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  • [Grand entretien] Florent Dasque : « On va passer un beau moment de partage »

    [Grand entretien] Florent Dasque : « On va passer un beau moment de partage »

    La Marseillaise : Votre nouvel album s’intitule « Je rentre à la maison ». Que signifie la maison pour des artistes qui partent régulièrement en tournée comme vous ?

    Florent Dasque : C’est un sujet qu’on interroge tout au long de l’album, notamment dans une chanson qui s’intitule elle-même « Je rentre à la maison ». Dans la chanson, notre personnage part de chez lui et repense à l’endroit où il a grandi, à tous ceux qu’il laisse derrière lui. Il doit se reconstruire ailleurs. C’est une question très présente chez les artistes : on vit dans les tourbus, on se reconstruit un peu à chaque endroit où l’on se produit. On a choisi ce thème en le laissant ouvert à toute interprétation, parce que c’est très difficile de définir ce qu’est une maison. Ce n’est pas une maison maçonnée, avec quatre murs et un toit. C’est un refuge intérieur, invisible, dans lequel on peut enfermer des visages, des souvenirs, des paysages, des couleurs, des saveurs, une langue, une région, un pays, peu importe. Notre identité transite dans notre maison au fil de la vie.

    Cette réflexion s’accompagne d’un projet pédagogique et culturel inédit. En quoi consiste-t-il ?

    F.D. : Ça fait des années qu’on est sollicité pour rendre visite à des publics scolaires ou associatifs, ces échanges nous plaisaient tellement qu’on s’est dit qu’il fallait leur consacrer davantage de temps. On s’est donc entourés d’enseignants, de chercheurs et de formateurs, qui ont créé des fiches pédagogiques autour des questionnements sur l’identité. C’est devenu un espace d’expression pour les scolaires, mais aussi pour n’importe quelle association, des personnes en situation de handicap, des foyers, etc. Aujourd’hui, n’importe quel enseignant ou éducateur peut trouver ces fiches sur le site du ministère. Ce sont des déroulés de séances adaptés pour des enfants de 8 ans jusqu’à des ados de 18 ans, voire des publics de 30 ou 40 ans. Il y a des exercices qui posent des questions comme : Qui suis-je ? Qu’est-ce qu’il y a dans ma maison ? Peut-on avoir plusieurs maisons ? Peut-on reconstruire une maison quand on a quitté la sienne ? C’est un support qui s’adresse à des publics très divers, pour que chacun, peu importe son parcours, d’où il vient, où il va, puisse réfléchir à ce que représente la maison pour lui. L’an dernier, avec l’aide du ministère de l’Éducation Nationale, on a récolté des milliers de projets de jeunes sur ce sujet. À chaque concert, on a réservé nos premières parties aux projets qui nous ont le plus interpellés, que ce soit de la poésie, du slam, de la lecture, de l’art plastique, de la musique… On a par exemple reçu des réécritures de couplets de « Je rentre à la maison » en roumain, en arabe ou en suédois. C’était une façon pour ces jeunes qui parlaient une langue différente chez eux de se rapprocher d’une maison qui leur ressemble et qui les rassure. Beaucoup de projets portaient aussi sur la lutte contre le harcèlement scolaire. Chez les plus grands, on a eu des réflexions plus philosophiques sur la quête d’identité, en perpétuelle construction tout au long de la vie. C’est un grand projet culturel qu’on mène depuis un an maintenant, on le reconduit à la rentrée avec l’Éducation nationale.

    Partager autant avec le public, notamment avec les jeunes, a-t-il influencé votre rapport à la musique ?

    Initiales : On dit souvent que Boulevard des Airs a été créé pour être sur scène, pour partager avec les gens. Effectivement, ce projet était aussi un prétexte pour aller à la rencontre d’un public nouveau, de faire de la musique différemment et ne pas s’enfermer entre concerts, tournées et studios. Ça a donné beaucoup de sens à notre démarche d’artiste et à cet album. Et puis les jeunes, c’est un public qu’on adore. À cet âge-là, il n’y a pas de filtre. Se poser des questions aussi intimes que les questions sur l’identité, qui interrogent en profondeur le parcours des gens, ça soulève des réflexions très intéressantes et très inspirantes pour nous.

