[Week-end] L’esprit de 1936 : un sursaut face au fascisme

Souvent financées par l’Italie et revancharde contre une République, affaiblie et instable avec six gouvernements se succédant de juin 1932 à février 1934, qu’ils n’avaient jamais admise, les Ligues d’extrême droite vont mobiliser leurs partisans et tenter de prendre d’assaut l’Assemblée nationale le 6 février 1934. La police tire pour disperser les manifestants, il y aura 15 morts et 1 440 blessés, dont 57 par balles.

« Regroupés sous le terme générique de « ligues », ces groupes se nourrissent pêle-mêle de corporatisme, d’antiparlementarisme, de nationalisme, d’anticommunisme, de xénophobie, de racisme et d’antisémitisme, le tout inspiré de Boulangisme et de Bonapartisme, mais surtout de l’expérience politique de l’Italie mussolinienne et, dans une moindre mesure, de celle de l’Allemagne hitlérienne », rappelle l’historien Jean Domenichino, auteur avec Xavier Daumalin de 1936, le Front populaire, Marseille et sa région (Editions Jeanne Laffitte). « C’est cet événement, bien plus que les violences elles-mêmes, qui enracine l’idée qu’il existe un véritable danger fasciste en France, avec des mouvements capables de prendre le pouvoir en dehors de tout processus électoral légal. Et c’est de cette crainte que surgit véritablement le Front populaire. »

Le choc est énorme, les fascistes ont failli renverser la République et la riposte va être à la hauteur partout en France. Dès le 9 février, le parti communiste organise une première manifestation, suivie le 12 par un appel des syndicats CGT et CGTU, rejoints par les partis politiques de gauche.

« A Marseille, la journée du 6 février 1934 n’avait été marquée que par le défilé sur la Canebière de quelques centaines de membres de l’Action françaises, de jeunesses patriotes et autres groupes factieux qui s’étaient heurtés sans grand dégâts aux militants communistes », racontait Jacqueline Cristofol, dont le mari Jean Cristofol sera ensuite révoqué de la douane pour fait de grève, dans Batailles pour Marseille (Flammarion). « Dans la matinée du 12 février 1934, cinquante mille manifestants, derrière des centaines de drapeaux rouges, occupaient la rue, socialistes et communistes côte à côte, défilant et se dispersant dans le calme, alors que dans l’après-midi, en réponse à la manifestation du matin, les factieux appelaient à l’émeute. »

Ainsi, sur La Canebière des coups de feu sont tirés depuis une voiture peinte en rouge sur des responsables de la Sûreté devant le Palais de la Bourse. Les pistolets mitrailleurs et les pistolets automatiques font plusieurs blessés et tuent un passant. La voiture sème la terreur rue Pavillon, quai de la Fraternité et rue de la République. On arrête des truands de la bande de Carbone. L’un d’entre eux, Liotardo, le propriétaire du véhicule, se suicide fort opportunément dans sa geôle de l’Evêché. Les trois autres en profitent pour le charger et sont acquittés par la cour d’assises le 28 mars 1936. Car à Marseille, les militants ouvriers ont face à eux le fasciste et futur collaborateur Simon Sabiani, bientôt vice-président du PPF de Jacques Doriot, soutenu par les voyous Carbone et Spirito.

Comments

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *