Tag: DZ mafia

  • Aux assises, Amine Kessaci en quête de « réponses »

    Aux assises, Amine Kessaci en quête de « réponses »

    Sous le regard des tueurs présumés de son frère, Amine Kessaci, figure de la lutte contre le narcotrafic, a témoigné à la barre. Il a réclamé « des réponses » sur cet assassinat, se disant insatisfait des « condoléances » exprimées, au début du procès, par un accusé, Amine Oualane, considéré comme un chef de la DZ Mafia. Le témoignage du militant de 23 ans était l’un des plus attendus du procès, qui a débuté à Aix le 19 octobre, pour juger un triple assassinat dans lequel son frère Brahim, impliqué dans le narcotrafic, a été tué en décembre 2020.

    Le jeune homme, qui vit sous haute protection policière, a déposé sous le regard des cinq accusés. Leur profil justifie d’ailleurs un important dispositif de sécurité autour du tribunal et un centre-ville placé sous étroite surveillance. « Je voudrais dans un premier temps vous parler de Brahim, ce qu’il était pour moi, mon grand frère qui à la fois aimait sa famille et était conscient de ce qu’il faisait », a déclaré le jeune homme, également adjoint au maire de Marseille.

    Aujourd’hui étudiant en droit, Amine Kessaci se souvient de cet aîné qui lui disait « d’aller à l’école, de travailler, l’école était le seul moyen pour nous de sortir de notre cité et d’en sortir la tête haute ».

    Souvenir de sa voix

    Dans la fratrie élevée par une mère seule, Brahim, mort à 22 ans, était « celui qui protégeait ses frères, celui qui riait, celui qui me faisait rire ». « Cela fait six ans que Brahim a été assassiné et ce qui me manque le plus, c’est sa voix », a confié Amine Kessaci avant d’entamer le récit de la soirée du 28 au 29 décembre, la dernière où il a vu son aîné vivant.

    Le 29 décembre, deux corps calcinés sont retrouvés dans un véhicule incendié dans un tunnel autoroutier : il s’agit de Brahim Chabane et Réda Khaldi. Une semaine plus tard, un second véhicule incendié révèle le corps calciné et démembré de Nassim Loubani.

    Les circonstances de ces découvertes et leur extrême violence ont été longuement décrites ces derniers jours par un défilé d’experts. Les trois victimes, impliquées dans le trafic, s’étaient rendues à un guet-apens. Les enquêteurs l’ont rappelé : les victimes « connaissaient leurs assassins ». Le décès de Brahim, décrit par l’enquête comme un trafiquant ambitieux au point de gêner d’autres réseaux, a « détruit » sa famille, a raconté Amine Kessaci. Ce drame est aussi à l’origine de l’engagement qui a fait de lui une personnalité médiatique aujourd’hui menacée, déterminée à aider les familles victimes du narcotrafic. « J’ai fait une promesse à mon frère Brahim, celle que je ne me tairai pas […]. Car si nous ne parlons pas de nos vies dans ces quartiers, personne ne le raconterait. »

    Amine Kessaci assure ne pas chercher la confrontation avec Amine Oualane. Au premier jour d’audience, le militant avait assuré ne pas rechercher la « vengeance », mais la « justice ». L’accusé, détenu dans les prisons les plus sécurisées de France, nie toute implication dans le triple homicide. « Il comprend votre douleur, il comprend votre souffrance », a assuré Me Inès Medioune, l’un de ses avocats. En novembre 2025, la famille Kessaci a été endeuillée par un deuxième assassinat, celui du cadet de la fratrie, Mehdi, totalement étranger au trafic de drogue. Sa mort à 20 ans sous les balles d’un commando à moto, en plein jour, avait provoqué une onde de choc nationale. L’enquête en cours tient Amine Oualane comme une des pistes sérieuses dans cet assassinat.

  • [Assassinat du demi-frère d’Amine Kessaci] Aux assises, les profils des accusés passés au crible

    [Assassinat du demi-frère d’Amine Kessaci] Aux assises, les profils des accusés passés au crible

    Deuxième jour d’audience et même ballet incessant de membres des forces de l’ordre cagoulés et de véhicules blindés. Le procès du triple narchomicide n’en est encore qu’à ses prémices. Durant trois semaines de débats, les magistrats devront examiner les circonstances de l’assassinat brutal de trois jeunes hommes.

