Tag: énergies renouvelables

  • Pour les renouvelables, le vert à moitié vide en Région Sud

    Pour les renouvelables, le vert à moitié vide en Région Sud

    Bien loin des ambitions affichées, le déploiement des énergies renouvelables est de plus en plus à la traîne en région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Alors que de nouveaux objectifs de production à l’horizon 2035 doivent être transmis au gouvernement avant le 15 septembre prochain dans le cadre de la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie, le comité régional dédié qui s’est tenu le 17 juin dernier sous l’égide de la préfecture et de la Région Sud s’alarme du retard pris en la matière.

    Le constat est cruel. Le schéma régional d’aménagement, de développement durable, d’aménagement et d’égalité des territoires (Sraddet) voté par la collectivité en 2018 ambitionnait d’atteindre une puissance électrique issue des renouvelables de 13,5 gigawatts en 2024, de quoi plus que tripler la puissance installée en 2012 dans la région. Résultat : en douze ans, à peine 2 GW supplémentaires ont été installés, essentiellement en photovoltaïque, pour atteindre une puissance de seulement 5,6 GW. Quant à la production thermique, si elle a été multipliée par six entre 2012 et 2023 essentiellement grâce au déploiement des pompes à chaleur, seule la moitié de l’objectif est atteinte avec une production régionale de 5,4 TWh. À chaque fois, le retard sur les objectifs programmés se creuse d’année en année.

    Ombre sur le solaire

    Ainsi pour le photovoltaïque, le rythme des installations a ralenti au fil des années et la région est sortie en 2023 du top 3 en termes de puissance raccordée, dépassée par la région Auvergne-Rhône-Alpes. Les perspectives sont loin d’être brillantes : désormais au même rythme d’installations que la région Centre-Val de Loire, la région ne compte qu’une centaine de projets en cours d’instruction au troisième trimestre 2025. Seules la Bretagne, la Normandie et l’Île-de-France, moins réputées pour leur ensoleillement que le Sud, font moins bien.

    « La dynamique pour l’éolien terrestre est presque inexistante dans notre région, sujette à de nombreuses contraintes réglementaires », pointe aussi le comité régional de l’énergie, tandis que le développement de la filière de l’éolien en mer « a été plus lent que prévu ». Quant à la filière hydroélectrique, si elle est « historiquement la plus développée des énergies renouvelables sur le territoire régional », son potentiel est « quasiment exploité en totalité ». Résultat : seul un quart des capacités réservées dans le schéma régional de raccordement au réseau des énergies renouvelables a été alloué, explique le gestionnaire RTE.

    Alors filière par filière, le comité régional de l’énergie ne peut que constater, comme il le fait pour le photovoltaïque : « L’objectif 2030 n’est pas atteignable de façon réaliste et doit être revu à la baisse ». Le Sraddet visait une puissance électrique installée de 17,3 GW en 2030 pour les renouvelables. Les ambitions sont désormais divisées par deux, avec un objectif de 8,6 GW à la même échéance. La production thermique visée est quant à elle de 13,8 TWh, contre 17,3 TWh planifiés initialement.

    10 incinérateurs d’ici 2035

    Pour l’électricité photovoltaïque, cela signifie ainsi de couvrir 60 000 toitures et 1 800 hectares d’ici 2030, tandis que la montée en puissance de l’éolien en mer doit suivre les appels d’offres lancés. Pour le biogaz, au-delà de la pyrogazéification amenée à se développer, il faudrait installer 30 à 40 méthaniseurs supplémentaires. En matière de géothermique, la production devrait être multipliée par quatre, et par deux pour la thalassothermie, tandis que 800 000 pompes à chaleurs supplémentaires sont attendues. Enfin, les projections visent une dizaine de chaufferies CSR – des incinérateurs de déchets – d’ici 2035. Une gageure au vu des levées de boucliers à Marseille comme à Istres.

    « L’objectif 2030 n’est pas atteignable de façon réaliste. »

  • À Martigues, un cahier de vacances dédié au climat et à la justice sociale

    À Martigues, un cahier de vacances dédié au climat et à la justice sociale

    Les vacances aussi sont politiques. Mercredi soir, les communistes de Martigues sont allés à la rencontre des passants sur le marché nocturne de Jonquières, ainsi qu’à la plage de Ferrières, pour distribuer leur cahier d’été « revendicatif », comme le précise Laetitia Sabatier, secrétaire de la section de Martigues du PCF.

    « C’est un tract sous forme ludique avec des mots croisés, des quiz, qui parlent de nos priorités », présente la responsable aux plagistes, accompagnée de la conseillère municipale (PCF) Mélaine Del Baldo. À l’intérieur, cinq questions portent sur la réduction des émissions mondiales de CO2, de la submersion du département à horizon 2100 ou de l’augmentation du nombre de jours au-dessus de 35°.

