Tag: Portrait

  • [C’est l’été] Un siècle de vie musicale aixoise raconté en photos

    [C’est l’été] Un siècle de vie musicale aixoise raconté en photos

    « Avec la photographie, c’est tout l’inverse : tout reste. » En pointant le portrait de Léo Ferré et son célèbre « Avec le temps, va, tout s’en va », Jean-Éric Ely, photographe et initiateur de l’événement donne le ton de « Musiques en Aix ». Organisée par le Collectif Ely pour le patrimoine photographique et iconique d’Aix-en-Provence (Ceppia), l’exposition fait dialoguer mémoire photographique et mémoire musicale.

    Henry, Hugo, Jean et Jean-Éric Ely, quatre générations de photographes, ont immortalisé la vie musicale aixoise, retranscrite dans près de 300 clichés. « L’objectif est de faire perdurer la mémoire de vedettes passées par Aix et des lieux mythiques de la scène musicale locale », explique le photographe lors de la visite de l’exposition.

    Des orchestres du début des années 1900 aux grandes voix de Piaf, Joséphine Baker ou encore Aznavour, le parcours suit une organisation chronologique puis thématique par familles musicales. Onze appareils photo de la famille Ely montrent l’évolution des techniques. Après un an de travail, 288 photos ont été retenues sur 1 604 : « Mon père a toujours dit “choisir, c’est sacrifier”. Il a raison, cela a été un choix draconien », souligne Jean-Éric Ely.

    Au fil des salles, le photographe balaie et commente les clichés. Devant la première édition du Festival d’art lyrique d’Aix, en 1948, il s’arrête : « On est les seuls au monde à l’avoir celle-ci ! », s’exclame-t-il. Plus loin, classique, jazz, rap et reggae se mêlent. « C’est mon bébé chéri », sourit-il à propos du jazz. Avant de s’épancher longuement sur l’unique photo prise hors d’Aix, un Miles Davis photographié à Miramas : « J’étais obligé de mettre le génie des génies. »

    Pour résumer l’essence de l’exposition, Jean-Éric Ely pointe un tableau qui juxtapose une scène de Fête de la musique qu’il a captée en 2001 et un bal des Thermes photographié par son grand-père 63 ans plus tôt. « À elles seules, elles montrent l’évolution de la musique et de la photo », résume-t-il. Jusqu’au 1er novembre, le responsable de l’exposition espère susciter la curiosité des visiteurs : « Je veux qu’ils repartent en se disant “Ah ouais tout ça s’est passé ici ?” », conclut-il.

    Jusqu’au 1er novembre, Hôtel de Boadès. Du mercredi au dimanche. Tarifs : 10 euros ; réduit 7 euros ; – 12 ans gratuit.

  • [C’est l’été] Depuis les Gilets jaunes, Sabine Raynaud n’a pas cessé de lutter

    [C’est l’été] Depuis les Gilets jaunes, Sabine Raynaud n’a pas cessé de lutter

    C’est « mains dans les poches » que Sabine Raynaud a rencontré pour la première fois un groupe de Gilets jaunes en 2018, sur le rond-point de la Lyre à Montpellier. « Ils m’ont tendu un tract et puis ils m’ont invitée à participer à une de leurs réunions, se souvient-elle. Ça a été le point de départ d’une prise de conscience accrue chez moi, et le début de mon militantisme. »

    À cette époque, à Montpellier, le mouvement social initié sur les réseaux sociaux pour protester contre l’augmentation de la taxe sur les carburants automobiles se structure autour du rond-point des Prés d’Arènes. Beaucoup de celles et ceux qui s’y retrouvent formeront par la suite un groupe de militants actifs dans plusieurs mobilisations, jusqu’à aujourd’hui. « Pendant longtemps, j’ai fait partie de ce collectif issu de la mobilisation de 2018, avec qui je garde des liens de fraternité », raconte Sabine Raynaud. C’est notamment à l’initiative des Gilets jaunes du rond-point des Prés d’Arènes qu’ont été organisées les premières assemblées de préparation du 10 septembre dernier.

    « À l’époque, le rond-point était un lieu où on se retrouvait pour tracter, mais aussi pour discuter, organiser des conférences et des assemblées », poursuit la militante, pour qui ces moments de lutte et de convivialité ont été formateurs à plusieurs niveaux. S’ils lui ont notamment appris à prendre la parole en public, Sabine Raynaud retient aussi que les Gilets jaunes ont permis de montrer qu’il était possible de se rassembler malgré certains désaccords. « Je retiens de cette période la soif de trouver des cadres permettant de se retrouver pour briser les divisions et regarder ensemble qui sont les vrais responsables. » Parmi les leçons apprises, la militante affirme que le mouvement a été la preuve que le peuple est capable de « s’extirper des pièges qui lui sont tendus », mais aussi que, pour cela, il faut s’organiser. « Nous ne sommes pas allés jusqu’au bout du cheminement concernant l’organisation collective. Il faut réfléchir désormais à la manière dont on peut s’organiser pour aller jusqu’au bout de ce type de mobilisation face à un gouvernement qui, de son côté, est très organisé et n’hésite pas à réprimer très violemment. »

    La colère n’a pas disparu

    Sabine Raynaud en est convaincue : « Tous les ingrédients qui ont conduit à la naissance des Gilets jaunes sont encore d’actualité. » Au premier rang desquels : le désaveu de la politique de Macron, contre laquelle la colère n’a fait que s’amplifier depuis. La militante ne tarit pas sur les exemples de crises successives qu’a connues le pays, lors de la réforme des retraites, mais aussi plus récemment avec l’explosion des prix des carburants. « Nous avons d’ailleurs assisté à une forme de réplique des Gilets jaunes lors du mouvement Bloquons tout, le 10 septembre 2025 », affirme-t-elle.

