Tag: Sébastien Lecornu

  • Le compte n’y est pas pour le syndicat Mouvement lycéen

    Le compte n’y est pas pour le syndicat Mouvement lycéen

    « Nous avons arraché un premier recul : celui des promesses. Mais le compte n’y est pas ! », tempête l’organisation syndicale Mouvement Lycéen dans un communiqué de presse, diffusé ce mardi.

    Une communication en réponse aux annonces faites la veille par le Premier ministre, Sébastien Lecornu, à « certaines organisations de jeunesse » pour tenter de répondre aux revendications lycéennes. Laquelle fait suite à plusieurs critiques de la part de leurs homologues d’autres organisations sur le même sujet . Autant dire que l’organisation n’y va pas avec le dos de la cuillère puisqu’elle démonte une par une les mesures promises. « La limitation à 28 élèves par classe doit concerner tous les établissements. Les annonces ne répondent pas non plus aux besoins de recrutement et de formation des personnels éducatifs », explique le Mouvement Lycéen. Même principe pour la création à venir de 15 000 places dans les universités : « Elles restent insuffisantes pour répondre aux besoins. »

    Concernant la réforme de Parcoursup, le syndicat juge sa suppression « symbolique ». « Tant que les débouchés manqueront, notre origine sociale, notre genre et notre lycée d’origine continueront de peser sur nos parcours », tacle le Mouvement Lycéen. Avant de développer : « Nous proposons un service public de l’orientation, à commencer par une augmentation du nombre de psychologues de l’Éducation nationale. Nous voulons être accompagnés dès le collège et jusqu’à l’entrée dans le monde du travail, car l’école doit effacer les inégalités sociales. » L’organisation refuse aussi en bloc la proposition d’une « plateforme d’orientation par IA » qui « ne remplacera pas cet accompagnement ».

    « Macron ne tient pas

    sa plus grande promesse »

    Mais c’est surtout sur le fond des annonces que l’organisation se montre la plus critique : « Macron ne tient pas sa plus grande promesse : celle de nous offrir un avenir. Nous voulons la garantie de pouvoir vivre dignement en France. Chaque jeune doit pouvoir accéder à un travail utile à la société et émancipateur, sans subir les inégalités au travail, et pouvoir décider de l’avenir de notre pays ».

    D’où un appel à maintenir la pression sur le terrain avec une poursuite des mobilisations : « Sans réponses concrètes à nos revendications, la mobilisation se poursuivra. » À bon entendeur…

  • Parcoursup, touché mais pas encore coulé

    Parcoursup, touché mais pas encore coulé

    Comme bien des mesures annoncées lundi par le gouvernement pour répondre à la colère lycéenne et étudiante, le geste n’est pas engageant. Mais il a le mérite d’ouvrir la porte. Gage aux formations politiques siégeant au Palais Bourbon d’y porter la voix des revendications d’une jeunesse qui, depuis cinq semaines, affiche sa détermination à changer de monde.

    L’Assemblée nationale débat, ce mercredi à 17h, de l’avenir de Parcoursup et de l’accès à l’enseignement supérieur. Initié par le Premier ministre, Sébastien Lecornu, sur la base de l’article 50-1 de la Constitution, ce débat sans vote, ce que contestent les oppositions de gauche qui réclament un scrutin pour abroger le système, donnera l’occasion à l’exécutif de détailler sa feuille de route.

    Si le gouvernement a acté le « remplacement » de la plateforme Parcoursup pour 2028, et s’est engagé à ce que la session de 2027 fasse l’objet d’une transition articulée autour de « onze mesures de rupture », il n’a pas répondu aux attentes.

    « Ouvrir les places qui manquent à l’université »

    « Faire plus de pédagogie et des commissions de transparence pour 2027 sont des éléments très cosmétiques », juge Samuel Tracol, membre de la commission exécutive de la CGT Éduc’Action des Bouches-du-Rhône, rappelant que l’élection présidentielle laisse en plus planer l’incertitude sur 2028. « C’est de la poudre aux yeux », abonde Marion Chopinet, cosecrétaire académique de la FSU 13 : « Une manière d’essayer d’éteindre le feu parce que Parcoursup fait partie des revendications fortes. Mais il n’y a rien de concret qui change le principe même de son fonctionnement ».

