Tag: Santé

  • Les vents du Sahara enveloppent les Alpes

    Les vents du Sahara enveloppent les Alpes

    Ce jeudi après-midi depuis Gap, la silhouette de Charance baignait dans un voile brumeux, on devinait à peine la falaise de Céuse et les massifs du Dévoluy avaient même complètement disparu dans l’horizon laiteux. De quoi susciter la curiosité, voire l’inquiétude tant ce type de paysage est en général le propre des saisons froides et des brouillards qu’elles apportent. « C’est un flux du Sud qui nous amène de la masse d’air venu d’Afrique, un phénomène qu’on a l’habitude de voir assez régulièrement chaque année, explique Sébastien Mathiot, chargé d’action pour les territoires alpins chez AtmoSud. Cette masse d’air est chaude et chargée de particules que l’on dit désertiques. L’Afrique est un vaste territoire, souvent sec, aride et dans ces territoires se forment des vents de sable, de terre et de tout un tas de choses. Une grande masse d’air chargée de particules vient donc d’Afrique, traverse la Méditerranée, se balade en quelque sorte, touche en général la Corse d’abord et nous derrière. »

    Éviter le sport en extérieur et les véhicules polluants

    Si le phénomène était prévu, les répercussions au sol ont été significativement plus importantes qu’attendues. Cette masse de particules de terres désertiques a tendance à rester en altitude, le phénomène s’est en effet d’abord manifesté dans les hauteurs du Briançonnais dans la journée de jeudi, puis les poussières sont redescendues plus bas en altitude, concernant une grande partie de la région Paca, même si les départements alpins sont les plus touchés.

    Selon AtmoSud, il est encore difficile de prévoir exactement pour combien de temps les poussières vont se maintenir, il convient dans tous les cas de prendre les précautions nécessaires. « Ça a aussi une incidence sur la santé, notamment les personnes fragiles, jeunes enfants, personnes âgées et toutes les personnes qui ont des problèmes respiratoires, rappelle Sébastien Mathiot. Ça a beau être des particules “naturelles”, ça reste des particules très fines qui posent problème à la santé quand même. Il faut donc que tout un chacun évite de rajouter encore plus de pollution et donc privilégier les transports collectifs. Évitez aussi de faire une activité sportive intense. »

  • Premier cas autochtone de dengue confirmé dans les Bouches-les-Bouches

    Premier cas autochtone de dengue confirmé dans les Bouches-les-Bouches

    Transmise par les moustiques, cette maladie qui se manifeste habituellement par une fièvre brutale avec des douleurs et une éruption cutanée peut dans de rares cas susciter des complications graves, voire mortelles. « Des mesures de gestion ont été immédiatement engagées afin de limiter tout risque de propagation », précise le communiqué, avec des opérations de démoustication dans le voisinage. En complément, des visites seront réalisées par l’ARS et Santé publique France avec l’appui de la municipalité pour identifier de potentiels cas secondaires et sensibiliser les habitants. L’ARS invite à se protéger des piqûres, consulter immédiatement son médecin traitant, limiter ses déplacements en cas de symptômes.

  • Le nombre d’enfants à la rue augmente en France

    Le nombre d’enfants à la rue augmente en France

    « Des enfants naissent, vivent et meurent dans les rues de nos villes et rien ne se passe. Chaque année, nous alertons les pouvoirs publics sur l’aggravation du sans-abrisme des enfants. Chaque année, nous proposons des solutions concrètes pour y mettre fin. Chaque année pourtant, le constat s’aggrave. À quand le réveil ? », tempête Pascal Brice, président de la Fédération des acteurs de la solidarité à l’occasion de la publication du baromètre sur l’enfance à la rue.

