Tag: mémoire

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. La grande colère des travailleurs

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. La grande colère des travailleurs

    En conseil des ministres, le sinistre Jules Moch plaida pour une politique plus autoritaire et fit alors parler les matraques et organisa les arrestations. Pourtant, ces grèves étaient revendicatives et les complots dénoncés par Jules Moch n’étaient que dans sa tête ou celles de Ramadier et Léon Blum qui obéissaient aux injonctions américaines. L’aide du plan Marshall était accordée à la France à condition que des mesures soient prises contre le Parti communiste et la CGT. Ils ont obéi. Ils ont sur la conscience des morts comme Voulant et Bettini abattu à l’Estaque par un policier, des poursuites contre les travailleurs et leurs dirigeants. Moi-même, sur les ordres du préfet Beylot, je fus poursuivi pour une affiche diffamatoire accusant le gouvernement : « les chiens aboient, la caravane passe ».

    La mise à sac de l’Alcazar

    Je me souviens aussi de la venue à Marseille, à la préfecture, de Daniel Mayer, ministre du travail, socialiste. Les raffineries de sucre de Saint-Louis étaient alors en grève pour les salaires et les conditions de travail, contre les licenciements. Il accepta une rencontre avec une délégation du bureau syndical que je conduisais. Je lui présentai la délégation en lui faisant connaître les raisons de la grève. Il m’écouta, puis, s’adressant en particulier aux membres de la délégation, il s’exprima en ces termes : « Savez-vous que les ordres de grève viennent du comité central du Parti dont Molino est le représentant à Marseille. Je n’accepte pas vos revendications et votre grève est politique et vous demande de quitter le bureau immédiatement ». Mécontente et en colère, la délégation décida de faire une assemblée générale des travailleurs de raffineries de sucre en grève à 100%.

    Je leur suggérai : «Daniel Mayer et Gaston Defferre organisent un meeting ce soir à 18 heures à l’Alcazar, je vous propose d’occuper la salle une heure avant et j’apporterai la contradiction. » Le soir, la salle de l’Alcazar était pleine à craquer. Des milliers de personnes se trouvaient à l’extérieur. Le premier orateur fut Gaston Defferre qui fut accueilli par 40 000 travailleurs mains en l’air. Elles font les « petites marionnettes » ne pouvant s’expliquer ! Daniel Mayer s’avança rageusement vers le micro des travailleurs qui scandaient « Molino ! ». J’attendais le moment, étant présent au bar de l’Alcazar où nous avions décidé que je porterai la contradiction à Daniel Mayer. Arrivé dans la salle, je fus propulsé sur la tribune pour prendre la parole, les socialistes m’agressèrent ce qui déchaîna la colère des travailleurs.

    Daniel Mayer, ministre du travail, et Gaston Defferre ne durent leur salut qu’à une fuite par la porte de secours entourés de policiers. Quant aux travailleurs des raffineries, déchaînés par l’attitude de ces deux dirigeants socialistes, ils s’en prirent au matériel, arrachant les fauteuils, brisant les glaces, etc. et ils mirent l’Alcazar à sac. Le directeur engagea des poursuites qui se retournèrent contre les organisateurs du meeting, c’est-à-dire le Parti socialiste.

    à suivre la semaine prochaine…

  • Un devoir de mémoire tout en acrobaties pour le RN

    Un devoir de mémoire tout en acrobaties pour le RN

    « Se souvenir de la Libération, c’est aussi se souvenir de celles et ceux qui ont résisté », affirme avec force l’élu d’opposition du groupe Alternative Progressiste Cédric Turco (PCF), histoire de ne pas laisser la parole au seul maire d’extrême droite de la deuxième ville du Var Dorian Munoz (RN). Ce dernier dont le parti est l’héritier de celui fondé par d’anciens Waffen SS et Jean-Marie Le Pen, a sans scrupule évoqué le Conseil national de la Résistance, et dans sa lancée a salué, sans la nommer bien sûr, la résistance communiste et cégétiste et leurs héros seynois, en citant entre autres Louis Puccini et Marius Traversa ou encore Michel Garcia.