    « Il faut taxer les riches pour redistribuer »

    Les priorités dont parlait la secrétaire de section sont d’« électrifier les usages avec un mix énergétique entre les énergies renouvelables et le nucléaire », « végétaliser massivement pour limiter les effets du réchauffement climatique » ou encore « l’amélioration et la gratuité du transport public du quotidien et la relance du fret ferroviaire », exposées dans le cahier d’été distribué.

    Au centre de cette idée : « Lier la justice sociale avec l’enjeu climatique » pour Laetitia Sabatier, citant le Plan climat pour la France empreinte 2050 du PCF. « Prélever 10% du patrimoine des 10% les plus aisés permet de récupérer 5 milliards d’euros par an et rend possible l’investissement » nécessaire à ce plan, lit-on dans le cahier. « Je suis d’accord avec le principe de taxer les milliardaires pour redistribuer à l’Hôpital, l’école, la lutte pour le climat », approuve Jafar, qui profite de l’ombre des pins de la plage de Ferrières. Samir, son collègue, estime que « le problème, c’est que les entreprises qui rénovent font n’importe quoi et s’en mettent plein les poches », juge-t-il, en référence aux aides à la rénovation thermique faites pour avoir chaud l’hiver, mais oublient souvent le confort d’été. La climatisation, dans ce contexte, est envisageable « avec un mix énergétique nucléaire, géothermie, et chaleur de la mer »n avance-t-il.

  • Total s’immisce sur les bancs de l’université

    Total s’immisce sur les bancs de l’université

    Nous avons été surpris et un peu étonnés. » Mathieu Romagny, enseignant-chercheur et élu au conseil de la fac de sciences de l’Université de Montpellier a eu la surprise de découvrir – comme d’autres élus – que l’Université était sur le point de signer une convention avec Total Énergies, à destination des étudiants du master mention énergie de la faculté. « Cette convention de partenariat pédagogique a pour objectif de renforcer l’insertion professionnelle des étudiants avec des interventions de professionnels – pour une soixantaine d’heures de cours – et des visites de sites », soutient Jean-Michel Marin, doyen de la faculté des sciences.

    Mais cette convention en laisse plus d’un sceptique, à l’heure où le géant pétrolier est régulièrement taxé de greenwashing. « Les mots dans cette convention sont trompeurs. Total se présente comme un acteur majeur de la transition énergétique avec une ambition zéro carbone en 2050. Mais Total a été condamné par la justice pour avoir employé ces mots-là en décembre dernier. On ne comprend pas bien », reprend Mathieu Romagny. Des accusations balayées par l’Université. « Total a été condamné dans le cadre d’une relation commerciale, ce qui n’est pas le cas ici. Cette convention est un partenariat pédagogique et en aucun cas un soutien politique », se défend Jean-Michel Marin, mettant en avant le poids que représente l’entreprise dans le secteur. « Total a 490 sites d’énergie renouvelable en France, des champs d’éoliennes offshore. On peut être dogmatique mais quand on regarde de plus près, on se rend compte que c’est rationnel. Tous les efforts pour le renouvelable sont bons à prendre », reprend le doyen. Oubliant néanmoins au passage que le groupe prévoit d’augmenter sa production d’hydrocarbures d’environ 3% par an jusqu’en 2030.

    « Fabrique de l’ignorance »

    « On aurait pu choisir un autre acteur plus petit et plus éthique, engagé dans la transition écologique », soutient l’enseignant-chercheur, regrettant le fait que « les grandes entreprises nouent des accords et ce faisant, pénètrent dans les structures d’enseignement. L’Université de Montpellier sert de caution scientifique. Total est présenté comme un acteur respectable de la transition énergétique. Cela peut s’apparenter à de la fabrication de l’ignorance par les industriels ». À l’instar de celle du tabac qui a semé longtemps le doute sur la nocivité des cigarettes.

    « Je ne suis pas naïf, je ne défends pas Total, ça leur profitera. Mais aussi à mes étudiants », fait valoir Jean-Michel Marin. Des arguments qui n’ont pas convaincu les élus critiques, qui demandent l’annulation de la convention.

  • Le projet de biométhane prend une place centrale

    Le projet de biométhane prend une place centrale

    C’est pour faire toute la lumière sur un projet qui vient en réponse à l’arrêt de charbon et qui privilégie une transition avec le maintien des emplois et des compétences que les riverains étaient conviés à cette concertation placée sous l’égide de la Commission nationale du débat public (CNDP). À la Maison du peuple, ce dernier volet, technique, portait sur le mode de fabrication, les enjeux, les risques et le niveau d’étude. Il a fait salle comble.

