Tag: Syndicalisme

  • [Entretien] Emmanuelle Reungoat : « Le mouvement témoigne d’une vivacité démocratique »

    [Entretien] Emmanuelle Reungoat : « Le mouvement témoigne d’une vivacité démocratique »

    La Marseillaise : Assistons-nous à un retour des Gilets jaunes ?

    Emmanuelle Reungoat : Non, je ne le dirais pas comme ça. Ce que je trouve intéressant c’est la marque symbolique laissée par les Gilets jaunes et l’impact mémoriel qu’ils ont eu. C’est l’une des principales luttes qui a marqué les esprits au cours de la dernière décennie parce que c’est un mouvement qui a été fort, massif, long et qui a subi beaucoup de répression policière. C’est aussi un mouvement qui a proposé des modes d’action directs et qui avait un rapport au pouvoir assez frontal. Le mouvement des Gilets jaunes peut redescendre dans la rue mais il ne se reproduira pas de la même manière parce que c’est un mouvement singulier et très hétérogène.

    Qu’est-ce qui différencie le mouvement actuel de celui des Gilets jaunes ?

    E.R. : On a gardé en mémoire l’image d’un mouvement de ceux qui ont du mal à finir les fins de mois mais il était socialement plus hétérogène que ça. Il y avait aussi une hétérogénéité politique forte. Le mouvement actuel l’est un peu moins même s’il gagne en hétérogénéité en élargissant ses revendications. Un mouvement lycéen rejoint par des étudiants, ce n’est pas tous les jours mais c’est classique. Ces jeunes rejoints par la majorité des syndicats de travailleurs, ça l’est beaucoup moins. Mais le mouvement reste tout de même plus proche de l’univers large des valeurs de gauche, puisqu’il demande plus de services publics, plus d’État, et scande des chants antifascistes. Ce mouvement est donc plus marqué politiquement que celui des Gilets jaunes. Pour fonder un important mouvement social, il faut une désectorisation en mêlant différents secteurs professionnels. On se demande aujourd’hui jusqu’où peut aller ce mouvement.

    Les agriculteurs qui vivent une importante crise depuis plusieurs années pourraient-ils amplifier le mouvement ?

    E.R. : Les agricultures ont un traitement différencié. Il y a des mouvements que l’on va considérer comme plus légitimes que d’autres et qui ne vont pas être mobilisés par les mêmes forces politiques. Ce n’était pas non plus un corps de métier très mobilisé au moment du mouvement des Gilets jaunes. La profession a un réseau syndical professionnel qui, quand il se mobilise, a une force de frappe importante. Mais, même s’il y a eu un appel de la Confédération paysanne à rejoindre le mouvement, ce n’est pas une profession qui, historiquement, participe à la convergence. Dans le mouvement des Gilets jaunes, il y avait des secteurs professionnels très mobilisés que l’on a moins vus ou peu vu lors du mouvement actuel. Il y avait par exemple beaucoup de femmes travailleuses dans la santé, des infirmières, des aides-soignantes, des travailleuses à domicile. Je ne suis pas sûr qu’elles soient aussi présentes dans le mouvement actuel.

    Ne vit-on pas actuellement les conséquences de l’incapacité d’Emmanuel Macron de répondre aux revendications des Gilets jaunes à l’époque ?

    E.R. : Si, c’est très juste. C’est l’une des caractéristiques de ce gouvernement de se montrer incapable de se mettre en discussion avec la société civile ou avec d’autres forces sociales. D’autant que ce gouvernement a une légitimité électorale très relative depuis les dernières législatives. C’est très risqué de réduire les revendications de la population à des gestes de communication parce que le grand débat national d’Emmanuel Macron n’était pas une réponse, c’était un détournement de l’attention. Quand on fait ça, on prend le risque de saper les fondements démocratiques à savoir la croyance dans les institutions et la confiance dans les gouvernements. C’est ça que le président Macron paye aujourd’hui avec ce mouvement. Mais je trouve très positif qu’il y ait ce mouvement social très important qui se mette en place et notamment de la part des lycéens. Cela témoigne d’une vivacité démocratique. C’est plutôt une bonne nouvelle qu’une grande partie des gens croient encore en la politique pour changer la vie et pour formuler des demandes de transformation sociale.

    Comment ressortent les syndicats de cette situation ?

    E.R. : Il faudra du temps pour répondre à cette question. Le mouvement des Gilets jaunes était assez distant, si ce n’est assez méfiant, à l’égard des syndicats. C’était notamment lié aux trajectoires professionnelles des manifestants qui avaient évolué dans des secteurs où les syndicats ne sont pas présents. Dans le mouvement actuel, c’est différent, les syndicats sont au soutien des lycéens et des étudiants. L’un des effets forts des luttes sociales, c’est la mise en relation des différents acteurs qui peut perdurer dans le temps. Cela transforme les sociabilités et crée des réseaux qui peuvent se remobiliser après. Ça peut changer à bas bruit un paysage politique pendant plusieurs années.

    Comment analysez-vous la réponse policière du gouvernement ?

    E.R. : Il y a une forme de brutalisation du maintien de l’ordre qui a franchi une étape dans ce mouvement social. La réponse principale à ce mouvement est sécuritaire. Et il n’y a pas que de la répression policière, il y a aussi l’usage de l’appareil judiciaire avec beaucoup de garde à vue et beaucoup de comparutions immédiates. Les autorités utilisent aussi le droit administratif avec des restrictions de circulation, des interdictions de manifester dans certains lieux, dans certains centres-villes, etc. Tout cela est utilisé pour limiter le mouvement social et réduire les capacités de mobilisation. On franchit une étape en termes d’intensité, ce qui n’est pas du tout rassurant du point de vue de l’État de droit. Cela a deux effets : ça pousse certains à descendre dans la rue pour défendre leurs droits. Mais ça contribue aussi à la diminution du mouvement. On a beaucoup et très fortement critiqué la Pologne et la Hongrie ces dernières décennies, quand il y avait des restrictions des libertés publiques. On n’en est pas là, mais le risque est bien présent.