    Désormais, l’enseignante continue de militer sur plusieurs fronts. En plus de son combat syndical au SNUDI-FO 34, elle est membre d’un groupe d’action de la France insoumise. Son engagement a aussi pris une forme nouvelle qui n’était pas d’actualité lors du mouvement de 2018 : celle de la lutte contre la militarisation de la société française. Elle a notamment participé à deux meetings internationaux antiguerre, en octobre 2025 à Paris, puis en juin 2026 à Londres. « Je fais partie de ceux qui organisent une résistance active pour bloquer cette marche à la guerre. En tant qu’enseignante, j’assiste à une augmentation des partenariats entre l’armée et l’Éducation nationale. J’aimerais que la jeunesse ne tombe pas dans le piège. »

  • [C’est l’été] Didier Tronc, producteur de foin de Crau, un maillon essentiel de l’élevage

    [C’est l’été] Didier Tronc, producteur de foin de Crau, un maillon essentiel de l’élevage

    Carrure solide, larges épaules. Didier Tronc a l’allure de ceux qui portent un métier, une exploitation et toute une histoire familiale. Pour ce producteur de foin de Crau, installé près d’Istres, l’agriculture a été une suite logique, « c’est comme Obélix. Je suis tombé dans la marmite quand j’étais petit ». Des deux côtés de la famille, on produit. Son père, lui, fait partie des figures historiques de la filière : en 1976, il est l’un des quatre producteurs à refonder le comité du foin de Crau pour en garantir les droits et la qualité.

    Aujourd’hui soixantenaire, c’est en 2002 que Didier Tronc prend la tête de l’exploitation de son père. Au lycée agricole de Miramas, il apprend le métier. Puis il bifurque vers le comité du foin de Crau dont il est le directeur depuis 35 ans. « À l’époque, je devais m’installer avec mon père. Mais il a perdu un fermage [bail rural de gestion de terres agricoles] et on ne pouvait pas vivre à deux familles. Donc je suis parti travailler au comité de foin de Crau », raconte-t-il. Il y avait tout à faire, mais l’agriculteur relève le défi. Il se sensibilise aux appellations et développe la filière. Le foin de Crau devient le premier produit agricole non destiné à l’alimentation humaine à obtenir une AOC (appellation d’origine contrôlée) en 1997, puis une AOP (Appellation d’origine Protégée) en 2015. En 1894, un syndicat regroupant les agriculteurs d’Arles et Saint-Martin-de-Crau, avait déjà le projet de déposer un label de qualité. « Le label AOP n’existait pas encore », précise-t-il. Un récit que Didier Tronc connaît par cœur et qu’il continue de transmettre.

    « Ça, c’était la belle histoire », avoue-t-il. Car depuis deux ans, la situation se dégrade. « Le foin de Crau est en crise. » Coûts de production élevés liés à l’irrigation, concurrence accrue, changement climatique… et baisse du cheptel français : « Moins d’animaux à nourrir, c’est moins de ventes », résume l’agriculteur.

    Tiraillé entre passion

    et épuisement

    « C’est un métier passionnant parce qu’on touche à tout », affirme-t-il encore aujourd’hui, le regard empreint de passion et d’usure. Sur ses 15 hectares, les prairies en pente sont irriguées par un système par gravité : l’eau de la Durance, chargée en minéraux, glisse et nourrit les sols. La plus ancienne technique utilisée par l’Homme. Tous les deux jours, il faut inonder et faucher trois fois par an. Le reste du temps, il faut tenir : « Je ne fais que ça. Travailler. » Ses dernières vacances remontent à 2020. Une semaine. Avant cela, c’était en 2014. À 60 ans, le producteur de foin de Crau laisse transparaître sa fatigue : « J’ai plus que quatre ans à tirer, après j’arrête ». Même ses activités bénévoles ne s’éloignent jamais trop de son métier. Lui qui est, entre autres, bénévole à l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO) ; mais aussi impliqué dans les Association Syndicales Autorisées (ASA) qui agissent sur l’irrigation collective en France…

    Une transmission incertaine

    Cette vie-là, il ne la transmettra pas en famille. « J’ai deux filles. Et j’ai tout fait pour qu’elles ne restent pas dans l’agriculture », lâche-t-il, « très inquiet » pour l’avenir. Lui-même a connu les limites de sa passion : jongler avec deux emplois pour vivre, les contraintes administratives et « le manque de reconnaissance des concitoyens, ça c’est le plus dur », souffle-t-il l’air contrarié, sinon triste face à ce constat. Son métier, il l’aime pourtant : « J’ai la chance de ne pas me lever le matin avec la boule au ventre ».

    Seulement, si le foin de Crau se perd, c’est tout un système qui en pâtit. Car il participe à un équilibre écologique. « La disparition de cette production serait une véritable catastrophe économique et écologique », alerte le producteur. Grâce à l’irrigation, les prairies alimentent à hauteur de 70% la nappe phréatique de la Crau, qui fournit en eau potable près de 300 000 habitants. Chaque année, une prairie reçoit en moyenne 20 000 m³ d’eau. En s’infiltrant, elle recharge artificiellement cette réserve.

    « Entre l’eau et l’air, il y a des enjeux très très forts », résume-t-il, car les prairies de foin de Crau jouent aussi un rôle de puits de carbone : jusqu’à 120 tonnes de CO2 stockées par an, contre environ 80 tonnes pour des prairies « classiques ».

