Tag: climat

  • Dans les Alpes-de-Haute-Provence, les élus et l’État s’engagent sur l’eau et l’adaptation au climat

    Dans les Alpes-de-Haute-Provence, les élus et l’État s’engagent sur l’eau et l’adaptation au climat

    « Aujourd’hui, nous devons faire face à une réalité : le changement climatique modifie profondément le cycle de l’eau. Les périodes de sécheresse s’intensifient, les températures augmentent, les ressources en eau deviennent plus fragiles et les épisodes de pluies intenses peuvent accentuer les risques d’inondations », a expliqué mardi le président du syndicat mixte Asse Bléone, Claude Fiaert, en marge de la signature du contrat eau et climat 2026 – 2030, avec le Département, la Région, le maire de Digne et la préfète. « Après l’été que nous venons de passer, nous savons toutes et tous à quel point les questions liées à l’eau, à la préservation de nos ressources et aux risques d’inondation sont devenues concrètes et permanentes sur nos territoires », a ajouté Julien Di Benedetto, le maire de Digne-les-Bains.

    « La ressource en eau est déjà perturbée par l’action de l’homme, par les prélèvements trop importants, par les pollutions, par la modification des cours d’eau, et puis on a ce changement climatique qui vient rajouter une couche sur ces effets et qui crée un cercle vicieux avec de l’eau qui tombe à des moments très erratiques, trop au moment où on n’en a pas besoin, pas assez quand on en a besoin », a estimé Annick Mievre, directrice de la délégation Paca Corse à l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse. Même les pluies « ne sont plus efficaces puisque l’eau s’évapore très rapidement, les sols s’assèchent et quand il repleut à nouveau, l’eau ruisselle au lieu de s’infiltrer et crée parfois des inondations », a-t-elle précisé. De plus, « moins il y a d’eau dans les milieux naturels, plus les polluants que nous y déversons se concentrent, et plus la vie aquatique est perturbée, mais aussi plus l’eau qu’on boit est polluée, et plus on a de coût pour les services d’eau potable », a déploré Annick Mievre. Face à ces enjeux primordiaux, « tout le monde doit se mobiliser et travailler ensemble », puisque « la question de l’eau concerne tout le monde », a-t-elle martelé. C’était précisément la démarche de la signature de ce contrat eau et climat, mardi.

    Une gestion éprouvante

    Claude Bondil, conseiller départemental délégué aux routes ou encore à l’administration générale, a de son côté évoqué l’importance « d’assurer la sobriété des usages ». C’est en tout cas l’engagement que le département prend dans le cadre de ce contrat, a-t-il promis. Le budget annuel du département « pour aider les investissements sur l’eau potable, l’assainissement et l’hydraulique agricole est de trois millions d’euros », a rappelé Claude Bondil, qui espère « préserver la vitalité de la Bléone et la pérennité de la ressource en eau ».

    Jean-Charles Borghini, maire de La Brillanne et conseiller régional qui représentait le nouveau président de la Région, François de Canson (DVD), a salué « le travail collectif », « plus facile ici, où on se connaît tous ». « Nous avons été la première région en Europe à élaborer un budget vert », a-t-il affirmé.

    La préfète Isabelle Tomatis a finalement témoigné des difficultés traversées avec la gestion de l’eau, de la sécheresse et des aléas climatiques. Le traitement de la rivière de l’Asse « a été une épreuve tout l’été » pour elle, a-t-elle confié. « Depuis que je suis préfète, je n’ai jamais autant de ma vie aimé la pluie », a-t-elle ironisé, soulignant la « belle réussite collective » que représente selon elle la signature de ce contrat eau et climat.

    Les élus et représentants des différentes institutions et associations, présentes en nombre, ont ensuite visité le chantier titanesque de « restauration des continuités écologiques » sur la rivière de la Bléone, à Digne-les-Bains.

    La signature de ce contrat et la visite du chantier tombaient à pic, alors que la préfecture vient de placer, lundi, l’Asse, l’Esteron et le Lauzon en crise sécheresse.

