Tag: Nîmes

  • [Entretien] « On nous demande de faire toujours plus avec encore moins »

    [Entretien] « On nous demande de faire toujours plus avec encore moins »

    La Marseillaise : Pourquoi avoir signé ce manifeste ?

    Benoît Roig : Depuis des années, on nous impose de nouvelles charges sans les compenser. Nous les absorbons sur nos crédits, au détriment du service public. Il y a quelques années, 20% des universités étaient dans le rouge ; aujourd’hui, c’est 80%. À Nîmes, pour la première fois en 2025, un indicateur financier est passé au rouge. Les étudiants dénoncent aussi le manque de moyens. On parle de tout, sauf de la jeunesse, alors que c’est elle qui fera vivre le pays demain.

    Comprenez-vous les blocages et la colère des lycéens et des étudiants ?

    B.R. : Le mal-être des lycéens est profond. Dès la seconde, ils doivent choisir des spécialités qui vont conditionner leur avenir, sans toujours savoir ce qu’ils veulent faire. Puis viennent Parcoursup, la peur de ne pas être accepté et les inquiétudes sur l’emploi. On a fait de Parcoursup le bouc émissaire de tout. C’est un très bon outil, mais il faut améliorer sa transparence. L’abroger ne résoudra pas le problème de fond. Quand les jeunes tentent de discuter sans être entendus, ils finissent par bloquer. C’est un processus logique, même si les présidents d’université ne peuvent pas répondre à des revendications nationales.

    Vous estimez que c’est l’ensemble du système éducatif qui doit changer ? Par où commencer ?

    B.R. : Il faut réunir tous les acteurs de l’éducation, du secondaire à l’université, en écoutant les premiers concernés. La réforme du lycée a été menée sans consulter les universités. Résultat : certains jeunes choisissent des spécialités qui ne les préparent pas aux études envisagées. En santé, certains découvrent trop tard l’importance de la physique ; en STAPS, d’autres s’attendent à passer l’essentiel de leur temps sur le terrain. Une meilleure orientation éviterait ces désillusions. On nous demande d’assurer la continuité lycée-université, mais chacun ne peut pas travailler dans son coin. À Nîmes, nous réunissons déjà professeurs de lycée et enseignants-chercheurs et organisons des immersions dès la seconde. Les solutions existent sur le terrain, mais les décisions tombent d’en haut. Nous découvrons parfois les annonces dans la presse ou par des influenceurs ! Nos dirigeants semblent déconnectés de la réalité du terrain.

    Que révèle la précarité étudiante à Nîmes ?

    B.R. : Nous avons 53% de boursiers, contre 34,5% en France en 2020. C’est dur d’étudier dans de bonnes conditions quand on n’a pas soi-même de bonnes conditions de vie. Notre taille nous permet d’être proches des étudiants et d’installer des distributeurs de protections périodiques ou de produits d’hygiène, c’est loin d’être le cas pour toutes les universités. Mais on multiplie les « bricolages » locaux, au lieu de généraliser des solutions connues. À Nîmes, les moyens par étudiant représentent seulement la moitié de ce qu’ils devraient être. Je ne réclame même pas un doublement de notre budget : une augmentation de 10% permettrait déjà de faire beaucoup. Depuis 2019, je me bats pour que cette sous-dotation soit enfin corrigée.

    Qu’attendez-vous de l’État
    à l’approche de la présidentielle de 2027
     ?

    B.R. : Un milliard d’euros pour remettre les universités à flot. On nous dit qu’il n’y a pas d’argent. Je ne suis pas d’accord : Ce sont des choix. On peut mieux contrôler certains établissements privés lucratifs financés par l’apprentissage et revoir le crédit d’impôt recherche. Nous demandons aussi des états généraux de la jeunesse pour repenser tout le parcours éducatif. Ma crainte, c’est la démagogie : promettre de supprimer Parcoursup ou d’ouvrir des places sans expliquer comment. Il faut une réflexion de fond, avec ceux qui vivent ces difficultés.

