Tag: Espagne

  • En Espagne, la ville de Ceuta en situation d’urgence absolue

    En Espagne, la ville de Ceuta en situation d’urgence absolue

    Entre le 30 et le 31 juillet, il y a juste un mois, 72 000 personnes passaient la frontière qui sépare le Maroc et la ville autonome espagnole de Ceuta. Ils l’ont fait à pied ou en nageant, s’aidant de bouées et embarcations de fortune. Cette incursion massive, qui semble avoir été largement favorisée par les autorités marocaines, sur ce territoire espagnol situé en Afrique du Nord s’est soldée par 145 morts, selon les informations données par le collectif Caminando Fronteras qui défend les droits des migrants. La majorité était de jeunes mineurs et des familles entières complètement démunies. Dans les jours qui ont suivi, environ soixante mille sont retournés au Maroc. Un mois plus tard, des milliers sont toujours présents et sans-abri, ne subsistant que grâce à l’aide humanitaire et la solidarité d’une partie des habitants.

    5 000 migrants encore présents

    C’est sur la plage de El Trampolin que se situe la plus grosse concentration de migrants. Les Ceutiens exaspérés par cette situation qui s’éternise, critiquent la lenteur du gouvernement. La situation dépasse Ceuta et a pris une dimension politique nationale avec des charges indécentes et des discours xénophobes et racistes à l’encontre des migrants de la part de la droite et l’extrême droite.

    Il y a quelques jours, c’est l’ancien chef du gouvernement José María Aznar, du Parti populaire, qui est venu à Ceuta jeter de l’huile sur le feu au moment où la tension entre habitants était de plus en plus forte. 9 000 policiers et militaires sont déployés pour le maintien de l’ordre. Environ 5 000 migrants sont encore présents. Jeudi, des heurts ont eu lieu près de la plage de El Trampolin, la police a fait usage de gaz lacrymogènes. Des heurts, mais aussi des actes à caractère fasciste, des membres de l’extrême droite prenant une part active et allant jusqu’à brûler les abris de fortune et les effets des migrants rappelant les pogroms nazis de sinistre mémoire. Une haine attisée par les dirigeants du Parti Populaire comme Alberti Feijoo. Des violences commises en marge d’une manifestation anti gouvernementale. Quelques minutes plus tôt, ce même groupe avait essayé d’empêcher les volontaires de la Croix Rouge de distribuer des vivres.

    Le ministre de l’Intérieur espagnol, Fernando Grande-Marlaska a d’ailleurs appelé « au calme et à la cessation de toute forme de violence, car (…) la violence n’est pas la solution pour résoudre un problème aussi complexe », a-t-il lancé vendredi.

    Jeudi, s’est réunie en présence de Sira Rego, ministre communiste chargée de la jeunesse et de l’enfance, une conférence sectorielle de l’enfance au cours de laquelle a été validée une enveloppe de 25 millions d’euros financée en commun par le gouvernement et les communautés autonomes à l’exception de celles dont l’exécutif est composé de membres du parti d’extrême droite VOX et qui ont refusé de participer (Estrémadure, Castilla Leon, Aragon, Murcia). Une enveloppe sollicitée par le ministère de la Jeunesse dès le 31 juillet, mais non validée à l’époque, le gouvernement ne disposant pas d’un décompte du nombre de mineurs présents à Ceuta. On estime aujourd’hui à 700 le nombre de jeunes filles mineures sur le territoire de Ceuta, 16 agressions sexuelles ont été dénombrées.

    Par ailleurs, ce mardi, le conseil des ministres se réunira pour approuver notamment un plan d’urgence en débloquant 165 millions d’euros, pour revitaliser l’économie locale et renforcer et améliorer les services publics, qui viendront s’ajouter aux 180 millions qui seront débloqués à moyen terme et promis par le vice-président du gouvernement Carlos Puerto lors de sa visite à Ceuta.