    « Des Seynoises et des Seynois ont refusé de se soumettre. Parmi eux, les ouvriers des Chantiers navals ont joué un rôle majeur. Dans une ville profondément ouvrière, ils ont résisté, par les grèves, les sabotages et leur refus de participer à l’effort de guerre allemand. Ils ont payé leur engagement au prix fort », rappelle l’élu d’opposition de gauche.

    Le groupe explique qu’une commémoration de la Libération ne peut se réduire à une prise de parole institutionnelle de la mairie. Et de préciser : « Le devoir de mémoire appartient à toutes et tous, et particulièrement à celles et ceux qui, depuis des décennies, œuvrent à faire vivre l’histoire de la Résistance et du combat contre le fascisme. »

    L’Anacr privée de micro

    Alternative progressiste déplore par conséquent que l’Association nationale des anciens combattants et amis de la Résistance (Anacr) n’ait pas pu prendre la parole pendant la cérémonie alors qu’elle l’avait demandée – le maire ayant fallacieusement prétexté qu’il y avait déjà trop d’intervenants programmés.

    La gauche salue en revanche la participation des collégiens ainsi que celle des jeunes du Conseil municipal, « dont la présence et l’engagement sont essentiels pour transmettre cette mémoire ».

    À La Seyne, il est une réalité que même l’extrême droite ne peut dévoyer, et une mémoire indissociable de son histoire populaire et ouvrière, de l’histoire de ses Chantiers et de toutes celles et ceux qui, au péril de leur vie, ont contribué à combattre l’occupant. Qu’on se le dise.

    À La Garde, le RN tente de récupérer l’hommage aux libérateurs

    Ici, bien que la municipalité n’ait pas basculé dans le camp de l’extrême droite son candidat Nicolas Salsou est venu déposer une gerbe en compagnie du député RN lors de la commémoration de la libération de la ville. « La mémoire de la Libération doit rester une mémoire de combat contre le nazisme, le fascisme et la collaboration », s’indigne le conseiller municipal d’opposition Filippo Signorino Gelo (PCF). « Les commémorations doivent demeurer des moments de rassemblement républicain autour des valeurs de la République, de la liberté et de la démocratie », insiste-t-il en dénonçant la récupération politique et l’iniquité. Et de conclure : « À La Garde, comme partout en France, la Libération est aussi l’héritage de celles et ceux qui ont combattu dans la Résistance, souvent au péril de leur vie. Les communistes y ont pris toute leur part. Je refuse simplement que leur rôle soit effacé ». T.T.

  • Plus que deux jours pour imaginer l’avenir du Faron

    Plus que deux jours pour imaginer l’avenir du Faron

    Lancée par le maire (SE) Jossé Massi le 23 juin dernier, la consultation « Toulon et vous, le mont Faron de 2030 » invite les Toulonnais et les visiteurs à partager leurs idées et leurs attentes. L’objectif étant de concilier la préservation de la biodiversité avec un usage et un développement touristique raisonnés.

    Pour participer à cette vision du futur, cinq minutes suffisent en répondant à un questionnaire en ligne sur le site de la Ville ou sur un bulletin papier, disponible dans les mairies de quartiers, à la Maison de la mobilité ou encore au Mémorial du Faron. Il porte sur 10 points physiques : téléphérique, Mémorial du Débarquement et de la Libération en Provence, l’hôtel de ville, les mairies d’Honneur et de quartier, les comités d’intérêt locaux (CIL). Le recueil des habitudes, des idées et suggestions se fait autour de 5 grandes thématiques : « le Faron et vous », « votre accès au Mont-Faron », « préserver la nature et protéger le Faron du risque incendie », « l’accueil et les services sur le Mont-Faron » ainsi que « activités et patrimoine ».

    Les résultats de cette première grande consultation seront connus au début de l’automne et feront l’objet d’une concertation avec « les acteurs du lieu : les associations, les personnes qui y travaillent, les experts du site », a précisé Julien Orlandini, premier adjoint au maire. Les premières mesures verront le jour au printemps 2027.

