Tag: mémoire

  • [Rencontres d’Averroès] Ahmad Ashour témoigne pour préserver l’histoire gazaouie

    [Rencontres d’Averroès] Ahmad Ashour témoigne pour préserver l’histoire gazaouie

    Exilé en France depuis juillet 2025, Ahmad Ashour poursuit ses recherches dans le cadre du programme Pause. À travers ce dispositif, il veut « témoigner de la situation injuste et génocidaire que subit Gaza ». Il explique que « si le monde subit actuellement divers conflits, le cas de Gaza est spécial, c’est comme un camp de concentration ». En effet, si lui a pu s’extirper de Gaza grâce au programme Pause, il précise qu’en réalité, « il est impossible de quitter Gaza […] à cause du blocus géré par les Israéliens ». Selon lui, « environ 2 millions de Gazaouis sont actuellement retenus », contre leur gré.

    La culture menacée

    À côté des conditions de vie qu’entend dénoncer Ahmad Ashour, ce dernier souhaite également « témoigner pour préserver la culture, la mémoire et l’histoire palestinienne » qu’il juge en péril face au « déracinement qu’introduit l’occupation israélienne ». Il estime alors « nécessaire » l’expression de la culture gazaouie à l’internationale à travers notamment l’art, la musique ou encore l’écriture.

    Ces formes d’expression permettraient, à ses yeux, la « subsistance et la reconnaissance de l’identité palestinienne ». Il souligne également l’importance des « manifestations étudiantes actuelles [qui] défendent la cause palestinienne [car] pour ceux restés à Gaza, ce soutien est porteur d’espoir ». Ahmad Ashour conclut : « Témoigner permet de relier le passé au présent ».

    Table ronde « Habiter l’entre-deux », ce vendredi à 16h30 au théâtre Odéon, à Marseille. Entrée libre, réservation conseillée : nouvellesrencontresaverroes.com

  • Visites gratuites au Camp des Milles ce mercredi

    Visites gratuites au Camp des Milles ce mercredi

    La première a eu lieu le mercredi 21 octobre. La seconde se tiendra ce mercredi. L’entrée du site, les visites guidées ainsi que la visite-enquête familiale « À la recherche du mot précieux » seront proposées gratuitement. Une nocturne est aussi programmée ce jeudi, de 19h à 21h. Les visiteurs pourront découvrir le Site mémoriel à la tombée de la nuit lors d’une visite guidée ponctuée de plusieurs séquences à la lampe torche. Détails sur campdesmilles.org.

  • [Mémoire de déportation] Denise Toros-Marter. « J’avais 16 ans à Pitchipoï »

    [Mémoire de déportation] Denise Toros-Marter. « J’avais 16 ans à Pitchipoï »

    Témoignage livré en 2008

    À mes parents, afin que ce livre devienne la sépulture qu’ils n’ont jamais pu recevoir.

    Au lycée Montgrand, on nous fait bientôt apprendre et chanter « Maréchal, nous voilà ! », et lors du passage à Marseille du vieux monsieur de qui la France attend beaucoup, les lycéens vont l’acclamer sur le cours Pierre-Puget.

    Nous ne doutions pas que le « vainqueur de Verdun* », ainsi qu’on le vénérait, allait servir sur un plateau 76 000 Juifs à Hitler pour les faire massacrer dans des conditions jamais égalées à ce jour, en même temps que les Tziganes, les opposants au régime hitlérien (socialistes, communistes, gaullistes) ou tout simplement les jeunes réfractaires au Service du travail obligatoire**.

    Les nazis avaient commencé par éradiquer, en utilisant les gaz d’échappement ou les piqûres***, les jeunes allemands arriérés mentaux ainsi que les « mongoliens » ne jouissant pas de toutes leurs facultés. C’est ainsi que débuta la première partie de leur projet de voir un peuple allemand pur et sain, exempt de toute « tare raciale ».

    Commença aussi en Allemagne l’aryanisation des jeunes populations : ceux qui présentaient une « dégénérescence » aux yeux des spécialistes de la « race supérieure » devaient être supprimés pour ne laisser place qu’aux races dites « supérieures ».