    Entretien réalisé par Tristan Arnaud

  • [Entretien] Serge Coutouris, CGT : « Un mouvement de grève historique sur cinq continents »

    [Entretien] Serge Coutouris, CGT : « Un mouvement de grève historique sur cinq continents »

    La Marseillaise : Quelles sont les raisons de ce mouvement de grève ?

    Serge Coutouris : Les travailleurs portuaires et dockers ont toujours refusé de participer aux guerres, car nous sommes fidèles à nos valeurs de paix, d’internationalisme et d’unité des travailleurs. Que ce soit pendant la guerre d’Indochine, du Vietnam, d’Algérie, d’Irak ou récemment d’Ukraine, notamment en refusant de charger ou décharger le matériel militaire, armes et munitions. Aujourd’hui, il y a un contexte où les conflits se multiplient et s’enlisent. Le capital tente, par tous les moyens, de s’approprier et de piller les richesses de certains pays. Et le génocide du peuple palestinien se poursuit dans le silence et la complaisance, non seulement des médias, mais aussi des instances internationales et des pouvoirs politiques. Notre fédération, depuis des années, a participé à de multiples rencontres avec des représentants de dockers d’autres pays. C’est le cas au sein d’EDC [European Dockworkers Council, instance européenne qui réunit des syndicats de dockers de plusieurs pays Ndlr], dont nous sommes adhérents et qui regroupe dix pays en Europe. Mais aussi en échangeant avec d’autres syndicats via des organisations internationales, comme la FSM [Fédération syndicale mondiale Ndlr] ou l’IDC [Conseil international des dockers Ndlr]. Tout cela a abouti à des rencontres à Athènes, Gênes et une majeure à Istanbul, le 8 mai dernier. De cette rencontre est sortie la Déclaration d’Istanbul, signée par des syndicats grecs, italiens, turcs, basques, marocains et chypriotes…

    La Marseillaise : Sur quoi porte cette déclaration ?

    S.C. : Cette déclaration porte sur quatre thèmes principaux : elle appelle à l’action contre les guerres et la militarisation, avec l’arrêt immédiat du génocide à Gaza, mais aussi à l’arrêt de la déréglementation et des attaques sur nos droits sociaux dans les ports et enfin, contre l’automatisation de nos métiers. Cette déclaration a permis au mouvement de grandir et de dépasser le cadre européen, elle a été signée par d’autres syndicats avec le temps. Enfin, EDC appelle aussi à la mobilisation ce 30 octobre, avec sa propre déclaration, mais qui fait écho à celle d’Istanbul et dont nous sommes également signataires. On est donc sur une coordination de lutte internationale historique. Ce qu’il se passe ce 30 octobre, c’est inédit. On a déjà eu des luttes communes avec des syndicats homologues européens, mais je n’ai pas souvenir d’une action de cette ampleur. Notre démarche concerne plus de 120 syndicats sur cinq continents qui se mobilisent, avec des formes diverses et variées. Dernièrement, des dockers irlandais, indiens, australiens, brésiliens et même états-uniens, se sont joints à l’appel.

    Qu’est-ce qui unit des dockers aussi éloignés géographiquement ?

    S.C. : On fait tous face à un ultralibéralisme sans foi ni loi. On voit bien que les attaques sont similaires d’un pays à un autre. Et les quatre thèmes de la Déclaration d’Istanbul ont des échos partout. Il y a une offensive réactionnaire et une montée du fascisme qui prône la guerre et gangrène la démocratie. Notre mouvement est motivé car dans beaucoup de pays, les travailleurs portuaires et dockers, tout comme les autres travailleurs, sont attaqués dans leurs droits et leurs libertés. L’actualité en France nous rappelle d’ailleurs nos heures les plus sombres : avec une répression policière contre les jeunes qui se soulèvent et des atteintes aux libertés. En parallèle, il y a une volonté du pouvoir à cibler certains ports, les militariser et les utiliser dans ce cadre. Ce qui est hors de question. Notre mouvement sert aussi à dire aux pouvoirs politiques français et européens : ne touchez pas à nos ports, ni à notre modèle social. Cela va d’ailleurs faire très mal au capital puisqu’on va perturber ou immobiliser les transports maritimes sur cinq continents.

    La CGT est plus que forte dans votre profession. Est-il nécessaire de disposer d’une telle organisation pour porter ce type de mouvement ? Et quel message adressez-vous au mouvement lycéen au regard du syndicalisme que vous pratiquez ?