  • Marseille commémore la liberté le 30 août

    Marseille commémore la liberté le 30 août

    Le rendez-vous est donné place du Colonel Eddon, le dimanche 30 août à partir de 9h devant la réplique du char Jeanne-d’Arc détruit au combat le 25 août 1944. Associations, dignitaires et autorités se réuniront pour rendre les honneurs aux courageux libérateurs de Marseille et à leur diversité. Ce char symbolise les sacrifices des régiments de tirailleurs algériens, des tabors marocains et des forces de la Résistance. Ces combattants souvent anonymes morts pour la France en 1944.

    La Libération de Marseille est initiée par une insurrection de la Résistance, et grâce aux efforts conjugués des soldats alliés arrivant aux abords de Marseille, sept jours de terribles combats permettront de libérer la ville des Allemands. Les soldats survivants poursuivront ensuite par le Jura puis l’Alsace, contribuant ainsi à la libération du pays.

    La Ville de Marseille rend hommage chaque année à ses libérateurs sans qui rien n’aurait été possible. Et rappelle que « commémorer c’est se souvenir mais c’est aussi et surtout rappeler l’histoire. Le 28 août 1944, Marseille était libérée ! Marseillaises, Marseillais, Françaises, Français, souvenons-nous !» Et de conclure : « Nous sommes libres parce qu’ils étaient là, épris de cette liberté si chèrement acquise. Cette dette de sang nous oblige à commémorer aujourd’hui ces valeureux tombés pour Marseille. Ce devoir de mémoire s’impose à nous plus que jamais. Ce passé nous parle ».

    Cérémonie de recueillement devant le Char Jeanne d’Arc – place du Colonel Eddon, (7e) – Le 30 août à partir de 9h.

  • Le maire de Saint-Raphaël poursuit sa croisade anticommuniste

    Le maire de Saint-Raphaël poursuit sa croisade anticommuniste

    Inauguré l’été dernier une stèle dédiée aux « cent millions de morts du communisme », le maire De Saint-Raphaël a organisé ce week-end plusieurs événements sur ce thème devenu semble-t-il pour lui obsessionnel. Une focale très politique permettant tout en pointant les dérives de ceux qui se sont accaparés l’idéal d’émancipation pour exercer leur tyrannie, comme les Khmers rouges au Cambodge, de salir les résistants communistes et banaliser les dictatures d’extrême droite. C’est ce que dénonce avec force la section du PCF de Fréjus-Saint-Raphaël « choquée par cette falsification de l’Histoire ».

    « M. Masquelier poursuit sa croisade anticommuniste cette année encore oubliant tous les totalitarismes du XXe siècle à commencer par la barbarie nazie », s’indigne-t-elle.

    Et de conclure : « Les Khmers rouges ont commis un génocide au nom d’un ultranationalisme à l’opposé de l’internationalisme des communistes et de la libération des peuples ».

  • La Libération fêtée par tous partout dans la région

    La Libération fêtée par tous partout dans la région

    Vendredi 21 août, Jean-Pierre Squillari (DVG) élu en mai dernier et ses adjoints ont célébré la journée durant les libérateurs. « Le 21 août 1944, un jour historique pour notre ville, l’entrée des forces alliées et des mouvements de Résistance qui mettait fin à l’occupation nazie et rendait à Aubagne sa liberté » relatait la municipalité invitant la population à les rejoindre « pour honorer la mémoire de celles et ceux qui se sont battus pour notre liberté » .

    À Port-de-Bouc, les cérémonies du souvenir se sont tenues samedi 22, Laurent Belsola (PCF) et son équipe ont aussi rappelé à la population de ne « jamais oublier ». Attention le concert du 24 août se tiendra exceptionnellement salle Youri Gagarine en raison de la météo, et le feu d’artifice est reporté au samedi 29 août.