    Parmi les victimes, le demi-frère d’Amine Kessaci, figure de la lutte contre le narcotrafic qui, après une première journée « éprouvante », a de nouveau pris place dans la salle d’audience, sous étroite protection. Face aux cinq accusés, il a assisté, ce mardi, à l’examen de leurs personnalités au fil des interventions d’experts, pour la plupart en visioconférence. Les rapports de personnalité et expertises psychologiques, voire psychiatriques, présentés à la cour ont parfois été réalisés dans le cadre de cette affaire de triple assassinat, parfois dans le cadre d’autres procédures. Pour rappel, les cinq accusés avaient nié en bloc, la veille, leur implication dans le triple assassinat.

    Déjà connus de la justice

    Leur lecture dessine, au fil des interventions, des trajectoires marquées par la délinquance, le trafic de stupéfiants et, dans ce dossier, une possible bascule vers des faits d’assassinat, dont ils restent présumés innocents. Mais aussi de « mettre un peu d’humanité dans un dossier qui, parfois, en manque », estime l’un des médecins. Les cinq accusés présentaient déjà de nombreuses mentions à leur casier judiciaire. Leurs parcours sont souvent marqués par la précarité, des « carences affectives » – une expression revenue à plusieurs reprises -, ainsi que par des scolarités difficiles…

    La journée a notamment permis de lever le voile sur la personnalité d’Amine Oualane, présenté comme un supposé cadre de la DZ Mafia. « à 9 ans, je volais des sandwichs, c’était pour manger », déclare-t-il au président alors que son parcours était examiné. Dans ce dossier, il est soupçonné d’être l’un des tueurs présumés et un relais de Karim Harrat, considéré comme la figure centrale du dossier, sur le terrain. Une première enquête de personnalité, évoquée la veille, décrivait une enfance dans les quartiers nord de Marseille, marquée par des violences intrafamiliales, l’absentéisme scolaire et une première incarcération à 18 ans. Une psychologue, qui l’avait examiné dans le cadre d’une autre procédure, n’avait relevé ni « maladie psychiatrique » ni « déficience intellectuelle ».

    Une psychiatre a ensuite rapporté des évocations régulières de « la crainte des représailles et du danger », décrivant un personnage « méfiant » avec une « faible tolérance à la frustration » et des « traits de personnalité antisociale ». Amine Oualane a profité de l’audience pour revenir sur son parcours, rappelant qu’il n’avait jamais été mis en examen dans un dossier lié au trafic de stupéfiants. Il a également affirmé vouloir désormais « voir [ses] enfants grandir ». L’accusé s’est toutefois montré agacé lorsque l’avocate générale l’a interrogé sur une autre affaire. « Je vous le dis, vous êtes déjà dans le conflit », a-t-il lancé.

    Autre personnalité longuement examinée : celle de Malik Kariba, accusé d’avoir dissimulé, voire démembré, l’une des victimes. Lors d’un entretien avec un psychologue en 2022, l’accusé avait affirmé « agir sur ordre ». « Sa vie était en jeu, il a agi par obligation », déroule l’expert. Des « capacités intellectuelles limitées » et un « retard mental moyen » sont aussi soulignées par ce même médecin. Une psychologue clinicienne, cette fois présente à la barre, a décrit un homme qui « n’a pas la capacité d’anticipation d’un grand manipulateur ». Malik Kariba racontera à cette experte ce qu’il a découvert, à 15 ans : « Ma mère a accouché de moi et m’a donné le nom d’une autre personne. » Une dernière intervention autour du profil de Malik Kariba doit avoir lieu ce mercredi. Les directeurs d’enquête pourront ensuite entamer leur passage à la barre.

  • Un enlèvement barbare à la Paternelle aux assises à Marseille

    Un enlèvement barbare à la Paternelle aux assises à Marseille

    La cour d’assises spéciale des Bouches-du-Rhône juge depuis lundi et pour trois semaines sept individus accusés à des degrés divers de l’enlèvement d’un guetteur dans une guerre pour la prise d’un réseau de stupéfiants. Trois répondent de tentative de meurtre. Le cas d’une accusée a été disjoint : Chaineze P., 23 ans, ex-gendarme déserteuse dont il est dit sur écoute qu’elle « a plus de couilles qu’un homme », est détenue en Suisse pour vol aggravé. Un mineur de 17 ans a écopé lundi de 8 ans avec mandat d’arrêt du tribunal pour enfants de Marseille.

    La victime, 23 ans, venait de Tours, pour guetter sur des points de revente de stupéfiants, principalement celui de la cité Bassens. Dans la nuit du 20 au 21 juin 2021, il s’était rendu à la Paternelle, 14e, pour être embauché pour une vacation de nuit de 150 euros. Au matin, quatre individus masqués fonçaient sur lui, le frappaient, le jetaient dans un coffre de voiture. Il en était extrait du côté de la déchetterie de Septèmes-les-Vallons.