    Après les réunions des 12 et 26 mai, cette nouvelle phase de consolidation d’un projet résultant d’une lutte sociale de plusieurs années intervient alors que la société Hy2gen a abandonné le sien, Hynovera. Porté par la Société de production d’énergie gardannaise (Speg), détenue par l’Association des travailleurs de la centrale de Gardanne (ATCG), le projet BMP vise à produire du gaz dit « vert » via un procédé industriel de pointe pour transformer du bois de récupération en fin de vie, en combinant pyrolyse et méthanation, mais sans incinération. Cette nouvelle unité devrait créer 50 emplois directs, dont 23 anciens salariés de la centrale, et 150 indirects pour une capacité de production de 234 GWh/an, soit de quoi alimenter 40 000 foyers à l’horizon 2029.

    Un mix énergétique

    « 200 personnes à la première réunion, 130 à la seconde et plus de 880 visiteurs sur le site, 97 avis dont 72 positifs », ont résumé les deux animateurs de la concertation du cabinet Deconcert. La marque d’un intérêt certain de la population pour le projet. Les commentaires ont porté notamment sur « l’ambition de la redynamisation industrielle du bassin minier » et les inquiétudes sur « les points de vigilance quant aux impacts environnementaux ». Le procédé d’utilisation de bois de récupération a particulièrement retenu l’attention pour « son côté économie circulaire qui fait sens sur le territoire ».

    Des éléments de participation dont Loïc Delpech (ATCG) retire des enseignements : « On savait qu’on ne ferait pas l’unanimité, mais les échanges nous aident avancer. Tout est toujours perfectible. » Dans la salle, ce mardi soir, ddes craintes portant sur le traitement des eaux ou les rejets toxiques se sont à nouveau vivement exprimées. Mais la volonté de transparence des porteurs du projet n’entame pas leur détermination à le faire aboutir, a rappelé Jean-Michel Roccasalva : « Ce n’est pas une option. » Le secrétaire général de la CGT du site a également pointé « l’importance de la synergie qui va permettre le maintien des activités autour, de redynamiser le commerce et les services publics, c’est un ensemble d’activités qui ont un intérêt commun ».

    « Quand une usine ferme, les services publics aussi », a souligné un postier soucieux que ses enfants « puissent vivre et travailler à Gardanne s’ils le veulent ». Il voyait dans la réouverture d’une ligne ferroviaire pour ce projet « porté par des travailleurs non guidés par la rentabilité, (…) un service qui pourrait bénéficier aux voyageurs ». Synergie, mais aussi mix énergétique, avec une production locale, pour Renaud Henry. Le secrétaire général de la CGT Énergie de Marseille a précisé : « On parle beaucoup d’énergie verte, mais ça n’existe pas. En France, le gaz naturel ne représente que 12% de ce mix, contre 70% de nucléaire, et il vient des gisements de schiste américains. » L’information « continuera », a assuré Thierry Bard, de GazoTech, et la consultation dure jusqu’au 22 juin sur le site concertation-bmp.fr, mais l’urgence est au dépôt des permis pour une mise en service courant 2029.

    La participation à cette concertation préalable reste possible jusqu’au 22 juin, via www.concertation-bmp.fr.

  • La Région Occitanie réajuste sa stratégie énergétique

    La Région Occitanie réajuste sa stratégie énergétique

    D’ici 2050, faire de l’Occitanie la première région d’Europe à énergie positive, c’est-à-dire qu’elle produise plus d’énergie qu’elle n’en consomme. Fixé il y a plusieurs années par Carole Delga, le cap ambitieux qui nécessite de réduire la consommation des ménages par deux et de tripler la production d’énergies renouvelables, n’a pas changé. Mais pour tenir l’objectif, la présidente de Région passe à la vitesse supérieure. « Nous ne sommes plus dans les mêmes perspectives de partenariat avec les États-Unis et le réchauffement climatique s’accélère », argumente-t-elle.

    Un contexte international complexe et incertain qui a convaincu le conseil régional, jeudi 4 juin, à ajuster sa feuille de route en votant une adaptation du modèle de développement qui vise l’indépendance énergétique régionale. L’Occitanie ne part pas d’une feuille blanche. Depuis 2016, 1 milliard d’euros a été investi dans les énergies renouvelables. Côté mobilités, au moment où le train à hydrogène Montréjeau-Luchon s’apprête à circuler, Carole Delga rappelle que « partout où c’était possible, on a fait le choix du train. On a aussi développé le covoiturage qui marche de plus en plus vu le prix du carburant à la pompe ». Côté éolien, un demi-milliard d’euros a été investi dans les éoliennes offshore de Port-la-Nouvelle (Aude). L’hydrogène vert a aussi été développé avec Genvia à Béziers, Narbonne et à Sète où le port s’est doté de la première drague à hydrogène. Un « techno-campus à hydrogène (coût 65 millions d’euros) verra le jour au premier semestre 2027 », renseigne le vice-président Jalil Benabdillah.

