un événement mené
    aux côtés d’associations

    Ce qu’il faut également retenir de cette journée, c’est qu’elle est organisée en collaboration avec les structures associatives, culturelles et institutionnelles du territoire, dont la Cité de la musique et les élèves de la récente classe de rap et beatbox qui monteront sur scène pour partager leur énergie au cours des battles hip-hop Flashlight des Ben Brothers. « C’est l’un des moments incontournables de cette Fiesta puisque les jeunes proposeront un showcase et il ne faut pas oublier que notre ADN depuis 4 ans c’est aussi de révéler de jeunes talents, là c’est une occasion parfaite ! », sourit Marion Bergé-Lefranc. « Nous accueillerons aussi pour la quatrième année consécutive la Cité des minots. La grande scène sera à eux pour rendre compte d’une rencontre avec des artistes donnant naissance à une création émouvante et foisonnante avec plus de 250 enfants sur scène. »

    Et de poursuivre : « Cette autre facette de la Fiesta nous permet aussi de faire venir un public qui n’oserait pas en temps normal, le tout dans la bienveillance. »

    Pour réserver : fiestadessuds.com

  • [Science] Des arbres témoignent d’une éruption solaire hors-norme… il y a 14 300 ans

    [Science] Des arbres témoignent d’une éruption solaire hors-norme… il y a 14 300 ans

    Des morceaux de troncs d’arbres ont enregistré, il y a 14 300 ans, des éléments chimiques issus de cette éruption solaire hors-norme. Celle-ci a provoqué une arrivée massive de particules dans l’atmosphère, générant différents éléments. Notamment du carbone-14 qui a fini dans du dioxyde de carbone, lui-même absorbé par les arbres lors de la photosynthèse. L’accélérateur de particule AixMicadas du Cerege a observé un pic particulièrement élevé de carbone-14, daté d’il y a 14 300 ans. « Le signe d’une éruption deux fois plus importante que la plus grosse connue jusqu’alors », précise Edouard Bard. Celle-ci s’était produite en l’an 774 de notre ère et avait été observée dans des cèdres du Japon, en 2012.

    Bascule

    Cette découverte de 2012 a rebattu les cartes. « Jusque-là, nous pensions que le carbone-14 était produit uniquement par des protons issus du rayonnement cosmique galactique », explique Edouard Bard. Les scientifiques expliquaient les variations de la teneur en carbone-14 dans l’atmosphère par les fluctuations du champ magnétique solaire qui dévie plus ou moins les protons venus de la galaxie. Mais ces fluctuations sont lentes. La variation de l’an 774 est trop brutale. Il faut trouver une autre origine : « L’éruption solaire est la piste privilégiée », souligne le chercheur.

    Depuis, d’autres anomalies majeures en carbone-14 ont été identifiées et associées à des éruptions solaires exceptionnelles : en 660, 5259 et 7176 avant notre ère, par exemple. Mais celle d’il y a 14 300 ans est particulièrement intense. Elle s’est produite par le passé et pourrait donc se reproduire à nouveau. Cela serait problématique quand on sait les dégâts que peuvent provoquer les éruptions solaires sur les réseaux de télécommunications et les satellites. « D’où l’importance de mieux comprendre ces éruptions géantes, ce qui les provoque et leur fréquence », conclut Edouard Bard.

  • [Recette] Le tataki de thon et sa sauce leche de tigre

    [Recette] Le tataki de thon et sa sauce leche de tigre

    Il vous faudra :

    – Un pavé de thon

    – Une brique de lait de coco

    – De la coriandre, de la ciboulette et une échalote émincées

    – Le jus d’un demi-citron, du paprika en poudre

    – Des verts de poireaux, de l’huile neutre

    – Du vinaigre, du sucre en poudre, un oignon rouge

    – Un radis, de la fleur de sel

    De belles saveurs et de belles couleurs vous attendent dans l’assiette pour profiter encore un peu de la saison estivale.

