Tag: Italie

  • [Chroniques Méditerranéennes] Les mots de la Méditerranée dans le contre-dictionnaire des migrants

    [Chroniques Méditerranéennes] Les mots de la Méditerranée dans le contre-dictionnaire des migrants

    Réduit à un chiffre ou à une marchandise anonyme à répartir, le migrant, perçu comme un « envahisseur », n’a ni âme ni identité. Pourtant, il possède une arme : la parole.

    Un moyen sûr au milieu de la dérive de voyages qui n’ont qu’un seul but : exister dans ce monde. Si le sabir était la lingua franca de la Méditerranée, forgée dès le Moyen Âge pour communiquer dans les ports, une nouvelle langue est née aujourd’hui pour se défendre, pour partager les chances de survie, pour raconter le voyage, sa géographie, le rapport au pouvoir, l’urgence et la solidarité.

    Une langue sans nom, mais que l’équipage du Tanimar – un collectif de chercheurs des universités de Gênes et de Parme utilisant la navigation comme méthode ethnographique pour étudier les déplacements des migrants – a réussi à identifier. C’est ainsi qu’est né le Contro Dizionario del Confine (Éd. Tangerin), un ouvrage qui consacre une explication détaillée à chaque mot employé par cette humanité invisible.

    « Parce que chaque mot a une histoire – expliquent les auteurs –, ce dictionnaire en rassemble et en analyse quarante-deux, classés par ordre alphabétique et correspondant à des termes significatifs pour ceux qui tentent de franchir la frontière italo-tunisienne. Pour ceux qui cherchent à braver le régime frontalier européen, de plus en plus violent, et qui, pour cette raison, sont entravés, agressés et criminalisés. »

    Beaucoup de ces mots sont issus du français. En voici quelques exemples. Arnaqueur : désigne celui qui tente une escroquerie, comme l’organisation de faux voyages vers l’Europe, la vente de visas contrefaits ou l’utilisation d’embarcations dépourvues de moteur adéquat. Dans ces cas-là, un avis de recherche est lancé – une chaîne d’information sur les réseaux sociaux permettant d’identifier l’escroc ; outre le fait de le discréditer, cela peut déclencher le fakop, une amende infligée pour non-respect des règles dans une situation de fuite.

    Le mot « migrant » est remplacé par aventurier, pour évoquer l’idée d’un voyage, d’une fuite loin de la misère. « C’est un état d’esprit plus qu’un itinéraire, confie l’une des personnes interrogées ; cela implique aussi une mentalité de soldat, car le chemin, on le sait, est ardu. Un voyage a un but, alors que l’aventure n’a pas de destination. C’est la capacité à affronter l’inconnu. »

    Un mot identique pour les hommes et les femmes. « Une femme court plus de risques qu’un homme – raconte une témoin – ; j’ai moi-même été victime de violences sexuelles. Si elle n’est pas soutenue, la femme a recours à la prostitution pour avancer sur son chemin. »

    Le terme le plus courant pour désigner le fait d’avoir réussi est « Boza ». « Mais ce n’est pas facile. Cela signifie avoir gagné, avoir réussi. »

    La conscience d’être voué à l’exploitation et de constituer une ressource s’exprime par l’expression « or noir ». La référence renvoie à la couleur de la peau, à des corps contraints à un travail mal payé et dépourvu de droits. « Il n’est pas facile de trouver une mine d’or, mais il est facile de trouver des migrants. C’est la traite. Quand on a un Noir, en Tunisie ou en Libye, c’est comme avoir du bétail. Les Libyens vous achètent aux soldats tunisiens pour quelques euros, puis réclament une rançon à votre famille. C’est un vaste marché. La vente de migrants que nous sommes est plus lucrative que le trafic de drogue. » Derrière chaque mot se cache un monde. Ce monde-là.

    Journaliste et romancière, Stefania Nardini vit entre Naples et Rome.

  • L’Italie en cheffe de file des pavillons de la Foire de Marseille

    L’Italie en cheffe de file des pavillons de la Foire de Marseille

    De nombreux élus et représentants d’institutions ont participé, ce jeudi matin au parc Chanot, à l’inauguration de la Journée officielle de l’Italie à la Foire. Valentina Muiesan, consule générale d’Italie, Ilaria Bozzo, conseillère métropolitaine représentant la Ville et la Métropole de Gênes, Martine Vassal, présidente (DVD) du conseil départemental des Bouches-du-Rhône, ou encore Maxime Tommasini, président de la chambre italienne de commerce pour la France à Marseille, ont fait le déplacement pour l’occasion.

