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  • [Portrait] L’Éternelle jeunesse de Gilbert « Milou » Issert

    [Portrait] L’Éternelle jeunesse de Gilbert « Milou » Issert

    Alors que de nombreux sportifs profitent d’une retraite bien méritée à 83 ans, Gilbert Issert foule encore le gravier avec la même passion et une concentration hors du commun. Le pointeur et milieu de légende a récemment fait sensation au prestigieux International d’Aix. Avec ses deux partenaires René Brocca et Olivier Sanguinede, ils ont atteint les 8e de finale, après avoir sorti notamment le champion de France, Laurent Matraglia. Ils ont chuté en 8e de finale face à Maison Durk. Sa présence dans le tableau final face aux meilleurs joueurs du circuit a soulevé l’admiration du public et de ses pairs

    Né en 1943, c’est sous les couleurs du Gard que « Milou » écrit les premières lignes de sa légende nationale. Au début des années 2000, il forme avec Edmond Denis Salvador une triplette vétéran tout simplement invincible. Ensemble, ils réalisent un exploit historique : un triplé consécutif de champions de France en 2003, 2004 et 2005.

    Joueur complet et partenaire recherché pour son calme olympien, il s’est également illustré au Mondial La Marseillaise à pétanque atteignant la finale à deux reprises en 2004 et 2005 avec la légende Michel Schatz « Passo » et Jean-Pierre Daudet perdu à chaque face aux trois Philippe Pecoul, Quintais et Suchaud.

    Si le triplé des années 2000 reste gravé dans les mémoires, son chef-d’œuvre le plus mémorable intervient en 2018 à Albertville. Associé à Jean-Michel Spinouze et le joueur du siècle (sacre en 2000) Christian Fazzino. Issert décroche sa quatrième couronne nationale à l’âge de 75 ans. Une association magique où la science du jeu d’Issert a parfaitement épaulé la maestria de Fazzino.

    Aujourd’hui encore, il brille dans la catégorie vétérans écumant les terrains avec succès en compagnie de l’autre légende Marco Foyot et René Brocca, Gilbert Issert prouve que le talent n’a pas d’âge. Un monument de la pétanque, tout simplement.

  • Gaëlle Privat, l’architecte qui dessine les montagnes alpines

    Gaëlle Privat, l’architecte qui dessine les montagnes alpines

    Elle n’aurait pas parié dessus, et pourtant, les dessins de paysages alpins de la Guillestrine Gaëlle Privat ont depuis quelques mois un petit succès. En parallèle de son travail d’architecte dans son cabinet à Eygliers, la jeune femme de 34 ans dessine, entre autres, les montagnes des Hautes-Alpes qu’elle aime tant. Ses œuvres se vendent sur son site internet et sont régulièrement exposées dans le département et aux alentours. Jusqu’à mi-octobre, elles sont même l’objet d’une exposition à la Librairie des Alpes, à Paris.

    Gaëlle Privat a grandi à Nîmes avant de bouger : son père, militaire, était régulièrement muté. Elle a ensuite passé beaucoup de temps à Paris, où elle a étudié, puis débuté sa carrière en travaillant pour des marques de luxe, notamment Dior. Petite, ses parents l’emmenaient skier à Vars (Hautes-Alpes). Quelques années plus tard, elle prenait le train de nuit, chaque semaine, pour rejoindre son ex-compagnon : « Je ne sais pas si c’était lui, ou bien le territoire que j’aimais tant ! » Elle a ensuite redécouvert Guillestre avec son regard d’architecte et s’y est installée, persuadée d’avoir trouvé sa place.

    30 à 80 heures de travail

    « Le dessin, ça a toujours été mon truc, j’étais douée. C’est héréditaire, mon père dessinait bien. Même si petite, je n’aimais pas ça ! » Au début, ses dessins étaient personnels, dans des carnets de voyage. Elle s’est lancée il y a deux ans dans le dessin de montagne, après qu’on lui a proposé par hasard de monter une exposition : « Ces dessins de montagne n’existaient pas encore ! J’ai monté l’expo en trois jours et on a eu que des retours positifs. Enfant, j’avais un monde intérieur très riche, je me sentais très proche de la nature. Le paysage montagnard représente un peu ça. »