    131 enfants concernés
    en Paca

    Année après année, la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) et l’Unicef France constatent que le nombre d’enfants sans solution d’hébergement ou de logement ne cesse d’augmenter. À la veille de la rentrée scolaire, au moins 2 355 enfants, dont 514 de moins de 3 ans, sont restés sans solution après un appel au 115. Cela représente une hausse de 9% par rapport à 2025 et de 42% depuis 2022. Parmi eux, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, au moins 131 enfants, dont 21 de moins de 3 ans, sont restés sans solution après un appel au 115. Cela représente une hausse de 42% depuis 2022.

    Autre exemple, en Région Occitanie, au moins 234 enfants, dont 38 de moins de 3 ans, sont restés sans solution après un appel au 115. Cela représente une hausse de 18% par rapport à 2025 et de 93% depuis 2022, détaille le baromètre.

    Ces chiffres ne sont pas exhaustifs : de nombreuses personnes ne parviennent pas à joindre le 115 ou renoncent à appeler. Les mineurs non accompagnés sans-abri ainsi que les familles en squats ou bidonvilles ne sont pas comptabilisés. « Derrière ce chiffre, conséquence d’un échec collectif, il y a des enfants dont le quotidien est rythmé par l’insécurité et l’instabilité. Des enfants privés de leurs droits et dont on hypothèque l’avenir. Il est urgent que les décideurs publics agissent. Un sursaut politique est vital pour ces enfants. Si garantir un toit à tous les enfants n’est pas notre priorité, qu’est-ce qui l’est ? » interpelle Adeline Hazan, présidente de l’Unicef France.

    Les conséquences du sans-abrisme sur la vie et le bien-être des enfants sont dramatiques : dégradation de leur santé physique et mentale, isolement social, exposition à la violence, difficultés de scolarisation. Certains le paient même de leur vie : en 2025, 14 enfants de moins de 4 ans et 12 adolescents entre 15 et 18 ans sont morts de la rue.

    La promesse de mettre fin au sans-abrisme n’est pas récente. À chaque échéance électorale, elle est renouvelée sans jamais être atteinte. Faut-il y voir des promesses intenables ? La FAS et l’Unicef France ne s’y résolvent pas : « Chaque année, nos organisations rappellent qu’il n’existe aucune fatalité au sans-abrisme des enfants. Ce dernier résulte d’un manque de volonté politique et de choix court-termistes en contradiction avec les objectifs affichés. » Et de recommander « la mise en œuvre d’une programmation pluriannuelle “de la rue au logement “, avec un plan massif de production de logements sociaux et très sociaux, indispensable pour sortir durablement les enfants de la rue ».

    À l’approche de l’élection présidentielle, « le sans-abrisme des enfants ne peut plus être toléré. Il doit devenir une priorité absolue des politiques du logement et de l’hébergement. Les candidates et candidats portent une responsabilité claire dans la visibilité et la prise en compte essentielles de ces enjeux. Nos organisations y seront attentives » préviennent l’Unicef et la FAS.

  • Contre l’alcoolisme, le CHU de Nîmes teste les psychédéliques

    Contre l’alcoolisme, le CHU de Nîmes teste les psychédéliques

    Longtemps associée aux seuls champignons hallucinogènes, la psilocybine franchit désormais les portes de l’hôpital. Au CHU de Nîmes, elle est devenue l’objet d’une recherche de pointe pour tenter de répondre à l’une des difficultés majeures de l’addictologie : empêcher la rechute après un sevrage alcoolique.

    À la manœuvre, la psychiatre et addictologue Amandine Luquiens, professeure à l’université de Montpellier et praticienne au service d’addictologie du Grau-du-Roi, rattaché au CHU nîmois. Dès 2024, son équipe avait lancé PAD, la première étude française depuis plusieurs décennies à administrer un psychédélique dans un cadre médical. « Nous avons inclus 30 patients dans cette étude-pilote », retrace la médecin, qui dit avoir été « dépassée par la demande » avec plus de 300 volontaires intéressés.

