Tag: histoire

  • Agora des savoirs à Montpellier : une saison pour comprendre

    Agora des savoirs à Montpellier : une saison pour comprendre

    Depuis 2009, l’Agora des savoirs s’attache à rapprocher le monde de la recherche et le grand public. Conférences, échanges et débats permettent d’explorer les dernières avancées scientifiques, mais aussi d’éclairer les grandes questions historiques et sociales. « Alors que ne cesse de progresser dans nos sociétés un régime de post-vérité qui tend à nous faire préférer mensonges, idées reçues et opinions personnelles à l’objectivité des faits, il nous paraît essentiel de préserver et multiplier ces moments de rencontre et de discussions entre les scientifiques et les citoyens », souligne Michaël Delafosse, maire de Montpellier et président de Montpellier Méditerranée Métropole. Avant de rappeler que « le savoir est une arme puissante contre toutes les formes d’obscurantisme et de haine de l’autre ».

    L’Histoire pour comprendre les résistances

    Ce premier cycle, constitué de 7 rencontres suivies de débats, accorde une place particulière à l’Histoire, aux luttes politiques et aux conquêtes de droits. La saison s’ouvrira le 4 novembre avec une conférence de Yann Potin consacrée à Marc Bloch (1886-1944), qui fut enseignant à Montpellier. Historien, combattant des deux guerres mondiales, résistant, celui qui fut assassiné par les nazis en 1944 incarne « une figure majeure de l’intellectuel engagé ». Son entrée au Panthéon en juin dernier offre l’occasion de revenir sur une œuvre « qui a profondément renouvelé les études historiques » et sur « l’inextricable alliance savante, politique et morale qu’incarne son parcours ».

    Le 18 novembre, l’historienne Éliane Viennot, autrice de La Forteresse assiégée. La France, les femmes et le pouvoir, 1860-2000 (CNRS éditions, 2026), s’intéressera à la conquête du pouvoir par les femmes en France. De l’accès aux études supérieures à la représentation politique, elle retracera les étapes de la progression vers l’égalité, mais aussi les résistances, les stratégies et les violences qui ont longtemps entretenu la domination masculine. Une conférence qui interroge les acquis et les obstacles persistants dans la société contemporaine.

    Du vivant aux crises géopolitiques

    La programmation fera également la part belle aux sciences du vivant. Le 25 novembre, une projection du documentaire Tardigrade, l’animal indestructible, suivie d’un échange avec les scientifiques Simon Galas et Myriam Richaud, permettra de découvrir ces animaux microscopiques capables de survivre à des conditions extrêmes (températures de -270 à plus de 100°C, rayons X, vide spatial, déshydratation…). Leurs étonnantes propriétés nourrissent les recherches de certains scientifiques, qui s’intéressent « à leur mode de vie et aux mystères de leur génétique, au cœur d’innovations prometteuses en médecine, pharmacie, cosmétique ou astrobiologie… qui pourraient bien révolutionner notre futur. »

    Le 9 décembre, l’historien François Godicheau proposera de « nouveaux regards sur la guerre d’Espagne (1936-1939) » : « Aujourd’hui, de nombreuses recherches et archives, mais aussi des témoignages, permettent d’écrire une nouvelle histoire de la guerre d’Espagne. Cette histoire dévoile le long travail de sape de la démocratie par les forces réactionnaires et l’extrême droite espagnole, bien avant 1936. Elle montre les mécanismes profonds de la dictature franquiste et se penche enfin sur l’expérience au jour le jour des acteurs de cet épisode majeur du XXe siècle européen. »

    Le 16 décembre, Grégoire Mettra remontera, lui, aux années 1970 pour éclairer les racines de certaines tensions actuelles au Moyen-Orient et dans la Corne de l’Afrique, à travers la politique étrangère américaine et les rivalités régionales.

