Tag: Espagne

  • Tragédie ferroviaire : l’Espagne en état de choc et des questions

    Tragédie ferroviaire : l’Espagne en état de choc et des questions

    La tragédie ferroviaire de mercredi qui s’est produite à Urda, dans la province de Tolède a provoqué en Espagne une énorme émotion et suscite d’importantes interrogations. Un deuil national de trois jours a été décrété et dès mercredi à 20h, des rassemblements ont eu lieu sur toutes les places et devant toutes les mairies d’Espagne pour observer une minute de silence en mémoire aux 68 personnes décédées, et en soutien à leurs familles, lors de ce terrible accident. Rappelons les faits. Ce mercredi à 8h53, deux trains grande vitesse se sont percutés au niveau de Urda dans la province de Tolède. Le 18 janvier c’est sur la même ligne qu’une collision entre deux trains causait la mort de 46 personnes à Adamuz en Andalousie. Ce sont au total 114 voyageurs décédés en à peine dix mois dans deux accidents de trains.

    Mercredi, pour une raison inexpliquée, comme l’a indiqué le ministre des Transports, Oscar Puente, lors d’un point presse, l’ordre de reprendre la circulation à marche normale a été donné à 8h36 par un opérateur du centre de contrôle d’Atocha. L’AVE qui avait déjà parcouru 25 kilomètres depuis Madrid a donc repris sa marche à pleine vitesse pour atteindre environ les 200 km/h. L’enquête devra dire pourquoi l’Iryo n’a pas redémarré suffisamment tôt, et n’a pu éviter la collision par l’arrière de l’AVE lancé à grande vitesse.

    Le ministre a indiqué également qu’il est « inexplicable que l’ordre ait été donné aux trains de redémarrer en marche normale alors que la signalisation à l’entrée de la gare de Urda était au rouge et qu’il aurait fallu ordonner le redémarrage en marche à vue c’est-à-dire à 40 km/h. L’enquête devra éclaircir les circonstances de cet accident ». De plus, la conductrice de l’Iryo avait fait savoir par radio au centre de contrôle qu’elle ne pouvait pas redémarrer immédiatement. Il y avait encore le temps de prévenir le conducteur de l’AVE pour qu’il réduise sa vitesse ou qu’il s’arrête… entre la remise en marche de l’AVE et le choc avec l’Iryo il s’est passé 17 minutes.

    L’extrême droite tente

    de récupérer le drame

    En plus des questions qui se posent quant à l’état du réseau et des systèmes informatiques s’ajoute l’incompréhensible réaction de l’opérateur, qui a ordonné le redémarrage en marche normale. Selon le journal en ligne Eldiario.es qui a pu avoir accès aux audios entre les conducteurs et le centre de contrôle, le problème a commencé avec une panne d’ordre technique, puis ont suivi au moins trois erreurs de l’opérateur, notamment en donnant l’ordre de redémarrage à l’AVE à grande vitesse, ce qui contrevient aux protocoles ferroviaires. Compte tenu des circonstances la marche à vue aurait dû être préconisée.

    Malgré le deuil national, respecté par presque tous les partis politiques qui ont suspendu leur agenda de pré-campagne électorale, plusieurs centaines de personnes ont manifesté mercredi soir devant le siège du ministère des transports à l’appel de « la phalange » parti néo franquiste aux cris de « criminels ! à bas le régime de 78 » autrement dit la transition démocratique. Vox, le parti d’extrême droite a pour sa part refusé d’interrompre sa campagne qu’il relance de plus belle et de façon indigne en utilisant cette tragédie à des fins politiques.

  • Effroyable tragédie ferroviaire en Espagne

    Effroyable tragédie ferroviaire en Espagne

    L’Espagne est endeuillée par un deuxième accident ferroviaire en l’espace de quelques mois. Ce mercredi à 8h53, deux trains grande vitesse se sont percutés au niveau de Urda dans la province de Tolède. Un bilan provisoire en milieu d’après-midi fait état de 68 morts, en janvier c’est sur la même ligne qu’une collision entre deux trains causait la mort de 46 personnes à Adamuz en Andalousie