    Le gouvernement met les bouchées doubles, afin de régler en urgence les questions humanitaires, sociales, économiques et politiques. Ce conseil des ministres de demain sera largement consacré à la situation de Ceuta, ville et communauté autonome de 80 000 habitants.

    « La violence n’est pas une solution pour résoudre un problème aussi complexe »

  • [Chroniques méditerranéennes] La « Diada » rassemble le peuple catalan

    [Chroniques méditerranéennes] La « Diada » rassemble le peuple catalan

    Par Eloy Martinez Monegal

    Ce 11 septembre, la Catalogne va se parer des couleurs sang et or de son drapeau « la senyera », les rues et les places des villes et villages vont s’emplir de monde, de sardanes, de castellers. La fête nationale de Catalogne, célébrée toujours à cette date, est appelée en catalan « la Diada ».

    La Generalitat de Catalogne, depuis 2024, dont le président est Salvador Illa, un proche du chef de gouvernement Pedro Sanchez, est dirigée par le Parti Socialiste Catalan, succédant au précédent exécutif indépendantiste, aura pour la deuxième année de sa gouvernance, la tâche d’organiser les activités institutionnelles de cette « Diada » 2026.

    Cette journée, à laquelle est fortement attaché le peuple catalan dans son ensemble, est depuis quelques années récupérée par les indépendantistes de droite et extrême droite, tels Carles Puigdemont de Junts, et Silvia Orriols la maire de Ripoll et leader du mouvement Alliança Catalana (AC) connu comme parti raciste et xénophobe, l’équivalent de Vox au niveau de la Catalogne.

    Il convient de rappeler l’origine historique de cette journée : c’est en 1886 qu’il est décidé de faire du 11 septembre, le jour de la commémoration de la chute de Barcelone en 1714, au terme de la guerre de succession d’Espagne. À l’époque Philippe V fut intronisé roi d’Espagne. Les Catalans s’étaient soulevés contre lui. Philippe V décide alors d’assiéger Barcelone. Les Catalans finiront par se rendre le 11 septembre 1714. Aussitôt Philippe V fera abolir les institutions et interdire la langue catalane.

    Cette journée de fête n’est pas la célébration d’une victoire, mais plutôt de la résistance du peuple catalan qui s’est battu pour défendre sa culture et ses valeurs. C’est aussi le jour, où s’expriment les revendications de plus d’autonomie et d’indépendance. Cette journée avait été interdite sous la dictature de Primo de Rivera, puis rétablie avec la République en 1931, en 1932 le Statut de Núria fut approuvé, accordant pour la première fois une autonomie à la Catalogne. En 1934, Lluís Companys proclama « l’État catalan de la République fédérale espagnole », ce qui entraîna son arrestation et la suspension de l’autonomie.

    Sous Franco, la journée fut de nouveau interdite. Rétablie après la mort du dictateur, en 1980 elle devient officiellement la « Diada » : la journée nationale de la Catalogne. Au vu de cette histoire on comprend, le fort attachement des Catalans à la « Diada ». Salvador Illa, le président socialiste de la Generalitat revendique à cette occasion « une nation catalane » et affirme que « cette fête appartient à tous les Catalans ».

    Les communistes du PSUC considèrent qu’il faut continuer « à poser à l’occasion de cette journée un discours de classe, clair et sans complexe, défendre les politiques sociales et les services publics, avec comme colonne vertébrale une Catalogne dans une Espagne fédérale, républicaine et solidaire ».

    Pour sa part, l’Assemblée nationale catalane (ANC) entité rassemblant les indépendantistes qui souhaitent créer un État catalan, ont prévu cette année de manifester avec des tee-shirts où il est inscrit « Hi soc », « Hi som Independencia ! » c’est-à-dire « j’y suis », « nous y sommes indépendance ! »

    Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) participera aux différentes manifestations comme le feront tous les Catalans disent-ils « nous irons à la manifestation pour défendre le meilleur de la Catalogne qui est une nation qui défend la liberté, la démocratie et la convivialité… ».