    « Un des passagers m’a alors dit qu’il fallait que je réponde, sinon c’était deux balles dans la tête. Je me disais qu’ils allaient me tuer », dira-t-il aux enquêteurs. Les commanditaires étaient en direct au téléphone avec les exécutants dont un disait « je vais lui tirer dans les deux rotules ». Incapable de répondre, un individu lui tirait une balle dans la cuisse, puis alors qu’il s’attendait à être exécuté, l’arme s’enrayait, faisant dire au tireur « sur le bon dieu tu as du cul, ça s’est enrayé ! » Il était abandonné dévêtu, chemin du Vallon d’Ol. « Si on te revoit là-bas on te tue. »

    Un membre du gang avait filmé la scène et pour marquer les esprits, un montage vidéo de près de 2 minutes était posté sur Snapchat montrant la victime accroupie et terrorisée dans les bosquets, invectivée par un homme qui lui demande pour qui il travaille. « Tu as choisi le mauvais camp, bienvenue à Guantánamo, fils de p. ». Un coup de feu est entendu. La victime hurle, se tord de douleur. « Tu préfères là ou dans la tête ? » La vidéo était assortie du message « pour tous les vendeurs pas de Marseille qui job pour les fils de pute » (sic).

    L’information judiciaire a établi que l’enlèvement s’inscrivait dans le projet global de reprise de la Paternelle par une organisation criminelle structurée dans un contexte de guerre avec déjà de précédents épisodes violents, le reste de la bande criminelle étant venue implanter sa propre équipe de jobbeurs, vendeurs et guetteurs. Deux ans plus tard, la DZ Mafia triomphait du clan Yoda.

    En audition, Bilel C., 25 ans, le tireur présumé, a déclaré qu’il pensait « qu’il fallait juste lui mettre un coup de pression. Je lui ai mis quelques taquets mais après y en a un d’entre eux qui m’a tendu une arme et qui m’a dit “vas-y finis-le” je ne voulais pas. Il me mettait la pression alors j’ai tourné la tête et j’ai tiré dans la jambe. C’est vrai que l’arme s’est enrayée, mais il y avait des Kalachnikovs dans le coffre, s’ils avaient voulu, il l’aurait tué ».

    Seyni D., 28 ans, accusé d’avoir filmé la scène, s’était évadé de prison après déjà onze années passées derrière les barreaux. En 2014, il avait survécu à une éventration de 13 coups de couteau aux Baumettes. Autre accusé, Lenny M., 22 ans, avait lui été victime à l’âge de 11 ans d’une fusillade au Clos la Rose, touché à la gorge, à la mâchoire et à l’épaule le 19 novembre 2010. Une date qui a marqué un tournant majeur dans l’essor violent du narcotrafic à Marseille puisque pour la première fois un adolescent de 16 ans était tué à son poste de guetteur sur un point de vente très rentable. Sur l’assassinat d’un de ses amis avec deux autres personnes, il a confié à l’enquêteur de personnalité « ça fait un peu peur, c’est vraiment choquant mais c’est la vie ».

    « Tu as choisi le mauvais camp, bienvenue à Guantánamo »

  • À Alès, Darmanin entre soutien et promesses

    À Alès, Darmanin entre soutien et promesses

    À quelques mètres de l’hôtel de ville, les mots se veulent fermes. Jeudi 13 août, Gérald Darmanin est venu à Alès apporter son soutien à Christophe Rivenq, maire LR placé sous protection policière depuis les graves menaces reçues en juillet : deux balles de 9 mm dans une enveloppe, et des inscriptions signées « DZ NG ».

    Après quarante-cinq minutes d’entretien à huis clos, le garde des Sceaux salue « un maire courageux » et assure que « l’enquête progresse grâce aux policiers de la police judiciaire ». Le Parquet national anticriminalité organisée est désormais saisi. Sans confirmer l’implication de la DZ Mafia, revendication d’ailleurs démentie par des hommes se présentant comme membres du groupe criminel, Gérald Darmanin dit espérer que les investigations permettront, « dans les prochaines semaines », de mettre fin aux menaces.

    Un tribunal pour enfants dès 2027

    Mais derrière la démonstration de soutien, le déplacement devait aussi apporter du concret. Gérald Darmanin a confirmé la création, début 2027, d’un tribunal pour enfants à Alès, revendication ancienne du monde judiciaire. Un juge des enfants, un parquetier spécialisé et des greffiers doivent renforcer une justice des mineurs jusqu’ici largement organisée depuis Nîmes. La Ville fournira les locaux.