    Deux administrations de psilocybine, espacées de trois semaines, venaient compléter le parcours classique de soins et de psychothérapie. À douze semaines, 55% des patients ayant reçu 25 mg étaient toujours totalement abstinents, contre 11% dans le groupe ayant reçu une très faible dose. Des résultats suffisamment encourageants pour passer aujourd’hui à l’étape supérieure.

    De trente patients

    à un essai national

    Depuis le 1er juillet, Nîmes coordonne ainsi ERPPAD, un essai clinique national de phase III mené dans huit CHU : Nîmes, Bayonne, Bordeaux, Lyon, Besançon, Saint-Étienne, Brest et Nantes. 172 patients doivent être inclus pendant trois ans et chacun sera suivi durant douze mois. « Notre hypothèse est que deux administrations orales de 25 mg de psilocybine, à trois semaines d’intervalle, seront plus efficaces que deux administrations de 3 mg », détaille Amandine Luquiens.

    Car il ne s’agit pas de distribuer des « champignons » aux patients. Les séances sont préparées puis réalisées pendant plusieurs heures dans un environnement hospitalier sécurisé, avec psychiatres et psychologues. Hallucinations, modification des perceptions ou sensation de sortie du corps peuvent accompagner l’expérience. « La gélule va rester plusieurs heures dans le sang et peut entraîner des réactions pour le patient », explique la psychiatre. Méditation, présence constante des soignants et accompagnement psychothérapeutique doivent permettre d’intégrer cette expérience sans la dissocier du soin.

    L’espoir repose notamment sur la capacité supposée des psychédéliques à assouplir temporairement certains automatismes cérébraux profondément installés dans l’addiction. Amandine Luquiens compare volontiers ce mécanisme à « une voiture sur l’autoroute qui pourrait normalement prendre toutes les sorties, mais qui reste bloquée sur sa voie, sans freins, l’accélérateur enfoncé à fond. » La psilocybine pourrait ouvrir, temporairement, d’autres chemins là où les conduites addictives se sont rigidifiées.

    La prudence reste toutefois de mise : il appartient désormais à l’essai national de confirmer l’efficacité et la sécurité observées à petite échelle. « Si l’efficacité de la psilocybine est confirmée, cela pourrait représenter une avancée significative pour une population de patients aujourd’hui insuffisamment prise en charge », souligne Amandine Luquiens. Depuis le Grau-du-Roi, le CHU de Nîmes s’est déjà imposé comme l’un des pionniers français du retour des psychédéliques dans la recherche médicale. Une innovation de plus pour un établissement qui multiplie les projets de recherche et les nouvelles approches thérapeutiques.

    Les personnes qui voudraient participer à l’essai clinique, ayant un trouble de l’usage de l’alcool avec symptômes dépressifs persistants après sevrage, peuvent se rapprocher de l’équipe investigatrice via le lien suivant : https://redcap.link/ERPPAD

  • Les salles de repos du personnel de l’hôpital de Brignoles bientôt toutes réhabilitées

    Les salles de repos du personnel de l’hôpital de Brignoles bientôt toutes réhabilitées

    Ce ne sont pas les agents engagés au quotidien, jour et nuit, sur les nombreux sites du centre hospitalier intercommunal qui vont s’en plaindre. Bien au contraire, même. Puisqu’ils vont pouvoir disposer de lieux fonctionnels pour profiter d’un temps de repos mérité et surtout indispensable pour assurer leur mission en sécurité. Et supporter les conditions de travail très dégradées avec entre autres une hausse constante des charges de travail du fait d’un manque d’effectif chronique.

    C’est d’ailleurs ce que souligne la direction, elle-même, en mettant en avant leur dévouement malgré « un environnement matériel de travail en assez mauvais état », précisant que les personnels assurent une qualité de prise en charge reconnue par tous les usagers.

    Une satisfaction qui ne doit surtout pas faire oublier, poursuit-elle, les difficultés que les personnels rencontrent au quotidien.