    Le procès de Mazan vu
    par des anthropologues

    Après les fêtes, le 6 janvier, les paléontologues Pierre-Olivier Antoine et Lionel Hautier retraceront près de 300 millions d’années d’évolution des mammifères. Une plongée dans une histoire peuplée d’espèces disparues, des premiers mammaliaformes aux géants qui ont précédé ou côtoyé les humains. Enfin, le 20 janvier, les anthropologues Perrine Lachenal et Céline Lesourd reviendront sur le procès des viols de Mazan à travers l‘ouvrage collectif Mazan, anthropologie d’un procès pour viols (Le Bruit du monde, 2025), auquel elles ont participé. « Depuis la salle d’audience jusque dans les rues d’Avignon et de Mazan, des anthropologues ont voulu suivre ce procès. L’enquête de ces quatorze chercheurs en sciences sociales, spécialistes en études de genre, a permis de recueillir des centaines de témoignages – de journalistes, avocates, membres de collectifs féministes, étudiantes, personnels de santé, commerçantes… – offrant un point de vue inédit sur cet événement. Elle donne à entendre les échos d’un procès de société et ce qu’ils révèlent des rapports de pouvoir et des relations entre les femmes et les hommes. »

    * Les conférences ont lieu le mercredi à 19 h au centre Rabelais, 27 boulevard Sarrail, à Montpellier. Entrée libre et gratuite, dans la limite des places disponibles. Les rencontres sont retransmises en direct et en différé sur la chaîne YouTube de l’Agora des savoirs, ainsi que sur Divergence, en radio numérique terrestre et via son application.

  • [Mémoire de déportation] Denise Toros-Marter. « J’avais 16 ans à Pitchipoï »

    [Mémoire de déportation] Denise Toros-Marter. « J’avais 16 ans à Pitchipoï »

    Témoignage livré en 2008

    À mes parents, afin que ce livre devienne la sépulture qu’ils n’ont jamais pu recevoir.

    Au lycée Montgrand, on nous fait bientôt apprendre et chanter « Maréchal, nous voilà ! », et lors du passage à Marseille du vieux monsieur de qui la France attend beaucoup, les lycéens vont l’acclamer sur le cours Pierre-Puget.

    Nous ne doutions pas que le « vainqueur de Verdun* », ainsi qu’on le vénérait, allait servir sur un plateau 76 000 Juifs à Hitler pour les faire massacrer dans des conditions jamais égalées à ce jour, en même temps que les Tziganes, les opposants au régime hitlérien (socialistes, communistes, gaullistes) ou tout simplement les jeunes réfractaires au Service du travail obligatoire**.

    Les nazis avaient commencé par éradiquer, en utilisant les gaz d’échappement ou les piqûres***, les jeunes allemands arriérés mentaux ainsi que les « mongoliens » ne jouissant pas de toutes leurs facultés. C’est ainsi que débuta la première partie de leur projet de voir un peuple allemand pur et sain, exempt de toute « tare raciale ».

    Commença aussi en Allemagne l’aryanisation des jeunes populations : ceux qui présentaient une « dégénérescence » aux yeux des spécialistes de la « race supérieure » devaient être supprimés pour ne laisser place qu’aux races dites « supérieures ».

    À Marseille, l’approvisionnement commence à se faire rare. Apparaissent alors les premières opérations de troc pour se nourrir : « Je te donne des chaussures, apporte-moi des pommes de terre », « Je te passe un peu d’essence pour ta voiture, fais-moi livrer du charbon. » Débute, hélas, le système de la débrouille, oui, mais nous, c’est pour subvenir aux besoins de notre famille, ce n’est pas pour faire de l’argent sur le dos des autres… comme certains qui font du « marché noir**** ».

    * Philippe Pétain (1856-1951), maréchal de France au lendemain de la Première Guerre mondiale, où il s’illustra comme le vainqueur de la bataille de Verdun (1916) et chef des armées (1917). Après la débâcle française de 1940, Pétain est appelé à la présidence du Conseil le 16 juin 1940. Il demande l’armistice et, le 10 juillet 1940, obtient du Parlement, réuni à Vichy, les pleins pouvoirs.

    ** Il est instauré par le régime de Vichy par la loi du 16 février 1943 pour fournir de la main-d’œuvre aux usines du IIIe Reich, dans le cadre de la politique de collaboration de l’État français avec l’Allemagne nazie.