    Depuis, elle dessine les sommets du département à partir de ses photos. Passion qui lui permet de retrouver une part de créativité qui lui manquait un peu en architecture, bien qu’elle adore son métier. Pour ses grands dessins en noir et blanc, il faut compter 30 à 80 heures de travail. « Je suis à la recherche de véracité : c’est comme un portrait, si on se loupe sur un trait, ça ne fonctionne pas. » La série plaît particulièrement « aux guides, aux anciens, aux alpinistes ». Elle réalise aussi une autre série en crayons de couleur, plus « freestyle » et à la mode. « Je n’aurais jamais pensé que ça marcherait autant, confie-t-elle. J’ai perdu mon petit frère dans un accident de surf, l’année dernière, et je suis certaine qu’il est derrière toute cette chance. »

    Agathe Di Lenardo

  • Un policier en roue libre avec des délinquants marseillais

    Un policier en roue libre avec des délinquants marseillais

    Détournements de fichiers, violation du secret professionnel, révélation d’informations sur une enquête, exercice d’activité commerciale extraprofessionnelle. Ce combo d’infractions a valu à un enquêteur en police judiciaire affecté dans un commissariat de Paris de comparaître la semaine dernière à Marseille. Il s’est vu requérir deux ans de prison avec sursis et l’interdiction définitive d’exercer. Au vu de la gravité des faits, il a été révoqué en mai 2025 sur avis unanime du conseil de discipline.

    À l’origine de la procédure, la plainte en mars 2023 d’une infirmière contactée par son ex qui se vante de tenir des infos sur sa vie privée d’une connaissance policière. Ce « mauvais plan drague » d’un individu condamné pour stup, vol et agression sexuelle allait entraîner la chute de Lotfi T., 33 ans, un policier à la dérive.

    À la barre, l’ex-policier dit avoir « agi avec discernement pour un échange d’informations » avec une connaissance de parties de cartes. « Il m’a dit qu’il cherchait à recontacter son ex. En contrepartie, j’allais avoir une information importante pour la BRI [Brigade de recherche et d’intervention] », assure le prévenu qui espérait en retour une mutation dans le renseignement territorial. Si l’information a permis d’élucider une affaire d’extorsion de restaurateurs, son recueil échappe au cadre légal. « J’ai été dépassé par ma vocation de policier. Je reconnais que c’est assez grave. Je présente mes excuses à la victime », dit-il.

    L’ex-flic décrit comme peu fiable multiplie les incidents. En mai 2022, il est signalé cité des Aygalades, jouant à la pétanque avec son arme de service sous son t-shirt. Il est régulièrement en maladie. « 1 250 jours d’arrêt de travail en 6 ans » compte le président Pascal Gand. « J’ai eu deux accidents de moto et une triple fracture de vertèbres. » – « Et l’achat d’une moto électrique, c’est compatible avec vos vertèbres ? » cingle le juge. En février 2024, en arrêt maladie, il est impliqué dans une rixe à 3h30 dans une boîte de nuit marseillaise et n’informe pas sa hiérarchie du vol dans son sac à dos de son terminal Neo.

    L’enquête révèle que la nuit il consultait les fichiers. « Des consultations problématiques pendant vos arrêts maladie et sur des délinquants marseillais… » – « On nous apprend à être policier H24. J’ai grandi entre la Busserine et Fontvert. Entre le sport et la musique, j’ai connu beaucoup de monde. C’est compliqué en tant que policier mais je ne vais pas les ignorer » glisse le prévenu qui dit avoir agi « sans contrepartie ». Il lui est aussi reproché d’avoir géré un snack, une société de sécurité en dépit d’une interdiction du tribunal de commerce suite à une faillite.

    Pour le procureur Mathieu Vernaudon, « c’est le portrait d’un policier en roue libre qui a un sentiment de toute-puissance. Il s’est affranchi de tous les cadres. S’il peut jeter cette femme sous le bus dans son intérêt il le fera ».

    Délibéré le 5 octobre.

  • [Passerelle interculturelle] De l’été à la pleine Lune : ces Européens qui rêvent de découvrir la Chine en automne

    [Passerelle interculturelle] De l’été à la pleine Lune : ces Européens qui rêvent de découvrir la Chine en automne

    Pour beaucoup d’entre eux, ce voyage a été l’occasion de découvrir une Chine à la fois moderne, diverse et dépaysante. Entre les paysages naturels, les trains à grande vitesse, les quartiers animés et les spécialités locales, les visiteurs européens ont souvent gardé de nombreux souvenirs de leur séjour.