    Le 11 septembre, le peuple catalan sera donc rassemblé pour célébrer sa culture, son identité et ses valeurs, malgré des visions souvent radicalement opposées sur l’avenir de la Catalogne.

    Journaliste, président de l’Association pour le souvenir de l’exil républicain espagnol (Aseref)

  • Tour d’Espagne : Tadej Pogacar abandonne

    Tour d’Espagne : Tadej Pogacar abandonne

    Stupeur dans le peloton de la Vuelta. A 33 kilomètres de l‘arrivée de la huitième étape, entre Puçol et Xeraco, Tadej Pogacar a lourdement chuté dans la montée du col de Brax. Le Slovène, porteur du maillot rouge de leader, vainqueur du dernier Tour de France et qui comptait près de quatre minutes d’avance sur son dauphin, l’Espagnol Enric Mas, a tenté de remonté sur son vélo. Mais son épaule gauche en sang ne lui a pas permis de poursuivre la course. Il a dû se résoudre à monter dans une ambulance, direction l’hôpital.

  • [C’est l’été] Lecture : « Hommageà la Catalogne »

    [C’est l’été] Lecture : « Hommageà la Catalogne »

    S’ensuit le roman autobiographique dont il est question dans cet article. Traduit et préfacé par Léa Gauthier, le roman est considéré, depuis sa publication en 1938, comme l’un des plus importants reportages sur la guerre civile espagnole, mais aussi comme un moment crucial pour celui qui ne cessera jamais de dénoncer, ouvertement ou métaphoriquement, les totalitarismes, la division de classe, les trahisons, le cynisme politique, le contrôle de la pensée, la falsification de l’Histoire.

    Payot, 7,90 euros.

  • OM : Nayef Aguerd dit non à la Real Sociedad

    OM : Nayef Aguerd dit non à la Real Sociedad

    Il y a eu le précédent Pierre-Emile Höjbjerg. Le Danois a refusé de partir à Newcastle, alors que l’OM et les «Magpies» étaient d’accord. Il y a désormais le cas Nayef Aguerd. Avec pour le Marocain un élément supplémentaire, puisqu’il a fait le voyage au Pays Basque, il a rencontré les dirigeants de la Real Sociedad et a passé la visite médicale préalable à toute signature de contrat, jeudi après-midi. Pour finalement dire non.

    L’OM comptait le prêter, avec une option d’achat obligatoire dans la foulée. Ce qui aurait permis de faire entrer autour de 20 millions, en deux temps, d’euros dans les caisses du club.

    Comme pour Pierre-Emile Höjbjerg, c’est un retour à la case départ pour ce dossier.

  • L’Atlético de Madrid pour finir la préparation de l’OM

    L’Atlético de Madrid pour finir la préparation de l’OM

    Après l’Athletic Bilbao, l’OM enchaîne sur un dernier match de préparation.

    Cette fois, c’est l’Atlético de Madrid qui va s’opposer aux hommes de Bruno Genesio. Un duel qui rappellera la dernière finale européenne jouée, et perdue par les Marseillais, face aux Colchoneros. Dans le fief de Lyon, le 16 mai 2018, alors entraînés par Rudi Garcia, ils avaient été balayés par la bande à Antoine Griezmann (0 – 3).

    Depuis, les Madrilènes ont su rester au sommet, aussi bien dans leur championnat qu’en Europe. Et si Antoine Griezmann n’est plus là, d’autres Français ont pris le relais. Notamment Robin Le Normand, qui a opté pour la nationalité espagnole afin de jouer pour la Roja.

    Ce match sera l’occasion pour Bruno Genesio d’effectuer une dernière revue d’effectif. À une semaine de la réception de Strasbourg, en ouverture de la Ligue 1 le vendredi 21 août (20h45), l’entraîneur phocéen pourra faire passer un test important à son groupe. « Nous allons affronter une des meilleures équipes européennes, avec à sa tête un des meilleurs entraîneurs du monde » prévient-il.

    Contrairement à ses prédécesseurs sur le banc olympien, Diego Simeone a eu le temps de travailler et mettre en place un schéma jeu sur le long terme. L’Argentin est en poste depuis 2011. De quoi faire rêver la plupart des stratèges de Ligue 1.

    Pas le onze type

    L’OM abordera ce dernier match de préparation en étant rassuré sportivement. La dernière prestation, face à l’Athletic Bilbao, a montré un groupe solide et appliqué. Un groupe qui a visiblement compris les attentes de Bruno Genesio. Mais un groupe qui pourrait encore changer de visage, car le mercato est toujours ouvert et que des changements sont encore en préparation.

    C’est pourquoi, le onze qui débutera ce vendredi en fin d’après-midi, n’est pas à considérer comme étant le onze titulaire dans la tête de Bruno Genesio. Il pourrait l’être, si d’ici le 21 août, personne ne devait partir. Avec néanmoins la certitude que Quinten Timber ne prendra pas part au duel contre les Alsaciens.

    Le Néerlandais purgera un match de suspension, reliquat de la saison dernière. Tout comme le Virage sud sera partiellement fermé. Quant au remplissage du Vélodrome pour la réception de l’Atlético de Madrid, là encore, l’OM sera loin du match à guichets fermés. Une billetterie sera opérationnelle vendredi. En prime, des tarifs promotionnels seront proposés pour les retardataires.

    OM – Atlético

    Vendredi 14 août, stade Vélodrome 17h30.

    OM : de Lange – Weah, Balerdi, Cornelius, Emerson – Højbjerg, Gomes, Timber – Harit, Gouiri, Paixão.

    Atlético : Oblak – Domínguez, Le Normand, Hancko, Martínez – Vargas, Koke, Hjulmand – Mendoza, Martín, Lookman.

  • [Entretien] Guillaume Hébrard, CNRS : « C’est impressionnant de voir la nuit tomber en plein jour »

    [Entretien] Guillaume Hébrard, CNRS : « C’est impressionnant de voir la nuit tomber en plein jour »

    La Marseillaise : Comment fonctionne le phénomène des éclipses ?

    Guillaume Hébrard : Il y a deux types d’éclipses : les éclipses de Soleil et les éclipses de Lune. Par une coïncidence extraordinaire, la Lune est 400 fois plus petite que le Soleil et est également 400 fois plus proche. Donc, dans le ciel, le Soleil et la Lune ont des tailles apparentes. Les éclipses de Soleil sont les plus impressionnantes. Elles se produisent quand la Lune passe exactement entre le Soleil et la Terre et masque alors le Soleil du point de vue de la Terre. C’est ce qui va se passer ce 12 août. Une éclipse de Lune se produit quand la Terre se trouve pile entre la Lune et le Soleil, l’ombre de la Terre se projette alors sur la Lune. Les éclipses de Soleil et de Lune se produisent à peu près au même moment : après l’éclipse de Soleil le 12 août, on aura une éclipse de Lune le 28 août au matin, entre 4h30 et 7h.

    L’éclipse solaire du 12 août est présentée comme la plus marquante depuis 1999. Qu’est-ce qui la rend si particulière ?

    G.H. : Les éclipses de Lune sont observables depuis beaucoup de régions sur Terre, tandis que les éclipses de Soleil ne sont observables que sur un endroit restreint, parce que l’ombre projetée de la Lune sur la Terre est seulement de quelques centaines de kilomètres. Ainsi, à un endroit donné sur Terre, ce genre d’éclipse est rare. L’éclipse du 12 août ne sera totale que dans quelques régions : au Groenland, en Islande et en Espagne. Des éclipses de Lune et de Soleil, il y en a tous les six mois, mais en France métropolitaine précisément, la dernière éclipse totale était en 1999 et la prochaine sera en 2081.

    Comment observer l’éclipse de ce mercredi soir ?

    G.H. : Personnellement, j’irais l’observer en Espagne. L’éclipse du 12 août en Provence ne sera pas totale mais, avec 96% du Soleil masqué, ça restera très impressionnant. Le Soleil se couchera encore partiellement éclipsé, donc pour l’observer, il faut que le ciel soit dégagé au niveau de l’horizon ouest. Observer l’éclipse directement à l’œil nu, c’est très dangereux. Le Soleil n’est pas plus dangereux pendant une éclipse, mais on est plus tenté de le regarder directement. Pour se protéger les yeux, il existe des lunettes d’éclipses, on en trouve un peu partout, pour un ou deux euros.

    Les éclipses ont-elles, aujourd’hui encore, un intérêt scientifique important ?

    G.H. : Les éclipses ont beaucoup été utilisées dans le passé pour mesurer les distances dans le Système solaire. Maintenant, elles sont moins importantes en termes de recherche mais il reste plein d’intérêts scientifiques. Notamment l’étude de l’environnement très proche du Soleil : la chromosphère. On l’a découverte pendant les éclipses, et on ne pouvait l’observer que pendant celles-ci. Maintenant, on arrive à faire des éclipses artificielles avec un instrument inventé par l’astronome français Bernard Lyot, il y a un siècle : un coronographe. Ça consiste à mettre un disque dans le télescope, juste devant la position du Soleil. Par ailleurs, avec l’Observatoire de Haute-Provence, pendant une éclipse de Lune, on a observé la lumière du Soleil qui se réfléchissait sur la Lune après qu’elle ait traversé l’atmosphère de la Terre. Cela nous a permis d’étudier l’atmosphère de la Terre. Ça sert dans mon domaine d’étude, où on utilise la même méthode pour étudier l’atmosphère des planètes extrasolaires, mais avec une étoile différente du Soleil.

    Qu’est-ce qui vous intéresse personnellement dans le phénomène des éclipses ?

    G.H. : C’est impressionnant de voir la nuit tomber en plein jour. Une éclipse, c’est un phénomène astronomique mais aussi historique et sociétal : ça me plaît beaucoup que des millions de personnes partagent, au même moment, un phénomène naturel et astronomique qui est si beau. Aussi, les éclipses ont longtemps effrayé avant d’être comprises. Alors, je trouve qu’elles illustrent bien la démarche scientifique, qui est de comprendre la nature qui nous entoure. Qu’elle n’est pas régie par le hasard mais possède des lois physiques et naturelles qui nous sont accessibles.

    Entretien réalisé par Andréa Goyard de Castro

  • Les escapades personnelles d’un philosophe espagnol

    Les escapades personnelles d’un philosophe espagnol

    Ne vous attendez pas à ce que nous entrions dans la tête d’un philosophe, qui plus est dans celle de l’un des plus grands penseurs du XXe siècle… nous en serions incapable. Ne vous en faites pas, le préfacier de Tableaux des petites et grandes choses de l’existence (traduit par Valeria Dos Santos) est là pour y entrer à notre place. Normal, lorsqu’on s’appelle Frédéric Schiffter, que l’on dénonce « le blabla et le chichi » de ses confrères philosophes, et que l’on s’intéresse autant à Schopenhauer qu’à Cioran. C’est d’ailleurs sous sa plume que vous saurez que les dix-sept textes d’Ortega Y Gasset vous invitent à voyager avec ce dernier en Espagne, en France, à vous arrêter devant un paysage, à visiter une grotte préhistorique, à contempler rêveusement des toiles orgiaques, à songer au visage émerveillé des femmes, et autres occupations qui vous délasseront le corps et l’esprit.