    L’occasion de rappeler que le métier de soignant est en effet une des activités professionnelles les plus exposées. Leur engagement les confrontant quotidiennement à des risques infectieux, des blessures et Troubles MusculoSqueletiques (lombalgies, pathologie épaules…) avec les manutentions répétées de charges et de personnes, aux chutes et aux glissades. Mais aussi à de nombreuses sources de stress telles qu’un épuisement induit par les cadences intenses et répétées, la confrontation constante à la maladie, à la fin de vie et à la mort, ainsi qu’aux petites et grandes violences en provenance des patients et de leur entourage.

    Le recours au privé

    qui interroge

    D’où l’importance de pouvoir avoir accès à des salles de pause pour, le temps d’un moment, se mettre à l’abri et recharger ses accus.

    D’autant que la majorité des professionnels travaillent 12 heures consécutives et ne quittent pas ou très peu leur service sur ce temps. Les pauses s’organisent en fonction de l’activité de service avec l’obligation légale d’une, de 20 minutes, toutes les 6 heures, comprenant la restauration.

    L’aménagement de leur environnement de travail devient donc d’autant plus indispensable. D’autant que cela permet aussi, outre l’indispensable repos physique et mental, de se retrouver pour les besoins de l’organisation même du service. Des lieux, pointe la direction, propice à plus de concertation et de coopération entre soignants et de cohésions des équipes, où l’on peut retrouver des informations important aussi. Et peut-être même où l’on peut questionner ensemble le manque de moyens pour exercer ses missions.

    « L’enjeu à proposer aux soignants des salles de pause agréables et fonctionnelles est donc crucial et l’établissement en a fait une priorité dans ses appels à mécénat avec la chance extraordinaire d’avoir été entendu et soutenu immédiatement par le fonds de dotation MGL des entreprises Lauvige », précise l’établissement.

    En tout ce sont 30 salles qui vont être modernisées sur l’ensemble des sites du centre hospitalier pour un coût de 55 000 euros prix en charge en intégralité par le mécénat.

    Le centre hospitalier annonce également lancer en fin d’année via son nouveau fonds de dotation Còrdea, un appel à dons à destination des commerçants et habitants du territoire pour équiper en électroménager et en fauteuil de repos ces salles de pause rénovées.

    Solliciter la « générosité » du privé, pourquoi pas. Mais ça en dit long tout de même sur le sous-investissement de l’État dans l’hôpital public et le service public de santé.

  • Les APL dans le viseur du gouvernement

    Les APL dans le viseur du gouvernement

    Un rapport rendu public, une polémique qui enfle et un démenti. En arrière-plan, un budget en préparation, plus austéritaire que jamais, et une campagne pour l’élection suprême.

    Afin de préparer son ultime projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), la macronie est prête à tout pour des économies. Loin de s’attaquer aux plus riches, elle vise, comme à l’accoutumée, les plus précaires. Ici, les étudiants. Commandé par le Premier ministre, l’Inspection générale des finances (IGF) et l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) remettent, en juin dernier, un rapport nommé « revue de dépenses relative à l’efficacité des politiques familiales » qui prévoit 2,5 milliards d’euros d’économies à court terme et 4,5 milliards à long terme. Les préconisations visent ainsi plusieurs mesures d’aide aux familles, parmi lesquelles l’aide personnalisée au logement (APL).

    Les deux grands corps de l’État proposent, dès lors, d’« améliorer le caractère redistributif des APL versées aux étudiants rattachés au foyer fiscal de leurs parents, en prenant en compte les ressources parentales ». Ce qui signifie intégrer les revenus des parents dans le calcul de l’allocation. « Près de 40% des étudiants bénéficiaires de cette aide sont associés à des revenus familiaux des deux déciles les plus élevés », justifie le texte rendu public le 14 août, qui chiffre les économies réalisées à 550 millions d’euros.