    S.C. : Notre fédération représente 90% des travailleurs portuaires et dockers en France. Notre syndicalisme est fort et il s’est d’ailleurs renforcé puisqu’on a 87% de représentativité au niveau national. Grâce à cette représentativité, c’est la CGT qui pèse dans les négociations et l’on ne connaît pas la problématique d’organisations réformistes qui trahissent. Aujourd’hui, la jeunesse entre en action en réaction à un ultralibéralisme qui leur promet un avenir bien sombre : des salaires très bas, des libertés qui se restreignent de jour en jour, des inégalités sociales se creusent de plus en plus. Il est clair que les travailleurs doivent être aux côtés de cette jeunesse qui demande un monde meilleur. Notre mouvement du 30 octobre porte aussi sur ces sujets-là. Au-delà de la situation des ports, c’est aussi l’arrêt des politiques militaristes, agir pour l’arrêt du génocide… Notre organisation syndicale est de classe et de masse. Et ce qui est important ici, c’est le mot organisation. Si l’on veut obtenir satisfaction pour nos revendications, nous sommes convaincus qu’il faut s’organiser. Sans organisation, les mouvements populaires n’aboutissent pas, ils s’enlisent et ne permettent pas de trouver des réponses aux revendications. D’ailleurs, pour notre mouvement du 30, ce sont des organisations syndicales de multiples pays qui se sont parlé malgré nos différences, nos histoires et cultures de lutte différentes. Nous avons dépassé nos appartenances à nos organisations internationales et les divergences qu’il peut y avoir entre elles, pour que ça soit les syndicats qui soient à l’initiative de ce 30 octobre. Et cela permet à chacun de s’y inscrire.

  • À Bagnols, la situation entre la Mairie et la CGT se tend

    À Bagnols, la situation entre la Mairie et la CGT se tend

    La nouvelle maire d’extrême droite de Bagnols-sur-Cèze avait-elle envisagé une telle passe d’armes avec la CGT ? Rien n’est moins sûr. Tout a commencé avec la volonté de Pascale Bordes (RN) de récupérer avant le 30 novembre les locaux de Mendès-France où sont logés quatre syndicats et six associations.

    Les syndicats et responsables associatifs concernés ont tenu un point presse lundi 19 octobre pour réaffirmer leur refus de quitter leurs locaux et se disent prêts à engager un bras de fer avec la municipalité. Ils lui ont d’ailleurs écrit à plusieurs reprises pour demander la présentation du projet pour les locaux de Mendès-France qui justifierait leur départ. Aucun plan n’a été présenté en conseil municipal, mais Pascale Bordes a précisé auprès de Midi Libre qu’elle souhaitait rassembler ici des services municipaux éclatés sur plusieurs sites, et peut-être y installer les locaux de la police municipale, signe que rien n’est encore décidé.

    En parallèle, la CGT a lancé une campagne pour informer la population de cette décision et des conséquences qu’elle pourrait avoir, à la fois pour les travailleurs mais aussi pour les adhérents des associations concernées.

    Contre le travail

    du dimanche

    La municipalité a également consulté les organisations syndicales pour l’ouverture des commerces quinze dimanches par an, dont dix pour les commerces de grande distribution et cinq pour les concessions automobiles. « L’Union locale CGT du Gard rhodanien a émis un avis défavorable à l’ensemble des propositions », précise le syndicat qui rappelle que le repos dominical est un droit arraché en 1906 et que les ouvertures le dimanche favorisent avant tout les grandes enseignes au détriment des commerces de proximité. « À Bagnols, les inquiétudes s’accumulent : départ possible du cinéma, recul des ambitions pour la Pyramide, incertitudes sur la poursuite du partenariat Ville-Département autour du musée Albert-André… À force de fragiliser tout ce qui faisait la vie de notre cité, que restera-t-il à ses habitants, sinon des commerces ouverts plus longtemps avec un pouvoir d’achat en baisse constante ? », interroge la CGT.

  • Infractions caractérisées ou délits d’opinion…

    Infractions caractérisées ou délits d’opinion…

    Par Quitterie Ballu, SAF Marseille

    Lundi 19 octobre, le Parquet indiquait qu’au cours du week-end du 17-18 octobre, 101 interpellations avaient eu lieu dont 27 mineurs [à Marseille]. De quoi ces interpellations sont-elles le nom ? Commise d’office en garde à vue ce week-end, j’ai assisté sept mis en cause dans différents commissariats de Marseille. Outre les conditions matérielles délétères de leur garde à vue liées à un trop grand nombre de personnes dans les geôles (pas assez de matelas, de kits d’hygiène, de couvertures) ; des violences policières commises à l’encontre de mes clients ; des interventions de pompiers retardées voire annulées ; une détresse mentale et physique évidente ; ces mis en cause, de différents âges et origines sociales (le plus jeune ayant 13 ans), auxquels diverses infractions sont reprochées, ont tous un point commun : ils ont dû répondre à des questions concernant leur orientation politique, leur appartenance à un mouvement politique ou syndical…

    « Dans quel but êtes-vous venu

    à la manifestation ? »

    Plus précisément, chacun de mes clients s’est vu demander : Dans quel but êtes-vous venu à la manifestation ? Pourquoi êtes-vous venu à une manifestation alors que vous étiez conscients du risque de débordements et de violences lors de cette manifestation ? Est-ce la première fois que vous participez à ce mouvement ? Appartenez-vous à un groupe quelconque de personnes ? Quel est son but et son origine ? Quelles sont vos revendications ? Avez-vous prévenu un proche de vos agissements lors de la manifestation ? Vous aviez donc prémédité d’éventuels affrontements avec les forces de l’ordre ? Devant l’absurdité de cette scène, une policière s’excuse : « je suis désolée de vous poser ces questions, c’est débile, on est obligés de le faire, on doit suivre les instructions ». Les instructions justement : interpeller massivement puis déférer le maximum de mis en cause en comparution immédiate pour une répression rapide et sévère.