    Voir, vivre, apprendre

    Un admirable choix du détail. Un surprenant don d’évocation. Comme les tableaux des grands peintres, ces textes n’ont pas pris une ride. Si certains lecteurs le pensent, alors il leur faudra avouer qu’ils ont vieilli magnifiquement. En conclusion, chez Ortega, l’homme qui a vu, vécu, et appris, et l’écrivain qui sait déshabiller ses phrases de tout lyrisme et les saupoudrer parfois d’une pointe d’humour sont d’accord. Si nous devions ne retenir qu’un seul passage, ce serait : « On attendait tout de la raison. Or, aujourd’hui, nous commençons à constater que cela est faux, que dans un sens concret et rigoureux, les choses cérébrales ont leurs racines dans le cœur. »… À vous de choisir le vôtre. Il y a de quoi établir un répertoire de citations. Après avoir lu ce livre, il est fort à parier que vous ouvrirez la porte d’une librairie pour acheter ses œuvres. Si c’est le cas, nous vous conseillons : Méditations sur Don Quichotte, et La révolte des masses.

    Séguier,
    21,50 euros

  • Le drame humain de Ceuta et son instrumentalisation

    Le drame humain de Ceuta et son instrumentalisation

    Les images de Ceuta sont insoutenables et les réactions politiques face à ce véritable drame humain, abjectes. Comment rester de marbre face au désespoir qui a conduit des dizaines de milliers de marocains, d’exilés subsahariens, à braver la mer, les barbelés, les armes, une mort certaine, pour tenter de rejoindre un bout d’Europe en quête d’un avenir meilleur ? Des questions restent en suspens quant aux conditions qui ont permis à plus de 60 000 personnes de franchir cette frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole.

    Rapidement, l’internationale brune a instrumentalisé ce drame pour servir son idéologie raciste et xénophobe, Giorgia Meloni en tête. La présidente d’extrême droite du Conseil italien a appelé à suspendre l’Espagne de l’espace Schengen, rejointe par son homologue danoise la sociale-démocrate Mette Frederiksen, défenseure d’une politique migratoire ultra-restrictive. Et ce, alors que Ceuta n’appartient pas par dérogation à cet espace de libre circulation… La désinformation au plus haut sommet des États. Face à cela, le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a demandé ce mardi la tenue d’une réunion des ministres de l’Intérieur de l’Union européenne qui se tiendra en visioconférence.

    Attaqué de toutes parts, le chef de gouvernement socialiste a accusé les réseaux de traite d’être humains d’avoir organisé ces arrivées massives et renforcé la sécurité sur le territoire en déployant une barrière flottante. Sur les réseaux sociaux, les comptes qui avaient annoncé que les frontières étaient ouvertes ont mystérieusement disparu.

    72 morts selon Madrid, 11 corps récupérés par Rabat

    Dans son éditorial de ce lundi, le premier quotidien d’Espagne El País (centre gauche) titre : « Mohammed VI et ses projectiles humains », estimant que « les munitions avec lesquelles le Maroc tire sans cesse sur l’Espagne, c’est son propre peuple ». Car cet épisode n’est pas sans rappeler celui de mai 2021, où plus de 12 000 personnes avaient rejoint Ceuta en quelques jours. Un coup de pression du royaume chérifien sur Madrid, sur fond de crise diplomatique autour du Sahara occidental. Et si depuis, l’Espagne a reconnu la marocanité du territoire disputé, elle tente par ailleurs de réchauffer ses relations avec Alger. De quoi irriter la couronne ? Selon le quotidien El Español (libéral-conservateur), des sources de l’état-major de la Garde civile espagnole auraient « repéré des agents des services de renseignement marocains infiltrés parmi les milliers de migrants entrés illégalement à Ceuta ».

    Et si la quasi-totalité d’entre eux sont, depuis, retournés au Maroc, près d’un millier de mineurs sont restés dans l’enclave, selon l’ONG Save the Children. Des tombes sont érigées au sein du cimetière musulman pour y enterrer dignement ceux qui n’ont pas survécu. Ils sont 72, selon les autorités espagnoles, tandis que Rabat comptabilise 11 corps récupérés côté marocain. La liste risque de s’allonger. L’Association marocaine des droits humains (AMDH) recense à ce stade « près de 130 victimes » et des dizaines de disparus. Des avis de recherche sont lancés sur son groupe Facebook, parmi lesquels figure un adolescent de 13 ans qui a fui vers Melilla. Sur les images prises sur place, on voit des parents postés aux pieds des grillages barbelés de Fnideq, ville frontalière de Ceuta. Ces derniers montrent aux passants des photos de leurs enfants dont ils sont sans nouvelles depuis des jours et qu’ils espèrent toujours vivants.