  • Les oliviers du plateau de Valensole subissent la sécheresse

    Les oliviers du plateau de Valensole subissent la sécheresse

    « Avec la sécheresse, on ne sait pas du tout où on va. On a eu un hiver pluvieux, avec des arbres en forme ; et là, on se retrouve avec des olives toutes petites, qui tournent et deviennent noires » : Paolo Chabot, agriculteur agroécologique au moulin familial de Bonaventure, sur le plateau de Valensole, a subi de plein fouet les aléas climatiques cet été. « Le climat change trop, on n’arrive plus à faire de bons rendements de bonne qualité », regrette-t-il. Face à cette situation instable, il essaye de se diversifier et de miser sur des cultures moins vulnérables et sensibles au changement climatique. « Depuis deux ans, on essaye les oléagineux, comme le tournesol ; ou encore la moutarde », avec son père et son frère qui les a rejoints récemment sur la petite exploitation de 30 hectares. « On est assez peu à avoir la double casquette agriculteur et moulinier : il y a 10 moulins dans le 04, et que trois agriculteurs mouliniers », précise le producteur, qui a environ 800 clients agriculteurs.

    Paolo Chabot « essaye de tout faire en agroécologie », ce que l’ingénieure agronome Brune de La Selle définit comme « produire avec plutôt que contre le vivant ». « Plutôt qu’éliminer les espèces qui nous dérangent, on essaye de comprendre comment elles peuvent nous être utiles », explique-t-elle. Cette approche se veut une alternative au système agro-industriel.

    « Montrer que le bio peut être rémunérateur »

    Pour s’assurer d’avoir un revenu stable, l’agriculteur vend une partie de son huile d’olive à la start-up française Revoliva, qui propose à ses acheteurs un système de parrainage d’arbres et d’abonnement annuel. « On veut montrer que le bio peut être attractif, valorisant et rémunérateur », avance Daniel Bodenheimer Morales, qui a cofondé la marque Revoliva avec son ami d’enfance Fémi Faure. « On accompagne des fermes bio en France, en Espagne et en Italie. On peut doubler la rémunération en faisant du parrainage d’oliviers. La vente directe permet de mieux rémunérer les producteurs », affirme-t-il. La start-up, dont les bureaux sont à Paris, travaille aussi bien avec des particuliers qu’avec des chefs. Une quarantaine de restaurateurs parisiens se fournissent en huile d’olive chez eux. « Tout part d’un partenariat fort avec Paolo, qui est très engagé. On s’est compris en termes de valeurs », relate Daniel. « Chaque région a un pionnier », et Paolo est celui des Alpes-de-Haute-Provence.

    Revoliva permet aux producteurs d’accéder au marché, ce qui est « extrêmement difficile » pour eux sans être accompagnés, avance le cofondateur. « Aujourd’hui, le producteur vend ses olives en vrac à bas prix, il est à la limite de la rentabilité. Les négociants qui achètent ont pour but d’augmenter leur marge, parce qu’après, ils revendent à un intermédiaire qui revend à un magasin. L’agriculteur, lui tout seul, ne peut pas organiser sa vente. Donc nous, l’utilité qu’on a pour l’agriculteur, c’est la commercialisation, la sécurisation de la vente », précise Daniel.

    La France ne produit que 3 à 5% de l’huile d’olive qu’elle consomme, alors que l’Espagne produit près de la moitié de l’huile d’olive dans le monde. L’huile d’olive Revoliva est revendue uniquement sur le marché français.

  • Climat : les citoyens veulent des engagements

    Climat : les citoyens veulent des engagements

    Le 26 septembre, plus de 150 personnes participaient à Hyères à une marche pour le climat, avant de se retrouver en assemblée citoyenne pour réfléchir aux suites à donner à cette mobilisation. De cette rencontre est née une série de propositions qui viennent d’être adressées à la première magistrate de la Cité des Palmiers Véronique Bernardini.

    Les signataires réclament des décisions sur plusieurs dossiers qu’ils jugent prioritaires : adaptation aux fortes chaleurs, alimentation, préservation du littoral, accès au logement, écoles et transports. Et annoncent une nouvelle mobilisation prévue les 14 et 15 novembre*.

    Parmi les premières préoccupations figure l’adaptation de Hyères aux épisodes de canicule. En cause entre autres l’imperméabilisation des sols bitumés accumulant la chaleur et sources d’inondation. Le collectif invite ainsi à accélérer la végétalisation des cours d’école menée dans le cadre de projets participatifs associant enseignants, enfants et services municipaux, un peu comme cela se fait à Toulon. Et demande l’adoption, avant l’été prochain, d’un plan d’adaptation fondé sur le bilan de l’été 2026.

    Parmi les propositions figurent la remise à l’air libre de cours d’eau enfouis sous certaines chaussées et le recensement des lieux frais gratuits accessibles aux personnes vulnérables.

    Agriculture et cantines

    Les citoyens plaident aussi pour le développement des composteurs collectifs en copropriété. Autre sujet central : l’agriculture et l’alimentation. L’occasion d’appeler à redonner à Hyères ses capacités maraîchères, en facilitant notamment l’installation de jeunes agriculteurs et de producteurs biologiques. Ce qui implique de recenser les terres agricoles en friche et d’étudier leur mise à disposition.

    Ils demandent la publication des chiffres permettant d’évaluer le respect des objectifs de la loi Egalim dans les cantines scolaires, ainsi que la préparation, avec les parents et les producteurs, d’une organisation privilégiant les circuits courts et l’agriculture biologique après l’échéance du contrat actuel avec Elior, prévue en 2028.

    Concernant la loi Littoral les signataires réclament un plus grand engagement de la municipalité à sa défense, notamment au sein de l’Association nationale des élus des littoraux (Anel). Et souhaitent également relancer le comité consultatif de la presqu’île de Giens afin que les habitants puissent prendre part aux réflexions.

    La difficulté à se loger dans la commune est un autre sujet soulevé par l’assemblée. Parmi les pistes, se trouve un encadrement plus strict des résidences secondaires et des logements vacants.

    Sur tous ces points, les signataires demandent à la municipalité de s’engager avant la fin de l’année. « Nous n’attendons pas seulement des intentions, mais des décisions », précise Caroline Moulin. En tout cas tout le monde se dit prêt à travailler de concert avec la Ville pour l’intérêt général.

    * Le mouvement appelle les habitants à signer son appel sur le site 26septembre.org et à le contacter à l’adresse : mpchyeres@gmail.com

  • Aix Avenir lance son plan pour une ville plus fraîche

    Aix Avenir lance son plan pour une ville plus fraîche

    « Nous avions déjà dans notre programme cette ambition. Nous n’avons pas gagné les élections, mais on ne peut pas rester les bras ballants. » Ainsi résume Marc Pena, à la tête du groupe d’opposition de gauche Aix Avenir, l’initiative présentée dans son local du Puits-Neuf. Dès ce jeudi soir et pour les prochains mois, le groupe propose des réunions publiques de travail autour de la construction d’un « plan fraîcheur ». Un condensé de propositions « réalisables » pour faire face aux canicules dès l’été prochain, qui seront ensuite soumises à la majorité municipale.

    Le contexte est présenté dès l’ouverture de cette première rencontre : un été marqué par trois épisodes caniculaires, d’autant plus difficiles à vivre à Aix-en-Provence, dont « les projections sont particulièrement inquiétantes », estime Marc Pena. Celui-ci rappelle que « d’ici à 2100, Aix pourrait devenir la ville la plus chaude de France, avec une hausse des températures pouvant atteindre 4,8 degrés de plus ».

