Tag: Total

  • [Prix des carburants] Dans les Alpes, les trajets siphonnent le porte-monnaie

    [Prix des carburants] Dans les Alpes, les trajets siphonnent le porte-monnaie

    « On ne se demande vraiment si c’est rentable d’aller bosser », soupire Julien, commercial. Ce mercredi matin, il vient faire son plein à la station-service Total du Relay de Puymaure. En ville, on remarque sans peine que l’affluence est plus importante dans les stations Total, les seules à maintenir le prix de l’essence à moins de 2 euros le litre.

    « Je fais La Saulce-Gap chaque jour, donc 20 km aller et retour, explique Julien. Jusque-là, j’en avais pour environ 150 euros par mois, maintenant c’est plus de 200. » Il n’est pas éligible aux aides de l’État, notamment la prime « grands rouleurs » pour les professionnels qui font plus de 30 km par jour, car il touche plus que le revenu fiscal annuel de référence, qui doit être inférieur ou égal à 16 880 euros. « J’ai le sentiment qu’on nous pousse vers l’électrique, déplore-t-il. Comme on nous a poussés vers le diesel pendant des années avant ça. » Pour les professionnels des Hautes-Alpes, un territoire enclavé où la voiture est souvent indispensable, la hausse du prix du carburant oblige à rogner sur d’autres dépenses. « Mon mari est métallurgiste, il part de La Bâtie-Montsaléon, dépose notre fille à Serres et va à La-Roche-des-Arnauds chaque matin, rapporte Julia. On n’est pas éligibles aux aides, on n’est pas les plus touchés, on gagne correctement notre vie, mais ça limite tout de même les trajets. Les week-ends chez ma famille à Lyon, qu’on faisait tous les mois, on a tiré un trait dessus. »

    Pour les agriculteurs, nombreux sur le département, certains mécanismes déjà mis en place soulagent l’effort financier à faire. « On peut se faire rembourser la TVA sur le carburant agricole l’année suivante, ce qui nous aide pas mal, explique Mathieu, éleveur bovin dans le Champsaur. Mais on fait plus attention quand même, on limite le plus possible les allers-retours entre nos différents terrains. »

    Beaucoup ne sont pas éligibles aux aides

    Toutefois, la plupart des professions intermédiaires, qui utilisent la voiture au quotidien, ne sont pas éligibles ou peu enthousiasmées par les aides proposées par l’État comme le chèque « grands rouleurs » ou les aides à l’achat d’un véhicule électrique. « Dans mon service, ceux qui ne viennent pas de Gap font de l’autopartage, sinon c’est trop cher, et le plafond de revenu pour bénéficier de l’aide est trop bas », atteste Laura, aide-soignante. Comme pour beaucoup de professionnels, elle dépend de la volonté de son employeur de mettre en place des aides. « Pas mal d’entre nous qui vivent à Gap ont bénéficié de l’aide de la Ville pour acquérir un vélo électrique, mais, pour les autres ça ne change rien », ajoute-t-elle.

    A.F.

  • [Mort au travail] La Mède : à Total, la lutte contre l’amiante et le benzène

    [Mort au travail] La Mède : à Total, la lutte contre l’amiante et le benzène

    « Vous êtes exposés à du benzène rien qu’en étant venu à ce rassemblement », lance Fabien Cros, secrétaire du syndicat CGT de la plateforme Total de La Mède, devant ses auditeurs massés devant l’entrée de l’ancienne raffinerie mardi matin. Le rassemblement organisé par l’union locale CGT, le syndicat de la plateforme et la branche régionale de la fédération des industries chimiques CGT (Fnic) vise à partager les différentes luttes pour la sécurité et la santé au travail en cette journée internationale dédiée. Les syndicats de Kem One Saint-Auban (04), d’Arkema Marseille et de Sanofi Sisteron (04), entre autres, ont répondu présent.

    C’est la présence du benzène, un composé réputé cancérigène, mutagène et reprotoxique (CMR) lié à la production du site qui a conduit le syndicat à attaquer son employeur par deux moyens : au pénal pour mise en danger de la vie d’autrui, et aux Prud’hommes pour le préjudice d’anxiété lié à l’exposition des travailleurs de la plateforme. « La limite à laquelle les travailleurs pouvaient être exposés en 2000 à mon début de carrière était de 1 ppm », resitue Fabien Cros. « Aujourd’hui on est à 0,2 ppm grâce à la pression mise par nos syndicats et nos avocats. Pourtant le benzène n’a pas d’effet de seuil, en respirer une ou 100 fois ne fait pas de différence », dans les risques d’après le syndicaliste. « Cela démontre que ce seuil est politique et non médical (…) Nous voulons que le benzène soit reconnu au même titre que l’amiante », insiste-t-il.

