Plusieurs spécialistes, historienne du genre ou encore gynécologue obstétricien, ont tenté, jeudi, de sensibiliser aux inégalités de santé liées au genre et à la prise en compte des spécificités de la santé des femmes, à l’occasion d’un colloque sur le sujet organisé au palais des congrès de Digne-les-Bains.
« Mieux soigner les femmes, c’est mieux soigner tout le monde et prendre soin de la société », a estimé Muriel Salle, historienne du genre lyonnaise qui a notamment dirigé un numéro de revue sur la santé des femmes dans les quartiers politiques de la ville. Première intervenante de la journée, elle a appelé à « traiter la santé comme une responsabilité commune, comme un bien commun ».
L’historienne a notamment conseillé aux soignants, présents en nombre dans l’assemblée, de « systématiquement poser la question des violences, comme le recommande la haute autorité de santé ». « On doit la poser sans attendre d’avoir des signes », a-t-elle expliqué. La question peut être posée de manière indirecte, en demandant par exemple : « Est-ce qu’il vous arrive d’avoir peur chez vous ? Comment vous vous sentez à la maison ? Est-ce que vous avez peur pour vos enfants ? », a cité Muriel Salle. « On découvre aujourd’hui qu’énormément de femmes attendaient qu’on leur pose la question », a-t-elle regretté.
Questionnée par le public, l’intervenante a également évoqué la formation aux spécificités de la santé de la femme. « J’ai des étudiants en médecine qui ne me croient pas quand je leur dis que les signaux sont différents chez les femmes et chez les hommes », a-t-elle relaté, appelant à « prendre en compte le genre et le sexe dans la santé ».
Dr Eric Bautrant, gynécologue obstétricien à Aix-en-Provence et à Paris, qui anime un centre de la douleur pelvienne, est ensuite intervenu. « La société a un rôle important dans les grandes étapes biologiques chez la femme, qui sont les premières règles, les rapports sexuels et l’accouchement. Elle en transforme fortement certaines caractéristiques en imposant des obligations sociales », a-t-il constaté en introduction. « Toutes les organisations de loi, de travail, ont été faites par des hommes », a regretté le chirurgien. « La société va créer des raisonnements biaisés », comme la normalisation et la non prise en compte des règles douloureuses, a-t-il cité en exemple.
« Une femme sur cinq a été victime d’un abus sexuel avant 18 ans », a-t-il par ailleurs relaté. Pourtant, « la société a du mal à bouger, à réagir, à faire face au fléau ahurissant des abus sexuels dont sont victimes les jeunes filles ».
Le colloque était organisé par le Comité départemental d’éducation pour la santé 04, avec le soutien de l’Agence Régionale de Santé Paca, du groupement hospitalier et de la préfecture des Alpes-de-Haute-Provence.

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