    Pour commencer, émincez l’oignon rouge et réservez. Pendant ce temps faites bouillir trois volumes d’eau dans lesquels vous ajoutez deux volumes de vinaigre et un volume de sucre. Renversez le liquide sur les oignons et laissez reposer une bonne dizaine de minutes.

    Préparez maintenant l’huile de poireaux. Faites réchauffer de l’huile neutre à 70°, ajoutez les verts coupés très finement. Mixez, passez au chinois et laissez reposer.

    Enfin, coupez un radis en fines lamelles et plongez-les dans l’eau. Réservez.

    Un thon nacré et des condiments savoureux

    Pour la recette en elle-même, versez dans un cul-de-poule ou un bol votre brique de lait de coco. Ajoutez une belle pincée de coriandre ciselée, puis la même quantité d’échalote ciselée et le jus du citron jaune. Enfin un peu de paprika en poudre pour la couleur. Laissez la sauce de côté.

    Faites chauffer une poêle avec de l’huile neutre. Une fois qu’elle est chaude déposez le pavé de thon et snackez toutes les faces du poisson en laissant environ 45 secondes de chaque côté.

    Votre thon est ainsi cuit à l’extérieur et encore cru à l’intérieur avec de beaux reflets nacrés. Coupez le pavé en tranches assez épaisses pour avoir de la mâche en bouche. Déposez-les dans votre assiette pour le dressage. Recouvrez le tout de sauce leche de tigre au lait de coco, soyez généreux sans noyer le poisson. Saupoudrez la fleur de sel sur le tout pour le croquant de la recette. Ajoutez ensuite vos pickles d’oignon maison, les lamelles de radis dont l’amertume aura été atténuée par l’eau, une pincée de ciboulette ciselée et un beau filet d’huile de poireaux.

    Vous pouvez déguster. Bon appétit !

  • [Grand entretien] Elias et Mayya Sanbar : « On veut montrer l’universalité de l’œuvre de Mahmoud Darwich »

    [Grand entretien] Elias et Mayya Sanbar : « On veut montrer l’universalité de l’œuvre de Mahmoud Darwich »

    Mayya Sanbar : Non, mais c’est peut-être ce qu’il en ressort, car ses poèmes racontent son histoire et sa situation politique et, malheureusement, ils sont encore d’actualité. L’idée de départ était de raconter nos liens à la Palestine à travers ses poèmes.

    Elias Sanbar : Nous voulons avant tout introduire un univers poétique, son monde. Ce qu’on montre au public, c’est l’universalité de l’œuvre. Souvent, on présente Mahmoud Darwich comme un poète palestinien. Mais ce n’est pas un poète palestinien. C’est un poète de Palestine. Car la nationalité poétique se rapporte à la langue et non au passeport. Prenez l’exemple d’Apollinaire, qui est présenté comme un grand poète français, ce qu’il est, mais il est Polonais. Mahmoud Darwich est donc un poète arabe de Palestine.

    Dans son poème « Je dis tant de choses », qui donne son nom à votre lecture, Darwich interroge : « Mesdames et messieurs aux cœurs bons, la terre des hommes est-elle, comme vous l’affirmez, à tous les hommes ? ». À l’heure de l’occupation et du génocide d’Israël dans le silence de la communauté internationale, qu’est-ce que leur lecture provoque chez vous aujourd’hui ?

    M.S. : Ce poème fait écho pour moi à l’hypocrisie du monde. Étant moi-même Palestinienne de France, j’ai l’impression que c’est une question qui se pose à nous depuis toujours. Et j’ai grandi dans une société où cette question se pose d’autant plus.

    E.S. : Cela pose la question de la revendication de reconnaissance. Une reconnaissance qui n’arrive pas, non pas depuis Gaza, mais depuis des décennies. Le poème Je dis tant de choses baigne dans une ironie triste. Il dit également à quel point ce conflit est interminable. La date de son démarrage n’a jamais cessé de reculer. Pendant longtemps, on nous a dit que c’était en 1967. Suite à des travaux d’historiens, on nous a dit après que cela avait commencé en 1948. Maintenant, avec le film Palestine 1936, on se rend compte qu’il y a eu, à l’époque, d’énormes maquis et luttes armées contre les Britanniques qui étaient alors la puissance coloniale. Et je pense même qu’on va bientôt faire remonter le début du conflit à 1917 avec la Déclaration Balfour. Et si on continue, on va arriver à 1897, l’année de la tenue du Congrès à Bâle, à la sortie duquel Herzl a dit « j’ai créé l’État juif ». Pendant ces 130 années, il n’y a pas eu une année calme.

