Macron maintient son cap et nomme Lecornu à Matignon

Venu de la droite, fidèle de Macron depuis son entrée au gouvernement en 2017, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, a été nommé Premier ministre par Emmanuel Macron, mardi peu avant 20 heures, François Bayrou ayant déposé sa démission en début d’après-midi. Un François Bayrou qui lui avait d’ailleurs « soufflé » le poste en décembre dernier, menaçant le président de la République de retirer les centristes du fragile camp présidentiel s’il n’accédait pas à Matignon. Neuf mois après, les désirs macronistes s’accomplissent. La passation de pouvoirs aura lieu, aujourd’hui, à 12h.

Emmanuel Macron « l’a chargé de consulter les forces politiques représentées au Parlement en vue d’adopter un budget pour la Nation et bâtir les accords indispensables aux décisions des prochains mois.
à la suite de ces discussions, il appartiendra au nouveau Premier ministre de proposer un gouvernement au président de la République », précise la présidence dans un communiqué.

« Le Président tire la dernière cartouche du macronisme, bunkerisé avec son petit carré de fidèles », a immédiatement réagi Marine Le Pen sur X. Un agacement de façade. Car Sébastien Lecornu coche bien la case d’acceptabilité par l’extrême droite, avec laquelle il a de réguliers rendez-vous comme l’a révélé Le Canard enchaîné en avril dernier, pointant un dîner officiel à l’Hôtel du ministère des Armées et mentionnant d’autres rencontres plus officieuses. Comme il séduit la droite, dont il est originaire. Le chef des Républicains, Bruno Retailleau, a d’ailleurs immédiatement dit qu’il souhaitait « trouver des accords » avec le nouveau Premier ministre.

Proche de Darmanin

Proche de Gérald Darmanin et d’Édouard Philippe, il revendique comme fait d’arme d’avoir fait adopter, à la quasi-unanimité, la loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030, en hausse de 40% par rapport à la précédente. Originaire de Normandie, petit-fils de résistant, il a un temps pensé faire Saint-Cyr, mais s’est lancé très jeune en politique. Sa carrière a débuté à droite, à l’UMP puis chez les Républicains (LR), battant plusieurs records de précocité. Assistant parlementaire à 19 ans, il devient en 2008 le plus jeune conseiller dans un cabinet ministériel – celui de Bruno Le Maire aux Affaires européennes – puis en 2015, le plus jeune président d’un Département, l’Eure, devenu un fief puissant de l’extrême droite, après avoir été maire de sa ville, Vernon. Propulsé au gouvernement à 31 ans, il passe par plusieurs ministères : l’écologie, les Collectivités, l’Outre-mer, puis les Armées.

« Ses jours sont déjà comptés »

Cet homme de droite et farouchement macroniste est donc nommé la veille d’une journée de mobilisation citoyenne et syndicale afin de réclamer un changement de cap. Le message est clair. Il n’aura pas lieu. « Aucune prise en compte de l’avis des Français », déplore le sénateur communiste Ian Brossat, avant d’ajouter : « À peine nommé, ses jours sont déjà comptés. Rendez-vous dans la rue ». Emmanuel Macron « prend le risque de la colère sociale légitime et du blocage institutionnel du pays », a dénoncé le PS, dans un communiqué. « Seul le départ de Macron lui-même peut mettre un terme à cette triste comédie du mépris du Parlement, des électeurs et de la décence politique », a de son côté réagi le leader insoumis, Jean-Luc Mélenchon. Tandis que la patronne des écologistes, Marine Tondelier, a dénoncé sur BFMTV une « provocation » et « un non-respect total des Français », estimant que « tout ça va mal se terminer ».

« Orgueil, le plus fatal des conseillers humains » : l’adage de Musset s’applique à Lecornu comme il s’est décliné avec Bayrou et Barnier, qui étaient sûrs de parvenir à maintenir le cap. Lui qui avait coanimé les « grands débats » avec Macron après le mouvement des Gilets jaunes se voit manifestement comme l’homme de la situation. La rue va très vite lui montrer que non.

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