  • Aux halles de Nîmes, le changement se prépare avec les étaliers

    Aux halles de Nîmes, le changement se prépare avec les étaliers

    Institution nîmoise depuis 1884, les halles ont besoin d’un sérieux coup de neuf. Mais comment moderniser ce marché emblématique sans lui faire perdre son âme ni fragiliser les commerçants qui le font vivre ? C’est l’équation à laquelle s’attaque Vincent Bouget. Ainsi, le 12 octobre, le maire et son adjoint au commerce Emmanuel Bois ont rencontré les quelque 70 étaliers pour présenter leurs engagements.

    Première garantie : les halles resteront en régie publique, conservant leur vocation de marché alimentaire. La municipalité entend privilégier les travaux de sécurité, de mise aux normes et d’amélioration des conditions de travail plutôt qu’un coûteux projet d’embellissement. Le premier chantier concret sera la gestion des déchets, devenue un véritable casse-tête pour les commerçants. La Ville prévoit de rénover le local insalubre dès le début de l’année 2027 et de reprendre l’organisation de la collecte, confiée à un prestataire.

    Rénover sans fermer

    Le chantier le plus délicat reste celui de la rénovation générale du bâtiment. La municipalité promet de limiter les perturbations de l’activité commerciale, mais aucun calendrier ni scénario de travaux n’est encore arrêté. Autre inquiétude majeure : l’avenir des étaliers, dont les autorisations d’occupation arrivent à échéance fin 2029. La Ville souhaite examiner chaque situation pour favoriser leur maintien, sans pouvoir garantir un renouvellement automatique. « On a senti une réelle volonté de concertation et de dialogue, ça change », salue malgré tout V. Vergne, président des étaliers. Un prestataire doit être désigné d’ici la fin de l’année pour accompagner une concertation élargie. Reste désormais à transformer les engagements en décisions concrètes, dans un dossier qui concerne quelque 300 emplois. A.J

  • [Exposition] Le Cercle de l’avenir met Cuba sous les projecteurs

    [Exposition] Le Cercle de l’avenir met Cuba sous les projecteurs

    L’objectif c’est faire connaître la réalité cubaine et développer les liens de solidarité et d’amitié », précise Marcel Rubio. Touchés par le blocus américain qui a été renforcé ces derniers mois par Donald Trump et face au manque d’approvisionnement en pétrole, nécessaire à la production d’électricité sur l’île, les Cubains sont actuellement en grande difficulté. « À l’agression contre le Venezuela a succédé, le 29 janvier, la mise en place de facto d’un blocus énergétique sur Cuba par la Maison Blanche. Conséquence immédiate : à l’exception d’un pétrolier humanitaire russe fin mars, plus aucun pétrolier n’est arrivé sur l’île, alors qu’il en faudrait au moins sept par mois pour que Cuba fonctionne a minima », ajoute le président du Cercle de l’avenir qui s’était rendu à Cuba en 2024 alors que « la situation était déjà difficile mais il y avait du carburant donc on pouvait encore se déplacer facilement ».

    C’est donc face à cette situation que le Cercle de l’avenir de Nîmes accueille jusqu’au 15 novembre les photos de Gérard Abizanda, un artiste touche à tout, de la peinture à la sculpture en passant par l’écriture de bandes dessinées. Cette exposition est issue d’un voyage réalisé en 2014. Les photos de Gérard Abizanda, dont une partie de sa famille vit à Cuba, mettent en lumière les habitants, les paysages, l’architecture et la vie quotidienne des Cubains sur leur île.

    Aider Cuba Coopération

    Tous les bénéfices de cette exposition seront reversés à l’association Cuba Coopération. « Après l’envoi de deux conteneurs de matériel médical en juillet, le Parti communiste appelle à organiser des actions d’informations et de solidarité partout en France. Au Cercle de l’Avenir nous répondons à cet appel aujourd’hui certes, mais c’est aussi depuis plusieurs années que nous travaillons avec Cuba Coopération pour continuer à tisser des liens de solidarité et d’amitié avec le peuple cubain », conclut Marcel Rubio.