    Son camarade Ludovic Veyret, délégué CGT Sanofi Sisteron, illustre le problème : « On met des casquettes des chaussures de sécurité, mais on nous laisse respirer des trucs et se démerder pour laver nos vêtements. »

    L’avocate du cabinet TTLA Julie Andreu suit ces sujets. « Les expositions perdurent et la prévention n’est pas là : pas de repérage avant travaux ni diagnostics » pour l’amiante. Les procédures judiciaires visent « une juste réparation et reconnaissance des conditions de travail » selon l’avocate. « Les pathologies se déclarant 20 à 40 ans après exposition, l’employeur ne sera peut-être plus là ou pourra dire que c’est faute d’hygiène de vie », relate-t-elle, « c’est pour ça qu’il faut agir avant d’être malade pour prouver qu’il y a eu exposition si demain vous l’êtes ».

    C’est le combat mené avec la CGT dans les industries de la région.

  • L’autoroute européenne de l’hydrogène arrive en 2032

    L’autoroute européenne de l’hydrogène arrive en 2032

    Deux millions de tonnes d’hydrogène devraient transiter par le golfe de Fos d’ici à 2032 selon les plans de NaTran (ex GRTGaz), transporteur de gaz indépendant porteur du projet Hyfen, sujet d’une conférence de presse mardi matin à Paris.

    Il s’agit d’un gazoduc d’hydrogène partant de Fos-sur-Mer et passant par la Vallée de la Chimie lyonnaise et la Moselle, où des réserves souterraines auraient été trouvées, dans une idée de « corridor européen interconnecté reliant le Portugal à l’Allemagne » d’après Anthony Mazzenga, directeur du développement de NaTran. Il s’intègre au projet BarMar de gazoduc d’hydrogène sous la Méditerranée reliant Barcelone aux bassins ouest du Grand Port de Marseille, à Fos, et vise principalement à alimenter « la stratégie de décarbonation de l’Allemagne basée sur 50% d’hydrogène » dans son mix énergétique.

    Cinq milliards d’euros

    NaTran vise les gros clients industriels comme l’aciériste allemand SHS. « C’est un des secteurs qui auront besoin de l’hydrogène, avec le raffinage et la production d’engrais », détaille le dirigeant. À La Marseillaise sur le territoire, Anthony Mazzenga parle d’un « ouvrage enterré à faible impact paysager, à bonne acceptabilité du public derrière lequel dépend l’avenir industriel de la zone ». Sans rompre « d’accords de confidentialité », l’industriel précise « travailler avec l’ensemble des acteurs industriels du territoire, dont certains maintiennent leur activité ou se diversifient dans la production d’acier bas carbone ou de e-saf », le carburant de synthèse produit à La Mède par Total, consommateur d’hydrogène.

    Cinq milliards d’euros sont engagés par le groupe dans une « perspective de longue durée et un amortissement sur plusieurs dizaines d’années » présente Anthony Mazzenga, de manière « similaire aux investissements sur les réseaux gaz ou électrique ». Reconnu Projet d’intérêt commun (PIC) par l’Europe, Hyfen est en pleine étape d’études, la décision finale d’investissement étant attendue pour 2029 et la mise en service en 2032. Cette décision dépendra de trois conditions pour NaTran : le marché, le cadre législatif avec la transposition attendue du droit européen sur l’hydrogène, et les garanties publiques. « Nous espérons l’apparition d’un mécanisme de lissage temporel des coûts d’ici 2029 pour investir en confiance et à nos clients de se raccorder à prix compétitif », conclut le représentant de NaTran.

  • [Etoile de Bessèges] Nicola Marcerou pour une première étoile

    [Etoile de Bessèges] Nicola Marcerou pour une première étoile

    Né à Nîmes, à 18 km de Bellegarde, théâtre de la première étape, Nicola Marcerou participe à sa première Étoile de Bessèges, mais n’a cependant rien d’un novice : « C’est la première course professionnelle à laquelle j’ai assisté. J’étais sur le bord de la route à 6-7 ans, c’était un petit rêve d’y participer », ressasse le coureur de 23 ans, qui entame sa deuxième saison chez les professionnels.