    Ce mercredi matin, un premier train d’une compagnie privée l’Iryo, quitte la gare d’Atocha de Madrid direction Séville, à son bord 147 passagers. Un peu plus tard, c’est un train AVE de la RENFE qui quitte Madrid sur la même ligne avec à son bord 397 voyageurs dans la même direction. A 8h30 le système de contrôle informatisé de la gare d’Urda (province de Tolède) tombe en panne. Dans ce cas là tous les trains en circulation ont ordre de s’arrêter décision prise par le centre d’Atocha. Six trains en tout ont donc été immobilisés, dont l’Iryo à Urda. Pour une raison inexpliquée, comme l’a indiqué le ministre des transports Oscar Puente lors d’un point presse à la mi-journée, l’ordre de reprendre la circulation à marche normale, a été donné à 8h36 par un opérateur du centre de contrôle d’Atocha. L’AVE qui avait déjà parcouru 25 kilomètres depuis Madrid a donc repris sa marche à pleine vitesse pour atteindre environ les 200 km/h. Pour une raison que l’enquête devra éclaircir l’Iryo n’a pas redémarré suffisamment tôt et n’a pu éviter la collision par l’arrière de l’AVE lancé à grande vitesse.

    Le choc a été effroyable plusieurs voitures sont tombées en contrebas et de l’amas d’acier et de ferraille ont été extraites près de soixante dix personnes décédées et 58 blessés (bilan provisoire).

    L’enquête à l’heure qu’il est s’oriente vers une défaillance humaine. Le ministre, Oscar Puente, qui a apporté la solidarité du gouvernement aux victimes et à leurs familles a fait part de sa consternation et de celle du chef du gouvernement Pedro Sanchez devant une telle tragédie « je veux m’en tenir au faits, il y a eu un panne informatique, dans ce cas c’est le centre de contrôle qui reprend la main, il est inexplicable que l’ordre ait été donné aux trains de redémarrer en marche normale alors que la signalisation à l’entrée de la gare de Urda était au rouge et qu’il aurait fallu ordonner le redémarrage en « marche à vue c’est-à-dire à 40 km/h. L’enquête devra éclaircir les circonstances de cet accident ».

    Le roi Felipe VI a transmis dans l’après midi ses condoléances aux familles des victimes. Plus d’une centaine d’effectifs de l’unité militaire d’urgence sont sur place et les blessés sont évacués par ambulances et hélicoptères vers les hôpitaux de Tolède et Alcazar de san juan et Madrid. Un appel a été lancé en urgence pour des dons de sang.

    Rappelons que le 18 janvier 2026 une collision entre deux trains, Iryo et AVE également, avait fait 46 morts à Adamuz province de Cordoba en Andalousie sur cette même ligne. Quelques jours plus tard un train de banlieue près de Barcelone déraillait faisant 41 blessés. La tragédie ferroviaire de ce mercredi interroge à nouveau sur l’état du réseau ferroviaire, sur les conditions de travail et sur l’ouverture des lignes à la concurrence privée.

    Pedro Sanchez, le chef du gouvernement s’est exprimé à 16h devant les médias et a promis de « rétablir la confiance sur le système ferroviaire espagnol, de faire la lumière sur ce drame et chercher les responsabilités d’où qu’elles viennent » il a annoncé un deuil national de trois jours les 29, 30 et 31 octobre.

  • [Chroniques méditerranéennes] Javier Milei et Jordan Bardella en mission trumpiste

    [Chroniques méditerranéennes] Javier Milei et Jordan Bardella en mission trumpiste

    L’adepte des coupes à la tronçonneuse dans les dépenses publiques s’est livré, mercredi, depuis le Casino de Madrid, à un déversement de haine à l’encontre de Pedro Sanchez, le chef du gouvernement, le traitant d’« imprésentable dictateur, délinquant, voleur, corrompu… ». Dans la foulée, le « dingo » argentin, qui est visiblement venu chercher la confrontation, a exhorté à « sortir les socialistes à coups de pied ». On pourrait rire de ses saillies, quoique, s’il n’était le président d’un des principaux pays d’Amérique latine, peuplé de 46 millions d’habitants, où il applique une politique de destruction des services publics faisant de la tronçonneuse le symbole de sa politique économique. On peut aussi rappeler ses propos lors d’un discours au Forum de Davos, où il a affirmé que « le féminisme, la diversité, l’inclusion, l’équité, l’immigration, l’avortement, l’idéologie du genre, sont différentes têtes du même monstre ». Une politique qui le rapproche de l’extrême droite européenne, et de Trump, son mentor, et que le Parti Populaire et Vox en Espagne voudraient mettre en place s’ils gagnent les élections générales du 29 novembre.

    Clairement, Javier Milei, tout comme Jordan Bardella le président du RN en France, venu le 12 octobre à Ceuta rencontrer et soutenir le leader de Vox, Santiago Abascal, sont les deux représentants d’une internationale fascisante qui opère en terre ibérique une ingérence visant à aider politiquement les forces les plus réactionnaires. Ils veulent en finir avec un gouvernement de gauche qui a placé l’Espagne en tête des pays européens au niveau de la croissance. Un gouvernement qui a augmenté régulièrement le salaire minimum et les pensions, qui a reconnu, parmi les premiers, l’État palestinien, qui s’est opposé à Trump en interdisant l’utilisation des bases américaines en Espagne à des fins guerrières, qui a étendu les droits sociaux des travailleurs, qui a mis en place une politique de l’immigration pragmatique et humaine en régularisant des dizaines de milliers de migrants… Démontrant que l’immigration n’est pas un poids pour la société, mais un atout économique, social et culturel.

    Quand Jordan Bardella vient en Espagne, pour décrire Ceuta comme étant « le futur de l’Europe si les frontières ne sont pas mieux contrôlées » rejoignant ainsi son alter ego Santiago Abascal qui parle d’« invasion », accusant Madrid de ne pas défendre les frontières, le dirigeant du RN vient renforcer le discours sécuritaire du néofranquiste avant les élections législatives. Cette rencontre visait à montrer notamment l’existence d’un réseau d’alliés européens d’extrême droite en cas de victoire de Marine Le Pen.

    Quand Javier Milei, qui a parlé cette semaine également d’« invasion des étrangers en Espagne » en ajoutant que « les femmes ne peuvent plus sortir seules dans les rues des principales villes », le président argentin vient également renforcer le discours sécuritaire de l’extrême droite et de la droite espagnole à quelques semaines du vote. Une ingérence inadmissible, d’une rare agressivité de la part de dirigeants et responsables politiques d’autres pays en visite en Espagne. Trump et Netanyahou doivent être satisfaits de la prestation de leurs missionnaires.

    Journaliste, président de l’Association pour le souvenir de l’exil républicain espagnol (Aseref)

  • Ailleurs en Europe, la jeunesse aussi se révolte

    Ailleurs en Europe, la jeunesse aussi se révolte

    Ils veulent étudier dans des conditions dignes, rejettent la casse des services publics et la militarisation de l’économie, exigent de pouvoir vivre de leur travail, habiter dans des logements salubres aux loyers décents quand certains dénoncent la corruption de leurs dirigeants. Ils rejettent la politique néolibérale qui leur a été imposée par leurs aînés et dont ils subissent les conséquences. Loin d’ouvrir le dialogue, les capitales européennes choisissent la répression. En Espagne, au Portugal, en Belgique, en Italie mais aussi en Grèce, en Albanie et en Serbie, cette jeunesse qui rêve d’un monde meilleur et plus juste ne recule pas et déambule dans les rues, solidaire, s’inspirant des luttes de son voisin.

    Témoignages recueillis par Laureen Piddiu à lire ci-dessous

    En Espagne, « le reflet de la crise du logement »

    Au Portugal, « l’extrême droite en puissance » En Serbie, « contre la corruption »

    En Albanie, « on ne trouve pas de travail »

    En Belgique, « la militarisation signifie la casse de nos services publics »

    En Serbie, « contre la corruption »

    En Italie, « transformer la colère, un défi »

    En Grèce, « pour la guerre, il y a de l’argent !

  • [La jeunesse européenne se révolte] En Espagne, « le reflet de la crise du logement »

    [La jeunesse européenne se révolte] En Espagne, « le reflet de la crise du logement »

    Maricarmen est décédée le 7 octobre, mais la contestation ne faiblit pas. Minoritaire, dans l’incapacité de prendre des mesures urgentes, le Premier ministre socialiste Pedro Sanchez a convoqué des élections anticipées le 29 novembre. Les syndicats espagnols appellent à la grève générale le 11 novembre prochain.