    * 25 rue Nicot, Nîmes

  • À Nîmes, les femmes de chambre en grève depuis plus d’un mois

    À Nîmes, les femmes de chambre en grève depuis plus d’un mois

    Après un pique-nique solidaire devant l’Imperator le 15 octobre dernier, les femmes de chambre ont reçu le soutien de 3 000 personnes le 17 octobre. En effet, pour la journée de mobilisation, le cortège nîmois s’est arrêté devant l’hôtel de luxe pour marquer son soutien à leur combat. « Cette mobilisation montre que les enjeux de rémunération, de pénibilité, d’effectifs et de conditions de travail dépassent le seul cadre de l’établissement. Après plus d’un mois de mobilisation, les témoignages de solidarité toujours plus nombreux renforcent la détermination des femmes de chambre à poursuivre leur combat », souligne David Goslin, le délégué syndical CGT de l’Imperator qui accompagne cette mobilisation depuis le début. Une caisse de grève, via notamment une cagnotte Leetchi*, a également été ouverte pour les soutenir, avec déjà de nombreux dons.

    Déjà en grève durant l’été, les femmes de chambre se sont à nouveau mobilisées à partir du 18 septembre, souhaitant que cette grève en pleine feria fasse plier la direction. Elles réclament notamment une « revalorisation salariale du taux horaire brut de 12,31 à 13,17 euros » (soit 86 centimes de l’heure), des effectifs « adaptés à la charge réelle de travail », des temps de nettoyage « réalistes » et des équipements « ergonomiques adaptés » ainsi qu’une « meilleure prévention des troubles musculosquelettiques et la reconnaissance de la pénibilité de leurs métiers ».

    Après plus d’un mois de grève et de débrayages, la direction n’a consenti qu’à tenir deux réunions de négociations qui n’ont pas permis d’entériner un accord. « Cette absence de nouvelle rencontre constitue une préoccupation majeure », précise David Goslin.

    L’inspection du travail saisie

    Depuis le début du mouvement, la CGT dénonce les actions de la direction, qu’elle accuse de vouloir contourner le droit de grève de ses salariés d’abord par l’embauche de personnels en CDD aux premières heures de la grève puis en faisant appel à « des personnels cadres du siège du groupe Centaurus dans les activités d’entretien des chambres de L’Imperator ». La CGT dénonce notamment que cette nouvelle organisation ait été décidée « sans information ni consultation préalable du CSE ».

    David Goslin a d’ailleurs saisi à plusieurs reprises l’inspection du travail à ce sujet. La dernière saisine date du lundi 19 octobre : « La CGT considère que le recours répété à des cadres du siège pour effectuer l’entretien des chambres alors que les salariées du service sont en grève nécessite un examen attentif. Il appartiendra à l’Inspection du travail d’apprécier les faits signalés », précise-t-il.

  • Manifestation interdite à Nîmes, la réaction de Vincent Bouget

    Manifestation interdite à Nîmes, la réaction de Vincent Bouget

    «Je prends acte de la décision de l’Etat d’interdire demain toute manifestation à Nîmes. Malheureusement, la manifestation pacifique initialement déclarée sur un parcours validé jusqu’à ce [vendredi] midi par la Préfecture ne pourra avoir lieu, et je le regrette». Le maire de Nîmes Vincent Bouget (PCF) a tenu à réagir à l’interdiction gravissime de manifester dans la capitale du Gard, samedi 24 octobre. « La liberté de manifester est un droit fondamental dans notre République. Si le maintien de l’ordre est une exigence légitime, les restrictions à la liberté de manifester doivent rester exceptionnelles» souligne Vincent Bouget. Il s’ « interroge aussi sur la responsabilité de nombreux commentateurs ou représentants politiques qui ont fait le choix de présenter les manifestants comme des délinquants, créant un climat anxiogène empêchant l’organisation de manifestations et l’expression de revendications pacifiques.» Et de développer : « Je suis très inquiet par cette situation, révélatrice de l’état d’un pays où un fossé immense s’est créé entre les habitants et les institutions de l’Etat».

    Le maire de Nîmes estime qu’ «Après avoir décrédibilisé pendant des années les corps intermédiaires, les associations, les syndicats, les partis politiques, la responsabilité du gouvernement est immense».

