Tag: Location saisonnière

  • Uber, nouveau pirate

    Uber, nouveau pirate

    Un monde sans foi ni loi où seul le profit compte au prétexte de proposer de nouveaux services. C’est la ligne de conduite de la multinationale Uber. L’ubérisation de la société – comprendre la dérégulation sauvage du travail – s’étend désormais au domaine maritime dans le secteur de la location de bateaux de plaisance en passe de débarquer à Marseille en juin.

    Imaginons le programme type du néotouriste : il loue sur Airbnb un séjour de courte durée, ce qui aggrave la crise du logement ; il commande son repas sur Uber, livré par les nouveaux damnés de la terre ; Il va ou rentre du stade ou du concert en Uber et il pourra bientôt louer un bateau avec skipper grâce à Uber, associé à Marseille à Click&Boat.

    La mer n’est pas un terrain de jeu

    Comment faire face à ce rouleau compresseur ? En premier lieu, en appliquant la loi ! C’est-à-dire en dotant les services publics de moyens pour contrôler les pratiques de cette multinationale.

    Faut-il attendre un accident dramatique pour agir contre cette prédation ? La mer n’est pas un terrain de jeu. Car si ce type de location exige la présence d’une ou d’un skipper, le système est tellement pervers que ces travailleurs sont souvent contraints d’accepter des conditions contraires à la sécurité pour satisfaire les plateformes et leurs clients. Comme les chauffeurs de taxi Uber soumis à des algorithmes et qui ont cru au miroir aux alouettes de l’auto-entreprenariat, les professionnels de la plaisance seront-ils dévorés à leur tour ? La pratique des loisirs nautiques doit relever d’un cadre rigoureux et l’espace maritime doit demeurer un bien commun et résister à Uber, ce nouveau pirate.

  • Un juge consulaire jugé pour neuf meublés illégaux

    Un juge consulaire jugé pour neuf meublés illégaux

    Quatre meublés au Panier, deux cabanons dans l’anse de Malmousque, trois logements rue Consolat près du Palais Longchamp dont un 7 m2 impropre à l’habitation. Pour ces 9 meublés touristiques illicites, la Ville a réclamé mardi au tribunal judiciaire de Toulon de prononcer à l’encontre de son propriétaire Philippe Bonifay et de sa société la somme totale de 918 000 euros d’amendes civiles et leur retour à la location classique sous astreinte.

    Spécialisé à l’origine dans l’immobilier d’entreprise, Philippe Bonifay, 71 ans, a créé et exploité de 2008 à 2014 la boutique officielle de Plus Belle La Vie où se vendaient les produits dérivés de la série télévisée. Sur Airbnb où ses annonces restent consultables, il se présente comme travaillant « dans le milieu de la location saisonnière entre particuliers depuis 2009 ». En raison de ses fonctions de juge-commissaire au tribunal des activités économiques de Marseille, l’audience a été dépaysée à sa demande à Toulon.

    « À Marseille la moitié des 12 937 loueurs de meublés touristiques sont dans l’illégalité » a rappelé l’avocat de la Ville, Me Jorge Mendes, rodé à l’exercice depuis les premières assignations qui ont conduit à la condamnation en février de deux bailleurs à 175 000 euros et 40 000 euros d’amende. « Marseille connaît la plus grave crise du logement depuis l’après-guerre. Le maire veut que ces appartements reviennent à des familles qui vivent dans leur quartier. Les touristes sont les bienvenus à Marseille mais pas dans des meublés illégaux », a dit l’avocat au président Olivier Issanjou dont c’était mardi la première audience à Toulon.

    « En tant que juge au tribunal de commerce, M. Bonifay se doit d’être exemplaire. Il doit encore plus se conformer à la loi qu’il applique aux autres », a rappelé Me Mendes. La réglementation adoptée par la commune en 2021 exige, s’agissant des résidences secondaires, une autorisation de changement d’usage qui suppose la création concomitante d’un logement locatif par transformation d’un local qui n’avait pas cet usage (hangar, friche, bureau, etc.). « Or ce professionnel multi-loueur n’a rien demandé, n’a rien compensé et fait commerce de 9 meublés touristiques sans autorisation. Il a fait fortune sur ses appartements qui lui rapportent 180 000 euros par an. »