    L’élu poursuit : « Alors que le gouvernement prévoit de diviser, dans ce budget, par trois les crédits du Fonds vert (…), nous ne pouvons plus compter sur l’état pour porter nos politiques à la hauteur de l’urgence. » Avant de prévenir la dizaine de participants présents : « L’opposition ne peut pas simplement s’opposer, elle doit être proactive. Mais attention, à tous ceux qui ne sont pas des élus ou engagés autour de nous, on ne veut rien instrumentaliser. » Le plan, se veut « sérieux, une politique publique qui concerne tout le monde, sans oublier une catégorie de la population. Il faut qu’elle concerne tous le territoire et tous les aspects de politique publique de cette ville. On n’a eu que des réponses fragmentées, jusque-là, de la majorité », précise Cyril Di Méo, élu d’Aix Avenir.

    « être force de proposition »

    Avant de se mettre au travail, un premier tour de table a été organisé autour du ressenti de chacun après les fortes chaleurs de cet été. Deux groupes ont ensuite été constitués : l’un chargé de réfléchir aux mesures « à court terme », l’autre aux mesures « à moyen ou long terme ».

    Parmi les participants, les canicules subies ces derniers mois ont souvent constitué la principale motivation pour assister à cette première réunion. « Terrible. Je me suis dit “il faut faire quelque chose” », déroule Laurence. Si elle ne sait « pas trop » quoi attendre des réunions, elle assure « écouter ».

    « Un mois d’octobre à 25 degrés, ce n’est pas normal. J’espère être force de proposition. Mais on a tous des idées, notamment en prenant exemple sur des villes et villages qui ont déjà beaucoup plus avancé sur l’adaptation [climatique, Ndlr] », espère de son côté Evelyne, militant Les écologistes.

  • La FDSEA cherche des solutions face aux défis agricoles

    La FDSEA cherche des solutions face aux défis agricoles

    « Nous sommes dans un contexte agricole exigeant, a rappelé Christel Gagliardo, la présidente de la FDSEA des Hautes-Alpes ce jeudi lors de la rentrée syndicale. Enjeux climatiques, réglementations toujours plus complexes, situation financière dégradée… Tout se cumule ! Plus que jamais, nous avons besoin d’échanger ». Le préfet Philippe Bailbé, la députée Marie-José Allemand (PS) et des représentants du conseil départemental ont participé à la réunion, aux côtés de la dizaine de membres du syndicat libéral et de membres du syndicat Jeunes Agriculteurs.

    Deux membres du Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) étaient aussi présents pour discuter du premier point à l’ordre du jour : la prévention du risque incendie. « Avec le changement climatique, notre métier change, a introduit Grégory Favier, chef de centre. Lors des feux de moissons, qui démarrent très rapidement, les premiers intervenants, c’est vous, les agriculteurs ! » Les pompiers ont proposé de « former » les exploitants aux bonnes pratiques : « Car des petits gestes, comme ajuster la trajectoire en fonction du vent ou de la pente, peuvent limiter les dégâts ». Le Sdis aimerait former un partenariat avec les agriculteurs en cas d’incendie, comme il le fait déjà avec les fédérations de chasseurs. « L’idée est d’avoir trois interlocuteurs en cas de feux, pour ainsi être organisés et assurer la sécurité de tous », a expliqué Pierre-Emmanuel Feit. Il propose aussi aux agriculteurs de recenser leur matériel susceptible d’aider lors des incendies, comme les tonnes à lisier qui peuvent acheminer de l’eau. « On sait que vous avez d’autres choses à faire, admet le préfet. Mais en cas de crise majeure, comme on en a eu cet été, on a besoin de toutes les bonnes volontés. »

    Le sujet des réserves multi-usage d’eau (aussi appelées mégabassines), dont le développement est fortement souhaité par le syndicat, est ensuite venu sur la table. « Le problème, c’est que c’est très long à mettre en place, explique la présidente. Les dispositifs existant ne représentent pas la réalité du terrain. » Tous les participants sont d’accord sur un point : pour pouvoir en financer, et au passage en assurer l’acceptabilité sociale, il faut partager ces projets avec d’autres acteurs économiques. Comme les collectivités, ou les stations de ski, « qui ont davantage de moyens ». « Si l’on veut garantir une alimentation en eau tout au long de l’année, on n’a pas le choix, estime le Philippe Bailbé. Ces retenues d’eau sont indispensables. » Toujours sur l’eau, la question de la priorisation des usages en cas de sécheresse a été abordée : « Il faudrait que celui qui arrose sa pelouse arrête un peu avant que nous soyons contraints de cesser d’irriguer notre maïs ! », a lancé Christel Gagliardo.