    Le ministre a également évoqué un possible déménagement du Service pénitentiaire d’insertion et de probation, aujourd’hui à l’étroit. Neuf policiers supplémentaires doivent par ailleurs rejoindre Alès en septembre, renfort décidé avant les menaces contre le maire. Dans une ville gagnée par le narcotrafic, l’État promet policiers et magistrats. Reste à espérer qu’après les effets d’annonce, les moyens suivront. Et que la réponse ne s’arrêtera pas au tout-sécuritaire.

  • [Entretien] Yann Bisiou : « La DZ Mafia est une franchise, une sorte de KFC de la drogue »

    [Entretien] Yann Bisiou : « La DZ Mafia est une franchise, une sorte de KFC de la drogue »

    La Marseillaise : Le 16 juillet,
    le maire d’Alès a fait l’objet de menaces de mort signées «
     DZ Mafia ». À qui fait référence cette appellation ?

    Yann Bisiou : Il faut être vigilant sur cette affaire. La DZ Mafia est une organisation criminelle qui est devenue progressivement une marque, une sorte de franchise du narcotrafic. C’est un peu le KFC de la drogue. Cela signifie qu’on peut se réclamer de la DZ Mafia simplement pour susciter de l’inquiétude ou des réactions dans la presse. Par exemple, en début d’année à Alès, une affaire de chantage a été menée au nom de la DZ Mafia et pourtant, aucun des huit auteurs interpellés ne faisait finalement partie de cette organisation. S’agissant des menaces visant Christophe Rivenq, il est plus que probable qu’elles soient liées au trafic de drogue. En revanche, on ne sait pas encore si elles émanent bien de la DZ Mafia.

    Mais alors, s’agit-il d’une mafia ou n’en a-t-elle que le nom ?

    Y.B. : La DZ Mafia n’est pas du tout une mafia au sens où on l’entend pour les organisations italiennes par exemple, soit des organisations très hiérarchiques, organisées et quasi militaires. Au contraire, elle a toujours été horizontale. Ce n’est pas une organisation structurée, mais plutôt des gens qui se connaissent sur un territoire et qui mettent en commun leurs compétences criminelles. Ce qui ne signifie pas qu’elle n’est pas dangereuse : ses membres restent ultra-violents. Cependant, en France et ailleurs dans le monde, le trafic de stupéfiants a évolué. Si le modèle classique des années 1970 à 1990 avec des points de deal identifiés qui changent de propriétaire au gré des interpellations existe toujours, il est concurrencé par une nouvelle forme de trafic plus horizontale. Celle-ci s’organise à travers des relations interpersonnelles entre des criminels qui se connaissent ou se rencontrent, et ne vont faire parfois qu’une seule opération ponctuelle ensemble. Une autre évolution notable est le passage depuis cinq ou six ans à des formes de trafic digitalisées, via le dark web, les réseaux sociaux ou les messageries cryptées. En résumé, il a deux caractéristiques principales du narcotrafic aujourd’hui : l’absence de hiérarchie stricte et un caractère éphémère de la structure. C’est ce que démontrent d’ailleurs les rapports d’agences comme Europol ou Interpol, qui dressent tous le même constat.

    Comment expliquer ces mutations ?

    Y.B. : Il y a plusieurs facteurs d’explication, mais le plus évident reste l’explosion de la consommation de stupéfiants. La demande a augmenté, donc automatiquement, le marché est moins concurrentiel. Pour être plus précis, en France, les chiffres de 2025 de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), montrent une stabilisation voire une légère diminution de la consommation de cannabis, même s’il demeure la drogue illégale la plus consommée avec 900 000 usagers quotidiens. En revanche, la consommation de cocaïne a explosé, avec 1,1 million de Français âgés de 11 à 75 ans qui en ont consommé au moins une fois dans l’année.

    Toutes ces évolutions ont-elles une incidence sur les dispositifs de lutte contre le narcotrafic ?

    Y.B. : Bien sûr. La nouvelle génération de narcotrafiquants a davantage une logique territoriale qu’une logique hiérarchique. Or, en France, l’organisation de la lutte contre le trafic de stupéfiants en bande organisée n’a pratiquement pas bougé depuis 1953 et les services d’enquête restent spécialisés dans l’infiltration des mafias traditionnelles. Ce savoir-faire est adapté à des organisations criminelles structurées, hiérarchisées et pérennes. À mon sens, le fait que la police et la justice communiquent régulièrement sur les saisies et les interpellations est la preuve d’un échec de la lutte contre le narcotrafic. Si l’action était efficace, on devrait constater une baisse des saisies et des interpellations. De mon côté, je regarde toujours trois indicateurs pour évaluer l’état du narcotrafic : la prévalence, les prix et la pureté. La prévalence, nous l’avons vu, c’est le taux estimé de consommateurs et il ne cesse d’augmenter. Les prix des stupéfiants sont en baisse en euros constants. Enfin, la pureté des produits n’a jamais été aussi élevée. Autrement dit, le marché illégal des stupéfiants se porte très bien. Il faut que les politiques de lutte évoluent.

