Tag: résistant

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. La grande colère des travailleurs

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. La grande colère des travailleurs

    En conseil des ministres, le sinistre Jules Moch plaida pour une politique plus autoritaire et fit alors parler les matraques et organisa les arrestations. Pourtant, ces grèves étaient revendicatives et les complots dénoncés par Jules Moch n’étaient que dans sa tête ou celles de Ramadier et Léon Blum qui obéissaient aux injonctions américaines. L’aide du plan Marshall était accordée à la France à condition que des mesures soient prises contre le Parti communiste et la CGT. Ils ont obéi. Ils ont sur la conscience des morts comme Voulant et Bettini abattu à l’Estaque par un policier, des poursuites contre les travailleurs et leurs dirigeants. Moi-même, sur les ordres du préfet Beylot, je fus poursuivi pour une affiche diffamatoire accusant le gouvernement : « les chiens aboient, la caravane passe ».

    La mise à sac de l’Alcazar

    Je me souviens aussi de la venue à Marseille, à la préfecture, de Daniel Mayer, ministre du travail, socialiste. Les raffineries de sucre de Saint-Louis étaient alors en grève pour les salaires et les conditions de travail, contre les licenciements. Il accepta une rencontre avec une délégation du bureau syndical que je conduisais. Je lui présentai la délégation en lui faisant connaître les raisons de la grève. Il m’écouta, puis, s’adressant en particulier aux membres de la délégation, il s’exprima en ces termes : « Savez-vous que les ordres de grève viennent du comité central du Parti dont Molino est le représentant à Marseille. Je n’accepte pas vos revendications et votre grève est politique et vous demande de quitter le bureau immédiatement ». Mécontente et en colère, la délégation décida de faire une assemblée générale des travailleurs de raffineries de sucre en grève à 100%.

    Je leur suggérai : «Daniel Mayer et Gaston Defferre organisent un meeting ce soir à 18 heures à l’Alcazar, je vous propose d’occuper la salle une heure avant et j’apporterai la contradiction. » Le soir, la salle de l’Alcazar était pleine à craquer. Des milliers de personnes se trouvaient à l’extérieur. Le premier orateur fut Gaston Defferre qui fut accueilli par 40 000 travailleurs mains en l’air. Elles font les « petites marionnettes » ne pouvant s’expliquer ! Daniel Mayer s’avança rageusement vers le micro des travailleurs qui scandaient « Molino ! ». J’attendais le moment, étant présent au bar de l’Alcazar où nous avions décidé que je porterai la contradiction à Daniel Mayer. Arrivé dans la salle, je fus propulsé sur la tribune pour prendre la parole, les socialistes m’agressèrent ce qui déchaîna la colère des travailleurs.

    Daniel Mayer, ministre du travail, et Gaston Defferre ne durent leur salut qu’à une fuite par la porte de secours entourés de policiers. Quant aux travailleurs des raffineries, déchaînés par l’attitude de ces deux dirigeants socialistes, ils s’en prirent au matériel, arrachant les fauteuils, brisant les glaces, etc. et ils mirent l’Alcazar à sac. Le directeur engagea des poursuites qui se retournèrent contre les organisateurs du meeting, c’est-à-dire le Parti socialiste.

    à suivre la semaine prochaine…

  • Il y a 80 ans, 149 anciens bagnards débarquaient à la Joliette

    Il y a 80 ans, 149 anciens bagnards débarquaient à la Joliette

    Ce grand retour fait suite au décret-loi de juin 1938 qui a supprimé la transportation vers la Guyane. Le rapatriement des libérés avait été retardé avec la guerre et le régime de Vichy. Il faut attendre la Libération pour que leur retour soit organisé avec le concours de l’Armée du Salut, très dévouée au sort des bagnards et de leur réinsertion dont le major Charles Péan qui pilote un dispositif devant permettre à tous ces hommes de retrouver une existence sociale, après plusieurs décennies de relégation.

    Les détenus libérables ont été regroupés à Saint-Laurent-du-Maroni, puis acheminés vers la métropole par le paquebot Athos II des Messageries maritimes qui accoste le vendredi 16 août 1946 à 15h45 au Môle G avec 1653 passagers à bord dont 149 premiers forçats libérés, un homme étant décédé pendant le voyage.