    Jesús Perez, membre de l’Union des jeunesses communistes d’Espagne (UJCE), stagiaire

    « Le mouvement a commencé à la suite de l’expulsion de Maricarmen, cette vieille dame qui a d’ailleurs fini par mourir. La jeunesse ouvrière a décidé, avec les syndicats des locataires, d’occuper Madrid. Le mouvement s’est étendu en Espagne, en particulier dans les grandes villes comme Séville ou Barcelone. C’était le reflet de la crise du logement que nous connaissons en Espagne. Le marché est parasité par les intérêts privés, la touristification, la gentrification de nos villes et de nos quartiers, ainsi que par la hausse du coût de la vie. Ces trois facteurs nous empêchent de mener une vie normale. Nous en avons assez d’être les victimes du système. Après le rejet au Parlement des textes sur le logement, les syndicats ont obtenu la grève générale. La gauche doit remporter les élections législatives à venir. Pour la classe ouvrière, ce serait un désastre si un gouvernement conservateur, soutenu par l’extrême droite, venait à voir le jour. »

  • Frente Amplio, la volonté d’unir largement à gauche

    Frente Amplio, la volonté d’unir largement à gauche

    à quelques semaines de l’échéance électorale du 29 novembre, les partis à gauche du PSOE ont constitué samedi à Madrid le Frente Amplio (Front Large) composé d’une quinzaine de partis emmenés par Izquierda Unida, Mas Madrid, Comuns, Movimiento Sumar. C’est au cours d’un meeting au parc Lineal del Manzanares de Madrid que les principaux dirigeants de ces formations ont officialisé Frente Amplio qui se veut comme la principale alternative au PSOE et réclame l’unité pour faire « face au fascisme ».

    Cette volonté unitaire, est malheureusement contrariée par l’attitude persistante de Podemos à jouer sa propre carte aux côtés de ERC, gauche républicaine catalane dont le leader est Gabriel Ruffian. à quelques kilomètres du meeting de Frente Amplio, Irene Montero et Ione Belarra dirigeantes de Podemos présidaient, au même moment, un conseil citoyen du parti au cours duquel elles ont reproché à Frente Amplio d’avoir passé un accord avec le PSOE pour des candidatures communes au Sénat.

    à noter que Podemos et les formations soutenant Frente Amplio iront ensemble aux élections dans la communauté valencienne et aux Canaries, où des accords ont pu être conclus. Mais, pour Podemos et ERC l’objectif est de gagner des sièges à Madrid et Barcelone, et ces deux partis estiment qu’en participant à Frente Amplio ils seraient sous-représentés, un calcul qui sacrifie une large union au plan national, au profit d’éventuels sièges gagnés au parlement. Lors de leur meeting, les dirigeants de Frente Amplio ont soigneusement évité toute polémique avec Podemos, en leur laissant la porte ouverte. Cette situation rend plus difficile la campagne qui est déjà lancée avec une droite et une extrême droite qui caracolent en tête des sondages.

    Un millier au meeting

    Les dirigeants de Frente Amplio, devant plus d’un millier de participants au meeting de Madrid ont préféré délivrer des messages de mobilisation. Pablo Bustinduy (Sumar) actuel ministre des droits sociaux a lancé « nous avons 43 jours devant nous pour mobiliser la classe des travailleurs. Ils nous voudraient les bras croisés et c’est le contraire qui va se produire. Ne nous laissons pas distraire, en avant pour défendre les travailleurs jusqu’à la victoire ». Toni Valero, le porte-parole de Izquierda Unida au sein de Frente Amplio soulignait pour sa part que « la politique c’est aussi de la générosité, la politique est pleine de gens simples qui font bien les choses. Ici se trouvent les gens organisés, ici c’est le Frente Amplio ». Le représentant de mas Madrid, Tesh Sidi, dans son intervention constatait l’absence de dertaines organisations mais dit-il « nous sommes 15 organisations politiques qui veulent arrêter le fascisme, et pour qu’aucun vote progressiste n’aille à la poubelle ».