    C’est la première fois que vous vous produisez à Ici Live La Ciotat. Pourquoi être présents cette année ?

    F.D. : On est un groupe qui vient du sud de la France, on a collaboré avec plein d’artistes du sud, notamment Carbonne. Donc on a hâte d’y être pour partager avec le public. En plus, l’endroit est superbe, avec la scène sur l’eau. On va passer un beau moment de partage ! C’est toujours un plaisir d’aller à la rencontre de nouvelles personnes, de nouveaux endroits et de nouvelles équipes.

    Après la tournée des festivals, vous avez prévu un voyage aux États-Unis. À quelle occasion ?

    F.D. : Notre projet pédagogique autour de l’album s’est largement exporté puisque l’on part à la rencontre de jeunes américains mais aussi de jeunes d’autres horizons en fin d’année. On va sur une dizaine de villes de la côte ouest pour faire de la musique autrement, avec un public différent. Ce projet a énormément grandi, il n’avait pas du tout vocation à devenir ce qu’il est aujourd’hui ! C’est vraiment une réussite pour nous de pouvoir prendre conscience des questionnements sur l’identité qui ont lieu ailleurs que chez nous. À notre retour, on réattaque la tournée des salles début 2027. On est déjà en train d’écrire la suite, donc on a hâte de continuer notre histoire avec le public.

    Propos recueillis par Andréa Goyard-de castro

  • Rentrée universitaire : le constat alarmant des syndicats

    Rentrée universitaire : le constat alarmant des syndicats

    « La dynamique est celle d’une baisse drastique des dotations », Xavier Luciani co-secrétaire du Snesup-FSU Toulon

    « La situation est assez catastrophique », se désole Xavier Luciani, cosecrétaire du Snesup-FSU, syndicat national de l’enseignement du supérieur, à Toulon. Au centre des inquiétudes : « la baisse drastique des financements des universités ». « On constate une baisse très importante des dotations de l’État, un vrai désengagement qui se traduit par des demandes locales d’économie », poursuit-il. Concrètement, dans le cas de l’université de Toulon par exemple, cela se matérialise par « une coupe de 20% des heures d’enseignements de certains diplômes ».

    « L’autre problème est celui de la gestion locale des budgets. Ce n’est plus l’université qui remonte ses besoins et le ministère qui répond en ajustant sa dotation. C’est le président qui gère le budget qui lui est alloué, détaille l’enseignant-chercheur. Ce sont les besoins qui s’adaptent aux moyens et pas l’inverse. Donc vous allez chercher de l’argent à droite à gauche, et dans le cas de Toulon, le tissu industriel local, c’est la Marine nationale. L’université va se tourner vers ce secteur pour trouver des financements et orienter sa stratégie de recherche, mais également d’enseignement au travers des diplômes. Une stratégie complètement assumée par l’université de Toulon ». Et d’ajouter : « Localement, nous appelons à une rentrée musclée, avec une reprise en main par la base des travailleurs du mouvement social, pas noyautée par les centrales syndicales parisiennes ».

    « Le logement est au cœur de nos préoccupations », Louis Marjollet membre de l’Union étudiante Avignon

    En tête des préoccupations en cette rentrée universitaire pour Louis Marjollet, étudiant à Avignon Université et membre de l’Union étudiante : le logement. « D’abord nous sommes mobilisés sur la question des aides personnelles au logement (APL), qui ont déjà été retirées aux étudiants étrangers hors Union européenne qui ne touchent pas la bourse [depuis le 1er juillet, ndlr], et qui pourraient être indexées sur les revenus des parents bientôt, ce qui constituerait un danger pour les étudiants. » (Notre édition du 24 août). Mais la question du logement, « prégnante depuis un bon moment », dépasse la problématique des aides : « nous continuons de revendiquer la construction de logements Crous ». À ceci s’ajoute l’accès au parc privé, duquel les étudiants avignonnais sont « presque systématiquement exclus en période estivale », les propriétaires cherchant à louer « à des prix absolument exorbitants » pendant le Festival d’Avignon. « Quand on n’est pas du coin on doit avoir une solution de repli, ce qui peut s’avérer compliqué pour les personnes en rupture familiale ou les personnes étrangères ». L’Union étudiante se dresse aussi contre l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants étrangers hors Union européenne, multipliée par 15 par rapport à ceux des étudiants français. « Et un nouveau rapport du ministère suggère d’élargir l’augmentation des frais d’inscription à l’ensemble des étudiants, ça nous inquiète beaucoup ».

    « Il y a une surcharge de travail et un manque de personnel », Sylviane Jacquet membre du Snasub-FSU Toulon

    « L’université affronte un manque total de personnel et une surcharge abominable de travail », s’indigne d’entrée Sylvianne Jacquet, membre de la Snasub-FSU à Toulon, syndicat des personnels administratifs et techniques de l’enseignement supérieur. « Aucun service ne va bien, poursuit-elle. Le surplus de travail pousse beaucoup de gens vers la dépression, et les départs à la retraite des fonctionnaires sont remplacés par des contractuels [agents recrutés par contrat, en CDD ou CDI, sans qu’ils ne possèdent le statut de fonctionnaire, ndlr]. Certains d’entre eux signent pour une fiche de poste sans savoir qu’ils réalisent les tâches auparavant partagées entre deux personnes ». Mais c’est aussi le statut précaire de ces employés qui inquiète le Snasub-Fsu. « Les contractuels ne sont pas à l’abri de perdre leur emploi. Ils n’ont pas la possibilité d’être titularisés, n’ont pas les primes que nous avons nous, en tant que fonctionnaires, ni la possibilité de passer des concours en interne, comme c’est le cas pour nous, insiste Sylvianne Jacquet. C’est aussi compliqué pour se mobiliser, car ils ont peur que leur poste ne soit pas renouvelé ensuite. Je les comprends. Ils n’ont pas la même sécurité que nous : ils peuvent être virés pour rien. » Et d’ajouter : « Ces embauches peuvent également être dévalorisantes pour certains fonctionnaires qui sont au cœur de leur métier et qui ont passé des concours pour occuper un poste ».

  • [Entretien] Alban Desoutter : « La liberté d’expression doit prévaloir pour tous »

    [Entretien] Alban Desoutter : « La liberté d’expression doit prévaloir pour tous »

    La Marseillaise : Pourquoi la sanction contre Julien Thery vous semble-t-elle injuste ?

    Alban Desoutter : Il a relayé un texte critique d’une tribune pro-Israël parue dans Le Figaro en appelant au boycott d’une liste de personnalités signataires. Chaque fois qu’on s’en prend à des relais de l’État d’Israël, il y a cette accusation bien rodée et assumée d’une assimilation à de l’antisémitisme. C’est l’argument numéro 1 utilisé contre des associations ou LFI.

    Tout de même prétendre que Yvan Attal, Michel Boujenah ou Arthur seraient des « génocidaires » parce qu’ils se font des relais de l’État d’Israël, semble disproportionné, non ?

    A.D. : On peut discuter sur le fait qu’il puisse y avoir des complicités et les relais chez les personnalités mais cela fait partie du débat même si les termes peuvent sembler polémiques. Les plus outranciers sont les partisans de l’État d’Israël. Enrico Macias a appelé à éliminer physiquement les militants de LFI [à la TV avant d’être repris et de se rétracter, Ndlr.]. À Lyon II, quelqu’un a eu des positions pour le nettoyage ethnique de la Palestine et a reçu le soutien de L. Wauquiez au nom de la liberté d’enseigner après que son cours a été perturbé par des étudiants. Il n’y a eu aucune sanction. Il y a deux poids deux mesures. L. Wauquiez a même utilisé sa position de président du Conseil régional pour faire un chantage à la subvention. Or, quand J. Thery utilise sa liberté d’expression dans le cadre d’un canal privé sur les réseaux sociaux, indépendamment de ses activités universitaires, là on le sanctionne.

    C’est pour cela que vous dénoncez une « ingérence politique » ?

    A.D. : On a un vrai problème. L’université n’est pas un forum citoyen. Les sections disciplinaires ne sont pas la démocratie participative où chacun – notamment les partisans du gouvernement israélien ou de Trump – va venir dicter à la présidence ce qu’elle doit faire. Celle-ci a cédé à la pression de L. Wauquiez avec son chantage à la subvention. La liberté d’expression doit prévaloir pour tous. Les sanctions ne peuvent intervenir que dans le cadre d’un cours où un enseignant utiliserait sa position pour tenir des thèses anti-républicaines, négationnistes ou racistes. Je ne défends pas la publication de Julien Thery. Je dénonce le fait que sa sanction est disproportionnée et sous pression extérieure. Il peut faire appel auprès du Cneser. Son cas n’est pas isolé. Il y a eu une vague de répression interne dans les universités qui ont toujours eu une tradition de liberté. J’ai moi-même en tant que chercheur subi une sanction déguisée sur mon avancement pour mes prises de position syndicales.

  • Un incendie frappe un bâtiment de l’école des Grands Cyprès à Avignon

    Un incendie frappe un bâtiment de l’école des Grands Cyprès à Avignon

    Depuis l’angle de la rue Madame-de-Sévigné, à Avignon, ce mercredi 29 juillet au matin, on pouvait encore apercevoir quelques dizaines de pompiers s’affairer sur le toit d’un bâtiment en construction de l’école des Grands Cyprès, qui était en train de brûler. L’incendie, qui s’est déclaré dans la nuit autour de 2h30, a mobilisé une cinquantaine de personnes. Le feu a été maîtrisé dans l’après-midi, sans causer de dégâts aux structures voisines. Aucune victime n’est à déplorer.

    D’après le commandant Pailloux, qui dirige les opérations sur place, le feu aurait pris à l’arrière du bâtiment, au pied de l’un des pylônes en bois. « Au regard de sa conception, du cadrage en bois avec de l’isolant en paille compressée, c’est difficile à éteindre et c’est pour ça qu’on y est encore », poursuit le responsable.

    Sur place, les soldats du feu retirent, panneau par panneau, la toiture pour tenter d’accéder aux structures et surtout à cet isolant afin de le décompresser pour faciliter l’extinction.

    Si la municipalité confirme que l’origine du feu « devra être déterminée par l’enquête » et que la rentrée scolaire sera maintenue normalement, le maire, Olivier Galzi (DVD), assure sur son compte Facebook qu’il « semble être d’origine criminelle ». « Ceux qui ont déclenché cet incendie ont détruit un lieu qui devait servir à l’accueil des enfants du quartier et d’Avignon. Ils ont mis en danger la vie des pompiers et détourné leurs efforts alors que des incendies réclament des renforts dans d’autres endroits critiques », poursuit le premier édile. L’élu ajoute que la mairie va porter plainte contre X. Deux jours auparavant, les dortoirs de l’école maternelle ont été vandalisés.

    Retards en vue

    Le bâtiment était destiné à devenir la « Cité éducative » de l’école et à abriter les activités périscolaires. Mais il « ne pourra donc pas ouvrir comme prévu », confie Olivier Galzi. La municipalité précise dans un communiqué qu’elle « travaille d’ores et déjà à des solutions alternatives afin d’assurer la continuité des activités qui devaient y être organisées ». Derrière la rubalise de sécurité, Khalid El Yousoufi, conseiller municipal d’opposition (LFI), mais aussi enseignant de l’école des Grands Cyprès, affiche son désarroi. « La construction avait déjà du retard, donc on va encore en avoir pour un ou deux ans. Ce bâtiment devait surtout accueillir les élèves de la maternelle puis de l’élémentaire pour permettre des travaux dans les locaux, qui sont dans un état catastrophique », confie-t-il, aux côtés du député Raphaël Arnault (LFI). Aux abords de l’école, des parents d’élèves sont dans l’attente. « On devait bientôt avoir une nouvelle école. Mais je sens que ça va traîner encore longtemps », glisse une maman de deux enfants scolarisés dans l’établissement.

  • Dans les Alpes-de-Haute-Provence, des créations de classes insuffisantes pour la FSU

    Dans les Alpes-de-Haute-Provence, des créations de classes insuffisantes pour la FSU

    Les syndicats Snes-FSU et Snep-FSU des Alpes-de-Haute-Provence étaient à la Direction de services départementaux de l’Éducation nationale (DSDEN) de Digne-les-bains, ce mardi. En cause ? La suite du mouvement de contestation de la baisse des moyens dans les collèges et lycées. « Au mois de mars, nous avions fait une opération collèges morts, aujourd’hui, on avait une réunion pour savoir ce qu’il s’était passé depuis », relate Lionel Lasfargues, secrétaire du Snes-FSU et enseignant à Forcalquier. Une réunion avec des annonces plus ou moins positives : « Ils ont annoncé la création de cinq classes dans les collèges, mais en ont supprimé une autre. »

    « Rentrée catastrophique »

    Dans le détail, selon le syndicaliste, les collèges de Sainte-Tulle, Château-Arnoux-Saint-Auban, Forcalquier auront une classe en plus, et deux pour celui de Gassendi à Digne. Tandis que la suppression de classe concerne le collège Le Mont d’Or. Mais pas de quoi sauter au plafond : « Ils en avaient tellement supprimé au départ que ça reste une rentrée catastrophique pour nous. » Snes-Fsu et Snep-FSU décomptent à la fin « trois en classe en moins » pour la prochaine rentrée. « Cela fait des années que notre ministère publie le fait que nous sommes les derniers en Europe pour les effectifs par classe. La moyenne européenne est de 21 élèves, dans notre département, il manque donc 40 classes pour qu’on soit dans cette moyenne », dénonce Lionel Lasfargues. Plus globalement, il pointe des calculs arrangeant pour l’administration : « Ils prévoient 35 élèves en moins pour la rentrée prochaine, mais ils suppriment trois classes ! »

  • Un professeur accusé de viols

    Un professeur accusé de viols

    Ce lundi a débuté, à la cour criminelle de Gap, le procès à huis clos d’un homme de 40 ans, ancien professeur de collège à L’Argentière-la-Bessée, accusé de viols sur quatre élèves et d’agressions sexuelles sur six autres. Les faits sont aggravés par sa position d’autorité ainsi que par la détention d’images pédopornographiques.

    À la suite de la plainte d’une élève et d’une alerte du principal de l’établissement, une enquête est ouverte en février 2019. Des témoignages révèlent alors des relations sexuelles avec plusieurs collégiennes, placées sous emprise, caractérisée notamment par des rapports de domination (poignets attachés, gifles, fessées…). Les victimes, scolarisées en classe de 5e au moment des faits, ont ensuite présenté des symptômes d’anorexie, de dépression et de stress post-traumatique.

    Des rapports

    de domination

    Pour l’avocat général, « du fait de leur âge, les victimes ne disposaient pas du discernement nécessaire pour consentir à ces relations ». L’accusé a affirmé que les jeunes filles étaient consentantes tout en reconnaissant « être immature et avoir du mal à mettre de la distance avec ses élèves ». Une explication qu’a mise en doute Me Lévy-Soussa, avocat des plaignantes : « Je pense que les choses sont un peu plus compliquées pour les parties civiles, puisqu’il y a à la fois la dimension liée au rapport d’autorité, c’est un enseignant et ce sont ses élèves, et d’autre part l’âge des plaignantes qui étaient extrêmement jeunes. »

  • Marseille met en lumière l’héritage de l’historien Marc Bloch

    Marseille met en lumière l’héritage de l’historien Marc Bloch

    « Ce qui est nouveau, c’est la manière d’appréhender la production du savoir historique, non plus comme un récit qui reconstitue l’enchaînement chronologique des événements, mais comme le moyen de comprendre le fonctionnement des sociétés passées pour comprendre le changement social. » C’est par ces mots que Laure Verdon, maîtresse de conférences en histoire médiévale à Aix-Marseille Université a décrit l’apport majeur de Marc Bloch lors de la conférence organisée le 4 juin aux Rotatives de La Marseillaise par l’association Coudes-à-Coudes.

    Premier historien de profession à entrer au Panthéon, Marc Bloch a profondément renouvelé la discipline, ont rappelé Laure Verdon et Julien Loiseau, professeur d’histoire médiéviste à Aix-Marseille Université. Pour Laure Verdon, il est « de ceux qui ont défini les règles du métier d’historien ». L’écriture de l’histoire n’était pas pour lui « simplement un passe-temps ou un exercice d’érudition », mais « un véritable travail » révélant « l’utilité sociale de ce qu’est l’histoire et de ce qu’est le métier d’historien ».

    Dans une lettre adressée à son fils Étienne en 1940, il écrit : « Le métier d’historien (…) est un beau métier (…), mais c’est un métier difficile (…), il exige beaucoup de travail, de connaissances diverses, et une réelle force intellectuelle. »

    Fondateur avec Lucien Febvre de l’École des Annales, Marc Bloch rompt avec une histoire purement chronologique pour construire ce qui est appelé « l’histoire-problème ». Comprendre les sociétés plutôt que raconter les faits, croiser les apports de la géographie, la sociologie, l’économie ou la psychologie, sa méthode révolutionne durablement la recherche historique.

    Mais, pour Julien Loiseau, l’œuvre de Marc Bloch ne peut être dissociée de sa vie. « C’est cette profonde cohérence entre la vie et l’œuvre » qui frappe encore aujourd’hui. « Marc Bloch fait l’expérience de l’Histoire et quand il écrit l’Histoire, il s’appuie sur son expérience », notamment celle de la Première Guerre mondiale.

    Cette cohérence éclaire aussi son engagement dans la Résistance. Citant l’historien Patrick Boucheron, Julien Loiseau rappelle que « Marc Bloch estimait que le métier d’historien n’éloignait nullement de la vie », mais renforçait « une double responsabilité à l’égard du passé comme à l’égard du présent ». Une conception du métier qui fait dire à l’historien que « c’est en cela que l’histoire est une résistance ».

    Quatre-vingt-deux ans après son exécution par la Gestapo, c’est donc autant le résistant que l’historien qui entre au Panthéon. Un homme qui souhaitait voir gravé sur sa tombe : « Il n’a chéri que la vérité. »

  • Opposition à la hausse des frais de scolarité à Montpellier

    Opposition à la hausse des frais de scolarité à Montpellier

    Étudier est un droit, pas un privilège », c’est le slogan choisi par les différents syndicats étudiants et du corps enseignant, réunis ce mardi 26 mai devant le rectorat de Montpellier. Ils prennent la parole pour affirmer leur opposition aux mesures définies par le gouvernement au sujet de l’accès aux études supérieures pour les étudiants étrangers.

    Le 20 avril 2026, le ministre de l’Enseignement supérieur a détaillé plusieurs points de ce décret qui vise l’accès aux études universitaires pour les étudiants non européens. À compter de l’année scolaire 2026-2027, la majorité des étudiants étrangers non ressortissants de l’Union européenne devront payer des droits d’inscription différenciés à l’université, plus élevés que pour les autres élèves. Des frais qui passeront de 178 euros à 2 895 euros par an pour les licences et de 254 euros à 3 941 euros pour les inscriptions en master. À cela s’ajoutera une limite de 10% d’exonération, appliquée dans beaucoup d’universités pour permettre aux étudiants étrangers d’étudier en France.

    « Cette mesure favorise les étudiants nationaux au détriment des étudiants étrangers, c’est une mesure raciste », s’inquiète Elona Kraemer, étudiante en licence d’histoire de l’art et vice-présidente étudiante à l’Université Paul-Valéry, membre du Scum. Une mesure qui mettra des bâtons dans les roues des jeunes non européens qui souhaitent entamer des études supérieures en France. « On a organisé des tractages, des stands sur l’Université et tous les étudiants sont très réceptifs, la grande majorité trouve ça totalement anormal », ponctue la jeune étudiante.

    Le soutien des professeurs

    Dans les rangs des manifestants, de nombreux drapeaux flottent face au rectorat de Montpellier, au milieu des drapeaux du Scum, du Réseau université sans frontières (RUSF), de Solidaires ou encore du Poing levé, plusieurs enseignants du Snesup (Syndicat national de l’enseignement supérieur) sont également présents. Parmi eux, Thierry Guillet, professeur de physique à la faculté des sciences de l’Université de Montpellier, prend la parole pour appeler à se mobiliser contre cette réforme. « L’université des sciences c’est 8 000 étudiants dont 1 700 sont concernés par cette mesure, 20% de nos effectifs », affirme-t-il. « On a 124 nationalités dans une seule composante d’enseignement, la moitié de la planète », souligne ce dernier pour qui la diversité culturelle est une « fierté d’enseignant ».

    Comme il le rappelle, le Conseil de la faculté des sciences a voté à l’unanimité une motion de désaccord avec cette mesure, le Conseil académique de l’Université de Montpellier a également exprimé son désaccord, tout comme le doyen de l’Université qui est même à l’origine d’une tribune parue dans le quotidien Midi Libre. « Le président de l’université de Montpellier, dans le bâtiment juste derrière nous, s’est exprimé contre lui aussi, même s’il ne le dit pas très fort », précise Thierry Guillet, qui affirme clairement que cette mesure n’est pas la bienvenue au sein des universités de Montpellier.

    Ces mesures délétères, au-delà d’envoyer un message jugé « raciste » aux personnes non européennes qui souhaiteraient étudier en France, sont vues les prémices d’une « pêche aux voix électorales » comme le souligne le professeur de physique : « On voit bien un électorat cible de ce message pour les élections 2027. On pensait que ce genre de mesures arriveraient après les élections, mais malheureusement pas ». Fort heureusement, la solidarité semble régner sur les bancs des universités.

  • À Orange, une mobilisation pour des remplaçants au collège Giono

    À Orange, une mobilisation pour des remplaçants au collège Giono

    Peu après 8h, ce mercredi 6 mai, une cinquantaine d’enseignants et de parents d’élèves du collège Jean-Giono d’Orange se sont rassemblés « pour dénoncer l’absence de professeurs remplaçants dans plusieurs disciplines », explique le syndicat national Force ouvrière des lycées et collèges de Vaucluse (SNFOLC).

    « Il manque deux professeurs de français et un prof d’espagnol », liste Olivia Deitman, présidente de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE). Elle regrette que les réponses de la direction académique sur le sujet « restent floues », alors que « les enfants ont besoin de ces cours ».

    C’est notamment le non-remplacement de l’une des deux professeures de français, en congé maternité depuis la mi-janvier, qui inquiète. « C’est une absence prévue, mais il n’y a tout simplement plus personne qui veut ou peut venir. L’exemple le plus criant est que la dernière contractuelle était carrément arrivée de Belgique. Qu’ils n’aient pas cours dans cette matière très importante est problématique », explique Stéphane Pradal, enseignant et représentant du SNFOLC.

    Préparation tronquée

    Des cours un temps remplacés par des visioconférences ou par d’autres professeurs de l’établissement. Ce qui demeure toujours insuffisant aux yeux du corps enseignant et des parents. « Certains d’entre nous s’improvisent professeurs à la maison, mais c’est compliqué. On sait qu’aujourd’hui, il y a des lacunes en grammaire et en orthographe. Et la différence de niveau est injuste alors que le brevet arrive », regrette Olivia Deitman.

    « La confiance en l’institution en a pris un coup. C’est difficile quand celle-ci ne répond pas présent », souligne Stéphane Pradal. Contactée par La Marseillaise, la direction académique de Vaucluse assure que « la situation est bien identifiée par les services », qu’une « procédure de recrutement est actuellement en cours » et que « les mesures nécessaires sont mises en œuvre afin d’assurer la continuité des enseignements pour les élèves ». Un lien vers le site de recrutement gouvernemental, où il est possible de postuler « avec ou sans concours », a également été diffusé, notamment pour un poste à temps plein en lettres modernes à Orange.

  • La traduction littéraire en quête d’une reconnaissance mondiale

    La traduction littéraire en quête d’une reconnaissance mondiale

    Traduire un petit mot n’a jamais été aussi simple, à l’ère de la multitude d’applications existantes, avec plus ou moins de réussite. Mais traduire une œuvre littéraire entière, avec ses tournures de phrases, ses subtilités et ses expressions qui ne se transposent pas mécaniquement d’une langue à l’autre, est une tout autre affaire. Un défi auquel s’attellent des milliers de traducteurs dans l’Hexagone. Et c’est cette pratique ancestrale que souhaite inscrire au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, entre autres, Laurent Lombard, vice-président de l’Université d’Avignon.

    « On s’est rendu compte, avec l’émergence de l’intelligence artificielle, de l’intérêt hallucinant qu’il y a pour la traduction », explique celui qui est aussi enseignant-chercheur et qui a traduit pas moins de 150 œuvres du français vers l’italien et vice et versa. « L’idée est de montrer l’importance de la traduction dans l’histoire de l’humanité. Cela a jalonné l’histoire de nos pays et créé un dialogue dans nos disciplines sans lequel on serait dans un monde bien différent », poursuit-il. L’expression italienne traditore o traduttore, en français « traître ou traducteur », illustre ainsi, pour l’universitaire, l’art qu’est la traduction.

    Les premières actions pour faire avancer le projet ont d’ailleurs déjà commencé. Plusieurs événements et colloques réunissant traducteurs, universitaires et scientifiques ont été organisés, tandis que les initiatives se multiplient. « Il faudra aussi que d’autres structures d’autres pays s’engagent pour renforcer le dossier », souligne Laurent Lombard.

    Ouverture d’esprit

    Une démarche lancée également avec la Cité internationale de la langue française. C’est d’ailleurs un discours du président de la République, prononcé lors de l’inauguration du lieu, qui a fait germer l’idée. « L’Europe est le continent dont la langue, pour paraphraser Umberto Eco [philosophe, sémioticien et écrivain italien, Ndlr], n’est ni le français, ni l’anglais, ni l’allemand, ne cherchons pas la compétition. La langue de l’Europe est la traduction, disait-il, c’est-à-dire ce point de passage de l’une à l’autre », déclarait-il alors. Estimant que « la traduction du français dans des langues étrangères devient, dans beaucoup d’endroits, une forme de combat politique », Emmanuel Macron appelait notamment à « multiplier ces traductions, mais surtout à les rendre accessibles ».

    « Des gens sont morts et meurent encore aujourd’hui car ils traduisent. Cela symbolise aussi une ouverture d’esprit, ce que certains ne supportent pas », conclut Laurent Lombard avec passion.