    Sur les enjeux de transmission des fermes, de plus en plus urgentes car de nombreux exploitants vont partir à la retraite dans les prochaines années, la présidente a présenté un dispositif régional qu’elle espère voir émerger dans le département, Terre Adonis. La structure accompagne financièrement un porteur de projet, et lui vend ensuite la ferme au bout de quinze ans maximum. « Contrairement à l’association Terre de liens, qui ne permet pas aux agriculteurs de devenir propriétaires et ne se destine qu’à la filière bio, a-t-elle précisé. Nous, on veut que l’agriculteur soit libre ! »

    Agathe Di Lenardo

  • Deux jours de débats dédiés aux enjeux stratégiques de la Méditerranée à Toulon

    Deux jours de débats dédiés aux enjeux stratégiques de la Méditerranée à Toulon

    Depuis cinq ans, la Fondation pour la maîtrise des enjeux stratégiques (FMES), « think thank » créé à Toulon en 1990, organise les Rencontres stratégiques de la Méditerranée. Ce rendez-vous annuel s’adresse autant aux spécialistes qu’au grand public, pour débattre des enjeux de cet espace d’interconnexion partagé par 23 pays issus de trois continents.

    Il a été introduit par François de Canson, vice-président d’une Région Sud qui se trouve, de fait, au centre de la réflexion française en la matière. « Toulon est le premier port militaire d’Europe », a-t-il rappelé. à ce titre, « la Région, via son opération d’intérêt régionale (OIR) Défense et Sécurité [plan d’investissement de 500 millions d’euros lancé en décembre 2025 pour soutenir l’industrie de défense, Ndlr.] est là pour permettre aux entreprises de s’installer plus facilement dans notre territoire. »

    Dans cette optique, ces rencontres permettent « d’échanger entre acteurs pour avoir une vision commune qui permette de défendre le pays », appuie François de Canson.

    Jean-Marc Jancovici

    en « grand témoin »

    Et pas seulement sur le plan militaire, car ces rencontres, qui se déroulent autour de tables rondes, couvrent des thématiques diverses : « Le principe, c’est de mettre autour de la table des gens d’expériences et de cultures différentes, militaires, politiques, spécialistes des relations internationales, de la technologie, de l’économie, ou de l’environnement », explique Pascal Ausseur, directeur de la FMES.

    Ce dernier aspect revêt un intérêt particulier, puisque le « Grand témoin » choisi pour cette édition est Jean-Marc Jancovici, spécialiste des questions d’énergie et de climat, intervenu mercredi après-midi. « Tous les enjeux se tiennent, donc l’écologie n’est pas un problème à part et on n’en réglera aucun sans régler les autres », justifie Pascal Ausseur.

  • [Entretien] Marie-Noëlle Reboulet : « Nous sommes des techniciens de l’énergie avec des solutions sociales »

    [Entretien] Marie-Noëlle Reboulet : « Nous sommes des techniciens de l’énergie avec des solutions sociales »

    La Marseillaise : De l’association créée par un architecte, un professeur, un géographe à l’assistance technique portée aux ministères, c’est tout un chemin parcouru. Quel regard portez-vous sur cette évolution ?

    Marie-Noëlle Reboulet : Je vous dirais que ça n’a pas tellement changé. Ces scientifiques marseillais des années 70 venaient des travaux sur le solaire, sur le bioclimatisme et voulaient mettre leur savoir, que ce soit dans l’architecture ou l’utilisation pour la chaleur, l’électricité, au service des gens. Et c’est toujours le cas aujourd’hui. Après on a fait, ces dernières années, de l’assistance technique notamment sur la cuisson au Niger. L’énergie, c’est un levier pour améliorer les conditions de vie et de travail des gens, que ce soit à Marseille, face à la précarité énergétique, en région avec les agriculteurs et jusqu’en Mongolie ou au Niger.