    « Vous n’êtes pas le porte-voix de la municipalité de Marseille qui vous demande de vous rallier à son étendard pour faire un exemple », a lancé au tribunal Me Maxime Rovella pour le dirigeant social qui n’a pas fait le déplacement. « M. Bonifay est le contre-exemple de ce que la Ville prétend combattre. Car il a reconnu dès le début et sa coopération a été sans faille mais la Ville a refusé toute médiation. » À l’en croire, son client ne s’est pas enrichi. « Il n’a pas été gagnant. Il s’est trompé », a avancé l’avocat sur la foi d’une étude d’un expert judiciaire qui écrit qu’il n’a tiré « aucun bénéfice des locations meublées de tourisme en comparaison avec les revenus générés par une location classique ». « Le message est passé », a dit Me Rovella. « Après une période de latence due au respect des réservations », M. Bonifay a « remis à la location huit biens au bénéfice de familles marseillaises ». Un seul fait exception au rez-de-chaussée gauche du 165 rue Consolat. « Ce local de 7 m² ne peut être loué pour de l’habitation » a admis mardi l’avocat du juge marseillais qui a pourtant loué 112 fois en 2024 cette pièce caractéristique d’un hébergement incompatible avec la dignité humaine pour 50 euros la nuit à une clientèle de passage. Un délit cette fois passible de 5 ans de prison, de 150 000 euros d’amende et de la confiscation du gourbi.

    Délibéré le 23 juin.

    « En tant

    que juge, il se doit d’être exemplaire »

  • « David Bertin a voulu trop faire et trop vite, mais il veut mieux faire »

    « David Bertin a voulu trop faire et trop vite, mais il veut mieux faire »

    Après une journée et demie de débats dédiés au système d’exploitation intensive de locations saisonnières mis en place par David Bertin et au constat d’un recours imaginatif et décomplexé à un panel d’infractions, la 6e chambre correctionnelle a mis son jugement en délibéré au 2 juin.

    Avec beaucoup d’assurance, les avocats du professionnel de l’immobilier, de son ex-compagne et d’un intermédiaire ont tous réclamé en chœur la relaxe de leur client respectif, avançant des arguments qui ne devraient toutefois pas résister à l’analyse pointue d’une chambre aguerrie sur l’habitat indigne et les marchands de sommeil qui, depuis le drame de la rue d’Aubagne, défilent à leur barre. On retiendra l’observation faite par la présidente Lola Vandermaesen au prévenu contrarié que les subventions de l’Anah n’aient couvert qu’un tiers de ses rénovations : « L’argent public n’a pas vocation à ce que M. Bertin s’enrichisse, vous le comprenez ? »

    « Rien ne signalait que l’immeuble était en péril. Il n’y avait pas d’arrêté affiché, et en voyant des étais dans l’appartement, il a pensé que des travaux venaient d’être faits, sinon, jamais il n’aurait servi d’intermédiaire », a plaidé l’avocate d’Omar Mbarki, un ex-associé de David Bertin qui nie avoir mis en danger les deux sans papiers placés par ses soins philanthropiques dans les studios en péril, au 21 rue d’Anvers. « Je me suis laissé entraîner dans cette histoire par sympathie pour Cédric [le frère de David qui est maçon], il m’a dit “va voir mon frère il te donnera les clés” », se défend ce rentier de 61 ans, docteur en physique chimie et propriétaire de 17 appartements. Retenons que c’est lui qui a introduit David Bertin, rue d’Anvers, en lui vendant des appartements qu’il a divisés pour faire fructifier en meublés touristiques plutôt qu’en logements à loyers sociaux.

    « On a parlé de fuite en avant. Oui, David Bertin a voulu trop faire et trop vite, mais il a aujourd’hui une véritable volonté de mieux faire », a dit Laure Saint-Denis, l’avocate de David Bertin, contre qui 4 ans de prison, dont un ferme, ont été requis. Son client a été condamné en mai 2024 par la justice dracénoise pour blanchiment à une peine de jours-amende et surtout à 3 ans d’interdiction de gérer, peine définitive pour laquelle il a été mis en garde de ne pas la contourner en recourant à des gérants de paille.

