Tag: aide alimentaire

  • Les bénévoles d’Embrun ramassent des fruits et en font don à l’aide alimentaire

    Les bénévoles d’Embrun ramassent des fruits et en font don à l’aide alimentaire

    Dans les jardins haut-alpins, pommes et poires sont au rendez-vous en cette fin du mois d’octobre. « J’en ai énormément, surtout cette année, lance Nicolas, le regard tourné vers ses trois grands poiriers, dont beaucoup de fruits sont déjà tombés au sol. Même si j’en transforme une grande partie en jus, il y en a toujours trop ! Alors autant que ça aide ! » Ce mardi, il a ouvert son jardin à trois bénévoles de l’association Aux arbres citoyens, dont l’antenne locale dans l’Embrunais a été créée cette année par Aurélie et deux de ses amies.

    L’objectif : se rendre dans les jardins de particuliers qui n’utilisent pas leurs fruits et les ramasser tout en passant « un bon moment ». En moins d’une heure, les bénévoles ont déjà rempli plusieurs cageots de poire. « On garde environ 10%, on donne 10% au propriétaire s’il le souhaite, puis on reverse les 80% restant à l’aide alimentaire », précise Aurélie. L’association en fait don par exemple à la Croix rouge, au Secours populaire, à des structures accueillant des demandeurs d’asile, ou encore à une maison de retraite qui organise des ateliers de cuisine.

    « J’étais effarée de voir tous ces fruits par terre, explique Aurélie, c’est pour cela que j’ai participé à lancer l’asso. » Max, son mari, participe aussi aux cueillettes : « C’est ridicule de perdre tout ça, tout en sachant que plein de personnes n’ont pas accès aux fruits car ils sont trop chers », dit-il. Pour Lauranne, c’est aussi un bon moyen de rencontrer des personnes qui partagent ses valeurs. Pour le moment, l’association compte une vingtaine de bénévoles : « C’est intergénérationnel : il y a des enfants, et notre doyenne a 83 ans ! ».

  • [Entretien] Jean-Claude Eyraud : « Les assos d’aide alimentaire sont à la peine »

    [Entretien] Jean-Claude Eyraud : « Les assos d’aide alimentaire sont à la peine »

    La Marseillaise : Quels constats fait le rapport concernant la précarité alimentaire dans les Hautes-Alpes ?

    Jean-Claude Eyraud : La situation s’aggrave. Il y a un triple problème. On a des associations d’aide alimentaire qui sont unanimes sur le fait qu’il y a une augmentation des besoins. On a des subventions, notamment de l’État qui régressent. Et puis on a de plus en plus de difficultés à recruter des bénévoles.

    Combien de personnes dépendent de l’aide alimentaire ?

    J.-C.E. : À Gap, le Secours populaire estime accueillir aujourd’hui plus de 1 300 personnes, avec un volume de passages hebdomadaires ayant plus que doublé depuis l’avant-Covid. À l’échelle départementale, l’ordre de grandeur avancé est de 2 500 à 2 700 personnes. Le Secours catholique indique pour sa part avoir accompagné près de 1 400 personnes en 2025 à travers différents dispositifs d’aide alimentaire. Mais ces chiffres ne reflètent pas l’ensemble des besoins. Certaines personnes ne sollicitent pas les dispositifs existants et peuvent rester invisibles.

    Être dans un territoire rural rend-il aussi le travail des associations plus difficile ?

    J.-C.E. : Oui. C’est pour cela que la Croix Rouge expérimente un dispositif sur Valgaudemar pour s’adapter aux personnes qui ne peuvent pas être mobiles : personnes âgées ou précaires, surtout dans la période actuelle au vu du prix du carburant. Il faut aussi toucher les personnes qui se retrouvent seules, isolées, dans les zones rurales surtout l’hiver. Dans le département, il y a plusieurs expérimentations en cours qui verront le jour en 2027.

    Comment faire face à ces difficultés ?

    J.-C.E. : Dans le département, on a la chance d’avoir une organisation entre associations d’aide alimentaire : la Conférence permanente associative de la solidarité. Elle permet aux associations, de se connaître et de coopérer. Grâce à cette conférence, on travaille également avec l’État et le Conseil départemental, ce qui ne se fait pas partout. Le Département propose aussi un accompagnement financier qui permet aux associations d’acheter des produits frais, des fruits et légumes en circuit court, ce qui est quand même important depuis quelques années. Il faut donc continuer notre travail de coopération, qui nous donne espoir.