    Mais avec la fin de l’été, la Chine ne perd rien de son attractivité. Au contraire, l’automne est aussi une très belle saison pour voyager. Les températures deviennent plus douces, les paysages changent de couleur et, dans de nombreuses régions, la nature prend des tons rouges, jaunes et dorés. Cette période coïncide également avec la Fête de la mi-automne, l’une des fêtes traditionnelles les plus importantes en Chine. Elle est associée à la famille, au partage, à la pleine Lune et aux retrouvailles.

    À cette occasion, CMG Europe a organisé une activité intitulée « Bienvenue en Chine pour admirer la Lune » dans douze villes européennes, notamment à Paris, Londres, Berlin, Rome, Bruxelles, Madrid et Budapest. Les voyages vers la Chine deviennent aussi plus faciles pour certains touristes européens grâce au développement des liaisons aériennes et aux mesures facilitant l’entrée sur le territoire.

    L’un des moments les plus populaires de l’activité a été une expérience utilisant l’intelligence artificielle. Grâce à un système de génération d’images, les participants pouvaient créer en quelques secondes une photo virtuelle d’eux-mêmes dans un décor chinois. Leur portrait pouvait apparaître devant la Grande Muraille, le Temple du Ciel à Pékin, le Bund à Shanghai ou encore dans les rues illuminées de Chongqing.

    L’ambiance unique de la Fête

    de la mi-automne.

    La pleine Lune était naturellement présente dans ces images, afin de rappeler l’ambiance de la Fête de la mi-automne. L’expérience a beaucoup amusé les participants. Certains ont été surpris par le réalisme des images, tandis que d’autres ont immédiatement imaginé leur futur voyage en Chine. La Fête de la mi-automne a également permis de faire découvrir plusieurs éléments de la culture chinoise. Certains Européens connaissaient déjà les gâteaux de Lune, traditionnellement partagés à cette période. D’autres avaient entendu parler de Chang’e et du Lapin de jade, deux figures célèbres de la mythologie chinoise liées à la Lune.

    Une nouvelle période prisée pour découvrir la Chine

    Après les voyages d’été, l’automne offre donc une nouvelle manière de découvrir la Chine.

    Entre paysages de saison, patrimoine, traditions, gastronomie et nouvelles technologies, le pays continue d’attirer la curiosité des visiteurs européens. Et pour certains participants à cette activité, la photo créée par intelligence artificielle pourrait bien être la première étape avant une vraie photo prise un jour, en Chine, sous la pleine Lune.

    « Passerelle interculturelle », est un espace dédié aux échanges d’idées et de perspectives entre la France et la Chine. Chaque lundi, grâce à des entretiens avec des personnalités françaises et chinoises ou des sujets sur les deux pays, notre ambition est de créer un pont entre deux traditions intellectuelles, deux sensibilités et deux visions du monde.

  • [Recette] La daube du canonnier de Toulon

    [Recette] La daube du canonnier de Toulon

    Il vous faudra :

    – 2 kg de viande de bœuf type paleron avec du gras

    – 4 grosses carottes

    – Un oignon

    – 6 gousses d’ail frais

    – De l’huile d’olive

    – Du sel et du poivre

    – Une boîte d’anchois

    – Une bouteille de vin rosé de Provence

    – De la farine ou Maïzena

    – Des herbes de Provence

    – Des pommes de terre ou de la polenta

    Un plat estival semblable à une daube provençale classique qui remplace cependant le vin rouge par du vin rosé et à laquelle on intègre des anchois pour une recette terre, mer traditionnelle mais dont on ne se lasse pas.

    Une cuisson lente

    Dans l’idéal la préparation de votre daube du canonnier doit commencer la veille en faisant mariner la viande, les carottes coupées en tronçon, l’oignon émincé, les gousses d’ail, les herbes de Provence et un peu de sel dans le rosé toute la nuit. Si cela n’est pas possible, faites mariner le jour même pendant environ 6 heures.

    Une fois marinée, séparée la viande et les légumes du vin que vous gardez de côté. Faites revenir sur le feu vos bouts de viande en ajoutant un beau filet d’huile d’olive. Une fois qu’elle est bien revenue, vous pouvez la singer, c’est-à-dire ajouter deux cuillères de farine pour rendre votre sauce un peu plus sirupeuse. Mélangez bien et mouillez le tout avec le vin rosé que vous avez gardé précédemment. Salez un peu et ajoutez du poivre concassé. Mélangez et couvrez.