    Ce dernier a tenu à remercier l’organisation de la Foire de Marseille pour ce partenariat avec l’Italie, lors de la conférence de presse organisée au Palais des Arts. Il a poursuivi en souhaitant la « bienvenue à tous les amoureux de l’Italie, autant qu’à ceux qui veulent découvrir la richesse de l’artisanat et de la gastronomie italienne ».

    Les représentants ont ensuite entamé une visite du Pavillon italien, situé dans le hall 3. Accompagnés de Pierre Arvis, directeur de Marseille Events, ils ont pu déguster de nombreuses spécialités italiennes, de la Sicile à la Lombardie, en passant par les Pouilles, au gré de leurs rencontres avec les commerçants. Une quarantaine d’exposants, venus de toute l’Italie, sont présents. Spécialités gastronomiques régionales, créateurs de mode, artisans et même une exposition audiovisuelle occupent cet espace.

    Spécialités des quatre coins du monde

    Mais au-delà des stands italiens, de nombreux exposants proposent également des spécialités venues du monde entier. Cette dimension internationale, emblématique de la Foire, est une nouvelle fois mise à l’honneur. Entre le hall 6 et le parvis du hall 8 du parc Chanot, plus d’une quarantaine de pays sont représentés. Six pavillons sont présents, avec le Maroc, le Canada, le Vietnam, l’Inde, la Tunisie et l’Arménie, mais de nombreux autres stands mettent en avant la culture d’autres pays comme le Japon, l’Éthiopie, le Mexique, la Roumanie ou encore le Népal.

    « Cet endroit est superbe, je ne pensais pas qu’il y aurait autant de pays représentés. Ça m’a permis de découvrir beaucoup de spécialités que je ne connaissais pas. On peut vraiment faire le tour du monde en dix minutes », raconte Hervé, venu pour la première fois à la Foire ce jeudi. Léa et Agathe partagent également le même avis : « Même si nous sommes déjà venues, c’est toujours sympa de redécouvrir des cultures dont on a moins l’habitude. Même si l’on ne vient pas forcément pour acheter quelque chose, il y a toujours de quoi passer un bon moment ici. »

    Toutes sortes de produits sont proposés : de la vanille de Madagascar aux spécialités asiatiques, en passant par les couscous orientaux, les tapis et les objets de décoration venus des quatre coins du monde.

    Ouverture de 9h à 23h. Informations et programme
    sur foiredemarseille.com

    AU PROGRAMME CE VENDREDI

    Nocturne

    Les artistes Amel Bent, Upsilone ou encore Teddy Bear seront présents pour animer la soirée sur la grande scène à partir de 20h. Un feu d’artifice illuminera le ciel marseillais pour clôturer la soirée.

    Fabrication de pesto maison

    De 11h à 11h30, un atelier immersif est proposé au stand 3G22 autour du pesto, suivi d’une dégustation de produits italiens.

    Fête foraine

    Sur l’esplanade 5 et le parvis du hall 6, de nombreuses attractions sont présentes pour toute la famille, que ce soit des manèges vertigineux ou des carrousels.

  • [Week-end] Ce signal qui précède souvent l’effondrement d’un stock de pêche

    [Week-end] Ce signal qui précède souvent l’effondrement d’un stock de pêche

    La morue du nord-ouest de l’Atlantique est un cas emblématique : après des années de pêche miraculeuse au large du Canada, les stocks s’effondrent dans les années 1970-1980. D’autres cas similaires sont bien documentés : l’anchois du Pérou ou le thon rouge à l’ouest de l’Atlantique, par exemple. « Mais nous manquions d’une cartographie globale de ces événements », indique Mathieu Pélissié, ancien doctorant à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier qui a développé pendant sa thèse une méthode statistique pour détecter ces changements brutaux.