    Les instructions vont même plus loin : mardi 20 octobre, le ministre de la justice a demandé aux procureurs de la République de placer les mis en cause en garde à vue, quels que soient les faits reprochés, pour des infractions comportant la circonstance aggravante de « bande organisée », réservée traditionnellement à des organisations criminelles hautement hiérarchisées et structurées. Par une pirouette juridique, les gardes à vue pourront ainsi passer de 48 à 72h, le droit à l’assistance d’un avocat pourra être retardé et des techniques d’enquête exceptionnelles pourront être mobilisées, en complète disproportion avec les faits reprochés. La demande du ministre rejoint les instructions données aux enquêteurs : poser de nombreuses questions sur les motivations politiques des mis en cause, interpeller massivement, non pour caractériser des infractions mais plutôt pour réprimer sévèrement une colère sociale et ficher des délits d’opinion.

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  • Jean-Marc Franco nous a quittés

    Jean-Marc Franco nous a quittés

    Instituteur puis professeur des écoles et directeur d’écoles élémentaires, il avait enseigné à Marseille, puis à Septèmes, Aix, Peyrolles, Lambesc, et Venelles.

    Il aura consacré une grande partie de sa vie professionnelle au syndicalisme enseignant dans les Bouches-du-Rhône. Dans les rangs du SNI-PEGC et de la FEN d’abord, puis au sein du SNUipp et la FSU.

    Longtemps responsable et chef de file de la tendance École émancipée du syndicat, il obtenait, à partir de ses qualités naturelles d’orateur, l’écoute de toutes et de tous. Très actif auprès de François Walger, dernier dirigeant de la FEN 13 (mais aussi de Marcel Bally, Laurent Quintard, Corinne Vialle, ou Jean-François Longo) lors de la création du SNUipp et de la FGSU, il rejoint plus tard le bureau départemental puis le secrétariat, devenant cosecrétaire du SNUipp 13 avec notamment Christophe Doré son ami, dirigeant de l’autre tendance du syndicat, Unité et action.

    Très attentif au lien syndicalisme enseignant-recherche en éducation, il fut l’un des premiers à inviter lors des congrès ou en dehors de ceux-ci des chercheur·se·s tels que Philippe Meirieu vers la fin des années 1980 lors de la sortie (très remarquée) du livre Apprendre… oui, mais comment ?… Marie Duru-Bellat sur Les inégalités sociales à l’école : Genèse et Mythes, après 2002, ou Jean-Pierre Terrail sur l’entrée dans l’écrit à l’école un peu plus tard…

    Militant intelligent, fin et subtil, lucide toujours ; sa voix, calme et posée, au service d’une argumentation toujours réflexive, était très écoutée dans les conseils syndicaux et les congrès.

    Le Conseil syndical du SNUipp 13 et le CDFD de la FSU 13 redit ici toute sa tristesse et présente à sa compagne Valérie, à ses enfants et à ceux de Valérie, à sa famille et ses amis, ses plus sincères condoléances et l’assure de son soutien dans cette épreuve.

    Les obsèques de Jean-Marc Franco auront lieu lors d’une cérémonie à la chapelle du cimetière de Lambesc ce vendredi 16 octobre à 9h45. Pour la partie qui a lieu au crématorium de Luynes, la famille souhaite que ce soit dans l’intimité familiale.

  • Onze syndiqués au tribunal : Carrefour débouté

    Onze syndiqués au tribunal : Carrefour débouté

    C’est une opération d’intimidation », prévient Mohamed Bourras, délégué syndical CGT chez Carrefour – Supply chain qui faisait partie des 11 représentants du personnel (plus un salarié) envoyés par le groupe devant le tribunal mercredi 23 septembre. « C’est un message que la direction a voulu faire passer et qui ne s’adresse pas qu’aux salariés de Saint-Gilles mais à tous les salariés de Carrefour. Ce message est simple  : “Si vous vous mobilisez pour vos conditions de travail et vos salaires, la seule réponse sera les tribunaux”. Le dialogue social chez Carrefour passe par les tribunaux. D’ailleurs, nous, à Saint-Gilles, nous avons plus de 200 dossiers devant les conseillers prud’homaux. »

    Le 16 septembre, les salariés gardois ont en effet débuté un mouvement de grève pour réclamer « l’application d’un accord signé en 2007 sur l’harmonisation de l’intéressement à la productivité qui doit atteindre 25% du salaire de référence ». L’intersyndicale reproche à Carrefour de ne pas appliquer cet accord sur la plateforme de Saint-Gilles. D’après son calcul, cette harmonisation permettrait aux salariés de toucher entre 100 et 120 euros de plus selon leur poste.

    Négociations en cours

    Sur les 420 salariés du site, près de 150 ont donc participé au mouvement de grève parce que « comme beaucoup de salariés en France, ça devient très compliqué de finir le mois notamment à cause d’un prix de l’essence à 2,30 euros ». Après trois jours de mobilisation, la direction de Carrefour a donc assigné douze salariés en justice, leur reprochant d’avoir bloqué le site. Le lendemain de l’audience, le jeudi 24 septembre, la justice a finalement donné raison à tous les salariés et débouté Carrefour. « À aucun moment nous n’avons bloqué le site. Nous étions sur un ralentissement d’activité. Nous ne sommes pas des voyous. Nous ne sommes que des salariés qui faisons la richesse de cette entreprise et qui cherchons juste un minimum de reconnaissance », précise Mohamed Bourras. Suite à ce mouvement de grève, la direction nationale de Carrefour a envoyé une représentante pour négocier. Les salariés ont donc levé la grève pour laisser les négociations se dérouler dans le calme fin septembre. Mais Mohamed Bourras prévient : s’il n’y a pas d’avancée avant le 2 octobre, le mouvement repartira.

  • [Entretien] Myriam Lebkiri, CGT : « Les Bourses du travail sont d’intérêt général »

    [Entretien] Myriam Lebkiri, CGT : « Les Bourses du travail sont d’intérêt général »

    La Marseillaise : Êtes-vous en lien avec l’UL de Bagnols-sur-Cèze depuis l’annonce de la maire RN qui leur demande de quitter les locaux fin novembre ?

