Dans le Gard, le tourisme tient bon. Il serpente entre les arches du Pont du Gard, descend vers les arènes de Nîmes, file jusqu’aux plages du Grau-du-Roi, remonte dans les Cévennes et s’attarde dans les villages de garrigue. En 2025, le département a enregistré 27,6 millions de nuitées, confirmant sa place de troisième destination touristique d’Occitanie, derrière l’Hérault et les Pyrénées-Orientales. Un chiffre qui pèse lourd : 2,1 milliards d’euros de retombées économiques estimées et 9 400 emplois directs. Dans un territoire souvent rappelé à ses fragilités sociales, le tourisme reste un moteur : « C’est le second secteur économique du département, derrière l’industrie et avant l’agriculture », rappelle Pascale Fortunat-Deschamps, présidente de Gard Tourisme.
Mais le moteur tourne différemment. Gard Tourisme, qui dressait son bilan 2025 et présentait ses perspectives 2026, ne cache pas les mutations en cours. « Les Français ne renoncent pas aux vacances mais ils changent leur comportement », résume Pascale Fortunat-Deschamps. Séjours plus courts, réservations de dernière minute, budgets surveillés : le vacancier regarde désormais la facture avant le paysage. Une enquête menée auprès des professionnels d’Occitanie indique que 45% constatent une baisse du panier moyen.
mais partir encore
Le Gard résiste pourtant. En 2025, 4,9 millions de visiteurs ont été comptabilisés, contre 4,7 millions l’année précédente. Les grands sites continuent de jouer les locomotives : 1,2 million de visiteurs au Pont du Gard, près de 420 000 au Seaquarium du Grau-du-Roi, 370 000 aux arènes de Nîmes, plus de 250 000 à la Bambouseraie en Cévennes. La clientèle française reste majoritaire, portée par la proximité : Gard, Hérault, Bouches-du-Rhône, Rhône ou région parisienne. Mais l’international conserve une place forte, avec 39% des nuitées réalisées par des visiteurs étrangers, surtout européens.
Pour 2026, les signaux sont prudents mais encourageants. Après un mois d’avril en baisse de 5% sur les nuitées, les locations saisonnières affichent, à date, des perspectives en hausse de 13% en juillet et de 3% en août. Rien n’est acquis, tant les réservations se confirment tardivement. Le secteur avance donc à vue, entre espoir d’été et incertitude économique.
Face à cette nouvelle donne, Gard Tourisme veut mieux connaître ceux qui viennent, et ceux qui vivent ici. Environ 4 200 enquêtes ont été recueillies dans le département, dans le cadre d’une étude régionale plus large. Les résultats, attendus à la rentrée, doivent permettre d’adapter l’offre, les tarifs et les stratégies d’accueil. La réponse esquissée tient en un mot : durable. Non pas comme un slogan plaqué sur une brochure, mais comme une nécessité. « Les Gardois ne doivent pas subir le tourisme de masse », insiste Pascale Fortunat-Deschamps. Mobilités douces, meilleure répartition des flux, valorisation de l’arrière-pays, nature et patrimoine : le Gard veut faire de ses fragilités une force. Le nouveau magazine Escampettes, la topocarte et l’application Latitude Gard, qui remplace Rando Gard, doivent accompagner cette itinérance plus douce.
« Le Gard a énormément d’atouts et nous ne le disions pas de façon claire », ajoute Claire Pradel, de Gard Tourisme. « Nous sommes le seul département à avoir trois réserves biosphères et de vraies typicités. Il nous faut le montrer, cela existe ! » Reste à tenir l’équilibre. Faire venir sans saturer. Faire découvrir sans abîmer. Faire vivre l’économie sans transformer les habitants en décor. Dans ce Gard aux trois réserves de biosphère, entre pierres romaines, bambous cévenols et horizons camarguais, l’enjeu n’est plus seulement d’attirer. Il est d’accueillir mieux, pour que le tourisme profite au territoire sans lui faire perdre son âme.

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