    *** Avant l’utilisation du Zyklon B (puissant insecticide composé d’acide cyanhydrique) dans les chambres à gaz, les nazis ont employé le monoxyde de carbone émis par des moteurs diesel pour les destructions de masse. Les piqûres auxquelles fait allusion Denise sont un moyen d’assassinat consistant en une injection de phénol directement dans le cœur des victimes.

    **** Désigne le commerce illicite pratiqué alors que les denrées sont rationnées et les prix contrôlés par les autorités afin de répartir plus équitablement les productions.

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Le combat syndical contre l’impérialisme

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Le combat syndical contre l’impérialisme

    Ainsi, tout convergeait pour mettre en échec les fauteurs de guerre et, de fait, une 3e guerre mondiale serait écartée, la paix reviendrait au Vietnam et en Corée.

    Ceux qui croyaient avoir réduit la classe ouvrière à l’impuissance après la scission, pensant qu’elle était incapable d’avoir des forces pour secouer la misère, et qui luttaient contre la paix, constatèrent que les travailleurs n’acceptaient plus de jeûner dans leur propre intérêt et ce que les gouvernements redoutaient le plus, ce n’était pas la misère des ouvriers, mais les manifestations de leur colère !

    Ce qui est certain, c’est que sans la lutte incessante et courageuse de la classe ouvrière, sans les progrès sensibles réalisés dans l’unité d’action, cette situation aurait été encore plus sombre. Pressés par leur maître américain, nos gouvernants recherchaient de nouvelles méthodes pour imposer leur politique impopulaire. Le seul moyen pour parvenir à leur fin, c’était les atteintes à la démocratie sociale. Ils s’orientaient de plus en plus vers un autoritarisme d’État. Le droit de grève était battu en brèche. De Gaulle proclamait dans chacun de ses discours sa prétention d’amoindrir le rôle des syndicats et de les remplacer par un système de cogestion et de participation… qu’il baptisa association Capital-Travail.

    Exploitation des travailleurs des pays d’outre-mer

    Les travailleurs savaient que le grand patronat finançait la propagande démagogique et mensongère des représentants des classes possédantes par les profits réalisés sur la misère. C’était bien évident, et personne ne peut rien contre cela, la classe ouvrière défendait son pain, ses libertés et la paix avec le même soin, la même ardeur qu’elle apportait dans ses luttes quotidiennes.

    Les délégués à ce congrès dirent de quelle façon s’était aggravée leur propre situation au fur et à mesure que les impérialistes français transformaient leur pays en base militaire. La politique de guerre développe la misère, comme le dénonçait le délégué de Conakry. Les délégués ouvriers CGT étaient chassés des administrations, comme Abdoulaye Dialo, parce qu’il était vice-président de la FSM, Sekouroum et tant d’autres.

    Nous recevions des appels pathétiques de nos camarades de la Martinique, de Madagascar, du Maroc, de l’Algérie, où les travailleurs réagissaient contre l’impérialisme. Leurs écrits, leurs déclarations montraient que tous ces pays accordaient une confiance absolue à la CGT et à la FSM.

    Dans le but de combattre cette influence et de duper les travailleurs de ces pays pour les entraîner dans une politique de guerre, les impérialistes usaient de leurs moyens habituels : la répression et la division.

    à suivre la semaine prochaine…

  • Manifester, une conquête sociale

    Manifester, une conquête sociale

    C’était un 17 octobre. Mais en 1909 ! Ce jour-là, à Paris, une immense manifestation noircit le pavé pour protester contre l’exécution en Espagne de l’anarchiste Francisco Ferrer, une grande figure du mouvement socialiste. L’émotion est mondiale chez les progressistes. Jean Jaurès, à la tête de l’Humanité, est à la manœuvre de cette grande journée parisienne. Quelques jours plus tôt, le 13 octobre, trois cortèges, dont un lancé par l’Humanité, avaient défilé dans le plus grand désordre et avec des coups des deux côtés de la barricade. Ils étaient 20 000 selon les historiens. Le 17 octobre, ils seront 80 000 et la manifestation fut puissante et pacifique. Le rapport de force avait permis à Jaurès de faire plier le préfet Lépine et on passa ainsi de l’insurrection à la manifestation organisée.