    À votre avis, dans quel sens doivent-elles évoluer ?

    Y.B. : Il y a plusieurs évolutions nécessaires, notamment la réintroduction de la police de proximité. Je fais aussi partie de ceux qui pensent que le seul et unique moyen de couper les revenus des narcotrafiquants est de légaliser la consommation de stupéfiants. Et ce pour toutes les drogues, bien qu’avec des cadres différents, évidemment. En France nous en sommes loin malheureusement, avec en moyenne une nouvelle loi répressive tous les six mois en matière de stupéfiants depuis 56 ans. Dans le même temps, il y a un abandon complet du volet prévention, ainsi qu’un renoncement à la réduction des risques, qui a pourtant fait ses preuves.

  • Roesch, du cabinet de Castex, à la sous-préfecture d’Alès

    Roesch, du cabinet de Castex, à la sous-préfecture d’Alès

    « J’ai vraiment un parcours classique », lance la jeune femme devant la presse. À seulement 33 ans, Lucie Roesch coche en effet toutes les cases de ces serviteurs de l’État, bien décidée à « être utile à mon pays ».

    Diplômée de Sciences po, puis de l’École nationale de l’administration (ENA), elle devient auditrice à la Cour des comptes, puis chargée de mission auprès de son premier président Didier Migaud. En 2020, en pleine crise Covid, elle est nommée directrice de cabinet du préfet de l’Ain. L’année suivante, elle rejoint le cabinet de Jean Castex, alors Premier ministre, où elle occupe le poste de cheffe de cabinet adjointe, notamment en charge de ses déplacements. Elle quitte ensuite Matignon en mai 2022 suite au changement de gouvernement. Elle rejoint alors le secrétariat général de la préfecture de l’Aude et devient sous-préfète de Carcassonne.

    Quatre ans plus tard, elle est donc nommée à Alès, « une région que je connais peu mais qui est très attrayante ». Après avoir échangé sur les dossiers les plus importants avec son prédécesseur, Émile Soumbo, Lucie Roesch veut multiplier les rencontres. Pour sa première semaine de fonction, elle a d’ailleurs échangé avec le maire d’Alès, le procureur et a rencontré les forces de l’ordre mardi 28 juillet. « Je veux profiter de l’été, qui est normalement une période un peu plus calme, pour aller sur le terrain », explique-t-elle. Une méthode qu’elle souhaite d’ailleurs poursuivre tout au long de sa mission : « J’ai vocation à passer peu de temps dans mon bureau. J’aime aller sur le terrain, à la rencontre de la population, des entreprises et savoir où l’État est attendu. »

    Lutte contre le narcotrafic

    Lucie Roesch débarque à Alès dans un contexte difficile alors que le maire, Christophe Rivenq, a reçu des menaces de mort signées « DZ Mafia ». « C’est un contexte particulier pour le territoire et ces menaces ont choqué la France entière. J’ai réaffirmé tout le soutien de l’État à Christophe Rivenq. Nous allons poursuivre le travail très intense déjà engagé contre le trafic de drogue. C’est évident que cette actualité va donner une coloration particulière à mes premières semaines, à mes premiers mois ici », explique-t-elle.

    Dans l’Aude, Lucie Roesch avait également été confrontée aux risques, que ce soient les inondations ou les incendies, comme celui de Ribaute qui avait détruit plus de 11 000 hectares l’an dernier. Des risques auxquels elle sera à nouveau confrontée à Alès. Si elle connaît les grands enjeux du territoire, Lucie Roesch devra tout de même attendre l’installation de Fabienne Decottignies comme nouvelle préfète du Gard le 17 août pour affiner sa feuille de route.

  • Le maire d’Alès visé par des menaces signées « DZ Mafia »

    Le maire d’Alès visé par des menaces signées « DZ Mafia »

    Le message est clair. Jeudi dernier, l’épouse du maire d’Alès, Christophe Rivenq (LR), découvre dans leur boîte aux lettres une enveloppe marquée d’insultes et de menaces de mort visant son mari, avec à l’intérieur deux balles de 9 mm. Des tags injurieux et menaçants étaient également retrouvés sur les murs de leur domicile. Le tout signé « DZ NG », pour « DZ Mafia Nouvelle Génération ». Une appellation interprétée par certains spécialistes comme le signe d’une recomposition du pouvoir entre les principaux leaders du groupe criminel marseillais DZ Mafia, et qui semblerait s’être progressivement implantée à Alès depuis l’été dernier, notamment dans le quartier des Cévennes.