    Myriam Lebkiri : Nous avons des échanges bien sûr, nous les rencontrons prochainement. Malheureusement, ce n’est pas un événement isolé. Depuis quelques années, nous avons un département égalité des droits et des affaires juridiques à la CGT qui permet de centraliser et de recenser ces attaques. Nous ne gérons pas les dossiers en direct, mais nous sommes en soutien aux Unions locales. Au niveau confédéral, nous apportons une analyse pour savoir si c’est une attaque politique, comme le font les mairies du RN ou si c’est un problème de discussion ponctuelle avec une mairie, qu’on pourrait solutionner rapidement. À Arles et Tarascon, il s’agit clairement de menaces sur les libertés syndicales ; le maire d’Arles refuse par exemple la médiation du tribunal. On regarde aussi si c’est une expulsion pure ou si c’est une attaque sur la non prise en charge des fluides, la dégradation des locaux, la non prise en charge de la réfection de locaux complètement vétustes ou l’affectation dans des locaux trop petits en pleine périphérie. On est actuellement en train de faire un baromètre. On estime entre 65 et 80 le nombre d’attaques sur les différentes modalités en France, particulièrement depuis cet été par des mairies du RN.

    Est-ce un point commun des mairies RN de s’en prendre au droit syndical ?

    M.L. : Oui, avec le RN, c’est presque systématique. C’est souvent la première chose qu’ils regardent. Cela accompagne leur discours contre les organisations syndicales. Ils s’en prennent au syndicat mais aussi à l’associatif, notamment l’associatif d’entraide, à la LDH et aux associations de protection des femmes et des LGBT. Mais, de plus en plus, dans des mairies qui ne sont pas RN, on retrouve le même genre de décision. On voit que l’intérêt général du syndicalisme est complètement nié un peu partout.

    Pourquoi ces Bourses du travail sont-elles essentielles ?

    M.L. : D’abord parce qu’on reçoit les salariés qui n’ont pas d’organisation syndicale. Plus de 5 millions de salariés de TPE n’ont pas d’organisation syndicale. On n’est présent que dans 40% des entreprises. Donc on reçoit énormément de salariés qui ne connaissent pas leurs droits et qui n’y ont pas accès. On remplace souvent les services publics, que ce soit sur l’accompagnement des travailleurs sans papier ou sur l’information du droit du travail par exemple. On fait aussi des entretiens dans des dossiers extrêmement compliqués de soutien aux victimes de violences sexistes et sexuelles. On y réalise aussi des formations. Les Bourses du travail sont des locaux du monde du travail qui s’ouvre aussi à l’associatif, avec des expositions, des spectacles ou des conférences. Elles sont également des zones de repli lorsque les travailleurs doivent s’organiser et qu’ils ne peuvent pas le faire dans leur entreprise. C’est pour cela qu’elles sont attaquées. Il y en a certains qui sont contre leur subvention mais beaucoup voient aussi que ce sont des lieux où démarrent les luttes, où démarre la conscience collective. Alors que l’extrême droite se fortifie aux portes du pouvoir, qu’on assiste à un affrontement de classes d’une rare violence, les Bourses du travail sont plus que jamais des lieux de résistance et d’intérêt général.

    Ces attaques contre les Bourses du travail sont-elles révélatrices d’une volonté plus large de réduire le droit syndical ?

    M.L. : Oui. De manière globale, les libertés syndicales et le syndicalisme sont attaqués. Nous avons remarqué une montée crescendo de ces attaques depuis les conflits sur la loi travail de 2016. L’apothéose des répressions, c’est quand même le mouvement de 2023 contre la réforme des retraites, où il y a eu de la répression de masse, notamment contre les salariés de l’énergie. Mais ça se propage au plus haut niveau de la CGT, puisque Sophie Binet a subi deux plaintes, moi j’en ai subi une, Gérard Ré aussi. Ce n’est pas rien comme signal envoyé. Pour le coup, la répression, elle, ruisselle. Ce sont des procédures bâillons pour faire peur aux militants, faire peur aux autres salariés et les dissuader de se syndiquer. Ces procédures nous prennent aussi du temps et de l’argent. Mais ça ne dissuade finalement pas parce que nous augmentons chaque année notre nombre d’adhérents.

    Où en est la proposition de la CGT qui réclame une loi pour sanctuariser ces Bourses du travail ?

    M.L. : Il y a une mission ministérielle qui doit rendre son rapport en décembre. Nous demandons que les Bourses du travail soient sanctuarisées pour que ce ne soit pas le fait du prince. Aujourd’hui, tout dépend de qui est à la tête de la collectivité. Et dépendre de la volonté d’une collectivité quelconque, ça ne fonctionne pas parce que c’est extrêmement précaire. Un accueil syndical, ça ne se fait pas au troquet du coin ou chez l’élu syndical. Il nous faut donc des locaux.