    Pour Vincent Bouget « les revendications des salariés, de la jeunesse, de la population française, pour le pouvoir d’achat, pour les services publics, doivent pouvoir s’exprimer». Et de rappeler le rendez-vous annoncé par les organisations syndicales pour le 5 novembre. « Ces revendications doivent surtout être entendues par le gouvernement, principal responsable, par son mépris, de l’impasse démocratique dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui », conclut le maire de Nîmes.

  • Nîmes attire les foules mais perd ses visiteurs antiques

    Nîmes attire les foules mais perd ses visiteurs antiques

    Les guitares de The Cure ont fait vibrer les arènes, mais les vieilles pierres n’ont pas connu le même succès. Présenté ce 14 octobre, le bilan estival de la municipalité affiche deux visages. Du 1er mai au 17 septembre, Nîmes a enregistré 742 600 nuitées, soit 2,5% de plus qu’en 2025. Pourtant, la fréquentation des monuments romains dégringole de 25,2%. Un sacré paradoxe pour une ville qui fait de son patrimoine antique sa carte de visite.

    Le moteur de la saison reste événementiel. Hors ferias, les dix nuits les plus fréquentées correspondent à des soirs de concert. Deux des trois soirées de The Cure ont dépassé les 9 200 nuitées. La Feria des Vendanges a comptabilisé 755 800 présences en quatre jours. Des « rendez-vous capables de déclencher une venue, un séjour », souligne Laurent Mespoulet, adjoint au maire chargé du Tourisme. Les nuitées étrangères progressent de 3%. « L’Espagne reste le premier marché international, devant les États-Unis et l’Allemagne », précise l’élu. Ces pays représentent 37% des nuitées étrangères.

    « Adapter » le tourisme

    Derrière les bons chiffres, le patrimoine antique fait grise mine. Pendant que les monuments romains perdent un quart de leurs visiteurs, le Musée de la Romanité gagne 4,5% de fréquentation et les musées plus de 16%. La chaleur a-t-elle poussé les touristes vers des lieux plus frais ? C’est l’hypothèse de Mespoulet, sans qu’elle explique à elle seule ce décrochage.

    Face à des étés brûlants, la Ville tente de s’adapter. « Le programme de visites guidées a été repensé pour mieux répondre aux conditions estivales », assure l’adjoint. En juillet et août, la moitié des visites ont été programmées le matin ou en soirée. Des « parcours fraîcheur » sont aussi envisagés. L’objectif est d’« anticiper les dispositifs nécessaires pour ne pas subir », conclut l’adjoint.

  • [Entretien] Pascal Rousson : « Prévue en 2026, la réouverture complète de la ligne de la rive droite du Rhône est décalée à 2031 ou 2032 »

    [Entretien] Pascal Rousson : « Prévue en 2026, la réouverture complète de la ligne de la rive droite du Rhône est décalée à 2031 ou 2032 »

    La Marseillaise : Rappelez-nous pourquoi la ligne est actuellement fermée en semaine ?

    PR : Elle est fermée depuis le 16 mars 2026 à cause de travaux de régénération de la voie, c’est-à-dire de gros travaux sur les rails et le ballast. Ce sont des travaux indépendants de la réouverture de la ligne qui se font tous les 40 ans. C’est un investissement réalisé par SNCF Réseau de 230 millions d’euros. La ligne sera fermée jusqu’au mois de juin 2027. Après plus d’un an de fermeture, nous craignons que la ligne soit à nouveau fermée parce qu’il faut réaliser des travaux d’aiguillage. Il semblerait qu’une fermeture partielle soit envisagée mais ce n’est pas encore sûr. Je ne comprends pas pourquoi ces travaux ne sont pas réalisés actuellement.

    Quand la ligne de la Rive droite du Rhône a rouvert, tous les travaux devaient se terminer en 2026. Comment a évolué le calendrier ?