    « Ils ont été réhabilités pour leur bonne conduite et retrouvent leur vie d’hommes libres » écrit La Marseillaise. « Je m’attendais à rencontrer des forçats en tenues rayées et droguets sur la tête, ils étaient en civil et en chapeau mou. Nombre d’entre eux regardaient avec émotion cette terre de France qu’ils revoyaient après de longues années d’absence. Plus d’un ne pouvait cacher des larmes de joie. »

    « Un visage buriné par la souffrance »

    Le reporter de La Marseillaise, Alfred Carrasso, ancien résistant, aborde « un homme grand, mince, au visage buriné par la souffrance ». Il s’appelle Paul Hourdeau, a été condamné à 5 ans de bagne et 20 autres de relégation. Il explique avoir « travaillé dans les bureaux de la Compagnie des Mines d’or de la Guyane dont le siège est à Paris ». Sur le quai, le sonneur de cloches des îles (du Salut). « Il a été relégué en 1897 pour rupture d’interdiction de séjour. On le gracie à 76 ans. Que voulez-vous qu’il fasse pour vivre ? Il a demandé à continuer son emploi au bagne, mais on l’a fichu dehors. Il est libre ! »

    Un libéré raconte à La Marseillaise qu’ « en 1940, 800 relégués avaient demandé à s’engager volontaires dans les Forces françaises libres. Six ont été admis à la suite d’une erreur. Malgré cela, 180 d’entre nous ont suivi le capitaine Chaudon qui les fit évader à travers le Maroni en Guyane hollandaise et se sont battus courageusement. Une trentaine furent cependant repris et condamnés à des peines de 5 à 20 ans de travaux forcés pour avoir voulu combattre pour leur pays. Trois ont été condamnés à mort. »

    L’article rapporte la présence sur le navire du peintre Moïse Kisling, réfugié à New-York depuis 1940. Ce n’est nullement un bagnard libéré même s’il avait été condamné à mort par contumace par l’Allemagne nazie pour ses activités antifascistes et ses origines juives. Le peintre revient en France et vivra à Sanary. D’autres bagnards avaient embarqué à Fort-de-France le 30 juillet mais à leurs frais.

    Dans l’après-midi, les revenants sont conduits au centre d’accueil de l’Armée du salut, rue Félix-Pyat, où ils sont hébergés. Tous ces hommes retrouvent une France profondément transformée par la guerre. Certains ont de la famille et des amis qui les attendent. Un représentant du Syndicat des marins s’interroge sur leur sort. « Que vont devenir ces hommes que nous ramenons? Je les connais, j’ai vécu un mois avec eux. Ils ont tous l’ambition de refaire leur vie. Ils viennent en France avec beaucoup d’illusions. Certains croient pouvoir partir au Canada, d’autres aux colonies. Leur situation est tragique. Qu’a-t-on prévu pour eux ? Que leur a-t-on préparé ? Des papiers ? Du travail ? À la première infraction ils seront à nouveau durement frappés. »

    En août 1946, il restait encore environ 2000 libérés à devoir encore être rapatriés, 800 restant en cours de peine à Saint-Laurent-du-Maroni. Les derniers condamnés ne rentreront donc que beaucoup plus tard. Le 8 août 1953, le San Mateo ramènera encore plus de 80 hommes tournant la page d’un siècle d’un système carcéral abominable que la France avait mis en place en 1852, la transportation des condamnés vers la Guyane et la Nouvelle-Calédonie.

    David Coquille

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Défendre l’indépendance et l’unité

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Défendre l’indépendance et l’unité

    La première question à l’ordre du jour était celle des salaires et de la préparation d’un mouvement revendicatif national. La résolution sur les salaires et les prix entraîna un premier incident.

    Une motion présentée par Cochinard s’opposa à la hausse générale des salaires réclamée par Pierre Lebrun.