    15 000 formations à venir

    Si bien qu’aujourd’hui, la progression d’énergies renouvelables en Occitanie a bondi de 27% contre 16% dans l’Hexagone. La consommation finale d’énergie a baissé de 7% (-4% en France) et les émissions de gaz à effet de serre de 10%
    (-8% au niveau national). Actuellement, l’Occitanie est la seconde région française pour le solaire (4,4 GW installés) ou l’hydro-électricité (5,4 GW) et même la première pour la consommation électrique issue du renouvelable (58%). Mais à deux ans de la fin du second mandat de Carole Delga, il est temps d’accélérer. Un plan régional de 25 nouvelles mesures à lancer entre juin et décembre vient d’être validé.

    Il s’agit par exemple de rénover de nouveaux logements pour 50 000 habitants d’ici 2034 (coût : 70 millions d’euros, ME), ainsi que 500 copropriétés d’ici 2030 (30 ME) ou poursuivre la rénovation énergétique des lycées et autres bâtiments régionaux (230 ME). « Nos prêts permettent de baisser le reste à charge pour une transition juste », résume la vice-présidente Agnès Langevine.

    Côté mobilités, un éco-chèque de 1 600 euros va inciter les ménages à acheter une voiture électrique d’occasion (enveloppe de 8 ME). Les 30 premiers véhicules à hydrogène seront proposés aux professionnels en location (13 ME). Un pass TPE-PME permettra aux salariés de certaines entreprises de recharger leur véhicule aux bornes électriques. À noter aussi que 18 trains à deux niveaux avec une moindre empreinte carbone circuleront bientôt sur le réseau Lio.

    Pour s’affirmer comme un leader européen de l’éolien flottant, deux nouveaux parcs commerciaux doivent naître au large de Port-La-Nouvelle en 2032 et 2034 (5,8 GW escomptés). La Région compte aussi déployer le photovoltaïque sur les toits de ses bâtiments et des exploitations agricoles (8 GW en 2030), tout en travaillant le recyclage des panneaux.

    Outre le développement de l’hydrogène, un fonds d’électrification industrielle (100 ME) accompagnera les PME. La Région entend booster la géothermie qui ne pèse que 1% du renouvelable (bois-énergie 43%, hydroélectricité 39%, éolien 10%, solaire 6%) pour alimenter 440 000 habitants d’ici 4 ans contre 66 000 aujourd’hui. Enfin, la Région veut mettre le paquet sur la formation en visant 15 000 personnes aux métiers de la transition énergétique d’ici 2030.

  • Le président en appelle à la fée électricité

    Le président en appelle à la fée électricité

    « Produire, raccorder, électrifier, réindustrialiser. » C’est sur cette méthode qu’Emmanuel Macron entend rassembler son « équipe de France de l’électricité ». Étaient réunis autour du président et des ministres concernés plus de 200 chefs d’entreprise, d’organisations professionnelles du BTP, de l’industrie, des transports et de l’énergie au palais de l’Élysée ce mardi. « L’électrification est un combat contemporain et une stratégie pour notre pays pour être plus indépendant, plus compétitif, créer davantage d’emplois sur le pays et décarboner », appuie le président de la République à la tribune.

    « L’actualité nous rappelle ô combien, ce qui se joue est important pour le pays et combien nos dépendances en particulier à l’égard des énergies fossiles peuvent nous fragiliser dans des dérèglements géopolitiques », renchérit-il alors que la guerre au Moyen-Orient fait flamber le cours du brut. Une problématique déjà soulevée lors du déclenchement de la guerre en Ukraine, qui a mis en exergue la dépendance des États européens vis-à-vis de la Russie.

    « Sur l’électrification, il faut vraiment ne pas voir la géopolitique de ce monde pour ne pas comprendre, entendre, une bonne fois pour toutes que la dépendance aux hydrocarbures est une laisse étrangleuse terrible pour le peuple français, pour notre économie », a abondé le Premier ministre à l’Assemblée nationale quelques heures plus tard. « Il faut pivoter vers le tout électrique », insiste-t-il face à la représentation nationale.