    À Istres, c’est ce dimanche 23 août que Robin Prétot (LR) et son équipe ont tenu à « réparer un oubli » en instituant une journée de la Libération. « C’est un rendez-vous pour honorer celles et ceux qui ont choisi la France, la liberté et l’honneur, mais aussi pour transmettre aux jeunes générations le sens de notre héritage républicain » indique la Ville.

  • [Vidéo] Reportage sur les pas de Jean Moulin en Provence

    [Vidéo] Reportage sur les pas de Jean Moulin en Provence

    Reportage

    Entré au Panthéon en 1964, honoré en Provence, Jean Moulin est le grand oublié de la cité phocéenne. Marseille a bien consacré au chef de l’armée des ombres le nom d’un collège, d’une avenue, mais rien du niveau de « la première capitale de la résistance » suivant la formule de Maurice Chevance-Bertin (1910-1966) dirigeant du mouvement Libération Nationale né rue de Rome à l’été 1940.

    Dans les Bouches-du-Rhône, l’unificateur de la Résistance, enfant du midi né à Béziers en 1899, est surtout commémoré dans les lieux phare de son épopée. D’abord, le berceau familial à Saint-Andiol dans la maison de ses parents, 55, Route Nationale, pavoisée de drapeaux tricolores. Après son parachutage le 1er janvier 1942, il avait installé au fond du jardin une échelle en cas d’urgences et confié à sa sœur Laure un double de son ordre de mission microfilmé et signé De Gaulle qu’elle avait caché dans un tube d’aspirine dans l’interstice d’un mur du cimetière.

    Fausse moustache

    et lunettes fumées

    Un musée Jean Moulin installé dans son école rend hommage à l’enfant du pays propulsé à 25 ans sous-préfet d’Albertville. Il a été inauguré en juillet 2018 par Daniel Cordier, son secrétaire et biographe avec les descendants de Jean Moulin. Des photographies, ses lettres, ses dessins car c’est un artiste aussi, des documents racontent comment après un séjour chez sa mère et sa sœur à Montpellier, le préfet d’Eure-et-Loir limogé le 2 novembre 1940 par Vichy, s’installe comme agriculteur à Saint-Andiol. Le haut fonctionnaire a 41 ans et mûrit son départ clandestin pour Londres. « Il circule beaucoup dans la région, sous sa fausse identité de Joseph Mercier, un chapeau rabattu sur les yeux, affublé d’une moustache et de lunettes fumées » écrit l’historien Robert Mencherini.

    Créée en 1978, une route « Jean Moulin, chemin de la liberté », suit ses pas depuis le Mémorial de Salon-de-Provence inauguré en 1969, quatre ans après son entrée au Panthéon et l’oraison d’André Malraux qui ont définitivement inscrit Jean Moulin dans l’histoire de France. Il a 41 ans, multiplie les contacts et rencontres à Marseille, devenue la plaque tournante des premiers noyaux d’organisations clandestines. Il repère ainsi le mouvement de Libération nationale de Henri Frenay, Libération-Sud d’Emmanuel d’Astier de la Vigerie et Franc-Tireur de Jean-Pierre Lévy.

    Durant six mois, Jean Moulin parcourt la région, va d’Orgon à Miramas en bicyclette, ausculter les réseaux naissants. « Je me souviens de cette rencontre à Avignon car il portait toujours un grand foulard » écrit Emmanuel d’Astier de la Vigerie (1900-1969). Un tissu qui cache le coup de rasoir qu’il s’est donné à Chartres pour ne pas signer un écrit des Allemands accusant à tort des tirailleurs sénégalais de massacres. Il multiplie les séjours à Marseille (page suivante) qui grouille de réfugiés, d’exilés en attente de visa. Jean Moulin rencontre les hommes des premiers réseaux émergents dont Henri Frenay qui à l’été 1940 avec Berty Albrecht (1893-1943) a créé le Mouvement de Libération Nationale (Combat). Il observe le bouillonnement contestataire qui se traduit par la première manifestation hostile à Vichy. Elle a lieu le 28 mars 1941 au bas de la Canebière en face de l’hôtel où il descend.