    Marie Moreau

    Une histoire à rebondissement

    Grâce à l’eau de la Durance, le Foin de Crau est riche en minéraux. Le soleil et le Mistral favorisent le séchage et limitent l’altération des éléments nutritifs. À la fin du XIXe siècle, sa qualité est telle que les trafics de certifications se multiplient. En 1976, le syndicat fraîchement reconstitué a l’idée de remplacer des étiquettes facilement interchangeables, une ficelle rouge et blanche brevetée à l’INPI que seul le comité du foin de Crau est capable de fabriquer.

  • Didier, retraité et irréductible soutien des grévistes Haribo

    Didier, retraité et irréductible soutien des grévistes Haribo

    « Avec tous les ronds qu’ils prennent, ils peuvent cracher un peu de monnaie ». Jeudi dernier, sur le piquet de grève des salariés d’Haribo, Didier Michel harangue ses anciens collègues au mégaphone.

    S’il est retraité de l’usine d’Haribo à Marseille, Didier est connu comme le loup blanc par les actuels salariés et grévistes du site. Et pour cause : il est présent plus que régulièrement sur leur piquet de grève et a une histoire singulière avec l’usine marseillaise. Avec ses 42 ans d’ancienneté au compteur, Haribo est un peu sa deuxième maison. Il a d’ailleurs eu moult casquettes syndicales puisque délégué syndical de 1996 jusqu’à son départ en janvier 2024. Il a également été élu au comité d’entreprise (instance représentative du personnel devenue le comité social et économique, CSE), mais aussi au CHSCT, puis délégué du personnel ou encore représentant syndical… « J’ai occupé pas mal de postes au syndicat et les dernières années j’étais délégué syndical central pour l’ensemble d’Haribo France », relate-t-il.

    En clair, il a été à la pointe du combat pour les droits des travailleurs du bonbon pendant de nombreuses années. D’où sa présence régulière sur le piquet de grève de ceux qui ont repris le flambeau. « À mon époque, la direction faisait des propositions plus raisonnables et les gens étaient, de fait, moins enclins à partir au conflit », raconte Didier. Avant de développer l’analyse : « On sait que la société n’est pas en faillite : le chiffre d’affaires n’arrête pas de monter. J’ai connu Haribo à 100 millions de chiffre d’affaires par an. Puis c’est passé à 200, 300… Et maintenant 370 millions ! Et les bénéfices, ça monte aussi ».

    « Ils ont du mérite »

    Son expérience lui permet de rappeler à tous, qu’à une époque, le dialogue social était un peu moins complexe. Rappelons que, pour l’heure, la direction renvoie de potentielles négociations au 28 septembre prochain. Et ce, après déjà plusieurs semaines de grève. « Que la direction propose un montant bas au début, que les syndicats demandent haut, c’est normal c’est le jeu des négociations… Mais là, avec l’inflation qu’il y a, l’essence qui flambe… Si on ne te donne que 18 euros d’augmentation, faut comprendre que les gens n’ont pas envie d’être pris pour des débiles ! », tempête-t-il avec vigueur. Il porte un regard bienveillant sur la lutte de ses anciens collègues : « Ils ont du mérite d’être aussi motivés. Durer autant de temps, ce n’est pas simple ». Celui qui travaillait « à la réglisse » avant son départ à la retraite en janvier 2024 note que le mouvement actuel est « historique ». « En 83, j’avais connu un gros mouvement de grève, de plusieurs semaines. Depuis, ils ne duraient que quelques jours », explique-t-il. La réglisse est d’ailleurs une des productions majeures du site marseillais : « J’ai passé une partie de ma carrière à la réglisse souple, avant j’étais à la réglisse fourrée. La souple, c’est les bouts de torsades et les mètres à rouler. J’étais en bout de ligne de production, j’emballais et je conditionnais la réglisse, dans les boîtes et cartons ».

    Son arrivée à Haribo raconte d’ailleurs une autre réalité du monde du travail, celle des années 80 : « Je sortais de l’école, je cherchais du boulot un peu n’importe où… La boîte d’intérim m’a envoyé ici et je ne suis jamais reparti. Je suis arrivé au mois de février et en juillet j’étais embauché ». Un temps où la politique économique était assurément moins libérale : « À l’époque, il y avait beaucoup d’intérimaires, mais c’étaient les premiers mois de Mitterrand et il y avait eu une loi pour limiter les abus du recours à l’intérim… Alors tous les intérimaires de l’atelier où je travaillais ont été embauchés, c’était 60 embauches quand même ». Avant de résumer : « J’étais au bon endroit au bon moment ! »

  • [C’est l’été] Mélanie Costanzo, arboricultrice : « Les femmes peuvent y arriver »

    [C’est l’été] Mélanie Costanzo, arboricultrice : « Les femmes peuvent y arriver »

    Au Poët, dans les Hautes-Alpes, Mélanie Costanzo, 39 ans, cultive 15 hectares de pommiers. Ici, il fait toujours beau. Ses pommes labellisées IGP (Indication géographique protégée) et Label Rouge, profitent de « 300 jours d’ensoleillement à l’année », selon l’arboricultrice. Issue d’une famille de producteurs sur trois générations, présidente de sa coopérative, elle gère l’exploitation familiale depuis 6 ans. Une trajectoire bien différente de ce qu’elle avait imaginé au départ.

