Tag: Monde

  • Fabien, étudiant : «La pénurie de personnels, priorité des revendications lycéennes à Montpellier»

    Fabien, étudiant : «La pénurie de personnels, priorité des revendications lycéennes à Montpellier»

    Les lycéens nous ont contactés à plusieurs reprises pour nous demander de l’aide. Tous les jours, des étudiants vont les aider à bloquer les lycées et à faire tampon par rapport à la répression qu’ils peuvent subir », indique Fabien Bon, représentant du Syndicat de combat universitaire de Montpellier (Scum).

    Depuis le 1er octobre, sous l’impulsion notamment du Scum, le mouvement étudiant s’organise dans la capitale héraultaise autour de blocages universitaires. Parti de Paul-Valéry, il s’est étendu à plusieurs campus : facs de sciences, d’économie, d’éducation, mais aussi fac de pharmacie (« pour la première fois de son histoire »), fac de droit, ainsi que l’Institut régional du travail social (IRTS) ou l’institut Agro. Des blocages qui permettent aux étudiants de rejoindre les rassemblements lycéens en journée, mais aussi de porter leurs propres revendications.

    Pour Fabien Bon, la convergence entre les deux mouvements se construit d’abord autour d’une même inquiétude : l’avenir. « À travers ce qu’il se passe dans les universités, les lycéens voient leur avenir. Et qu’est-ce qu’ils voient ? Qu’entrer à la fac est devenu compliqué à cause de Parcoursup, qui pratique une sélection sociale de plus en plus forte et éjecte de nombreux bacheliers de l’enseignement supérieur ; ils voient que même s’ils arrivent à entrer à l’université, en master, un sur deux sera viré via, cette fois, la sélection exercée via la plateforme Monmaster ; et ils se rendent compte que même s’ils arrivent à décrocher un diplôme, ils auront une vie de misère. Car ils voient bien que leurs parents ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts et que ça risque d’être encore plus compliqué quand ce sera leur tour », décrit Fabien Bon.

    « Se questionner sur ses conditions d’études, c’est légitime »

    « C’est ça la convergence principale avec les lycéens : cette peur de l’avenir, bouché, préempté et volé par des patrons et des politiciens. Mais ce qu’on a aussi en commun, c’est de ne pas être écoutés », considère le représentant du Scum, qui pointe « le mépris des institutions politiques » à l’égard de la jeunesse, ainsi qu’une certaine « violence médiatique ».

    « Tout le monde tourne par exemple en dérision la revendication d’en finir avec le 8 h-18 h. Mais quel travailleur accepterait de faire 8 h-18 h sans interruption, excepté une pause d’une heure à midi, enfermé dans son entreprise ? Se questionner sur ses conditions d’études, de vie, c’est légitime. » Et de poursuivre : « Je pense, moi, que le mouvement lycéen donne à toute la France un énorme cours d’éducation civique. »

    Sans compter, souligne Fabien Bon, « que mine de rien les deux derniers mouvements qui ont obtenu des choses au niveau national, ce sont les Gilets jaunes et le mouvement lycéen actuel, qui a obtenu officiellement une hausse du budget de l’éducation nationale et le déploiement en urgence de plusieurs milliers de profs. Alors que personne n’arrive à obtenir quoi que ce soit dans ce pays », insiste le représentant du Scum.

    Il salue le courage de ces jeunes « qui se politisent et prennent des risques » malgré une répression qu’il juge particulièrement violente. « Il y a des gars casqués et armés en face d’eux, dont on sait qu’ils sont capables de les mutiler. Il y a quand même un gosse de 16 ans dont la main a été arrachée par une grenade en France en 2026. C’est incroyable. »

    Quinze jours après le début du mouvement, les étudiants mobilisés restent donc « complètement solidaires des lycéens. Et le meilleur soutien qu’on puisse leur apporter, c’est de continuer à bloquer les facs, car cela permet de libérer du temps pour aller les aider tout en faisant pression, de notre côté, sur les présidences d’université pour satisfaire nos revendications sur la question de l’inscription des étudiants refusés en licence et en master et sur celle des frais différenciés imposés étudiants étrangers ».

    Au-delà des lycées et des campus, « Il y a une colère bien plus globale », assure Fabien Bon. « Les gens n’en peuvent plus. On veut pouvoir payer notre loyer tranquillement et se nourrir, tout simplement. »

  • Logement social : Toulon en passe de sortir de la carence

    Logement social : Toulon en passe de sortir de la carence

    « Chaque logement social que nous produisons, que nous finançons, nous éloigne de la carence et nous rapproche de l’objectif fixé par le contrat de mixité sociale », explique Serge Lhotellier 21e adjoint au maire, en présentant un projet de participation financière de la ville à la Société foncière d’Habitat et Humanisme pour une opération rue Picot.

    « Il nous arrive de nous abstenir sur la construction de logements sociaux dans des zones que nous estimons beaucoup trop denses », s’est cru obligé d’expliquer le conseiller d’opposition (RN) Amaury Navarranne, histoire de ne pas se montrer sous son plus mauvais jour, sabre au clair en hussard de son parti antisocial. Contrairement à sa collègue Laure Lavalette qui aura beaucoup moins de pudeur un peu plus tard.

    « Ce n’est pas notre politique du logement, puisque nous privilégions plutôt la réhabilitation ou la rénovation », lui répond la maire de Toulon Josée Massi (SE). La charge viendra un peu plus tard, menée comme annoncée par la députée d’extrême droite au moment du débat sur la modification du Plan local d’urbanisme (PLU). Avec en guise d’intro, pour « expliquer » son retard, une attaque du monde syndical et du droit de manifester, la caravane FO ayant fait escale devant l’hôtel de ville.

    L’ignominie du RN

    Cette modification du PLU vise entre autres à accompagner le projet de reconstruction de la résidence sociale Adoma installée à La Loubière, afin de garantir aux résidents des conditions de vie dignes et confortables explique Geneviève Lévy, l’adjointe à l’urbanisme.

    Ceci va être prétexte pour l’élue frontiste pour tirer à boulets rouges sur les contraintes d’urbanisme qui selon elle, « empêche de construire et loger les Français ». La solution pour le parti à la flamme dont elle a été la porte-parole : « Nous aimerions mettre fin, abroger cette loi SRU qui nous paraît tout à fait Jacobin ». C’est-à-dire supprimer l’obligation de faire du logement social pour avoir soi-disant plus de logements sociaux à la fin, juste en faisant confiance à la bonne volonté des maires. Un raisonnement fallacieux pour éviter de dire tout le mal que pense le RN du logement social et de ses habitants.

    Elle pointe également le montant « hallucinant » de ce qu’elle appelle abusivement des pénalités. Et finit sa tirade en osant parler de justice sociale, en éructant que « la solidarité nationale devrait être réservée aux nationaux ».

    Préférant répondre par du concret plutôt qu’à ses fadaises, la maire de Toulon met en avant les 965 logements sociaux produits sur les trois ans, et la diminution de plus de moitié de la « pénalité ». Et de conclure : « Nous donnons la possibilité en effet aux Toulonnais d’être logés. Et nous avons bon espoir cette année de sortir de la carence ». De bons résultats salués par le préfet, dans ce secteur aussi, qui démontrent que non seulement Toulon a une capitaine mais qu’en plus elle sait plutôt bien barrer. N’en déplaise à son prédécesseur, Hubert Falco, qui s’est cru autorisé à faire référence au naufrage du Titanic, alors que le seul homme définitivement à la mer, c’est bien lui.

  • Le Grand J.T. des Territoires du 19 septembre

    Le Grand J.T. des Territoires du 19 septembre

    Cette semaine dans le Grand J.T. des Territoires

    Flambée du prix des carburants : ces Français qui passent au bioéthanol sans changer de véhicule

    Vélos électriques : coup de frein sur les débridages illégaux.

    Exemple à Bordeaux Haltérophilie : en Martinique, les femmes soulèvent la fonte et les préjugés

  • [Entretien] Alain Rouy, secrétaire national du Mouvement de la Paix : « Il faut travailler la paix du quartier à la planète »

    [Entretien] Alain Rouy, secrétaire national du Mouvement de la Paix : « Il faut travailler la paix du quartier à la planète »

    La Marseillaise : À quoi sert un événement comme le Village de la Paix ?

    Alain Rouy : Cela répond à la Journée internationale de la paix, décrétée par l’ONU il y a 25 ans. C’est un moyen de sensibiliser les populations, les pouvoirs publics. Par exemple, la question de la défense, de la paix, est occultée en France, où toute la politique de défense est entre les mains du chef de l’État. Il peut déclencher une intervention militaire sans même consulter le Parlement avant 100 jours. Dans les autres pays d’Europe, le Parlement est étroitement associé. On a appris par un discours, sur la base des sous-marins nucléaires de l’Île Longue, l’an dernier, que la France changeait de doctrine militaire nucléaire, avec une nouvelle invention, la dissuasion avancée. Personne n’a été consulté, pas même les militaires. La France ne fera désormais plus la transparence sur son armement nucléaire, certaines bombes nucléaires vont être remplacées par de plus puissantes, par l’unique volonté du chef de l’État. C’est un problème. Mais presque tous les pays sont soumis à cette hausse inconsidérée des dépenses militaires au détriment des programmes sociaux, de santé, d’enseignement, d’où l’idée d’une convergence internationale.

    Le thème de la journée est : « Investir dans la paix pour tous, partout, tous les jours ».
    Qu’est-ce que cela évoque
     ?

    A.R. : Ça incarne ce que promeut l’ONU, c’est-à-dire que l’armement est surfinancé alors que les œuvres de paix et les grands défis existentiels tels que le réchauffement climatique sont sous-financés. L’ONU a établi les objectifs du développement durable, en 2015, à la suite des objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Certains ont été obtenus, notamment sur le plan de l’alphabétisation, de la santé… Mais on est loin du compte parce qu’il manque des financements. Avec moins de la moitié du budget militaire, on règle quasiment tous les problèmes des OMD et on peut commencer à s’attaquer à la transition écologique. Au lieu de ça, on prépare la mort de la planète avec l’accumulation des armes et le risque d’un conflit nucléaire.

    Comment parvient-on à se mobiliser dans un monde bouleversé par les guerres et les génocides ?

    A.R. : Comme le disent certains slogans, il faut travailler à la paix du quartier à la planète. Ça commence par la culture de paix, grand chantier lancé par l’ONU en 2000, parce que la paix s’apprend dans les comportements, dans une culture tournée vers l’autre qui doit abreuver la vie publique. Les gouvernements ont aussi un rôle à jouer. Par exemple, le traité sur l’interdiction des armes nucléaires de 2017 est venu d’une convergence de l’ONU, des ONG et d’États qui en ont été les relais diplomatiques. Mais pour que ces relais existent, il faut faire évoluer l’opinion publique.

    À un an de l’élection présidentielle, quelle devrait être, selon vous,
    la position du futur gouvernement en matière internationale
     ?

    A.R. : On craint que ces questions de défense soient occultées de la campagne. Beaucoup de candidats vont parler du pouvoir d’achat sans faire le lien avec la hausse des dépenses militaires. La France, sous Macron, a fait le choix de résoudre les problèmes par la guerre, en soutenant les dérives bellicistes de l’UE, sans proposer d’action diplomatique. On pourrait prendre la tête, en tant que puissance nucléaire, d’un mouvement de désarmement, puis aller vers une nouvelle manière d’envisager les relations internationales, à savoir la coopération, un mode de sécurité collective ou de sécurité commune, notion apparue dans les années 1980 avec le Premier ministre suédois de l’époque, Olof Palme. Celle-ci implique que je ne suis en sécurité que si mon voisin, ou mon ennemi, se sent lui-même en sécurité. Donc, nos sécurités sont interdépendantes.

  • Des avions français aux quatre coins du monde

    Des avions français aux quatre coins du monde

    Sur le tarmac brûlant de la base aérienne (BA) 125 d’Istres, huit avions multirôles Rafale patientent sagement, prêts au décollage. Ce mardi, quatre d’entre eux participeront à la mission Pégase 2026, accompagnés de quatre Airbus A330 MRTT, deux A400M Atlas et 300 aviateurs. Cette 7e itération de la mission vise à parcourir 40 000 kilomètres autour du globe en 40 jours, de la BA 125 jusqu’en Égypte en passant par le Groenland, le Canada, l’Alaska, le Japon, la Corée du Sud, l’Indonésie, l’Inde, le Qatar et la Réunion. L’opération est pilotée depuis le centre Air de planification et de conduite des opérations (Capcoda), à la base aérienne 942 de Lyon-Mont-Verdun.

    Aux militaires présents lors du briefing de masse, la ministre déléguée aux Anciens combattants Alice Rufo indique qu’il s’agit d’un « moment d’une génération que d’ouvrir une nouvelle route vers l’indo-pacifique, l’Inde et l’Indonésie ». Cette opération de projection de puissance aérienne de longue portée, dont la BA 125 est l’outil dédié, est garante selon la ministre de « la signature française de crédibilité » dans la capacité de la France à « être là où elle veut dans le monde pour défendre ses intérêts ».

    Une dimension partenariale

    De passage et d’escale dans une multitude de pays différents, cette mission s’effectue dans « une dimension internationale et partenariale » d’après la ministre déléguée. Que ce soit avec le Danemark, le Canada et les États-Unis, où le matériel sera testé et éprouvé dans des conditions particulières, confortant la « stratégie Arctique » de la France soulevée par Alice Rufo. « On peut compter sur la France jusqu’au Moyen-Orient, percuté de déstabilisations », assure la ministre, entre les escales de valorisation de la BA 181 de La Réunion et celles visant à renforcer les partenariats stratégiques avec les pays d’Asie traversés, au travers notamment de l’exercice multinational Tarang Shakti piloté par l’Inde.

    Sur le fond, la ministre déléguée affirme que la mission Pégase 2026 constitue surtout « un acte géopolitique important », dans la consécration de « la liberté de circulation » aérienne comme maritime et dans « la valeur du droit international », parlant de construire « un monde fondé sur le droit respect des souverainetés et alliances entre nations ».

    Plus tard, en marge du briefing lors d’un point presse, Alice Rufo insiste sur le fait que la BA 125 d’Istres est « le poumon opérationnel de la mission », « tout part d’ici et tout y reviendra ». « Les deux lois de programmation militaire ont renforcé cette base d’importance cruciale », rappelle la ministre, relevant « la base industrielle et technologique » en arrière-plan.

    La France est « une puissance de paix » qui « renforce l’autonomie stratégique européenne » selon Alice Rufo, insistant sur le « développement de l’interopérabilité avec les armées partenaires : on vole, se pose et travaille ensemble ». « Si on est amenés à agir face à une menace on doit être prêts » ajoute-t-elle, précisant que cette posture n’est « pas en réaction ». À l’heure du choc des impérialismes, le vœu est pieux.

  • « Toutes les tensions au Moyen-Orient mènent à la Palestine »

    « Toutes les tensions au Moyen-Orient mènent à la Palestine »

    La Marseillaise : Pourquoi cette région du monde qu’est le Moyen-Orient est-elle si souvent à feu et à sang ?

    Pierre Barbancey : Les grandes puissances occidentales n’ont jamais voulu comprendre une chose essentielle : sans résolution de la question palestinienne, c’est-à-dire le droit du peuple a son autodétermination, il n’y a pas de paix possible au Moyen-Orient. C’est ce qu’on voit dans l’actualité : toutes les tensions, tous les chemins mènent à la Palestine. Deux acteurs que sont les États-Unis et Israël se tiennent la main dans ce contexte, chacun avec ses buts propres, mais ils se retrouvent sur ce parcours.

    Quels sont les intérêts communs des États-Unis et d’Israël ?

    P.B. : Les États-Unis veulent la stabilité au Moyen-Orient par intérêt économique face à la Chine. Cette région leur est essentielle : 20% du pétrole et gaz mondial y transitent par le détroit d’Ormuz. C’est énorme. Les États-Unis ont besoin d’alliés, quel que soit le régime, qui travaillent sur une même longueur d’onde politique et économique. Cela passe par faire tomber les dirigeants des pays qui ne sont pas en phase avec eux, comme en Irak, en Syrie, en Libye, ou maintenant l’Iran, et on peut craindre pour l’Algérie. Ça vaut aussi pour les organisations et les milices comme le Hezbollah ou les Houthis. Dans ce jeu d’alliances, Washington est obligé de composer avec ceux qui refusent les accords diplomatiques avec Israël. Et depuis la chute de Saddam Hussein [Irak], la place du leadership régional est à prendre, on voit l’Iran et l’Arabie saoudite s’y essayer, comme la Turquie qui est un pays musulman non arabe. Israël postule aussi à ce titre, et c’est là qu’on voit les intérêts israéliens et états-uniens se retrouver.

    Comment Israël agit-il pour prendre ce leadership régional ?

    P.B. : Netanyahou applique le concept du Grand Israël : donc génocide à Gaza et nettoyage ethnique en Cisjordanie. Ses colons ne sont pas juste des terroristes isolés mais rentrent dans le cadre de la stratégie du gouvernement israélien. Cela déborde sur le Liban et la Syrie, car au lendemain de la chute de Bachar al Assad [Syrie], Israël a avancé sur le plateau du Golan occupé depuis 1967, et a repris depuis quelques jours. Ça rejoint la volonté des États-Unis de faire tomber les opposants pour mettre en place des régimes affaiblis, comme en Syrie, tandis que Trump fait d’Erdogan [Turquie] son grand ami. La Palestine est reléguée à l’arrière-plan, bien que revenue sur le devant depuis le 7 octobre avec plus de 70 000 morts recensés, plus d’un millier de Palestiniens tués en Cisjordanie, et des milliers sont dans les geôles israéliennes.

    Ce tableau traduit-il une nouvelle polarisation mondiale ?

    P.B. : Tout est lié, quand on parle énergie, pétrole et gaz. Depuis la disparition de l’URSS, il n’y a plus de guerre froide. Il y a des guerres d’influence, mais la nouveauté est qu’on peut retrouver des pays alliés sur une question mais pas sur une autre, les camps ne sont pas figés. Les Européens et les États-Unis ne veulent plus dépendre du gaz russe, il leur faut passer par le Golfe. C’était au cœur des discussions du sommet du G20 en Inde en 2023, où ils ont défini ces nouvelles routes, en concurrence avec la Route de la soie chinoise. Netanyahu y a présenté le nouveau Moyen-Orient, sans la Palestine, et la nouvelle voie qu’il a montré passe… par Israël. De l’autre côté, l’Iran fournissait des drones à la Russie, et malgré les embargos, la Chine continue de s’y approvisionner, dans un bras de fer avec Trump. La stratégie de guerre commerciale a été présentée comme alternative à la guerre létale, Trump parlait de 6 semaines, on en est à 3 mois. Depuis quelques jours les affrontements ont repris, prennent de l’ampleur, et touchent les civils iraniens. Et bientôt certainement la Jordanie.

    Assiste-t-on à un élargissement des conflits au niveau mondial ?

    P.B. : Dans un tel contexte, ces nouveaux paramètres amènent de nouveaux comportements, de nouvelles alliances, et tout n’est pas linéaire au fond. Jusqu’où cela peut aller ? Il y a des peuples derrière ces calculs, mais on leur demande assez peu ce qu’ils pensent.

  • Sophie Adenot, étoile française dans l’espace

    Sophie Adenot, étoile française dans l’espace

    Rencontre

    On se sent à la fois tout petit et vraiment connecté à la planète. On se dit qu’elle nous protège tous et qu’elle nous relie. » À plus de 414 km de la Terre, Sophie Adenot profite d’une vue imprenable sur notre planète bleue dans la Station spatiale internationale (ISS). Cela fait 202 jours et quelques heures, ce samedi, que l’ingénieure en aéronautique a la tête dans les étoiles et le corps en apesanteur au sein de l’ISS, devenant ainsi l’Européenne ayant réalisé la plus longue mission au sein de ce vaisseau. Le record était auparavant détenu par son homologue italien Luca Parmitano (201 jours).

    Les deux pieds dans le vide

    L’occasion pour la Française de dresser un bilan de sa mission, qui devrait s’achever mi-octobre, lors d’une conférence de presse ce mercredi, en direct de l’ISS. « Je pense que la plupart des objectifs ont été accomplis », confiait la spationaute. Des recherches et des activités multiples qui ont passionné la quadragénaire, bien qu’elle « doit avouer sincèrement que depuis qu’[elle a] effectué les sorties extravéhiculaires, c’est ça qu’[elle] préfère ».

    Au cours des deux dernières semaines, la Française a effectué trois sorties en scaphandre à l’extérieur de la station. Des sorties où l’« on n’a pas la sensation de sécurité que l’on a dans l’ISS », explique la colonelle de l’Armée de l’air. Car ces sorties extravéhiculaires sont très risquées et demandent un grand temps de préparation. « Cela veut dire ajuster la nutrition, s’assurer que le sommeil est vraiment bon et ensuite ajuster l’effort physique, détaille Sophie Adenot. Mais on est accompagnés par des nutritionnistes et des médecins pour s’adapter à nos besoins physiologiques. » Un « grand saut dans l’inconnu » pour Sophie Adenot, devenue donc la première femme française, dans le vide spatial, à « voir la Terre immense sous [ses] pieds ». Avec 19h41 de travail en scaphandre, elle est également devenue la compatriote ayant passé le plus de temps en sortie extravéhiculaire, derrière Thomas Pesquet.

    Lors de sa dernière sortie, c’est avec Jessica Meir, astronaute américaine et commandante de la mission, que la colonelle a pu réaliser différents travaux dans le vide spatial. Une sortie 100% féminine qui reste encore rare dans le secteur. Cette expédition 75 de l’ISS est d’ailleurs la première avec trois femmes à son bord.

    Trop peu de femmes

    Celles-ci restent encore trop peu nombreuses. Alors que 558 hommes se sont rendus dans l’espace, seules 85 homologues féminines ont vécu la même expérience. Elles ne représentent que 13% des astronautes, toutes nationalités confondues.

    Cette sous-représentation s’explique notamment par des stéréotypes de genre persistants et des biais sexistes qui conduisent encore de nombreuses jeunes filles à penser qu’elles sont moins à l’aise dans les disciplines scientifiques. Les sciences, en particulier les mathématiques et les sciences de la nature, demeurent souvent perçues comme des domaines masculins. Une tendance qui apparaît dès le choix des spécialités au baccalauréat, mais qui s’affirme surtout dans les études post-bac. Si elles représentent presque la moitié des effectifs dans les spécialités mathématiques ou physique-chimie au bac, elles ne sont plus qu’un cinquième dans les filières scientifiques des études supérieures.

    Face à ce constat, de plus en plus de femmes, d’universités ou d’écoles se mobilisent pour montrer que la science n’est pas une affaire d’hommes. La présence de modèles féminins comme Sophie Adenot permet de rappeler aux petites filles qu’elles, aussi, ont le droit de viser la lune.

    « C’est un grand saut dans l’inconnu,
    voir la Terre immense sous nos pieds »

  • L’ONU anticipe une planète en surchauffe

    L’ONU anticipe une planète en surchauffe

    L’an dernier, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, avait déjà admis – tout comme d’autres scientifiques – que le dépassement de la barre des 1,5 °C était inévitable, mais c’est la première fois qu’une agence des Nations unies explore les moyens de limiter les dégâts une fois cet objectif climatique dépassé.

    Les scientifiques s’accordent à dire qu’un réchauffement supérieur à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle présente de graves risques, et près de 200 pays se sont engagés en 2015 à Paris à tenter de maintenir la hausse de la température mondiale à ce seuil le plus ambitieux. Mais la planète devrait dépasser cet objectif d’ici quelques années, et l’attention se porte désormais sur la meilleure façon de minimiser l’intensité et la durée de toute période dite de « dépassement » au-delà de 1,5 °C. Dans un rapport attendu et publié mercredi, le Programme des Nations unies pour l’environnement (Unep) affirme sans équivoque que l’objectif ne sera pas atteint et que « le défi n’est plus d’éviter le dépassement, mais de le gérer ».

    « Retour à la réalité »

    « C’est un retour à la réalité. Nous devons vivre avec ce monde plus chaud (…) mais il reste encore beaucoup à faire pour limiter le réchauffement », a dit Richard Betts, coauteur du rapport, professeur à l’université britannique d’Exeter, au cours d’une conférence de presse mardi. Ce rapport « porte sur les réponses à apporter plutôt que de se contenter de constater que le phénomène est en cours », a-t-il expliqué. Il est important pour les décideurs politiques de « prendre conscience que les règles du jeu sont en train de changer » et que les approches existantes pour lutter contre le changement climatique ne sont plus adaptées, a dit de son côté Debra Roberts, co-auteure du rapport. « Nous devons désormais repenser notre gouvernance climatique pour faire face à une trajectoire de dépassement. Aucun de nos plans n’est préparé à cela », a déclaré la climatologue sud-africaine.

    Les conclusions du rapport ont alarmé les associations militantes qui se sont mobilisées autour de l’objectif de 1,5 °C depuis qu’il a été consacré comme référence la plus ambitieuse en matière de climat dans l’Accord de Paris.

    Bill Hare, climatologue et patron de l’institut de recherche Climate Analytics, a critiqué ce rapport, estimant qu’il risquait de devenir « un appel à l’apathie » plutôt qu’à l’action. Le monde s’est déjà réchauffé d’environ 1,4 °C depuis la période 1850-1900, principalement en raison de la combustion des énergies fossiles. Les trois dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées et les émissions de gaz à effet de serre piégeant la chaleur, tels que le dioxyde de carbone et le méthane, continuent d’augmenter. Les scientifiques affirment qu’un dépassement de 1,5 °C risque d’entraîner des phénomènes météorologiques plus extrêmes et de rapprocher la planète de points de basculement tels que l’effondrement des calottes glaciaires et la disparition des récifs coralliens tropicaux

    Pour limiter le réchauffement, le piégeage du dioxyde de carbone – processus consistant à extraire le carbone de l’air et à le stocker – serait essentiel, parallèlement à des réductions profondes et rapides des émissions, indique le rapport. La capture du carbone ne joue aujourd’hui qu’un rôle infime dans la lutte contre le changement climatique, et la recommandation de son utilisation formulée dans le rapport de l’Unep a suscité une vive opposition de la part de certains groupes militants. « La seule façon de minimiser les dégâts est de réduire les émissions dès maintenant (…) et non de retarder l’action avec des solutions technologiques spéculatives », a critiqué Lili Fuhr, du Centre pour le droit international de l’environnement (Ciel).

  • [Passerelle interculturelle] Jeux mondiaux des robots humanoïdes en Chine

    [Passerelle interculturelle] Jeux mondiaux des robots humanoïdes en Chine

    La deuxième édition des Jeux mondiaux des robots humanoïdes s’est achevée mercredi 26 août à Beijing. Pendant cinq jours, plus d’une centaine de modèles, représentant au total plus de 2 000 robots, ont participé à des épreuves allant du sprint et du saut en longueur à des tâches inspirées de situations réelles.

    Les performances sportives ont particulièrement retenu l’attention. Lors de la finale du 100 mètres dans la catégorie des robots de grande taille, l’équipe Tianjiao s’est imposée en 8,64 secondes, établissant un nouveau record de la compétition. Dans l’épreuve de saut en longueur sans élan, qui réunissait 35 équipes, la meilleure performance a atteint 4,83 mètres.

    Une nouvelle discipline inspirée du touhu, un jeu traditionnel chinois consistant à lancer des flèches ou des tiges dans un récipient placé à distance, a également fait son apparition. Déclinée en deux catégories, robots à jambes et robots à roues, elle permet notamment d’évaluer la capacité des machines à identifier une cible, à contrôler leurs mouvements et à doser précisément leur force.

    Transformer la compétition en données

    Durant les cinq jours de Jeux, plusieurs milliers d’heures de fonctionnement et des dizaines de milliers de mouvements ont été enregistrés. À la clôture de l’événement, l’ensemble des données collectées a été mis gratuitement à la disposition des entreprises, des laboratoires de recherche et des universités. L’objectif est notamment de réduire le coût de la collecte de données sur des robots physiques, où les algorithmes doivent apprendre à interagir avec le monde réel. Les équipes de recherche pourront ainsi exploiter les réussites, mais aussi les erreurs, les pertes d’équilibre ou les échecs observés pendant les compétitions pour entraîner et améliorer leurs propres systèmes.

    La compétition fonctionne alors comme un accélérateur de recherche : les exigences imposées aux participants obligent les équipes à identifier rapidement les faiblesses de leurs machines et à améliorer leurs technologies. Cette évolution correspond à une question désormais centrale pour l’industrie chinoise des robots humanoïdes : comment passer du prototype spectaculaire à une machine suffisamment fiable et abordable pour travailler réellement dans une usine, un commerce ou, à terme, au domicile des particuliers ?

    La troisième édition des Jeux mondiaux des robots humanoïdes est déjà annoncée pour le 25 août 2027 à Beijing. Les organisateurs prévoient alors davantage d’épreuves consacrées aux situations réelles que de compétitions purement sportives. Un changement de priorité révélateur : à mesure que les robots apprennent à courir et à sauter, la véritable course se déplace désormais hors du stade, vers leur utilisation dans le monde réel.

  • [Tribune] Ce que nous disent les incendies

    [Tribune] Ce que nous disent les incendies

    Nos peurs et nos larmes ne suffiront pas. Dans les incendies d’aujourd’hui, il y a bien plus que la violence des flammes. Ce qui brûle, ce ne sont pas seulement des arbres, des champs, des maisons, ni même seulement des vies brisées, comme celles de nos pompiers morts en service. Ce sont des équilibres anciens, des présences humaines, des métiers, des paysages, des mémoires. Une certaine manière d’habiter la terre. Ayons le courage de le regarder en face.

    Longtemps, nous avons cru que les incendies ne concernaient que des marges : campagnes lointaines, villages peu connus, forêts reculées, territoires touristiques voués à l’usure, campagnes « en déclin ». Comme si le capital d’un pays ne se trouvait que dans ses grandes villes, comme si cette nature abondante se régénérait seule. Résultat : des moyens insuffisants, des stratégies sourdes aux climatologues, des pompiers volontaires épuisés et sous-payés. Ce temps de cécité est terminé. Quand le feu s’approche de Paris ou de Madrid, qu’il coupe une autoroute, vide des quartiers entiers, c’est toute l’échelle qui change. L’incendie n’est plus rural : il est métropolitain, global. Il révèle un monde où ville et campagne sont prises ensemble dans la même vulnérabilité, après qu’on a oublié l’essentiel : le territoire, la terre, les gens.

    Derrière les flammes, il y a un territoire lentement désaccordé. Les zones humides ont reculé, comme si l’eau elle-même avait été sommée de quitter un pays qui lui doit tout. Les arbres, éprouvés par les sécheresses, les parasites, les maladies, ne jouent plus leur rôle de protection ni de puits de carbone. La déprise agricole referme les paysages, laisse les friches gagner, simplifie les milieux, et le feu trouve des continuités qu’il n’avait pas auparavant. Les campagnes se vident par endroits, et avec les habitants disparaissent les gestes d’entretien, de vigilance, de présence. Ce n’est pas une cause unique, c’est une fragilité accumulée.

    La forêt nous oblige à abandonner les réponses trop simples. Plus de surface boisée ne signifie pas plus de résilience. Une forêt plantée à marche forcée, d’arbres identiques alignés selon une logique industrielle, n’est pas une forêt sauvée, mais une forêt fragilisée à l’avance. La vraie forêt est diverse, mélangée, lente, humide, vivante. Elle a besoin de sols, d’eau, de temps, d’ombre, de diversité d’essences, et d’être pensée comme un milieu à habiter avec précaution, non comme une simple usine à carbone. De même, les zones humides, longtemps traitées comme des terrains « à gagner », sont en réalité une mémoire de l’eau : elles retiennent, filtrent, rafraîchissent, amortissent les à-coups, protègent les villages, donnent du souffle au territoire. Leur disparition silencieuse ne se voit qu’après coup, quand l’eau manque, que la terre durcit, que les incendies avancent et que les paysages se dessèchent.

    Le drame se poursuit dans les corps : paysans épuisés par les canicules, travailleurs du vivant qui luttent sans répit, habitants pour qui l’été devient une épreuve. Le climat n’est pas une abstraction, il s’inscrit dans les gestes empêchés, les cultures perdues, les nuits sans fraîcheur. Pourtant, quelque chose tient encore. Après le feu, des paysans s’organisent, des voisins se prêtent main-forte, des bénévoles apportent eau, matériel, temps. Cette entraide n’est pas anecdotique : elle est un savoir, une condition de la résilience de nos territoires, un trésor national.

    Le tourisme entre lui aussi dans cette histoire. Les territoires touristiques vivent du climat, de l’eau, des paysages. Un tourisme trop intensif use ce qu’il prétend célébrer : il consomme, densifie, épuise. Quand les canicules s’intensifient, quand l’eau manque, quand les incendies menacent collines et littoraux, le modèle doit changer : moins concentré, moins lourd, plus sobre, plus respectueux des seuils d’accueil.

    Le feu nous parle enfin de la ville. Derrière les campagnes, il y a toujours les grandes villes, leurs infrastructures, leurs flux. Quand un incendie se rapproche d’une métropole, menace routes, eau, équipements, il met à nu l’interdépendance des territoires. Nous ne vivons plus dans des compartiments, mais dans un système de continuités. C’est ce qui rend la catastrophe plus grave et nous oblige à repenser l’ensemble.

    La question de la mémoire devient alors décisive. Quelle trace laissera chaque feu ? Une émotion brève, un échec collectif vite recouvert par la catastrophe suivante ? Ou une leçon durable, un nouveau pacte, une autre manière de faire territoire ? Nous avons besoin d’un pacte national et climatique qui relie forêt et eau, ville et campagne, agriculture et biodiversité, tourisme et sobriété, infrastructures et vivant. Un pacte qui reconnaisse que le territoire n’est pas un décor mais une matière vivante, qui ne se protège pas par des slogans, mais par des choix justes, cohérents, incarnés.

    En terminant ces lignes, je pense aux deux sapeurs-pompiers morts en opération, et à tous leurs camarades. Nos larmes ne les ramèneront pas. Mais leur courage nous oblige. Quand il ne reste que le corps des hommes face au feu, c’est que la défaillance est entière. Penser à eux et être dignes de leur sacrifice doit nous guider avec fermeté, courage et lucidité.