    Débutez à feu fort et dès que la marinade commence à bouillonner, feu doux. Faites cuire pendant quatre heures. Si vous avez une cocotte-minute, la cuisson sera d’une heure et demie.

    Un plat terre, mer

    Dès que c’est cuit, mettez une grosse poignée d’anchois dans la préparation. Liez la sauce avec l’anchois en le laissant fondre à feu doux pendant une dizaine de minutes. Une fois que c’est prêt, vous avez la possibilité d’y ajouter des olives noires, à votre convenance.

    Pour le dressage, mettez dans l’assiette deux belles louches de daube et servez avec de la polenta, de la purée ou même des pommes de terre bouillies. Bon appétit !

    PORTRAIT

    Grandes Gueules, le fait maison

    Une cheffe autodidacte, des produits locaux et de saison, une cuisine faite maison et surtout, une belle histoire d’amitié. Chez Chrystel et Sophie on ne plaisante pas avec le plaisir. Simplicité et authenticité sont les maîtres mots des Grandes Gueules qui à coup sûr, vous donneront envie d’y retourner !

    A.Lh.

    21, rue du Dr Escat 13006 Marseille

  • [Apnée] Le défi de Sven Narbonne pour entrer dans l’histoire de Marseille

    [Apnée] Le défi de Sven Narbonne pour entrer dans l’histoire de Marseille

    On pourrait croire qu’être à la fois sportif de haut niveau et acteur sur des tournées au théâtre serait impossible. Pourtant, Sven Narbonne, né le 16 octobre 1987, plongé dans l’univers aquatique depuis sa jeunesse, non loin d’ici à Bandol en chassant les poissons, nous prouve le contraire. La tentative qu’il va réaliser ce jeudi est le fruit d’un travail et d’une persévérance digne d’un scénario de cinéma.

    Une histoire qui a pris un tournant quand le sudiste était au plus bas : « Ma pratique a bouleversé ma vie. J’étais alcoolique, je faisais presque 100 kg, je ne prenais pas soin de moi puis le contact avec l’eau m’a permis de me rendre compte que c’était incohérent avec la volonté de performer ». Il raconte notamment les sacrifices qu’il a dû faire pour arriver au haut niveau : « J’ai toujours eu envie d’aller vers l’excellence. J’ai pris des décisions avec l’interdiction de manger du gluten, plus du tout de lactose aussi pour les sinus, j’ai perdu 20 kg en faisant régulièrement de la course à pied, du vélo et du yoga ».

    Au-delà de la performance, la plus grande motivation pour l’homme aux mille facettes reste sa famille. Avant chaque plongée, il s’assure d’avoir à son poignet les bracelets de son fils et de sa femme, qui l’a soutenue même quand Sven était en difficulté : « Je l’ai rencontrée au travail car elle est metteuse en scène, donc on se côtoyait souvent et elle voyait que j’avais un problème. Fumer, boire pour s’échapper de la réalité. Et un jour, on se réveille en ne se reconnaissant plus. Elle m’a énormément aidé, surtout avec la parole pour libérer mes problèmes. C’est courageux de dire à la personne qu’on aime “Je te reconnais pas“ ».

    « Des choses fantastiques et des idées noires »

    De par sa profondeur, la variation de l’environnement et ses nombreux risques, l’apnée est un sport dangereux, potentiellement mortel si les mesures de sécurité ne sont pas bien respectées. Par exemple, en Méditerranée, le delta entre la température de l’eau en surface et celle en profondeur est énorme, environ 10 à 15 degrés. Une donnée à prendre en compte pour que la plongée de Sven Narbonne se passe dans les meilleures conditions : « Il y a un choc thermique unique à cette mer, les plongées sont très exigeantes ici, c’est comme si on rentrait dans un frigo ! L’année dernière, en arrivant à 80 mètres sur une tentative de 83 mètres, je sentais des problèmes de compensation sur les oreilles, je n’avais pas fait le travail correctement et un tympan a explosé. Cette erreur m’a coûté quatre semaines d’arrêts ».

    Sélectionné en équipe de France cette année et cinquième mondial en mer en 2025, Sven Narbonne est devenu une référence dans ce sport qui est en essor depuis quelques années, avec plus de 25 000 licenciés et 750 moniteurs selon la FFESSM (Fédération française d’études et de sports sous-marins).

