Tag: histoire

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. L’explosion au palais de justice

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. L’explosion au palais de justice

    La revendication de l’acompte provisionnel de 25% fut avancée, mais l’essentiel restait la protestation et la libération des emprisonnés.

    Une délégation des déportés, conduite par le révérend père Perceval, intervint auprès du préfet et l’association des anciens détenus de la centrale d’Eysses demanda la libération de Dani, secrétaire de la section marseillaise, déporté à Dachau.

    Malgré le témoignage des gardes mobiles affirmant honnêtement qu’ils n’avaient été l’objet d’aucune violence, le préfet socialiste exigea que les ouvriers arrêtés soient déférés devant le tribunal. Le procès eut lieu devant la 5e chambre correctionnelle le mercredi 12 novembre 1947.

    Nous appelâmes tous les camarades à assister au procès. Effrayé, le commissaire central envoya deux pelotons de gardes mobiles dès 7h30 au palais de justice, répartis dans le cabinet du président du tribunal et dans la salle d’audience.

    Pendant ce temps, les manifestants affluaient par milliers devant le palais de justice. Les travailleurs étaient en grève dans la plupart des entreprises métallurgiques.

    Les travailleurs de la métallurgie au premier rang

    Ceux de la navale, de la SPCN, Terrin, Groignard, Paoli, Durbec, Duclos, des aciéries du Nord, Bolsonni et Jauffret, de la SNCASE de Marignane, étaient présents. Beaucoup s’introduisirent dans la salle d’audience, la police voulut faire évacuer tous les étages du palais.

    Mais le barrage policier établi à la rue Fortia céda sous la pression des travailleurs. Le commissaire central fit fermer les portes du palais, mais trop tard. La salle d’audience était pleine à craquer et les travailleurs de la métallurgie au premier rang.

    À 10h, après délibération, seul Dani est mis en liberté, les trois autres inculpés furent maintenus sous mandat de dépôt. Le président du tribunal n’eut pas le temps de poursuivre la lecture des décisions prises par les magistrats. Sur l’ordre de Georges Brunero, secrétaire du bureau de l’UD, les travées des témoins et des avocats furent envahies par les travailleurs. Les magistrats se réfugièrent dans le cabinet du président.

    Devant une telle manifestation, le magistrat instructeur s’apprêtait à signer l’ordre de mise en liberté provisoire, lorsque le préfet exigea un jugement de maintien sous dépôt, qui s’appliquait aux trois inculpés malgré l’absence de délit. Deux inculpés furent libérés par les travailleurs, malgré les policiers qui reculèrent devant eux. Les deux autres, dont Dani, furent maintenus par les gardes mobiles retranchés dans un bureau du Palais. Les travailleurs avaient leur outil de travail, « le ganchou », qu’ils ne quittaient jamais et qui effrayait les policiers.

    Dès midi, la grève s’étendit. Les dockers arrivèrent en masse au palais de justice avec leurs outils de travail ; « le ganchou » qu’ils ne quittaient jamais et qui effrayait les policiers. Les marins, les produits chimiques, l’alimentation, la Sécurité sociale en mouvement, réclamaient la libération et un non-lieu pour les quatre inculpés.

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Kallisté] Les Poilus du Fium’Orbu : redonner un visageà ceux que l’Histoire ne doit pas oublier

    [Kallisté] Les Poilus du Fium’Orbu : redonner un visageà ceux que l’Histoire ne doit pas oublier

    Devant un public attentif, les portraits et parcours des 44 combattants de la Première Guerre mondiale recensés à ce jour dans les communes de Chisa, Sari-Solenzara, Solaro et Ventiseri ont été présentés. Une démarche qui permet de redonner un visage, une histoire et une identité à ces hommes emportés dans l’un des conflits les plus meurtriers du XXe siècle.