    Vous travaillez donc au local et à l’international ?

    M.-N.R. : Nous avons une équipe Méditerranée qui s’occupe à la fois de ce qu’on fait en Paca et au Maroc, une sur l’Afrique de l’Ouest et une sur l’Asie. Nous sommes environ 120. Des techniciens de l’énergie avec des solutions techniques, mais aussi d’ingénierie sociale, d’organisation de formation et financière pour accompagner. Parmi nos projets, on a l’installation de serres passives bioclimatiques en Asie centrale que l’on a appliquée ici avec des agriculteurs bio intéressés pour leurs plants. Ou encore un programme avec des propriétaires occupants très modestes à Marseille pour améliorer le confort d’été.

    Votre action s’inscrit dans un contexte de changement climatique aux conséquences importantes…

    M.-N.R. : Les gens qui ont créé le Geres il y a 50 ans le savaient déjà et disaient que les émissions de carbone par les énergies fossiles provoquaient un effet de serre qui allait augmenter la température. Je ne me réjouis pas particulièrement du fait qu’on avait raison. C’est terrible. Mais c’est avec le retour des gens qu’on a envie de continuer. L’autre jour, un de nos chargés de mission qui travaille sur la précarité à Marseille m’a rapporté qu’une dame estimait qu’on lui avait sauvé la vie avec nos ventilateurs…

    Comment voyez-vous l’avenir ?

    M.-N.R. : Nous devons composer avec des budgets réduits, il faut encore plus se battre pour des financements privés. Des changements s’imposent compte tenu de cette évolution financière et institutionnelle. On est en train de renforcer la valorisation de notre expertise technique, mais avec plus de partenariats et coopérations. On veut aussi mettre l’accent sur l’accompagnement entrepreneurial et financier. Et aussi renforcer nos relations avec les pouvoirs publics locaux pour intégrer nos projets dans les politiques nationales.

    Un anniversaire fêté à la Friche de la Belle-de-Mai

    C’est entouré de ses partenaires et de ses proches que le Geres a célébré son cinquantenaire, ce jeudi 1er octobre, aux Grandes tables. L’occasion de revenir sur son histoire et de poser les bases de futurs projets à l’international.

  • [Quoi de neuf] « Le climat est la troisième étape de notre histoire »

    [Quoi de neuf] « Le climat est la troisième étape de notre histoire »

    Françoise Verna : « Montpellier 20.50 organise le 1er octobre* un colloque intitulé « Des territoires inassurables ? » Pourquoi avez-vous choisi de prendre la question climatique sous cet angle assurantiel ?

    Jean-Luc Wolf : Je suis un professionnel des assurances, courtier en grande entreprise, et cela fait pas mal de temps que je m’inquiète du déséquilibre de ce qu’on appelle le fond Cat Nat [fonds Catastrophe Naturelle].

    J’explique, en deux mots, ce qu’est ce régime : En 1981, la Saône, le Rhône, la Garonne, dans le même hiver, avaient débordé et causé de graves inondations. Pratiquement un an après, le gouvernement a mis en place un système d’assurance obligatoire instaurant un régime de protection collective. C’est-à-dire que dans tous les contrats « dommages », qu’il s’agisse de notre maison, d’une usine, d’une voiture etc, on payait une quote-part qui était dévolue à ce fonds Cat Nat. Au départ, cela coûtait 5,5%, donc c’était relativement dérisoire. Au fur et à mesure que les catastrophes naturelles ont continué à augmenter, il a fallu augmenter les cotisations. À titre d’exemple, au 1er janvier 2026 nous payons 20% de nos primes d’assurances pour ce fonds Cat Nat.