    Colère à l’évocation du 10, cours Julien, en péril

    Une remise en question à laquelle voudrait croire l’avocat de la mairie, Me Jorge Mendes, s’il n’y avait tous ces dossiers qui s’accumulent et pas seulement des infractions au code de l’urbanisme. « Vous continuez à sous-louer sur Booking. Toute cette activité est illégale depuis le début car vous n’avez pas d‘autorisation de changement d’usage. »« De la location saisonnière, j’en fais un petit peu, mais plus comme avant. J’ai mis en bail mobilité meublé » – « Si, vous continuez au 10, cours Julien qui est aussi un immeuble sous arrêté de péril ! » – « C’est faux, je ne suis pas propriétaire ! » s’emporte le prévenu sous le coup d’une enquête préliminaire ouverte pour ce qui serait de la sous-location saisonnière dans plusieurs studios d’un appartement divisé d’une ex-compagne, qui a porté plainte contre lui.

    Ce mardi, son avocate a voulu déminer une à une les accusations. À l’en croire, la mise en danger ne tient pas car l’arrêté de péril du 17 juin 2019 est illégal du fait de l’illégalité, selon elle, de la délégation de fonction consentie par Jean-Claude Gaudin à son adjoint Julien Ruas. C’est juste oublier les 777 pages du jugement – certes frappé d’appel – des effondrements mortels de la rue d’Aubagne, qui a condamné cet élu précisément pour les fautes commises dans la mise en œuvre des pouvoirs de cette délégation.

    On est prié de croire aussi que le péril grave et imminent au 21 rue d’Anvers est une vue de l’esprit. « Ses appartements ne montraient aucun signe de faiblesse. L’élément matériel n’est pas caractérisé, aucun élément moral ne démontre qu’il a sciemment voulu mettre en danger. » « Des locations ont potentiellement eu lieu pendant le péril, mais la relaxe s’impose dès lors que l’arrêté de péril est illégal. »

    Les abus de biens sociaux ? « L’infraction est très compliquée à caractériser. Rien n’est clair sur les versements. » La dissimulation de huit emplois ? « Il n’avait pas l’intention de se soustraire aux obligations sociales. Il a mal fait les choses, mais il a régularisé tardivement avec des chèques emplois-service. Ça vaut juste une saisine des prud’hommes. » Les escroqueries à l’Anah ? « Il a payé ses travaux et a transmis les sept baux. » L’obtention frauduleuse de crédits immobiliers ? « Un simple mensonge écrit ne suffit pas à caractériser le délit. Les traites ont été honorées. Les banques ne sont pas là. Dès lors qu’il n’a porté préjudice à la fortune de quiconque, il n’y a pas d’escroquerie. » Pour Me Saint-Pierre, « le portrait qu’on fait de lui ne colle pas à la réalité ».

    Le délibéré dans un mois devra, lui, coller à la procédure.

  • L’été ne fait plus le printemps du tourisme en Occitanie

    L’été ne fait plus le printemps du tourisme en Occitanie

    « Réchauffement climatique, choix de consommation : les habitudes des vacanciers évoluent », constate l’Insee dans une étude menée en partenariat avec l’Agence d’attractivité et de développement de la Région Occitanie (AD’OCC) et Destination Occitanie qui charpente la stratégie touristique régionale.

    Cette étude, menée sur un temps relativement long d’un peu plus d’une décennie, de 2012 à 2024, révèle une tendance forte : « Depuis quelques années, la fréquentation touristique augmente tendanciellement moins fortement dans la région qu’au niveau national. Ainsi, entre 2012 et 2024, la fréquentation des hébergements collectifs touristiques d’Occitanie progresse de 4,5% contre +11% en France métropolitaine », a calculé l’Insee. En outre, ajoutent Sophie Andrieu et François Hills, auteurs de l’étude pour l’Institut national de la statistique, cette hausse de 4,5% « n’est portée que par l’hôtellerie de plein air dont les nuitées augmentent de 19,4% alors que les nuitées diminuent dans les hôtels (-4,7%) et les autres hébergements (-12,6%) ». L’Occitanie est la cinquième des régions de France métropolitaine les plus fréquentées par les touristes en 2024 avec 55 millions de nuitées mais « Depuis 2012, le tourisme se développe au printemps et s’atténue en été », résume l’Insee qui image ce constat en chiffres : « Entre 2012 et 2024, la fréquentation touristique au printemps a augmenté de 17,7 %. »

    Pourquoi ces évolutions ? « Des facteurs multiples peuvent influer sur l’évolution de la fréquentation touristique », prévient l’Insee qui identifie cinq facteurs principaux. Le premier est le réchauffement climatique. Il « entraîne une hausse de la fréquence des canicules en été et une baisse de l’enneigement en hiver. Il peut conduire les touristes à modifier leur choix de destination ou décaler la période habituelle de leurs séjours. » Deuxième facteur, « les évolutions dans les choix de consommation peuvent avoir le même type de conséquences ».