  • 500 000 Palestiniens privés d’aide alimentaire de l’ONU

    500 000 Palestiniens privés d’aide alimentaire de l’ONU

    C’est un drame supplémentaire qui s’abat sur la population palestinienne. Ce lundi, dans un communiqué de presse, le programme alimentaire mondial (PAM), a annoncé ne plus disposer des « financements nécessaires pour maintenir » l’intégralité de ses actions. « Au cours des trois dernières années, l’assistance alimentaire du PAM a constitué une véritable bouée de sauvetage pour jusqu’à 90% des familles de Gaza. Depuis l’annonce du cessez-le-feu en octobre 2025, l’organisation fournit chaque mois une aide à environ 1,6 million de personnes sous forme de colis alimentaires, de farine de blé, de pain, de repas chauds, de soutien nutritionnel, de collations scolaires et d’assistance monétaire », indique l’agence onusienne.

    Dans le détail, la plus grande agence luttant contre la faim dans le monde continuera de fournir assistance alimentaire et monétaire à 1,1 million de personnes contre 1,6 million jusqu’à présent. La population totale de l’enclave palestinienne est estimée à 2,1 millions de personnes. Les rations alimentaires seront réduites de moitié pour les bénéficiaires, qui ne recevront qu’un colis au lieu de deux par jour. Pire, pour les familles vivant dans les zones difficiles d’accès, sous contrôle israélien, ce ne sera plus qu’un repas chaud tous les deux jours. Ce nombre de repas chaud sera lui-même réduit de 250 000 distribués quotidiennement à 150 000.

    Besoin de 450 millions

    de dollars Intertitre

    « On estime que 1,4 million de personnes, soit 67% de la population de Gaza, sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë de niveau crise ou plus grave, correspondant à la Phase 3 ou supérieure du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) », note le PAM dans son texte. Selon l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la phase 3 signifie une crise alimentaire et des moyens d’existence aiguë. Si la situation se maintient elle peut rapidement basculer en une phase 4, à savoir l’urgence humanitaire ou 5, la famine.

    Pourtant, à la faveur du cessez-le-feu conclu en octobre 2025 et le retour des convois de nourriture, le statut de famine proclamé deux mois plus tôt par l’IPC a été retiré sur le territoire. Le ministère de la Santé de Gaza estime que sur 466 Palestiniens (dont 157 enfants) sont morts de faim ou de malnutrition depuis 2024. Les décès évités, l’ont été en grande partie grâce à l’aide internationale.

    Car dès décembre 2023, soit deux mois après l’attaque du 7 octobre et le début de l’offensive israélienne qui a tué 74 475 personnes à ce jour, le gouvernement de Benjamin Netanyahu était accusé de priver « la population de Gaza de nourriture et d’eau, une politique encouragée ou approuvée par de hauts responsables israéliens et qui reflète une intention d’affamer les civils en tant que méthode de guerre », déclarait Omar Shakir, directeur pour Israël et la Palestine à Human Rights Watch. Si le PAM ne récolte pas « 450 millions de dollars » au cours des six prochains mois, il pourrait être contraint de cesser ses opérations d’urgence. « C’est au contraire le moment pour le monde entier de s’engager à soutenir la population pendant cette période difficile », pousse à l’AFP Shaun Hughes, directeur de l’agence pour les territoires palestiniens.

    1 sur 5

    Seul un enfant sur cinq bénéficie d’une alimentation suffisament diversifiée à Gaza.

    80%

    C’est le pourcentage de la population qui est sans emploi dans l’enclave palestinienne.

  • Face à la vie chère, des collectivités « bouclier » en Occitanie

    Face à la vie chère, des collectivités « bouclier » en Occitanie

    À la caisse du supermarché, les maires ne peuvent pas faire baisser l’addition. Mais sur celle de la cantine, du bus ou de la médiathèque, ils peuvent agir. Face à la vie chère et à l’austérité, les collectivités tentent d’alléger les dépenses contraintes. Une autre manière de défendre le pouvoir d’achat, sans avoir la main sur les salaires.