    « À la base, j’étais à fond dans l’Art, j’ai un BTS dans le design. Je suis partie à Marseille, j’ai fait les Beaux-Arts et une école d’architecte », raconte la pomicultrice. Puis, en 2012, elle perd son grand-père. Un décès qui chamboule l’organisation de l’exploitation familiale. Son père ne se sentant plus de continuer tout seul, Mélanie Costanzo ne voulait pas voir disparaître l’héritage familial. Quand elle était petite, elle se souvient d’avoir souvent accompagné sa grand-mère sur les marchés. « Mes grands-parents ont travaillé dur pour avoir ce qu’il avait. Il était hors de question que la ferme parte de la famille », revendique-t-elle. À ce moment, elle avait 25 ans. L’étudiante en art quitte la ville et ses études pour revenir dans son village et ses montagnes : « Et c’est clairement devenu une passion », raconte-t-elle le regard pétillant.

    Transmettre son amour pour la nature

    Aujourd’hui, Mélanie Costanzo est aussi mère de trois enfants. « Ça fait du boulot ! », sourit-elle. Dans une profession où on ne compte pas les heures, l’équilibre se construit différemment. Dans son entourage, tous connaissent ces contraintes, comme son mari qui est aussi agriculteur. « L’avantage, c’est qu’on se comprend », glisse-t-elle. Mais elle ne regrette rien. « Non jamais. Ma campagne me manquait. Il était hors de question de rester en ville. On est dans des paysages magnifiques », atteste-t-elle, l’air satisfait.

    Ce qu’elle aime, c’est d’abord transmettre, expliquer comment elle produit ses pommes, savoir qu’elles se retrouvent dans les assiettes des gens. À la récolte, elle accueille des classes de primaires pour les sensibiliser à la nature et son fonctionnement. « On explique de la floraison à la production. On est contents de les voir avec le sourire quand ils croquent dans la pomme. Le bonheur c’est juste ça pour moi. »

    Prouver sa place

    dans un monde d’hommes

    Dans ses vergers d’altitude, la golden est reine. Avec le Limousin, les Hautes-Alpes sont la région principale de cette variété. « Avec les nuits très fraîches, elle prend un peu de “blush”, des reflets un peu rosés très caractéristiques. » Un savoir-faire qu’elle défend, notamment à travers les labels : « C’est important pour faire valoir notre terroir. » Mais ce lien à la nature est aussi une source d’inquiétude. Le changement climatique est une source d’angoisse. « Il y a dix jours, on a fait une nuit d’anti-gel à -1, et une semaine plus tard on a 33 degrés. Les arbres ne comprennent pas. » Les conséquences sont visibles : chutes de feuilles, arrivée des ravageurs… Malgré tout, elle insiste : « Nous, on est dans la production mais aussi dans la protection de l’environnement. » Elle est la première de la famille à avoir développé des cultures biologiques.

    Dans la coopérative, Mélanie Costanzo est quasiment la seule fille et elle en est présidente. Son objectif : faire monter le féminin dans le secteur. Elle rappelle que les femmes restent minoritaires : « Elles représentent moins d’un tiers des gérances d’exploitation agricole. » Dans la famille, il n’y avait pas de fils pour reprendre la ferme, comme il est encore souvent admis. Mélanie Costanzo a une petite sœur. « Mon père s’est dit : j’ai deux filles… jamais de la vie elles reprendront. » Elle apprend le métier au côté de son père. Aujourd’hui, elle mesure sa persévérance : « Je suis fière d’avoir réussi à montrer à mon père que les femmes aussi peuvent y arriver. » En attendant, elle essaie de préparer la relève et de cultiver cette passion pour ses enfants : « On verra si ça suit ou pas… »

    Marie Moreau

    fruiticimes.fr

    Une golden aux trois labels

    Mélanie Costanzo cultive une golden reconnue pour sa qualité. Ses pommes portent trois labels. L’Indication Géographique Protégée (IGP) garantit leur lien avec le terroir des Hautes-Alpes. Le Label Rouge distingue une qualité gustative, contrôlée par des tests réguliers. Et le label Vergers écoresponsables certifie une production respectueuse de la biodiversité et des ressources. À maturité, les fruits sont récoltés à la main.

  • Ludovic, irréductible gréviste d’Haribo et fier de son boulot

    Ludovic, irréductible gréviste d’Haribo et fier de son boulot

    Avec 32 ans d’ancienneté au sein de l’usine d’Haribo à Marseille, Ludovic Mayer a vu des tonnes de bonbons défiler sur les lignes de productions.

    Il fait partie de ces salariés pour qui le travail au siège social français du roi de la confiserie représente sûrement plus qu’un simple job. « Je suis fier de parler d’Haribo à mon entourage, j’aime la marque, ce n’est pas pour rien que je suis là depuis 32 ans, malgré les hauts et les bas », explique-t-il, avec visiblement un certain attachement. Pourtant, depuis plus de sept semaines, ce syndiqué de Force ouvrière et élu suppléant au comité social et économique (CSE) de l’entreprise, connaît plus de bas que de hauts.