  • Des feux fixés, mais l’inquiétude demeure avec la canicule

    Des feux fixés, mais l’inquiétude demeure avec la canicule

    Le feu fixé à Gros Bessillon après huit jours de lutte

    L’important incendie dans le département du Var qui a parcouru environ 4 500 hectares en huit jours, menaçant plusieurs villages, a été déclaré fixé mardi soir et un homme soupçonné d’une dizaine de départs de feu dans cette zone a été incarcéré, ont annoncé les autorités. « Le feu est fixé mais le travail se poursuit et la vigilance reste de mise », a indiqué la préfecture du Var dans un communiqué, rappelant que près de 5 000 personnes avaient dû être évacuées de plusieurs communes du centre du département depuis le début du sinistre mardi dernier.

    Déclenché mardi 21 juillet en milieu de journée dans un champ situé sur la commune de Pontevès, l’incendie a dévoré un flanc du massif du Gros Bessillon et cerné plusieurs villages emblématiques de la Provence verte – entre mer Méditerranée et gorges du Verdon – dont Cotignac, Correns ou Barjols. « Certains quartiers de Correns et de Barjols restent soumis aux mesures d’évacuation car ils se situent à proximité ou à l’intérieur du périmètre du feu », précise la préfecture.

    L’incendie qui a mobilisé quotidiennement plus de mille pompiers avec d’importants moyens aériens, assistés de nombreux bénévoles, ne progressait plus depuis plusieurs jours mais avait connu de nombreuses reprises.

    Feu fixé, mais pas encore éteint

    au Bois noir

    Les flammes, qui ont parcouru 510 hectares sur le secteur du Bois noir, sur les communes de L’Argentière-la-Bessée et de Freissinières, sont désormais fixées par les sapeurs-pompiers.

    Après une semaine de haute lutte, le périmètre de l’incendie n’a plus évolué depuis près de quatre jours. Cependant, 120 sapeurs-pompiers et militaires, appuyés par 30 engins restent présents sur place car l’incendie n’est pas encore éteint. Une réactivation d’un foyer a été observée ce lundi soir d’après la préfecture, sur le secteur de L’Argentière. La préfecture prévient que de nombreux points chauds persistent sur l’ensemble du massif et présentent un risque de réactivation, notamment avec la remontée des températures, la sécheresse et les vents attendus dans les prochains jours.

    La gestion de cet incendie provoqué par la foudre et découvert dès le 15 juillet, a suscité des interrogations et critiques sur les réseaux sociaux, le maire de Freissinières évoquant même la création d’une commission d’enquête sur la gestion du feu. De son côté, la préfecture des Hautes-Alpes a rappelé la difficulté d’intervenir sur ce terrain accidenté et annoncé qu’un bilan complet de l’opération sera fait en septembre, avec une réunion de retour d’expérience.

    « Cette évolution favorable permet au territoire de retrouver son rythme estival », se félicite l’office de tourisme du Pays des Écrins. Au hameau de Pallon, le camping des Allouviers a ainsi rouvert ses portes et accueille à nouveau les vacanciers. De même pour les Élixirs d’Isabelle, et ce, dès mercredi, avec les visites du jardin et du caveau.