    À Montpellier, Michaël Delafosse a baptisé cette politique « bouclier social ». Depuis décembre 2023, tramways et bus sont gratuits pour les habitants de la métropole, munis du Pass gratuité. Une frontière tarifaire demeure : les non-résidents continuent de payer. Côté alimentation, à la cantine, les repas coûtent 50 centimes pour certaines familles en grande précarité. Plus original : une Caisse alimentaire commune, soutenue par les pouvoirs publics, réunit 600 foyers qui cotisent selon leurs moyens et reçoivent chaque mois de 100 à 220 euros en monnaie alimentaire à dépenser dans des commerces conventionnés. Le CCAS propose aussi des paniers de légumes à 3 ou 5 euros. Enfin, dans 14 communes, les 15 premiers mètres cubes d’eau sont gratuits pour les abonnés disposant d’un compteur individuel. S’y ajoutent une mutuelle communale et, pour les locataires montpelliérains, l’encadrement des loyers. L’enjeu est de rendre ces dispositifs accessibles sans multiplier les démarches pour les familles.

    À Nîmes, la nouvelle majorité de Vincent Bouget a avancé ses premières mesures dès la rentrée, et a distribué des kits de fournitures scolaires aux élèves du CP au CM2, avec une dotation portée à 60 euros par enfant. Depuis le 1er septembre, les bibliothèques sont gratuites pour tous : près de 1 000 inscriptions ont été enregistrées à la mi-septembre, trois fois plus qu’un an auparavant à la même période. La Ville a également consacré 100 000 euros aux vacances de plus de 1 000 jeunes. Une mutuelle municipale reste à l’étude et un centre de santé est annoncé au Mas de Mingue en 2027.

    Le prix de la gratuité

    Les Départements disposent aussi de leviers. Le Gard plafonne à 3,50 euros le repas dans ses collèges publics. Dans l’Hérault, les aides permettent à certaines familles de payer un euro ; le Département soutient également deux épiceries solidaires itinérantes et met en avant la distribution de 16 tonnes de produits frais et la transformation d’invendus en 20 000 bocaux. La Région revendique, elle, 74 millions d’euros pour la rentrée des lycéens : ordinateurs, manuels, premiers équipements et transports scolaires gratuits pour les ayants droit. Carole Delga assure vouloir « protéger plutôt que de laisser faire ».

    Reste la question de la facture. À Montpellier, la Métropole a relevé en 2026 son taux de taxe foncière sur le bâti de 0,16% à 5,8%. « L’impôt n’est jamais agréable, mais c’est ce qui finance le commun et la qualité de vie », défend Michaël Delafosse. Des choix de redistribution, donc, mais des boucliers inégaux selon les territoires et les publics. Et aucun tarif social, aussi utile soit-il, ne remplace une hausse des salaires ou des pensions.

  • La Banque alimentaire du Gard voit plus grand face à la précarité

    La Banque alimentaire du Gard voit plus grand face à la précarité

    Jusqu’ici, les bénévoles chargeaient des denrées sous la pluie ou en plein soleil. Désormais, un auvent de 500 m² les protège. Au Marché Gare de Nîmes, la Banque alimentaire (BA) du Gard a pris possession, le 5 octobre, de son nouvel entrepôt, qui sera inauguré samedi 17 octobre à partir de 10 heures. Un soulagement pour son président, Joseph Pronesti : « On avait autant chaud dehors que dedans, et autant froid dehors que dedans. » Les anciens locaux, sombres et vétustes, n’offraient ni vestiaires ni douches. Malgré tout, quitter cet endroit où se sont succédé des centaines de bénévoles a suscité « beaucoup d’émotions ». « C’était un lieu mythique », confie-t-il.

    L’adresse reste la même, ou presque : le 3214, route de Montpellier. Mais le changement d’échelle est considérable. Installée dans l’ancien bâtiment de Promocash, la structure dispose désormais de 1 400 m² auxquels s’ajoutaient plusieurs espaces loués, contre 600 m² auparavant. Les chambres froides positives ont triplé de volume et les capacités de stockage des surgelés sont passées de 20 à 52 palettes. « On a un outil de travail très performant », se réjouit le président.

    Il aura fallu batailler pour en arriver là. Rendu nécessaire par la requalification du Marché Gare, le déménagement a donné lieu à de longues négociations avec Nîmes Métropole et la SPL Agate. L’État a apporté 400 000 euros et le Département 250 000 euros. L’association doit toutefois rembourser un emprunt de 600 000 euros. Un coup de pouce est aussi venu de l’élan de solidarité né après l’incendie criminel de six camions en 2024 : sur les 538 000 euros récoltés, une partie du surplus a contribué au nouvel entrepôt.