    Parmi les intervenants figuraient notamment Antoine Galloni d’Istria, historien spécialisé dans la recherche sur les combattants corses de la Grande Guerre, ainsi que des représentants de l’association Corsica 1943. Leurs interventions ont permis de rappeler l’ampleur du sacrifice consenti par toute une génération de Corses.

    Les monuments aux morts présents dans les 307 communes de l’île témoignent encore aujourd’hui du lourd tribut payé par la Corse. Derrière les noms gravés dans la pierre se cachent des destins souvent méconnus : jeunes hommes, pères de famille, agriculteurs ou bergers arrachés à leur quotidien pour répondre à l’appel de la Nation.

    Au-delà du drame humain, la disparition de milliers d’hommes a profondément bouleversé l’équilibre économique et social de l’île. Dans de nombreux villages, leur absence a laissé un vide durable, affectant les exploitations agricoles, l’élevage et la vie communautaire tout entière.

    Grâce au travail de recensement mené avec le concours des familles, cette initiative contribue à préserver une mémoire collective précieuse. En redonnant une histoire à chacun de ces soldats, elle permet de mieux comprendre ce que la Corse a vécu durant la Grande Guerre et de transmettre cet héritage aux nouvelles générations.

    À l’heure où les conflits continuent d’endeuiller de nombreuses régions du monde, cette démarche rappelle avec force l’importance du devoir de mémoire et le prix de la paix.

    Pour ne pas oublier.

  • [Portrait] Chez Anacharsis, « un livre n’avance jamais seul »

    [Portrait] Chez Anacharsis, « un livre n’avance jamais seul »

    Pour saluer l’esprit d’aventure et la radicalité de ces éditions, on rappellera prioritairement qui serait le personnage d’Anacharsis : c’était un barbare de la mythologie grecque, un voyageur qui modifiait son regard pour mieux comprendre et rencontrer les autres. Les deux responsables de cette entreprise lui ressemblent, travaillent à partir de deux points d’ancrage différents. On évoquera principalement Frantz Olivié qui habite Marseille depuis 35 ans. Pour l’université d’Aix-Marseille, il livre les cours d’un Master de Lettres destinés à des étudiants en quête d’emploi dans le monde du livre et de l’édition.

    On dira sa solide entente depuis 25 ans avec le co-fondateur des éditions, Charles-Louis Laville, rencontré pendant ses études d’histoire à Toulouse. Toulouse est un creuset essentiel pour cet éditeur décentralisé : de nombreux auteurs et traducteurs d’Anarchies travaillent dans cette ville où fut créé voici 10 ans le Festival de L’histoire à venir, dont Charles-Louis Laville est l’un des protagonistes permanents.

    280 livres depuis 2002, date de la fondation des éditions. Certains sont copieux, entre 400 et 700 pages. Plus d’une dizaine d’entre eux sont des ouvrages novateurs qui ont remporté de vrais succès dans un segment étroit du marché du livre, l’histoire et l’anthropologie. Entre autres, deux ouvrages qui ont bousculé de nombreux préjugés à propos des Indiens d’Amérique du Nord : « Le Middle Ground » de Richard Wright, la traduction d’un essai qui serait, disent les spécialistes à propos de la Région des Grands lacs l’équivalent de la Méditerranée de Braudel ainsi que « Des ombres à l’aube » de Karl Jacoby sous-titré « Un massacre d’Apaches et la violence de l’histoire » qui fut le Grand Prix 2014 des Rendez-vous de l’histoire de Blois. À quoi s’ajoutent, loin des sciences sociales, une découverte, les improbables narrations, à la fois loufoques et révélantes d’un proche ami de Frantz Olivié autrefois rencontré dans une librairie de la rue des Trois Mages, Le Lièvre de Mars. Chez Anarchasis, l’auteur le mieux vendu – plus de 10 000 exemplaires pour Booming et Trois jours dans la vie de Paul Cézanne – est Mika Biermann, un écrivain allemand qui vit à Marseille depuis quatre décennies.