    PR : Il a pris énormément de retard. On est passé d’une réouverture complète prévue en 2026 à une réouverture décalée à 2031 ou 2032. La mairie de Villeneuve-lez-Avignon vient de voter le budget pour son Pôle d’échanges multimodal (PEM). L’ouverture de cette gare est prévue pour décembre 2027, après des travaux sur les quais et les passerelles. En septembre 2027, les travaux de la gare de Roquemaure débutent pour une réouverture en décembre 2028. Des travaux ont également commencé ce mois-ci sur la gare du Teil (en Ardèche, Ndlr). Aujourd’hui, les trains montent au Teil à vide pour effectuer leur retournement. Ils transporteront des voyageurs dès l’an prochain. Une enquête publique environnementale a également débuté sur le bas de la ligne, entre Nîmes et Villeneuve-lez-Avignon, qui va durer deux ans. Celle-ci va valider la suite des travaux.

    Quels sont ces travaux prévus ?

    PR : Ce sont les travaux sur les gares de Marguerittes, Remoulins et Aramon pour créer des passerelles. L’enquête devrait se terminer en 2028 et j’espère que les travaux débuteront l’année suivante. Les réouvertures de ces gares devraient ensuite s’étaler à partir de 2030. L’ouverture de la dernière gare, celle de Laudun-L’Ardoise, est prévue en 2032. En 2029, Pont-Saint-Esprit devrait aussi être un terminus où les trains pourront se retourner, ce qui évitera de monter jusqu’au Teil. Ça va permettre de gagner du temps pour avoir des horaires intéressants pour les gens qui travaillent et pour les étudiants.

    Comment expliquez-vous que le calendrier ait pris autant de retard ?

    PR : Il y a plusieurs raisons. Il y a des contraintes de procédure administrative, qui sont très longues. Le cahier des charges a aussi changé entre-temps. Par exemple, il va y avoir des travaux sur tous les passages à niveau pour les sécuriser entre Nîmes et le Teil alors qu’initialement on espérait qu’il n’y ait des travaux que sur les passages à niveau près des gares. Il y a aussi eu les travaux de régénération de SNCF Réseau, qui ont été décalés dans le temps à plusieurs reprises et qui nécessitent, à un moment donné, d’être réalisés. Mais, le problème, c’est surtout le budget. Car je rappelle que le financement de la partie ferroviaire est assuré à 100% par la Région. Et la Région a eu, en trois ans, 400 millions d’euros de dotation de l’État en moins. Donc forcément, le budget est étalé sur plusieurs exercices.

    Votre regret, c’est surtout que ces travaux interrompent une dynamique, puisque la ligne enregistrait un nombre croissant de voyageurs depuis sa réouverture…

    PR : Oui, chaque année depuis trois ans, le nombre de voyageurs augmentait parce que cette ligne répond à un besoin sur un territoire industriel comme le Gard rhodanien. Elle répond aussi à la demande, parce qu’avec le prix de l’essence qui explose, c’est une manière de faire des économies. Face au dérèglement climatique, les gens veulent aussi de plus en plus de mobilités douces. Donc les chiffres augmentent alors que la dernière année, on a eu quasiment 20% de suppression de trains à cause du manque de conducteurs.

    L’augmentation de la fréquence de passage des trains reste l’autre combat que vous menez. Combien d’allers-retours à terme sont-ils prévus ?

    PR : Aujourd’hui, on n’a que cinq allers-retours. À terme, au moment de l’ouverture complète, il doit y avoir environ 10 allers-retours. Entre le PEM de Villeneuve-les-Avignons et les ouvertures de Marguerittes et Remoulins, les chiffres vont exploser. Marguerittes sera à 8 minutes de Nîmes et Remoulins à 12 minutes. Aujourd’hui, on demande surtout que les études soient compactées pour gagner du temps et qu’il y ait bien des conducteurs sur chaque train à la réouverture.

  • À Nîmes, le maire Vincent Bouget sépare la casse de la colère sociale : «On ne répare pas des injustices par d’autres injustices»

    À Nîmes, le maire Vincent Bouget sépare la casse de la colère sociale : «On ne répare pas des injustices par d’autres injustices»

    Lundi 19 octobre, midi pile. Sur le parvis de l’Hôtel de ville de Nîmes, le ciel se vide sur une forêt de parapluies. Le Gard est en vigilance orange inondations et c’est sous les trombes que le maire Vincent Bouget (PCF) prend le micro, entouré de ses élus et du sénateur Denis Bouad (PS). Une cinquantaine de Nîmois ont fait le déplacement : pas la foule des grands jours, mais une assistance attentive.