    886 000 lits sont proposés par les plateformes internet

    Troisième facteur, le vieillissement démographique entraîne le développement du tourisme des retraités « particulièrement hors des périodes scolaires et estivaux ». Quatrième facteur, « la crise Covid a eu un fort effet sur le tourisme en 2020 et 2021 et a également entraîné des changements durables de comportement ». Cinquième facteur et non des moindres, « l’offre de logements locatifs sur les plateformes numériques, en essor depuis la décennie 2010, concurrence les hébergements collectifs traditionnels ». Les logements en location saisonnière proposés par les plateformes internet comme Airbnb, Booking ou HomeAway atteignent en 2024 « des volumes offerts proches de ceux des hébergements collectifs » et représentent en Occitanie 178 000 logements représentant environ 886 000 lits. « Ainsi, la fréquentation du locatif en plateforme se développe très nettement entre 2019 et 2024, bien que moins vite que l’offre », analyse l’Insee. L’exemple d’Airbnb est parlant : entre 2019 et 2024, la fréquentation estimée des hébergements sur cette plateforme, mesurée en nuits réservées croît de 57%.

    « L’évolution de la saisonnalité du tourisme en Occitanie est essentiellement portée par les campings », renseigne l’Insee. En Occitanie « ils représentent la moitié des nuitées annuelle, hors hébergements locatifs en plateforme et hors hébergements non marchands ». La hausse de 19% de leur fréquentation entre 2012 et 2024 « est portée par le littoral qui concentre les deux tiers de la fréquentation régionale en camping ». Elle est « particulièrement forte en début de saison estivale, entre avril et juin. Dans la région, ces trois mois concentrent 25% de la fréquentation en 2024 contre 18% en 2012 ». Les nuitées en camping augmentent aussi sensiblement en septembre, note aussi l’étude. « Ainsi, la période dite des “ailes de saison”, qui couvre les mois d’avril à juin et de septembre, pèse autant dans la fréquentation de 2024 que chacun des deux mois du cœur de l’été. » Une tendance de fond.

  • Géographie de la crise des périls, contrastes et contrariétés à Marseille

    Géographie de la crise des périls, contrastes et contrariétés à Marseille

    L’universitaire émérite Élisabeth Dorier, géographe au laboratoire Population Environnement Développement (LPED) d’Aix-Marseille Université, investigue depuis le drame de la rue d’Aubagne l’ingénierie complexe de la mise en sécurité des immeubles marseillais qui, depuis 2020, s’est considérablement renforcée et structurée.

    1 638 adresses en péril

    Selon les bilans de la Ville dont « plus de transparence est souhaitée » selon la géographe, 2 343 arrêtés de péril ont été pris entre novembre 2018 et septembre 2025. Le rythme annuel reste soutenu avec 250 nouvelles adresses depuis 2021 et 287 sur l’année 2025. La cartographie des 1 638 adresses en péril retenues (hors explosion de Tivoli, incendies, murs de soutènement, etc.) met en exergue les zones avoisinant le drame de la rue d’Aubagne, mais aussi l’héritage de périls anciens depuis 2014, traités alors par le mépris. Mais aussi ceux issus du regain d’attention et de l’action volontariste portés sur les 4 îlots prioritaires de la SPLA-IN (Société publique locale d’aménagement d’intérêt national) et les opérations en Orcod-IN (Opération de requalification des copropriétés dégradées d’intérêt national) sur déjà 4 des 17 copropriétés privées dégradées qui vont d’ailleurs générer de « nouveaux chassé-croisé de délogés ».

    « La municipalité n’a pas toutes les clés en main, analyse Élisabeth Dorier. Benoît Payan reste tributaire de politiques partenariales largement pilotées et financées par l’État et la Métropole. On l’a mesuré avec l’hostilité de Martine Vassal à l’encadrement des loyers, les freins mis à l’extension du permis de louer qui se réduit, sur la carte, à de petites tâches à la Belle de Mai et Hoche-Versailles. » La cartographie des arrêtés de mise en sécurité en procédure urgente correspond aussi « aux périmètres d’actions planifiés et notamment d’Euromed et à ses marges », observe la chercheuse, critique pour affirmer que « l’urgence est souvent mise au service de grands projets et là, je considère qu’il y a un dévoiement de l’urgence car beaucoup de ces immeubles dégradés étaient identifiés de longue date ».

