Aux assises, Amine Kessaci en quête de « réponses »

Sous le regard des tueurs présumés de son frère, Amine Kessaci, figure de la lutte contre le narcotrafic, a témoigné à la barre. Il a réclamé « des réponses » sur cet assassinat, se disant insatisfait des « condoléances » exprimées, au début du procès, par un accusé, Amine Oualane, considéré comme un chef de la DZ Mafia. Le témoignage du militant de 23 ans était l’un des plus attendus du procès, qui a débuté à Aix le 19 octobre, pour juger un triple assassinat dans lequel son frère Brahim, impliqué dans le narcotrafic, a été tué en décembre 2020.

Le jeune homme, qui vit sous haute protection policière, a déposé sous le regard des cinq accusés. Leur profil justifie d’ailleurs un important dispositif de sécurité autour du tribunal et un centre-ville placé sous étroite surveillance. « Je voudrais dans un premier temps vous parler de Brahim, ce qu’il était pour moi, mon grand frère qui à la fois aimait sa famille et était conscient de ce qu’il faisait », a déclaré le jeune homme, également adjoint au maire de Marseille.

Aujourd’hui étudiant en droit, Amine Kessaci se souvient de cet aîné qui lui disait « d’aller à l’école, de travailler, l’école était le seul moyen pour nous de sortir de notre cité et d’en sortir la tête haute ».

Souvenir de sa voix

Dans la fratrie élevée par une mère seule, Brahim, mort à 22 ans, était « celui qui protégeait ses frères, celui qui riait, celui qui me faisait rire ». « Cela fait six ans que Brahim a été assassiné et ce qui me manque le plus, c’est sa voix », a confié Amine Kessaci avant d’entamer le récit de la soirée du 28 au 29 décembre, la dernière où il a vu son aîné vivant.

Le 29 décembre, deux corps calcinés sont retrouvés dans un véhicule incendié dans un tunnel autoroutier : il s’agit de Brahim Chabane et Réda Khaldi. Une semaine plus tard, un second véhicule incendié révèle le corps calciné et démembré de Nassim Loubani.

Les circonstances de ces découvertes et leur extrême violence ont été longuement décrites ces derniers jours par un défilé d’experts. Les trois victimes, impliquées dans le trafic, s’étaient rendues à un guet-apens. Les enquêteurs l’ont rappelé : les victimes « connaissaient leurs assassins ». Le décès de Brahim, décrit par l’enquête comme un trafiquant ambitieux au point de gêner d’autres réseaux, a « détruit » sa famille, a raconté Amine Kessaci. Ce drame est aussi à l’origine de l’engagement qui a fait de lui une personnalité médiatique aujourd’hui menacée, déterminée à aider les familles victimes du narcotrafic. « J’ai fait une promesse à mon frère Brahim, celle que je ne me tairai pas […]. Car si nous ne parlons pas de nos vies dans ces quartiers, personne ne le raconterait. »

Amine Kessaci assure ne pas chercher la confrontation avec Amine Oualane. Au premier jour d’audience, le militant avait assuré ne pas rechercher la « vengeance », mais la « justice ». L’accusé, détenu dans les prisons les plus sécurisées de France, nie toute implication dans le triple homicide. « Il comprend votre douleur, il comprend votre souffrance », a assuré Me Inès Medioune, l’un de ses avocats. En novembre 2025, la famille Kessaci a été endeuillée par un deuxième assassinat, celui du cadet de la fratrie, Mehdi, totalement étranger au trafic de drogue. Sa mort à 20 ans sous les balles d’un commando à moto, en plein jour, avait provoqué une onde de choc nationale. L’enquête en cours tient Amine Oualane comme une des pistes sérieuses dans cet assassinat.

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