  • [Prix des carburants] Face à la crise, le service minimum

    [Prix des carburants] Face à la crise, le service minimum

    Face à la presse ce mardi après-midi, le ministre de l’Économie Roland Lescure s’en prend à ceux qui « soufflent sur les braises ». Et promet : « Nous entendons les inquiétudes des Français, qui parfois s’expriment sous la forme d’une colère. Nous devons y répondre, et c’est ce que nous faisons aujourd’hui. » Après une double réunion lundi, le gouvernement a finalement dévoilé ses mesures pour faire face à la flambée des carburants. Sans changer nullement de cap. « Dès le début de la crise, l’État a apporté une réponse immédiate avec des mesures ciblées, adaptées et temporaires, résumait le résident de Bercy. Cette stratégie est inchangée, nous allons l’amplifier et l’élargir. »

    Ne pas taxer Total

    Le dispositif « Grands rouleurs » est ainsi renouvelé et doublé, avec un chèque de 100 euros pour les trois derniers mois de l’année. Surtout, il est étendu à 2,5 millions de personnes supplémentaires, pour viser 5,5 millions des 40% de Français les plus pauvres roulant au moins 15 kilomètres pour aller au travail, avec un versement automatique pour ceux qui en bénéficient déjà. Le plafond de défiscalisation de la prime carburant payé par les employeurs est aussi relevé à 1 000 euros, et le gouvernement promet de maintenir les chèques énergie pour 2027 en les versant au mois de janvier. Quant aux secteurs les plus exposés, les aides sont renouvelées pour les secteurs du BTP, de l’agriculture, des soignants à domicile et surtout de la pêche, pour laquelle elles atteignent le maximum de la réglementation européenne.

    Montant total de l’enveloppe consentie : 450 millions d’euros. Mais malgré l’ampleur de la crise, le gouvernement n’a même pas à revoir ses maquettes budgétaires pour débloquer ces aides. Moins de la moitié des ménages qui pouvaient en bénéficier jusqu’à présent ne les ont pas réclamées. L’effort sur l’année reste fixé à 1,4 milliard d’euros, quand l’Espagne avait annoncé 5 milliards au mois d’avril.

    Malgré les demandes des oppositions, pas question de baisser les taxes sur les carburants. « Ceux qui annonceraient des baisses d’impôts généralisées aujourd’hui seraient ceux qui annonceraient demain des hausses des taxes généralisées », pointe le ministre des Comptes publics David Amiel. Lui refuse de faire jouer la solidarité nationale : toutes les aides sont adossées à des coupes budgétaires. Pas question non plus de souscrire à la taxation des superprofits des groupes pétroliers, réclamée fin août à la Commission européenne par six pays. « Nous ne sommes pas tout à fait égaux par rapport à cette situation, défend Roland Lescure. Nous avons une grande major intégrée, qui participe au fait que nous n’avons pas de problèmes d’approvisionnement et qui plafonne les prix de l’essence dans un certain nombre de stations. » De quoi venir à la rescousse de Total qui annonçait 10 milliards de bénéfices nets au premier semestre. Le ministre préfère une enquête européenne sur les marges des raffineurs, demande déjà refusée par la Commission européenne.

    Yves Souben

    CE QU’ILS PENSENT

    Marc Pietrosino, Secrétaire général UD CGT 13, Marseille

    « Il n’y a pas eu d’annonces sur les salaires. Quand on paie pour aller travailler, la meilleure façon de contrer cela, c’est d’augmenter les salaires. La politique des chèques ne suffit pas. Le gouvernement a aussi beaucoup parlé d’électrification… Heureusement qu’on a mené le combat pour que la centrale de Gardanne tourne ! »

    A.B.

    Hervé Gout-Vernier, Marin-pêcheur, Martigues

    « Le prêt à taux zéro est une connerie : ça ne fait que reculer l’échéance du coup de grâce si la situation ne s’arrange pas. On nous prête de l’argent pour faire tampon avec les aides promises, qui tardent à arriver et pour un gasoil qui continue à monter. Qu’on fixe les prix du gasoil pour tout le monde et ce sera plus simple. »

    An.M.

    Gaëlle Cannat, Infirmière, Éguilles

    « On est partagés. La dernière fois rien ne nous concernait. Il y a eu un élargissement, avec un bonus pour les territoires ruraux, qui concerne visiblement 25 000 infirmières. C’est toujours bien si ça aide des collègues. Mais cela reste des mesures limitées dans le temps, ça ne sécurise pas notre exercice sur le long terme. Je dirai : bien mais peut mieux faire. »

    M.M.

    Jean Pugens, CGT retraité Bouches-du-Rhône, Roquevaire

    « Les mesures concernent les actifs, mais l’aide est loin de répondre à l’ensemble des travailleurs. Par ailleurs, les retraités aussi sont concernés par la flambée des prix : certains réduisent leur déplacement. Pour répondre au problème, nous revendiquons surtout le maintien de la gratuité des transports sur la Métropole. »

    M.M. et A.B.

    Philippe Antoine, Syndiqué CGT 04, Sisteron

    « On est loin du compte. Ça ne répond pas à ce que nous, en tant que syndicalistes, nous posons comme problème. Il faut repenser les choses, que l’ensemble des entreprises payent, qu’elles prennent désormais en compte le lieu de vie de leurs salariés. Les déplacements domicile-travail doivent être couverts par les employeurs. »

    M.M.

    Thierry Gozzerino, Agriculteur membre d’un réseau Amap, Salon-de-Provence

    « Ma comptable m’a déjà dit que j’avais dépassé mon barème en euros de gazole de l’an passé. Cette année entre camions et tracteurs, je vais faire pas loin de 10 000 euros. C’est monstrueux. 15 cts d’euros par litre ? C’est vraiment pas grand-chose. Je m’interroge sur mon orientation. »

    M.-L.T.