    Réduire la consommation d’énergie fossile

    Cette grand-messe élyséenne s’est tenue un mois après la publication par le gouvernement d’un plan de 22 mesures visant à relancer la consommation d’électricité en France. Et pour cause, le chef de l’État ambitionne à travers la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) de réduire la consommation d’énergie fossile qui est de 60% actuellement dans le pays à 30% à horizon 2035. Et, a contrario, faire passer la consommation d’électricité de 27% actuellement à 38% en 2035 à la faveur d’une production nucléaire ou renouvelable (biomasse, gaz renouvelable, chaleur fatale, géothermie, hydrogène naturel). Cela pourra notamment être réalisé par la construction de nouvelles lignes électriques comme celle de Fos dont le président envisage « une mise en service d’ici 2029 » (lire ci-contre).

    EDF ajoute 30 millions supplémentaires, soit 270 millions au total, à son plan dévoilé le mois dernier à l’occasion de ses 80 ans, visant à accélérer le passage à l’électrique pour les ménages les plus modestes et les petites entreprises. RTE a aussi annoncé un investissement de 8 milliards d’euros pour accélérer l’électrification des usages, quand Enedis avance le chiffre de 33 milliards d’euros d’investissements sur la période 2026-2030 pour augmenter les raccordements industriels et les infrastructures de recharge.

    Dans la foulée de cette réunion, l’Union sociale pour l’habitat (USH), publie un communiqué dans lequel le mouvement HLM dit planifier l’électrification d’un million de logements, sur les 5,4 millions que compte le parc social français. « La première phase de ce plan portera sur une priorisation de 700 000 logements individuels HLM dont le vecteur énergétique est actuellement carboné (gaz, fioul…) », assure l’USH.

    Les entreprises s’engagent à investir

    Le principal investissement annoncé vient du constructeur automobile Stellantis qui va produire à partir de 2029 une « nouvelle génération de véhicules électriques » sur son site de Mulhouse. Pour un total estimé à plus d’un milliard d’euros. « C’est un véritable avenir industriel que nous offrons à ce site », fait valoir le président.

    De son côté, Leclerc s’est engagé à mettre en place 10 000 points de charge dans ses enseignes d’ici 2030. Soit 7 000 en quatre ans pour un total de plus de 200 millions d’euros. Mais aussi d’intensifier l’électrification de ses transports, alors que « les trois-quarts des camions des coopératives régionales roulent déjà au HVO100, biocarburant qui réduit de 90% les émissions de gaz à effet de serre par rapport au diesel », appuie le groupe qui entend déployer quelque 2,3 milliards d’euros pour transformer son parc immobilier.

    REPÈRES

    240 000 bornes de recharge déployées d’ici 2030

    Les opérateurs « se sont engagés à déployer 240 000 bornes » de recharge supplémentaires pour les véhicules électriques, « dont 60 000 points de charge rapide et ultrarapide », d’ici 2030, a annoncé mardi Emmanuel Macron lors d’une réunion à l’Élysée sur l’électrification des usages énergétiques. « Ces bornes et ces annonces viendront compléter les plus de 185 000 bornes déjà en service pour atteindre notre objectif de 400 000 points de recharge ouverts au public en 2030 », a précisé le chef de l’État. Les voitures électriques ont représenté 28% des ventes début 2026 contre moins de 2% en 2017. Stellantis a annoncé dans la journée « investir plus d’un milliard d’euros » pour produire, à partir de 2029, une « nouvelle génération de véhicules électriques » sur son site de Mulhouse.

    Quand l’opérateur de recharge Electra prévoit l’investissement de 300 millions d’euros d’ici 2030 pour installer 1 000 points de charge ultra-rapides par an. D’autres investissements sont annoncés par Lidl France, Leclerc, Renault ou encore Enedis.

    35%

    C’est la part d’électricité dans la consommation finale d’énergie que le gouvernement entend viser d’ici 2035. Elle est actuellement de 27% dans le pays quand les énergies fossiles représentent 60% des usages en France. Une ambition détaillée dans la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) publié en février.

    600 000

    C’est le nombre d’emplois qui devraient être « créés » ou « pérennisés » par le plan d’électrification du gouvernement, si l’on en croit Emmanuel Macron. Ce projet qui « embarque » 6 000 entreprises est un « grand plan industriel », insiste le président de la République depuis l’Élysée mardi.