    Cette première étape avait ainsi pour lui « une saveur particulière », d’autant plus qu’elle arpentait des routes qu’il connaît par cœur, « à 5 km de la maison », lui qui habite Manduel. Ses proches étaient ainsi présents au bord de la route, ce qu’il n’a pas manqué de remarquer malgré la concentration : « J’ai entendu mon nom dans la bosse d’arrivée où on est passé trois fois. C’est un boost et une motivation supplémentaire. »

    « Pourquoi pas une journée à l’avant »

    Pour cette grande première, le régional de l’étape est avant tout investi d’un rôle d’équipier. « J’ai pour objectif d’aider le collectif, notamment aller chercher une victoire avec Sandy Dujardin au sprint, et Alexandre Delettre pour le général. Mon but est d’avoir un bon placement pour les mecs, et les accompagner le plus loin possible » détaille-t-il. Avec, dans un coin de la tête, l’idée de « pourquoi pas, passer une journée à l’avant, pour me faire plaisir. »

    Ce n’était pas pour ce mercredi, le jeune puncheur s’échinant à remplir son rôle, sous des averses qui n’ont pas rendu grâce au ciel de son département. « Ce n’est pas de chance, chaque fois que l’Étoile passe à Nîmes il ne fait jamais beau, ça ne reflète pas du tout le temps du reste de l’année », plaide-t-il, non sans chauvinisme. Du reste, la journée aura été « un peu longue, même s’il n’y a pas eu beaucoup de kilomètres. Il y avait du vent mais pas assez pour faire des écarts. C’était un peu stressant avec à chaque tour le placement pour la bosse, qui était le point clé de la course. On avait deux objectifs : ne pas perdre de temps au général pour Alex (Delattre), et une place avec Sandy (Dujardin) qui fait 5e, donc c’est un bon début » se satisfait-il.

    Sur le plan personnel, avec une anecdotique 66e place, « ça a été. Comme je connais ces routes par cœur, j’ai aiguillé l’équipe à l’oreillette. » Avant de profiter de ses connaissances pour se montrer ? « Je pense que l’étape de Vauvert sera intéressante, avec ce circuit final assez cool et deux belles bosses. » Et, peut-être, une belle histoire.

  • [Entretien] Fabien Cros : « Il manque des infos sur la sécurité de la plateforme »

    [Entretien] Fabien Cros : « Il manque des infos sur la sécurité de la plateforme »

    Totalenergies et Air Liquide se sont associés pour produire sur place l’hydrogène nécessaire à la bioraffinerie de la Mède (voir notre édition du 13/01). Fabien Cros, délégué CGT de la plateforme, aborde les enjeux de cette évolution à la suite de la clôture de l’enquête publique, le 13 janvier.

    La Marseillaise : Comment accueillez-vous la perspective de ces deux nouveaux outils industriels ?

    Fabien Cros : Nous sommes satisfaits de voir l’investissement de 30 millions d’euros qui signifie que l’intérêt du site n’est pas remis en cause. Après tout, nous sommes le seul site européen de Totalenergies où le groupe a maintenu ses investissements dans les secteurs du raffinage et de la chimie. Mais le diable se cache dans les détails. On a été consulté sur l’étude d’impact, nous nous sommes abstenus, car nous avons estimé qu’il manquait des informations. Car la sécurité n’est abordée à aucun moment dans les dossiers d’enquête publique.

    Quelles sont vos inquiétudes ?

    F.C. : Déjà du contexte. Le site de la Mède va devenir une plateforme au sens juridique, c’est-à-dire qu’il n’y a plus qu’une seule entreprise sur place. C’est un statut récent, nouveau dans la loi [décret de 2019, loi inscrite au code de l’environnement en 2023, Ndlr]. Cela signifie des accords économiques et en termes de sécurité. Dans notre cas, c’est Totalenergies la Mède qui s’en occupera. Notre reformer [outil de production d’essence à partir de produit pétrolier, Ndlr] présente des risques connus, mais nous ne connaissons pas la nouvelle unité SMR d’Air Liquide [production d’hydrogène à partir d’hydrocarbures, Ndlr]. Est-ce que nos pompiers seront aussi efficaces sur cette installation ? Le scénario de plus gros danger actuel est pensé autour du bac à gasoil. Est-ce que ce scénario va changer ? Nous n’avons aucune étude pour l’instant, la loi oblige l’employeur à préparer ce scénario un an avant la mise en service des installations [prévue en 2028, Ndlr].