    Sont-ils communs ? Où se produisent-il ? Quelles en sont les causes ? Dans un article paru dans Science Advances, le chercheur, aujourd’hui à l’Université de Padoue (Italie), apporte des réponses en montrant que des changements brutaux de productivité se sont produits dans au moins un quart des stocks de poissons entre 1950 et 2020. « C’est sans doute sous-estimé, avertit-il. Et c’est légèrement plus souvent des déclins que des augmentations ». La productivité s’entend comme le taux de croissance d’un stock de poissons en l’absence de pêche. Un déclin abrupt de productivité est donc différent d’un effondrement de stock, défini comme le franchissement d’un seuil minimal en-dessous duquel une population n’est plus assez nombreuse pour survivre.

    Effet de la température ?

    L’étude montre que parmi les stocks qui se sont effondrés, un quart avait été précédé par un déclin abrupt de la productivité. « Cette part monte à presque 50% si on considère des déclins pas forcément abrupts, ajoute le chercheur. Cela pourrait indiquer un risque que les stocks s’effondrent dans les années à venir ». Alors qu’aujourd’hui des mesures de régulation sont prises presque uniquement à partir du moment où des seuils critiques sont atteints. Sachant que les chutes brutales de productivité ont lieu en moyenne douze ans avant l’effondrement du stock. « Cela peut être vingt ou cinq ans avant », précise le chercheur. Ce qui peut laisser du temps pour prendre des mesures.

    Pourvu que la productivité soit suivie de manière régulière. « Tous les ans, idéalement », estime Mathieu Pélissié. Et pas uniquement via les captures par les pêcheurs. « Ils tendent à cibler les endroits où il y a le plus de poissons, souligne le chercheur. Cela peut donner une vision biaisée et surestimée de l’état des populations. » Un suivi correct nécessiterait d’observer l’état des populations régulièrement et toujours aux mêmes endroits, sans chercher nécessairement les meilleurs.

    Pour ce qui est des déclins abrupts de productivité, ils se produisent plutôt là où l’océan se réchauffe vite : au nord-ouest de l’Atlantique, en mer Baltique et en mer du Nord, notamment. De là à établir une relation de causalité, il faut être prudent. « Cela reste une forte corrélation », nuance le chercheur. Mais c’est peut-être là qu’il faut être plus attentif.

    REPÈRES

    315

    C’est le nombre de séries temporelles sur lesquelles se base l’étude citée ci-contre. Issus d’une base de données en ligne, ces suivis de captures et de stocks de poissons ont permis de calculer l’évolution de la productivité – le taux de croissance de ces stocks en l’absence de pêche. Ces suivis devaient courir sur au moins 25 ans pour être pris en compte.

    Gadiformes

    Ces poissons sont ceux qui ont subi le plus de déclins abrupts de productivité entre 1950 et 2020, selon l’étude citée ci-contre. Cet ordre est celui de la morue et du merlu. Celui des clupéiformes – qui comprend le hareng, l’anchois, la sardine – a été aussi très touché.

    1992

    C’est la date à laquelle le Canada a mis en place un moratoire – qui a pris fin en 2024 – sur la pêche à la morue après l’effondrement des stocks au nord-ouest de l’Atlantique en raison de la surpêche.

  • Robert Guédiguian, un cinéaste d’aujourd’hui, primé à la Mostra

    Robert Guédiguian, un cinéaste d’aujourd’hui, primé à la Mostra

    « Prendre pour personnage une femme, c’est vouloir parler du monde dans son exhaustivité », résume avec fulgurance Robert Guédiguian. Sélectionné dans la section « Giornate degli autori » à la Mostra de Venise, le cinéaste français repart avec une belle distinction grâce à Une femme aujourd’hui. Un succès vénitien amplement mérité pour le 24e long-métrage du Marseillais. Mais au-delà des récompenses, ce film marque le retour d’un regard engagé qui refuse de céder au cynisme ambiant.

    Filmer, pour Guédiguian, ce n’est jamais isoler un individu. C’est toujours le saisir au cœur des tensions et des contradictions de son époque. Il nous en donne la preuve éclatante ici. Le récit suit Juliette, trente ans, incarnée avec une justesse impressionnante par Marilou Aussilloux. Cadre brillante dans la finance, propriétaire, libre d’aimer et de voyager, elle coche toutes les cases de la réussite contemporaine. Mais ce vernis vole en éclats lorsqu’elle est violemment agressée à son travail par un collègue. En
    filmant cette trajectoire, Guédiguian ne réalise pas un simple fait divers. Il pose un regard lucide sur une dérive très actuelle : nous croyons être totalement libres, mais cette liberté s’avère souvent bien fragile dès que ressurgissent des formes anciennes mais tenaces de domination.