    Ce nouveau mode de calcul conduirait à la suppression directe de l’APL pour 200 000 étudiants et la baisse de l’allocation pour 150 000 étudiants supplémentaires. Rapidement, les syndicats concernés ont tiré la sonnette d’alarme. « En intégrant les revenus parentaux dans le calcul de l’aide, le gouvernement ferait donc le choix de considérer que les parents doivent financer les études et le logement de leurs enfants, y compris lorsque ceux-ci ne disposent pas concrètement de cette aide familiale. Nous refusons cette conception de l’autonomie étudiante », tempête Solidaires étudiants, qui appelle à la mobilisation le 15 septembre prochain. De même que l’Union étudiante, qui interpelle les députés « une attaque sans précédent se prépare », alerte le syndicat.

    Pour la CGT, « cette mesure est particulièrement injuste au regard de la précarisation croissante des étudiants, qui constituent l’une des catégories de population les plus fragilisées économiquement. Elle revient à faire peser sur les familles une charge supplémentaire, sans tenir compte de la réalité des situations familiales », dénonce la centrale syndicale de Montreuil dans un communiqué.

    Face à la bronca populaire, le Premier ministre s’empresse de démentir : « Suppression des APL pour les étudiants, gel du RSA ou du minimum vieillesse, remise en cause du crédit d’impôt pour les services à la personne, hausse de l’impôt sur le revenu… Tout cela est faux ! Le budget pour 2027 est encore en préparation ; les véritables décisions seront annoncées lorsqu’elles auront été prises, en transparence. Critiquer les décisions du Gouvernement est légitime. En inventer pour inquiéter les Français ne l’est pas », écrit Sébastien Lecornu dans un post sur X.

    Puis, dans la foulée, c’est la ministre de la Santé qui, dans un entretien au Figaro, annonce que le gouvernement a finalement renoncé à doubler les plafonds des franchises médicales. Mais pas à les augmenter…

    Dès lors, faut-il croire l’exécutif ? Depuis son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron et ses gouvernements successifs se sont attelés à réduire les APL de 5 euros, à réformer le mode de calcul, ne prenant en compte que les 12 derniers mois de revenus, et à exclure depuis le 1er juillet, les étudiants extra-européens non boursiers. Ils sont plus de 100 000 impactés qui se voient amputés de 150 à 250 euros par mois.

    La paupérisation des étudiants est loin d’émouvoir les néolibéraux. « La précarité n’est pas un accident de la politique gouvernementale, elle en est devenue le résultat assumé », s’insurge l’Unef dans une étude publiée le 17 août qui fait le « bilan des dix ans au pouvoir d’Emmanuel Macron ». Le constat est sans appel, le coût de la vie étudiante a augmenté de 1,66% sur un an, et de plus de 35% depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, selon l’enquête annuelle du syndicat étudiant.

    EN CHIFFRES

    4,2

    En milliards d’euros, c’est le montant global des coupes budgétaires à long terme que préconise le rapport de l’IGF et de l’Igas en s’attaquant aux politiques familiales de l’État.

    200 000

    C’est le nombre d’étudiants qui pourraient être impactés par le nouveau mode de calcul des APL qui entraînerait, pour 200 000 jeunes, la suppression pure et dure de cette allocation.

  • Une nouvelle étude pointe les manquements passés de l’IHU

    Une nouvelle étude pointe les manquements passés de l’IHU

    Déjà en août 2023, 456 publications des scientifiques de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée avaient été épinglées au bout de deux ans d’enquête pour leurs manquements éthiques ou légaux. Mais derrière l’arbre des recherches désormais invalidées du professeur Didier Raoult sur l’hydroxychloroquine, la forêt des entorses réglementaires est encore plus étendue : dans une nouvelle étude publiée mercredi 12 août dans la revue Research integrity and peer review, les mêmes huit coauteurs ont recensé 853 publications problématiques parmi 2 674 articles scientifiques publiés par l’IHU entre 1994 et 2025, dont seulement 64 ont fait l’objet d’une rétractation et 270 corrigés. « Nos résultats montrent des problèmes avec le respect de l’éthique de recherche largement répandus et persistants au sein de la bibliographie de l’IHU Méditerranée et renforcent le besoin d’une relecture éditoriale et institutionnelle continue », expliquent-ils dans leurs conclusions.