    Quelques jours après, lundi 20 juillet, Christophe Rivenq était exfiltré de son domicile par le RAID après le signalement d’une nouvelle menace et la suspicion d’une voiture piégée. Le soir même, des mesures de protection renforcées du maire étaient prises à la demande du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez. Le parquet anti-criminalité organisée s’est saisi de l’enquête, tandis que le 22 juillet, une vidéo tournée par des membres se réclamant de la DZ Mafia et niant sa responsabilité était publiée sur les réseaux sociaux. Cette démonstration de force intervient dans un contexte de fortes pressions exercées localement par les forces de l’ordre contre le narcotrafic. Interrogée par Le Monde au sujet des violences qui se sont multipliées ces derniers mois dans la commune gardoise, une source policière souligne que « la DZ NG est active sur Alès. Et on connaît la dangerosité de cette organisation et leur capacité à faire monter des jeunes endoctrinés sur leurs actions violentes ». Dans une vidéo publiée sur Facebook, Christophe Rivenq s’est montré déterminé à poursuivre avec « la même fermeté » son combat contre le narcotrafic.

    « Je resterai debout »

    « Je resterai debout parce que, ce faisant, c’est la République qui reste debout », affirme-t-il, avant d’appeler à renforcer le pouvoir des élus pour leur permettre « d’être encore plus actifs pour protéger nos concitoyens ».

    Rapidement, l’élu a reçu des témoignages de soutien de la part de la présidence de la République, du Sénat et du gouvernement, mais aussi de nombreux élus locaux. Dès le 17 juillet, Paul Planque, élu d’opposition (PCF) à Alès, affirmait dans un communiqué la nécessité de faire preuve « d’unité et de fermeté » face à des actes d’une telle gravité. « La peur ne doit jamais dicter nos choix, ni faire reculer celles et ceux qui accomplissent leur mission avec courage. » Des communiqués de soutien ont également été diffusés par la section d’Alès du PCF, par le maire de Sète Hervé Marquès (LR) ou encore par les Écologistes du Gard, ces derniers affirmant que « la réponse à ce défi doit être à la hauteur de l’urgence et ne saurait se réduire à une logique sécuritaire répressive qui, comme le montre l’exemple des opérations “place nette”, s’avère inefficace pour démanteler les structures mafieuses ». Vincent Bouget, le maire de Nîmes, s’est rendu de son côté dès le 17 juillet à Alès. « J’ai pu l’assurer de tout mon soutien face aux injures et aux menaces de mort inacceptables qu’il a reçues, indique-t-il. La peur ne doit jamais dicter la loi. Les conditions du débat démocratique doivent rester respectueuses de l’intégrité de toutes et tous. »

    « La peur doit changer de camp, la DZ Mafia traquée »

    Toujours au sein du PCF, Sylvain André, maire de Cendras, a aussi apporté son soutien à l’élu, affirmant que ces menaces constituent des faits d’une extrême gravité : « La République ne doit pas flancher d’un millimètre face aux voyous. Quelles que soient nos sensibilités politiques, nous devons faire bloc derrière celles et ceux qui incarnent la République. Face aux intimidations, notre unité est notre meilleure réponse. »

    Pour la fédération du PCF du Gard, « la peur doit changer de camp. La DZ Mafia doit être traquée et empêchée de nuire. Pas de place dans notre démocratie pour les trafiquants. Nous sommes disponibles pour toute initiative publique », déclare son secrétaire départemental et vice-président du Département, Christian Bastid.

  • La DZ mafia nie avoir menacé le maire d’Alès

    La DZ mafia nie avoir menacé le maire d’Alès

    Six personnes cagoulées derrière une table recouverte d’un drap avec le logo DZ, qui n’est pas sans rappeler la vidéo publiée après le meurtre, en octobre 2024, d’un chauffeur de VTC à Marseille par un adolescent de 14 ans. Dans ce nouveau film de quelques minutes posté mercredi soir sur les réseaux sociaux, des membres assurant appartenir à l’organisation criminelle se dédouanent, niant toute implication dans les menaces visant le maire d’Alès dans le Gard, Christophe Rivenq, exfiltré de son domicile par le Raid en pleine nuit.

    L’homme au centre de l’image assure que l’organisation « n’est en aucun cas responsable » des menaces visant l’édile, qualifiées « d’acte lâche et odieux fait par des personnes voulant nuire à la société, rabaissant la moralité française, mais surtout en visant le groupe de la DZ ». Plus inquiétant encore, il assure également que le groupe cherche à identifier les auteurs de « cet acte qui nuit énormément à (leurs) affaires ».