    Plus de place car toujours plus de besoins

    Si l’association pousse les murs, c’est aussi parce que la pauvreté gagne du terrain. Selon Joseph Pronesti, la BA accompagnait 19 800 personnes en 2019. Elles étaient 46 000 en 2025, au travers de 94 associations partenaires. L’an dernier, 1 673 tonnes de denrées ont été distribuées, représentant, selon la structure, 3,4 millions de repas. « Et aujourd’hui, c’est l’équivalent de 15 000 repas par jour qui partent sur tout le département », précise le président. Ce qui le frappe ? Les nouveaux profils qui ont désormais recours à l’aide alimentaire : les étudiants contraints de se tourner vers l’aide alimentaire, les personnes âgées qui n’osaient jusqu’ici rien demander et les familles monoparentales.

    Avec ce nouvel entrepôt, Pronesti entend aussi repenser la manière d’aider. Ses capacités de stockage accrues doivent notamment faciliter l’approvisionnement des épiceries sociales, où chacun peut choisir ses courses à prix très réduits, plutôt que de se voir imposer un colis. « Votre dignité est retrouvée, parce qu’on ne vous impose rien du tout », insiste-t-il. Le bâtiment doit également servir de point d’appui pour réduire les « zones blanches » de l’aide alimentaire, notamment dans les secteurs ruraux entre Bagnols-sur-Cèze, Alès et Le Vigan.

    Ce sont aussi des bras qui manquent : malgré plus de 60 bénévoles mobilisés chaque semaine, une nouvelle campagne de recrutement doit être lancée. Pronesti évoque même un statut avec une indemnisation pour les bénévoles des grands réseaux d’aide alimentaire. « On est quasiment un service public à l’heure actuelle », souligne-t-il. Et d’assumer, avec malice : « C’est un petit vœu de gaucho. » Samedi 17 octobre, visites, discours et défilé de créations de bénéficiaires rythmeront la fête. Mais derrière les réjouissances demeure une réalité moins souriante : la Banque alimentaire grandit parce que la faim, elle, ne recule pas.

  • Un échec collectif

    Un échec collectif

    Dans un pays qui n’a jamais produit autant de richesses, voir la faim gagner du terrain constitue un échec collectif.

    Aujourd’hui, 13% des Français déclarent manquer parfois ou souvent de nourriture, selon un sondage OpinionWay pour Action contre la faim. Chez les 18-24 ans, ils sont un sur quatre. Plus de 3,2 millions de personnes bénéficient de l’aide alimentaire, selon l’Insee et le Crédoc.

    Ces chiffres révèlent quelque chose de plus profond qu’une simple difficulté passagère. Depuis plusieurs décennies, le recul des services publics, la fragilisation du salariat, l’explosion des dépenses contraintes et l’effritement de l’accompagnement social ont placé une part croissante de la population dans la précarité. Désormais, les files de l’aide alimentaire accueillent retraités, étudiants, travailleurs pauvres et familles entières. La faim devient un phénomène social de masse.

    Leviers

    Face à cette réalité, les associations accomplissent un travail indispensable. Mais elles ne peuvent devenir le dernier rempart permanent contre la pauvreté. La solidarité associative ne peut pas remplacer la solidarité nationale.

    Car la question est d’abord politique. Lorsque des millions de personnes peinent à se nourrir alors que les fortunes les plus élevées continuent de prospérer, c’est bien celle du partage des richesses qui est posée. Revalorisation des salaires et des pensions, renforcement des protections sociales, régulation des prix essentiels, accès effectif à une alimentation de qualité : l’État dispose de leviers. Encore faut-il les actionner.