    Car il fait aussi partie des irréductibles grévistes qui réclament inlassablement une hausse de salaire. Comme d’autres, il multiplie les heures de grève face un dialogue social plus que difficile et une direction qui renvoie de potentielles négociations à l’an pèbre… « On a vraiment atteint un haut niveau d’incompréhension avec la direction sur la répartition de la valeur, notamment par rapport aux efforts faits par les salariés à la production », dénonce-t-il. Avant d’aborder le fond du conflit : « Ce qui était proposé, c’était une augmentation au niveau de l’inflation de l’année précédente, c’est-à-dire 0,9% de la masse salariale donc environ 360 000 euros au total, alors qu’on a fait une année record en 2025 où l’on approche les 35 millions d’euros de bénéfice net. » Pas besoin d’être mathématicien pour comprendre le ressentiment des travailleurs du bonbon : « On est en droit de demander mieux que ça ! »

    Un poste à la croisée

    des chemins

    Mesuré, Ludovic Mayer est tout de même lucide sur la situation : « En 32 ans, ce n’est que ma deuxième grève, je suis syndiqué depuis 14 ans et malgré le fait que je fasse grève, je tiens à l’entreprise. Mais depuis quelques années, il y a une autre façon de travailler, avec des changements brutaux. » Un constat d’autant plus éclairant qu’il a connu des périodes moins fastes au sein du confiseur. « En 2016, il y a eu un cap passé avec 110 équivalents temps plein (ETP) qui ont été enlevés avec beaucoup de départs à la retraite naturels et des conditions de départs favorables. C’est à partir de là qu’on est vraiment rentré dans une ère de semi-automatisation », raconte-t-il.

    Et il en connaît un rayon sur le sujet puisqu’il est l’un des chefs de projet technique. Un poste à la croisée des chemins chez Haribo, à la fois « pluridisciplinaire » et « entre les besoins des clients et les besoins de la production ». « On met en œuvre techniquement les évolutions des besoins des consommateurs : nouvelles façons d’avaler le bonbon, nouvelles façons de les couler, nouvelles façons d’optimiser les temps d’étuvage… », développe-t-il. En clair, son service est « au contact de la production » mais aussi en lien avec d’autres services : « Gestion, recherche et développement, marketing. »

    Concrètement, il peut être en charge d’optimiser le matériel existant ou trouver de nouvelles machines plus adaptées aux évolutions des besoins. D’où le lien avec les départs de 2016 où les salariés d’Haribo ont connu « de nouvelles façons de travailler mais aussi de nouvelles contraintes ». D’où le lien avec la grève actuelle : « Je peux entendre les arguments de la direction, sur le fait que le marché de la confiserie est en baisse au niveau national, mais cela fait trop d’années que l’on entend cela. Cette grève, c’est aussi un cumul des années précédentes, il y a un problème avec la répartition qui est faite au regard de la somme des bénéfices nets dégagés par l’entreprise. » Les années précédentes justement, Haribo a réalisé 24,9 millions d’euros de résultats nets en 2023, 20,4 millions en 2022 et 21,8 millions en 2021… De quoi alimenter les raisons de la colère.

  • Amélie Lavin : comment traverser le passé et le présent de Marseille ?

    Amélie Lavin : comment traverser le passé et le présent de Marseille ?

    Pour tenter d’éclairer son parcours personnel, Amélie Lavin explique qu’une préoccupation simple et forte l’habite depuis toujours : parmi les flux d’une époque qui recycle, efface et transforme constamment nos représentations du monde, « comment relier ici et maintenant, les textes et les images ? ». Un peu tardivement, la trentaine venue, après être passée par des études d’histoire et de sémiologie, pendant qu’elle entamait un recadrage transdisciplinaire à propos d’un grand primitif de la photographie, Hippolyte Bayard, son directeur de recherche Michel Poivert ainsi qu’Alexia Fabre, rencontrée au Mac Val, l’avaient convaincue : sans être une vocation, le métier de conservatrice de musée pouvait devenir une réponse à ses interrogations.

    Sans contradictions avec sa personnalité foncièrement frondeuse et indépendante, une autre de ses convictions, son souci des exigences du service public lui permet d’appréhender les privilèges et les contraintes d’une institution dont elle fut avec honnêteté et franc-parler, pour le personnel du Mucem, une impeccable représentante syndicale. Sa mère, Marie Lavin est une historienne passionnée par l’histoire de l’art, l’appartement de son enfance en région parisienne était bourré de livres. Pendant ses vacances, ses parents l’emmenaient visiter la Provence et l’Italie. Universitaire à Paris, son frère cadet, Mathieu Lavin est l’auteur de monographies à propos des cinéastes Ozu et Manuel de Oliviera.

    Des fragments de récits et les témoignages de proches amis achèveront ce rapide portrait. Loin des assignations et de l’entre-soi parisiens, dix années libres et inventives à la tête d’un musée de sous-préfecture (en Franche-Comté, Dole compte 27 000 habitants) lui auront permis d’élaborer sa méthode de travail, ses règles de conduite. Elle se souvient avoir rencontré Henri Cueco, atteint par Elzheimer, communiquant avec elle, avec des dessins qu’il griffonnait sur une petite toile. Au téléphone, le peintre-photographe Jean-Marc Cerino qu’elle avait exposé en 2014 et dont elle aime les multiples « entrées en résistance » parle d’elle comme si elle « n’était pas du sérail » : chaque fois qu’il la rencontre de nouveau, il affectionne son allant et son intégrité qu’il trouve proches de la « petite espérance » que Walter Benjamin préconisait farouchement. Sincèrement élogieux, Vincent Giovannoni qui fut pendant presque trois ans son voisin de bureau au Mucem tandis qu’elle orchestrait le succès public de « Paradis naturistes », une exposition souhaitée par Jean-François Chougnet, estime que sa maturité émotionnelle et son respect vis-à-vis des personnes avec qui elle travaille, lui ont souvent rappelé la vision lucide de Jean Genet qui affirmait qu’« on n’est pas artiste sans qu’un grand malheur s’en soit mêlé ».