    RÉACTIONS

    Fabien Roussel, candidat à la présidentielle et secrétaire national du PCF

    « Le gouvernement n’entend pas la colère qui monte face à la hausse des prix du carburant. Il choisit les petits chèques très ciblés. Alors que les gros profits de Total vont eux exploser. Nous continuerons de nous battre pour la baisse des taxes et la nationalisation de Total. (…) C’est une trahison que d’avoir de telles marges et de faire de l’argent sur le dos de nos compatriotes. »

    Raphaël Glucksmann, fondateur de Place publique et candidat à la primaire sociale-démocrate

    « Si on n’a pas une réaction à la hauteur de l’État, on aura une implosion sociale. À chaque fois qu’il y a une guerre qui déclenche une hausse des prix, les multinationales du pétrole et du gaz font des bénéfices records. »

    Ian Brossat, sénateur et porte-parole du PCF

    « Depuis 10 ans, Macron a condamné les travailleurs à devenir mendiants, à quémander chèques énergie, chèques carburants, prime d’activité. Stop ! La solution : baisse des taxes injustes sur les carburants, augmentation des salaires. »

    Jérôme Guedj, député PS et candidat à la primaire sociale-démocrate

    « La crise des carburants n’est peut-être pas la faute directe de notre gouvernement, l’endiguer, si. Quand la guerre du Golfe éclatait, les socialistes protégeaient les Français en fixant les marges. Aujourd’hui, on surtaxe ceux qui sont les plus vulnérables sans faire contribuer les plus aisés. »

    Mathilde Panot, députée et présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale

    « Il est urgent de décréter l’état d’urgence sociale. Les marges des raffineurs ont été multipliées par 7,5. Total se gave : 11,2 milliards de bénéfices en six mois sur le dos du peuple de France. Il faut bloquer les prix et les marges. »

    David Amiel, ministre des Comptes publics

    « Il n’y a pas eu, il n’y a pas et il n’y aura pas de cagnotte. Ceux qui aujourd’hui viennent annoncer des baisses d’impôt générales annonceront demain des hausses de taxes générales pour pouvoir les compenser. »

    Roland Lescure, ministre de l’Économie et des finances

    « C’est une situation qu’on n’a pas choisie. Il y aura très vraisemblablement des aides supplémentaires à partir du 1er octobre, mais ce qu’il n’y aura pas, c’est une baisse de taxe généralisée. »

    Éric Ciotti, maire (UDR) de Nice

    « Face à l’explosion du prix des carburants, le gouvernement fait le choix de l’usine à gaz et des chèques bureaucratiques au lieu d’avoir le courage de la clarté en baissant la TVA ! Bureaucratie et suradministration ne régleront rien pour le pouvoir d’achat, mais augmenteront la dépense publique ! »

    David Lisnard, maire (NE) de Cannes et président de l’Association des maires de France

    « Multiplier des chèques ciblés à 450 millions d’euros finance la dette par la dette. La seule mesure de bon sens immédiate est la suppression pure et simple des verrous réglementaires comme les certificats d’économie d’énergie. »

  • Les ouvriers de la presse devant les impôts à Marseille

    Les ouvriers de la presse devant les impôts à Marseille

    Nouvelle mobilisation pour les ouvriers de la distribution de la presse. Les salariés de la CPMM, coopérative ouvrière chargée de la distribution de la presse dans une partie de la région, se donnent rendez-vous ce mardi à 11h devant la Direction générale des finances publiques (DGFIP 13) à Marseille. « On demande à l’État le fléchage des aides à la presse, on ne réclame pas d’avoir plus d’aides mais qu’elles soient bien allouées aux concernés », explique Nicolas Guglielmacci, responsable transport de la CPMM et syndicaliste CGT. En clair, cette mobilisation s’inscrit dans le combat de longue haleine pour consolider le modèle économique de l’entreprise qui « assure des missions de service public et le pluralisme de la presse ». Et après de précédentes interpellations, notamment en direction du ministère de la Culture. « Le ministère nous a expliqué que c’était normal que les aides à la distribution n’arrivent pas jusqu’aux distributeurs… Ce sont donc des éditeurs de presse milliardaires qui captent les aides », rappelle Nicolas Gugliemacci.

    « L’emploi est menacé »

    Une justification qui ne passe pas. « Forcément, cette explication ne nous convient pas : l’outil de distribution, c’est nous, et nous ne touchons rien des 23 millions d’euros d’aides », dénonce Nicolas Guglielmacci. Face à cette absence de réponse sur le fond de la part du ministère de tutelle, la CPMM va donc s’adresser au Trésor public avec cette mobilisation. « Ce sont eux qui ont la prérogative de l’économie des entreprises. On va donc leur dire que le tissu économique, et l’emploi, est menacé parce que les aides de l’État ne vont pas où elles doivent aller », développe le syndicaliste.

    Et autant dire qu’entre l’inflation et la question du prix de l’essence, la CPMM fait face à une conjoncture plus que tendue. « Les aides ont été rallongées à cause de l’augmentation des coûts mais nous n’avons toujours rien », conclut Nicolas Gugliemacci. Raison de plus d’aller toquer à la porte des impôts.

  • [Entretien] Sophie Binet : « Se mobiliser partout, se syndiquer »

    [Entretien] Sophie Binet : « Se mobiliser partout, se syndiquer »

    Stratégie industrielle, salaires, carburants, manifestation du 29 septembre… La rentrée impose de nombreux sujets.

    La Marseillaise : à Tarascon, vous êtes venue « constater » les dégâts environnementaux et sociaux et soutenir les salariés dans leur combat mais vous insistez aussi sur la « catastrophe industrielle » ?

    Sophie Binet : Cette usine produit 40% de la pâte à papier française. L’arrêter, c’est se mettre en situation de dépendance et augmenter encore nos importations. Il n’y a pas une personne qui habite dans notre pays qui n’utilise pas du papier au moins 50 fois par jour. Papier, carton, emballage, mouchoir, protection périodique, protection pour les personnes âgées, etc. On a besoin de pâte à papier en France et on sait qu’à l’avenir, on en aura besoin encore plus parce que l’objectif, c’est de mettre fin aux emballages plastiques et de les remplacer par des emballages recyclables comme le papier. C’est quand même grave qu’à chaque fois, on se retrouve avec un gouvernement et un patronat amnésiques. On ne laissera pas faire une catastrophe industrielle comme celle-là.