    Car au cœur de la contestation lycéenne se trouvent des enjeux structurels majeurs. Derrière la pression psychologique anxiogène et le manque de transparence de cette « boîte noire » aux algorithmes locaux opaques dénoncés par les lycéens, perce un système reproduisant les inégalités sociales et territoriales. « Changer Parcoursup n’a pas de sens si on ne change pas le bac Blanquer et si on ne met pas les places qui manquent à l’Université », reprend Samuel Tracol, soulignant que les créations de places annoncées dans le supérieur sont toutes hors cadre universitaire.

    Lundi, 15 000 ont été promises (les organisations de jeunesse en réclament 250 000) en priorité dans les filières techniques : 10 000 places en BTS tournées vers l’industrie et les sciences, 4 000 en IUT et 1 000 dans les formations de santé. Avec, derrière, une même logique dénoncée par les organisations syndicales.

    « On ne change pas le logiciel et la réflexion de base qui est : un tri social des élèves et des places ouvertes en fonction du marché de l’emploi. L’idée est de leur trouver une place qui corresponde à une formation où il y a de l’employabilité dans la région où ils se trouvent. Les ouvertures en BTS et en IUT ne suffiront pas à trouver des places pour tout le monde et correspondant aux envies de la jeunesse et à ce dans quoi elle se projette », poursuit Marion Chopinet. « Le changement de logique réclamé par les lycéens, les étudiants et les organisations enseignantes n’est même pas envisagé par le gouvernement. Changer de logique, c’est rappeler un principe simple : tout élève qui obtient son baccalauréat a droit à une place à l’université dans la filière de son choix. C’est ça qui a été supprimé par Parcoursup », appuie son camarade de la CGT Éduc’Action.

    Une marche arrière sur « les enjeux de démocratisation scolaire » contestée par les organisations syndicales dans les réformes des ministres successifs de Macron depuis Blanquer qui amènent à ce tri de plus en plus précoce des élèves. « Et puis ne pas s’occuper de l’enseignement professionnel, c’est le signe qu’on reste dans cette logique », reprend la représentante de la FSU, rappelant que même Parcoursup laisse des milliers d’élèves sur le carreau. « On ne cherche pas à amener le plus loin possible l’ensemble d’une génération, mais on veut juste trier les élèves le plus tôt possible pour ouvrir des places en fonction des besoins du marché et caler les jeunes selon des compétences et de méthodes plus ou moins obscures ».

    « Parcoursup, c’est l’histoire de la privatisation du marché de l’éducation », conclut Samuel Tracol, qui fait le lien avec le remplacement de seulement un professeur sur 2,5 depuis dix ans dans l’enseignement supérieur. « Quand on n’a pas de place à l’université publique, on doit solliciter des formations payantes mal référencées, avec en plus, des enseignants qui n’ont pas les qualifications exigées. C’est tout un marché qui a ouvert, on le voit d’ailleurs à Marseille, où fleurissent massivement dans le quartier de la gare de nombreux établissements privés. C’est cet écosystème qui a été sciemment créé par Parcoursup. »

    Derrière les revendications lycéennes, c’est aussi cette logique de privatisation qui est menacée et que le gouvernement s’efforce de sauver.

  • Les lycéens demandent « des actions concrètes » au président

    Les lycéens demandent « des actions concrètes » au président

    Une vingtaine de représentants issus de trois organisations lycéennes (Refondation lycéenne, l’association Les Lycéens ! et l’Union syndicale lycéenne) sont arrivés à 15h à l’Élysée, à l’invitation du chef de l’État. Ce dernier annonçait, en amont de cette rencontre, sa volonté « d’écouter leurs revendications et inquiétudes ».