    Une enquête

    toujours en cours

    Contacté, le Parquet national anticriminalité organisée (Pnaco), chargé de l’enquête sur l’ensemble des menaces visant le maire, nous indique qu’à « ce stade, il a eu connaissance de cette vidéo », et que les « investigations se poursuivent ».

    Le maire LR d’Alès, Christophe Rivenq, a reçu le 16 juillet une enveloppe contenant deux balles de calibre 9 mm, ainsi que des inscriptions menaçantes taguées sur le mur de sa clôture, signées « DZ NG », pour DZ Mafia nouvelle génération, possible scission du groupe. Placé sous protection policière depuis, il a été exfiltré de son domicile par le Raid, dans la nuit de lundi à mardi, après la remontée d’une menace évoquant la possible présence d’une voiture piégée, information non confirmée à ce stade.

  • Nouvelles arrestations dans l’affaire Kessaci

    Nouvelles arrestations dans l’affaire Kessaci

    Quatre autres suspects ont été interpellés, ce mardi 30 juin, dans l’enquête sur l’assassinat à Marseille de Mehdi Kessaci, 20 ans, dont le frère Amine est une figure de la lutte contre le narcotrafic, ont indiqué, mercredi, une source policière et une autre source proche du dossier, confirmant une information du Parisien.

    Fin mars, six personnes, cinq hommes et une femme, avaient déjà été mises en examen dans l’enquête sur la mort du jeune homme de 20 ans, totalement étranger au trafic et inconnu de la police comme de la justice, tué de plusieurs balles, en plein après-midi à Marseille, le 13 novembre 2025.

    Trois des suspects sont soupçonnés d’avoir joué un rôle dans la logistique, en ayant participé à l’organisation ou aux actes commis après les faits, selon la source proche.

    Le quatrième, d’après la même source, aurait été engagé comme tireur pour une opération la veille, qui n’a finalement pas eu lieu. Ce dernier est présenté comme un exécutant de la DZ Mafia, précise Le Parisien.

    L’assassinat de Mehdi Kessaci avait provoqué une onde de choc, le ministre de l’intérieur, Laurent Nunez, évoquant d’emblée un meurtre « d’avertissement ». S’en était suivie une vaste marche blanche d’hommage au jeune homme, à Marseille et un peu partout en France, à l’appel de l’association Conscience, fondée par Amine Kessaci, pour venir en aide aux familles victimes du narcotrafic.

    Une exécution menée

    par la DZ Mafia ?

    Les enquêteurs de la police judiciaire et de l’Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO), qui voient dans ce meurtre la main de la DZ Mafia, gang marseillais de narcotrafiquants, sont parvenus à déterminer que les tueurs s’étaient « trompés de cible » et qu’ils visaient Amine Kessaci.

    Militant écologiste engagé dans la lutte contre le narcotrafic, Amine Kessaci (EELV) est devenu depuis 4e adjoint au maire de Marseille, Benoît Payan (DVG), à l’issue des élections municipales fin mars.

    L’information judiciaire sur la mort de Mehdi Kessaci a été confiée à des juges d’instruction parisiens et suivie par le Parquet national anti-criminalité organisée (Pnaco).

    Le narcobanditisme a coûté la vie à 17 personnes en 2025 à Marseille, selon les autorités, un chiffre en baisse par rapport aux précédentes années (24 morts en 2024 après le record de 2023 avec 49 morts liés à une guerre des gangs pour le contrôle des points de deal dans les Bouches-du-Rhône).

    Pour Amine Kessaci, le combat continue. « Je pense que ce vécu, cette histoire personnelle, viennent raconter que dans ce pays, on a voulu regarder ailleurs. On a regardé ce qu’il se passait au Mexique, en Italie et pendant ce temps-là, on n’a pas vu que le monstre était en train de s’éveiller et de grossir dans notre pays », indiquait le jeune élu dans nos colonnes, fin mai. Favorable aux prisons de sécurité mises en place par Gérald Darmanin, ministre de la Justice, il s’est aussi engagé à travailler en profondeur sur la prévention avec la Ville, et également à apporter un soutien aux familles de victimes, dans le cadre d’un comité inter-bailleurs, en tant que président de Marseille Habitat, pour les reloger.

    « Au-delà de nous voler nos vies, les narcotrafiquants viennent voler un des pouvoirs de l’école de la République : faire rêver, dessiner des perspectives d’avenir », estimait Amine Kessaci, bien décidé à agir pour y parvenir.