    Justice sociale

    Le premier jalon du droit de manifester, était posé ce jour-là par le mouvement social.

    Plus d’un siècle plus tard, ce retour sur notre histoire commune nous dit une chose fondamentale : le droit de manifester est une conquête citoyenne et sociale né de rapports de force entre les tenants de l’ordre immuable et les forces vives de la société avançant pour leurs droits, la justice sociale. Ce droit de manifester est désormais inscrit dans la constitution. Les interdictions de manifester ordonnées par les préfets, obéissant aux ordres du chef de l’État, sont donc d’une gravité absolue au regard de notre histoire. Les reculs obtenus notamment à Marseille sont les fruits d’âpres discussions mais, surtout, de la détermination du mouvement social face au mépris du pouvoir actuel. Le geste de Jaurès, fondateur, est toujours d’actualité.

  • À Lunel, la magie dévoile ses secrets, de Circé à Harry Potter

    À Lunel, la magie dévoile ses secrets, de Circé à Harry Potter

    Fioles mystérieuses, vieux grimoires et personnages fantastiques : avec « Sortilèges et magiciens, de Circé à Harry Potter », le musée Médard, à Lunel, invite à explorer l’histoire de la magie et de la sorcellerie à travers une exposition qui fait dialoguer patrimoine écrit et culture populaire.

    « On avait envie de mettre un peu de mystère, et je pense qu’on a tous besoin de magie en ce moment », confie Valérie Dumoulin, directrice du musée. C’est en découvrant les nombreux ouvrages consacrés à la magie dans la collection de Louis Médard, bibliophile lunellois du XIXe siècle qui légua à sa ville une collection exceptionnelle de livres anciens, que l’équipe a imaginé ce parcours, nourri d’ouvrages du fonds Médard et de prêts exceptionnels. « Des ouvrages méconnus du grand public, mais dans lesquels s’est créée toute l’imagerie de la sorcière et des magiciens. »

    Le voyage commence dans l’Antiquité avec Circé et Médée, figures de magiciennes aux pouvoirs ambivalents, capables de guérir comme de nuire. Il est ensuite question de Merlin. « Au départ, il y a un côté plutôt magicien, devin et devineresse. La sorcière n’a pas encore la connotation qu’elle prendra au Moyen Âge », explique Valérie Dumoulin. En effet au fil des siècles, les représentations évoluent.

    La saga Harry Potter à l’honneur

    Avec le développement du christianisme, les savoirs populaires liés aux plantes et aux soins suscitent la méfiance. « Ces savoirs échappaient à l’Église, qui les a condamnés. À partir du Moyen Âge, la figure de la sorcière se rapproche peu à peu de celle du diable et nourrit un imaginaire qui conduira aux procès et aux persécutions. » La chasse aux sorcières, « qui s’intensifie à la fin du Moyen Âge, où des théoriciens expliquent comment reconnaître une sorcière », constitue l’un des temps forts de l’exposition. Les femmes, souvent guérisseuses ou devineresses, sont particulièrement visées. « Il va y avoir une sorte d’association avec le diable. Toute l’image de la femme va se trouver entraînée là-dedans », souligne la directrice. Le parcours fait notamment écho à l’histoire locale, avec un document de 1280 relatant la condamnation au bûcher, dans le Lunellois, d’une femme accusée de « maléfices ». Pour clore cette première étape de l’exposition, proposée au rez-de-chaussée, un cabinet de sorcier reconstitué, « avec fioles, minéraux et boule de voyance », plonge les visiteurs dans cet imaginaire.

    À l’étage, le parcours se poursuit en explorant les liens entre nature et magie : plantes médicinales, pierres, alchimie et astrologie témoignent d’une quête ancienne pour comprendre le monde. Dernière étape, la bibliothèque de Louis Médard fait le lien avec la culture contemporaine. La saga Harry Potter y est mise à l’honneur avec des objets liés aux films, présentés en regard d’ouvrages patrimoniaux qui ont nourri l’univers de l’autrice, J. K. Rowling. « On se rend compte qu’elle a puisé son inspiration dans les livres présentés dans l’exposition », observe la directrice. Une manière de rappeler que les histoires de sorciers d’aujourd’hui plongent leurs racines dans un patrimoine littéraire ancien.