    La cohabitation entre les deux unités vous pose-t-elle un souci ?

    F.C. : Le SMR d’Air liquide sera opéré à distance. Les opérateurs viendraient de Lavéra, où ils en ont déjà un. Mais avec quel cadre horaire ? C’est une donnée cruciale pour nous, on ne sait pas qui vient, quelles mesures de sécurité, ni s’ils passeront par nos installations. Aussi, qui intervient s’il y a un accident sur le SMR ? Priorité à la protection de nos installations, celles d’Air Liquide, les deux ? Quels moyens supplémentaires ? On ne sait pas. En attendant, pour la CGT, il est hors de question qu’une structure qui n’est pas sur la plateforme fasse de l’ingérence. Comme pour la maintenance, sous-traitée sur tout le site. Nous sommes pour la réinternalisation.

    Vous restez donc méfiant…

    F.C. : Il y a une bonne nouvelle : l’arrêt du reformer, plus gros producteur de benzène du site [cancérigène, mutagène et reprotoxique CMR, Ndlr]. L’étude d’impact fait 6 000 pages, les directions nous disent de leur faire confiance car ils maîtrisent. Nous n’avons pas confiance, nous avons porté plainte au pénal pour mise en danger délibérée de la vie d’autrui contre Total pour l’exposition au benzène.

    Quid du modèle économique ?

    F.C. : Nous sommes plus un démonstrateur industriel qu’une unité de production. Soit on perd un peu d’argent, soit on en gagne beaucoup. On a perdu 300 millions d’euros en 2025, mais on en a gagné 70 en 2024. On est capables de gros résultats, avec seulement 250 salariés c’est énorme, mais cyclique.

  • Châteauneuf-les-Martigues : Total produira son hydrogène sur place pour décarboner la bioraffinerie

    Châteauneuf-les-Martigues : Total produira son hydrogène sur place pour décarboner la bioraffinerie

    La plateforme industrielle de La Mède va encore évoluer. Mercredi dernier, Air liquide et TotalEnergies ont présenté leurs projets SMR et HVO Gas plant dans le cadre d’une réunion publique à la salle Blasco de La Mède.

    L’idée pour ces deux acteurs est de créer une nouvelle installation de production de 70 tonnes d’hydrogène par jour pour alimenter la bioraffinerie en marche depuis 2019. « On génère du biodiesel et du biokérozène [450 000 tonnes/an, Ndlr] à partir d’huile de cuisson usagée et de graisse animale », explique Guillaume Eveno, directeur du site Total, « ce qui change c’est l’hydrogène », nécessaire à la fabrication, qui serait produit sur place dès 2028.

    Le directeur détaille : « Notre projet avec Air Liquide est d’utiliser les hydrocarbures générés durant le processus de création du biocarburant pour en tirer de l’hydrogène au travers de l’unité SMR d’Air Liquide ». Jean-Noël Houtmann, représentant d’Air Liquide, précise qu’il s’agit d’une « démarche circulaire et d’une technologie mature dont on opère 50 unités dans le monde ».

    Une première étape

    Ces nouvelles installations soulèvent des questions dans l’assistance. Déjà, sur les nuisances sonores. « Il n’y en aura pas en plus », promet Guillaume Eveno, et « la tendance sera à la baisse ». Idem quant aux émissions de CO². « On annonce une réduction d’au moins 130 000 tonnes en 2028 », avance François Wioland, responsable de projet chez Total. D’autres interrogations ont porté sur la présence de monoxyde de carbone (CO) dans les fumées. Jean‑Noël Houtmann précise qu’il n’y a « pas de combustion, le CO est présent lors du procédé pour augmenter la production d’hydrogène. Il peut y avoir des traces en sorties qui se comptent en millionièmes ». « Nous ne rejetons que de l’eau et du CO² », complète-t-il.

    Sur le sujet sensible des rejets, nous avons demandé quelle surveillance serait mise en place pour les agents cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR). « C’est au cœur de l’étude sanitaire » répond François Wioland, « la présence de tous les éléments CMR, comme le benzène, a été modélisée et le pire scénario révèle un impact en particule par million ».

    Ce projet est une première étape avant d’envisager l’installation de deux électrolyseurs à hydrogène de 20 et 50 mégawatts après 2030 sur la plateforme.