    Un catalogue sans concession

    Ce qui saute aux yeux, c’est la diversité et l’inégale vitesse de propagation de ce catalogue dont les qualités furent maintes fois saluées par des historiens comme Roger Chartier, Romain Bertrand et Patrick Boucheron, par des médiateurs comme Emmanuel Laurentin, Gilles Lapouge, Julie Clarini et Roger-Pol Droit, par Le Monde des Livres, Télérama et Libé. En dépit de résultats en dents de scie et de grandes difficultés financières, Anarchasis a développé une collection de livres de Poche intitulée « Griffe » où l’on trouve 40 titres, des essais, des traductions de Sagas ainsi que des incursions du côté du roman policier avec des auteurs laconiques comme Panagiotis Agapitos, Claudio Morandini, Mathieu Ghezzi et Nicolas Rouillé.

    Parmi les 280 ouvrages du catalogue, on repère des cohérences et des constantes du côté des lointains dans l’espace et le temps. Pas seulement en direction de la colonisation et des violences subies par les Indiens, ou bien du côté de Bysance et Venise qui furent les champs d’études des deux comparses d’Anarchasis, rapidement obligés d’entrevoir qu’ils étaient trop passionnés et trop exigeants pour faire carrière dans l’Université. Pour échapper aux impasses d’une historiographie européocentrée, ils ont déniché des traductions, des auteurs d’envergure comme Régis Boyer ou l’ethnologue Alban Bensa ainsi que des thématiques qui évoquent le Pacifique, l’Australie, la Nouvelle Calédonie ou bien l’histoire de la piraterie.

    Les coups de poker, l’audace pour ne pas dire l’imprudence d’Anarchasis ont engendré de fortes incertitudes du côté d’une trésorerie pour l’heure incapable de rembourser les aides fournies pendant la Covid : la parution en octobre 2024 d’un coffret de trois volumes richement illustrés, l’ouvrage de Jocelyne Dakhlia Harem et Sultans / Genre et despotisme au Maroc et ailleurs, XIV-XXe siècle, n’a pas rencontré plus de 500 lecteurs.

    Des tendances lourdes – la surproduction et le conformisme envahissent les librairies – un contexte remarquablement analysé dans « Edition », 120 pages, l’essai publié par Frantz Olivié chez Anamosa, peuvent effacer l’importance des éditeurs indépendants. L’heure est grave. Pour ne pas fermer boutique, Marseille et Toulouse lancent une campagne de soutien sous forme d’achats de livres. On choisit des titres d’Anacharsis, on verse une contribution sur le site Ulule : https://fr.ulule.com/editions-anacharsis/

  • [Entretien] Justine Van Minden : « Carpentras a souffert de l’antisémitisme »

    [Entretien] Justine Van Minden : « Carpentras a souffert de l’antisémitisme »

    La Marseillaise : Quel est le but de votre association ?

    Justine Van Minden : C’est une structure fondée en 1992 dont l’objectif culturel est de faire rayonner la culture judéo-provençale. Car il est important pour nous de mettre en avant l’ancienneté de la présence juive sur le territoire. Pour rappel, on a trouvé des traces qui remontent à l’an 0. Et cette présence a été continue, contrairement aux autres endroits en France, même si ça a parfois, voire souvent, été compliqué. Mais il en reste beaucoup de traces, que ce soit dans la langue, dans la cuisine ou simplement dans le patrimoine, avec les nombreuses synagogues, dont celle de Carpentras qui est la plus ancienne en activité de France, et c’est un bijou patrimonial !

    Que souhaitez vous porter en tant que nouvelle présidente ?

    J.V.M. : On veut rayonner dans toute la région et ouvrir l’association à tous, pas seulement aux descendants de juifs du Comtat Venaissin ! Je descends du grand rabbin d’Avignon et il était progressiste. Il considérait par exemple davantage les femmes que d’autres et permettait aux filles de faire leur bar-mitsva, ce qui n’est pas commun. On veut donc se déployer dans toute la région et renouveler les membres, pour rajeunir un petit peu notre organisation, et donc créer plus d’événements. On va également davantage communiquer et refaire le site, qui est vieillissant. On est aussi présents à Aix-en-Provence et à Marseille avec des membres qui sont très motivés. Ou encore à Paris, où on a aussi des attaches.

    Est ce complexe dans le contexte actuel ?

    J.V.M. : On veut montrer que le judaïsme est quelque chose de constructif et ne pas le voir seulement sous le prisme de l’antisémitisme ou de la guerre au Moyen-Orient. Carpentras est une ville qui a souffert de l’antisémitisme et on n’oublie pas l’Histoire, évidemment. C’est aussi symbolique d’être élue ici et d’avoir tenu notre assemblée générale dans la synagogue.

  • Le Duc de Lesdiguières sort des Archives départementales des Hautes-Alpes

    Le Duc de Lesdiguières sort des Archives départementales des Hautes-Alpes

    François de Bonne, duc de Lesdiguières, est un personnage méconnu du grand public, à l’échelle nationale comme dans les régions qui constituent l’ancienne province du Dauphiné. À l’occasion des 400 ans de sa mort, les Archives départementales lui consacrent l’exposition « Lesdiguières, destin extraordinaire d’un Champsaurin », accessible gratuitement jusqu’en septembre. Commandant des protestants du Champsaur lors des guerres de religions, François de Bonne devient l’un des chefs militaires du roi Henri IV, qui l’envoie reprendre le Dauphiné et Grenoble à la ligue catholique.

    Devenu maréchal de France, il mène plusieurs batailles, sièges et missions diplomatiques dans les guerres du nouveau roi. Fait duc du Champsaur sous Louis XIII, il est nommé connétable de France en 1622, la plus haute figure de commandement de l’armée. Il sera le dernier à ce poste, et décède à 83 ans, en 1626.

    Des documents inédits

    L’exposition aux Archives est volontairement centrée sur ses liens avec les Hautes-Alpes, appelées Haut-Dauphiné en son temps. Bernadette Saudemont, vice-présidente du Département chargée de la Culture, explique que les collections présentent des « documents tout à fait intéressants, voire inédits, comme ces lettres signées par Lesdiguières adressées aux communautés d’habitants, cartes et plans du XVIIe siècle, dessins et relevés de monuments aujourd’hui disparus ».

  • Venez découvrir La Marseillaise et rencontrer ses Amis !

    Venez découvrir La Marseillaise et rencontrer ses Amis !

    C’est une idée qui a germé dans la tête des Amis de La Marseillaise, il y a quelque temps déjà. « On s’est battu pour garder ce siège historique, aujourd’hui il est rénové, on est fier du chemin parcouru », recontextualise Serge Baroni, président des Amis de La Marseillaise.

    Partant de ce constat, les membres de l’association ont décidé de convier tous les lecteurs et plus largement tous les curieux à venir les rencontrer « aux rotatives de La Marseillaise », l’espace qui accueille désormais de nombreux événements publics. L’occasion de dialoguer autour des activités des Amis de La Marseillaise mais aussi de jeter un œil aux nouveaux locaux et à la toile monumentale de Pierre Ambrogiani représentant les ouvriers du livre de La Marseillaise. Entièrement restaurée grâce à la générosité de notre association de lecteurs, l’œuvre trône désormais au cœur de la rédaction.

    Les Amis de La Marseillaise l’ont déclinée sous forme d’affiches, de cartes postales ou encore de sacs en toile pour soutenir le développement de notre journal.

    Ils vous donnent rendez-vous dans ces lieux chargés d’histoire, la semaine prochaine avant l’ouverture du bureau des inscriptions du Mondial La Marseillaise à pétanque.

    Mardi 16, mercredi 17 et jeudi 18 juin de 9h à 12h. Place du journal La Marseillaise, 15 cours d’Estienne d’Orves Marseille (1er).