  • La flottille de l’aide alimentaire bientôt à sec

    La flottille de l’aide alimentaire bientôt à sec

    « Ces augmentations ont un impact fort sur notre budget de fonctionnement, estime Bernard Nos, président de vendredi 13, qui aide 26 000 personnes par mois. « Nous avons une flotte de 13 véhicules et en un mois on est passé de 2 100 euros à 3 100 euros. »

    La file de 450 personnes qui s’étend sur la place de la Joliette chaque mardi soir pour accéder à la distribution alimentaire de l’association en dit long sur les besoins. « Ces déplacements sont vitaux, pour collecter comme pour distribuer, et on va jusqu’au fond du département », précise le responsable associatif. Un coup porté d’autant plus difficile que cette flambée intervient dans un contexte de tour de vis budgétaire : « L’aide du Département c’est la moitié du budget mais les subventions sont à la baisse et elles arrivent 6 mois plus tard. » Si vendredi 13 a en conséquence commencé à réorganiser ses tournées, « en optimisant dans la même journée », il se dit « très inquiet pour les mois à venir ». Et pour les bénéficiaires « on a des étudiants qui viennent d’Aix en covoiturage et qui n’y arrivent plus ».

    Du côté des grosses structures, « la situation devient tendue » également, explique Jacques Latil, président des Restos du cœur des Bouches-du-Rhône. « On sort 70 tonnes de denrées, soit 1 220 palettes par semaine de l’entrepôt » qui vont alimenter les 41 centres des Restos dans le département.

    Des dépenses incompressibles « qu’on n’a pas encore totalement chiffrées, mais le problème est très tangible et a été abordé en réunion pour chercher des solutions », annonce-t-il, conscient « que la marge de manœuvre est étroite » et refusant « de rogner sur les autres activités, comme l’aide aux personnes ».

    Coup porté au bénévolat

    La difficulté est amplifiée dans les zones plus rurales. Sylvie Brousse, secrétaire générale de la fédération des Alpes-de-Haute-Provence du Secours populaire français, se montre également très soucieuse pour les bénévoles : « Certains commencent à dire qu’ils ne viendront pas autant, pas tous les jours, qu’ils n’iront plus sur des destinations plus éloignées. » Dans le département, les transports en commun sont peu développés, et parmi les bénévoles et les familles accompagnées « des gens renoncent à certaines choses pour pouvoir mettre du carburant dans la voiture. Tout ça conduit à des arbitrages forcés, partir en vacances, aller voir des proches, se rendre à un rendez-vous médical, car les distances sont importantes ». Cela s’ajoute au « problème des factures d’énergie, donc ça fait beaucoup », considère Sylvie Brousse.

    Myriam Guillaume avec Lisa Défossez

  • Un parrainage solidaire à Montpellier contre la précarité et l’isolement des étudiants

    Un parrainage solidaire à Montpellier contre la précarité et l’isolement des étudiants

    Montpellier compte près de 80 000 étudiants. Derrière les chiffres du dynamisme universitaire se cache une réalité beaucoup plus sombre : on estime qu’un étudiant sur cinq vit dans la précarité, « soit environ 16 000 jeunes contraints de subsister avec un reste à vivre inférieur à 100 euros par mois », illustre Philippe Vernay, délégué bénévole de l’association 1 Cabas pour 1 Étudiant à Montpellier.

    Une détresse financière qui entraîne, bien souvent, « un isolement social, car ces jeunes privés de ressources ne peuvent pas participer à toutes les activités que font d’autres étudiants », explique-t-il. Pour tenter de joindre les deux bouts, « ils travaillent, souvent dans le cadre de missions d’intérim et la plupart du temps le week-end, au détriment de leur scolarité ».

    Pour leur venir en aide, l’association 1 Cabas pour 1 Étudiant, née à Lyon en 2021 et structurée en délégation officielle à Montpellier depuis avril 2025, propose une réponse concrète : le parrainage. « La particularité de notre action, c’est que nous traitons les deux volets : l’achat d’un cabas de nourriture de temps en temps et la création d’un lien social », poursuit le délégué montpelliérain. Concrètement, parrains et marraines accompagnent les jeunes pour faire les courses, les conseillent pour varier leur alimentation et partagent avec eux les bons plans locaux. 1 Cabas pour 1 Étudiant a par exemple noué un partenariat avec le Rayon 34, l’épicerie solidaire de l’Université Paul-Valéry, « qui permet aux étudiants d’acheter des denrées à seulement 15% du prix du marché ». Mais le cœur du dispositif reste l’humain. Ancienne directrice d’école à la retraite, Françoise marraine, depuis février, une étudiante d’origine béninoise de 22 ans : « La première fois qu’on s’est rencontrées, je lui avais donné rendez-vous sur la place de la Comédie. Elle était à Montpellier depuis un mois et elle ne la connaissait pas ! Elle était complètement repliée sur elle-même, elle avait peur de tout. L’arrivée en France a été un petit choc culturel. Elle a eu besoin d’être accompagnée pour comprendre comment ça fonctionne. On échange sur toutes sortes de sujets », confie Françoise.

