C’est « mains dans les poches » que Sabine Raynaud a rencontré pour la première fois un groupe de Gilets jaunes en 2018, sur le rond-point de la Lyre à Montpellier. « Ils m’ont tendu un tract et puis ils m’ont invitée à participer à une de leurs réunions, se souvient-elle. Ça a été le point de départ d’une prise de conscience accrue chez moi, et le début de mon militantisme. »
À cette époque, à Montpellier, le mouvement social initié sur les réseaux sociaux pour protester contre l’augmentation de la taxe sur les carburants automobiles se structure autour du rond-point des Prés d’Arènes. Beaucoup de celles et ceux qui s’y retrouvent formeront par la suite un groupe de militants actifs dans plusieurs mobilisations, jusqu’à aujourd’hui. « Pendant longtemps, j’ai fait partie de ce collectif issu de la mobilisation de 2018, avec qui je garde des liens de fraternité », raconte Sabine Raynaud. C’est notamment à l’initiative des Gilets jaunes du rond-point des Prés d’Arènes qu’ont été organisées les premières assemblées de préparation du 10 septembre dernier.
« À l’époque, le rond-point était un lieu où on se retrouvait pour tracter, mais aussi pour discuter, organiser des conférences et des assemblées », poursuit la militante, pour qui ces moments de lutte et de convivialité ont été formateurs à plusieurs niveaux. S’ils lui ont notamment appris à prendre la parole en public, Sabine Raynaud retient aussi que les Gilets jaunes ont permis de montrer qu’il était possible de se rassembler malgré certains désaccords. « Je retiens de cette période la soif de trouver des cadres permettant de se retrouver pour briser les divisions et regarder ensemble qui sont les vrais responsables. » Parmi les leçons apprises, la militante affirme que le mouvement a été la preuve que le peuple est capable de « s’extirper des pièges qui lui sont tendus », mais aussi que, pour cela, il faut s’organiser. « Nous ne sommes pas allés jusqu’au bout du cheminement concernant l’organisation collective. Il faut réfléchir désormais à la manière dont on peut s’organiser pour aller jusqu’au bout de ce type de mobilisation face à un gouvernement qui, de son côté, est très organisé et n’hésite pas à réprimer très violemment. »
Sabine Raynaud en est convaincue : « Tous les ingrédients qui ont conduit à la naissance des Gilets jaunes sont encore d’actualité. » Au premier rang desquels : le désaveu de la politique de Macron, contre laquelle la colère n’a fait que s’amplifier depuis. La militante ne tarit pas sur les exemples de crises successives qu’a connues le pays, lors de la réforme des retraites, mais aussi plus récemment avec l’explosion des prix des carburants. « Nous avons d’ailleurs assisté à une forme de réplique des Gilets jaunes lors du mouvement Bloquons tout, le 10 septembre 2025 », affirme-t-elle.
Désormais, l’enseignante continue de militer sur plusieurs fronts. En plus de son combat syndical au SNUDI-FO 34, elle est membre d’un groupe d’action de la France insoumise. Son engagement a aussi pris une forme nouvelle qui n’était pas d’actualité lors du mouvement de 2018 : celle de la lutte contre la militarisation de la société française. Elle a notamment participé à deux meetings internationaux antiguerre, en octobre 2025 à Paris, puis en juin 2026 à Londres. « Je fais partie de ceux qui organisent une résistance active pour bloquer cette marche à la guerre. En tant qu’enseignante, j’assiste à une augmentation des partenariats entre l’armée et l’Éducation nationale. J’aimerais que la jeunesse ne tombe pas dans le piège. »

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