  • La CPMM mise à l’honneur au 54e congrès de la CGT

    La CPMM mise à l’honneur au 54e congrès de la CGT

    Faire rayonner la CPMM. » C’est l’objectif de la présence d’une délégation de la coopérative, en charge de la distribution de la presse sur une partie de la Région Sud, et issue d’une lutte de haute volée, au 54e congrès de la CGT à Tours. « On voulait interpeller les délégués au congrès sur les risques pour la démocratie en lien avec la pérennité de notre coopérative », résume Maxime Picard, président de la CPMM, aux côtés de Nicolas Guglielmacci et d’Hélène Honde. Tous trois chevilles ouvrières de la reprise par ses salariés de l’ancienne société SAD, liquidée judiciairement en 2020 avec la fin de Presstalis (ancienne messagerie nationale de presse), leur présence est plus que symbolique. « Avec la CGT, il y a une histoire commune : les anciens salariés ont monté un projet de reprise avec leur syndicat et d’autres organisations CGT », rappelle le président.

    Une histoire qui se poursuit : « Il y a actuellement un combat mené par l’ensemble de la CPMM. Sur les 24 millions d’euros d’aides exclusivement fléchées sur la distribution de la presse, les dépositaires dont la CPMM, ne reçoivent absolument rien », dénonce Maxime Picard. De quoi mettre en péril son modèle économique, et donc l’accès à une presse pluraliste. D’où la volonté de « sensibiliser sur les enjeux politiques autour de la distribution de la presse et l’accès à l’information ». Leur présence avec un stand a donc fait coup double puisqu’une palette d’offres était mise à disposition des congressistes, dont une participation Mondial La Marseillaise des CSE. En clair, permettre d’aider à « l’équilibre économique de la coopérative » tout en prônant les valeurs de la structure sociale et solidaire.

  • Provence Rugby est devenu un club reconnu de Pro D2

    Provence Rugby est devenu un club reconnu de Pro D2

    Se structurer pour devenir une équipe pérenne en Top 14 ou en Pro D2 est un rêve pour beaucoup de clubs français. Mais chaque rêve à ses obstacles et tout contrôler relève de l’impossible. Le Pays d’Aix Rugby Club l’a vécu depuis le début du XXIe siècle. Rien que sur la décennie 2010, pas moins de trois descentes en Fédérale 1 avec des remontées rapides.

    Les Provençaux ont pris plusieurs fois l’ascenseur, un passage presque obligatoire pour toute équipe ambitieuse. Ancien joueur de l’ARC, Jean-Luc Chovelon détaille les difficultés pour un club de franchir un niveau supérieur. « Il y a un fossé. C’est toujours très difficile pour un club qui monte dans ses dernières divisions de pouvoir continuer sur cette lancée à moins d’avoir des moyens extraordinaires ou de bénéficier de conditions particulières. C’est le lot de tous les clubs qui accèdent pour la première fois à ce niveau. On parle entre Fédérale 1 et Pro D2, mais l’ultime écart est entre la Pro D2 et le Top 14. On le voit en ce moment. Ces dernières années, combien d’équipes qui sont montées de la Pro D2 au Top 14 ont réussi à se maintenir dans les deux ans ? Il n’y en a pas beaucoup. »

    Le Parc devient Provence Rugby

    Le Parc subit un changement majeur avec une nouvelle modification de son nom. En 2015, Provence Rugby voit le jour, mené par Denis Philippon, président depuis deux ans et toujours en place actuellement. « On arrive à un niveau où l’argent et la dynamique économique sont super importants. Il y a un président, Denis Philippon, avec une entreprise qui marche fort. Il s’est entouré aussi de partenaires pour avoir un budget important. C’est l’un des plus gros de la division aujourd’hui », appuie Jean-Luc Chovelon. L’entreprise évoquée se nomme voyageprivé.com. Agence de voyage en ligne, elle est basée à Aix-en-Provence et se trouve être le sponsor principal.