    S’il est un poète de l’exil
    et de la lutte, Mahmoud Darwich est aussi celui
    de l’amour et de l’espoir. Dans «
     Un autre jour viendra », il finit sur une image de « colombes [qui] font la sieste dans un char abandonné »…

    M.S. : Cet espoir est dans l’ADN palestinien. On se le transmet dans la famille ou entre amis. C’est aussi un rappel constant dans les moments de doutes ou de désespoir. J’ai l’impression qu’il y a toujours quelqu’un ou quelque chose qui vient nous rappeler qu’un jour, on sera libre de toute occupation. Dans les poèmes d’amour de Mahmoud Darwich, il n’est jamais question d’amour sans entraves. L’occupation est toujours présente quelque part, mais l’espoir aussi.

    E.S. : Cela dit aussi que personne n’arrivera à nous sortir du paysage. C’est l’enjeu depuis 130 ans. Nous acceptons de devenir des absents absolus. Une absence imposée par des exils forcés, des expulsions et surtout l’effacement de notre nom. N’oublions pas que pendant des décennies, il y a eu cette phrase terrifiante : « Ils n’existent pas ». Lors des négociations de paix auxquelles j’ai participé pendant des années, les négociateurs israéliens étaient dans l’incapacité quasi-physique de prononcer le mot « Palestinien ». Pendant des décennies, ils nous ont appelés « réfugiés arabes de Cisjordanie, arabes de l’intérieur »… Et nous voilà aujourd’hui à lire Un autre jour viendra, alors que nous avons 40 000 enfants assassinés. Je ne sais pas si les gens réalisent. 40 000 cercueils de gosses. Cette semaine a eu lieu la commémoration du 7 Octobre 2023. Les jours d’après, j’avais écrit un article pour dire que c’était un crime de guerre. Mais je n’ai pas entendu un mot de compassion, sauf dans de petits cercles, pour les 40 000 enfants tués. Le gros problème, c’est que la reprise du dialogue va devenir terriblement compliquée. Moi, je continue à parler avec des gens de l’autre bord. Mais beaucoup me demandent : « Comment peux-tu leur parler encore ? » Netanyahou a réussi à créer un gouffre entre les deux peuples.

    Mahmoud Darwich exprime aussi son espoir vers quelque chose de « féminin ». Il a fait des émules chez les Palestiniens, notamment les femmes, avec de jeunes poétesses, comme Nour Elassy ou Asmaa Azaizeh. C’est aussi ça l’une de ses forces ?

    E.S. : Cette place des femmes, c’est surtout une force des Palestiniens. Nous n’avons jamais reçu autant de poèmes de poétesses. C’est extraordinaire.

    Allez-vous les lire à Marseille ?

    M.S. : On a choisi quatre poèmes de Gaza qu’on lit presque en ouverture de notre lecture. Avec le Théâtre Joliette, j’ai aussi enregistré, avec d’autres comédiennes palestiniennes qui vivent à Marseille, des poèmes écrits pendant le génocide à Gaza.

    E.S. : Ce qui est aussi intéressant, c’est que Darwich était à la fois un laïc très clair et porteur de cette terre particulière commune au judaïsme, au christianisme et l’islam. Il y a un personnage féminin qui traverse son œuvre : Marie. Et aussi un homme, le Christ. La société palestinienne est plurielle et unique au monde. On a presque un rapport de propriété avec les religions. Nous avons toujours fonctionné à partir du fait que tout ce qu’il s’y est passé nous appartient. Chez nous, la religion est par rapport à un lieu et pas à un dogme. Dans le bureau d’Arafat, il y avait une majorité de chrétiens palestiniens alors que cela ne représentait pas la démographie. Il y avait aussi des juifs, dont mon ami, le regretté Ilan Halevi, qui était notre représentant à l’Internationale socialiste. Les gens ne le réalisent pas, mais nous portons les trois religions car nous sommes les trois. La poésie de Darwich reflète très bien cela.