    Cantini, un « matrimoine »

    qu’il faut réinventer

    Elle avait quitté Dole en 2022 pour venir travailler à Marseille, entre autres raisons parce qu’elle pensait que les deux adolescents qui sont ses enfants avaient besoin d’une grande ville. La donne de Marseille, les vives complicités et les remises en question qu’elle perçoit quotidiennement en compagnie de l’autre conservatrice de Cantini, Louise Madinier ou bien avec Stéphanie Airaud qui pilote le Mac ainsi qu’avec le directeur des musées de Marseille Nicolas Misery, son écoute d’un territoire complexe où les amnésies et les renaissances sont multiples, lui donnent la joie et les stimulations d’un travail collectif. Titré « Une langue échappée », coréalisé avec Louise Madinier, le récent accrochage des collections du musée qui fait la part belle à des artistes provisoirement marginalisés, souvent des femmes qui œuvrèrent sur la scène méditerranéenne ainsi que son projet d’exposition « Juste au-dessus du silence », donnent une idée de l’inflexion qu’elle veut donner à son musée. À partir de la donation et de la restauration d’un « grand tableau antifasciste et collectif » initié par Jean-Jacques Lebel, il s’agira de réévaluer le rôle des femmes et des artistes algériennes engagées depuis les années 1950 contre les violences, les censures et les tortures.

    En face de l’audace de ce projet on comprendra que sa programmation se situe dans le droit fil de la meilleure tradition de Cantini dont les responsables furent presque exclusivement des femmes : entre autres, Marielle Latour qui réalisa à Marseille en 1982 avec la première rétrospective consacrée à Baya et Danièle Giraudy qui exposa Jean de Maisonseul à Antibes, autrice de l’autre côté de la Méditerranée, en 1987, d’un hommage à Picasso et aux Femmes d’Alger.

  • [C’est l’été] Pierre, médecin tout-terrain

    [C’est l’été] Pierre, médecin tout-terrain

    Entre son activité au Samu à plein temps, ses interventions à la base de Marignane en tant que médecin volontaire et son engagement auprès des sapeurs-pompiers volontaires à Rognac, Pierre Morel jongle allègrement avec trois plannings et ce n’est pas près de s’arrêter. « Tant qu’à faire ! Quand on aime ça », nous répond-il quand on lui demande comment il fait avec toutes ses casquettes. Parmi l’équipe d’intervention à bord de l’hélicoptère, le médecin est tout aussi essentiel que le pilote, le mécanicien de bord, l’infirmier ou le secouriste « spécialisé hélico », « un SSH dans notre jargon à nous », explique-t-il.

    Trois institutions ou organismes « fournissent des médecins » à la Sécurité civile, le Samu des Bouches-du-Rhône, le Sdis 13 et le Bataillon des Marins-Pompiers, poursuit Pierre Morel, confessant qu’il en apprend tous les jours sur cette entité assez spéciale. « J’ai découvert il y a quelques années qu’il y avait un département déminage que je ne connaissais même pas ! », indique-t-il dans un sourire.

    Son engagement, « c’est très ancien ». « Ma première permanence, je l’ai faite en octobre 1989. Vous voyez, ce n’est pas d’hier ! », raconte-t-il. Ce qui l’a motivé, c’est élargir son panel de connaissance du métier. « Dans notre activité médicale extra-hospitalière, c’est une manière de mettre en œuvre notre profession, qui est un petit peu différente », estime-t-il. Même si le cockpit de l’hélico reste tout aussi contraint qu’un camion du Samu, avec chaque chose à sa place, des sacs rouges bien organisés.

    Autre atout, maîtriser à la fois l’intérieur, pour celui qui fait aussi de la régulation, et les interventions à l’extérieur. De quoi améliorer la prise en charge de la victime. Le concours de l’infirmier est aussi d’importance, « ça va plus vite évidemment à quatre mains qu’à deux mains ». Il descend alors, treuillé, après que le secouriste ait assuré la sécurité. Un ordre et des règles qui comptent, insiste-t-il.

    Quand le diable se niche

    dans les détails

    « La Sécurité civile, c’est un environnement sécuritaire que j’apprécie tout particulièrement. On n’est pas dans une entreprise privée qui pourrait estimer qu’il faut que la machine vole pour rentabiliser », précise-t-il, « ici, s’il y a un moment il y a un voyant qui s’est allumé, même si on sait que c’est un voyant qui ne pose pas de problème, s’il y a une des fenêtres sur laquelle il y a une toute petite fissure qui a commencé parce qu’il y a une vis qui a claqué le petit plexiglas… On en tient compte ». C’est même pour lui « essentiel ». Il se souvient d’un drame, « il y a quelques années… C’était l’hélicoptère du Samu 30 qui s’est crashé sur les collines de la Nerthe avec trois morts dedans ».

    Pour agir vite et bien, l’entraînement reste également une constante. « Le treuillage c’est une phase habituelle mais qui n’est pas dénuée de risques, et nécessite une pratique régulière. Il faut une forme physique minimale, même si vous le voyez je ne suis pas un grand sportif », se marre-t-il. Plus impressionnant, il détaille aussi cette formation plus sous-marine, « au cas où on est obligé de s’extraire d’un hélico qui se met à l’eau. On nous plonge dans la mer, et il faut qu’on puisse se détacher, apprendre les gestes ».

    Pour le reste, il se dit avoir été comme touché « par un virus ». « Une fois qu’on y est, on apprécie tellement ça. Alors si en plus de l’activité, le compagnonnage avec les collègues est fantastique, pourquoi vouloir le quitter ? » précise Pierre Morel, qui assure volontiers jusqu’à trois permanences par mois sur la base de Marignane.