    À Marseille, l’approvisionnement commence à se faire rare. Apparaissent alors les premières opérations de troc pour se nourrir : « Je te donne des chaussures, apporte-moi des pommes de terre », « Je te passe un peu d’essence pour ta voiture, fais-moi livrer du charbon. » Débute, hélas, le système de la débrouille, oui, mais nous, c’est pour subvenir aux besoins de notre famille, ce n’est pas pour faire de l’argent sur le dos des autres… comme certains qui font du « marché noir**** ».

    * Philippe Pétain (1856-1951), maréchal de France au lendemain de la Première Guerre mondiale, où il s’illustra comme le vainqueur de la bataille de Verdun (1916) et chef des armées (1917). Après la débâcle française de 1940, Pétain est appelé à la présidence du Conseil le 16 juin 1940. Il demande l’armistice et, le 10 juillet 1940, obtient du Parlement, réuni à Vichy, les pleins pouvoirs.

    ** Il est instauré par le régime de Vichy par la loi du 16 février 1943 pour fournir de la main-d’œuvre aux usines du IIIe Reich, dans le cadre de la politique de collaboration de l’État français avec l’Allemagne nazie.

    *** Avant l’utilisation du Zyklon B (puissant insecticide composé d’acide cyanhydrique) dans les chambres à gaz, les nazis ont employé le monoxyde de carbone émis par des moteurs diesel pour les destructions de masse. Les piqûres auxquelles fait allusion Denise sont un moyen d’assassinat consistant en une injection de phénol directement dans le cœur des victimes.

    **** Désigne le commerce illicite pratiqué alors que les denrées sont rationnées et les prix contrôlés par les autorités afin de répartir plus équitablement les productions.

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Le combat syndical contre l’impérialisme

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Le combat syndical contre l’impérialisme

    Ainsi, tout convergeait pour mettre en échec les fauteurs de guerre et, de fait, une 3e guerre mondiale serait écartée, la paix reviendrait au Vietnam et en Corée.

    Ceux qui croyaient avoir réduit la classe ouvrière à l’impuissance après la scission, pensant qu’elle était incapable d’avoir des forces pour secouer la misère, et qui luttaient contre la paix, constatèrent que les travailleurs n’acceptaient plus de jeûner dans leur propre intérêt et ce que les gouvernements redoutaient le plus, ce n’était pas la misère des ouvriers, mais les manifestations de leur colère !

    Ce qui est certain, c’est que sans la lutte incessante et courageuse de la classe ouvrière, sans les progrès sensibles réalisés dans l’unité d’action, cette situation aurait été encore plus sombre. Pressés par leur maître américain, nos gouvernants recherchaient de nouvelles méthodes pour imposer leur politique impopulaire. Le seul moyen pour parvenir à leur fin, c’était les atteintes à la démocratie sociale. Ils s’orientaient de plus en plus vers un autoritarisme d’État. Le droit de grève était battu en brèche. De Gaulle proclamait dans chacun de ses discours sa prétention d’amoindrir le rôle des syndicats et de les remplacer par un système de cogestion et de participation… qu’il baptisa association Capital-Travail.

    Exploitation des travailleurs des pays d’outre-mer

    Les travailleurs savaient que le grand patronat finançait la propagande démagogique et mensongère des représentants des classes possédantes par les profits réalisés sur la misère. C’était bien évident, et personne ne peut rien contre cela, la classe ouvrière défendait son pain, ses libertés et la paix avec le même soin, la même ardeur qu’elle apportait dans ses luttes quotidiennes.

    Les délégués à ce congrès dirent de quelle façon s’était aggravée leur propre situation au fur et à mesure que les impérialistes français transformaient leur pays en base militaire. La politique de guerre développe la misère, comme le dénonçait le délégué de Conakry. Les délégués ouvriers CGT étaient chassés des administrations, comme Abdoulaye Dialo, parce qu’il était vice-président de la FSM, Sekouroum et tant d’autres.

    Nous recevions des appels pathétiques de nos camarades de la Martinique, de Madagascar, du Maroc, de l’Algérie, où les travailleurs réagissaient contre l’impérialisme. Leurs écrits, leurs déclarations montraient que tous ces pays accordaient une confiance absolue à la CGT et à la FSM.

    Dans le but de combattre cette influence et de duper les travailleurs de ces pays pour les entraîner dans une politique de guerre, les impérialistes usaient de leurs moyens habituels : la répression et la division.

    à suivre la semaine prochaine…

  • Au Camp des Milles, les jeunes cultivent la mémoire

    Au Camp des Milles, les jeunes cultivent la mémoire

    Les intempéries des jours précédents n’auront visiblement pas découragé les quelque 250 élèves présents sur le site historique du Camp des Milles, ce mercredi 21 octobre. Accompagnés par différentes associations et structures d’insertion, parmi lesquelles les Écoles de la Deuxième Chance, l’Institut Télémaque, Apprentis d’Auteuil ou encore la Mission locale de Paris, ils ont participé à une journée mêlant visite mémorielle, échanges et ateliers citoyens.

    Ancienne tuilerie-briqueterie construite en 1882, le Camp des Milles devient un camp d’internement en 1939. Entre 1939 et 1942, plus de 10 000 personnes de 38 nationalités y sont internées. En août et septembre 1942, plus de 2 000 hommes, femmes et enfants juifs sont déportés depuis le camp vers Auschwitz, via Drancy ou Rivesaltes. Aujourd’hui, le Camp des Milles demeure l’un des principaux lieux de mémoire européens consacrés à l’histoire des internements et des déportations durant la Seconde Guerre mondiale.

    Mélissa, 21 ans, accompagnée par l’École de la Deuxième Chance de Marseille et passionnée d’histoire, évoque une visite « intéressante et particulièrement émouvante ». Un ressenti que nuance Ilhana, élève de troisième accompagnée par l’Institut Télémaque de Marseille. Elle décrit un « sentiment de colère » : « J’ai l’impression qu’on a oublié ces histoires. Or, ces images, on doit pour toujours les garder en tête pour ne pas reproduire les mêmes horreurs ».

    Au-delà de l’apport historique, Nicolas Sadoul, directeur de la Fondation du Camp des Milles, rappelle que cette journée vise à « construire un levier original d’insertion éducative et citoyenne » auprès de jeunes « dont la scolarité sort du parcours classique ». Pour lui, le Camp des Milles, « plus qu’un lieu de mémoire, est un lieu de réflexion », où les jeunes sont invités à réfléchir à la question suivante : « comment améliorer le faire société et le vivre ensemble ? ».

    Un projet davantage réflexif qu’instructif

    Une ambition partagée par Caroline Lattaignant, cheffe de projet mécénat au sein de la Fondation groupe EDF. Pour elle, ce partenariat avec le site mémoriel s’inscrit pleinement dans l’objectif du groupe : « Chacun doit trouver sa place dans la société via l’éducation à la citoyenneté ».

    Cette journée s’inscrit dans le cadre du Parcours éducatif et citoyen 2025-2028 de la Fondation groupe EDF. La prochaine date, dans le cadre de ce partenariat est fixée au mercredi 18 novembre, avec la 8e édition des Rencontres nationales des projets Label citoyen. Créé dans le cadre de la chaire Unesco « Éducation à la citoyenneté, sciences de l’Homme et convergence des mémoires », cet événement récompense des initiatives concrètes visant à lutter contre le racisme, l’antisémitisme et toutes les formes de discrimination.

  • Rassemblement : il y a 65 ans, le dix-sept octobre 1961

    Rassemblement : il y a 65 ans, le dix-sept octobre 1961

    Malgré les tensions en centre-ville de Marseille samedi, le collectif du 17 octobre 1961 a maintenu le rassemblement commémoratif pour les victimes du « massacre des Algériens ». Il y a 65 ans, lors d’une manifestation initiée par la Fédération de France du FLN, plusieurs milliers d’Algériens protestaient dans les rues de Paris contre le couvre-feu imposé aux « Français musulmans d’Algérie ». La répression policière a été sanglante : des manifestants ont été tués, jetés à la Seine et onze mille ont été arrêtés, sous les ordres du préfet de police Maurice Papon.