    Ada Colau, l’ex-maire de Barcelone et membre de Comuns qui a été désignée comme candidate à la présidence du gouvernement pour les prochaines élections sous la bannière de Frente Amplio, a été reçue chaleureusement par les quelque 1 500 participants au meeting. La charismatique candidate, connue pour ses combats en faveur du droit au logement a notamment déclaré « la majorité sociale vit avec, en tête, constamment le souci du logement (…) nous sommes les locataires et petits propriétaires des quartiers et des villages ceux qui savons qu’avec de tels prix on ne peut continuer à vivre ainsi… » un discours qui fait écho dans la société espagnole quand on sait que c’est la crise du logement et l’expulsion de Maricarmen, décédée depuis, qui a provoqué la convocation d’élections législatives anticipées par le chef du gouvernement Pedro Sanchez.

  • Maricarmen symbole de la lutte pour le droit au logement est décédée

    Maricarmen symbole de la lutte pour le droit au logement est décédée

    Maricarmen Abascal, dont l’expulsion a déclenché d’importantes manifestations pour le droit au logement en Espagne, est décédée ce mercredi à l’hôpital Gregorio Marañón à l’âge de 87 ans. Le 23 septembre, elle avait été expulsée de son logement du quartier du Retiro, par un fonds « vautour », où elle avait vécu pendant sept décennies.

    Au cours des derniers mois, son état physique s’était détérioré. « Cela m’a affectée dans tous les aspects de ma vie. Aujourd’hui, je ne suis plus moi-même », avait-elle déclaré deux jours avant de quitter son domicile.

    Après quatre tentatives d’expulsion, Maricarmen a dû quitter son appartement, expulsée le 23 septembre par la force publique allongée sur une civière. Cette image a fait le tour du pays, et a mis le feu aux poudres : occupation de places comme la Puerta Del Sol à Madrid et manifestations contre son expulsion dans des dizaines d’autres villes espagnoles.

    Cette situation, a conduit le gouvernement à prendre en urgence deux décrets pour le droit au logement qui ont été rejetés au Parlement par une majorité de droite et d’extrême droite obtenue grâce au vote des députés indépendantistes catalans de Junts. Il s’en est suivi une décision de Pedro Sanchez, le chef du gouvernement, de dissoudre les Cortès et de convoquer des élections générales anticipées. Dans la foulée, le syndicat des locataires à l’origine des mobilisations a lancé le mot d’ordre de grève générale, les principales centrales UGT et CCOO après consultation de leurs instances ont décidé de lancer l’appel pour le 11 novembre.

    Maricarmen était déjà devenue un symbole de la lutte pour le droit au logement, après son décès, elle devient une figure nationale représentant aujourd’hui les combats pour le logement mais aussi pour une vie digne avec des salaires décents. La grève générale portera à la fois le thème du logement et celui des salaires. « Maricarmen tu n’es pas morte en vain, nous continuons notre combat pour une vie digne et le droit au logement comme tu le voulais » disent notamment les occupants de la Puerta Del Sol où se multiplient les dépôts de fleurs, bougies et messages devant un autel improvisé.

    Mais dans le contexte de la campagne électorale la droite dénonce de manière indigne une manipulation politique de la part du gouvernement, qui utiliserait le décès de Maricarmen dans le cadre des élections. Jeudi, le maire de Madrid et la présidente de la communauté de la capitale, Isabel Ayuso, ont refusé la proposition d’une minute de silence réclamée par les groupes de gauche dans ces instances en hommage à Maricarmen. Les groupes d’opposition de Mas Madrid et du PSOE ont malgré tout observé cette minute de silence à l’extérieur des bâtiments.

    Jeudi soir à 20h, une marche avec le slogan « Hasta siempre, Maricarmen » était organisée à l’appel du syndicat des locataires de Madrid depuis la Puerta Del sol jusqu’au domicile de Maricarmen. Dans la soirée, dans de nombreuses villes d’Espagne des veillées avec fleurs et bougies étaient prévues.

  • [Quoi de neuf] Manuela Parra : « En Espagne, l’histoire est un combat politique »

    [Quoi de neuf] Manuela Parra : « En Espagne, l’histoire est un combat politique »

    Françoise Verna : La 7e édition des Rencontres franco-espagnoles, du 8 au 13 octobre prend cette année une dimension particulière, 90 ans après le début de la Guerre d’Espagne. En quoi la présence du ministre espagnol délégué à la mémoire démocratique, Fernando Lopez Martinez, est-elle importante le 8 octobre à Montpellier ?