    « Ça me plaît, ça c’est évident. Il pourrait y avoir de la lassitude, de la fatigue… mais non », enchaîne-t-il, mettant en avant son moteur : « le côté humain ». « C’est sans fin. Rien que la satisfaction d’avoir eu le sentiment d’aider la personne… » se félicite-t-il. Et puis « on a des situations incroyables, des choses que personne ne vivrait à part nous, quoi, finalement » estime le médecin, « je ne veux pas faire dans le lyrique, mais vous imaginez bien que quand vous survolez la mer Méditerranée, les calanques… On a de ces points de vue… On n’en est jamais blasé ».

    Reste la vérité crue de l’intervention. S’il tient, c’est aussi parce qu’il a « une capacité à oublier faramineuse ». Mais il y a des souvenirs qui s’incrustent. Comme cette mission dans la Sainte-Victoire « où un caillou s’est détaché par le souffle de l’hélico, alors qu’on était auprès de la victime. Et en fin de compte « le gros caillou a claqué sur une dalle de roche à côté de nous à 5 ou 10 mètres. Et là vous vous dites : “On est passés près quand même” Et on ne peut rien y faire ». Le secours porté à un plongeur en arrêt cardiaque dans la rade de Marseille ou le treuillage sur un bateau l’ont aussi marqué.

    « C’est l’inconnu. Même si les choses se sont améliorées, puisque grâce à l’informatique qui a envahi évidemment tous nos systèmes, on a quand même des informations même pendant qu’on vole sur notre smartphone de travail. On peut lire à jour le bilan qui a été passé », nuance-t-il. Et puis « dans l’activité urgentiste, il y a le vinaigre et il y a le sucre, le miel. Ce sont des activités comme ça qui font le miel, le petit plus », résume-t-il.

    Assuré de la relève, « il y a plus de demandes que de places », heureux que la profession se féminise aussi, il imagine un arrêt de carrière « ferme, définitif et brutal ». Mais « sans regret aucun ». « Il y a 20 ans on aurait discuté ensemble, j’aurais fait exactement la même chose que ce que je fais actuellement. Quand ça s’arrêtera, ça s’arrêtera. »

  • Baptême du feu européen pour Thomas Wilkes

    Baptême du feu européen pour Thomas Wilkes

    Les projecteurs éclairent la piste du Qatar Sports Club Stadium de Doha. Au départ, huit hommes côte à côte. Tous portent une tunique frappée de « la virgule » ou des trois bandes, sauf un. Thomas Wilkes, tout juste 22 ans, arbore le maillot de son club : le Martigues Sport Athlétisme. Il ne le sait pas encore, mais le spécialiste du 110m haies va prendre la 3e place de cette étape de la Ligue de Diamant, le plus haut grade mondial de meetings. Avec à la clé, un record personnel en 13 secondes et 28 centièmes.

    Cette performance, parmi d’autres tout au long de l’été, lui a permis de valider son ticket pour les championnats d’Europe élites, à Birmingham (10-16 août). Une première sélection en équipe de France A pour le natif d’Aix-en-Provence. « Je suis heureux parce que c’est la récompense de beaucoup de travail. Pas forcément cette année, mais les années précédentes, quand j’étais blessé. Je pense que c’est ce travail-là qui paie maintenant, donc beaucoup de satisfaction. »

    Avant d’exploser au niveau mondial, Thomas Wilkes a connu les blessures, quasiment toutes au même endroit. « J’ai eu deux ans de galère avec dix blessures aux ischios-jambiers. Cette année, c’est ma première saison complète. J’ai réussi à me débloquer mentalement par rapport à ça parce que j’avais beaucoup d’appréhensions. Cette année, je me suis prouvé que je pouvais enchaîner les compétitions sans blessures. Je n’ai jamais fait autant de compétitions. Là, je suis en super confiance, à 200% », lâche-t-il.

    Bien entouré à Aix

    Le jeune hurdleur bucco-rhodanien a retranché deux dixièmes à son record personnel, comparé à l’année 2025 (13.48 contre 13.27). Une explosion hors-norme, qui a débuté sur une course en solo, à Orange. Lors des interclubs, pour sa rentrée estivale, le sprinteur a claqué un 13.38 en courant seul, avec dix haies en face de lui et pas de présence humaine autour. « C’est ça qui m’a mis dans le bain. C’est ça qui m’a fait réaliser que cette saison, il y avait peut-être quelque chose à faire », dira-t-il simplement.

    Les chronos vont continuer de descendre avec notamment 13.32 et 13.27 réalisés, coup sur coup, à Paris. Ensuite, les temps seront sans doute moins dans la même gamme, mais il arrivera tout de même à grimper sur le podium des championnats de France, fin juillet (3e). Aujourd’hui, Thomas Wilkes évolue dans un cadre idéal au sein du Creps d’Aix-en-Provence. « J’ai trouvé un très bon équilibre dans ma vie. Je pense que c’est vraiment la clé. C’est ça qui a fait qu’aujourd’hui, je peux enfin lâcher les chevaux. » Outre son coach, Franck Né, il est bien entouré avec des partenaires d’entraînements redoutables. En tête, Sacha Alessandrini, numéro 3 européenne cette année, mais aussi Ronan Greff ou Raphaël Mohamed.

    Ces championnats d’Europe, il les aborde avec l’envie de faire sa place, au milieu des stars. « Je n’y vais pas en spectateur non plus. Mais je le prends comme une nouvelle expérience, après les Diamond League, les France Elite etc. J’y vais pour apprendre des grands, je vais être entouré de légendes de l’équipe de France. » À Birmingham, Thomas Wilkes sera loin d’être un touriste.