    « La bonté, mère

    de toutes les vertus »

    Ce qui frappe chez le réalisateur phocéen, c’est ce refus catégorique de laisser ses personnages s’enfermer dans le statut de victime. L’espoir chez lui n’a rien de naïf. Il ne s’agit pas d’effacer le malheur, mais d’observer ce qui surgit après le choc : cette capacité très humaine à se relever et à réinventer son existence.

    Loin de céder au misérabilisme ou au simple récit de fait divers, Guédiguian pose une question proprement philosophique : que vaut notre liberté lorsque nous découvrons qu’elle repose sur un équilibre bien plus vulnérable qu’on ne le pensait ? « La bonté est pour moi la mère de toutes les vertus. Je déteste le cynisme. La bonté envers les autres est l’alpha et l’oméga de ma vie. »

    Chez le cinéaste de Marius et Jeannette, la catastrophe n’a jamais le mot de la fin. Fidèle à un humanisme ardent, le réalisateur refuse le désespoir et la complaisance victimaire. L’espoir surgit dans les interstices du quotidien, dans la reconquête de la parole… La blessure devient ainsi le point de départ d’un éveil des consciences.

    Le scénario fait ainsi glisser le drame intime vers une véritable quête de sens. Juliette doit réapprendre à vivre, mais surtout comprendre ce qu’elle veut faire de sa propre vie. Autour de Marilou Aussilloux, on retrouve la « bande » historique du cinéaste : Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin et Gérard Meylan. Cette fidélité d’acteurs apporte une authenticité folle au film. Et pour porter ce récit, le cinéaste fait une nouvelle fois de Marseille un personnage à part entière.

    En récompensant ce film, le jury du Label Europa Cinemas ne s’y est pas trompé. Une femme aujourd’hui évite soigneusement les pièges du discours moralisateur ou dogmatique. Il préfère soulever des questions essentielles et laisser le public poursuivre la réflexion bien après que les lumières de la salle se rallument. En croisant destin intime, Histoire et regard social, Robert Guédiguian rappelle avec force ce qui fonde son engagement d’artiste : même au milieu des ruines, il reste la solidarité et surtout cette obstination à demeurer debout.

  • La Méditerranée à l’honneur de l’édition 2026 de la Foire internationale de Marseille

    La Méditerranée à l’honneur de l’édition 2026 de la Foire internationale de Marseille

    Alors que l’édition 2025 avait déjà été une franche réussite d’après les organisateurs, les ambitions sont d’autant plus grandes pour cette année. « Nous avons connu une hausse de 15% de la fréquentation en 2025 par rapport à l’édition 2024 », se félicite Pierre Arvis, directeur général de Marseille Events, opérateur de la foire. « Nous espérons être aussi performants que l’an dernier », poursuit-il pendant son discours.

    Passage obligé de la rentrée marseillaise, la Foire est un événement qui, chaque année, est particulièrement attendu. « Il y a un engagement et une demande très forte autour de la Foire », confirme Samia Ghali, adjointe au maire de Marseille. Cette édition 2026 conserve ce qui a fait le succès de la Foire, en apportant des nouveautés, notamment des activités comme une recyclerie mobile et des expositions en réalité virtuelle notamment, liées à la Méditerranée et sa préservation et au développement durable.

    50 pays représentés

    « La dimension internationale fait partie de l’ADN de Marseille », rappelle Aurélie Prost, la directrice opérationnelle de l’événement. Avec la mise en avant d’une cinquantaine de pays qui seront représentés. Pilier incontournable de la Foire, l’espace restauration et gastronomie accueillera des stands proposant des spécialités du monde entier, du Pérou à la Thaïlande, sur plus de 7 000 m2.

    Pour Jean-Paul Tinetti, vice-président de la chambre de commerce italienne pour la France de Marseille, « l’axe de lecture écologique doit être important, que ce soit par la nourriture, les transports et bien sûr la mer », insiste-t-il. Face à un patrimoine si riche et fragile que la Méditerranée, la volonté affichée est de le protéger tout en le partageant.