    Manuela Parra : Cette présence c’est reconnaître l’engagement de ces hommes et de ces femmes qui se sont battus pour à la fois la seconde République et aussi pour maintenir la liberté et l’égalité. Cela les réhabilite et leur rend leur dignité qui a été bafouée même quand ils sont arrivés en France. C’est aussi le sens du secrétariat d’État à la Mémoire démocratique espagnol qui a été relancé depuis 2022 par Pedro Sánchez. Cela concerne notamment la recherche dans les fosses communes, la réhabilitation des victimes qui ont eu des procès inacceptables sous la dictature de Franco, etc.

    Olivier Nottale : C’est un message pour aujourd’hui ?

    Manuela Parra : Ces gens ont fait un sacrifice pour qu’aujourd’hui on puisse parler librement et être libre dans notre pays. Est-ce qu’un jour, on sera nous aussi à la hauteur ? Je trouve qu’il y a encore du chemin à faire et nous devons prendre celui de la transmission pour que les jeunes comprennent que la liberté, l’égalité, la fraternité, la République en France, c’est quelque chose de fragile, on le voit bien.

    Françoise Verna : La mémoire et l’histoire ont plutôt été écrites par les vainqueurs en Espagne…

    Manuela Parra : Les vainqueurs, c’est les franquistes qui ont mis une chape de plomb jusqu’au milieu des années 70. Donc c’est aussi un combat. Ce n’est pas la même façon d’appréhender la mémoire, par exemple ici en France avec la Résistance, qu’en Espagne. Le franquisme a, nous ne l’oublions pas, abattu la République. En fait, la mémoire démocratique en Espagne, c’est quand même beaucoup plus politique que ce que l’on voit en France où c’est beaucoup plus mémoriel, culturel. En Espagne, c’est la troisième génération qui combat et qui se bat pour l’histoire qui a été complètement réécrite par le dictateur -on va appeler les choses comme elles sont- par le dictateur Franco, comme font d’ailleurs tous les dictateurs. Quand on voit Trump aujourd’hui qui interdit un certain nombre de mots, c’est ce qu’a fait Franco à l’époque.

    Olivier Nottale : Cette histoire est aussi réécrite aujourd’hui par des partis comme Vox à l’extrême droite et le Parti populaire aussi, qui est quand même issu du franquisme.

    Manuela Parra : Quand ces gens-là reviennent au gouvernement, ils effacent tout le travail qui a été fait depuis 2007 sur ces questions de mémoire démocratique. Donc, on voit bien que l’enjeu est important pour l’Espagne. L’historien Enrique Tudela Vasquez va venir nous présenter les recherches dans les fosses communes, notamment au Barranco de Viznard où on pense que la dépouille du poète Federico Garcia Lorca pourrait être.

    Françoise Verna : C’est donc un travail très concret ?

    Manuela Parra : Je suis allée avec lui l’année dernière à Huelva, où des jeunes archéologues de l’Université Grenade ouvraient une fosse commune. Historiens et archéologues travaillent ensemble.

    On a la chance, le 10 octobre, d’accueillir Antonio Orihuela, écrivain, poète et historien. Il a fait sa thèse sur la répression et le silence dans sa petite ville de Moguer. C’est un travail sur les droites qui réécrivent l’histoire. Et il dit bien les droites Donc, en Espagne, c’est un combat qui est un combat politique.

    Françoise Verna : Federico Garcia Lorca est aussi très présent dans ces Rencontres ?

    Manuela Parra : C’est un poète, un musicien qui était ancré dans l’Andalousie et qui a fait émerger et connaître la culture populaire andalouse. Nous allons l’aborder comme symbole de l’effacement de la mémoire, puisqu’on recherche toujours son corps. Quand on parle de lui, on parle aussi des autres. Le film de Magali Negroni, Federico Garcia Lorca 1898/1936 va être le support pour en parler. La réalisatrice le traite, dans ce documentaire qui dure 50 minutes, justement sur son engagement et puis aussi sous l’angle de l’homophobie et de son homosexualité qui a été posée aussi comme hypothèse de son assassinat.

