Total s’immisce sur les bancs de l’université

Nous avons été surpris et un peu étonnés. » Mathieu Romagny, enseignant-chercheur et élu au conseil de la fac de sciences de l’Université de Montpellier a eu la surprise de découvrir – comme d’autres élus – que l’Université était sur le point de signer une convention avec Total Énergies, à destination des étudiants du master mention énergie de la faculté. « Cette convention de partenariat pédagogique a pour objectif de renforcer l’insertion professionnelle des étudiants avec des interventions de professionnels – pour une soixantaine d’heures de cours – et des visites de sites », soutient Jean-Michel Marin, doyen de la faculté des sciences.

Mais cette convention en laisse plus d’un sceptique, à l’heure où le géant pétrolier est régulièrement taxé de greenwashing. « Les mots dans cette convention sont trompeurs. Total se présente comme un acteur majeur de la transition énergétique avec une ambition zéro carbone en 2050. Mais Total a été condamné par la justice pour avoir employé ces mots-là en décembre dernier. On ne comprend pas bien », reprend Mathieu Romagny. Des accusations balayées par l’Université. « Total a été condamné dans le cadre d’une relation commerciale, ce qui n’est pas le cas ici. Cette convention est un partenariat pédagogique et en aucun cas un soutien politique », se défend Jean-Michel Marin, mettant en avant le poids que représente l’entreprise dans le secteur. « Total a 490 sites d’énergie renouvelable en France, des champs d’éoliennes offshore. On peut être dogmatique mais quand on regarde de plus près, on se rend compte que c’est rationnel. Tous les efforts pour le renouvelable sont bons à prendre », reprend le doyen. Oubliant néanmoins au passage que le groupe prévoit d’augmenter sa production d’hydrocarbures d’environ 3% par an jusqu’en 2030.

« Fabrique de l’ignorance »

« On aurait pu choisir un autre acteur plus petit et plus éthique, engagé dans la transition écologique », soutient l’enseignant-chercheur, regrettant le fait que « les grandes entreprises nouent des accords et ce faisant, pénètrent dans les structures d’enseignement. L’Université de Montpellier sert de caution scientifique. Total est présenté comme un acteur respectable de la transition énergétique. Cela peut s’apparenter à de la fabrication de l’ignorance par les industriels ». À l’instar de celle du tabac qui a semé longtemps le doute sur la nocivité des cigarettes.

« Je ne suis pas naïf, je ne défends pas Total, ça leur profitera. Mais aussi à mes étudiants », fait valoir Jean-Michel Marin. Des arguments qui n’ont pas convaincu les élus critiques, qui demandent l’annulation de la convention.

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