    Olivier Nottale : Cela a donc énormément augmenté…

    Jean-Luc Wolf : Oui et je dois dire qu’il y a une désinformation à propos des assurances. Les médias disent « les assureurs augmentent ». Vous savez, ils n’ont pas toujours bonne réputation… Alors que les assureurs ont une activité économique vraiment essentielle. Il a fallu encore une fois augmenter considérablement. Aujourd’hui, au-delà des augmentations, la question que nous nous posons c’est « qu’est-ce qui va se passer demain ? » et est-ce que ce sera suffisant ? On ne va pas passer de 20 à 30% et de 30 à 40% ! Quand on nous dit « les assureurs augmentent » ce n’est pas forcément eux, c’est surtout, à chaque fois, la partie qui va au fonds Cat-Nat.

    Françoise Verna : Le fonds Cat Nat est un régime qui existe depuis 1982 et, surtout, il est spécifique à notre pays, n’est-ce pas ?

    Jean-Luc Wolf : En France, nous avons le meilleur régime de protection collective au monde sur ce plan-là. La caisse centrale de réassurance est le grand organisme de réassurance de l’État qui nous garantit une couverture définitive au-delà de ce que les assureurs et leurs propres réassureurs peuvent payer.

    Olivier Nottale : Ne doit-on pas redéfinir la notion de catastrophe naturelle ? Cela a évolué depuis 40 ans ?

    Jean-Luc Wolf : Au départ, cette couverture avait pour but de garantir ce qui ne l’était pas dans les contrats classiques : inondations, débordements de fleuve… L’État a demandé aux assureurs d’ajouter aux assurances multirisques les tempêtes, la neige, la grêle.

    Joseph Mornet : C’est revenu dans l’actualité puisqu’à la suite de la tornade à Paumas [Aude], près de Limoux, la présidente de la Région Occitanie, accompagnée de deux sénateurs, ont fait une demande pour qu’il y ait une reconnaissance de la tornade comme catastrophe naturelle.

    Françoise Verna : Justement, cette question du climat est au centre de votre colloque. Précisez-nous le rôle de Montpellier 20.50 ?

    Joseph Mornet : On est né en 2011. Notre but était de réunir un certain nombre de citoyens de la ville de Montpellier et de son territoire élargi, qui avaient envie d’intervenir sur la vie de ce territoire sans pour autant être un élu ou avoir une fonction politique. Cela a été très très riche. Dans un premier temps on s’était fixé un objectif pour les municipales de 2014, d’être une force de propositions pour les candidats. On s’est appelé Montpellier 20.20. Quand on est arrivé en 2020, on a eu envie de continuer. On a, à chaque fois, essayé d’intervenir sur des événements locaux. On a beaucoup travaillé sur les échéances des régionales avec la création de la grande région Occitanie. À ce moment-là, on s’est mis en partenariat avec deux autres laboratoires d’idées à Nîmes qui s’appelle TPNA** et à Toulouse avec la Compagnie Riquet. Nous avons publié deux ouvrages et organisée une grande journée commune à Narbonne [en 2015, « Dessine moi une région »]. Nous nous inscrivons, le 1er octobre, dans la continuité puisque c’est à nouveau Joël Echevarria qui animera notre colloque ; une personnalité : c’est le directeur général délégué de la Toulouse School of Economy.

    Olivier Nottale : Revenons à la question climatique.

    Joseph Mornet : C’est la troisième étape de notre histoire. Nous nous sommes concentrés sur les problèmes de la planète, de l’écologie. On a fait deux journées consacrées à l’eau et à la Méditerranée. Et maintenant ce colloque où la question du climat est traitée sous l’angle des assurances. Nous allons faire appel à des experts notamment du Giec, Alexis Roumagnac, Denis Lacroix… On aura aussi des politiques comme Thomas Dubiez de la Métropole de Montpellier qui a mis en place tout un programme pour faire face au changement climatique.

    *Jeudi 1er octobre à partir de 9h30, colloque « Des territoires inassurables ? » Salle Voltaire, 27-29 Bd Sarrail, Montpellier, entrée gratuite.