    Le mégafeu stabilisé, mais

    des inquiétudes liées

    aux températures annoncées

    L’incendie est « stabilisé » et ne « progresse pas », a déclaré en fin de journée mardi la préfète du département, Sophie Brocas. Pour autant, les pompiers ont fait face à « 14 reprises de feu, c’est très important, sur des zones qui avaient déjà été parcourues par le feu ». Ces récidives sont « un témoignage de la précarité de la situation », a averti le commandant Matthieu Jomain, du Service départemental de secours et d’incendie. Pour prévenir de nouvelles récidives, la Défense des forêts contre les incendies (DFCI) a réalisé 121 km de pare-feu, selon son président Bruno Lafon. Passées à midi en vigilance jaune canicule, la Gironde et les Landes s’apprêtent à vivre selon Météo France un « fort pic de chaleur ». Après une première hausse des températures mardi jusqu’à 33 à 35 °C dans les terres, le thermomètre atteindrait des maximales « souvent comprises entre
    38 et 41
     °C » mercredi, avec des vents un peu moins forts mais plus secs, et avant une nette baisse attendue jeudi. Par précaution, mardi, environ 4 000 personnes ont été évacuées des hébergements touristiques de Lacanau, « dans le plus grand calme, puisqu’on avait un peu de temps », s’est satisfait le maire Laurent Peyrondet. Depuis le début du mégafeu, 222 000 personnes ont été évacuées de manière préventive dans 24 communes. Les habitants de trois villes proches de Bordeaux évacuées dans le week-end, Le Haillan, Mérignac et Eysines, vont pouvoir rentrer chez eux « s’ils le souhaitent », a annoncé mardi la préfète de Gironde, mais à deux conditions. « Un, qu’ils laissent leur portable allumé et qu’ils suivent strictement les consignes de sécurité. S’ils reçoivent de nouveau un message FR-Alert, ils devront partir. Deux, avoir un sac prêt », a-t-elle précisé. Le feu n’étant pas « fixé », c’est-à-dire contenu, le retour du plus grand nombre dans leurs hébergements n’est à ce stade pas envisageable.

    Début de retour à la normale

    À Biscarrosse, l’incendie qui a détruit près de 200 bâtiments ayant été fixé, les habitants étaient de retour dans la ville mardi, oscillant entre désarroi et soulagement. Après « trois jours dignes de scènes de guerre », « tout le monde est content de rouvrir », assure derrière son comptoir une boulangère à l’entrée de la ville de 15 000 habitants hors saison, autour de laquelle jusqu’à 30 000 personnes ont été évacuées pour échapper aux flammes qui ont ravagé 3 700 hectares de pinède. Le brasier qui a sévi durant plusieurs jours, fixé dans la journée de lundi mais pas encore éteint, continue d’inquiéter. « Le feu peut reprendre. On peut avoir des mauvaises surprises », avait mis en garde la veille le préfet Gilles Clavreul, en maintenant bouclé une poignée de quartiers par précaution.

    Le pays entrevoit « le bout

    du tunnel »

    Si le vent menace de tourner au sud, la levée de l’ordre d’évacuation dans 13 communes donne un premier signal positif de la lutte contre les feux en Espagne. Le travail des pompiers et des militaires « dans des heures très difficiles, très critiques » a permis d’inverser « réellement la tendance et nous permet donc de commencer à entrevoir la lumière au bout du tunnel dans la lutte contre ces incendies, avec toutes les précautions nécessaires », a déclaré mardi le Premier ministre Pedro Sanchez.

    Mais le front le plus critique, au nord du lac artificiel de San Juan à 70 kilomètres à l’ouest de la capitale, préoccupe encore les autorités. Une nouvelle vague de chaleur arrive en Espagne et doit durer jusqu’à au moins dimanche, selon l’Agence météorologique nationale (Aemet), qui a alerté sur des risques « extrêmes » d’incendies.

    Une femme grièvement brûlée dans l’incendie qui a touché l’Andalousie le 9 juillet est morte des suites de ses blessures, a annoncé jeudi l’hôpital où elle était soignée, portant le bilan à 14 morts, en majorité des étrangers. Cet incendie, qui s’était déclenché dans la région d’Almeria, était parti d’un câble d’alimentation électrique le long d’une route nationale dans la zone de Los Gallardos, où la végétation était desséchée à cause de la chaleur, d’après les autorités.