    Évacuations en baisse

    Globalement, le nombre d’arrêtés de mise en sécurité pris en procédure urgente baisse et parmi eux, seuls les cas graves (70%) entraînent des évacuations. « D’un côté, il y a la volonté d’éviter la violence sociale d’évacuations traumatisantes en un quart d’heure en oubliant les lunettes et le chat. De l’autre, il y a l’argument du coût des évacuations car 80% des ménages sont relogés par la Ville. Les propriétaires privés collaborent peu au relogement de leurs locataires », observe-t-elle. Ce qui oblige ensuite la Ville à se lancer dans le recouvrement des frais d’hébergement avancés.

    Les mainlevées

    Les arrêtés de mainlevée progressent, ce qui est la traduction d’un traitement pérenne des situations. Les sorties de péril ont concerné 251 immeubles en 2025 et 220 en 2024, contre seulement 79 en 2021. Mais le stock d’adresses à suivre a augmenté avec plus de nouvelles procédures lancées que de procédures clôturées. La purge de l’immobilier indigne se poursuit.

    Relogements définitifs

    C’est un point de tension certain. Entre 2018 et 2025, 3 498 ménages, soit 7 776 personnes, ont été évacués. On estime à 25% le nombre de personnes ayant échappé à ce décompte officiel lors de la période folle 2018-2019. En tout, 454 ménages ont bénéficié d’un relogement définitif ailleurs qu’à l’adresse évacuée, à 92% en logement social, soit environ 12% des évacués. Dans cette part déjà congrue de relogés définitifs sont intégrés les 75 ménages du périmètre du haut de la rue d’Aubagne, relogés sous l’ancienne municipalité dans du social diffus et ceux dès 2019 des immeubles neutralisés par déclarations d’utilité publique.

    « Ce faible taux interroge la production de logements sociaux et exige un changement de braquet de la Métropole », alerte Élisabeth Dorier, qui est aussi membre du Comité de suivi de la Charte du Relogement. « Les relogements définitifs concernent surtout des évacués d’immeubles tellement délabrés ou de propriétaires tellement peu coopérants (travaux pas démarrés ou qui s’éternisent) qu’ils ont été placés sous maîtrise publique pour être rénovés », observe l’universitaire.

    « Les relogements définitifs butent sur les carences en logements sociaux dans les arrondissements centraux – où il y a pourtant de nombreux logements vacants ou utilisés en location saisonnière – et sur le fait que la quasi-totalité des logements sociaux marseillais sont concentrés dans les mêmes quartiers. » Autre frein, « le manque de solidarité métropolitaine et interarrondissements. Les pires carences en logements sociaux ne concernent pas la Ville de Marseille qui n’a pas la main. La Ville s’est engagée à fond dans le suivi des signalements, les missions de diagnostic et de placement sous arrêté de péril et elle se retrouve à devoir gérer l’hébergement provisoire de ménages que les propriétaires n’assurent pas, alors qu’ils ont été à la hauteur pour percevoir les loyers. La marge de manœuvre de la Ville en relogement est très faible car la Métropole n’est pas à la hauteur de ses prétentions. L’insuffisance de la production métropolitaine en logement social et les très forts déséquilibres sur son territoire sont criants », démontre Élisabeth Dorier.

    De guerre lasse, des évacués sortent d’eux-mêmes du dispositif pour se reloger par leurs propres moyens. En 2025, on compte une vingtaine de départs volontaires, mais aussi, selon la Ville, 61 ménages qui refuse de réintégrer le logement d’origine après mainlevée du péril. « Ce qu’on voit aussi tendanciellement, c’est l’éloignement au fil du temps du lieu de relogement. »

    Travaux d’office

    La municipalité a ouvert une autorisation de programme de 48 millions d’euros de travaux d’office, en novembre 2020. Sous Gaudin, le budget s’était perdu en études et conseils avec seulement 168 000 euros consacrés en 2018… En 2024, 40 chantiers ont été achevés, qui avaient mobilisé 3,9 millions d’euros aux frais avancés des propriétaires défaillants, contre 4,2 millions en 2023. Huit chantiers ont été achevés en 2025, cinq nouveaux ouverts au dernier trimestre dernier. 23 immeubles sont encore pris en charge.