    Le débat fut ouvert sur les manœuvres de scission que je dénonçai. Indigné, m’adressant aux diviseurs, je leur dis : « Camarades, après les interventions de nombreux camarades, celles de Benoît Frachon, Hernio de la fédération des cheminots que j’approuve entièrement, vous me permettrez de donner mon point de vue sur un aspect que je considère très sérieux dans la situation actuelle. Les trusts américains ne doivent plus intervenir ouvertement dans la vie politique et syndicale. L’indépendance économique et politique est menacée, l’obstacle majeur à l’intervention directe des trusts américains reste la Confédération générale du travail. C’est pour cela que nous assistons à une attaque concertée contre la CGT avec des complices de Truman qui, sous prétexte de défendre les syndicats contre une imaginaire emprise politique, développent leur campagne. »

    La résolution soulève le débat

    Je condamnai certaines interventions et en particulier celle de Bouzanquet, secrétaire confédéral : « J’ai en ma possession tes écrits où tu nous reproches de ne pas avoir condamné le pacte germano-soviétique et avec ce prétexte, tu portes de l’eau au moulin de la réaction qui se sert de ton autorité pour écrire dans ses journaux que la CGT est dirigée par des communistes. L’anticommunisme, voilà le véritable fléau, nous savons où cela nous a menés, de Munich à 1940. Bothereau a présenté une résolution qui approuve le plan Marshall et elle a été repoussée. Je demande au président de séance de présenter une résolution. »

    Il est intéressant de rappeler le débat que souleva ma résolution. Pour la défense de l’indépendance et de l’unité, la réaction la plus virulente fut celle de Capocci, secrétaire de la fédération des employés de commerce.

    Il essaya de justifier les actions qu’ils avaient menées pendant l’Occupation et déclara : « J’ai entendu Molino ressasser les vieilles histoires, j’en ai assez, nous en avons assez… On parle aussi de dollars que nous aurions touchés, je vous assure, camarades, que les dollars que nous avons pu toucher ne nous ont pas fait mal au ventre et qu’ils ne vous feraient pas mal au ventre si vous en mangiez autant que nous. »

    Et s’adressant à moi : « Tu as cité ma fédération ; permets-moi de te dire que s’il est une fédération qui peut parler d’indépendance, c’est bien la nôtre. »

    à suivre la semaine prochaine…

  • Aix-en-Provence, une nouvelle plaque en l’hommage de Pascal Fieschi

    Aix-en-Provence, une nouvelle plaque en l’hommage de Pascal Fieschi

    Rue Pascal Fieschi, conseiller municipal, résistant déporté politique à Dachau, militant de la Paix » : telle est désormais l’inscription figurant sur la plaque de la rue Pascal-Fieschi. Cette nouvelle dénomination rend hommage à cette figure historique du communisme aixois, ancien responsable du PCF à Aix-en-Provence et dans le bassin minier de Gardanne, engagé dans la Résistance dès 1941. La voie, située dans le quartier du Pont-de-l’Arc, avait été inaugurée une première fois en 1989. Mais sans les descriptifs associés à cette figure de la résistance locale et les fonctions qu’il a occupées, au fil des années. Sans qu’elle ne mentionne, non plus, l’arrestation pour ses idées, sa déportation… « Là, elle a du sens cette plaque aujourd’hui (…) Je suis content que la municipalité prenne en compte cette démarche-là. Elle honore un militant, un combattant, mais pas que », souligne Antoine de Genarro, pour le Collectif Saint-Jean 24 janvier 1943, aux manœuvres pour que cette nouvelle plaque voit le jour. La démarche avait été lancée en 2024 par l’association, auprès de la majorité de Sophie Joissains, maire UDI d’Aix-en-Provence. Ce vendredi, la nouvelle plaque a donc été inaugurée par les militants communistes, l’épouse de Pascal Fieschi, Danielle Bleitrach et par des élus municipaux, dont Éric Chevalier, premier adjoint.