    Et quid du Darwich communiste ?

    E.S. : Jusque durant la période où il réside encore à Haïfa, jusqu’à son départ à Moscou où il rejoindra la résistance palestinienne au début des années 1970, le seul espace dans lequel les Palestiniens qui n’ont pas été expulsés en 1948 arrivent à s’exprimer, c’est celui des partis communistes qui étaient mixtes. Un parti où vous avez des juifs israéliens et des Palestiniens. Mais ce qui est intéressant, c’est de voir comment il va, en partant toujours du particulier et de la quintessence palestinienne dans son œuvre, porter son peuple vers l’universel.

    Face à l’inertie des Nations, une des clefs de la résolution de cette guerre ?

    E.S. : Nous sommes à la croisée des chemins. Ou la barbarie absolue en train de se dessiner à l’échelle planétaire impose l’abandon du droit, ou bien l’obsession de justice et d’égalité va nous permettre une sortie par le haut et non par la folie. C’est pour cela qu’il faut continuer à chanter.

  • Célébration du ciel étoilé et pollution lumineuse

    Célébration du ciel étoilé et pollution lumineuse

    L’objectif, sensibiliser le grand public à la beauté du ciel étoilé et à la pollution lumineuse encore bien trop présente notamment la nuit dans les villes. L’occasion chaque année de revenir sur une thématique encore peu discutée : la place de la lumière dans nos vies mais aussi de celle de l’obscurité, toute aussi importante.

    Et parmi les participants, chacun a à cœur de célébrer la nuit dans toute sa richesse et sa diversité. Allant de la sobriété énergétique à la préservation de la biodiversité en passant par la protection de la santé.

    à Salon-de-Provence

    Dimanche à partir de 20h, vous êtes attendus place Saint-Michel, en face du château de l’Empéri, pour participer à une observation des étoiles, une initiation, une sensibilisation, une démonstration et une manipulation du ciel étoilé et du matériel astronomique aux côtés de Benjamin Vierne, professeur de physique et porteur de projets scientifiques, de l’association Astro Geek 13 et du club astro de La Barben. L’animation est gratuite et sur place des télescopes vous seront prêtés.

    à Aix-en-Provence

    Le Muséum d’Histoire Naturelle organise un événement au parc Saint-Mitre ce samedi de 16h à 21h et vous convie à redécouvrir cette nuit que nous oublions. Celle où le ciel se pare de lumières naturelles et où la majorité des animaux s’éveillent. Celle que nous ne connaissons plus tant nous sommes habitués à la présence des lumières artificielles dans la ville.

    Ateliers pour enfants, balade naturaliste, concert, observation du ciel… C’est un programme riche et tout public pour entrer en confiance dans la nuit, éveiller les sens et les imaginaires qui vous attendent.

    à Marseille

    Le Conservatoire d’espaces naturels de la région s’installe au Muséum d’Histoire Naturelle du Palais Longchamp ce samedi entre 16h et 20h pour vous faire vivre une enquête sonore au cœur de la nuit. Moment où une multitude d’espèces sauvages s’activent et se font entendre. Mais… Saurez-vous les reconnaître ?

    à Seillons-Source-d’Argens

    Rendez-vous rue de la Coopérative samedi dès 20h pour participer à une déambulation et animation autour de la nuit avec conte, lecture, observation du ciel, chants…

    à Cheval-Blanc

    Le foyer rural Pégase astronomie vous donne rendez-vous ce samedi entre 20h15 et 23h30 pour une observation gratuite du ciel étoilé. Le point de départ est donné sur le parking du tennis de la ville.