  • Après Carbon, la transition dans l’ombre

    Après Carbon, la transition dans l’ombre

    Cela devait être le plus grand site d’assemblage de panneaux photovoltaïques d’Europe, un symbole de souveraineté industrielle et de transition écologique. L’annonce, ce mardi, de l’abandon du projet de giga-usine Carbon, à Fos-sur-Mer, est donc un séisme dans le grand chantier de la décarbonation de la zone industrialo-portuaire. « Faute de perspectives suffisamment établies pour engager les ressources additionnelles requises, nous avons pris la décision d’arrêter le projet », explique la start-up lyonnaise. Enterrant la perspective d’une production de 10 millions de panneaux photovoltaïques par an, avec 3 000 emplois directs à la clé.

    « C’est forcément une déception quand on investit sur un projet riche pour le territoire en termes économiques, d’emplois et de perspectives », reconnaît la présidente (Hor.) de la commission entreprises de la Région Sud, Isabelle Campagnola-Savon, qui marque sa surprise face à cette annonce. « C’est un mauvais signal », s’inquiète de son côté la Chambre de commerce et d’industrie Aix-Marseille, quand le président du Syndicat des énergies renouvelables, Jules Nyssen, alerte sur « un signal catastrophique qui traduit toute la difficulté à constituer des filières stratégiques en Europe ».

    La CGT alertait déjà

    Le tapis rouge avait pourtant été déroulé pour accueillir le projet qualifié, en juillet 2024, d’intérêt national majeur. Au moins 70 millions d’euros de subventions des collectivités et 100 millions d’euros de l’état devaient arroser la start-up, soit l’essentiel des financements qu’elle avait sécurisés. Parmi les 4 millions votés par la Région Sud, 1,5 million sont définitivement perdus. Les particuliers qui avaient investi dans le financement participatif du projet, à hauteur de 2,5 millions d’euros, perdent aussi toute leur mise.

    « Malgré l’affirmation, dès 2023, d’une volonté politique de l’Union européenne de réindustrialiser et de relocaliser la chaîne de valeur photovoltaïque, la concrétisation de ces ambitions progresse très lentement », dénonce la société Carbon pour expliquer son échec. En ciblant le libre-échangisme européen : le règlement sur l’accélérateur industriel, adopté au mois de mars dernier, élargissait le « Made in Europe » aux pays bénéficiant d’accords de libre-échange, comme la Turquie, l’Inde, le Vietnam, sans préférence européenne jusqu’en 2030.

    « C’est une erreur manifeste de leur part, ils ont des comptes à rendre sur l’argent investi », tonne l’un des secrétaires de l’Union départementale CGT des Bouches-du-Rhône, Pascal Galéoté. La CGT 13 avait déjà alerté la CCI au mois d’avril. « Nous avions des références en termes de compétitivité sur ce qui s’est passé en Allemagne pour cette filière, nous avions plutôt le sentiment que ce projet venait capter des finances publiques », pointe le responsable syndical. Face à ces projets privés largement subventionnés avant de déposer le bilan, il insiste : « L’état a intérêt à prendre ses responsabilités dans le cadre des projets de transition. »

    « Nous avons tellement d’autres projets prévus qui ont avancé de manière sereine », temporise Isabelle Campagnola-Savon. Alors que 20 milliards d’investissements ont été annoncés sur la zone, « nous savions très bien que tout ne pourrait pas se faire, mais nous ne perdons pas d’emplois ». « Cette décision ne remet pas en cause la dynamique engagée sur la zone industrialo-portuaire », assure aussi le Grand port maritime de Marseille, qui explique le travail réalisé pour préparer le site de 45 hectares « contribue à renforcer notre capacité à accueillir d’autres projets industriels ». Ce qui n’empêche pas la CCI d’appeler à une réunion « afin de tirer collectivement les enseignements d’une situation qui ne doit plus se reproduire ».

    Cette annonce intervient alors que les nuages s’accumulent autour des activités de KemOne dans la chimie, d’ArcelorMittal dans l’acier. « Nous risquons d’avoir des suppressions d’emplois conséquentes », alerte Pascal Galéoté, tandis que la CGT 13 appelle à se mobiliser, ce jeudi, devant le Medef. Parmi les nouveaux projets, l’incertitude persiste sur le projet Deos de construction de flotteurs d’éoliennes et le conseil municipal d’extrême droite de Fos s’est prononcé contre le projet de production de biocarburants Elyse. « La transition écologique doit s’appuyer sur les filières historiques », insiste le secrétaire de la CGT. Quand le ministère de l’économie, malgré l’échec de Carbon, n’en démord pas : « L’atteinte d’une souveraineté industrielle sur le photovoltaïque reste possible. » Pourvu que le libre-marché ne décide pas.