  • Le 7e art italien sous toutes ses facettes à Aix

    Le 7e art italien sous toutes ses facettes à Aix

    « Depuis sa création, l’Institut de l’image entretient un lien privilégié avec le cinéma italien auquel il a consacré de nombreuses rétrospectives au fil des années et il est vrai que je l’affectionne particulièrement », écrit Sabine Putorti qui, après 23 ans à la tête de l’association éponyme, quitte ses fonctions de directrice. Pour ce dernier cycle griffé de son empreinte qui s’inscrit jusqu’au 27 septembre à l’école supérieure d’art Felix-Ciccolini, son site historique de Méjanes étant toujours en travaux, l’Institut de l’image d’Aix met les petits plats dans les grands avec de multiples projections allant des Pâques sanglantes de Giuseppe de Santis (1950) au Journal intime de Nanni Moretti (1994).

    Rêve et désillusions

    « Cette rétrospective invite moins à définir une essence du cinéma italien qu’à en explorer ses multiples visages », résume Sabine Putorti. Parmi la douzaine de films diffusés, des chefs-d’œuvre incontournables tels que La Dolce vita de Federico Fellini ou Nous nous sommes tant aimés d’Ettore Scola, mais aussi des bobines à peine moins connues du grand public comme Une vie difficile, de Dino Risi. Réalisé en 1961, une œuvre teintée de désillusions qui s’inscrit dans le sillage d’un ancien résistant nommé Silvio Magnozzi (incarné par Alberto Sordi) « reconverti en journaliste engagé » et qui a « de plus en plus de mal à subvenir aux besoins de sa famille ». Un cycle qui s’inscrit dans le cadre de la Biennale d’Aix, consacrée cette année à la Grande botte.

    Horaires des séances sur www.institut-image.org

  • [Regard sur l’Italie] Le général avance et l’Italie retourne en arrière

    [Regard sur l’Italie] Le général avance et l’Italie retourne en arrière

    Son auteur est un général – ou plutôt « le » général – qui, en l’espace de quelques jours, parvient à placer l’ouvrage chez un petit éditeur et frôle le cap des 700 000 exemplaires vendus, générant pour lui, en tant qu’auteur, des revenus supérieurs à 800 000 euros.

    Mais que contient ce texte devenu l’Évangile de tant d’Italiens ? Il mondo al contrario (Le monde à l’envers) de Roberto Vannacci se veut l’éloge d’un certain bon sens populaire à travers l’analyse de plusieurs thèmes. L’ouvrage commence par contester les mouvements progressistes, féministes et de défense des minorités, que le général accuse d’imposer une pensée unique au mépris de la majorité. Viennent ensuite la réaffirmation de l’identité italienne – avec un refus catégorique de l’immigration et du multiculturalisme – et la défense de la famille traditionnelle : il y attaque la normalisation des modèles non traditionnels, qualifiant les homosexuels d’« anormaux ». Enfin, il aborde la question de la sécurité, prônant une justice plus sévère et le renforcement du droit à la légitime défense.

    Fort de ce succès, le général publie un second livre, autobiographique cette fois, où il se dépeint comme un homme d’une droiture absolue et exalte la valeur d’une discipline de fer, tout en relatant ses missions.

    Comme on pouvait s’y attendre, il se lance en politique sous les couleurs de la Ligue de Matteo Salvini. Il est élu député européen en tant qu’indépendant. Parallèlement, il élargit son champ d’intervention à d’autres sujets, notamment le handicap. Il propose ainsi de créer des classes séparées pour les élèves en situation de handicap, accusés de ralentir l’apprentissage des élèves « sains ».

    Une déclaration qui a suscité l’indignation non seulement des associations œuvrant dans le domaine du handicap, mais aussi de la Conférence épiscopale italienne et du Vatican. Mais le général poursuit sur sa lancée ; mieux encore, Matteo Salvini le nomme secrétaire adjoint de la Ligue. Toutefois, « Roberto le Grand » ne s’en contente pas. Il lâche Salvini en février 2026 pour fonder son propre parti : Futuro Nazionale. Il se dote d’un manifeste programmatique dans lequel il s’en prend aux mouvements progressistes, à l’idéologie du genre et aux droits LGBTQ+, tout en réclamant des restrictions concernant la présence de certains sujets dans les médias et à la télévision publique. Et bien entendu, cela va sans dire, il prône l’expulsion de tous les immigrés qui ne s’assimilent pas à l’identité italienne.