    Olivier Nottale : Des lycéens et collégiens sont aussi
    associés à ces rencontres
     ?

    Manuela Parra : J’ai tenu absolument que le film qui a été fait par les jeunes du lycée Mermoz, Entre deux frontières, une mémoire, sous la responsabilité de leurs professeurs, en partenariat avec les lycéens d’Alcalá de Henares en Espagne, puisse être projeté à l’ouverture, devant le maire de Montpellier et le secrétaire d’État à la Mémoire démocratique espagnol. Parce que c’est la concrétisation de notre démarche. Ce film est fondamental et il a certainement vocation à vivre dans les établissements. Je l’espère.

    *Du 8 au 13 octobre, « 1936-2026, Réveiller les consciences ». Programme complet sur voixdelextremepoesieetculture.blogspot.com

    Entrée gratuite.

    Écoutez l’émission en cliquant sur le lien.

  • Les Espagnols vont retourner aux urnes le 29 novembre

    Les Espagnols vont retourner aux urnes le 29 novembre

    « J’ai décidé de dissoudre les Cortès et de convoquer les élections le 29 novembre », a annoncé le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez, lundi matin, au cours d’une allocution en direct à la télévision.

    La décision était attendue depuis vendredi après le rejet par la droite, l’extrême droite et Junts (droite nationaliste catalane) des décrets sur les logements présentés par le gouvernement.

    En à peine quinze jours, la situation a basculé. Depuis l’expulsion de Maricarmen, âgée de 87 ans, de son appartement par des fonds « vautours » tout s’est précipité. D’énormes mobilisations dans tout le pays ont envahi les places et les rues des principales villes, à l’émotion et la colère, a succédé la détermination de lutter pour des conditions de logement digne, pour le logement pour tous, et contre les fonds spéculatifs. Ce week-end rassemblements et manifestations se sont poursuivis dans plus de cinquante villes.

    Le rejet vendredi, de ces deux décrets a fragilisé le gouvernement, qui n’a pu que constater l’impossibilité désormais de terminer la législature dans de bonnes conditions.

    Compte tenu de cette situation nouvelle, Pedro Sanchez s’est donné un week-end de réflexion, au cours duquel il a beaucoup consulté pour aboutir hier matin à l’annonce d’élections anticipées.

    Lors de son intervention télévisée, Pedro Sanchez a notamment déclaré : « Il y a plus de trois ans, les urnes décidaient de parier à nouveau pour une coalition progressiste. Il nous a fallu gérer des urgences inédites dans un contexte international très difficile. Nous avons dû nous battre contre des élites très puissantes, qui elles, ne se présentent pas aux élections, contre la pire opposition qui bloque les politiques qui sont bonnes pour le pays et les boycottent dans les régions autonomes où ils sont dans l’exécutif. » et de poursuivre : « Pour mener en profondeur les réformes en suspens dont nous avons besoin, nous devons nous mobiliser et obtenir que le Parlement nous accorde une majorité bien plus large, progressiste, grâce à laquelle nous pourrons faire plier les élites, conquérir de nouveaux progrès sociaux et continuer à transformer l’Espagne. »

    Du côté de la droite, le Parti populaire, par la voix de Alberto Feijoo, assure que « l’heure est arrivée de reconstruire l’Espagne et choisir entre la corruption et la décence » et pour l’extrême droite le leader de Vox Santiago Abascal remet sur la table le critère de « priorité nationale ». Cet admirateur de Trump salue « une bonne nouvelle, enfin les Espagnols vont parler, mais prévient-il, Sanchez est capable de manipuler le processus électoral ».

    La gauche compte désormais sur la dynamique issue du mouvement social qui amènerait une frange abstentionniste de gauche à aller voter. Tout dépendra maintenant aussi de la capacité à s’engager rapidement dans l’union pour les formations à gauche du PSOE. Il y a cette volonté forte du côté de Sumar (PCE, Izquierda Unida, Mas Madrid, Communs) qui prochainement prendra le nom de Frente Amplio. Pour sa part, Podemos propose aux formations de Sumar, une primaire les 14 et 15 octobre pour désigner un leader de la gauche radicale. Une option que ne semble pas retenir la coalition, qui a déjà avancé le nom de Monica Garcia la ministre de la Santé, membre de « Mas Madrid » comme sa probable représentante. S’engager rapidement dans la campagne est un impératif, tant elle va être courte, intense et particulièrement virulente de la part de la droite et l’extrême droite.

