La Marseillaise : Pourquoi avoir signé ce manifeste ?
Benoît Roig : Depuis des années, on nous impose de nouvelles charges sans les compenser. Nous les absorbons sur nos crédits, au détriment du service public. Il y a quelques années, 20% des universités étaient dans le rouge ; aujourd’hui, c’est 80%. À Nîmes, pour la première fois en 2025, un indicateur financier est passé au rouge. Les étudiants dénoncent aussi le manque de moyens. On parle de tout, sauf de la jeunesse, alors que c’est elle qui fera vivre le pays demain.
Comprenez-vous les blocages et la colère des lycéens et des étudiants ?
B.R. : Le mal-être des lycéens est profond. Dès la seconde, ils doivent choisir des spécialités qui vont conditionner leur avenir, sans toujours savoir ce qu’ils veulent faire. Puis viennent Parcoursup, la peur de ne pas être accepté et les inquiétudes sur l’emploi. On a fait de Parcoursup le bouc émissaire de tout. C’est un très bon outil, mais il faut améliorer sa transparence. L’abroger ne résoudra pas le problème de fond. Quand les jeunes tentent de discuter sans être entendus, ils finissent par bloquer. C’est un processus logique, même si les présidents d’université ne peuvent pas répondre à des revendications nationales.
Vous estimez que c’est l’ensemble du système éducatif qui doit changer ? Par où commencer ?
B.R. : Il faut réunir tous les acteurs de l’éducation, du secondaire à l’université, en écoutant les premiers concernés. La réforme du lycée a été menée sans consulter les universités. Résultat : certains jeunes choisissent des spécialités qui ne les préparent pas aux études envisagées. En santé, certains découvrent trop tard l’importance de la physique ; en STAPS, d’autres s’attendent à passer l’essentiel de leur temps sur le terrain. Une meilleure orientation éviterait ces désillusions. On nous demande d’assurer la continuité lycée-université, mais chacun ne peut pas travailler dans son coin. À Nîmes, nous réunissons déjà professeurs de lycée et enseignants-chercheurs et organisons des immersions dès la seconde. Les solutions existent sur le terrain, mais les décisions tombent d’en haut. Nous découvrons parfois les annonces dans la presse ou par des influenceurs ! Nos dirigeants semblent déconnectés de la réalité du terrain.
Que révèle la précarité étudiante à Nîmes ?
B.R. : Nous avons 53% de boursiers, contre 34,5% en France en 2020. C’est dur d’étudier dans de bonnes conditions quand on n’a pas soi-même de bonnes conditions de vie. Notre taille nous permet d’être proches des étudiants et d’installer des distributeurs de protections périodiques ou de produits d’hygiène, c’est loin d’être le cas pour toutes les universités. Mais on multiplie les « bricolages » locaux, au lieu de généraliser des solutions connues. À Nîmes, les moyens par étudiant représentent seulement la moitié de ce qu’ils devraient être. Je ne réclame même pas un doublement de notre budget : une augmentation de 10% permettrait déjà de faire beaucoup. Depuis 2019, je me bats pour que cette sous-dotation soit enfin corrigée.
Qu’attendez-vous de l’État
à l’approche de la présidentielle de 2027 ?
B.R. : Un milliard d’euros pour remettre les universités à flot. On nous dit qu’il n’y a pas d’argent. Je ne suis pas d’accord : Ce sont des choix. On peut mieux contrôler certains établissements privés lucratifs financés par l’apprentissage et revoir le crédit d’impôt recherche. Nous demandons aussi des états généraux de la jeunesse pour repenser tout le parcours éducatif. Ma crainte, c’est la démagogie : promettre de supprimer Parcoursup ou d’ouvrir des places sans expliquer comment. Il faut une réflexion de fond, avec ceux qui vivent ces difficultés.
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