    à Champtercier

    Le Géoparc de Haute-Provence et ses partenaires vous attendent samedi dès 15h, salle Yann-Siméoni pour participer à des conférences et observations gratuites.

  • La Rose d’or, 20 ans de passion médiévale

    La Rose d’or, 20 ans de passion médiévale

    De 35 associations il y a 20 ans au début, ce sont désormais 112 troupes et 1 300 participants attendus ce week-end à Avignon. Soit « 80% des troupes d’histoire médiévale du sud de la France, de Bordeaux à Monaco », s’enorgueillit le président de la Rose d’or, dont le nom renvoie à une récompense pontificale offerte à des seigneurs méritants de la chrétienté.

    Si sur la Barthelasse le samedi sera uniquement réservé aux troupes, une grande parade des compagnies est organisée en centre-ville (14h-15h45) depuis la porte de l’Oulle jusqu’au palais des Papes. L’événement grand public en lui-même se tient le dimanche (10h-18h) au centre de loisirs de la Barthelasse. Campements, reconstitutions, ateliers, marché médiéval, joutes, archers, batailles ou divers concours – dont celui de porter de chefs et de concubines – sont au programme.

    Capitale de l’histoire médiévale ?

    Quelque 4 000 personnes sont attendues avec une focale, cette année, sur le « Complot de la Louve », événement historique de 1326 qui bouleversa la monarchie anglaise.

    Mais le point presse, lundi, de la manifestation a été l’occasion pour la Ville d’annoncer la création d’un nouvel événement autour de l’histoire médiévale : les Pontificales, qui se tiendront du 6 au 9 mai, lors du week-end du pont de l’Ascension. Une promesse de campagne d’Olivier Galzi (DVD) qui compte faire d’Avignon « la capitale de l’histoire médiévale » dont le « classement au patrimoine mondial de l’Unesco » en est l’illustration. Le maire n’a pas encore dévoilé les modalités ni le programme des Pontificales, « mais l’idée est de mettre en valeur le patrimoine et que tout le monde joue le jeu avec, par exemple, les commerçants costumés comme à Nîmes lors des journées romaines ».

    La Ville se défend de vouloir faire de l’ombre à la Rose d’or. « On connaît très bien la structure qui va organiser les Pontificales, nous ne pouvions pas porter une 2e fête d’une telle ampleur qui ne sera pas un copié collé de la Rose d’or », jure Patrick Duval qui conclut : « Si Paris vaut bien une messe, Avignon vaut bien deux fêtes historiques. »

    * Gratuit pour les moins de 12 ans. Entrée 6 euros ou 5,50 euros en prévente sur billetweb.fr

  • Le village des sciences attend le public durant tout le week-end

    Le village des sciences attend le public durant tout le week-end

    On a tous le même squelette que l’on soit noir ou blanc, homme ou femme » explique une animatrice de l’Unité mixte de recherche (UMR) anthropologie bioculturelle, droit, éthique et santé devant des enfants du CE2 de l’école Louis-Botinelly (4e) massés en cercle autour du dessin d’un squelette grandeur nature. Questions et réponses fusent dans une joyeuse ambiance vendredi, jour dédié aux scolaires dans le village de la science installé sur l’esplanade Bargemon.

    Vient le discours d’ouverture du directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique, délégué régional académique à la recherche et à l’innovation Jean-Luc Parrain. Il souligne « les valeurs de partage, de savoir et d’ouverture qui caractérise cette grande fête. On doit toujours lutter contre les stéréotypes. L’égalité est fondamentale au cœur de la famille mais ensuite à l’école. » Samedi et dimanche, 8 000 personnes sont attendues sur le village ouvert à tous gratuitement, avec un nombre toujours croissant d’interactivité. « Cette 35e édition propose 55 stands et 65 structures participantes », rappelle Solène Merer directrice en région des Petits débrouillards, association organisatrice du village à Marseille.