    « Je vous garantis, j’en ai eu les larmes aux yeux »

    De cette exploration, Jean Moulin fera à De Gaulle le portrait de cette résistance intérieure qui s’invente. Le 9 septembre 1941, il prend le train en gare Saint-Charles pour aller à la rencontre du chef de la France libre. Un périple clandestin de Barcelone à Lisbonne, avec un faux passeport au nom de Joseph Mercier. Il touche l’Angleterre en hydravion le 20 octobre 1941 et reçu par De Gaulle à qui il remet un « rapport sur l’activité, les projets et les besoins des groupements constitués en France en vue de la libération nationale ». De Gaulle, 50 ans, voit un préfet de 42 ans « rempli jusqu’au bord de l’âme de la passion de la France ». Il en fait son représentant et délégué du Comité national français pour la zone sud. « M. Moulin a pour mission de réaliser dans cette zone l’unité d’action de tous les éléments qui résistent à l’ennemi et à ses collaborateurs. M. Moulin me rendra compte directement de l’exécution de sa mission ». La Mission Rex est lancée.

    Le musée de Saint-Andiol a reconstitué la carlingue du bombardier de la RAF d’où Jean Moulin a sauté dans la nuit du 1er au 2 janvier 1942 à 300 mètres d’altitude. « Rex » saute en premier et atterri dans un marais, puis ses deux officiers et enfin le parachute bleu pour la valise radio. Le « point de tombé » a été identifié en 2022 par les historiens Jean-Marie Guillon et Benoit Senne (page suivante). « Quand Benoît est venu m’annoncer ça dans mon bureau, je peux vous garantir que, pour quelqu’un de ma génération et jeune maire d’Aureille, j’en ai eu les larmes aux yeux. C’était historique. La mission Rex avait démarré à Aureille ! » se souvient encore ému Lionel Escoffier. L’itinéraire de la mémoire commence désormais par la borne du kilomètre zéro inaugurée en janvier 2025, et se poursuit à la bergerie d’Eygalières où « Rex » a trouvé refuge.

    La mission de Jean Moulin accomplie jusqu’au sacrifice suprême a permis de fédérer les forces combattantes, de créer les Mouvements Unis de la Résistance (MUR) et une Armée secrète. Le 27 mai 1943, « Rex » réussit le tour de force de convaincre les représentants de 8 mouvements de Résistance, de 6 partis politiques et de 2 centrales syndicales, de se réunir au 48, rue du Four à Paris. Le Conseil National de la Résistance (CNR) est né. C’est l’« embryon de la représentation nationale » qui allait légitimer De Gaulle auprès des Alliés. On connaît la suite, la trahison de Caluire le 21 juin 1943, son supplice dans les mains du SS Klaus Barbie à Lyon, le dernier souffle de Jean Moulin, le 8 juillet 1943, dans un wagon à Metz qui partait en Allemagne. Les lèvres du « chef d’un peuple de la nuit » n’avaient pas parlé.

  • La mémoire de la Libération implique la vigilance

    La mémoire de la Libération implique la vigilance

    Les véhicules militaires d’époque défilent le long de la côte, dans les rues de Carro. Ce vendredi 21 août, Martigues commémore sa libération. Dans la parade, Pierre est au volant d’un camion américain. Comme chaque année depuis 8 ans, ce Suisse est descendu avec son association History on wheels pour « transmettre la mémoire de cette partie de l’histoire ».

    Il y a 82 ans, au débarquement de Normandie succède celui de Provence le 15 août. Les Alliés prennent les Allemands en tenaille. À Martigues, l’armée ennemie maintient en permanence une garnison de 2 000 soldats tant la ville occupe une position stratégique pour la défense du littoral, de la Camargue jusqu’à Marseille. « C’était un site très important au niveau radio et radar », détaille Jean-Pierre Jehan, président de l’association HM2P (Histoire, Mémoire, Patrimoine Provence).