    Obtenues grâce à la commission d’accès aux documents administratifs (Cada), 23 autorisations de recherche ont ainsi été réutilisées pour 374 publications différentes, dont l’une – l’autorisation n°09-022 pour 258 études. Onze d’entre elles ont été rétractées. Des autorisations données pour le prélèvement de selles sont ainsi citées pour des études mentionnant des prélèvements de salive, d’urine, de sécrétions vaginales… Au total, énumère l’enquête, 75 publications ont obtenu une autorisation rétroactive, 194 autres réalisées hors de France ne mentionnent aucune autorisation locale, 343 n’indiquent même pas la moindre autorisation. Selon les chercheurs, au moins 78 articles de recherche biomédicale ne respectent pas le droit français. Un rapport d’Aix-Marseille Université avait identifié 8 publications illégales, qui ont été rétractées. « Lorsque cela était nécessaire, des démarches ont été engagées auprès des éditeurs scientifiques », indique l’université à nos confrères du Parisien.

  • Mortalité infantile : la région désarmée

    Mortalité infantile : la région désarmée

    C’est un document que le gouvernement voulait garder dans les tiroirs. Sept mois après avoir rendu ses conclusions, l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) a finalement été autorisée le 4 août dernier à publier son rapport consacré à la hausse de la mortalité infantile, au moment même où le Canard enchaîné en dévoilait le contenu.

    C’est que le constat est dramatique. « Connaissant une lente mais continue dégradation de ses indicateurs de santé périnatale au cours des quinze dernières années, la France se retrouve désormais en 23e position au sein de l’Union européenne (UE) en termes de mortalité infantile, une chute marquée par rapport aux années 1990, où elle figurait parmi les pays les mieux classés », pointe le rapport. Depuis 2011, ce taux a augmenté de 0,6 point pour atteindre 4,1 décès avant le premier anniversaire pour 1 000 naissances. « Si la France connaissait le taux de mortalité infantile moyen de l’UE, soit 3,3 ‰, ce sont les morts de 529 enfants dans leur première année qui auraient pu être évitées en 2024 », écrit l’Igas. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, 182 nouveau-nés qui ont perdu la vie en 2024, soit 3,7 décès pour 1 000 naissances, contre 2,8 en 2012. Si l’augmentation est la plus forte dans les Alpes-de-Haute-Provence, les Bouches-du-Rhône restent les premiers concernés avec 3,5 décès pour 1 000 naissances sur la période 2020-2024.

    La précarité en cause

    Derrière ces drames, pour moitié liés à des naissances prématurées, « l’accroissement de la précarité sociale et des difficultés socio-économiques joue un rôle important », souligne l’Igas. En première ligne, les femmes nées à l’étranger, avec « des barrières à l’accès primaire aux soins et des soins sous-optimaux », s’alarme l’Igas. Un constat qui vaut aussi en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Dans son bulletin régional thématique publié le 8 juillet dernier, Santé publique France pointe « des indicateurs de précarité et de morbidité maternelle plus défavorables dans les Bouches-du-Rhône ». 20,8% des femmes ayant accouché y bénéficient de la complémentaire santé solidaire ou de l’aide médicale de l’État, trois points de plus que la moyenne nationale. Parmi les facteurs de risque, le bulletin pointe aussi la forte augmentation du surpoids et de l’obésité avant la grossesse qui concerne désormais un tiers des mères.

    150 millions nécessaires

    C’est dans ce contexte que l’Assemblée nationale avait voté, en mai 2025, un moratoire de trois ans sur la fermeture des maternités. Leur nombre a été divisé par deux en trente ans en France, dans un contexte de chute de la natalité. Dans la région, elles sont quatre à avoir fermé ces dix dernières années, dont trois cliniques privées, alors qu’une femme sur vingt y a un temps de trajet supérieur à 45 minutes pour accoucher. « On ne saurait soutenir qu’il existerait un lien univoque entre l’organisation de l’offre de maternités et les résultats enregistrés en termes de mortalité infantile », objecte cependant l’Igas.