    Visites commentées, ateliers créatifs et conférences feront vivre l’exposition dans les prochains mois. La première conférence se déroulera le 18 novembre à 18h à l’Espace Castel, où l’ethnobotaniste Alain Renaux évoquera « les plantes bénéfiques et maléfiques de nos amies sorcières ».

    A.G.

    * Entrée libre. Réservations pour les visites et ateliers au 04.67.87.83.94.

  • Un hommage aux victimes du 17 octobre 1961

    Un hommage aux victimes du 17 octobre 1961

    Le 17 octobre 1961, à Paris, des dizaines de milliers d’Algériens de France manifestent pacifiquement contre le couvre-feu qui leur est imposé et pour l’indépendance de l’Algérie. La répression policière fait de nombreuses victimes : des manifestants sont frappés, arrêtés, internés et tués ; certains sont jetés dans la Seine. Le bilan exact reste débattu, mais plusieurs historiens l’estiment à environ 200 morts.

    Le collectif du 17 octobre 1961 se mobilise, ce samedi, sous l’ombrière du Vieux-Port, pour commémorer cet événement et réclamer sa reconnaissance officielle comme crime d’État. À partir de 16h, une exposition et un atelier d’éducation populaire se tiendront, avant de laisser place à plusieurs prises de parole. « C’est une histoire qui est aujourd’hui trop peu connue, même les enfants de descendants ne sont souvent pas au courant, déplore Zohra, membre du collectif. Quand on voit comment une partie de la droite et l’extrême droite renvoient systématiquement des immigrés de cinquième génération à leurs origines, on comprend que le travail mémoriel n’a pas bien été fait. »

    Le collectif affirme également sa solidarité avec la mobilisation organisée ce samedi et les revendications sociales qu’elle porte. « Comme les Algériens en 1961, lycéens et Gilets jaunes ont subi une répression policière inacceptable », s’indigne Zohra.

  • Les souvenirs de Marcel Dib lors du duel historique de 1994

    Les souvenirs de Marcel Dib lors du duel historique de 1994

    Le 13 septembre 1994. Cinq mois avant cette date, l’Olympique de Marseille connaît la sanction la plus sévère de son histoire : la rétrogradation en Division 2 dès la saison suivante, suite au scandale de corruption du match Valenciennes-Marseille, souvent appelé « affaire VA-OM ».

    Cela ne l’empêche pas de terminer la saison de D1 à la deuxième place du championnat et d’obtenir sa qualification pour la Coupe de l’UEFA, compétition que les Olympiens ont pu disputer grâce à l’accord de l’instance européenne. Pour son entrée dans la compétition au stade des 32es de finale, l’OM hérite de l’Olympiakos. Un tirage « très compliqué », comme le souligne Marcel Dib, capitaine de la formation phocéenne lors de cette saison singulière. Prétendant au trophée européen, le club grec compte dans ses rangs le Yougoslave Ilija Ilic, triple champion de Grèce par la suite, et le Nigérian Rashidi Yekini, légende du football africain et serial-buteur au cours d’une carrière qui s’est étendue sur plus de deux décennies. « Je me rappellerai toute ma vie de ces deux matches, j’en garde un très bon souvenir », lance le milieu formé à l’US Michelis (11e) et à l’USL Premier Canton (4e).

    « On voulait à tout prix les battre, parce qu’ils nous avaient très mal reçus au match aller. Ils nous ont promis l’enfer », précise-t-il. Mis sous pression, les Olympiens ont pu compter sur de vieux briscards, comme Bruno Germain ou Michel De Wolf, et le soutien de Bernard Tapie – toujours président malgré le retrait de sa licence – pour « ne pas se dégonfler » dans un stade Karaïskakis plein à craquer, au match aller. « C’était déjà un combat avant d’entrer sur le terrain, où ils nous bousculaient dans le couloir. Je me souviens d’être face au capitaine [Petros Marinakis, Ndlr.] et on se regardait droit dans les yeux. Il s’est avéré que c’est nous qui leur avons fait la misère », se réjouit Marcel Dib.