    Deux jours plus tôt, pourtant, tout avait commencé comme une fête. Samedi 17 octobre, à 14h, le cortège s’élançait des Jardins de la Fontaine : 5 000 personnes selon les organisateurs, 1 500 selon la préfecture. Lycéens au terme d’un mois de mobilisation, enseignants, gilets jaunes, salariés, retraités. Des chants, de la musique, et une colère commune : la vie chère, des salaires à l’arrêt, un avenir qui se ferme. « Je bosse depuis vingt ans, je me lève à 4 heures du matin et à la fin du mois, il me reste quoi ? Rien. On nous dit de travailler pour vivre, mais aujourd’hui, on travaille juste pour payer les factures », confie une salariée dans la grande distribution, venue assister au discours.

    Puis tout a basculé. Après la dispersion devant la préfecture, un groupe a poursuivi sur un itinéraire non déclaré. Les pancartes ont disparu, de jeunes hommes souvent cagoulés ont pris le relais. Le FootKorner de l’avenue Général-Perrier, le Carrefour Express de la place Montcalm, le Lidl des 7 Collines : vitrines brisées, pillages. Des poubelles ont brûlé, des projectiles ont visé les forces de l’ordre. Policiers et gendarmes ont répondu par des tirs de grenades lacrymogènes et de dispersion, notamment aux abords du Kilomètre-Delta. Bilan : deux policiers légèrement blessés, sept gardes à vue selon la préfecture. « Je suis venu pour manifester, pas pour casser. Mais ça me rend folle qu’on ne retienne que les violences. On était des milliers à marcher tranquillement pour vivre dignement, et tout ça passe au second plan. On leur mâche le travail pour ignorer nos revendications », livre une aide soignante qui manifestait ce samedi 17 octobre, exaspérée et en quête de réponses devant l’Hôtel de Ville, lundi.

    C’est à ce basculement que Vincent Bouget a répondu, une dizaine de minutes durant. D’abord par la condamnation, « sans ambiguïté » : « Quand une mairie est incendiée, c’est bien plus qu’un bâtiment qui est attaqué », a-t-il lancé, en pensant à Limoges. Aux commerçants : « Derrière chaque vitrine abîmée, il y a des femmes et des hommes, du travail, des investissements. On ne répare pas des injustices par d’autres injustices. » Puis il a refusé l’amalgame : « Ne confondons pas les casseurs avec celles et ceux qui manifestent pacifiquement. Ne confondons pas les dégradations avec les revendications. »

    « Une crise bien plus profonde »

    Le maire communiste a surtout plaidé pour que le fracas de samedi ne couvre pas le reste. « Mais écouter ne suffit plus : les revendications légitimes de celles et ceux qui souffrent doivent trouver des réponses concrètes », a-t-il martelé, réclamant « des décisions sur le pouvoir d’achat, les salaires, les services publics ». Et de résumer : « Si la violence ne peut jamais être une réponse à l’injustice, l’injustice, elle non plus, ne peut rester sans réponse politique. » Un ton qui détonne avec l’Élysée, où Emmanuel Macron a dénoncé dimanche 18 octobre au soir des « factieux issus de groupuscules d’ultragauche ».

    La question dépasse la vitrine brisée. La violence d’une nuit de révolte choque le monde parce qu’elle brise le décor, mais elle n’est que l’écho de la violence invisible qui s’exerçait chaque jour en silence : celle des fins de mois qui commencent le 15, du plein d’essence qu’on repousse d’un jour, des salariés debout à 4 heures du matin pour 1 300 € et sans un merci, des étudiants qui voient fondre leurs aides, des rendez-vous médicaux qu’on n’obtient plus, des lycéens à qui l’on demande d’attendre un avenir qui se dérobe, des services publics qui reculent chaque jour un peu plus. Pour le maire de Nîmes, le pays traverse « une crise profonde, à la fois sociale, politique et démocratique », qui appelle « une véritable refondation démocratique ». Sous les parapluies, il avait choisi sa formule : « Refuser les violences sans condamner le mouvement social. Défendre la République sans renoncer à la justice. »

