Tag: Éducation

  • Chute d’un morceau de plafond dans une école à Gap

    Chute d’un morceau de plafond dans une école à Gap

    La vétusté des bâtiments scolaires est au cœur des dénonciations du mouvement étudiant et lycéen. Les locaux des écoles maternelles et primaires ne sont pas épargnés. Mardi, des éléments du plafond se sont détachés dans une salle de garderie de l’école Porte-Colombe à Gap, en présence d’enfant. « Cette défaillance a amené le maire Roger Didier [DVD] à demander l’évacuation de la partie la plus ancienne de l’école à titre de précaution », a indiqué la municipalité dans un communiqué. Cette partie concerne huit salles de classe, le dortoir, la salle multi-activité, le réfectoire et le bureau de la directrice.

    Le maire a signé un arrêté de péril qui permet de déclencher la désignation d’un expert judiciaire dans un délai de 24 à 48 heures. « Il s’agit d’une école et il est hors de question de prendre le moindre risque », a réagi Roger Didier, qui salue la réaction des enfants, des parents et de la communauté éducative. La restauration scolaire et certaines classes ont été déplacées vers un centre de loisirs et vers une autre école.

    « La chute d’un plafond à l’école Porte-Colombe de Gap, qui a nécessité l’évacuation de l’établissement, est un événement inquiétant, a jugé le conseiller municipal d’opposition Elie Cordier. Cet incident doit nous rappeler une priorité : accélérer la rénovation et l’entretien de nos bâtiments scolaires. Des travaux ont déjà été engagés dans plusieurs écoles gapençaises, et il faut amplifier drastiquement cet effort, partout où cela est nécessaire. Nos enfants et les personnels éducatifs doivent pouvoir apprendre et travailler dans des écoles sûres, accueillantes et bien entretenues. »

    Agathe De Lenardo

  • En coulisses, lycéens et étudiants planchent sur leur organisation

    En coulisses, lycéens et étudiants planchent sur leur organisation

    Avant qu’un quelconque blocus ne soit décidé, qu’une mobilisation ne soit organisée ou qu’une communication ne soit publiée, un vote doit avoir lieu. Ce fonctionnement démocratique est désormais bien installé chez les lycéens et les étudiants qui, en coulisses des cortèges, se réunissent en assemblées générales. Celles-ci peuvent être interlycéennes, réservées aux étudiants d’un même campus ou encore ouvertes au plus grand nombre.

    « Élever » les voix

    À l’image de l’assemblée générale tenue, mardi après-midi, sur les marches d’un parc de la ville. La plupart des lycées et des sites universitaires étant fermés, une mesure largement contestée par les étudiants mobilisés, les participants se replient sur des lieux publics pour se rencontrer. Parmi la soixantaine de personnes présentes figuraient des lycéens, des étudiants, mais aussi plusieurs enseignants et représentants de syndicats de l’éducation.

    Un peu plus tôt dans la matinée, alors qu’un cortège de 1 200 personnes, selon la police, battait le pavé aixois pour soutenir les revendications lycéennes, un tract circulait dans la foule. Le dépliant indiquait : « AG interprofessionnelle, ouvertes à tous. Élèves, étudiants, enseignants, parents, gestionnaires, éboueurs, maçons… tous sont conviés pour faire des blocus lycéens un mouvement encore plus grand ! ». Suivaient un rappel des revendications et une conclusion : « Cette assemblée générale est aussi organisée pour nous permettre à tous d’élever nos voix ».

    « Il y a des assemblées une à plusieurs fois par jour. Ça nous permet de maintenir une feuille de route, de structurer notre mouvement pour qu’il dure dans le temps », confie une étudiante. Pendant une heure et demie, des temps de parole sont accordés à chacun : propositions d’actions, évaluation du taux de mobilisation dans les lycées, encouragements mutuels, solutions pour communiquer d’un établissement à l’autre, élection de porte-parole, conditions d’enseignement… Pêle-mêle, revendications, ressentis et retours d’expérience s’enchaînent, tandis que les représentants syndicaux prennent des notes.

    « Un des problèmes centraux que nous avons, aujourd’hui, est la structuration et la centralisation des informations », estime, par exemple, l’un des étudiants prenant la parole. À l’issue des débats, les votes sont lancés. La suite des actions se déroulera en fonction.