    Grâce aux buts signés Bernard Ferrer et Jean-Christophe Marquet (1-2), l’OM prend un léger avantage avant le match retour au Vélodrome, une semaine plus tard, où les Grecs allaient être aussi bien reçus que les Marseillais.

    « Quand ils sont entrés sur le terrain, qu’ils ont vu l’ambiance de fou et la pression de nos supporters, on savait que l’on avait déjà gagné avant de jouer », s’amuse Marcel Dib. Sa prédiction s’est transformée en une réalité cinglante avec un but de Jean-Marc Ferreri et un doublé inscrit par l’Irlandais Tony Cascarino (3-0). « C’est l’un des dix matches qui a le plus marqué l’histoire de l’OM », estime « El Diablo », encore émoustillé 32 ans après.

  • [#DisMoiPourquoi] je la retiens mieux quand je raconte une histoire à quelqu’un ?

    [#DisMoiPourquoi] je la retiens mieux quand je raconte une histoire à quelqu’un ?

    Jade, 8 ans en CE2 à l’école Jean Henri Fabre d’Avignon

    On retient mieux quelque chose quand on fait l’effort de l’expliquer à quelqu’un. Car, pour l’expliquer à un autre, tu dois d’abord l’avoir compris. Mais en plus, une histoire, c’est une construction, avec un début, un milieu et une fin. Ce qu’on appelle un récit, qui donne du sens à tous les détails. C’est pour cela que le philosophe Paul Ricoeur a fait un lien entre le récit et l’Histoire ; un événement historique, c’est un événement qu’on a raconté d’une certaine façon, pour lui donner du sens. Donc, avant de raconter une histoire à quelqu’un, tu dois d’abord la retenir, et ensuite retrouver l’ordre du récit. Si on élargit encore la réponse à ta question, les humains ont toujours inventé des histoires. Avant l’invention de l’écriture, la transmission de ces histoires était toujours orale. Les conteurs, les aèdes, connaissaient par cœur la structure et des formules qui les aidaient à avancer, comme des étapes pour ne pas perdre le fil. Ils inventaient les détails, ce qu’on appelle « étoffer ». Le fil, l’étoffe, le textile, tu vois que le mot « texte » est lié au tissage ? comme quand tu déroules un fil, avec une idée précise du résultat. »

    Caroline Antherieu-Yagbasan. Chercheure en philosophie AMUau Centre Gilles-Gaston-Grange.

  • À Aix, une action pour alerter le public de « La Dame de Pierre »

    À Aix, une action pour alerter le public de « La Dame de Pierre »

    « Ce show musical n’a rien de neutre. Il revisite l’histoire française à travers une grille conservatrice et réactionnaire », peut-on lire sur l’un des tracts distribués devant l’entrée de l’Arena du Pays d’Aix. Ce dimanche soir, La Dame de Pierre était à l’affiche. À l’appel de la CGT Spectacles, une trentaine de militants issus d’organisations antifascistes, syndicales et associatives se sont donc mobilisés deux heures avant le début de la représentation afin d’« informer » les spectateurs du « révisionnisme » qu’ils estiment véhiculé par le spectacle.

    Cette représentation musicale, qui propose de revivre « les grandes heures » de la cathédrale Notre-Dame de Paris, est en partie soutenue par le Fonds du Bien Commun, fondé par Pierre-Édouard Stérin, milliardaire d’extrême droite. Selon le tract distribué par les manifestants, son metteur en scène serait par ailleurs « réputé proche de l’Action française ».

    « Ce n’est pas un spectacle comme les autres, ça distille des idées d’extrême droite, une ode à Marie. Ce n’est pas neutre », affirme Magali Braconnot, de la CGT Spectacles. Un second volet motive la mobilisation : celui du respect du « droit du travail ».