    Ce rassemblement répondait à l’appel national de l’Association des maires de France (AMF), relayé dans le Gard par les associations d’élus. D’Alès en passant par Villeneuve-lès-Avignon, plusieurs communes ont répondu présentes. D’autres ont fixé leur rendez-vous plus tard dans la journée, comme Manduel, Rochefort-du-Gard, Gaujac ou Montfaucon. Même mobilisation dans l’Hérault, à Sète notamment, tandis que Béziers, Frontignan, Mèze et Montaud ont opté pour des horaires décalés. Lodève a déplacé son rendez-vous au mercredi 21 octobre. À Montpellier, aucun rassemblement municipal n’a été annoncé, la Ville privilégiant le soutien aux commerçants sinistrés. Les intempéries ont toutefois contrarié certains rendez-vous : à Sommières, le rassemblement a été annulé, tandis qu’Anduze a renoncé à l’organiser face au risque d’inondation. Une pluie qui finira par cesser. Pas forcément la colère.

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  • Face à la vie chère, des collectivités « bouclier » en Occitanie

    Face à la vie chère, des collectivités « bouclier » en Occitanie

    À la caisse du supermarché, les maires ne peuvent pas faire baisser l’addition. Mais sur celle de la cantine, du bus ou de la médiathèque, ils peuvent agir. Face à la vie chère et à l’austérité, les collectivités tentent d’alléger les dépenses contraintes. Une autre manière de défendre le pouvoir d’achat, sans avoir la main sur les salaires.

    À Montpellier, Michaël Delafosse a baptisé cette politique « bouclier social ». Depuis décembre 2023, tramways et bus sont gratuits pour les habitants de la métropole, munis du Pass gratuité. Une frontière tarifaire demeure : les non-résidents continuent de payer. Côté alimentation, à la cantine, les repas coûtent 50 centimes pour certaines familles en grande précarité. Plus original : une Caisse alimentaire commune, soutenue par les pouvoirs publics, réunit 600 foyers qui cotisent selon leurs moyens et reçoivent chaque mois de 100 à 220 euros en monnaie alimentaire à dépenser dans des commerces conventionnés. Le CCAS propose aussi des paniers de légumes à 3 ou 5 euros. Enfin, dans 14 communes, les 15 premiers mètres cubes d’eau sont gratuits pour les abonnés disposant d’un compteur individuel. S’y ajoutent une mutuelle communale et, pour les locataires montpelliérains, l’encadrement des loyers. L’enjeu est de rendre ces dispositifs accessibles sans multiplier les démarches pour les familles.

    À Nîmes, la nouvelle majorité de Vincent Bouget a avancé ses premières mesures dès la rentrée, et a distribué des kits de fournitures scolaires aux élèves du CP au CM2, avec une dotation portée à 60 euros par enfant. Depuis le 1er septembre, les bibliothèques sont gratuites pour tous : près de 1 000 inscriptions ont été enregistrées à la mi-septembre, trois fois plus qu’un an auparavant à la même période. La Ville a également consacré 100 000 euros aux vacances de plus de 1 000 jeunes. Une mutuelle municipale reste à l’étude et un centre de santé est annoncé au Mas de Mingue en 2027.

    Le prix de la gratuité

    Les Départements disposent aussi de leviers. Le Gard plafonne à 3,50 euros le repas dans ses collèges publics. Dans l’Hérault, les aides permettent à certaines familles de payer un euro ; le Département soutient également deux épiceries solidaires itinérantes et met en avant la distribution de 16 tonnes de produits frais et la transformation d’invendus en 20 000 bocaux. La Région revendique, elle, 74 millions d’euros pour la rentrée des lycéens : ordinateurs, manuels, premiers équipements et transports scolaires gratuits pour les ayants droit. Carole Delga assure vouloir « protéger plutôt que de laisser faire ».

    Reste la question de la facture. À Montpellier, la Métropole a relevé en 2026 son taux de taxe foncière sur le bâti de 0,16% à 5,8%. « L’impôt n’est jamais agréable, mais c’est ce qui finance le commun et la qualité de vie », défend Michaël Delafosse. Des choix de redistribution, donc, mais des boucliers inégaux selon les territoires et les publics. Et aucun tarif social, aussi utile soit-il, ne remplace une hausse des salaires ou des pensions.