  • Un appel à manifester au début des vacances, samedi

    Un appel à manifester au début des vacances, samedi

    Le mouvement lycéen tient la dragée haute au gouvernement. 480 000 jeunes (selon l’intersyndicale de la jeunesse) ont manifesté dans toute la France, alors que la précédente journée avait mobilisé entre 266 000 et 450 000 personnes mardi dernier. À Paris, où deux cortèges ont réuni 41 500 personnes selon l’Intérieur, quelques heurts se sont produits entre manifestants et forces de l’ordre qui ont fait usage de gaz lacrymogène.

    Parents, professeurs, syndicalistes

    Brandissant des pancartes « sans éducation, pas de nation » ou « on veut un parcours sûr, par Parcoursup », un premier cortège est parti dans le calme de la place d’Italie. « J’ai le bac cette année et toujours pas de prof d’anglais et physique-chimie », témoigne Lise, en terminale au Kremlin-Bicêtre, dans cette manifestation où de nombreux parents, professeurs et syndicalistes étaient également présents. D’autres manifestations ont eu lieu à Nantes, Lens, Lyon, Strasbourg, Bordeaux ou encore Marseille. À l’origine de ce mouvement parti mi-septembre d’un lycée de banlieue parisienne, à Créteil, pour s’étendre un peu partout en France, l’Union syndicale lycéenne (USL) demande la suppression de la plateforme d’accès à l’enseignement supérieur Parcoursup et un plan de 10 milliards d’euros pour les lycées. Côté enseignement supérieur, 90% des quelque 70 universités françaises étaient « bloquées » ou « fermées » ce mardi, selon l’organisation Union étudiante.

    La secrétaire générale de la CGT Sophie Binet, présente à la manifestation parisienne, a assuré que « tant qu’il n’y a pas de réponse aux revendications, la mobilisation va continuer », avec en ligne de mire les multiples rassemblements prévus samedi 17 octobre sur le pouvoir d’achat.

  • À Gap, une nouvelle manif prévue vendredi

    À Gap, une nouvelle manif prévue vendredi

    « C’est un peu un flop non ? » : ce mardi matin devant le lycée Aristide-Briand à Gap, les élèves sont peu nombreux à se mobiliser. Environ 80 personnes sont présentes, dont près de la moitié sont des adultes venus en soutien. Deux ou trois pancartes sont brandies, tandis qu’un groupe d’élèves tente de faire fonctionner la sono prêtée par un syndicat. « Il y a moins de monde aujourd’hui, admet Elisha, lycéen, au micro. Mais on est quand même là pour la lutte ! ».

    Vers 9h, le cortège s’élance calmement vers le centre-ville. Les plus motivés tentent d’animer la petite foule, en scandant « Macron, t’es foutu, la jeunesse est dans la rue ! », ou « La jeunesse emmerde le Front national », mais sans grand succès. « Il y a eu un problème de communication pour aujourd’hui, justifie Elisha. Mais on sera plus nombreux le 15 octobre ! ». En milieu de matinée, quelques élèves du lycée Dominique Villars ont rejoint le cortège, doublant le nombre de manifestants. Elisha craint que le mouvement ne s’essouffle avec les vacances scolaires, mais lui reste déterminé : « Le problème, c’est que le gouvernement fait le grand sourd, et il sort des décisions et des réponses bidons. Nous, tant qu’il n’écoutera pas, on continuera ».

    Poursuivre les manifestations pour finir par gagner, c’est aussi le point de vue de Kim et Laura : « Il faut être beaucoup plus, tous les jours s’il le faut. Après, si les politiques nous ignorent, on ne peut rien faire d’autre ». « C’est vrai que ce n’est pas simple de rater les cours, car nos absences peuvent peser pour Parcoursup, explique Camille. Mais il faut s’unir, aussi avec les autres corps de métiers, pour se faire entendre. Et sinon, bloquer tout ce qui est consommation, car ce qui a un impact financier fait bouger le gouvernement ! » « La solution, c’est même de changer de gouvernement ! propose Nino. Nous à Gap, on reste favorisés par rapport à nos camarades des banlieues. On peut se contenter de marcher calmement. Mais pour eux, qui sont moins écoutés, utiliser une certaine forme de violence est parfois utile. » « On n’a pas le droit de vote, regrette Juliette. Alors manifester, c’est notre seul moyen de s’exprimer. »

    Agathe Di Lenardo

    ET AUSSI

    Briançon

  • Pour mobiliser à Aix, les jeunes « innovent »

    Pour mobiliser à Aix, les jeunes « innovent »

    « J’avais peur qu’on soit un peu moins que la semaine dernière, mais finalement, il y a toujours autant de jeunes mobilisés. En même temps, on avait dit acte cinq, pas acte final ! », se félicite, parmi la foule, Lisa. Selon les chiffres de la police, ils étaient 1 200 à battre le pavé depuis la Rotonde hier matin. Et un peu plus que mardi dernier, selon les organisations syndicales et étudiantes qui comptent « environ 2 000 personnes » dans le cortège, incluant parents, syndicats et travailleurs, qui ont encadré la déambulation.