    Une épine dans le pied pour Giorgia Meloni et son entourage. Car Vannacci ne fait qu’exposer les principes fondamentaux de Fratelli d’Italia tels qu’ils sont réellement, sans le vernis démocratique que Meloni tente de leur donner. On imagine aisément la colère de Salvini et de la coalition, malgré le silence de Meloni.

    Mais qui est Vannacci ? Walter Di Munzio, psychiatre et journaliste, tente de l’expliquer dans un article publié par L’Ora della sera : « Les informations concernant Vannacci sont étranges, à commencer par celles de Wikipédia. Alors qu’il était encore inconnu, sa biographie a été modifiée avec une précision chirurgicale, dans le but de créer un récit viral. L’auteur de ces modifications est un certain Hockler73, qui ne dispose d’aucune page de discussion active : il apparaît, modifie le contenu et disparaît. En l’espace de 24 heures, on a enregistré quelque 100 000 recherches Google et une véritable ruée sur le livre. Une trajectoire aussi parfaite ne peut être que l’œuvre d’une organisation puissante. »

    Selon les derniers sondages, le général est d’ores et déjà crédité de 8% des intentions de vote, s’imposant ainsi comme la quatrième force politique nationale. Pauvre Italie !

    Journaliste et romancière, Stefania Nardini vit entre Naples et Rome

  • À Naples, la renaissance d’un quartier par la culture et la solidarité

    À Naples, la renaissance d’un quartier par la culture et la solidarité

    La simple évocation du quartier de la Sanità avait le don de provoquer des réactions de rejet à Naples. Il était synonyme de criminalité, de grande pauvreté, de narchomicides et pour tout dire… de Camorra, la mafia locale.

    Mais, depuis plusieurs années, sans disposer de baguette magique, des habitants multiplient les initiatives pour faire changer la vie quotidienne dans leur quartier.

    Figure de proue de cette transformation : l’église Sant’Aspreno ai Crociferi. Défraîchie et inoccupée depuis 40 ans, elle est devenue un musée consacré aux œuvres du sculpteur contemporain Jago, en mai 2023. Le lieu est géré par la coopérative La Sorte, composée de jeunes du quartier : la moyenne d’âge de ses membres est de 24 ans.

    Un réseau citoyen contre la toile d’araignée mafieuse

    Imaginé pendant le confinement, le projet Luce per il rione Sanità (lumière pour le quartier de la Sanità) n’est pas un rayon de soleil isolé dans l’obscurité. La coopérative gère deux autres lieux culturels créés dans des églises désaffectées.

    « Il y a ce que fait notre coopérative, mais aussi toute une nuée de collectifs et d’associations qui ont créé un réseau d’une trentaine de lieux dans tout le quartier », précise Raffaela, une jeune femme qui travaille au sein du musée Jago. « Souvent, dans des lieux religieux abandonnés, on a ouvert ici un centre social, là une galerie culturelle », rapporte-t-elle. Habitante du quartier depuis sa naissance, elle insiste : « Cela fait des lieux ressources pour les jeunes, mais aussi des emplois ». « On fait partie d’une génération qui veut prendre ses affaires en main, même s’ils ne règlent pas tout, ces lieux maillent tout le quartier et contribuent à le faire changer au quotidien ». Face à la toile d’araignée mafieuse, ce réseau citoyen lui a « rendu l’espoir ».

  • Une coopérative italienne pour aller « au-delà des rêves »

    Une coopérative italienne pour aller « au-delà des rêves »

    Il aura fallu 20 ans pour que la coopérative « al di là dei sogni », littéralement « au-delà des rêves », voie le jour. C’est au sein de ce bien de 17 hectares situé à Maiano di Sessa Aurunca, dans la province de Caserte, saisi après l’arrestation d’un chef mafieux en 1991, comme le permettait déjà la loi italienne, puis définitivement confisqué en 1994, que les éducateurs marseillais ont été accueillis, durant une semaine, pour un échange d’expériences sur la lutte contre le narcotrafic.