    Les bombardements alliés s’intensifient dans la région. Le 11 août, un raid sur Carro fait trois victimes. Dans la nuit du 20 au 21, finalement, les Allemands s’enfuient en faisant exploser le viaduc ferroviaire et le port de Jonquières. Martigues est libérée.

    Mais derrière cette liberté retrouvée, « il y eut des années d’épreuve, des engagements clandestins, des actes de courage, des arrestations et des vies brisées », rappelle le maire Gaby Charroux (PCF).

    Un legs de la Résistance

    En 1942, alors que la France est à genoux, « certains refusent de se soumettre ». Au printemps 1944, « chacune et chacun comprend que la guerre entre dans une phase décisive. (…) C’est précisément à ce moment que la résistance martégale va être frappée avec une violence terrible. Les 7 et 8 juin, plusieurs de ses membres sont arrêtés. Ces arrestations préludent au drame qui survient quelques jours plus tard, le 13 juin, dans la clairière du Fenouillet, dont les martyrs ne verront pas le 21 août 1944 ».

    Après la libération vient le moment de la reconstruction, portée par le Conseil national de la Résistance. « La Résistance nous lègue ainsi une certaine idée de la société, de la République et de la France, poursuit Gaby Charroux. Et ce legs, 82 ans après, doit continuer de nous animer, car la mémoire n’a de sens que si elle nous aide à regarder le présent avec lucidité. À Martigues, au fil du temps, les témoins de cette période ont disparu, et notre responsabilité n’a cessé de grandir pour transmettre leur héritage et leurs enseignements. Cette mission est une nécessité parce que le monde dans lequel nous vivons nous rappelle avec une douloureuse constance que la paix reste encore à construire. »

    Avec un avertissement : « La Résistance combattait aussi ce que l’occupation représentait : une idéologie fondée sur le nationalisme exacerbé, sur le racisme, l’antisémitisme, la hiérarchie entre les êtres humains, la haine de l’autre et sur le rejet de la démocratie. Nous ne devons évidemment jamais confondre les époques, mais nous aurions tort de croire que l’histoire n’a plus rien à nous apprendre, car aujourd’hui encore, dans notre pays comme ailleurs en Europe et dans le monde, ces idées nauséabondes progressent et se banalisent portées par les héritiers de cette idéologie ».

  • Gare à l’air vicié à l’intérieur des voitures

    Gare à l’air vicié à l’intérieur des voitures

    « Lorsque l’on est en voiture, on est soumis à la fois à la pollution extérieure de l’air mais aussi à l’augmentation du taux de gaz carbonique qui est exhalé par les occupants », explique le président de l’association varoise ACTEnergies* Michel Pierre. L’ingénieur chimiste a fait les mesures à l’aide de l’appareil modulaire d’AtmoSud et les concentrations révélées sont sans appel. Ainsi avec la position mal nommée « recyclage d’air » actionnée, 2 personnes à bord du véhicule suffisent pour atteindre en 8 minutes seulement 2 000 ppm (parties par million) alors que le seuil d’alerte dans une salle de classe est fixé à 800. « Et il faut savoir qu’au-dessus de 2 000, cela peut provoquer des maux de tête, une baisse des performances cognitives et de la somnolence », met en garde le scientifique. Avec tous les risques que cela peut engendrer sur la route notamment en ce moment avec le ballet des vacanciers qui passent plusieurs heures au volant. L’association indique qu’elle va prendre contact avec les stations de radio autoroute pour faire passer le message de prévention.

    Plus mortifère que

    la pollution aux particules

    « C’est un petit empoisonnement », insiste Philippe Chesneau pour Toulon Var Déplacements, une des associations adhérentes d’ACTEnergies. Un phénomène qui s’amplifie encore en période de grosses chaleurs, ajoute-t-il, où l’on retarde le moment d’ouvrir les vitres et de faire entrer l’air brûlant dans l’habitacle. Et de poursuivre : « Les automobilistes ne sont pas forcément conscients de cette problématique-là ».