  • L’Union pour Arles veut réguler Airbnb et recréer du logement

    L’Union pour Arles veut réguler Airbnb et recréer du logement

    « Notre constat est clair : on refuse qu’il soit plus facile de se loger un week-end qu’à l’année à Arles », assène Nicolas Koukas (PCF), à l’occasion de la conférence de presse de l’Union pour Arles dédiée au logement, mardi matin.

    Le candidat avance le chiffre de 3 500 meublés touristiques disponibles à la location sur des plateformes comme Airbnb ou Booking. Face au « phénomène Airbnb » décrit dans notre édition du 28 janvier, Nicolas Koukas veut réguler la location saisonnière selon « un quota par quartier, comme à l’Hauture ou à la Roquette qui sont asphyxiés », et en limitant le nombre de location par immeuble : « Dans le cas où un multipropriétaire aurait plusieurs appartements, il ne pourrait en louer qu’un seul en meublé touristique », développe-t-il.

    Régulation, aussi, sur la durée, avec l’instauration d’un plafond de « 90 nuitées discontinues », précise Richard Vidal (SE), au regard de la « tendance à louer d’un coup l’été et plus rien en hiver ». Le chef de file de l’Union pour Arles parle également d’« instaurer un principe d’un meublé locatif pour un logement annuel pour rééquilibrer le marché ».

    « Les loueurs Airbnb sont l’électorat de de Carolis »

    Pour cadrer les locations existantes, Nicolas Koukas souhaite que les propriétaires d’Airbnb « s’engagent à faire signer une charte de bonne conduite à leurs locataires » pour éviter « les bruits des valises et les apéros jusqu’à 3h du matin ». Pour faire respecter cet engagement, le candidat compte créer une « brigade du logement », en lien avec la police municipale, à cet effet et pour recenser les locations qui ne le sont pas.

    Est-il question de vouloir interdire Airbnb ? Le candidat réfute « cette petite musique » qu’il attribue au maire sortant, Patrick de Carolis (Hor.). « On ne peut pas : c’est le marché privé », rétorque Nicolas Koukas, fustigeant celui « qui refuse de réguler, car il nous a toujours dit que les loueurs d’Airbnb étaient son électorat ».

    Outre la location saisonnière, les candidats de l’Union pour Arles veulent recréer du logement. D’abord en remettant sur le marché les « 3 400 logements vacants » recensés sur le territoire de la ville. « Nous souhaitons relancer une opération programmée d’amélioration de l’habitat [OPAH] sur 5 ans », annonce-t-il en ce sens, ce qui consiste en une convention passée avec l’État et l’Agence nationale pour l’amélioration de l’habitat (Anah) pour mener un diagnostic des problèmes, étudier les solutions et les financer. Le candidat argue que la précédente opération, achevée en 2020, a permis « de réhabiliter 1 500 logements sur 20 ans, de remettre 720 logements vacants sur le marché dont 200 à loyer maîtrisé, de rénover 880 façades et de mobiliser 38 millions d’euros pour des travaux, dont 8 millions de subventions ».

    Concertation avec la population

    De telles opérations urbaines ne sauraient se réaliser sans concertation avec la population, selon l’équipe de l’Union pour Arles. « Nous allons remettre en place la commission extra-municipale urbanisme avec tous les CIQ, tous les projets seront abordés avec le temps nécessaire », affirme Nicolas Koukas, prenant l’exemple du projet de rénovation « imposé d’en haut » sur la friche EDF de la rue Mireille, réputée polluée (La Marseillaise du 06/05/2025).

    « On fera confiance aux Arlésiens pour les projets », promet le candidat.

  • Non aux villes Disneyland

    Non aux villes Disneyland

    En 18 ans d’existence,
    la plateforme de location de courte durée, la multinationale américaine Airbnb (9,18 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024 et 2,1 milliards de bénéfices) a bouleversé le marché du logement et met en péril les équilibres résidentiels. Son activité dérégulée prive des habitants de logements en location de longue durée.

    C’est un enjeu des élections municipales des 15 et 22 mars. Les citoyens appelés au vote doivent faire un choix démocratique éclairé et, pour cela, connaître les programmes au sujet du logement et de la régulation drastique des locations saisonnières.