    En plus des casquettes d’athlète de haut niveau et d’acteur, le Bandolais est moniteur d’apnée au Yachting club Pointe Rouge, où il forme et accompagne les plus curieux au cœur du Parc des Calanques. Lui aussi est passé par la case apprentissage et a réussi à dompter ses peurs : « C’est un bien-être absolu d’être dans l’eau, il y a des choses fantastiques, mais aussi des idées noires, le mental est très important en apnée. Je pense souvent à la mort avant de plonger, ce sport m’a appris que chaque instant compte et que c’est un privilège d’être en vie. Je médite 30 minutes par jour et j’ai appris à écouter le corps pour le connaître car ça reste un endroit dangereux avec la gestion de la pression de l’eau sur le corps qui s’intensifie ».

    Un événement qui a donc pour but d’entrer dans l’histoire du monde de l’apnée en France, mais qui intervient principalement en vue des championnats du monde qui se dérouleront à Chypre le 3 octobre prochain avec, pour objectif, une médaille internationale pour l’athlète français.

  • [Portrait] Khadidja Sahraoui-Chapuis, sociologue tenace

    [Portrait] Khadidja Sahraoui-Chapuis, sociologue tenace

    Écouter sans filtre ni complaisance les acteurs d’une situation, tisser des liens, déconstruire ce qui n’est pas uniquement local et peut relever d’un passé post-colonial, écarter les fables des médias qui dramatisent, diabolisent et mythifient, veiller sans relâche pour que chacune des phrases écrites soit prioritairement lisible et incarnée, tels sont quelques-uns des enjeux de cette enquête rédigée au terme de 25 années d’entretiens et de remises en questions. Un peu comme dans La Misère du monde de Pierre Bourdieu, ce chantier entrelace une connaissance constamment renouvelée du proche environnement, des témoignages bruts et des synthèses provisoires. Endurance et vigilance : après une enfance vécue dans une cité dont on sait l’évolution et le délabrement, puisqu’elle « porte le nom d’un peintre », après son lycée abandonné en classe de seconde, dans un improbable cheminement, farouchement consolidé par cette thèse à l’Université, Durkheim et Marcel Mauss, Khadidja Sahraoui identifie progressivement un segment mal connu du prolétariat d’aujourd’hui, les « petites mains » du trafic de drogue.

    En dépit de l’anonymat qu’ils conservent et des pseudonymes qu’elle invente pour qu’on ne les tracasse pas – Rocky, Carpe, Citron ou Frites, porteur d’une rage de dents ou bien Bordeaux, trop jeune guetteur venu de loin, victime d’une exécution commanditée par son réseau – les trajectoires de ces garçons prennent dans les détours de son livre une irréfutable consistance, un relief qui ne s’efface pas.

    Les idées reçues, les préjugés à propos de « l’argent facile » sont balayés. Ces « gamins » se sont engouffrés dans des existences cadenassées par leurs supérieurs, ces subalternes obéissent à de féroces organisateurs. Ils s’ennuient, tentent d’éviter la honte de leurs parents, traficotent 12 ou 14 heures par jour. Les bruits, l’absence de loyauté, le stress et la terreur, les pilonnages et les affrontements avec la police, l’urine et la saleté, le sang et les larmes les transforment. Ces précaires en quête de virilité, ces non-blancs cagoulent leurs visages. Ils n’ont pas droit à l’erreur et peuvent finir très vite leur adolescence entre les quatre planches d’un cercueil.

    Un grand refus
    du fatalisme

    Pas du tout pour les excuser, bien évidemment pour tenter de comprendre, Khadidja Sahraoui les décrit sans fatalisme ni fascination. Elle reproduit sans familiarité leurs expressions, l’humour et la radicalité de leur vocabulaire. Ces garçons ont été fragilisés et cabossés par toutes sortes de frustrations et d’humiliations. Un milieu scolaire sans exigence ni finalité, les rejets et les inégalités sociales endurés par leurs parents ou leurs fratries, les accidents de santé ne les épargnent pas.