    « Un engagement valorisant et concret »

    « Quand elle vient manger à la maison, je fais la cuisine avec elle, je lui apprends à faire certains plats simples et pas chers. On l’emmène également à des concerts gratuits, pour lui montrer qu’on peut sortir, qu’au-delà des études et de la survie, on peut vivre. » Michel, un autre parrain bénévole, partage lui aussi des activités avec son filleul : randonnée, balade à vélo, après-midi à la plage, visite culturelle au Pont du Gard… L’objectif étant également d’élargir le cercle relationnel de ces jeunes en leur faisant rencontrer l’entourage des parrains et marraines.

    L’étude d’impact 2026 réalisée par l’association* confirme les vertus de ce parrainage solidaire : « Plus de 90% des jeunes déclarent se sentir moins seuls, manger plus souvent à leur faim, avoir un meilleur moral au quotidien ainsi que le sentiment de mieux tenir le coup face à la pression universitaire », rapporte Philippe Vernay. La force du dispositif repose sur cette relation personnalisée, où chaque binôme avance à son rythme, sans programme imposé. L’engagement demandé est avant tout moral, avec une durée minimale d’une année scolaire pour éviter toute rupture brutale pour le jeune. La structure propose un accompagnement solide depuis son siège lyonnais : une visioconférence présentant l’association est proposée en amont de chaque inscription et « si on a des questions, on peut téléphoner ou envoyer un mail. Il y a également régulièrement des forums de discussion entre parrains-marraines », témoigne Françoise.

    Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues : les retraités sont nombreux, mais des actifs s’engagent également. Depuis son déploiement à Montpellier, l’association a déjà permis de concrétiser 90 parrainages. Si 25 binômes sont restés actifs tout au long de la période estivale, l’urgence est aujourd’hui au recrutement. « On sait qu’à la rentrée, 30 à 40 étudiants vont s’inscrire », estime Philippe Vernay. « L’idée est de convaincre qu’on est sur un engagement valorisant, concret, qu’on fait à son rythme, en fonction de ses moyens et de ses disponibilités. C’est aussi une façon de rendre un peu ce qu’on a pu avoir, ou ce dont on a fait bénéficier nos enfants… Un petit retour d’ascenseur face à une précarité qui augmente. »

    * Auprès de 271 étudiants parrainés et 161 parrains et marraines

  • Dans le Gard, une conserverie pour sauver les surplus agricoles

    Dans le Gard, une conserverie pour sauver les surplus agricoles

    Soutenue par la Région Occitanie à hauteur de 9 000 euros, l’initiative vise à transformer les surplus de fruits et légumes locaux tout en luttant contre le gaspillage alimentaire. Le principe repose sur un camion aménagé, équipé pour la préparation, la stérilisation et la mise en bocaux. Soupes, sauces, compotes ou confitures pourraient ainsi être réalisées directement au plus près des exploitations agricoles, des cuisines collectives ou des structures partenaires. Des productions qui, faute de débouchés ou d’outils adaptés, seraient autrement perdues pourront ainsi être valorisées.

    La Région explique vouloir soutenir « des solutions concrètes, ancrées dans les territoires, qui permettent à la fois de lutter contre la précarité alimentaire, de soutenir nos agriculteurs et de favoriser une alimentation locale et de qualité ».

    Un outil au service

    du territoire

    Au-delà de la lutte contre le gaspillage, l’initiative entend renforcer les liens entre producteurs, structures solidaires et collectivités. Le projet comporte également une dimension sociale importante. Des salariés en parcours d’insertion participeront à la préparation des fruits et légumes sous l’encadrement d’un chef d’atelier, leur permettant d’acquérir une expérience professionnelle dans le secteur alimentaire.

    Une trentaine d’interventions annuelles sont envisagées pour environ six tonnes de bocaux produits chaque année. À terme, le camion pourrait intervenir sur plusieurs secteurs du Gard afin de valoriser les surplus agricoles et certains produits non distribués par les structures d’aide alimentaire. Initialement espérée cet été, la mise en service devrait finalement intervenir à l’automne 2026.