    Un athlète international en mal de sponsor

    Trouver des partenaires pour accompagner sa carrière est parfois compliqué, surtout dans l’athlétisme. Thomas Wilkes porte sur chaque course le maillot de Martigues Sport Athlétisme pour une raison très simple : il n’a pas de sponsor.

    « J’espère que l’année prochaine, j’en aurai. Mais en tout cas, pour le moment, je n’en ai pas. Je suis fier d’être dans ce club-là. Ils m’ont accueilli cette année, ça se passe super bien. Je les remercie énormément, d’ailleurs, parce qu’ils m’ont beaucoup apporté cette saison. Pour les remercier, je mets le maillot dans tous les coins du monde », raconte l’athlète.

    Les Martégaux auront même un autre athlète aux championnats d’Europe avec le discobole Lolassonn Djouhan.

  • [C’est l’été] Laurent Belorgey, oléiculteur : « S’adapter, c’est un défi »

    [C’est l’été] Laurent Belorgey, oléiculteur : « S’adapter, c’est un défi »

    « Après des études d’ingénieur, je suis parti dans une banque au Luxembourg. Pas vraiment destiné à faire un métier agricole. Au décès de mon père en 2002, je fais des allers-retours hebdomadaires sur l’exploitation pendant un an. Viens ensuite l’heure du choix » explique Laurent Belorgey. Et de préciser : « Je me souviens très bien, c’était au mois de mai à Marseille. J’ai pris la corniche pour me rendre à la Mutualité Sociale Agricole (MSA) et je me suis dit que c’était vraiment trop beau. Le Luxembourg y a que des banquiers et des assureurs. Faut être honnête, ce n’est pas la vraie vie ».

    En constante adaptation

    Au mois de septembre de l’année suivante, il rentre au pays avec sa petite famille. La Lieutenante est le nom de son exploitation à Saint-Martin-de-Crau près d’Arles qui doit son nom à la femme d’un lieutenant qui, sous le règne du roi Henri IV, à la suite des guerres de religion avait repris le domaine. « Mon histoire familiale commence là, sur cette propriété transmise depuis deux siècles. à l’origine, il y a avait du foin, des oliviers plantés en 1961 par mon grand-père Jean et puis un troupeau ovin IGP agneau de Sisteron label rouge » détaille Laurent. En 1963, Jean rachète avec quelques amis et voisins un moulin pour transformer les olives en huile et préparer des olives de bouche. « A partir de 1992, mon père Marc Bélorgey poursuit le développement de l’oliveraie familiale et participe au plan de relance de l’oléiculture française », retrace-t-il. En 2008, suite à une décision de l’ARS, une partie du troupeau doit être abattue, le reste est cédé à un berger.

    La passion pour moteur

    Une variété locale d’olivier est longue à produire, presque une dizaine d’année, Laurent le sait, alors il continue de planter des oliviers comme son grand-père et son père. « Si dans l’imaginaire, un olivier n’a pas besoin d’eau, il faut savoir que poussé à l’extrême, il ne produit plus. Il est hyper résiliant mais pour avoir des olives, il faut de l’eau et au bon moment » précise l’oléiculteur. Equipé de dendrométres pour mesurer la respiration de l’arbre, et les flux de sève et d’outils multispectraux… Il faut arroser juste.

    Son foin de Crau voit aussi de fait son système d’irrigation s’améliorer. Convaincu que « le tabouret tient mieux avec 3 pieds », Laurent avec un voisin s’intéresse aux amandiers à partir de 2017, et il commence à en planter. « La monoculture est trés compliqué dans l’agriculture. on est en première ligne du changement climatique. On le voit sur les dates de récoltes, de floraison. » L’olivier a besoin d’être pollinisé, un décalage sur la floraison impacte forcément la chaîne de l’écosystème. Aujourd’hui 80 hectares d’amandiers, 50 d’oliviers et 80 de foin composent le domaine. « La récolte est avancée de 15 jours actuellement. S’en rendre compte c’est une chose, s’adapter, c’est un défi. » Une seule certitude reste : il n’y a pas d’agriculture sans eau. Mais attention « Ce n’est pas du gaspillage, l’évapotranspiration des arbres, donne un climat plus frais dans la Crau. On doit être 5 degrés de moins que dans la Crau sèche, où il n’y a pas de foin. L’eau, c’est un cycle. »

    En agriculture, mieux vaut être passionné mais pas que. « La résiliance, le fait d’aller au bout des projets, de se donner tous les moyens pour y aller, c’est un travail de tous les jours » confie Laurent. Mais il ne faut pas oublier l’humilité. « On est face à la nature, on ne peut pas tout expliquer, tout maitriser. On est obligé de s’adapter en permanence. On doit faire avec le climat. » Laurent se pose quelques minutes puis poursuit « avec les fortes chaleurs de mai, on a fait du foin comme jamais au niveau qualité depuis 10 ans. » Ensuite vient l’interrogation : « Mais pour les oliviers ? Ils venaient juste de fleurir, je ne suis pas certain du coup de chaud sur les fleurs et sur les petites olives qui venaient à sortir. »

    Laurent garde en tête la nécessité de la polyculture et l’attachement à produire des beaux produits. « Voir les gens prendre du plaisir à consommer ce qu’on produit. C’est ma plus grande satisfaction. C’est concret. »

    Des huiles labellisées AOP

    Les quatre variétés d’oliviers, reconnues par l’appellation de la Vallée des Baux de Provence A.O.P sont cultivées au domaine de la Lieutenante : la Salonenque, la Béruguette, la Verdale des Bouches-du-Rhône et la Grossane.

    Grand cru noir ou vert ou encore huiles aromatisées sont proposées.