    Ces dernières années, des décisions politiques locales, comme à Paris et Marseille, permettent de mieux encadrer l’activité de la multinationale. Mais face à l’augmentation du nombre de locations saisonnières (25% du parc locatif dans le centre de Marseille), il convient de donner de nouveaux tours de vis.

    Loi plus stricte

    D’ores et déjà, une loi plus stricte, adoptée en novembre, a rendu la fiscalité des locations saisonnières moins avantageuse. Mais cette régulation doit aussi s’accompagner d’une politique massive de construction de logements accessibles et de réhabilitation de l’ancien. Aujourd’hui, l’écrasante majorité des ménages sont éligibles au logement social. Faute de constructions, ils se tournent vers le privé où les loyers explosent. Selon les données connues, le revenu mensuel moyen des bailleurs de locations saisonnières se situe entre 2 000 et 4 700 euros par mois. Certains, multipropriétaires
    en ont fait une rente qui transforme certaines villes en Disneyland, au détriment de la vraie vie dans la cité et donc du droit au logement.

  • [Entretien] Sylvain Manternach : « Les Airbnb participent à l’augmentation des prix »

    [Entretien] Sylvain Manternach : « Les Airbnb participent à l’augmentation des prix »

    La Marseillaise : Comment s’est implanté Airbnb à Marseille et en Provence ?

    Sylvain Manternach : Sur ce territoire comme sur d’autres, ce sont d’abord les métropoles qui ont vu une activité importante sur Airbnb. Dès l’arrivée de la plateforme en France, en 2013, on voit une activité soutenue à Marseille ou à Aix, parce qu’il y a une masse de logements disponibles très importante. Au bout de quelques années, les communes du littoral ont vu une activité très forte se développer, si on la rapporte à la population. Mais, l’arrière-pays commence aussi à être concerné, notamment dans le Vaucluse, du côté du Lubéron. Aujourd’hui, cette présence s’est renforcée, sur les mêmes territoires, mais même les espaces préservés commencent à se remplir, peut-être un peu moins dans l’ouest varois. Marseille demeure la destination absolue, même si tout le secteur est concerné. Mais ça ne pose pas les mêmes problèmes en termes d’accès au logement dans les villages que dans les métropoles.

    Quel impact observez-vous, justement ?

    S.M. : Ce n’est pas toujours évident de faire le lien. Marseille a eu, ces dernières années, un changement d’image assez fort, avec un attrait touristique dont les Airbnb témoignent. Évidemment qu’ils s’ajoutent en terme d’activité et d’attractivité. Mais ils peuvent aussi participer à une augmentation des prix de l’immobilier et donc de l’augmentation de la difficulté à se loger dans une ville déjà touchée par des problématiques de logement considérables. Sur les quinze dernières années, il y a eu une baisse sensible du nombre de résidences principales. Ces nouvelles résidences secondaires ne sont pas toutes mises en location Airbnb, mais il y a quelque chose qui se passe, cela joue une part.

    Et dans les territoires ruraux ?

    S.M. : Il n’y a pas du tout le même impact. Ce qu’on a vu, au niveau national, ce que plus vous avez de l’activité touristique, et Airbnb nous a permis de le calculer, plus vous allez avoir de petits commerces qui vont pouvoir se maintenir. Cela a tendance à être positif, avec un poids sur le logement moins important. D’autant plus qu’il y a des territoires où la présence d’hôtels n’est pas possible, donc il n’y a pas de concurrence. Mais ce n’est pas à la campagne que c’est le plus plébiscité par les vacanciers, leur demande se rajoute surtout dans les secteurs les plus tendus, très touristiques. C’est ce qui est reproché à Airbnb.

    à qui profitent ces Airbnb ?

    S.M. : Il y a de bonnes chances pour que ceux qui sont en procès [une audience est prévue le 24 novembre pour quatre multipropriétaire, Ndlr.] soient le pire du pire, mais ils ne sont pas représentatifs de l’activité. D’abord, parce que entre 40 et 45% de ceux qui le font sont ceux qui occupent le lieu, un peu au-dessus de 50% à Marseille. Et, ensuite, parce qu’il y avait déjà beaucoup de résidences secondaires. Pour une partie, cela a été une opportunité de les mettre en location saisonnière. Mais, le logement secondaire a tendance à augmenter à Marseille, alors qu’il était relativement bas. Est-ce que c’est lié à l’attraction générale ou Airbnb ? Probablement les deux. Mais le costume est peut-être trop large pour Airbnb seul.