    Il y a trois ans, le précédent Quechen

    L’abandon de la giga-usine de Carbon rappelle celui du fabricant de pneus verts Quechen, en 2023 : malgré 6 millions d’euros de subventions, le groupe chinois, qui promettait 130 emplois à Fos, avait renoncé, faute de terrain. Une « humiliation », évoquait le président (Ren.) de Région, Renaud Muselier. « On ne peut pas le comparer », modère Isabelle Campagnola-Savon. Plus récemment, la centrale solaire géante HyVence pour produire de l’hydrogène vert sur les étangs de saumure de Fos a été abandonnée, en 2024, et le projet de production de carburants renouvelables Hynovera, à Gardanne, a suivi fin 2025, à chaque fois face à la fronde des riverains.

  • Le leader de l’énergie rapatrie ses productions en Europe

    Le leader de l’énergie rapatrie ses productions en Europe

    Notre projet Azur consiste à relocaliser, en Europe, nos entreprises basées en Chine. Nous allons mutualiser notre ligne de production avec un acteur historique du secteur, le fabricant autrichien, Sonnenkraftun. C’est une décision qui fait suite à la réduction de la TVA, l’an dernier, qui est passé de 20% à 5,5% en Europe », explique Jérôme Mouterde, directeur de Dualsun. Le PDG a cofondé l’entreprise en 2010, avec Laetitia Brottier, sur un concept de panneaux solaires hybrides.

    Trouver sa place

    Implantée à Marseille (13e), l’entreprise se démarque, dès son lancement, avec un prototype innovant. Un panneau solaire qui combine production d’eau chaude et stockage d’énergie. La société se hisse rapidement au rang de leader français dans le marché de l’équipement énergétique en région Paca, puis dans le pays. Son essor correspond à environ 25% de parts de marché dans la couverture en panneaux photovoltaïques des résidences. Cette première réussite lui a permis de se lancer dans un marché plus concurrentiel : celui du panneau photovoltaïque classique. Un secteur déjà largement dominé par les entreprises chinoises, qui représentent aujourd’hui 98% des panneaux solaires importés en Europe.

    Et si « une gamme des panneaux hybrides est aujourd’hui produite en Rhône-Alpes, rappelle Jérôme Mouterde, une partie des sites de production de panneaux solaires classiques a dû être installée en Chine, il y a six ans, pour résister face au géant chinois ».

    « Concurrence déloyale »

    Une délocalisation qui avait été motivée par des coûts de production « 50% plus élevés en France », précise le directeur. Un écart aujourd’hui finalement « rééquilibré » avec cette baisse de TVA à 5,5% au lieu de 20%. C’est cette récente réforme qui l’a poussé à tisser un partenariat avec la société autrichienne historique, une occasion de « participer à la souveraineté énergétique française, estime-t-il, à ce jour bien plus vulnérable que son concurrent chinois », dans le domaine des énergies renouvelables.

    Le PDG s’avoue malgré tout « dubitatif », quant à la durabilité de cette réforme, qu’il espère voir « s’ancrer dans le temps, avec des réglementations plus claires ». Avec toujours l’objectif affiché, à terme, de « s’implanter dans la région ».

  • Un collectif lutte contre les centrales photovoltaïques dans les Alpes-de-Haute-Provence

    Un collectif lutte contre les centrales photovoltaïques dans les Alpes-de-Haute-Provence

    S’opposer physiquement à la déforestation et à la construction de centrales solaires sur la montagne de Lure : c’est la méthode qu’a choisie le collectif Elzéard Lure en Résistance, créé en opposition à la centrale de Cruis. « Quand j’ai appris qu’il y allait avoir une centrale solaire industrielle juste en face de chez moi, je n’en ai pas cru mes oreilles de me dire qu’ils allaient défricher 17 hectares de forêt pour mettre une usine d’électricité », se rappelle Sylvie Bitterlin, co-fondatrice du collectif.

    « Je suis venue ici pour vivre dans la nature, entourée d’un monde vivant. Progressivement, je me suis aperçue à quel point cet environnement était dégradé. On est en train de détruire petit à petit ce lieu emblématique de la montagne de Lure », déplore la militante. « On a constaté que cela ne se passait pas qu’à Cruis, mais que, sur toute la montagne de Lure, il y avait déjà 15 centrales photovoltaïques qui avaient été construites, qui n’avaient pas attiré notre attention puisqu’elles sont cachées dans les forêts. » Selon le collectif, 15 autres projets de centrales sont envisagés sur la montagne.

    À Cruis, quand le défrichage a commencé, en 2022, les militants s’y sont opposés physiquement. « On s’est interposés physiquement face aux bûcherons pour les empêcher de couper des arbres. Mais on n’était pas assez nombreux pour les arrêter, et, en quatre jours, toute la forêt était partie », regrette Sylvie Bitterlin, également conseillère municipale à Montlaux (DVG). « Ils sont revenus en 2023 pour les travaux de terrassement, on était là pendant plusieurs mois, tous les jours, on bloquait les machines. L’entreprise a ensuite embauché des vigiles, des milices qui ont commencé à violenter les militants », affirme la co-fondatrice.