    à l’extérieur, des tentes blanches sont disposées les unes à côté des autres. Les enfants s’engouffrent très curieux de savoir ce qu’ils vont y découvrir. à l’intérieur, planètes et système solaire attendent leur public, et les expériences de physique ravissent les scolaires qui découvrent que la magie a parfois une explication rationnelle. Sur le stand de l’Institut méditerranéen d’océanologie (MIO), Guillaume Marchessaux, chercheur et spécialiste des espèces invasives sensibilise au crabe bleu. Ambassadeur pour la région Paca, il animera deux conférences intitulées : « Et si on mangeait du crabe bleu pour le réguler ? » ce week-end.

    Samedi et dimanche. 10h-18h.

  • « La vraie bataille est culturelle »

    « La vraie bataille est culturelle »

    La Marseillaise : Quels souvenirs gardez-vous de la sortie de « Gibraltar » en 2006 ? Cet album avait dépassé la seule audience des amateurs de rap…

    Abd al Malik : J’avais alors l’intention d’être véritablement moi pour la première fois dans un disque. Cela m’a permis de montrer mon amour pour la littérature, la poésie, le jazz et la chanson française. Je voulais montrer que ça pouvait être harmonieux dans un esprit hip-hop. Mon amour pour la littérature s’est illustré à travers la manière dont je racontais les histoires, ce style qu’on appelle le slam ou le spoken word. J’avais aussi beaucoup de questionnements sur mon identité, sur ce que ça voulait dire d’être Français lorsqu’on est noir aux racines africaines. Déjà, à l’époque, on parlait des exilés, des migrants, des problématiques liées aux habitants des quartiers populaires. Pour la première fois, je suis allé au bout de ma pensée avec un côté spirituel qui m’importe. Ma démarche était de dire que, peu importe notre couleur de peau, qu’on croit en Dieu ou non, on a quelque chose en partage de fondamental qui est l’humanité.

    Sur le titre éponyme de l’album, vous déclamiez : « Sur le détroit de Gibraltar, il y a un jeune noir qui pleure un rêve qui prendra vie, une fois passé Gibraltar. » À quelques kilomètres de là, l’actualité récente a rappelé ces propos avec la crise migratoire à Ceuta…

    Abd al Malik : à l’époque, on assistait déjà à toutes ces morts en Méditerranée. 20 ans après, les choses n’ont pas changé. Cela rend ce morceau encore plus pertinent qu’à l’époque. C’est aussi cela qui m’a poussé à me dire qu’on allait faire cette tournée anniversaire.

    Sur le titre « 12 septembre 2001 », vous parliez aussi des jours d’après l’effondrement des tours jumelles. « Après ça, fallait qu’on montre aux yeux du monde que nous aussi n’étions que des hommes, que s’il y avait des fous, la majorité d’entre nous ne mélangeait pas la politique avec la foi. » L’injonction faite aux musulmans de se désolidariser de quelque chose avec lequel ils n’avaient rien à voir n’était-elle pas un écueil ?

    Abd al Malik : Bien sûr, c’est un écueil, qui dure encore et encore. Mais ma manière de voir est différente. En tant que musulman, je ne regarde pas ce que les gens pensent ou disent. Ce qui m’importe, c’est ce que je vois quand je me regarde dans une glace. Ai-je le comportement et les mots qu’il faut ? Si individuellement, on pense comme ça, on va finir par réussir à le faire collectivement. Ce qui est important in fine, ce n’est pas de se dire « ils veulent qu’on se justifie », mais de faire attention à la façon dont on se comporte dans notre quotidien : de se dire peut-être que mon voisin est juif ou chrétien, qu’il est croyant ou non, mais que l’important est mon rapport avec lui. Si j’ai une bonne entente avec mon voisin, eh bien dans ma ville, puis dans ma vie aussi. Le danger, c’est de vouloir essayer de régler la grosse image et de négliger ce qui est le plus important : notre quotidien. Si on ne s’occupe pas de nos voisins, c’est BFM, CNews, le RN et tous les politiciens extrémistes, racistes, voire racialistes qui s’en occuperont. C’est à ce moment-là que la haine et la suspicion s’installent. La meilleure chose qu’on puisse faire pour améliorer le monde, c’est s’améliorer soi-même.