  • La Banque alimentaire du Gard voit plus grand face à la précarité

    La Banque alimentaire du Gard voit plus grand face à la précarité

    Jusqu’ici, les bénévoles chargeaient des denrées sous la pluie ou en plein soleil. Désormais, un auvent de 500 m² les protège. Au Marché Gare de Nîmes, la Banque alimentaire (BA) du Gard a pris possession, le 5 octobre, de son nouvel entrepôt, qui sera inauguré samedi 17 octobre à partir de 10 heures. Un soulagement pour son président, Joseph Pronesti : « On avait autant chaud dehors que dedans, et autant froid dehors que dedans. » Les anciens locaux, sombres et vétustes, n’offraient ni vestiaires ni douches. Malgré tout, quitter cet endroit où se sont succédé des centaines de bénévoles a suscité « beaucoup d’émotions ». « C’était un lieu mythique », confie-t-il.

    L’adresse reste la même, ou presque : le 3214, route de Montpellier. Mais le changement d’échelle est considérable. Installée dans l’ancien bâtiment de Promocash, la structure dispose désormais de 1 400 m² auxquels s’ajoutaient plusieurs espaces loués, contre 600 m² auparavant. Les chambres froides positives ont triplé de volume et les capacités de stockage des surgelés sont passées de 20 à 52 palettes. « On a un outil de travail très performant », se réjouit le président.

    Il aura fallu batailler pour en arriver là. Rendu nécessaire par la requalification du Marché Gare, le déménagement a donné lieu à de longues négociations avec Nîmes Métropole et la SPL Agate. L’État a apporté 400 000 euros et le Département 250 000 euros. L’association doit toutefois rembourser un emprunt de 600 000 euros. Un coup de pouce est aussi venu de l’élan de solidarité né après l’incendie criminel de six camions en 2024 : sur les 538 000 euros récoltés, une partie du surplus a contribué au nouvel entrepôt.

    Plus de place car toujours plus de besoins

    Si l’association pousse les murs, c’est aussi parce que la pauvreté gagne du terrain. Selon Joseph Pronesti, la BA accompagnait 19 800 personnes en 2019. Elles étaient 46 000 en 2025, au travers de 94 associations partenaires. L’an dernier, 1 673 tonnes de denrées ont été distribuées, représentant, selon la structure, 3,4 millions de repas. « Et aujourd’hui, c’est l’équivalent de 15 000 repas par jour qui partent sur tout le département », précise le président. Ce qui le frappe ? Les nouveaux profils qui ont désormais recours à l’aide alimentaire : les étudiants contraints de se tourner vers l’aide alimentaire, les personnes âgées qui n’osaient jusqu’ici rien demander et les familles monoparentales.

    Avec ce nouvel entrepôt, Pronesti entend aussi repenser la manière d’aider. Ses capacités de stockage accrues doivent notamment faciliter l’approvisionnement des épiceries sociales, où chacun peut choisir ses courses à prix très réduits, plutôt que de se voir imposer un colis. « Votre dignité est retrouvée, parce qu’on ne vous impose rien du tout », insiste-t-il. Le bâtiment doit également servir de point d’appui pour réduire les « zones blanches » de l’aide alimentaire, notamment dans les secteurs ruraux entre Bagnols-sur-Cèze, Alès et Le Vigan.

    Ce sont aussi des bras qui manquent : malgré plus de 60 bénévoles mobilisés chaque semaine, une nouvelle campagne de recrutement doit être lancée. Pronesti évoque même un statut avec une indemnisation pour les bénévoles des grands réseaux d’aide alimentaire. « On est quasiment un service public à l’heure actuelle », souligne-t-il. Et d’assumer, avec malice : « C’est un petit vœu de gaucho. » Samedi 17 octobre, visites, discours et défilé de créations de bénéficiaires rythmeront la fête. Mais derrière les réjouissances demeure une réalité moins souriante : la Banque alimentaire grandit parce que la faim, elle, ne recule pas.