    **Tout pour Nîmes et son agglomération.

    Écoutez l’émission en cliquant sur le lien.

  • Ils sont des milliers à marcher à Marseille pour le climat

    Ils sont des milliers à marcher à Marseille pour le climat

    Sur le camion garé devant la préfecture de région à Marseille, ce sont les clowns Tak tak et Tik Tik qui mettent l’ambiance. «Un plan d’urgence climatique, écoutez les scientifiques», reprend après eux la foule rassemblée. Ce samedi matin à Marseille, ils étaient environ 2 000 selon les organisateurs (500 selon la préfecture de police) à marcher jusqu’à la porte d’Aix, pour «le climat, le vivant, la paix et la justice sociale», à l’appel d’une large coalition de plus de 1 200 organisations, dont Alternatiba et Greenpeace, Attac, la Confédération paysanne, la FSU, la CGT…

    «La séquence de cet été illustre les enjeux pour la Provence : des suites de vagues de chaleurs, de canicules, de feux de forêts, qui seront bientôt suivis par des épisodes méditerranéens», témoignait avant la manifestation Joël Guiot, le coprésident du groupe régional d’experts sur le climat en région Sud (Grec Sud). «Le pire reste à venir, explique-t-il.

    D’ores et déjà, les conséquences de cet été sont connues, avec une surmortalité de 8 000 décès. «J’en connaissais un, il s’appelait Denis, il avait 67 ans, et c’était mon père », témoigne, particulièrement émue, Laure, qui se présente comme citoyenne marseillaise engagée. «Il arrosait son jardin, pour réguler sa température son cœur a battu plus fort, trop fort. Il s’est arrêté.» D’autres ont connu les conséquences des feux, comme Coralie Mirguet, dont la maison à l’Estaque a entièrement brûlé le 8 juillet 2025. «Plus d’un an après l’incendie, nous commençons tout juste à entrevoir une possible reconstruction, mais pour nous, plus rien ne sera comme avant», souffle-t-elle. Au-delà du déploiement des pompiers et des Canadair, «le véritable coupable est notre inadaptation».

    Plan d’urgence

    «La question que vous avez tous au bout des lèvres et la seule qui vaille, c’est que faire ? », pose parmi les organisateurs la militante Margot Jacq. «La protection des salariés devrait être une priorité», répond la secrétaire départementale de la FSU, Virginie Akliouat. «Nos organisations syndicales s’emparent de ces questions, et ont déjà mené campagne pour adapter le bâti scolaire, pour le développement des transports publics», explique-t-elle. Et d’énumérer les revendications d’un seuil maximal de températures pour travailler, le renforcement de la médecine du travail, un chômage canicule pris en charge à 100%. «Le progrès social et environnemental sont intimement liés», complète Alice Richard, porte-parole de Solidaires dans les Bouches-du-Rhône.

    Le constat est le même pour la Confédération paysanne, d’autant que les agriculteurs sont en première ligne. «Les canicule ont tué deux paysans dans les Bouches-du-Rhône cet été», atteste le syndicat qui alerte sur la disparition des exploitations face à la perte de rendements et appelle à un autre modèle agricole, une autre gestion de l’eau.

    «Nous exigeons un plan d’urgence climatique», relaie parmi les organisateurs l’écologiste Jean-Christophe Agnel. Un plan sur trois piliers, d’adaptation, d’atténuation et d’arrêt des énergies fossiles. «Nous avons besoin d’un budget dans une logique de justice sociale», complète Margot Jacq, tandis que les militants d’Attac se lancent dans un «fiscal fitness» pour «taxer les riches».

    «Les candidats à la présidentielle doivent s‘emparer du sujet, arrêter de proposer des mesures obsolètes», réclame pour sa part le vice-président du Grec Sud. Mais si plusieurs élus sont présents, les drapeaux restent rares au milieu des pancartes, tandis que les organisateurs reconnaissent qu’ils s’attendaient à une meilleure affluence.