    Le livre de Khadidja n’est pourtant jamais catastrophique. Preuves à l’appui, parce qu’elle connaît le temps long des cités, elle établit que cette jeunesse du narcotrafic, impitoyablement racialisée, discriminée et stigmatisée peut aussi « s’en sortir ». Elle démontre que les déterminants et les dysfonctionnements sociaux ne sont pas toujours victorieux, la situation la plus néfaste peut être renversée. Avec ces jeunes du narcotrafic longtemps terriblement fautifs, elle n’est pas seulement en posture d’empathie. Ses attitudes sont toujours le reflet infiniment précieux d’une analyse et de réflexions dont le monde politique, les médias et les travailleurs sociaux devraient s’inspirer. Un aîné à présent devenu un proche ami, l’anthropologue Michel Péraldi estime que son livre est pour Marseille l’équivalent du grand ouvrage de l’américain Philippe Bourgois, traduit et publié au Seuil en 2001 : « En quête de respect. Le crack à New York ».

    Via Albert Londres et ses suiveurs, une croyance voudrait que Marseille, ville « sans mémoire ni monuments » préfère effacer et ne pas méditer les traces de son passé. Quand on entrevoit le parcours d’une personne comme Khadidja Sahraoui, on est persuadé du contraire. Au milieu des destructions, des tournants et des accélérations de la plus récente époque, sa ville natale est une ville de souffrances, de joies et de réminiscences. Quelques-uns de ses plus vifs attachements, entre autres les noms et prénoms de ses parents, exilés loin de l’Algérie figurent dans la page de remerciements de son livre. Quand elle le dédicace, elle griffonne quelquefois une phrase qui n’est pas un slogan : « la lutte continue ».

    Aujourd’hui samedi 17h,

    librairie Maupetit, rencontre-

    signature avec
    Khadidja Sahraoui

  • Aloé garde un œil sur l’OM depuis le Luxembourg

    Aloé garde un œil sur l’OM depuis le Luxembourg

    Pur produit de la formation olympienne, Baptiste Aloé poursuit son aventure à l’étranger. Après avoir porté les couleurs de l’OM, de Valenciennes, du Beerschot VA en Belgique, du FC Arouca au Portugal, du Dinamo Bucarest en Roumanie, de l’AS Nancy-Lorraine, du SA Spinalien et, plus récemment, du RE Virton au Plat pays, le défenseur ciotaden de 32 ans a posé ses valises au Luxembourg, du côté de l’US Mondorf-les-Bains. Le club luxembourgeois, qui a terminé troisième du championnat national la saison dernière, a ainsi décroché une place au tour préliminaire de la Ligue Europa Conférence, mais a finalement dû s’incliner face à la formation géorgienne du Dinamo Tbilissi.

    Un nouveau défi pour le défenseur, séduit par le projet : « J’avais envie de rejouer en première division, au sein d’un club sain, familial et bien structuré. Avec eux, les choses se sont faites naturellement », souligne Baptiste Aloé. Une nouvelle étape dans une carrière marquée par trois accessions en première division nationale. Trois montées que le Ciotaden a vécues sans toutefois être conservé par son club à l’issue de chacune d’elles.

    Une situation qui ne l’a jamais empêché de garder un œil attentif sur son club de cœur, l’OM. « Je garde toujours ce côté marseillais, ce côté formé à Marseille. Je suis fier de mes racines », lance celui qui a disputé 15 matches sous le maillot olympien entre 2012 et 2015. Le premier d’entre eux s’est produit le 4 octobre 2012 contre le club chypriote de l’AEL Limassol en phase de poules de la Ligue Europa (victoire 5 à 1). « La veille, j’étais à l’école en pleine année du baccalauréat et le lendemain, je jouais un match de Coupe d’Europe », raconte le joueur couronné du titre de meilleur joueur du centre de formation de l’OM lors de la saison 2012-2013, conscient de la chance que lui a offert Elie Baup à l’âge de 18 ans. Depuis, il n’a plus eu l’opportunité d’en disputer un. « On ne se rend pas compte quand on le vit, mais il faut profiter de ces instants, car une carrière ça va vite », ajoute le Provençal, persuadé que l’OM ne peut pas délaisser la Ligue Europa.