    Depuis, le collectif appelle à « nommer le crime » et demande « la reconnaissance pleine et entière de la responsabilité de l’état dans les événements ». « Le préfet Papon agit sous l’autorité du ministre de l’Intérieur Roger Frey et du Premier ministre Michel Debré : c’est tout un appareil d’État qui frappe », affirme Zohra Boukenouche, membre du collectif. Elle dénonce un « problème systémique dans la police, qui persiste aujourd’hui ». Elsa Einaudi, fille de Jean-Luc Einaudi, auteur d’enquêtes pionnières sur la guerre d’Algérie et qui a contribué à la reconnaissance officielle du massacre d’octobre 1961, a soutenu la mobilisation à Marseille. « Il faut transmettre l’histoire pour qu’elle soit un outil de compréhension du présent », a-t-elle défendu. Et d’ajouter : « L’état doit reconnaître sa responsabilité pour rendre service à la police, dans un travail de repentance ».

    Une exposition d’archives d’articles de presse française et algérienne de l’époque a été déployée sous l’ombrière du Vieux-Port, suivie de prises de paroles sur les crimes policiers. Elles ont attiré les manifestants réunis dans les rues pour protester contre le coût de la vie, le même jour. « Ça résonne aujourd’hui », souligne un participant : « Le gouvernement n’écoute toujours pas les revendications ».

  • [Mémoire de déportation] Denise Toros-Marter : « J’avais 16 ans à Pitchipoï »

    [Mémoire de déportation] Denise Toros-Marter : « J’avais 16 ans à Pitchipoï »

    Nous commençons à sentir les effets de la guerre1 : discussions politiques sur l’invasion des nazis, batailles perdues, déplacement de population, armée française en déroute, soldats prisonniers emmenés dans des camps en Allemagne, mais aussi l’embarquement des soldats anglais pour rejoindre coûte que coûte les côtes britanniques après leur refoulement sur Dunkerque, abandonnant les Français sur les plages d’embarquement.

    Nous suivons avec une certaine angoisse sur une carte où sont plantées des épingles de couleur le déploiement des forces françaises, alliées et nazies.

    « Nous avons été trahis ! »

    Chaque famille attend avec anxiété des nouvelles des siens ; il y a eu l’exode des habitants de la moitié nord de la France ; et l’Alsace et la Lorraine qui va repasser sous le joug allemand…

    Nous voici plongés dans la période du dépôt des armes et de la reddition.

    Nous avons été trahis ! Nos généraux et ministres de l’armée étaient incompétents ! La ligne Maginot2, qui devait défendre la France contre les attaques allemandes, a été contournée et prise à revers !

    Les soldats cherchent leur régiment et errent sur les routes en même temps que les civils français qui, fuyant les zones de combat, traînent leurs valises, leurs enfants, leur matelas, enfin tout ce qu’ils peuvent sauver, et tous sont pourchassés par les avions allemands Messerschmitt.

    Que de scènes atroces à travers une France bientôt coupée en deux3 !

    Dans la zone sud, dite « zone libre », nous ne voyons pas encore l’ennemi, l’Allemand, le Boche, nous envahir, mais la majeure partie de la population rentre franchement au début dans le jeu du « maréchalisme ».

    1. Après la déclaration de guerre, le 3 septembre 1939, s’ouvre une pé- riode de transition appelée la « drôle de guerre », qui s’achève le 10 mai 1940, date à laquelle s’ouvre la phase armée du conflit. Des millions de civils fuient les combats vers le sud (épisode qu’on appellera « l’Exode »).

    2. Du nom de l’initiateur André Maginot (1877-1932), deux fois ministre de la Guerre, il s’agit d’un système défensif fortifié le long de la frontière du nord-est. La forêt des Ardennes étant considérée comme une zone géographique naturellement défensive, le système laisse la frontière belge pénétrable, faille que Hitler ne manquera pas d’exploiter.