    Depuis, les « formes » de manifestations ont changé. Exemple, devant Sciences Po ce matin, une ambiance DJ, ateliers pancartes et petit-déjeuner ont remplacé les slogans scandés en boucle. « On a voulu changer notre mode de mobilisation pour convaincre le plus large nombre, que chacun se sente à sa place, puisse venir montrer son soutien aux lycéens », rapporte Julie, étudiante à Sciences Po. La décision a été prise lors d’une assemblée générale tenue lundi soir, sur le parvis de l’établissement. 150 jeunes y auraient participé.

    Côté lycéens, de nouvelles idées fusent aussi. Dans la foule rassemblée depuis la Rotonde, Nao, alors que les vacances approchent, présente une « caisse de soutien aux lycéens mobilisés ». « On organise une coordination nationale lycéenne. L’objectif est d’envoyer pour le 18 octobre une délégation à Paris, pour continuer d’organiser le mouvement pendant les vacances. Les lycéens doivent pouvoir s’organiser d’eux-mêmes », explique l’élève de terminale. L’argent permettra notamment de payer les billets de train des élèves désignés pour partir vers la capitale. « Il faut qu’on discute de nouveaux modes d’actions, les blocus c’est bien, mais il faut faire attention à ne pas oppresser une partie d’entre nous qui galère chez elle, qui ne peut pas travailler à distance », explique Nina, lycéenne mobilisée depuis le début du mouvement. Selon elle, le mouvement « grossit ».

    « Ne rien lâcher »

    Valentin, élève en première année de fac, qui « s’identifie au mouvement lycéen », compte sur le « non-essoufflement de la cause, le fait qu’on soit de plus en plus nombreux et que le paroxysme va être atteint après les vacances de la Toussaint. La CGT prévoit de continuer la grève après les vacances, on compte sur ça pour alimenter les blocus. » Pour le jeune homme, le mouvement va continuer jusqu’à ce que les revendications soient entendues, à l’image « de précédentes luttes dans l’histoire ». « Il ne faut rien lâcher, appelle de son côté Céline Peccini, représentant la FSU-SNUipp. Quand on voit les convergences des revendications, on a de quoi faire et de quoi remplir les rues jusqu’à ce que Macron entende. C’est bien installé. C’est ça qui me donne espoir. »

  • Deux mille manifestants à Toulon pour faire entendre raison au gouvernement

    Deux mille manifestants à Toulon pour faire entendre raison au gouvernement

    « On est venus trop tôt. Une équipe de deux camions de policiers est arrivée et a tout enlevé. Ils ont même confisqué mon mégaphone. Je trouve ça inadmissible », témoigne Denis, regrettant également que les caméras des policiers n’aient, selon lui, pas été activées malgré sa demande. Il est 7h30 devant le lycée Bonaparte et malgré l’action des pandores, tout est prêt pour une nouvelle journée de manifestation.

    « On est tous mobilisés aujourd’hui. On va continuer », affirme le lycéen, convaincu que le nombre sera déterminant pour faire aboutir les revendications. Et de poursuivre : « Ça pourrait même prendre de l’ampleur dans les prochains jours, et le 17 ça va être monstrueux. »