    L’OM manque de banc

    « Au-delà de l’enjeu financier, la Coupe d’Europe peut aussi ramener du positif, parce qu’il y a certains matches qui sont peut-être plus faciles que d’autres. Ça peut apporter de la confiance. Surtout quand on vient d’enchaîner trois défaites en championnat », insiste Aloé, pour qui l’effectif marseillais manque cruellement de profondeur de banc. « Et en plus, il y a des joueurs d’expérience comme Bamo Meïté, Neal Maupay et Faris Moumbagna qui sont en manque de temps de jeu. Il faudrait leur en donner lors des matches de Ligue Europa pour qu’ils puissent retrouver du rythme », suggère-t-il. Mais à l’Olympique de Marseille, la pression est palpable. « Il faut se rassurer sur des choses plus simples. On m’a toujours dit que quand c’est dur, on revient aux basiques. Une fois qu’il va y avoir un déclic, ça va revenir », ajoute le Ciotaden. « Ce qui est dur à l’OM, c’est que tout le monde attend des résultats rapidement. Il faut être préparé à cela. Souvent, quand un joueur sort, il fait une carrière », estime Baptiste Aloé, en citant des garçons comme Laurent Abergel, Boubacar Kamara, Lucas Perrin et Maxime Lopez. Des joueurs qui n’ont pas pu exprimer pleinement leur potentiel lorsqu’ils portaient le maillot olympien. « C’est compliqué de répondre aux attentes de l’OM quand on a 18 ou 20 ans, surtout quand tout le monde rêve de performer en Coupe d’Europe », confie-t-il, sans penser qu’il y a des dysfonctionnements dans la formation phocéenne. « Il faut juste leur laisser du temps, mais il n’y en a jamais assez à Marseille », conclut le Néo-Luxembourgeois.

  • Quand Ernest Pignon-Ernest inondait les rues de Martigues tous azimuts

    Quand Ernest Pignon-Ernest inondait les rues de Martigues tous azimuts

    Quand on déambule dans les rues de Martigues, le nom d’Ernest Pignon-Ernest défile régulièrement sous nos pas. Accolées, des flèches indiquent la direction du musée Ziem. C’est là que le 21 mai dernier, l’artiste pionnier du street-art est venu dévoiler une carte blanche. Ou plutôt revenu, puisqu’il y avait déjà signé une fresque en 1982, toujours visible dans les escaliers de l’établissement. « C’était une demande de la conservatrice de l’époque, Joëlle Pijaudier, raconte Gaëlle Culiolu, médiatrice culturelle pour la municipalité. C’est assez exceptionnel d’avoir une œuvre pérenne d’Ernest Pignon-Ernest, il n’y en a que deux ou trois en France. »

    Inspiré par Martigues, petite commune de pêcheurs alors en plein développement industriel, l’artiste en tire quatre éléments qu’il peint sur le mur du musée et qu’il décline grâce au procédé de la sérigraphie. « Ce sont toujours des dessins à l’échelle 1, donc à taille réelle », détaille Gaëlle Culiolu. En 1982, quasiment du jour au lendemain et sans communication, la ville est inondée de ces collages : environ 600 d’entre eux sont placardés dans tous les quartiers, mais aussi du côté des usines de Lavéra.

    Attirer le regard

    Un portrait de Florence, l’une des modèles phare d’Ernest Pignon-Ernest, enceinte et assise, symbolise le renouveau. « Depuis les années 1970, la population de Martigues augmente énormément grâce au développement de l’industrie, contextualise Charlotte Aurientis, chargée des publics au service art histoire et archéologie de la Ville. On assiste à un étalement urbain, et le centre-ville ancien est un peu moins attrayant. Les logements sont resserrés, vieillots… En 1977, la municipalité lance un grand plan de résorption de l’habitat insalubre. Il y a énormément de travaux, c’est 16 ans où la ville est en pleine mutation. » Ernest Pignon-Ernest appose la réinterprétation de Florence dans ces espaces en pleine renaissance.

    Il affiche également une grand-mère provençale archétypale, appelée la Martégale, directement inspirée de L’Arlésienne, un portrait réaliste du XIXe siècle peint par Pierre Jean. Elle incarne l’aspect « traditionnel » de Martigues. Sur des photos d’époque, on la voit sur les quais de l’Île, derrière des pêcheurs ou des femmes, comme si elle faisait partie du décor. Un retraité témoigne : « À l’époque, ma femme allait de Ferrières à Jonquières pour travailler. Elle passait devant 5 ou 6 collages. Régulièrement, elle entendait des passants saluer les œuvres. Par inadvertance, parce qu’on aurait dit que les personnages existaient ». C’était bien le but de l’artiste. « Selon ses propres termes, il va positionner ses images là où elles se glissent comme des évidences, relate Charlotte Orientis. Il pousse les gens à regarder différemment des paysages du quotidien. »