    Dépasser les idées

    En 1942, dans une France gangrenée par le nazisme, Fieschi est arrêté pour ses idées avec d’autres militants après la chute d’une partie de la direction du PCF, à Marseille. Il est ensuite condamné, en juillet 1943, à cinq de prison, puis incarcéré pour une partie de sa peine à la centrale d’Eysses, ou il mena le bataillon résistant de la prison, pour laquelle il fut condamné à mort. Peine à laquelle il échappe, étant envoyé à Dachau. Libéré en 1945, Fieschi revient à Aix après la Libération. « Il reprit aussitôt ses activités syndicales et surtout politiques au PCF dont il devint, pendant de longues années, le leader local incontesté », rappelait Antoine de Genarro. Fieschi avait aussi tissé une alliance avec « les gaullistes », en temps de montée du fascisme. « Aujourd’hui, on a des fascistes qui sont aux portes du pouvoir. Une des raisons qui constitue cette menace est la porosité évidente entre une partie de la droite qui s’extrémise et les fascistes à proprement dit. Dans ce contexte, qu’une municipalité de droite accepte et coorganise un hommage à celui qui fut un résistant communiste, c’est la victoire de ceux qui (…) s’accordent pour penser que la République n’est pas discutable », estime David Tessier, conseiller municipal PCF. « Monsieur l’adjoint, vous avez su, par cette célébration, montrer votre haute conception de la politique loin des petitesses partisanes quand il s’agit d’honorer ceux qui servent la France mais aussi celle de votre ville, celle de Pascal Fieschi », estimait de son côté Danielle Bleitrach, qui a tenu un long hommage sur le parcours militant et résistant de son époux, des dangers du fascisme et de la méfiance envers le politique qui réémergent aujourd’hui. Eric Chevalier, qui espère qu’ « avoir une plaque qui donne la signification de ce qu’était cette personne pourra amener les écoles à conduire une recherche sur ce qu’est un militant syndicaliste, politique, un élu ». Et de rappeler que « ne pas partager les mêmes idées c’est une chose, mais l’important est d’avoir une rigueur dans les idées que l’on défend ».

  • Marseille met en lumière l’héritage de l’historien Marc Bloch

    Marseille met en lumière l’héritage de l’historien Marc Bloch

    « Ce qui est nouveau, c’est la manière d’appréhender la production du savoir historique, non plus comme un récit qui reconstitue l’enchaînement chronologique des événements, mais comme le moyen de comprendre le fonctionnement des sociétés passées pour comprendre le changement social. » C’est par ces mots que Laure Verdon, maîtresse de conférences en histoire médiévale à Aix-Marseille Université a décrit l’apport majeur de Marc Bloch lors de la conférence organisée le 4 juin aux Rotatives de La Marseillaise par l’association Coudes-à-Coudes.

    Premier historien de profession à entrer au Panthéon, Marc Bloch a profondément renouvelé la discipline, ont rappelé Laure Verdon et Julien Loiseau, professeur d’histoire médiéviste à Aix-Marseille Université. Pour Laure Verdon, il est « de ceux qui ont défini les règles du métier d’historien ». L’écriture de l’histoire n’était pas pour lui « simplement un passe-temps ou un exercice d’érudition », mais « un véritable travail » révélant « l’utilité sociale de ce qu’est l’histoire et de ce qu’est le métier d’historien ».

    Dans une lettre adressée à son fils Étienne en 1940, il écrit : « Le métier d’historien (…) est un beau métier (…), mais c’est un métier difficile (…), il exige beaucoup de travail, de connaissances diverses, et une réelle force intellectuelle. »

    Fondateur avec Lucien Febvre de l’École des Annales, Marc Bloch rompt avec une histoire purement chronologique pour construire ce qui est appelé « l’histoire-problème ». Comprendre les sociétés plutôt que raconter les faits, croiser les apports de la géographie, la sociologie, l’économie ou la psychologie, sa méthode révolutionne durablement la recherche historique.

    Mais, pour Julien Loiseau, l’œuvre de Marc Bloch ne peut être dissociée de sa vie. « C’est cette profonde cohérence entre la vie et l’œuvre » qui frappe encore aujourd’hui. « Marc Bloch fait l’expérience de l’Histoire et quand il écrit l’Histoire, il s’appuie sur son expérience », notamment celle de la Première Guerre mondiale.

    Cette cohérence éclaire aussi son engagement dans la Résistance. Citant l’historien Patrick Boucheron, Julien Loiseau rappelle que « Marc Bloch estimait que le métier d’historien n’éloignait nullement de la vie », mais renforçait « une double responsabilité à l’égard du passé comme à l’égard du présent ». Une conception du métier qui fait dire à l’historien que « c’est en cela que l’histoire est une résistance ».