    3. L’armistice signé à Rethondes le 22 juin 1940 divise la France en deux zones, séparées par une « ligne de démarcation ». La zone occupée par les armées allemandes correspond à la moitié nord et à l’ouest du territoire (trois cinquièmes), et la zone dite « libre », au sud, est bientôt gouvernée depuis Vichy, siège de l’État français instauré le 10 juillet 1940 et dirigé par le maréchal Pétain.

    à suivre la semaine prochaine…

    Témoignage livré en 2008. À mes parents, afin que ce livre devienne la sépulture qu’ils n’ont jamais pu recevoir.
  • Rue d’Aubagne à Marseille, l’émotion ouvre le lieu ressources

    Rue d’Aubagne à Marseille, l’émotion ouvre le lieu ressources

    Pour les familles des victimes, les larmes coulent, les mains se serrent lorsque s’élève la chanson de Rino Gaettano, Ma Il Cielo è Sempre Più Blu – Mais le ciel est toujours plus bleu. « Qui vit dans un taudis, qui transpire son salaire. Qui aime l’amour et les rêves de gloire », entame en italien la chanteuse Giulia David. « Cette chanson, c’était l’hymne de la vie de Simona, souffle sa mère, Maria Carpignano. Elle a toujours lutté dans sa vie pour la dignité humaine et cette chanson représente exactement son essence, son être. »

    Les familles des huit victimes des effondrements de la rue d’Aubagne – Julien Lalonde, Taher Hedfi, Chérif Zemar, Fabien Lavieille, Simona Carpignano, Pape Magatte Niassé, Ouloume Saïd Hassani et Marie-Emmanuelle Blanc – étaient toutes présentes ce vendredi matin pour inaugurer le lieu ressources construit sur les lieux du drame. « Faisons de ces lieux une occasion de construire autrement, avec davantage d’écoute, de respect, de solidarité et de responsabilité, appelait la mère de Julien, Liliana Lalonde. Ainsi la mémoire de ceux que nous avons perdus ne sera pas seulement douloureuse, elle pourra aussi contribuer à faire grandir le bien commun. » Face à elle, la nouvelle cour aménagée dans la dent creuse est noire de monde, derrière cette façade ouverte qui reprend les numéros des 63, 65 et 67, rue d’Aubagne. Des anciens immeubles ne restent, pour la mémoire, que les traces des pans de mur. « Ce que nous voulons, c’est que ça n’arrive plus jamais », partage le frère de Pape, Djidack Gueye, promettant de rester mobilisé avec les autres familles, « pour lutter contre les inégalités qui peuvent exister partout ailleurs ».

    Besoin de justice

    « C’est un soulagement psychologique d’avoir ce renouveau face à nous », témoigne aussi la tante de Cherif, Saida Larbi, la voix coupée par l’émotion. C’est sa fille, Linda Larbi, qui doit continuer pour elle et remercier les militants, les collectifs, la municipalité pour le soutien qu’elle leur a apporté.

    Ce sont les collectifs et associations de Noailles qui ont ouvert la cérémonie, par une prise de parole commune. « La violence de ces morts et ce qu’elles ont révélé ont provoqué un immense soulèvement à Noailles et bien au-delà, dans tout Marseille. Depuis leur mémoire nous accompagne et nous oblige », rappelle le militant Kevin Vacher. Ils évoquent l’émotion après l’effondrement d’un immeuble rénové par la société publique locale d’intérêt national (Spla-IN), rue Halle-Delacroix, le 18 juin dernier, et le décès de Mohamed El Khalfioui, le 9 août, qui avait respiré les poussières du sinistre. « Ce lieu devra donc être aussi celui dans lequel les habitants et les personnes délogées pourront s’organiser par elles-mêmes, selon leur choix », insiste Kevin Vacher.