    Parfois, Ernest Pignon-Ernest cherche plutôt à marquer un contraste. Il place souvent son troisième élément, Prométhée, sur des ouvrages innovants et massifs du paysage martégal : au pied du viaduc, sur les cheminées du complexe pétro-chimique…

    « Il représente Prométhée loin de l’imagerie antique habituelle, souligne la chargée de public. Son interprétation, plus moderne, est tirée de la photo de Philippe Halsman, où l’on voit Oppenheimer en train de sauter. Pignon-Ernest l’interprète soit comme un envol, soit comme une chute. » Chacun y voit ce qu’il veut, le tout reste de s’interroger.

  • [Tennis] Ces juges de ligne qui voient la balle avant tout le monde

    [Tennis] Ces juges de ligne qui voient la balle avant tout le monde

    Seriez-vous capable de voir précisément où a rebondi une balle qui fonce droit sur vous à plus de 200 km/h ? Sur les courts de tennis, les juges de ligne, eux, le sont. Leur mission : « Juger les lignes, annoncer les balles comme il faut, les faire péter quand elles sont très proches et savoir communiquer avec l’arbitre de chaise », résume Michel Morel, juge de ligne depuis 2008. Reconnu dans le milieu, cet Arlésien de 64 ans a déjà officié sur quinze éditions de Roland-Garros. Il connaîtra une seizième et dernière édition l’an prochain, la limite d’âge pour exercer étant fixée à 65 ans.

    Avant de tourner la page, Michel Morel compte bien profiter pleinement de ce rendez-vous qu’il attend chaque année avec impatience. « Ce sont toujours trois semaines intenses, mais c’est tellement kiffant de se retrouver là », confie celui qui prenait exprès des congés pour réaliser sa passion. Au mois de mai dernier, il a d’ailleurs vécu l’un de ces moments qui restent gravés. Il était 1 heure du matin lorsqu’il était toujours debout sur le court Suzanne-Lenglen, au cœur d’un match complètement fou entre Frances Tiafoe et Matteo Arnaldi.

    Œil affûté et nerfs solides

    « Pendant trois jeux, je n’ai eu que des balles au millimètre. Tu es dans un autre monde. À un moment donné, tu sais que, de toute façon, toutes tes annonces, elles vont être bonnes, quels qu’ils soient, parce que t’es dans l’action », raconte-t-il, en ayant conscience qu’il a fait partie des 350 Français sélectionnés pour arbitrer sur l’une des quatre plus grandes compétitions de la planète.

    Si l’œil est évidemment essentiel, être un bon juge de ligne ne se résume pas à avoir une bonne vue. « Il faut de la concentration et être endurant physiquement parce qu’on fait des rotations d’1h20 en plein cagnard », ajoute Michel Morel. Avec les années, l’expérience finit par faire la différence. À force d’observer des milliers de trajectoires, le juge de ligne développe presque un sixième sens. « On va savoir si elle est bonne et si on est sûr de nous, ça s’entend à la voix. L’arbitre de chaise va savoir si on s’est planté ou si on n’a pas pris la bonne décision. Une petite voix tremblotante va laisser planer du doute, alors qu’une voix sèche, assurée et que l’on fait péter, ça annonce de la certitude et ça rassure à la fois l’arbitre et les joueurs », explique le doyen du tournoi cassiden, évalué par les arbitres de chaise et les conseillers techniques lors des rotations. « On est noté sur notre voix, nos annonces, notre communication, notre tenue et notre régularité », détaille Michel Morel, irréprochable sur tous ces points.

    Challenger de Cassis : les résultats de jeudi

    N. Budkov Kaer (NOR) b. Y. Ghazouani Durand (FRA) (6-1, 7-6)

    M. Lajal (EST) b. S. Gueymard Wayenburg (FRA) (6-7, 6-3, 6-4)

    M. Echargui (TUN) b. B. Harris (GBR) (7-5, 1-6, 7-6)

    R. Betrand (FRA) b. R. Perot (FRA) (6-1, 6-0)

    Le programme de vendredi

    T. Droguet (FRA) – D. Glinka (EST)

    N. Budkov Kjaer (NOR) – M. Echargui (TUN)

    R. Bertrand (FRA) – M. Lajal (EST)

    U. Blanchet (FRA) – D. Masur (ALL)