    Le travail effectué porte ses fruits en 2018 et se poursuit les années suivantes. Depuis cette date, Provence Rugby est un club de Pro D2 et franchit les étapes, palier après palier. Le mandat du manager argentin Mauricio Reggiardo a permis au club de remporter la saison régulière en 2024, échouant finalement à monter dans l’élite. Après deux phases finales consécutives, les Aixois sont désormais en finale de D2 pour la première fois de leur histoire. Ce samedi, à Toulouse, le livre d’or peut s’épaissir en cas de victoire, synonyme de promotion. Les hommes de Philippe Saint-André ne sont plus qu’à une marche du Graal.

  • L’héritage de Marc Bloch mis en lumière aux Rotatives

    L’héritage de Marc Bloch mis en lumière aux Rotatives

    Les Rotatives de La Marseillaise ont accueilli, ce jeudi soir, une conférence-débat consacrée à Marc Bloch, figure majeure de l’historiographie française, dont la panthéonisation est prévue le 23 juin. Organisée par l’association Coudes-à-coudes, la rencontre a réuni universitaires, enseignants d’histoire-géographie et élus de la Ville de Marseille autour d’un homme dont l’œuvre et l’engagement demeurent indissociables.

    Historien engagé

    En ouverture, le président et directeur éditorial de La Marseillaise, Léo Purguette, a rappelé la vocation du quotidien : « un rôle de combat » et non « le rôle d’un vestige ou témoin ». Évoquant Marc Bloch, il a salué « un très grand historien » qui mérite « la transmission de son œuvre, de sa vie, aux nouvelles générations ».

    Représentant le maire de Marseille, Azad Kazandjian, conseiller municipal délégué au patrimoine historique et cultuel, a insisté sur la portée contemporaine de l’auteur de L’Apologie pour l’histoire. « L’histoire n’est pas une arme au service des passions du moment, mais une école de l’humanité », a-t-il déclaré, appelant à « résister à l’ignorance ».

    Pour Michel Potoudis, président de l’association Coudes-à-coudes, la panthéonisation constitue l’occasion de remettre en lumière un homme qui fut « un intellectuel engagé au sens le plus noble du terme.(…) Il s’est battu contre le fascisme par les moyens intellectuels d’abord, par les moyens militaires ensuite ».

    Les historiens Julien Loiseau et Laure Verdon ont insisté sur la cohérence entre la vie et l’œuvre de Marc Bloch, enseignant, chercheur et résistant. Une exigence résumée par la phrase qu’il souhaitait voir inscrite sur sa tombe : « Il n’a chéri que la vérité. » Un héritage qui, plus de 80 ans après son exécution, continue d’éclairer le présent.

    Coline Le Bras

  • Marc Bloch, historien bientôt panthéonisé, mis à l’honneur

    Marc Bloch, historien bientôt panthéonisé, mis à l’honneur

    Ils sont rares, les grands intellectuels qui furent pleinement résistants. Aux côtés de figures remarquables comme René Char, Jean Paulhan ou Jean-Pierre Vernant – un poète, un directeur de revue, un historien de la Grèce antique – on peut mentionner ceux qui furent fusillés : le philosophe Jean Cavaillès, l’ethnologue Boris Vildé ou, plus oublié encore, l’homme de théâtre Sylvain Itkine, lui aussi massacré dans les geôles de la Gestapo lyonnaise.

    Fils d’un historien de la Sorbonne, républicain d’origine juive alsacienne, athée et patriote, Marc Bloch, chercheur convaincu de la nécessité de l’interdisciplinarité, de la sociologie et de l’économie, inventeur aux côtés de son aîné Lucien Febvre de la revue Annales et de l’histoire des mentalités, (1886-1944), ne fut pas uniquement un immense médiéviste et un enseignant soucieux de clarté. Les problématiques de ses contemporains renouvelèrent son questionnement ; deux guerres mondiales aiguisèrent son regard.