    Son rapport insiste davantage sur la nécessité de renforcer la prévention et le dépistage, le suivi post-natal, et en particulier de « se donner les moyens de toucher les publics les plus vulnérables et les plus éloignés des parcours de soins ». Mais surtout, il reprend l’alerte de la Société française de néonatalogie. « Les unités [de soins intensifs et réanimation] sont saturées, avec des taux d’occupation trop élevés, ce qui a un impact sur la qualité des soins et sur la mortalité », écrit l’Igas. Un quart des services refuse régulièrement des entrées critiques faute de place, et le sous-effectif infirmier augmente la mortalité des grands prématurés. Dans la région, 94 événements graves indésirables ont été déclarés en 2017 et 2024. Celle-ci est la moins bien dotée de l’Hexagone en matière de réanimation en néonatalogie : on n’y compte que 0,71 lit pour 1 000 naissances, quand l’Igas réclame un ratio d’un lit pour 1 000 naissances. Selon la Société française de néonatalogie, il faudrait consacrer au moins 150 millions de plus par an pour ajuster les effectifs soignants et le nombre de lits. « Une telle mesure se justifie d’un point de vue éthique, médico-économique et sociétal », résume l’Igas.

    Un accompagnement pour les femmes enceintes dans le 3e arrondissement

    Depuis le début de l’année, la Ville de Marseille a mis en place un dispositif Bien Naître à Marseille, avec l’ambition d’accompagner une centaine de femmes enceintes dans le 3e arrondissement, où plus de 52% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Lancé dans le cadre de sa politique de prévention et de lutte contre l’obésité infantile, ce programme propose deux ateliers « Alimentation et grossesse » ainsi que « Alimentation de bébé », avec des conseils personnalisés pour les participantes, auxquels s’ajoutent des activités hebdomadaires de marche, yoga, pilates, proposées par des associations locales. Identifiées par la protection médicale et infantile (PMI) ou par la maison de santé pluriprofessionnelle Peyssonnel qui accueille les ateliers, les participantes peuvent intégrer le dispositif au troisième mois de la grossesse, avec un accompagnement qui se poursuit avec quatre rendez-vous annuels après l’accouchement, pour un suivi durable. Surtout, elles reçoivent une aide financière de 45 euros par mois pendant cinq mois pour pouvoir accéder à une alimentation de qualité, qui peut être dépensée dans des lieux choisis pour la qualité de leurs produits.

    Y.S.

  • [Entretien] Patrick Bourdillon, CGT : « Avec l’ambulatoire, la prise en charge échoit aux familles »

    [Entretien] Patrick Bourdillon, CGT : « Avec l’ambulatoire, la prise en charge échoit aux familles »

    La Marseillaise : La maternité d’Apt a fermé en 2016, celle de la clinique Urbain V à Avignon en 2024. Quelles conséquences ont pu avoir ces fermetures ?

    Patrick Bourdillon : La baisse de la natalité considérable dans notre département a fait que l’absorption de l’activité d’Urbain V n’a pas eu pour conséquence une explosion des naissances sur le centre hospitalier d’Avignon. Mais la fermeture de l’hôpital d’Apt a amené beaucoup plus de naissances à Cavaillon, d’autant plus que la distance est importante depuis Apt. Et il y avait eu avant les fermetures à Vaison-la-Romaine et Pertuis. Si les chiffres de difficultés dans la naissance n’ont pas forcément augmenté, leur pourcentage par rapport au nombre de femmes qui accouchent lui augmente. On s’aperçoit surtout que c’est le nombre de professionnels en capacité de prendre en charge l’enfant, et la durée notamment de l’hospitalisation en post-partum, qui vont compter.