    Amnésiques ?

    S.B. : Le Covid, c’était il y a 5 ans. La France s’est réveillée avec la gueule de bois en se rendant compte que notre pays, ancienne grande nation industrielle, était incapable de fabriquer des masques. En fermant cette usine, est-ce qu’on veut se réveiller demain en se rendant compte que la France n’est même plus capable d’être autonome en matière de papier ? Le papier, c’est une ressource indispensable pour notre quotidien. Là, ce qu’on est en train d’organiser en France et en Europe, c’est une dépendance totale à l’Asie. Depuis 30 ans, la moitié des usines européennes de papier ont fermé. Ici, cette usine est en parfait état de marche. C’est un actif stratégique, précieux, indispensable pour notre souveraineté industrielle. Il faut agir.

    Que demandez-vous à l’état ?

    S.B. : Nous avons une demande simple à l’état et à la Région : mettre immédiatement le site sous protection. Pour permettre aux anciens salariés de stopper la pollution qui est en cours et de mettre en place toutes les procédures de sécurité pour qu’il n’y ait pas de danger environnemental et pour nous donner le temps de construire un projet industriel pour cette usine.

    Cela veut dire racheter les actifs immédiatement. ça tombe bien, ils vont être vendus par le liquidateur, un véritable charognard. Nous dénonçons depuis le début le fait que la fermeture du site coûte plus cher à l’état que s’il avait mis les moyens pour garantir la continuité du site. Pourquoi ? Parce que le liquidateur l’a déjà dit : sa stratégie est de ne rien faire pour forcer les services de l’état, l’Ademe, la Dreal, etc., à venir faire la mise en sécurité, parce qu’évidemment, ça ne va pas pouvoir rester longtemps comme ça. Le tout aux frais du contribuable.

    C’est toujours la même chose : on a des patrons rapaces qui polluent et qui partent comme ils sont venus, sans dépolluer les sites. Et derrière, c’est vous et nous, les contribuables, qui sommes appelés à la rescousse, parce que l’État n’a aucune stratégie industrielle. Ce qui était demandé par Matthieu Pigasse, pour solvabiliser le projet de reprise des deux usines de Tarascon et de Saint-Gaudens, c’était un effort de 10 à 15 millions d’euros par an. Là, avec toute la dépollution qu’il y a à faire, ce sont des centaines de millions d’euros qui sont en jeu. C’est donc un énorme gâchis d’argent public. Et je ne parle pas de l’impact social et du coût des licenciements pour l’assurance-chômage et pour la collectivité des suppressions d’emplois…

    Vous demandez aussi une réforme des tribunaux de commerce ?

    S.B. : Ce qui se passe à Tarascon démontre à quel point les tribunaux de commerce ne peuvent plus être laissés en l’état. On a affaire à un liquidateur qui se croit tout permis, qui se comporte comme un cow-boy, qui vient narguer les salariés en Porsche, à qui il explique qu’il va se permettre de ne plus leur payer leur salaire. Ce n’est plus possible de laisser les tribunaux de commerce, les liquidateurs judiciaires, faire la pluie et le beau temps et se comporter comme des vautours et des rapaces, en dépeçant notre outil industriel et en traitant les salariés de la sorte. Nous demandons une réforme des tribunaux de commerce pour que les salariés et les collectivités territoriales soient autour de la table, pour qu’on arrête d’envoyer nos usines à la casse et au ferrailleur, comme c’est le cas actuellement.

    Les prix des carburants sont au centre du mouvement des pêcheurs, mais aussi des préoccupations de nombreux salariés. Que faut-il faire ?

    S.B. : Les pêcheurs n’en peuvent plus de ces prix qui explosent et de ces salaires qui baissent. Il n’y a effectivement pas qu’eux qui ont des difficultés. C’est la rentrée du déclassement pour les travailleurs et les travailleuses, des millions de personnes pour qui la fin du mois, c’est aujourd’hui, c’est-à-dire à la mi-septembre, qui n’ont déjà plus d’argent sur leur compte en banque et qui sont obligés de choisir entre remplir leur frigo et faire leur plein.

    J’ai interpellé, mercredi, le Premier ministre en lui demandant d’organiser une table ronde immédiate. Il faut répondre à l’ensemble des travailleurs, il faut bloquer les prix des carburants immédiatement. C’est simple et ça ne coûte rien à l’État. Il faut bloquer les prix des matières premières et surtout des produits alimentaires pour que chacune et chacun puisse s’alimenter. Et, enfin, il faut augmenter les salaires en commençant par augmenter le Smic et indexer l’ensemble des salaires sur l’inflation.

    Les Gilets jaunes appellent à un rassemblement, samedi, à Marseille. Comment analysez-vous ce « retour » ?

    S.B. : Nous appelons les salariés à se mobiliser partout pour exiger des augmentations de salaire et un blocage des prix. Le 29 septembre prochain, c’est une grande journée de grève et de manifestation pour les salaires et les services publics. Nous appelons les fonctionnaires à être au rendez-vous, mais plus largement, cette question concerne l’ensemble des salariés.

    Il faut que cette journée soit la plus forte possible et tant qu’il n’y a pas de réponse à nos revendications, oui, il faut se mobiliser partout, se syndiquer, créer des syndicats dans toutes les entreprises.