    Un martyr

    de la République

    En 1914-1918, une blessure et les combats dans les tranchées lui permirent d’appréhender l’importance des fausses nouvelles et de la propagande, ainsi que le rôle de la paysannerie dans la société française du XXe siècle comme dans le monde féodal. La « drôle de guerre » l’amena à poser un diagnostic sans concession sur l’effondrement de son pays en 1940. Au fil des ans, son essai posthume, L’Étrange défaite, préfacé en 1990 par l’Américain Stanley Hoffmann, devint son livre le plus lu : citoyens et historiens du temps présent en avaient besoin pour élucider les abandons et la férocité du régime de Vichy.

    Après sa démobilisation, Marc Bloch renonça à partir pour les États-Unis, où un poste lui était réservé. Il avait charge de famille et son statut de juif lui interdisait d’enseigner en France. Son entrée dans la clandestinité de la Résistance ne fut pas immédiate : les hommes de l’ombre crurent un moment ne pas devoir recruter ce personnage d’aspect sévère, porteur d’une canne, déjà vieilli. À Lyon, son courage et ses talents d’analyste lui permirent de devenir un infatigable dirigeant du MUR, le mouvement d’Alban Vistel.

    Marc Bloch fut arrêté le 8 mars 1944. La Gestapo l’emprisonna au fort de Montluc. Il fut interrogé, torturé pendant plusieurs jours, subit coups de poing, fouets et tentatives de noyade à l’eau froide, contracta une pneumonie et revint dans sa cellule avec le visage ensanglanté et des côtes cassées. Pour survivre, il parla un peu, livrant des renseignements sans importance. Le 16 juin 1944, on l’extrait de sa cellule. Son corps sera identifié parmi 28 cadavres, ceux d’ouvriers et de résistants communistes.

    Le tournant

    d’une seconde vie

    C’est donc une double figure qu’il ne faut pas dissocier qui sera évoquée, ce jeudi, à l’initiative de l’association marseillaise Coudes-à-Coudes de Michel Potoudis : Marc Bloch fut un enseignant et chercheur qui révolutionna sa discipline, ainsi qu’un chef de réseau torturé et fusillé en 1944 par les sbires de Klaus Barbie.

    Codirecteur avec Florian Mazel, enseignant formé à Aix-en-Provence, d’un remarquable et très complet ouvrage collectif intitulé Marc Bloch, l’histoire en résistance (Éditions du Seuil), et commissaire d’une exposition qui s’ouvrira pendant les cérémonies du Panthéon, Yann Potin évoquera ce jeudi, dans l’ancienne salle des rotatives de notre journal, avec deux universitaires aixois, Julien Loiseau et Laure Verdon, la trajectoire de Marc Bloch.

    Longtemps éclipsée par Fernand Braudel ou Georges Duby, qui furent lus durant une période plus favorable au marché du livre, la figure de ce grand comparatiste, fondateur de la nouvelle histoire des mentalités, s’est soudain rapprochée. Elle avait été pleinement réévaluée par la communauté des historiens, notamment par Jacques Le Goff, Bronisław Geremek et Carlo Ginzburg, qui placent très haut Les Rois thaumaturges et Apologie pour l’histoire.

    Après Jean Moulin en 1964, Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillon et Jean Zay en 2015, puis Simone Veil, Joséphine Baker, Missak Manouchian et Robert Badinter, un historien entrera, ce 23 juin, pour la première fois au Panthéon.

    Reste à mesurer ce qu’il adviendra, dans un tel contexte, de cette seconde vie de Marc Bloch, introduit au Panthéon par un président de la République désireux de capter, pour son image personnelle, une partie du capital symbolique de la Résistance. On sera solidaire de la volonté de la famille de Marc Bloch, qui exige que « l’extrême droite, dans toutes ses formes, soit exclue de toute participation à la cérémonie ».

    Conférence ce jeudi 4 juin à partir de 18h30. Les Rotatives, 19 Cours d’Estienne d’Orves, Marseille (1er). Entrée libre.