    « Ce n’est pas un lieu de pouvoir, c’est un lieu de mémoire, de partage et de douceur », rappelle de son côté la maire (GRS) de secteur Sophie Camard, qui souhaite mettre en place un comité des usages associant les familles pour superviser cet espace. Les salles qui côtoient la cour doivent accueillir leurs premières activités dès la semaine prochaine, tandis que la municipalité de secteur souhaite y installer des permanences toutes les deux semaines, et des « cafés causés » pour y créer de la convivialité. « Ce que nous ont demandé les familles, c’est de faire vivre la mémoire de ceux qui ne sont plus pour penser à ceux qui viendront », résume le maire (DVG) de Marseille, Benoît Payan. à moins d’un mois du début du procès en appel des effondrements, le 2 novembre prochain, il attend de la justice « qu’elle condamne avec la fermeté la plus grande celles et ceux dont elle aura établi les responsabilités ». « Il y a des gens qui sont morts dans cette histoire, on ne peut pas faire comme si les responsabilités se diluaient », explose-t-il. « Nous gardons espoir, parce que c’est la dernière chose qui se perd. Nous espérons, à la fin, pouvoir être enfin en paix et avoir la satisfaction que la justice fasse son travail », partage pour sa part Liliana Lalonde.

    « Faisons
    de ces lieux une occasion de construire autrement. »

  • [Quoi de neuf] Manuela Parra : « En Espagne, l’histoire est un combat politique »

    [Quoi de neuf] Manuela Parra : « En Espagne, l’histoire est un combat politique »

    Françoise Verna : La 7e édition des Rencontres franco-espagnoles, du 8 au 13 octobre prend cette année une dimension particulière, 90 ans après le début de la Guerre d’Espagne. En quoi la présence du ministre espagnol délégué à la mémoire démocratique, Fernando Lopez Martinez, est-elle importante le 8 octobre à Montpellier ?

    Manuela Parra : Cette présence c’est reconnaître l’engagement de ces hommes et de ces femmes qui se sont battus pour à la fois la seconde République et aussi pour maintenir la liberté et l’égalité. Cela les réhabilite et leur rend leur dignité qui a été bafouée même quand ils sont arrivés en France. C’est aussi le sens du secrétariat d’État à la Mémoire démocratique espagnol qui a été relancé depuis 2022 par Pedro Sánchez. Cela concerne notamment la recherche dans les fosses communes, la réhabilitation des victimes qui ont eu des procès inacceptables sous la dictature de Franco, etc.

    Olivier Nottale : C’est un message pour aujourd’hui ?

    Manuela Parra : Ces gens ont fait un sacrifice pour qu’aujourd’hui on puisse parler librement et être libre dans notre pays. Est-ce qu’un jour, on sera nous aussi à la hauteur ? Je trouve qu’il y a encore du chemin à faire et nous devons prendre celui de la transmission pour que les jeunes comprennent que la liberté, l’égalité, la fraternité, la République en France, c’est quelque chose de fragile, on le voit bien.

    Françoise Verna : La mémoire et l’histoire ont plutôt été écrites par les vainqueurs en Espagne…

    Manuela Parra : Les vainqueurs, c’est les franquistes qui ont mis une chape de plomb jusqu’au milieu des années 70. Donc c’est aussi un combat. Ce n’est pas la même façon d’appréhender la mémoire, par exemple ici en France avec la Résistance, qu’en Espagne. Le franquisme a, nous ne l’oublions pas, abattu la République. En fait, la mémoire démocratique en Espagne, c’est quand même beaucoup plus politique que ce que l’on voit en France où c’est beaucoup plus mémoriel, culturel. En Espagne, c’est la troisième génération qui combat et qui se bat pour l’histoire qui a été complètement réécrite par le dictateur -on va appeler les choses comme elles sont- par le dictateur Franco, comme font d’ailleurs tous les dictateurs. Quand on voit Trump aujourd’hui qui interdit un certain nombre de mots, c’est ce qu’a fait Franco à l’époque.

    Olivier Nottale : Cette histoire est aussi réécrite aujourd’hui par des partis comme Vox à l’extrême droite et le Parti populaire aussi, qui est quand même issu du franquisme.

    Manuela Parra : Quand ces gens-là reviennent au gouvernement, ils effacent tout le travail qui a été fait depuis 2007 sur ces questions de mémoire démocratique. Donc, on voit bien que l’enjeu est important pour l’Espagne. L’historien Enrique Tudela Vasquez va venir nous présenter les recherches dans les fosses communes, notamment au Barranco de Viznard où on pense que la dépouille du poète Federico Garcia Lorca pourrait être.