    Le rapport de l’Igas pointe le manque de places en réanimation en néonatalogie dans la région, quels constats faites-vous ?

    P.B. : Sur un centre hospitalier de la taille de celui d’Avignon, le service de néonatalogie n’est pas suffisant puisque c’est une maternité de niveau 2, donc nous n’avons pas de réanimation en pédiatrie. La plus proche est à Marseille, à pratiquement une heure de trajet. Un bébé en difficulté à Orange aura donc moins de chances qu’un bébé à la Timone. Mais les difficultés sur la réanimation existent aussi pour les adultes.

    Quelles sont les conditions de travail en néonatalogie ?

    P.B. : Elles sont plutôt bonnes dans la mesure où il y a un encadrement suffisant, même si parfois il y a des nécessités plus fortes. La néonatalogie est relativement préservée, mais nous ne sommes pas capables de gérer si beaucoup d’enfants ont des nécessités de soins, essentiellement pour les enfants prématurés ou pour ceux qui ont des complexités métaboliques ou des problématiques d’organes.

    Le travail de prévention est-il suffisant ?

    P.B. : Quand on voit les suppressions de subventions au Planning familial, on s’interroge… Ils ont dû faire appel à des dons en urgence ! D’autres préventions relèvent de la médecine de ville, mais le nombre de médecins est de moins en moins important. Cela a des conséquences, avant la naissance mais aussi après la grossesse. Il y a beaucoup d’arrivées aux urgences pédiatriques de jeunes mamans totalement perdues. L’ancien programme d’accompagnement du retour à domicile encourageait les jeunes mamans à rentrer le lendemain de l’accouchement, on a voulu faire de l’ambulatoire avec pour limite une prise en charge de l’individu qui échoit aux familles, et pas aux professionnels de santé. Alors il y a des incompréhensions sur la perception des symptômes de l’enfant, alors qu’il est de plus en plus compliqué de trouver des médecins, ne parlons même pas des pédiatres, pour voir si l’enfant est en danger ou pas. Le quadrillage médical ne se joue pas seulement sur les hôpitaux et maternités.

  • À l’AP-HM, un programme pilote pour les prématurés

    À l’AP-HM, un programme pilote pour les prématurés

    « Nous avons beau avoir des tas de machines, rien ne remplacera le contact peau à peau », sourit Dorothée Bontinck. Depuis 2017, l’infirmière puéricultrice est la référente du programme néonatal individualisé d’évaluation et de soins de développement – Nidcap en abrégé – de l’AP-HM qui a obtenu sa certification deux ans plus tard en 2019. Un programme qui vient rapprocher, au sein du service de réanimation néonatale de la Conception (5e arr.), les parents de leurs nouveau-nés pour limiter les sources de stress ou de douleur, et favoriser leur développement. « Cela part du principe que le bébé a des compétences, que nous allons montrer aux parents pour qu’ils reproduisent ce qui marche pour lui, explique Dorothée Bontinck. Leur première source de bien-être, c’est le parent. » Ainsi le peau à peau est-il favorisé, dès l’accouchement mais aussi pour le transfert en réanimation, puis chaque jour. « Cela permet d’avoir une meilleure stabilisation de la respiration, du cœur, de mieux le réchauffer, de créer le premier lien d’attachement », décrit l’infirmière puéricultrice. Avec des effets prouvés sur le développement neurocognitif, et une réduction des dépressions post-partum. C’est l’occasion aussi de faciliter le retour à domicile. « Il y a beaucoup de familles défavorisées, isolées, l’arrivée à la maison est difficile quand on a un bébé malade », témoigne Dorothée Bontinck, qui attend avec impatience la livraison du futur bâtiment parents-enfants de la Timone, pour mieux accueillir les familles. Depuis trois ans, elle intervient aussi pour former les professionnels de la région à ces techniques. « Les formations sont toujours complètes », sourit-elle.