  • En Vaucluse, la Banque alimentaire croule sous les demandes

    En Vaucluse, la Banque alimentaire croule sous les demandes

    Face à l’épuisement des stocks, la banque alimentaire des Bouches-du-Rhône lance, ce vendredi et samedi, une collecte d’urgence (lire ci-dessous). Chez son homologue vauclusienne, la situation n’est pas aussi alarmante, du moins côté denrées. Mais elle organise aussi de son côté, une collecte ciblée de produits d’hygiène. « Ce sera uniquement dans les hypermarchés Leclerc, mais pas ceux d’Avignon et Morières », regrette Pascale Hémard, présidente de la banque alimentaire de Vaucluse (BA 84). Les bénévoles donnent rendez-vous à Carpentras, Bollène et Valréas. « Celui d’Apt était partant, mais nous n’avons pas assez de bénévoles », confie-t-elle, lançant un appel aux bonnes volontés.

    Car les coups de main, même épisodiques, ne sont jamais de trop pour faire face aux besoins criants de la population. « En 2025, nous avons distribué 1 680 tonnes de denrées, soit l’équivalent de 3 millions de repas à destination de 63 500 bénéficiaires », chiffre Pascale Hémard, alors que l’association tenait mardi son assemblée générale à Cavaillon, au sein du Village, une des 70 associations partenaires. La Banque alimentaire sert de plateforme logistique dans l’aide alimentaire, achetant ou collectant des denrées, distribuées ensuite aux épiceries sociales ou centres communaux d’action sociale. La traduction humaine de ces chiffres, c’est un doublement du nombre de bénéficiaires depuis le Covid. Plus d’un Vauclusien sur dix bénéficie de la Banque alimentaire : « On progresse de 10% chaque année, c’est énorme », s’alarme la présidente.

    Bientôt une épicerie mobile pour les étudiants

    D’autant que les écueils s’additionnent, entre coût des denrées qui grimpe et baisse des dons des grandes surfaces. « C’est en chute libre, -50% en deux ans, car elles vendent de plus en plus leurs produits en antigaspi », constate Pascale Hémard. Lors de l’AG, un fort accent a été mis sur la nécessité d’avoir un soutien fort et pérenne des collectivités. « On a calculé qu’on reçoit 4 euros par bénéficiaire quand cela va de 10 à 15 euros pour les autres départements de la région », souligne la présidente, qui attend davantage aussi des municipalités comme Avignon (8 000 euros d’aides pour 32 000 habitants aidés) et Carpentras (1 000 euros de subsides pour 6 200 habitants).

    « Les pouvoirs publics doivent comprendre que nous apportons une sorte de paix sociale, nous sommes un levier d’inclusion : comment voulez-vous retrouver un travail, réussir à l’école ou ses études, bien vieillir quand la faim vous tenaille », fait valoir la présidente pour (r)éveiller la conscience des décideurs politiques. Le Département octroie 40 000 euros par an, or « il en faudrait le double », estime-t-elle, sachant que le Vaucluse figure parmi les dix départements les plus pauvres de France. Cette année, le Grand Avignon va verser 10 000 euros (somme habituellement consacrée à la cérémonie de vœux que l’agglo n’organise plus). « On est très content mais on ne peut pas se contenter que de one shot, cela n’offre pas de visibilité », poursuit Pascale Hémard.

    Parmi les projets en cours, la mise en place d’une épicerie mobile, à la rentrée, à destination des étudiants, cinq soirs par semaine. « En complémentarité d’autres associations, on a ciblé les étudiants de BTS et de soins infirmiers », précise-t-elle. Reste toutefois encore en friche, l’impérieuse quête de nouveaux locaux. À l’étroit, et difficilement accessible pour les poids lourds, dans son hangar agricole de la ceinture verte, la Banque alimentaire espère tripler sa capacité de stockage (notre édition du 29 novembre). Le Conseil départemental a voté une subvention de 20 000 euros spécifique pour ce projet de relocalisation. Des pistes sur l’emprise du Marché d’intérêt national ou au parc des expositions avaient été mises sur la table mais n’ont pu aboutir. « Il faut tout repenser, on attend que M. Galzi [maire DVD] puisse nous recevoir », conclut Pascale Hémard.