Marseille met en lumière l’héritage de l’historien Marc Bloch

« Ce qui est nouveau, c’est la manière d’appréhender la production du savoir historique, non plus comme un récit qui reconstitue l’enchaînement chronologique des événements, mais comme le moyen de comprendre le fonctionnement des sociétés passées pour comprendre le changement social. » C’est par ces mots que Laure Verdon, maîtresse de conférences en histoire médiévale à Aix-Marseille Université a décrit l’apport majeur de Marc Bloch lors de la conférence organisée le 4 juin aux Rotatives de La Marseillaise par l’association Coudes-à-Coudes.

Premier historien de profession à entrer au Panthéon, Marc Bloch a profondément renouvelé la discipline, ont rappelé Laure Verdon et Julien Loiseau, professeur d’histoire médiéviste à Aix-Marseille Université. Pour Laure Verdon, il est « de ceux qui ont défini les règles du métier d’historien ». L’écriture de l’histoire n’était pas pour lui « simplement un passe-temps ou un exercice d’érudition », mais « un véritable travail » révélant « l’utilité sociale de ce qu’est l’histoire et de ce qu’est le métier d’historien ».

Dans une lettre adressée à son fils Étienne en 1940, il écrit : « Le métier d’historien (…) est un beau métier (…), mais c’est un métier difficile (…), il exige beaucoup de travail, de connaissances diverses, et une réelle force intellectuelle. »

Fondateur avec Lucien Febvre de l’École des Annales, Marc Bloch rompt avec une histoire purement chronologique pour construire ce qui est appelé « l’histoire-problème ». Comprendre les sociétés plutôt que raconter les faits, croiser les apports de la géographie, la sociologie, l’économie ou la psychologie, sa méthode révolutionne durablement la recherche historique.

Mais, pour Julien Loiseau, l’œuvre de Marc Bloch ne peut être dissociée de sa vie. « C’est cette profonde cohérence entre la vie et l’œuvre » qui frappe encore aujourd’hui. « Marc Bloch fait l’expérience de l’Histoire et quand il écrit l’Histoire, il s’appuie sur son expérience », notamment celle de la Première Guerre mondiale.

Cette cohérence éclaire aussi son engagement dans la Résistance. Citant l’historien Patrick Boucheron, Julien Loiseau rappelle que « Marc Bloch estimait que le métier d’historien n’éloignait nullement de la vie », mais renforçait « une double responsabilité à l’égard du passé comme à l’égard du présent ». Une conception du métier qui fait dire à l’historien que « c’est en cela que l’histoire est une résistance ».

Quatre-vingt-deux ans après son exécution par la Gestapo, c’est donc autant le résistant que l’historien qui entre au Panthéon. Un homme qui souhaitait voir gravé sur sa tombe : « Il n’a chéri que la vérité. »

Comments

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *