La traduction littéraire en quête d’une reconnaissance mondiale

Traduire un petit mot n’a jamais été aussi simple, à l’ère de la multitude d’applications existantes, avec plus ou moins de réussite. Mais traduire une œuvre littéraire entière, avec ses tournures de phrases, ses subtilités et ses expressions qui ne se transposent pas mécaniquement d’une langue à l’autre, est une tout autre affaire. Un défi auquel s’attellent des milliers de traducteurs dans l’Hexagone. Et c’est cette pratique ancestrale que souhaite inscrire au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, entre autres, Laurent Lombard, vice-président de l’Université d’Avignon.

« On s’est rendu compte, avec l’émergence de l’intelligence artificielle, de l’intérêt hallucinant qu’il y a pour la traduction », explique celui qui est aussi enseignant-chercheur et qui a traduit pas moins de 150 œuvres du français vers l’italien et vice et versa. « L’idée est de montrer l’importance de la traduction dans l’histoire de l’humanité. Cela a jalonné l’histoire de nos pays et créé un dialogue dans nos disciplines sans lequel on serait dans un monde bien différent », poursuit-il. L’expression italienne traditore o traduttore, en français « traître ou traducteur », illustre ainsi, pour l’universitaire, l’art qu’est la traduction.

Les premières actions pour faire avancer le projet ont d’ailleurs déjà commencé. Plusieurs événements et colloques réunissant traducteurs, universitaires et scientifiques ont été organisés, tandis que les initiatives se multiplient. « Il faudra aussi que d’autres structures d’autres pays s’engagent pour renforcer le dossier », souligne Laurent Lombard.

Ouverture d’esprit

Une démarche lancée également avec la Cité internationale de la langue française. C’est d’ailleurs un discours du président de la République, prononcé lors de l’inauguration du lieu, qui a fait germer l’idée. « L’Europe est le continent dont la langue, pour paraphraser Umberto Eco [philosophe, sémioticien et écrivain italien, Ndlr], n’est ni le français, ni l’anglais, ni l’allemand, ne cherchons pas la compétition. La langue de l’Europe est la traduction, disait-il, c’est-à-dire ce point de passage de l’une à l’autre », déclarait-il alors. Estimant que « la traduction du français dans des langues étrangères devient, dans beaucoup d’endroits, une forme de combat politique », Emmanuel Macron appelait notamment à « multiplier ces traductions, mais surtout à les rendre accessibles ».

« Des gens sont morts et meurent encore aujourd’hui car ils traduisent. Cela symbolise aussi une ouverture d’esprit, ce que certains ne supportent pas », conclut Laurent Lombard avec passion.

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