    Ce qui est certain c’est que la colère est en train de monter. Un autre lycéen interroge : « On a fait les choses correctement. On a manifesté pacifiquement. Et au final, le préfet et le directeur académique se sont moqués de nous. Vers qui doit-on se tourner ? C’est la question que je vous pose et que tout le monde se pose. » Venue encore une fois soutenir et protéger les jeunes, l’intersyndicale est présente et veille au grain afin que tout se passe correctement. « On partage quasiment les mêmes revendications que les lycéens. Et nous, on va rajouter les salaires », explique Alain Tournay le secrétaire général de la FSU dans le Var. Cécile, une militante de la CGT, vient d’être bousculée par les policiers dans les escaliers. Ce qui confirme une certaine tension de la part des forces de l’ordre face à une manifestation pourtant tout à fait pacifiste. « On est là, Pour défendre les jeunes, c’est insupportable qu’on ait un gouvernement qui se permette d’être aussi violent et méprisant », commente Brigitte Cheinet (CGT). Alors que les problèmes existent, et sont dénoncés depuis des années par les syndicats, s’indigne-t-elle. Et de conclure : « Les lycéens ont raison de contester, ils ont raison de vouloir une vie meilleure, c’est l’essentiel. »

    « Les lycéens sont là pour leur avenir »

    Même son de cloche pour Sylvie Vinceneux, la secrétaire de la fédération du PCF dans le Var qui dénonce les politiques austéritaires et la casse des services publics. Et de poursuivre : « Ces jeunes nous donnent aussi une leçon, ça fait du bien aussi de voir qu’ils sont là. Ils sont là pour leur avenir. » Ce que confirme un peu plus tard Manon Magagnosc (CGT) : « Je suis hyper fière de voir cette jeunesse se soulever. Ils ont les moyens de faire lâcher le gouvernement. » Un peu en retrait, Alice, qui prépare sa thèse à La Garde, explique « être là uniquement en appui, pour montrer qu’ils ne se battent pas tous seuls, que c’est quelque chose d’intergénérationnel et d’interclasse. »

    Plus loin, Aïcha confie : « Dans ma classe, on est 35 et nos professeurs absents ne sont pas remplacés : je n’ai pas eu de cours de SVT depuis le début de l’année. » En tout cas, elle ne veut pas que ses enfants grandissent dans une société aussi méprisante envers sa jeunesse. Et elle en est convaincue : « Les blocages dureront tant qu’on n’aura pas été entendus ! ». Le cortège s’est maintenant élancé sur la place de la Liberté. En chemin, le secrétaire général de l’Union départementale CGT Richard Roméo-Giberti analyse : « Les jeunes donnent l’exemple au mouvement social parce qu’ils partent des besoins immédiats et qu’ils veulent changer le monde, changer leur avenir comme nous voulons changer la société. » Et de préciser : « Ils ont compris que le chronomètre a démarré et qu’il n’y a pas d’avenir sans progrès social, sans paix dans le monde. »

    Après le passage par la faculté de droit et le lycée Dumont D’Urville, la manifestation est forte de plus de 2 000 âmes lorsqu’elle entame le boulevard Maréchal Joffre pour rejoindre le lycée du Parc Saint-Jean.

    Zoé Desmoulins (Solidaires) déplore que la semaine dernière, « quand les lycéens ont rencontré le préfet et le Directeur académique des services de l’Éducation nationale [Dasen], ils ont surtout rencontré du mépris et du sarcasme ».

    En revanche comme Marion à ses côtés, enseignante également, elle trouve encourageant de voir des jeunes qui se politisent et prennent leur destin en main.

  • À Marseille, les lycéens focus sur leurs revendications

    À Marseille, les lycéens focus sur leurs revendications

    Après trois semaines intenses de mobilisation, les lycéens ont de nouveau fait entendre leur voix dans les rues de Marseille. Avec une énergie intacte. Ils étaient 35 000 selon l’interlycéenne, 3 800 selon la préfecture de police, à réclamer mardi des moyens pour l’éducation, bien encadrés par les forces syndicales et soutenus par de nombreux enseignants et parents. 5 000 de plus qu’il y a une semaine. Signe de cette forte participation, c’est le trajet long de la manifestation qui a été retenu entre les Réformés et la porte d’Aix.

    Un cortège joyeux et pacifique, improvisant une « battle d’aura » et s’ambiançant sur des morceaux de Jul avant le départ. Le rappeur marseillais a apporté jeudi « La force à la jeunesse de France » dans un massage ponctué d’un poing levé sur les réseaux. De la force les lycéens n’en manquent pas malgré la fatigue qui s’accumule. Certains après la dispersion de la manifestation, repartiront d’ailleurs encore marcher dans les rues de la ville tout l’après-midi, jouant au chat et à la souris avec les CRS.

    « Le mouvement ne s’arrêtera pas tant qu’on n’aura pas ce qu’on veut : dix milliards pour l’éducation », martèle Malo en tête de cortège. Consciente que les vacances peuvent « pauser la mobilisation », elle y voit aussi une opportunité de souffler. « Ça nous laissera du temps pour s’organiser », reprend l’élève en terminale à Montgrand (1er) où mardi les élèves ont fait une chaîne humaine pour garder leur lycée fermé. « Ça fait trois semaines qu’on est mobilisé, on est dehors toute la journée, il y a les manifs, les AG, les réunions dans les lycées, à la préfecture, la mairie… »

    « Les vacances peuvent calmer le mouvement, il n’y a aura pas de blocus, sans doute pas de manif même si on ne sait pas ce qui peut se passer avec les gilets jaunes, mais on a espoir que ça reparte après », abonde Ange, en terminale au lycée Périer, après avoir posé le mégaphone.

    Si une AG de l’interlycéenne doit fixer la suite du mouvement, la plupart ont en tête la date de samedi 17 octobre, « avec les gilets jaunes », et celle du 5 novembre, journée de grève nationale interprofessionnelle lancée par les syndicats pour la rentrée. D’ici là de nouveau blocus sont prévus.

    « On a créé un lien »

    « Vu qu’il n’y a eu aucune réponse du gouvernement si ce n’est la répression, ça peut repartir », estime Eustache, élève au lycée Montgrand où une mobilisation au printemps, déjà, s’était essoufflée avec les vacances. « Contrairement à la dernière fois, nous sommes en train de créer un lien avec les professeurs, les personnels de l’éducation et le monde du travail. On a leur soutien. »

    « Il y a l’appel à la grève le 5 novembre, la jeunesse est encore en colère, on n’a obtenu aucune revendication, 1 500 postes profs vont être supprimés, je ne pense pas que ça s’arrête », enchaîne Ange. Lui est étudiant. À l’université, les vacances ne dureront qu’une semaine. « C’est intense, ça fatigue, il y a beaucoup de réveils à 5h pour les blocus. Mais si les établissements sont ouverts, on sera là pour les banaliser, on veut mettre fin au distanciel, on se bat pour tout le monde », assure Emre, étudiant en fac de droit à Canebière.

    Plus loin dans le cortège, Gauthier et ses amis ont aussi en tête la date du 31 octobre. Mercredi passé, au lendemain d’une première mobilisation massive, le Premier ministre, avait promis des décisions pour la fin du mois. Ces réponses, ils ne les attendent pas forcément pour leur quotidien mais pour « les lycées les plus précaires, de manière solidaire », expliquent ces élèves aux Remparts. « Si on arrête, les gens vont nous voir comme des branleurs qui ne voulaient juste pas aller en cours. Mais on se bat pour notre avenir », estime de son côté Adame, lycéenne en classe de terminale à la cité Jacques Chirac (2e).

    Parcoursup, pression scolaire, revalorisation du métier de professeur et d’AESH, Gillian, élève en terminale au lycée Saint-Vincent de Paul, se sent, elle aussi, concernée. Elle a participé à beaucoup de blocus et de manifestations, avec ce trait d’union qui réunit cette jeunesse : le refus de la violente réponse policière faite à leurs revendications.

    « J’arrive plus facilement à accepter des égarements de lycéens encore en apprentissage dans leur parcours éducatif ou citoyen, que de policiers censés être formés à ce genre de choses et à faire moins d’écarts que nous », juge la jeune fille. « C’est mal dit et mal organisé par le gouvernement. Le mouvement continue parce qu’ils ne nous écoutent pas. Ça renforce notre détermination et ça durera tant que notre parole ne sera pas prise en compte. »

  • À Aix, des interpellations provoquent la colère

    À Aix, des interpellations provoquent la colère

    Alors que le blocus lycéen se disperse devant le lycée Cezanne, aux alentours de 9h, un appel est lancé : « Qui veut aller soutenir les camarades qui se sont fait arrêter ? » Plusieurs lycéens rapportent avoir été témoins d’interpellations survenues plus tôt dans la matinée, pendant leur action sur le parvis de l’établissement. Plus tard dans la matinée, c’est au cours d’un rassemblement au lycée Célony qu’une autre interpellation a eu lieu. En fin de journée, la police fait état de 11 interpellations.

    Direction le commissariat donc, proche de la gare routière. Le groupe doit d’abord passer par une fouille de sacs mise en place par les forces de l’ordre, aux abords de la rue Thomas de Villeneuve, avant de passer par le centre-ville où un arrêt est effectué sur la Rotonde, puis de déambuler vers le commissariat. « Libérez nos camarades ! » scande, en boucle la foule de lycéens, rejointe par les étudiants. « On soutient les lycéens et on sait que les gardés à vue entendent de l’intérieur. On vient aussi faire du bruit pour qu’ils sachent qu’on les soutient. Cela fait plusieurs semaines qu’on est confrontés aux forces de l’ordre en nombre excessif », détaille une étudiante pour la Fédération syndicale étudiante (FSE). En milieu d’après-midi, plusieurs jeunes étaient toujours assis devant le poste de police. « On est beaucoup, ça galère à nous faire entrer en cellule. Ils sont sous l’eau », rapporte un étudiant, qui sort d’une courte garde à vue.

    Nombreux classements sans suite

    Interpellé plus tôt dans la matinée, « au motif de rébellion » selon lui, le jeune indique que son cas a été « classé sans suite, comme beaucoup j’ai l’impression ». Me Louana Palo, avocate et membre du SAF (syndicat des avocats de France) accompagne bénévolement plusieurs lycéens et étudiants interpellés ce jour. « Pour les deux personnes que j’ai assistées, pas de retour du parquet. J’ai entendu que pour beaucoup d’autres, la garde à vue avait été levée au motif du classement 21, soit une infraction insuffisamment caractérisée. »

    Le député (PS) Marc Pena, a également écrit à la préfète de police des Bouches-du-Rhône et la commissaire divisionnaire d’Aix-en-Provence pour faire part de sa « vive inquiétude » concernant les gardes à vue des manifestants et « exige donc que soient clarifiés sans délai les motifs précis » de leur placement.

  • Les doléances lycéennes à nouveau dans la rue

    Les doléances lycéennes à nouveau dans la rue

    Lycéens, enseignants et travailleurs se retrouvent à nouveau dans la rue ce mardi pour l’acte V de la mobilisation lycéenne. Après deux manifestations ayant réuni près de 50 000 personnes, le rendez-vous s’annonce encore très suivi. L’intersyndicale de l’éducation a appelé à une journée de grève et de mobilisation dans le sillage des organisations de jeunesse. La CGT s’est jointe au mouvement, appelant à renforcer les convergences entre la jeunesse et le monde du travail, notamment autour des salaires et des revendications sociales.

    Du côté lycéen, la mobilisation ne faiblit pas malgré les ouvertures imposées d’établissements. Lundi, plusieurs lycées marseillais ont été bloqués par leurs élèves. 26 établissements ont été concernés sur le département au plus fort de la journée, selon la préfecture de police.

    Dès 6h30, avec des poubelles récupérées dans le secteur, les lycéens de Marseilleveyre (8e) ont monté le blocus. Dans le calme et sous l’œil de leurs professeurs. Des « cours de soutien » de maths y ont été dispensés. Même dynamique à Saint-Charles (1er) où un programme de jeux et de travail sur différentes matières a été initié par des groupes d’élèves avec, au besoin, des professeurs en soutien. Le maire (DVG) de Marseille, Benoît Payan, qui s’était inquiété la semaine dernière auprès du préfet des risques liés à la stratégie de maintien de l’ordre, a reçu une délégation de lycéens et étudiants à l’hôtel de ville. Il a annoncé la mise à disposition de salles municipales pour permettre aux jeunes de se réunir et d’organiser leur mouvement.

    Sandwichs

    et revendications

    Dans la ville, plus d’une dizaine de lycées sont restés portes closes. Le Campus de Luminy a aussi été touché. Autour des lycées St-Exupéry (15e), Victor-Hugo (2e) ou Jean-Perrin (10e), l’ambiance a été parfois très tendue, envenimée par une présence massive de CRS. Autour des lycées Thiers (1er), Remparts (7e), Périer (8e) ou Pagnol (11e), apaisés par le précieux dialogue mené par les équipes de direction, les blocus se sont fait en revanche plutôt dans la bonne humeur.