    Quatre-vingt-deux ans après son exécution par la Gestapo, c’est donc autant le résistant que l’historien qui entre au Panthéon. Un homme qui souhaitait voir gravé sur sa tombe : « Il n’a chéri que la vérité. »

  • L’héritage de Marc Bloch mis en lumière aux Rotatives

    L’héritage de Marc Bloch mis en lumière aux Rotatives

    Les Rotatives de La Marseillaise ont accueilli, ce jeudi soir, une conférence-débat consacrée à Marc Bloch, figure majeure de l’historiographie française, dont la panthéonisation est prévue le 23 juin. Organisée par l’association Coudes-à-coudes, la rencontre a réuni universitaires, enseignants d’histoire-géographie et élus de la Ville de Marseille autour d’un homme dont l’œuvre et l’engagement demeurent indissociables.

    Historien engagé

    En ouverture, le président et directeur éditorial de La Marseillaise, Léo Purguette, a rappelé la vocation du quotidien : « un rôle de combat » et non « le rôle d’un vestige ou témoin ». Évoquant Marc Bloch, il a salué « un très grand historien » qui mérite « la transmission de son œuvre, de sa vie, aux nouvelles générations ».

    Représentant le maire de Marseille, Azad Kazandjian, conseiller municipal délégué au patrimoine historique et cultuel, a insisté sur la portée contemporaine de l’auteur de L’Apologie pour l’histoire. « L’histoire n’est pas une arme au service des passions du moment, mais une école de l’humanité », a-t-il déclaré, appelant à « résister à l’ignorance ».

    Pour Michel Potoudis, président de l’association Coudes-à-coudes, la panthéonisation constitue l’occasion de remettre en lumière un homme qui fut « un intellectuel engagé au sens le plus noble du terme.(…) Il s’est battu contre le fascisme par les moyens intellectuels d’abord, par les moyens militaires ensuite ».

    Les historiens Julien Loiseau et Laure Verdon ont insisté sur la cohérence entre la vie et l’œuvre de Marc Bloch, enseignant, chercheur et résistant. Une exigence résumée par la phrase qu’il souhaitait voir inscrite sur sa tombe : « Il n’a chéri que la vérité. » Un héritage qui, plus de 80 ans après son exécution, continue d’éclairer le présent.

    Coline Le Bras

  • Marc Bloch, historien bientôt panthéonisé, mis à l’honneur

    Marc Bloch, historien bientôt panthéonisé, mis à l’honneur

    Ils sont rares, les grands intellectuels qui furent pleinement résistants. Aux côtés de figures remarquables comme René Char, Jean Paulhan ou Jean-Pierre Vernant – un poète, un directeur de revue, un historien de la Grèce antique – on peut mentionner ceux qui furent fusillés : le philosophe Jean Cavaillès, l’ethnologue Boris Vildé ou, plus oublié encore, l’homme de théâtre Sylvain Itkine, lui aussi massacré dans les geôles de la Gestapo lyonnaise.

    Fils d’un historien de la Sorbonne, républicain d’origine juive alsacienne, athée et patriote, Marc Bloch, chercheur convaincu de la nécessité de l’interdisciplinarité, de la sociologie et de l’économie, inventeur aux côtés de son aîné Lucien Febvre de la revue Annales et de l’histoire des mentalités, (1886-1944), ne fut pas uniquement un immense médiéviste et un enseignant soucieux de clarté. Les problématiques de ses contemporains renouvelèrent son questionnement ; deux guerres mondiales aiguisèrent son regard.

    Un martyr

    de la République

    En 1914-1918, une blessure et les combats dans les tranchées lui permirent d’appréhender l’importance des fausses nouvelles et de la propagande, ainsi que le rôle de la paysannerie dans la société française du XXe siècle comme dans le monde féodal. La « drôle de guerre » l’amena à poser un diagnostic sans concession sur l’effondrement de son pays en 1940. Au fil des ans, son essai posthume, L’Étrange défaite, préfacé en 1990 par l’Américain Stanley Hoffmann, devint son livre le plus lu : citoyens et historiens du temps présent en avaient besoin pour élucider les abandons et la férocité du régime de Vichy.

    Après sa démobilisation, Marc Bloch renonça à partir pour les États-Unis, où un poste lui était réservé. Il avait charge de famille et son statut de juif lui interdisait d’enseigner en France. Son entrée dans la clandestinité de la Résistance ne fut pas immédiate : les hommes de l’ombre crurent un moment ne pas devoir recruter ce personnage d’aspect sévère, porteur d’une canne, déjà vieilli. À Lyon, son courage et ses talents d’analyste lui permirent de devenir un infatigable dirigeant du MUR, le mouvement d’Alban Vistel.