    Françoise Verna : C’est donc un travail très concret ?

    Manuela Parra : Je suis allée avec lui l’année dernière à Huelva, où des jeunes archéologues de l’Université Grenade ouvraient une fosse commune. Historiens et archéologues travaillent ensemble.

    On a la chance, le 10 octobre, d’accueillir Antonio Orihuela, écrivain, poète et historien. Il a fait sa thèse sur la répression et le silence dans sa petite ville de Moguer. C’est un travail sur les droites qui réécrivent l’histoire. Et il dit bien les droites Donc, en Espagne, c’est un combat qui est un combat politique.

    Françoise Verna : Federico Garcia Lorca est aussi très présent dans ces Rencontres ?

    Manuela Parra : C’est un poète, un musicien qui était ancré dans l’Andalousie et qui a fait émerger et connaître la culture populaire andalouse. Nous allons l’aborder comme symbole de l’effacement de la mémoire, puisqu’on recherche toujours son corps. Quand on parle de lui, on parle aussi des autres. Le film de Magali Negroni, Federico Garcia Lorca 1898/1936 va être le support pour en parler. La réalisatrice le traite, dans ce documentaire qui dure 50 minutes, justement sur son engagement et puis aussi sous l’angle de l’homophobie et de son homosexualité qui a été posée aussi comme hypothèse de son assassinat.

    Olivier Nottale : Des lycéens et collégiens sont aussi
    associés à ces rencontres
     ?

    Manuela Parra : J’ai tenu absolument que le film qui a été fait par les jeunes du lycée Mermoz, Entre deux frontières, une mémoire, sous la responsabilité de leurs professeurs, en partenariat avec les lycéens d’Alcalá de Henares en Espagne, puisse être projeté à l’ouverture, devant le maire de Montpellier et le secrétaire d’État à la Mémoire démocratique espagnol. Parce que c’est la concrétisation de notre démarche. Ce film est fondamental et il a certainement vocation à vivre dans les établissements. Je l’espère.

    *Du 8 au 13 octobre, « 1936-2026, Réveiller les consciences ». Programme complet sur voixdelextremepoesieetculture.blogspot.com

    Entrée gratuite.

    Écoutez l’émission en cliquant sur le lien.

  • La communauté juive s’est réunie en mémoire des victimes du 7 Octobre

    La communauté juive s’est réunie en mémoire des victimes du 7 Octobre

    « Trois ans ont passé, la douleur reste la même », annonçait l’organisation de cette marche et cérémonie en hommage à la mémoire des victimes du 7 Octobre 2023 en Israël, ce mercredi à Marseille. Ce jour-là, le Hamas lançait une attaque terroriste, faisant 1 221 victimes. Le mouvement islamiste palestinien avait également fait 251 otages.

    La communauté juive marseillaise s’est réunie en nombre, ce mercredi, pour un temps de commémoration sur les marches du Palais de justice de Marseille.

    Une foule aux couleurs d’Israël

    Dans la foule blanche et bleue aux couleurs du drapeau israélien, des membres du collectif engagé dans la lutte contre l’antisémitisme « Nous Vivrons » arboraient des portraits de victimes. La présidente (DVD) du Département des Bouches-du-Rhône, Martine Vassal, s’est jointe à la commémoration, accompagnée de son vice-président Denis Rossi. Elle avait déjà rendu hommage aux victimes l’an dernier en plantant un olivier à l’espace Sarah-Halimi.

    Le rassemblement a ensuite remonté la rue Breteuil au son des notes de l’hymne israélien, pour rejoindre la Grande synagogue de Marseille. La cérémonie s’y est prolongée en fin de soirée dans le recueillement.

    Oriane Castan

    La mairie s’éteint pour se souvenir

    L’hôtel de ville de Marseille s’est éteint, ce mercredi soir, en hommage à la mémoire des victimes de l’attaque terroriste du Hamas du 7 Octobre 2023. La mairie a voulu « réaffirmer son engagement » contre la haine et l’antisémitisme et faire passer un message de paix et d’espoir.

    Etienne Devillard Lacordaire