    « Fragilisés »

    L’an passé, une mobilisation avait déjà été organisée au même endroit pour dénoncer ce spectacle. Un signalement de la CGT Spectacles avait alors été transmis à l’Urssaf et à l’Inspection du travail. « 120 bénévoles étaient présents. Mais la loi l’interdit sur des spectacles dont l’entrée est payante. Au mois de juin dernier, on s’est rendu compte que ça avait fonctionné : il n’y a plus que des pros maintenant », précise Magali Braconnot.

    Elle poursuit : « Ils sont fragilisés. Ils ont 2,5 millions de déficit et ne savaient pas s’ils allaient continuer la tournée », selon la CGT, une seule tournée est programmée en octobre, trois dates auraient été annulées et une seule représentation, contre deux l’an dernier, est prévue à Aix-en-Provence.

    Le tout dans un contexte de restriction budgétaire dans le secteur culturel. « Là où le service public se rétrécit, les privés s’engouffrent : ils mettent leurs sous, mais avec leur idéologie. Ce n’est pas possible. »

    L’action de l’année dernière « avait été éclairante. Certains découvraient ce qu’ils allaient voir », souligne Claudie Hubert, pour le Collectif aixois contre l’extrême droite. À l’issue de la représentation de l’an dernier, une spectatrice avait adressé un témoignage aux organisations mobilisées. Elle y dénonçait notamment une représentation de la Révolution française qu’elle jugeait historiquement trompeuse, en contradiction avec ce que son enfant avait appris à l’école. « Aujourd’hui, il voyait un spectacle où la Révolution française détruit les églises dans la violence en disant : “Dieu n’existe plus”. C’est une déformation de l’histoire ! »

  • La Rose d’or, 20 ans de passion médiévale

    La Rose d’or, 20 ans de passion médiévale

    De 35 associations il y a 20 ans au début, ce sont désormais 112 troupes et 1 300 participants attendus ce week-end à Avignon. Soit « 80% des troupes d’histoire médiévale du sud de la France, de Bordeaux à Monaco », s’enorgueillit le président de la Rose d’or, dont le nom renvoie à une récompense pontificale offerte à des seigneurs méritants de la chrétienté.

    Si sur la Barthelasse le samedi sera uniquement réservé aux troupes, une grande parade des compagnies est organisée en centre-ville (14h-15h45) depuis la porte de l’Oulle jusqu’au palais des Papes. L’événement grand public en lui-même se tient le dimanche (10h-18h) au centre de loisirs de la Barthelasse. Campements, reconstitutions, ateliers, marché médiéval, joutes, archers, batailles ou divers concours – dont celui de porter de chefs et de concubines – sont au programme.

    Capitale de l’histoire médiévale ?

    Quelque 4 000 personnes sont attendues avec une focale, cette année, sur le « Complot de la Louve », événement historique de 1326 qui bouleversa la monarchie anglaise.

    Mais le point presse, lundi, de la manifestation a été l’occasion pour la Ville d’annoncer la création d’un nouvel événement autour de l’histoire médiévale : les Pontificales, qui se tiendront du 6 au 9 mai, lors du week-end du pont de l’Ascension. Une promesse de campagne d’Olivier Galzi (DVD) qui compte faire d’Avignon « la capitale de l’histoire médiévale » dont le « classement au patrimoine mondial de l’Unesco » en est l’illustration. Le maire n’a pas encore dévoilé les modalités ni le programme des Pontificales, « mais l’idée est de mettre en valeur le patrimoine et que tout le monde joue le jeu avec, par exemple, les commerçants costumés comme à Nîmes lors des journées romaines ».

    La Ville se défend de vouloir faire de l’ombre à la Rose d’or. « On connaît très bien la structure qui va organiser les Pontificales, nous ne pouvions pas porter une 2e fête d’une telle ampleur qui ne sera pas un copié collé de la Rose d’or », jure Patrick Duval qui conclut : « Si Paris vaut bien une messe, Avignon vaut bien deux fêtes historiques. »

    * Gratuit pour les moins de 12 ans. Entrée 6 euros ou 5,50 euros en prévente sur billetweb.fr