    Marc Bloch fut arrêté le 8 mars 1944. La Gestapo l’emprisonna au fort de Montluc. Il fut interrogé, torturé pendant plusieurs jours, subit coups de poing, fouets et tentatives de noyade à l’eau froide, contracta une pneumonie et revint dans sa cellule avec le visage ensanglanté et des côtes cassées. Pour survivre, il parla un peu, livrant des renseignements sans importance. Le 16 juin 1944, on l’extrait de sa cellule. Son corps sera identifié parmi 28 cadavres, ceux d’ouvriers et de résistants communistes.

    Le tournant

    d’une seconde vie

    C’est donc une double figure qu’il ne faut pas dissocier qui sera évoquée, ce jeudi, à l’initiative de l’association marseillaise Coudes-à-Coudes de Michel Potoudis : Marc Bloch fut un enseignant et chercheur qui révolutionna sa discipline, ainsi qu’un chef de réseau torturé et fusillé en 1944 par les sbires de Klaus Barbie.

    Codirecteur avec Florian Mazel, enseignant formé à Aix-en-Provence, d’un remarquable et très complet ouvrage collectif intitulé Marc Bloch, l’histoire en résistance (Éditions du Seuil), et commissaire d’une exposition qui s’ouvrira pendant les cérémonies du Panthéon, Yann Potin évoquera ce jeudi, dans l’ancienne salle des rotatives de notre journal, avec deux universitaires aixois, Julien Loiseau et Laure Verdon, la trajectoire de Marc Bloch.

    Longtemps éclipsée par Fernand Braudel ou Georges Duby, qui furent lus durant une période plus favorable au marché du livre, la figure de ce grand comparatiste, fondateur de la nouvelle histoire des mentalités, s’est soudain rapprochée. Elle avait été pleinement réévaluée par la communauté des historiens, notamment par Jacques Le Goff, Bronisław Geremek et Carlo Ginzburg, qui placent très haut Les Rois thaumaturges et Apologie pour l’histoire.

    Après Jean Moulin en 1964, Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillon et Jean Zay en 2015, puis Simone Veil, Joséphine Baker, Missak Manouchian et Robert Badinter, un historien entrera, ce 23 juin, pour la première fois au Panthéon.

    Reste à mesurer ce qu’il adviendra, dans un tel contexte, de cette seconde vie de Marc Bloch, introduit au Panthéon par un président de la République désireux de capter, pour son image personnelle, une partie du capital symbolique de la Résistance. On sera solidaire de la volonté de la famille de Marc Bloch, qui exige que « l’extrême droite, dans toutes ses formes, soit exclue de toute participation à la cérémonie ».

    Conférence ce jeudi 4 juin à partir de 18h30. Les Rotatives, 19 Cours d’Estienne d’Orves, Marseille (1er). Entrée libre.

  • À La Garde, un parc urbain au nom du résistant François Accusano

    À La Garde, un parc urbain au nom du résistant François Accusano

    Le lieu se veut un « îlot de fraîcheur » végétalisé accessible pour tous les habitants, les familles et les enfants. La réalisation d’un coût de 2,3 millions d’euros (HT) a été cofinancée par la Métropole TPM, la Ville de la Garde, le Département du Var, l’Agence de l’eau et la Région Sud.

  • Une journée d’hommages à la Résistance

    Une journée d’hommages à la Résistance

    Cette journée a été instaurée en souvenir de la réunion du Conseil national de la Résistance (CNR) du 27 mai 1943 à Paris, réunissant Jean Moulin, représentant du Général de Gaulle, les représentants des huit grands mouvements de résistance français et les représentants de six principaux partis politiques de la troisième République. Une rencontre fondatrice, qui avait pour but d’unifier et de coordonner toutes les forces et les tendances politiques de la Résistance au sein d’un seul et même mouvement.

    Bouches-du-Rhône

    À Salon-de-Provence, à 9h30, au Mémorial Jean-Moulin, sur la route nationale 583.

    À Aix-en-Provence, à 11h30, au Wagon du Souvenir au camp des Milles, chemin des déportés.

    À Martigues, à 18h, au monument aux Morts sur la place du 8 mai 1945.

    À Aubagne, à 17h, au Parc Jean-Moulin.

    À La Ciotat, à 11h, au cimetière Sainte-Croix.