  • Les députés espagnols rejettent les décrets sur le Droit au logement

    Les députés espagnols rejettent les décrets sur le Droit au logement

    C’est vers11 heures que devait débuter la séance extraordinaire des Cortès (parlement) au cours de laquelle aller se dérouler le débat parlementaire puis le vote. Un vote qui aboutissait en milieu d’après-midi au rejet des deux décrets proposés par le gouvernement, le premier par 178 voix contre et 172 voix pour, et le second par 184 contre et 166 pour.

    La séance a débuté alors qu’une marche de centaines de manifestants a rejoint le Parlement en provenance de la Puerta Del Sol, où des dizaines de tentes ont été montées depuis pratiquement une semaine, suite à l’expulsion de Maricarmen, 87 ans, par un fonds vautour. Maricarmen est devenue le symbole de cette lutte pour le droit au logement et contre les fonds spéculatifs. Les fortes mobilisations dans tout le pays ont permis d’aboutir rapidement à l’examen de décrets qui étaient déjà en préparation depuis plusieurs mois.

    Rappelons le contenu des décrets soumis au vote, ils prévoient notamment : le renforcement de la protection contre les expulsions jusqu’en 2030 ; la réglementation des locations saisonnières et des chambres d’hôte ; l’interdiction pour les fonds spéculatifs « fonds vautours » d’acheter des logements jusqu’en 2028 ; ainsi que la prolongation de deux ans des contrats de location en cours arrivant à échéance avant le 31 décembre 2028. Pour le second décret : renouvellement automatique des baux.

    Un message à Maricarmen

    C’est la ministre du Logement, Isabel Rodriguez, qui est intervenue en premier pour appeler à un vote majoritaire alors que Junts (indépendantistes catalans) a annoncé, dès jeudi soir, que ses députés voteraient contre ces décrets.

    Rappelons que le gouvernement de gauche tient sa majorité depuis 2023 grâce au vote des députés de Junts, un vote qui avait été négocié en échange de la promesse d’amnistie des indépendantistes catalans. Isabel Rodriguez à la tribune de l’assemblée a dédié son message à Maricarmen : « Aujourd’hui nous allons légiférer pour que plus personne ne souffre d’une expulsion, pour donner de l’espérance aux jeunes qui veulent acquérir un logement et qui ne peuvent pas faute de moyens et nous voulons mettre un coup d’arrêt à la spéculation. » La ministre a ajouté : « Maricarmen, vous avez réveillé les consciences. »

    Isabel Rodriguez s’est adressée au Parti Populaire pour qu’il vote en faveur des décrets : « C’est l’heure de vérité, leur lance-t-elle. Ou vous êtes avec les vautours, ou vous êtes avec les gens ». La ministre a ensuite rappelé la responsabilité du Congrès aujourd’hui : « Toute l’Espagne nous interpelle pour le droit au logement, jusque devant ce Parlement des manifestants attendent nos décisions », s’adressant à nouveau au PP et à Junts : « Si vous ne votez pas pour vous, votez aux moins pour vos électeurs. Les fonds vautours quand ils expulsent un locataire, il ne lui demande pas pour qui il vote. »

    Des rassemblements prévus ce samedi

    Les débats précédant le vote ont duré plusieurs heures, chaque groupe parlementaire a pu s’exprimer. Gerardo Pisarello pour Sumar a dénoncé « les spéculateurs représentés par la droite qui, par son vote, va permettre l’expulsion de grands-mères, d’enfants, de jeunes couples, le peuple n’oubliera pas votre trahison, Vox et Parti populaire vous aller voter contre des millions d’Espagnols qui ont du mal à payer leur loyer. »

    En colère après l’annonce du rejet des textes, les centaines de manifestants qui ont patienté toute la journée devant le Parlement ont regagné la Puerta del Sol, où des assemblées préparent déjà les actions à venir. Ce samedi, plus de cinquante rassemblements sont déjà prévus dans les principales villes d’Espagne et la décision est prise, avec le syndicat des locataires, de construire une riposte quartier par quartier.