    « Quel écolo fait ça ? »

    « Détruire des espèces protégées par centaines, des habitats d’espèces protégées, alors qu’on sait que c’est la première cause de l’effondrement de la biodiversité, quel écolo fait ça ? Quand est-ce qu’on peut se revendiquer écolo alors même qu’on détruit la biodiversité ? », lance Pierrot Pantel, le juriste qui accompagne le collectif et l’aide à repérer les irrégularités et à déposer des plaintes. « On a lancé une démarche demandant à la préfecture un démantèlement de la centrale et une remise en état à Boralex [l’entreprise qui a construit la centrale de Cruis, Ndlr]. Et, si elle refuse, on attaquera ce refus pour que ce soit un tribunal qui impose à la préfète d’ordonner à Boralex de tout remettre en état », affirme le juriste.

    Contacté, Boralex assure « donner une seconde vie à des parcelles détruites par un incendie survenu en 2004 » et « minimiser les impacts sur l’environnement ». Le projet a été réduit de 75 à 17 hectares, affirme l’entreprise.

  • Un plan très ciblé pour contrer la flambée des prix

    Un plan très ciblé pour contrer la flambée des prix

    « Cette crise énergétique a des impacts très concrets pour nos concitoyens, nous avons donc, sur le plan national, construit une réponse graduée, ciblée, sectorielle et limitée au mois d’avril », marque d’emblée le ministre de l’Économie Roland Lescure. « Mon souci premier c’est avant tout de préserver la croissance tout en étant soucieux de l’efficacité de chaque euro public dépensé », ajoute-t-il. Plus tôt dans la journée, lors d’une conférence de presse à Bercy, le Premier ministre avait prévenu qu’il n’y aura pas de mesures générales : « Quand on est à 5,1% de déficit, il n’y a pas de cagnotte », assurait-il. Et critiqué les responsables politiques « qui parfois nous ont fait la leçon sur le déficit à l’automne dernier » et qui « sont les premiers cette semaine à nous demander des chèques à l’aveugle ».

    Les mesures annoncées se limitent donc aux transporteurs routiers, aux pêcheurs et aux agriculteurs, pour un coût estimé à 70 millions d’euros au total. C’est ainsi que le ministre des Transports, Philippe Tabarot confirme la mise en place d’une aide « exceptionnelle » mensuelle forfaitaire pour les PME les plus en difficulté, celle-ci sera de 20 centimes d’euros par litre de carburant durant le mois d’avril, effective « en métropole et dans les Outre-mer ». « Les transporteurs ne peuvent pas supporter seuls le poids des surcoûts qui doivent être répartis sur l’ensemble de la chaîne de valeur », appuie-t-il, pour une enveloppe totale de 50 millions d’euros.

    Concernant les pêcheurs, une aide de « 20 centimes par litre » de gazole marin en avril sera accordée par un remboursement sur présentation des factures de carburant afin de « permettre aux navires de continuer à sortir en mer », affirme la ministre de la Mer et de la Pêche Catherine Chabaud. Une mesure estimée à 5 millions d’euros. La ministre en charge demandera lundi le feu vert de la Commission européenne pour mettre en place « un dispositif d’aide directe » pour les professionnels du secteur, et ira plaider pour engager sans délai « une révision du cadre juridique européen » dans le but d’engager « le renouvellement » et la « décarbonation » de la flotte française.

    Enfin, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, a, de son côté assuré que le gazole non routier (GNR) agricole sera exonéré de « tout droit d’accise » durant ce mois d’avril, soit une baisse de 4 centimes d’euros par litre.

    Le plan d’électrification de l’économie lundi

    Cela représente « un effort budgétaire de 14 millions d’euros sur le mois », poursuit la ministre LR. Elle aussi demandera une « suspension immédiate du MACF » (mécanisme d’ajustement carbone aux frontières) lors d’un Conseil européen des ministres de l’agriculture et de la pêche prévu lundi.

    Pour réduire la dépendance de la France aux énergies fossiles, dont les prix explosent en pleine guerre au Moyen-Orient, le gouvernement présentera la semaine prochaine son « grand plan d’électrification ». « Nous devons garantir sur le long terme une énergie stable, décarbonée, accessible à tous et produite en France », a martelé la porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l’Énergie, Maud Bregeon. « Cette solution, elle a un nom, c’est l’électrification », grâce au nucléaire ou aux énergies renouvelables, précise-t-elle.