La Banque alimentaire du Gard voit plus grand face à la précarité

Jusqu’ici, les bénévoles chargeaient des denrées sous la pluie ou en plein soleil. Désormais, un auvent de 500 m² les protège. Au Marché Gare de Nîmes, la Banque alimentaire (BA) du Gard a pris possession, le 5 octobre, de son nouvel entrepôt, qui sera inauguré samedi 17 octobre à partir de 10 heures. Un soulagement pour son président, Joseph Pronesti : « On avait autant chaud dehors que dedans, et autant froid dehors que dedans. » Les anciens locaux, sombres et vétustes, n’offraient ni vestiaires ni douches. Malgré tout, quitter cet endroit où se sont succédé des centaines de bénévoles a suscité « beaucoup d’émotions ». « C’était un lieu mythique », confie-t-il.

L’adresse reste la même, ou presque : le 3214, route de Montpellier. Mais le changement d’échelle est considérable. Installée dans l’ancien bâtiment de Promocash, la structure dispose désormais de 1 400 m² auxquels s’ajoutaient plusieurs espaces loués, contre 600 m² auparavant. Les chambres froides positives ont triplé de volume et les capacités de stockage des surgelés sont passées de 20 à 52 palettes. « On a un outil de travail très performant », se réjouit le président.

Il aura fallu batailler pour en arriver là. Rendu nécessaire par la requalification du Marché Gare, le déménagement a donné lieu à de longues négociations avec Nîmes Métropole et la SPL Agate. L’État a apporté 400 000 euros et le Département 250 000 euros. L’association doit toutefois rembourser un emprunt de 600 000 euros. Un coup de pouce est aussi venu de l’élan de solidarité né après l’incendie criminel de six camions en 2024 : sur les 538 000 euros récoltés, une partie du surplus a contribué au nouvel entrepôt.

Plus de place car toujours plus de besoins

Si l’association pousse les murs, c’est aussi parce que la pauvreté gagne du terrain. Selon Joseph Pronesti, la BA accompagnait 19 800 personnes en 2019. Elles étaient 46 000 en 2025, au travers de 94 associations partenaires. L’an dernier, 1 673 tonnes de denrées ont été distribuées, représentant, selon la structure, 3,4 millions de repas. « Et aujourd’hui, c’est l’équivalent de 15 000 repas par jour qui partent sur tout le département », précise le président. Ce qui le frappe ? Les nouveaux profils qui ont désormais recours à l’aide alimentaire : les étudiants contraints de se tourner vers l’aide alimentaire, les personnes âgées qui n’osaient jusqu’ici rien demander et les familles monoparentales.

Avec ce nouvel entrepôt, Pronesti entend aussi repenser la manière d’aider. Ses capacités de stockage accrues doivent notamment faciliter l’approvisionnement des épiceries sociales, où chacun peut choisir ses courses à prix très réduits, plutôt que de se voir imposer un colis. « Votre dignité est retrouvée, parce qu’on ne vous impose rien du tout », insiste-t-il. Le bâtiment doit également servir de point d’appui pour réduire les « zones blanches » de l’aide alimentaire, notamment dans les secteurs ruraux entre Bagnols-sur-Cèze, Alès et Le Vigan.

Ce sont aussi des bras qui manquent : malgré plus de 60 bénévoles mobilisés chaque semaine, une nouvelle campagne de recrutement doit être lancée. Pronesti évoque même un statut avec une indemnisation pour les bénévoles des grands réseaux d’aide alimentaire. « On est quasiment un service public à l’heure actuelle », souligne-t-il. Et d’assumer, avec malice : « C’est un petit vœu de gaucho. » Samedi 17 octobre, visites, discours et défilé de créations de bénéficiaires rythmeront la fête. Mais derrière les réjouissances demeure une réalité moins souriante : la Banque alimentaire grandit parce que la faim, elle, ne recule pas.

Comments

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *