Tag: universitaire

  • À Marseille, les lycéens et étudiants toujours aussi déterminés

    À Marseille, les lycéens et étudiants toujours aussi déterminés

    La colère, elle restera là tant qu’il y aura pas de réponse ». Pour Luc Bensa, délégué fédéral du Mouvement National Lycéen (MNL) dans le département des Bouches-du-Rhône, scolarisé au lycée Saint-Charles de Marseille, pas question de lâcher quand le gouvernement n’a octroyé aux manifestants « que des miettes ». Eux veulent tout le gâteau et surtout qu’on les écoute. Après avoir bloqué Thiers, Victor Hugo ou encore Marseilleveyre face aux CRS, les lycéens se sont donné rendez-vous en fin de matinée aux Réformés.

    « On fait des manifestations, des blocus, des regroupements, des lâchés de banderoles, on essaie de parler à la préfecture, à la mairie, on envoie des lettres, des messages, on fait tout notre possible », explique Alice, elle aussi élève de Première à Saint-Charles. Si dans son établissement, « on est bien moins en difficulté que dans beaucoup de lycées excentrés », reconnaît la jeune fille, « on a tout de même des classes surchargées, beaucoup de profs absents, les bâtiments qui ne sont pas adaptés à la crise climatique », décrit-elle.

    Dans le cortège qui défile en chantant sur la Canebière, on retrouve des étudiants de la faculté de droit qui ont bloqué eux aussi l’entrée de l’université avec des poubelles depuis 6h30, ne laissant passer que les administratifs. « D’abord nous sommes aux côtés des lycéens avant tout » expliquent Pierre*, Sasha* et Shérine, « on réclame de vraies avancées budgétaires notamment, des économistes ont évalué les besoins à 10 milliards et là on nous a lâché peut-être 530 millions ».

    Une violence d’État

    Ce qui a déclenché leur mobilisation, c’est aussi la loi « bienvenue en France » de 2019, qui a instauré des frais d’inscription différenciés, plus élevés pour les étudiants extracommunautaires. Une mesure « raciste et anticonstitutionnelle, c’est de la préférence nationale » taclent-ils. Ils racontent aussi les files d’attente de plus d’une heure au restaurant du Crous faute de personnel, la bibliothèque universitaire dont le 2e étage est en travaux depuis 2020, les logements universitaires bondés, « quand on arrive à en avoir un ».

    Et encore, « nous, on a la chance de pouvoir être à la fac », le but c’est « de montrer aussi qu’on est aux côtés des travailleurs qui n’ont pas les moyens de vivre dignement » ajoute Pierre. Pour tous, la question est réglée : la violence vient d’abord de l’État. « Évidemment quand tu vois ton père et ta mère galérer, se priver pour te nourrir, tu es en colère » analyse une de ses camarades. Shérine refuse pour cette raison de dissocier casseurs et manifestants, « ils font partie du mouvement, c’est sociologique ». Pour Sasha, « on fait même preuve de retenue ».

    Des drapeaux FSU et CGT se mêlent aux pancartes. « On est là pour accompagner » précise Marion Chopinet, prof d’histoire-géo et secrétaire académique du Snes-FSU de l’académie d’Aix-Marseille. Pour elle aussi, une certitude : « les réponses du gouvernement sont très en dessous de tout ce qu’on attend, ce sont des mesures à la marge en fait, qui ne remettent pas du tout en cause la structure même de ce qui pose problème. On ne s’arrêtera pas là, c’est clair ». Aurélien David, prof d’espagnol au lycée Saint-Exupéry y voit même « une opportunité historique » rappelant que les revendications des jeunes recoupent celles de leurs enseignants et des travailleurs de l’Éducation. À ses côtés, Martine retraitée CGT de l’UL Saint-Lazare embraye. « Ces jeunes c’est notre avenir » martèle-t-elle.

    Tous ont en ligne de mire la grande journée de mobilisation interprofessionnelle du 5 novembre. Et celle d’encore après préviennent les manifestants avant de se disperser sans heurts place Castellane.

    * Les prénoms ont été changés

  • Ces étudiants en renfort des lycéens

    Ces étudiants en renfort des lycéens

    Depuis plusieurs semaines, les entrées de l’Université d’Avignon sont bloquées au moins en partie par des étudiants pour réclamer de meilleures conditions pour étudier. S’ils ont d’abord rejoint le mouvement des lycéens, les étudiants portent eux aussi, devant l’université, des revendications communes aux deux mobilisations.

    Devant une entrée annexe de l’établissement, passage Maréchal-Brune, ce jeudi, une centaine de personnes étaient mobilisées, des jeunes et des représentants syndicaux. Un blocage a été tenté, mais il a été levé en force par la police. Lors de cette intervention, un représentant de la CGT des établissements d’enseignement supérieur (Ferc Sup) a été blessé (lire ci-dessous). Transporté à l’hôpital, il en est ressorti en fin de matinée avec trois points de suture et deux jours d’arrêt de travail.

    « Poursuivre le combat »

    Les lycéens du centre-ville, de Mistral et Aubanel, ont tenté de mettre en place des actions, dans la matinée, devant leurs établissements. « Mais on n’était vraiment pas assez », regrette Nino, terminale mobilisé depuis plus de trois semaines. À un camarade, il confie s’interroger sur sa capacité à poursuivre le mouvement après les vacances qui débutent ce vendredi soir : « J’ai déjà raté 70 heures de cours sur un peu plus de 300 dans le trimestre. » « On sent un peu un essoufflement. On est encore quelques-uns, mais l’approche des vacances diminue un peu la motivation de certains », ajoute Mila, du lycée Aubanel. Même constat à Carpentras, où peu de lycéens étaient mobilisés.

    Du côté des étudiants, les rangs ne faiblissent pas malgré l’adversité. Ils ne seront en vacances que la semaine suivante. « Il faut poursuivre le combat, donc on reste. On essaye de renvoyer une bonne image en restant assis. L’idéal serait de banaliser une semaine pour pouvoir tous se mobiliser », pointe Anouar Bendahmane, étudiant. « On reste mobilisés tant qu’on n’est pas suffisamment entendus. Entre fuites et insalubrité, ce sont des conditions inacceptables », poursuit Hélio Dessinge, étudiant en histoire et membre des Jeunes communistes.

    Parmi les enseignants, la blessure de leur collègue suscite une vive émotion. Sur une vidéo tournée par un manifestant, on voit des policiers s’approcher d’une chaîne humaine formée par des syndicalistes, positionnés entre les forces de l’ordre et les étudiants. Un représentant de la CGT Ferc Sup, qui ne faisait pas partie de cette chaîne, se trouvait à proximité. Un policier l’aurait alors agrippé avant qu’il ne chute et ne se cogne la tête contre une grosse pierre.

    « L’agression de notre collègue était totalement injustifiée. Ce n’est absolument pas normal. Il faut se réunir et discuter quand un collègue est victime de répression de ses libertés », lance, lors d’une assemblée du personnel, Jessica Sainty, enseignante-chercheuse à l’université. « Nous vivons un moment dramatique d’atteintes portées aux libertés publiques, de menaces directes exercées par des personnes dépositaires de l’autorité publique sur la jeunesse et sur le personnel universitaire », confiait la veille Christèle Lagier, enseignante-chercheuse. « La violence de ce matin est inacceptable », affirme lors de l’assemblée George Linarès, président d’Avignon Université, qui assure ne pas avoir demandé l’intervention des forces de l’ordre. La matinée de ce vendredi est banalisée par la présidence et des temps d’échanges vont être organisés dans un amphithéâtre « pour toute la communauté universitaire ».

    ET AUSSI

    Rassemblement de la CGT devant la préfecture de Vaucluse à 17h30

    L’UD CGT de Vaucluse appelle au rassemblement, ce vendredi 16 octobre, devant la préfecture de Vaucluse. Le syndicat dénonce le fait qu’un « camarade ait été violenté par les forces de l’ordre alors qu’il tentait de protéger les étudiants et leurs banderoles », tôt dans la matinée du 15 octobre, devant l’université d’Avignon. Le syndicaliste a reçu trois points de suture après avoir été projeté contre le sol et percuté une pierre.

    Après Langevin, le lycée Lurçat ferme à Martigues

    À Martigues, où le lycée Paul-Langevin était déjà fermé jusqu’aux vacances, la mobilisation s’est déplacée au lycée Jean-Lurçat, le second établissement public de la ville. En fin de matinée, la direction a décidé de fermer l’établissement.

    Cours alternatif à Aix-en-Provence

    Dans le cadre du blocus de Sciences Po Aix qui se poursuit depuis le 5 octobre, les étudiants ont organisé, ce jeudi matin, un « cours alternatif » sur le parvis de l’établissement sur le thème « auto-médiatisation des mobilisations ».

    28 saisines du défenseur des droits

    Le Défenseur des droits, autorité administrative indépendante chargée notamment de veiller au respect de la déontologie par les forces de l’ordre, a annoncé avoir reçu 28 saisines individuelles depuis le début du mouvement lycéen.

  • Fabien, étudiant : «La pénurie de personnels, priorité des revendications lycéennes à Montpellier»

    Fabien, étudiant : «La pénurie de personnels, priorité des revendications lycéennes à Montpellier»

    Les lycéens nous ont contactés à plusieurs reprises pour nous demander de l’aide. Tous les jours, des étudiants vont les aider à bloquer les lycées et à faire tampon par rapport à la répression qu’ils peuvent subir », indique Fabien Bon, représentant du Syndicat de combat universitaire de Montpellier (Scum).

    Depuis le 1er octobre, sous l’impulsion notamment du Scum, le mouvement étudiant s’organise dans la capitale héraultaise autour de blocages universitaires. Parti de Paul-Valéry, il s’est étendu à plusieurs campus : facs de sciences, d’économie, d’éducation, mais aussi fac de pharmacie (« pour la première fois de son histoire »), fac de droit, ainsi que l’Institut régional du travail social (IRTS) ou l’institut Agro. Des blocages qui permettent aux étudiants de rejoindre les rassemblements lycéens en journée, mais aussi de porter leurs propres revendications.

    Pour Fabien Bon, la convergence entre les deux mouvements se construit d’abord autour d’une même inquiétude : l’avenir. « À travers ce qu’il se passe dans les universités, les lycéens voient leur avenir. Et qu’est-ce qu’ils voient ? Qu’entrer à la fac est devenu compliqué à cause de Parcoursup, qui pratique une sélection sociale de plus en plus forte et éjecte de nombreux bacheliers de l’enseignement supérieur ; ils voient que même s’ils arrivent à entrer à l’université, en master, un sur deux sera viré via, cette fois, la sélection exercée via la plateforme Monmaster ; et ils se rendent compte que même s’ils arrivent à décrocher un diplôme, ils auront une vie de misère. Car ils voient bien que leurs parents ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts et que ça risque d’être encore plus compliqué quand ce sera leur tour », décrit Fabien Bon.

    « Se questionner sur ses conditions d’études, c’est légitime »

    « C’est ça la convergence principale avec les lycéens : cette peur de l’avenir, bouché, préempté et volé par des patrons et des politiciens. Mais ce qu’on a aussi en commun, c’est de ne pas être écoutés », considère le représentant du Scum, qui pointe « le mépris des institutions politiques » à l’égard de la jeunesse, ainsi qu’une certaine « violence médiatique ».

    « Tout le monde tourne par exemple en dérision la revendication d’en finir avec le 8h-18h. Mais quel travailleur accepterait de faire 8h-18h sans interruption, excepté une pause d’une heure à midi, enfermé dans son entreprise ? Se questionner sur ses conditions d’études, de vie, c’est légitime. » Et de poursuivre : « Je pense, moi, que le mouvement lycéen donne à toute la France un énorme cours d’éducation civique. »

    Sans compter, souligne Fabien Bon, « que mine de rien les deux derniers mouvements qui ont obtenu des choses au niveau national, ce sont les Gilets jaunes et le mouvement lycéen actuel, qui a obtenu officiellement une hausse du budget de l’Éducation nationale et le déploiement en urgence de plusieurs milliers de profs. Alors que personne n’arrive à obtenir quoi que ce soit dans ce pays », insiste le représentant du Scum.

    Il salue le courage de ces jeunes « qui se politisent et prennent des risques » malgré une répression qu’il juge particulièrement violente. « Il y a des gars casqués et armés en face d’eux, dont on sait qu’ils sont capables de les mutiler. Il y a quand même un gosse de 16 ans dont la main a été arrachée par une grenade en France en 2026. C’est incroyable. »

    Quinze jours après le début du mouvement, les étudiants mobilisés restent donc « complètement solidaires des lycéens. Et le meilleur soutien qu’on puisse leur apporter, c’est de continuer à bloquer les facs, car cela permet de libérer du temps pour aller les aider tout en faisant pression, de notre côté, sur les présidences d’université pour satisfaire nos revendications sur la question de l’inscription des étudiants refusés en licence et en master et sur celle des frais différenciés imposés aux étudiants étrangers ».

    Au-delà des lycées et des campus, « il y a une colère bien plus globale », assure Fabien Bon. « Les gens n’en peuvent plus. On veut pouvoir payer notre loyer tranquillement et se nourrir, tout simplement. »

  • Avignon : sans local, l’épicerie sociale et solidaire pour étudiants s’arrête

    Avignon : sans local, l’épicerie sociale et solidaire pour étudiants s’arrête

    Derrière les vitres et les grilles de l’épicerie sociale et solidaire l’Agoraé, quelques cartons remplis de flyers, une machine à café, ainsi que des paquets de pâtes et des bouteilles de jus jonchent le sol depuis plusieurs semaines. Le projet, lancé en 2023 sous la précédente municipalité de Cécile Helle (PS), va s’arrêter faute de locaux mis à disposition par la mairie.

    Ce lieu de rencontre permettait aux étudiants de trouver des denrées alimentaires et des produits d’hygiène à des prix défiant toute concurrence, parfois jusqu’à 10% des prix du marché.

    Contactée, la municipalité confirme que la convention de partenariat qui liait la Ville, l’Université d’Avignon, l’association étudiante Inter’asso avec le bailleur social Erilia, propriétaire des lieux, dans le cadre d’une convention d’occupation précaire, est arrivée à son terme le 3 juillet dernier. La municipalité assurait cette mise à disposition « à titre gracieux » en prenant en charge le loyer qui s’élevait à 10 336 euros par an. Les locaux, ainsi que deux autres espaces attenants également exploités par les services municipaux, ont été restitués à Erilia. La mairie explique qu’elle « n’est donc plus en mesure de poursuivre cette mise à disposition dans les conditions prévues par la convention ».

    Mais, comme pour d’autres projets lancés avant la prise de pouvoir du nouveau maire Olivier Galzi (DVD), tels que l’aide aux devoirs d’enfants en difficulté dans les quartiers populaires ou encore la végétalisation des cours d’écoles, la situation financière de la ville est avancée pour justifier l’arrêt de cette aide. « Dans un contexte de fortes contraintes budgétaires et alors qu’une démarche de rationalisation du patrimoine communal est engagée, la Ville est dans l’obligation de ne pas pouvoir supporter de nouvelles dépenses pour financer ou rechercher un local de substitution », précise-t-elle. Tout en assurant que « cette évolution ne remet toutefois nullement en cause l’engagement de la Ville en faveur de la vie étudiante ». Notamment en renforçant ses liens avec l’Université et les acteurs de l’enseignement supérieur, « afin de renforcer la coordination autour des enjeux de vie étudiante ». La municipalité estime également que cette « mobilisation constante contribue à soutenir l’attractivité universitaire et le rayonnement d’Avignon ». Au dernier classement des villes étudiantes du média L’Étudiant, la Cité des Papes figurait à la 37e position sur 50, à égalité avec Annecy et Troyes.

    « Choix politique »

    « Je n’attendais pas grand-chose de cette nouvelle municipalité soi-disant d’aucun parti. Apparemment, le bon sens, c’est de supprimer les aides aux étudiants et de les laisser crever », déplore Louis, de l’association l’Union étudiante Avignon.

    Cette décision suscite l’indignation des forces progressistes du Vaucluse. Les Jeunes Socialistes, à travers un communiqué ce lundi 14 septembre, regrettent un « choix du maire » qui ne fait que « renforcer la précarisation des étudiants avignonnais et montre que Monsieur le maire se préoccupe davantage de rentabilité financière que de l’avenir des étudiants avignonnais ».

    Du côté de la conseillère d’opposition Mathilde Louvain, (LFI), on s’interroge sur les réseaux sociaux : « La mairie est en roue libre ? ». « On commence à être habitué à la méthode. On décide manu militari. Zéro rencontre en amont. Cette majorité a définitivement du mal avec les mots solidarité, entraide, soutien », poursuit-elle.

    La section du PCF d’Avignon, Morières et Le Pontet estime que la fermeture de l’Agoraé « est un choix politique, pas une fatalité budgétaire. (…) La décision est d’autant plus incompréhensible que l’Agoraé était installée dans le “Repère de la caserne“, au cœur d’un secteur récemment requalifié. Ces lieux avaient justement vocation à créer de l’activité, du passage et de la vie dans la Carreterie. Une ville attractive ne se construit pas seulement avec des travaux : elle se construit aussi avec les associations, les étudiants et les services qui font vivre les quartiers ».

    Une pétition en ligne demandant la réouverture a récolté une centaine de signatures.

    Pétition contre la fermeture sur change.org

  • [Université] À Marseille, le refus du tri par l’argent

    [Université] À Marseille, le refus du tri par l’argent

    Ils étaient une centaine réunis, mardi, devant la fac Saint-Charles, pancartes en main, à l’appel de l’intersyndicale de l’Enseignement supérieur et de l’Union étudiante, pour dénoncer la hausse des frais de scolarité pour les étudiants extra-communautaires, la baisse des subventions à la recherche, ou la suppression des APL pour 200 000 jeunes. « Du fric, du fric, pour nos services publics, pas pour l’armée, ni pour les flics » : le ton sera vite donné par le cortège.

    « C’est la prolongation de toutes les mobilisations contre ce décret raciste qui instaure des frais différenciés pour les étudiants extra-communautaires », explique Mathis, étudiant en droit à Aix et membre de l’Union étudiante. Inquiet d’un rapport sénatorial prévoyant une hausse généralisée des tarifs, il alerte : « On prône une université gratuite pour toutes et tous. Il est impensable d’instaurer des frais d’inscription de 3 000 ou 4 000 euros, pour des citoyens déjà placés en précarité. »

    Lettre au ministre

    Une analyse partagée par Ilana. « C’est très important que les étudiants du monde entier bénéficient d’un accès aux études », estime l’étudiante en théâtre, rappelant que ces « 3 000 euros représentent trois mois de salaire payés au Smic » et rendent l’accès aux facs « impossible » pour beaucoup.

    Du côté du corps enseignant, l’opposition est tout aussi ferme. Pour Caroline Mauriat, enseignante-chercheuse et co-secrétaire du SneSup-FSU à Aix-Marseille Université (AMU), la mesure laisse planer un risque plus grand : « Appliquer des frais différents pour les extra communautaires porte le germe de faire payer tous les étudiants et faire peser le coût des études sur eux, plutôt que de les financer par nos impôts à travers un budget. » Face à des budgets jugés « insuffisants » et « pas à la mesure des enjeux », le syndicat demande l’abrogation du texte et appelle le président de l’université, Éric Berton, à assouplir le dispositif.

    Le cadre réglementaire de 2026 restreint à 30% le quota d’exonérations accordé par les établissements. Pour AMU – première université de France pour l’accueil international avec plus de 12 000 inscrits –, environ 5 500 étudiants sont directement concernés. La direction assure qu’elle utilisera l’intégralité de sa marge de manœuvre pour soutenir 1 800 jeunes, en ciblant en priorité la continuité des parcours, les boursiers d’excellence et les étudiants issus de zones de conflit.

    Une situation qui inquiète jusqu’à l’hôtel de ville. Dans une lettre adressée cet été au ministre de l’Enseignement supérieur, le maire (DVG) de Marseille, Benoît Payan, avertit que la réforme et la baisse des aides « excluent dorénavant les étudiants les plus modestes ». Estimant que « l’attractivité de notre enseignement supérieur est en jeu » et qu’« accueillir des étudiants du monde entier n’est pas qu’une tradition » mais « un choix d’avenir », l’élu réclame un réexamen de la situation des étudiants déjà engagés, ainsi qu’une concertation d’urgence entre l’État, les collectivités et la communauté universitaire.

  • La pauvreté s’installe chez les étudiants

    La pauvreté s’installe chez les étudiants

    Suzanne Nijdam, présidente de la première organisation étudiante, la Fage, dresse un sombre tableau : « En 2020, en plein Covid, tout le monde criait à l’horreur sur la précarité et qu’il fallait agir étudiant en urgence. Depuis, les aides sociales ont été détricotées ». La rentrée 2026 coûtera en moyenne 3 240 euros pour un étudiant non-boursier en licence, soit une hausse de 655 euros par rapport à 2020, selon l’enquête annuelle de la Fage, rendue publique début septembre.

    Dans le détail, les frais de vie courante atteignent 1 145 euros par mois. Le logement en représente à lui seul plus de la moitié, avec un coût moyen de 637 euros, devant l’alimentation à 181 euros, hors restauration universitaire, estimé à 20 euros. Les dépenses de transport représentent en moyenne 152 euros par mois. À cela s’ajoutent 52 euros consacrés aux loisirs, un poste de dépense souvent considéré comme secondaire mais que l’organisation juge pourtant essentiel. « Cela a un impact énorme sur la santé mentale », estime Suzanne Nijdam.

    Les frais spécifiques de rentrée s’élèvent quant à eux à 2 095 euros. Ils comprennent notamment les frais d’agence immobilière (326 euros), le dépôt de garantie (637 euros) pour la localisation d’un logement et l’achat de matériel pédagogique, comme des manuels par exemple (502 euros). Ce dernier poste est particulièrement prononcé par la Fage, qui le qualifie de « frais illégaux ». Et la Fage de préciser : « Derrière cette augmentation, ce sont des étudiants qui travaillent davantage pour financer leurs études, renoncent à des dépenses essentielles, limitent toujours plus leur alimentation ou repoussent des soins. Cette précarité n’est pas une fatalité, elle est le résultat de choix politiques. »

    Car face à cette hausse continue du coût de la vie, « les réponses apportées restent largement insuffisantes. Nous refusons que les étudiants soient contraints de s’adapter indéfiniment à l’augmentation des prix pendant que les droits étudiants sont fragilisés d’année en année » déclare la Fage. L’organisation réclame ainsi une prise en charge par l’État des frais complémentaires.

    Elle s’alarme également de la situation des étudiants extra-communautaires, jugés « en première ligne face à cette précarité » avec la suppression des APL et la généralisation des frais d’inscription différenciés. Leur coût de rentrée atteint désormais 7 023 euros. Depuis cette rentrée, la majorité des étudiants non ressortissants de l’Union européenne doivent désormais s’acquitter de 2 895 euros de droits d’inscription en licence et de 3 941 euros en master. Deux « coups de masse », selon la Fage, qui réclament la suppression de ces mesures, ainsi que l’indexation et la revalorisation des bourses étudiantes prévues dans une proposition de loi adoptée en première lecture en juin et la pérennisation de l’encadrement des loyers. Même constat à l’Unef, second syndicat étudiant. Cette hausse continue s’inscrit dans une trajectoire de long terme qui ne laisse plus aucun doute : « la précarité n’est pas un accident de la politique gouvernementale, elle en est devenue le résultat assumé ». Cette rentrée résume à elle seule 10 années de macronisme.

  • La Légion d’honneur pour plusieurs personnalités

    La Légion d’honneur pour plusieurs personnalités

    Dans les Bouches-du-Rhône, le maire communiste de Septèmes-les-Vallons, André Molino, décroche les insignes de chevalier au titre du ministère de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation. Élu dès le premier tour des dernières élections municipales et à la tête de sa commune depuis 1999, il voit ainsi salué un long engagement au service de la vie locale.

    Du Préfet Witkowski

    à Franck Leboeuf

    Le maire d’Arles Patrick de Carolis, ancien président de France Télévisions, est quant à lui promu commandeur, tout comme Jacques Witkowski, préfet de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Autre personnalité majeure du territoire distinguée cette année, Éric Berton, président d’Aix-Marseille Université depuis 2020, est promu au grade d’officier.

    Professeur de physiologie et ancien vice-président de l’établissement, il dirige aujourd’hui la plus grande université francophone du monde. Cette distinction vient reconnaître un parcours consacré à l’enseignement supérieur et à la recherche.

    La promotion fait également la part belle à plusieurs élus et responsables publics de la région. À Aix-en-Provence, Marie-Pierre Sicard-Desnuelle, ancienne praticienne hospitalière et aujourd’hui conseillère municipale déléguée à la santé et aux relations avec les hôpitaux, est nommée chevalier.

    Dans le Vaucluse, Laetitia Dosne, adjointe au maire d’Avignon chargée de l’action sociale, des seniors, de l’emploi et de l’insertion, reçoit la même distinction pour son engagement dans les domaines sanitaire et social.

    Dans les Hautes-Alpes, Pierre Chamagne, ancien maire de Pelvoux et président d’une association d’aide à la personne, rejoint lui aussi le rang des chevaliers.

    Le Var compte également plusieurs récipiendaires avec Liliane Boyer, ancienne maire du Muy, et Martine Bouvard, ancienne responsable de l’Éducation nationale devenue adjointe au maire de Roquebrune. À leurs côtés figure Sébastien Forest, directeur de la Dreal Paca, nommé chevalier.

    Cette promotion met aussi en lumière des personnalités déjà connues du grand public. L’ancien capitaine des Bleus Marius Trésor et l’ex-défenseur de l’OM, Frank Leboeuf accèdent au grade d’officier.

  • [Science] YOËL FORTERRE : « La physique a beaucoup à nous apprendre sur le monde végétal »

    [Science] YOËL FORTERRE : « La physique a beaucoup à nous apprendre sur le monde végétal »

    La Marseillaise : Vous êtes un physicien qui étudie
    les plantes. N’est-ce pas le domaine réservé des biologistes
     ?

    Yoël Forterre : Non, la physique et la mécanique sont aussi des portes d’entrée sur le monde végétal. Ces disciplines ont beaucoup à nous apprendre sur les plantes, en plus de ce qu’apportent déjà la biologie et la génétique. Les plantes n’ont pas de cerveau, pas de muscles, pas de nerfs… et pourtant elles perçoivent, réagissent et peuvent répondre et produire des mouvements rivalisant parfois avec les mouvements les plus rapides du règne animal. En tant que physiciens, nous pouvons étudier les moteurs au cœur de ces mouvements.

    Connaît-on d’autres plantes qui, comme la dionée, peuvent modifier rapidement la rigidité de leur paroi pour faire des mouvements rapides ?

    Y.F. : Pas à ma connaissance. Il existe une plante carnivore qui en est peut-être capable, mais cela n’a pas été démontré. Il s’agit d’une plante aquatique composée de capsules remplies d’eau qui sont en dépression. Quand un insecte passe à proximité, une porte s’ouvre et l’insecte est aspiré dans la capsule avant d’être digéré. Ce mécanisme d’ouverture de la porte utilise peut-être le même type de ramollissement de la paroi que la dionée. Il faudrait l’étudier.

    En plus de la dionée, sur quelles plantes travaillez-vous en ce moment ?

    Y.F. : Nous nous intéressons de près au « mimosa pudique », aussi appelé Sensitive, qui a l’air d’être capable de transporter de l’eau de façon ultra-rapide grâce à un système que nous sommes en train de mettre en évidence.

  • Marseille met en lumière l’héritage de l’historien Marc Bloch

    Marseille met en lumière l’héritage de l’historien Marc Bloch

    « Ce qui est nouveau, c’est la manière d’appréhender la production du savoir historique, non plus comme un récit qui reconstitue l’enchaînement chronologique des événements, mais comme le moyen de comprendre le fonctionnement des sociétés passées pour comprendre le changement social. » C’est par ces mots que Laure Verdon, maîtresse de conférences en histoire médiévale à Aix-Marseille Université a décrit l’apport majeur de Marc Bloch lors de la conférence organisée le 4 juin aux Rotatives de La Marseillaise par l’association Coudes-à-Coudes.

    Premier historien de profession à entrer au Panthéon, Marc Bloch a profondément renouvelé la discipline, ont rappelé Laure Verdon et Julien Loiseau, professeur d’histoire médiéviste à Aix-Marseille Université. Pour Laure Verdon, il est « de ceux qui ont défini les règles du métier d’historien ». L’écriture de l’histoire n’était pas pour lui « simplement un passe-temps ou un exercice d’érudition », mais « un véritable travail » révélant « l’utilité sociale de ce qu’est l’histoire et de ce qu’est le métier d’historien ».

    Dans une lettre adressée à son fils Étienne en 1940, il écrit : « Le métier d’historien (…) est un beau métier (…), mais c’est un métier difficile (…), il exige beaucoup de travail, de connaissances diverses, et une réelle force intellectuelle. »

    Fondateur avec Lucien Febvre de l’École des Annales, Marc Bloch rompt avec une histoire purement chronologique pour construire ce qui est appelé « l’histoire-problème ». Comprendre les sociétés plutôt que raconter les faits, croiser les apports de la géographie, la sociologie, l’économie ou la psychologie, sa méthode révolutionne durablement la recherche historique.

    Mais, pour Julien Loiseau, l’œuvre de Marc Bloch ne peut être dissociée de sa vie. « C’est cette profonde cohérence entre la vie et l’œuvre » qui frappe encore aujourd’hui. « Marc Bloch fait l’expérience de l’Histoire et quand il écrit l’Histoire, il s’appuie sur son expérience », notamment celle de la Première Guerre mondiale.

    Cette cohérence éclaire aussi son engagement dans la Résistance. Citant l’historien Patrick Boucheron, Julien Loiseau rappelle que « Marc Bloch estimait que le métier d’historien n’éloignait nullement de la vie », mais renforçait « une double responsabilité à l’égard du passé comme à l’égard du présent ». Une conception du métier qui fait dire à l’historien que « c’est en cela que l’histoire est une résistance ».

    Quatre-vingt-deux ans après son exécution par la Gestapo, c’est donc autant le résistant que l’historien qui entre au Panthéon. Un homme qui souhaitait voir gravé sur sa tombe : « Il n’a chéri que la vérité. »

  • L’héritage de Marc Bloch mis en lumière aux Rotatives

    L’héritage de Marc Bloch mis en lumière aux Rotatives

    Les Rotatives de La Marseillaise ont accueilli, ce jeudi soir, une conférence-débat consacrée à Marc Bloch, figure majeure de l’historiographie française, dont la panthéonisation est prévue le 23 juin. Organisée par l’association Coudes-à-coudes, la rencontre a réuni universitaires, enseignants d’histoire-géographie et élus de la Ville de Marseille autour d’un homme dont l’œuvre et l’engagement demeurent indissociables.

    Historien engagé

    En ouverture, le président et directeur éditorial de La Marseillaise, Léo Purguette, a rappelé la vocation du quotidien : « un rôle de combat » et non « le rôle d’un vestige ou témoin ». Évoquant Marc Bloch, il a salué « un très grand historien » qui mérite « la transmission de son œuvre, de sa vie, aux nouvelles générations ».

    Représentant le maire de Marseille, Azad Kazandjian, conseiller municipal délégué au patrimoine historique et cultuel, a insisté sur la portée contemporaine de l’auteur de L’Apologie pour l’histoire. « L’histoire n’est pas une arme au service des passions du moment, mais une école de l’humanité », a-t-il déclaré, appelant à « résister à l’ignorance ».

    Pour Michel Potoudis, président de l’association Coudes-à-coudes, la panthéonisation constitue l’occasion de remettre en lumière un homme qui fut « un intellectuel engagé au sens le plus noble du terme.(…) Il s’est battu contre le fascisme par les moyens intellectuels d’abord, par les moyens militaires ensuite ».

    Les historiens Julien Loiseau et Laure Verdon ont insisté sur la cohérence entre la vie et l’œuvre de Marc Bloch, enseignant, chercheur et résistant. Une exigence résumée par la phrase qu’il souhaitait voir inscrite sur sa tombe : « Il n’a chéri que la vérité. » Un héritage qui, plus de 80 ans après son exécution, continue d’éclairer le présent.

    Coline Le Bras