    à midi, au lycée Montgrand (1er), un barbecue solidaire s’est improvisé. Plusieurs enseignants ont mis la main à la poche. « Ça permet de faire rester les élèves, de discuter de la mobilisation et d’écouter toutes les revendications », explique Arnaud, en classe de terminale. « Ça rend le moment plus festif parce que bloquer, en soi, n’est pas rigolo, et puis ça permet à différents groupes qui n’ont pas les mêmes amis, la même classe ou ne sont pas de la même année, de se rencontrer. »

    Joa et Marcello officient derrière le grill et certains élèves viennent d’autres établissements. Leur sandwich à la main, ils ne perdent pas de vue leurs revendications : enseignants non remplacés, conditions d’études et bâtiments qui se dégradent…

    « Ces 3 000 profs, c’est une réponse d’urgence qui ne veut rien dire. Est-ce qu’ils sont bien formés ? Est-ce qu’ils savent tenir des classes qui débordent ? », interroge Jean. Ici plusieurs classes n’ont pas eu de prof de philo depuis le début de l’année. « Si on parle moyens, nous on doit se rendre à la Pomme à cinq kilomètres par nos propres moyens pour faire du sport », déplore Miyad, élève de seconde.

    La question de la suppression de l’algorithme « injuste » et « mal foutu » de Parcoursup est posée aussi. « On veut plus de transparence, plus d’humanité », reprend Jean avant d’évoquer le sujet des horaires. Fallou, en seconde, pointe la pause repas : « On a une heure pour manger mais quand je vois la longueur de la file tellement on est nombreux, je suis dégoûté. » Les « violences policières » et « la répression de leur mouvement », les fédèrent aussi. « Ce n’est pas légitime et ça aboutit à des situations dramatiques et mal gérées », enchaîne encore Jean, déplorant « des moyens trop importants face à des lycéens souvent inoffensifs ».

    ET AUSSI

    Policiers blessés

    Les forces de l’ordre ont procédé à 31 interpellations dont 14 à Marseille et 11 à Aix ce lundi sur les différents blocus lycéens qui au plus fort ont concerné une trentaine d’établissements. Selon les chiffres de la police, six policiers ont été légèrement blessés et un 7e a été atteint à la nuque par un tir de mortier devant le lycée Saint-Exupéry à Marseille.

    De Canson à Salon

    Lundi, François de Canson, à peine élu président de la Région, a effectué son premier déplacement officiel au lycée l’Empéri de Salon où des « incidents graves, une intrusion et un incendie criminel », avaient entraîné sa fermeture. Il y a réaffirmé la mobilisation de la Région pour permettre le retour des élèves et des équipes « dans les meilleures conditions ».

    Blocus à Toulon

    Les étudiants ont bloqué la fac de Toulon lundi pour revendiquer notamment la revalorisation des Bourses étudiantes, la transparence dans l’attribution des logements du Crous, l’augmentation du budget de ce dernier, la fin du tri sélectif des étudiants et l’augmentation du nombre de places… Ils appellent à participer à la manifestation ce mardi.

  • Un choc et des questions

    Un choc et des questions

    Un collégien qui tire au fusil de chasse sur son principal et une professeure. La nouvelle a provoqué une onde de choc hier à Aubagne qui s’est propagée dans le pays tout entier.

    Fort heureusement, les jours des victimes ne sont pas en danger. Mais l’émoi n’en est pas moins fort.

    Changer de perspective

    Il faut souligner le courage du CPE qui a désarmé et maîtrisé le tireur avant de le remettre à la police.

    Cet événement pose de nombreuses questions auxquelles l’enquête devra apporter des réponses. Quelles motivations à ce déchaînement de violence ? Quelle responsabilité des parents alors que le collégien a utilisé le fusil de chasse paternel ? Comment a-t-il pu pénétrer dans l’établissement avec une telle arme ?

    On parle d’un jeune peut-être confronté au harcèlement et qui semble avoir nourri une haine à l’égard du corps professoral.

    À ces questions posées à l’enquête, s’ajoutent d’autres questions posées à la société.

    Pourquoi autant de jeunes montrent des signes de souffrance psychologique ? Pourquoi de plus en plus de violences s’expriment dans les établissements scolaires ? Quel impact des réseaux sociaux et plus largement des écrans sur toute une génération ?

    L’école républicaine ne peut pas tout régler. Elle ne peut pas non plus devenir le déversoir de toutes les frustrations et de toutes les douleurs qui traversent notre époque.

    Alors qu’un mouvement très puissant de la jeunesse secoue les lycées, la nécessité de l’entendre et de lui assurer un avenir meilleur sont des impératifs. Une société qui produit des jeunes violents et en souffrance est une société en échec. Il y a urgence à changer de perspective.