    Var

    À Toulon, à 10h, sur la place Gabriel-Péri.

    À Draguignan, à 18h30, au Monument de la Résistance, sur la place de la Paix.

    À Six-Fours, le collectif Six-Fours à gauche, écologiste, régionaliste et citoyenne organise à 10h, au rond-point Jean-Moulin, une cérémonie en réponse à la « cérémonie patriotique » programmée par la mairie d’extrême droite de Frédéric Boccaletti, afin de rappeler que les racines de son parti n’étaient pas du côté de la Résistance. Et de dénoncer : « Une entreprise de récupération et de falsification de l’Histoire, salissant la mémoire des résistantes », selon le collectif.

    Vaucluse

    À Avignon, à 10h, à l’angle du boulevard de la première DB et de l’avenue Pierre-Semard, une cérémonie commémorative se tiendra à l’occasion du 82e anniversaire des bombardements de la ville d’Avignon, et à 10h45, au Monument aux Morts, place
    1ère armée d’Afrique, se tiendra la cérémonie commémorative de la Journée nationale de la Résistance.

    À Carpentras, à 11h, au Monument aux Morts du cimetière.

    À Cavaillon, à 17h, sous le péristyle de l’hôtel de ville.

    Alpes-de-Haute-Provence

    À Manosque, à 18h, au Monument aux Morts, bd Élimir-Bourges, organisée par l’association Anacr.

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : 50 ans de luttes et de mémoire

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino : 50 ans de luttes et de mémoire

    Dans la chimie, il fallut quatre arrêts collectifs de travail d’une heure dans quatre usines. Ainsi, aux usines Kuhlmann, Rocca‑Tassy de Roux, les actions se répétaient pour le maintien des avantages acquis, le paiement de 25% sur les primes et pour protester contre les employeurs qui maintenaient l’abattement de 10% sur les salaires des femmes. Le 28 août, le personnel de la Compagnie générale des pétroles arrêta le travail le matin de 7h30 à 8h30. Des points de vue divergents décidèrent de porter le différend devant le ministre du Travail. La réaction des travailleurs ne se fit pas attendre. Le soir même, les ouvriers arrêtèrent le travail à l’Électrochimie de la Barasse en laissant sur place le personnel nécessaire au fonctionnement de l’usine. Le lendemain matin, le travail reprenait normalement, le syndicat respectant les mots d’ordre de la CGT en faveur de la production et des arrêts de travail de brève durée. La chimie avait un patron de combat, Keller, que nous dénoncions et qui n’avait qu’un but : arrêter le progrès social en fomentant des refus et des troubles. Le syndicat dirigé par deux bons camarades, Antoine Vabre et Maurice Alby, déjoua ce piège. En général, notre action porta ses fruits : en octobre les revendications ouvrières étaient satisfaites et les accords tenaient compte des avantages acquis.

    Mais l’inspecteur divisionnaire du travail fut rappelé à Paris, dénoncé par le CNPE, le Parti socialiste et le préfet comme un « ami de Lucien Molino et de la CGT ». Il est vrai que, dans de nombreux cas, il avait aidé les travailleurs. C’était un inspecteur honnête qui fut regretté par les syndicats. À Paris, on l’installa dans un bureau sans responsabilité et il attendit l’âge de la retraite. Dans mes déplacements dans la capitale, je lui rendais visite et j’ai pu me faire une idée de ce qu’étaient capables de faire les ennemis de la classe ouvrière.

    Les élections municipales du 19 octobre 1947

    Ces élections furent marquées par la montée du RPF et l’effondrement du MRP, tandis que le Parti maintenait, dans les grandes villes, les positions obtenues en novembre 1946. À Marseille, le PC augmentait son score de 1 000 voix et la SFIO de près de 4 000 voix. Pourtant, les bouleversements dans notre département furent importants. Nous perdîmes Marseille au bénéfice de Carlini, avec la complicité du Parti socialiste, et Aubagne à la suite d’une entente entre la SFIO, le RPF et le MRP. Arles, La Ciotat et Martigues passaient aux mains des socialistes soutenus par le RPF. La SFIO gardait la mairie d’Aix grâce au MRP. À Salon, Francou (MRP) obtenait sa réélection avec l’aide des socialistes.

    à suivre la semaine prochaine…