    Un chantier saboté

    Ils ont notamment pu rencontrer Simmaco Perillo, son président et fondateur. Un témoignage « fort » nous confie l’un des éducateurs, Mohamed Benmeddour. Transférée à la municipalité en 1998, la propriété a été abandonnée jusqu’en 2005. Une époque où « parler de la Camorra était encore très difficile : c’était un sujet tabou et parfois même dangereux », explique le président de la coopérative, qui dépose pourtant un projet, accepté et financé par l’Europe. Mais il lui faudra s’armer de patience et surtout de courage.

    L’appel d’offres lancé par la municipalité pour rénover le bâtiment est remporté par une entreprise liée au clan des Casalesi, l’un des clans les plus puissants de la Camorra à Caserte. Le chantier est « réalisé de manière absurde » constate Simmaco, avec « par exemple les toilettes destinées aux personnes handicapées, mais pas accessibles en fauteuil roulant. Des fenêtres cassées, un système de chauffage qui ne fonctionnait pas avec des tuyaux qui entraient dans les murs, mais ne menaient nulle part ».

    Simmaco signale les vices, le responsable des travaux publics de la municipalité est arrêté, l’enquête révélant sa proximité avec le clan. De quoi comprendre « quelque chose de très important », estime l’associatif : « Le mafieux n’était pas nécessairement le personnage correspondant au stéréotype traditionnel. Il pouvait aussi être un fonctionnaire municipal, bien habillé, avec une voiture et une cravate ». Une quinzaine de jours après avoir obtenu officiellement les clés, le 16 janvier 2009, des inconnus entrent dans le bâtiment et détruisent tout avant de disparaître. En « colère et frustré », Simmaco décide de planter sa tente et de vivre sur les lieux. Il sera rejoint par une quarantaine de jeunes de Maiano. Malgré les intimidations, « avec le temps, les choses ont changé », se félicite-t-il, heureux d’avoir gagné la confiance des habitants.

    À la fois projet de réinsertion sociale, lieu de vie et de soins pour les plus précaires, la coopérative s’inscrit aussi dans l’agritourisme, proposant produits bios et restaurant. Elle propose des formations, y reçoit les écoles. Et ce n’est qu’un début. Depuis août 2025, la coopérative est propriétaire d’un autre site saisi à un entrepreneur en lien avec la Camorra, trois villas à Baia Domizia, avec vue sur la mer. Elle imagine en « faire un lieu polyvalent pour accueillir les jeunes de la région et y organiser des activités musicales, des débats et des initiatives sociales ».

  • Athletisme : Entresangle termine aux bords de la Méditerranée

    Athletisme : Entresangle termine aux bords de la Méditerranée

    Une dernière pour la route, pour boucler une saison ayant débuté à la fin de l’hiver. Clara Entresangle, 21 ans, a tenu son rang pour sa découverte des championnats d’Europe élites. À Birmingham, la jeune Vauclusienne arrivait avec le 5e chrono des engagées et a finalement pris la 6e place de la finale du 3 000 m steeple. Elle a pu faire la connaissance de nombreux athlètes de l’équipe de France. « Au début, c’était un peu impressionnant. J’ai rencontré toutes les personnes que je regardais encore à la télé l’année dernière. Mais entre les disciplines, tout le monde parle avec tout le monde et c’est assez sympa. »

    Un podium pour finir ?

    Également spécialiste du cross et de la route, l’athlète de Cavaillon court en compétition depuis le début de l’année. Ce 1er septembre, elle effectuera sa dernière course en 2026. Celle qui est entraînée par son père, Nicolas, sera au départ des Jeux Méditerranéens. Une compétition un peu spéciale, mettant souvent en avant la jeunesse. « Je pars du 27 août au 4 septembre. Pour cette année, ils voulaient mettre en avant les espoirs et essayer de sélectionner au moins un espoir pour chaque discipline. Et après, pareil, il y avait des minimas qu’il fallait réaliser pour pouvoir prétendre à cette sélection », détaille l’athlète.

    Et l’objectif pour ce rendez-vous italien, à Taranto ? « Je ne connais pas encore la start-list exactement, mais d’après ce que j’ai compris, j’ai le deuxième temps. Donc, aller chercher un podium, ça pourrait être l’objectif. » Ensuite, viendront les vacances, avant de reprendre le chemin de l’entraînement afin de se préparer pour une saison 2027 qui s’annonce semblable à celle de l’année en cours.