    Pour mémoire la fonction recyclage d’air, qui s’enclenche automatiquement sur certains véhicules récents, est destinée à protéger les passagers de la pollution aux particules fines provenant de l’extérieur. Le problème c’est que le circuit fonctionne alors en vase clos. Et que le confinement peut s’avérer plus toxique encore. Il faut donc l’utiliser sur une période de courte durée lorsque cela est vraiment nécessaire, par exemple lors de la traversée d’un tunnel. Pour l’ingénieur chimiste, l’arbitrage doit se faire en faveur du maintien du taux de dioxyde d’azote à des valeurs acceptables. D’autant que seules les grosses particules sont filtrées. Pas les plus dangereuses pour l’organisme qui sont inférieures à 6 microns. Michel Pierre conclut : « Il faut être conscient que la fonction recyclage d’air en voiture, qui est souvent activée pour améliorer l’efficacité de la climatisation, augmente le risque d’accident ». Le message d’alerte vise donc à sensibiliser conducteurs et passagers de l’effet du gaz carbonique (CO2) invisible mais qui peut avoir des effets délétères sur l’attention au volant.

    *60 Rue Pablo Picasso, 83 500, La Seyne-sur-Mer. Tel : 06.70.21.80.10

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Dockers, traminots, métallos… à l’arrêt

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Dockers, traminots, métallos… à l’arrêt

    Le préfet intervint mais il fut renvoyé sur les roses. Il essaya vainement de faire intervenir les militaires mais il ne put déloger les piquets de grève des dockers.

    Le samedi 15 novembre, nous apprenions que le Conseil des ministres avait décidé un « nouveau train de hausse sous pression » qui augmentait de 45% le prix de l’électricité et du gaz, de 25% les tarifs SNCF. Ces décisions confortèrent nos positions en faveur de l’augmentation des salaires. Les syndicats redoublèrent d’efforts, la grève s’étendit : métallurgie, produits chimiques… Le bâtiment fut la première branche professionnelle à développer la grève sur le plan départemental après consultation des travailleurs. À Marseille, le syndicat du livre et typo fait connaître leur solidarité. Mais ayant obtenu des augmentations, ils ne s’engagent pas dans la grève. Cette prise locale de position de camarades socialistes comme Dumonceau reflétait l’ampleur prise par le mouvement. En effet, au soir de cette journée, nous estimions au bureau de l’Union départementale que 85% de l’activité économique de Marseille était paralysée.

    Face à l’inflation

    Je décidais alors d’envoyer les secrétaires de l’UD et du bureau dans les grandes villes du département pour demander aux syndicats ou sections syndicales de réunir les travailleurs afin qu’ils se déterminent après le vote sur les revendications et les 25% d’augmentation demandés au CCN. Les arrêts de travail s’étendirent rapidement dans le département.

    À l’assemblée générale du syndicat des traminots à Marseille, salle Ferrer, à la vieille Bourse du travail, à 21 heures, 3 500 traminots étaient présents. Prirent la parole Isoard, secrétaire du syndicat, et Exbrayat du secrétariat de l’UD. Après un vote unanime, la grève totale et illimitée avec occupation des ateliers et dépôts fut décidée en dépit de l’opposition de l’administrateur séquestré de la compagnie du préfet.

    Cette grève priva Marseille de tout transport en commun à partir du dimanche matin. Le 16 novembre (chiffre contrôle), on comptait 90 000 grévistes. Ce qui est certain, c’est que cette grève a quintuplé en trois jours. Notre rôle était d’aider, d’organiser et de coordonner le mouvement. Le Méridional et Le Provençal nous accusaient d’être le chef d’orchestre de ces mouvements, arguments que nous dénoncions dans Rouge Midi et La Marseillaise du lundi 17 novembre en faisant connaître la composition du Comité central de grève : celui-ci regroupait les secrétaires de l’UD avec les représentants des syndicats les plus importants, métaux, bâtiments, produits chimiques, dockers, traminots et marins, habillement, corporations en grève illimitée. Il avait une double fonction : intervenir auprès des unions locales des Bouches-du-Rhône et gérer la grève.

    à suivre la semaine prochaine…