  • Plongée dans le bazar des 182 box du Marché du Soleil

    Plongée dans le bazar des 182 box du Marché du Soleil

    La plongée judiciaire dans ce haut lieu marseillais de la contrefaçon s’avère difficile. Dès les premières questions, les mémoires s’effilochent à la barre, tout devient flou, confus, magmatique. Il faut au président Adrien Fauchier Delavigne la ressource des PV de garde à vue et des écoutes pour éclairer sur la « gestion opaque et désorganisée » des baux et sous baux des 182 cellules commerciales du Marché du Soleil, dont la grande majorité vendait des produits contrefaits, parfois réalisés sur place.

    « Tu enlèves les contrefaçons, il n’y a personne qui rentre au Marché du Soleil ! Sur 180 box il y en a 20 qui n’en vendent pas. La vente de contrefaçons a explosé en 2016-2017. Tout le monde s’est mis à en vendre », relate Abdelmalek Es Saddouki, gardien depuis 2011, qui nie avoir tenté de corrompre un douanier le 5 mai 2025. Le gabelou est formel : « Il m’a demandé de ne pas contrôler le camion et a spontanément proposé de l’argent à plusieurs reprises. “Tu veux combien ?” “Si tu ne veux pas pour toi, prends pour tes enfants”. »

    Les chiffres de l’Office national anti-fraude parlent. En 2024, 24 711 articles de contrefaçon ont été saisis dans 12 box différents, pour une valeur de 2 016 000 euros. Sur les sept premiers mois de 2025, 19 939 articles de contrefaçon saisis dans quatre box différents et les parties communes du 1er étage pour 5 190 000 euros. Depuis 2023, ce sont 47 348 articles saisis de plus de 26 marques contrefaites pour une valeur totale de 7 698 000 euros. Le chiffre d’affaires global annuel du Marché du Soleil, estimé en valeur haute par les Douanes en prenant un ratio de 80% de box proposant des contrefaçons et un chiffre d’affaires de 800 euros par jour, pourrait s’élever jusqu’à 31,5 millions d’euros.

    Second gardien depuis trente ans et collecteur des loyers pour Georges Dahan, 81 ans, le propriétaire du marché, Abdelhamid Djermoune conteste tout : « Ce sont des ragots. On est impuissant avec Dahan à lutter contre la contrefaçon. » Même s’il dit en acheter pour ses frères en Algérie : « Au début, on fermait les magasins et on a pris des coups. J’ai déposé deux plaintes. Je suis menacé. Quand j’ai coupé l’électricité à des commerçants une dizaine de fois, on m’a agressé, frappé et cassé ma voiture. Il n’y a pas de solution, sauf fermer le Marché. » Il rame pour expliquer l’écoute dans laquelle il parle avec Georges Dahan de « l’argent noir » des loyers perçus, 99% en espèces.

    Aucun vendeur ne figure parmi les 18 prévenus, dont trois sociétés. La plupart ne sont pas déclarés, sont sans papiers et payés de 30 à 60 euros par jour. Interrogé sur sa cargaison de 1 000 paires de fausses Nike TN, l’un d’eux expliquait aux enquêteurs : « Je vends tout le temps 35 euros. C’est pour les pauvres qui ne peuvent pas se payer des baskets à 200 euros. À 95%, mes fournisseurs se trouvent en Turquie. » Il s’approvisionne à Clignancourt ou Aubervilliers et paye cash la marchandise.

    Beaucoup regardent Leïla Hireche, 56 ans, la gestionnaire au quotidien du marché depuis 2022, comme un personnage central du système, celle qui attribue les box, celle qui appelle des policiers municipaux pour les mauvais payeurs. « Lorsqu’elle appelle les policiers, ils viennent et ils font ce qu’elle demande : mettre la pression ». « C’est une mafieuse. Même la DZ Mafia ne fait pas ça. Elle a fermé des magasins aux gens », accuse un commerçant. « Elle fait ce qu’elle veut car c’est elle aussi qui fait les papiers pour les sous-locations, elle gère tout », a dit aux enquêteurs Haouari Abed Boumediene, président de l’association des commerçants, qui ajoute : « Georges Dahan, c’est le propriétaire du Marché du Soleil. Lui, tant que l’oseille rentre, il en a rien à foutre, il fait totalement confiance à Leïla. Et avec tout le respect que je vous dois, elle tient les 300 commerçants par les couilles. »

    « Je ne vais pas contrôler ce qu’il y a dans chaque carton. » « Ce n’est pas à nous de contrôler d’où vient l’argent et ce que font les locataires, réplique Leïla Hireche. On n’a aucune relation avec la contrefaçon. On galère pour se faire payer. La société a 700 000 euros de dettes de loyers. »