    Votre album dépeint aussi la misère sociale en France, thématique négligée au profit des questions identitaires. Comment analysez-vous les graines de ces maux, semées par le macronisme, et dont l’extrême droite récolte les fruits ?

    Abd al Malik : Il faut travailler ensemble pour lutter contre cette misère sociale, l’illettrisme, la destruction de notre système social… Les médias nous font regarder d’autres problèmes et on oublie finalement de voir ceux qui sont prioritaires. C’est un piège qu’ils nous tendent. Malheureusement, c’est ce que font la plupart des politiques en allumant des espèces de contre-feux. C’est comme ça que des lois assassines passent ensuite pour se retourner contre nous et l’avenir de nos enfants. C’est donc important qu’on réfléchisse avec nos différences et singularités, pour faire peuple, faire France. Pour faire front contre les esprits chagrins qui pointent telle histoire de voile ou d’identités. On oublie trop souvent que les dirigeants doivent s’occuper de leur peuple et surtout des plus fragiles.

    Sur « Saigne », vous clamiez de façon faussement naïve : « Derrière le statut, le vêtement, la couleur de peau, n’est-ce pas qu’on est tous semblables ? » Qu’on soit ouvrier ou bourgeois, blanc ou noir, on l’est toujours pas…

    Abd al Malik : C’est sans doute la conclusion qu’il faut en tirer. Mais il y en a une autre : avec les musiques, les livres, les films qu’on crée, et c’est notre seul pouvoir, il faut faire en sorte que nous soyons tous semblables. C’est avec ce travail des imaginaires que les choses peuvent changer. En 2026, j’ai par exemple réalisé un film, Furcy, né libre, où je parle de l’esclavage et de son abolition. Quelques mois après, le Code noir a été abrogé [voté par l’Assemblée nationale en mai dernier, Ndlr]. Bien sûr qu’il existe toujours des doubles standards selon qu’on soit nanti ou non, mais on doit travailler avec notre outil, qui est culturel, pour dire que nous sommes les mêmes. La vraie bataille est culturelle. Qu’est-ce qu’être français ? Ce n’est ni une couleur de peau, ni un sexe, ni une religion. Mais c’est d’adhérer à des principes et valeurs. Il faut sans cesse le rappeler. Nous ne nous laisserons pas faire par ces gens qui trafiquent la culture et l’histoire. Face au narratif d’extrême droite, écrivons un narratif humaniste, du respect et du dialogue.

    Votre album est aussi traversé par des figures tutélaires comme Nina Simone, que vous samplez sur « Gibraltar », ou encore « Ces gens-là » de Jacques Brel, qui vous a inspiré la chanson « Les autres ». Vous animent-elles toujours aujourd’hui ?

    Abd al Malik : Profondément. D’abord, Jacques Brel dans son refus de correspondre à la vision des gens. Quand il décide d’arrêter sa carrière en 1966 du jour au lendemain car il a l’impression de répéter la même chose chaque fois qu’il monte sur scène, sa sincérité m’inspire énormément, tout comme son courage. On parle là d’artistes fabuleux, mais aussi de gens engagés. Et que dire du combat de Nina Simone contre le racisme, pour les droits civiques, son combat contre la maladie mentale qui l’a ensuite touchée. Ces artistes nous ont montré qu’il ne faut jamais baisser les bras. Ce sont des gens qui n’ont pas peur de montrer leurs faiblesses. Finalement, en les montrant, ils expriment leur force. L’art est un miroir d’humanité, une main tendue, une autre façon de dire je t’aime. C’est pour cela que j’invite tout le monde à venir voir mon spectacle : il y a quelque chose d’organique. On est là avec de vrais musiciens, des machines, de la lecture, du rap, du slam : c’est du spectacle vivant. Quelque chose qu’aucune intelligence artificielle, ni réseau social ne pourra nous procurer. Malgré notre époque qui peut être parfois triste, il est important d’affirmer qu’on peut quand même penser et festoyer en même temps.