    Emmanuel Macron a ainsi devancé le Premier ministre Sébastien Lecornu, qui les recevra lundi, aux côtés des organisations enseignantes, syndicales, patronales, mais aussi des collectivités territoriales et des parlementaires « pour que le dialogue et le travail se poursuivent ».

    « Des promesses », mais

    la vigilance de mise

    Les lycéens, dont plusieurs avaient exprimé leurs doutes vis-à-vis de cette invitation, ont pu obtenir quelques avancées à l’issue de cet entretien. « On a obtenu des promesses notamment sur la refonte de Parcoursup, ainsi que celle du bac Blanquer », avance Nathanaël Combary, président de Refondation lycéenne et, par ailleurs, militant au sein du parti Renaissance.

    Louis Letoublon, membre de l’association Les Lycéens !, a de son côté évoqué « une brèche » ouverte par le président, dans laquelle « il faut que nous nous engouffrions » afin d’obtenir « de meilleures conditions d’études et d’apprentissage ».

    Ryad Rani, président de l’Union syndicale lycéenne (USL), s’est lui montré plus mitigé : « C’est déjà une petite victoire d’avoir été reçu, mais il n’y a pas de volonté d’abroger Parcoursup, seulement de faire des corrections. »

    Les différentes organisations lycéennes convergent néanmoins sur la nécessité de poursuivre la mobilisation et appellent à participer aux manifestations, ce samedi. « On appelle à manifester car conserver ce rapport de force est malheureusement nécessaire pour avoir un dialogue », considère Nathanaël Combary, tandis que Ryad Rani insiste, plus incisif : « Rendez-vous dans la rue samedi, puis lundi avec le Premier ministre, on attend désormais des actions concrètes, plus du vent. »

    Lors de cette rencontre avec Sébastien Lecornu, prévue ce lundi 26 octobre, les organisations étudiantes (Unef, la Fage et l’USL) comptent faire valoir une liste de dix mesures construites collectivement, estimées à 10 milliards d’euros, dont l’abrogation de Parcoursup et de la sélection à l’université, mais aussi une revalorisation des bourses étudiantes et la création de 250 000 places à l’université.

    « Rendez-vous dans la rue samedi »

    L’entretien des représentants des lycéens avec le chef de l’État a pris de nombreuses directions. La question des violences policières est venue sur la table. Les représentants de l’USL, dont Ryad Rani, ont jugé important de rappeler au président de la République « qu’il est garant de la Constitution et, par conséquent, du droit à manifester ».

    « Ni la pluie, ni les vacances ne nous arrêteront »

    Ces propos font écho aux divers arrêtés d’interdiction de manifester et au dispositif annoncé par le gouvernement pour encadrer les mobilisations, ce samedi : 70 000 membres des forces de l’ordre déployés, avec des unités d’élite comme le RAID, le GIGN ou encore la BRI.

    Le jeune bachelier a conclu son intervention par un message d’encouragement au mouvement lycéen : « Ni la pluie, ni les vacances ne nous arrêteront. Le rapport de force est de notre côté, nous allons les faire céder. »

  • Pour Benoît Payan, interdire « n’évite pas la casse »

    Pour Benoît Payan, interdire « n’évite pas la casse »

    À leur demande, les maires de Paris, Lyon et Marseille ont été reçus en fin de journée, ce jeudi, durant deux longues heures par le Premier ministre. L’édile de la cité phocéenne, venu réclamer des garanties de l’État pour encadrer une nouvelle manifestation, ce 24 octobre, n’est pas ressorti franchement serein. Même s’il a assuré que le Premier ministre était « conscient » de la situation, devant la caméra de BFMTV en milieu de soirée.

    Sur la décision du préfet des Bouches-du-Rhône d’interdire toute manifestation dans le département, de suspendre les transports et d’étendre le couvre-feu aux majeurs samedi soir, après la mise à sac du centre-ville, il n’est « pas sûr que ça serve à grand-chose ». Benoît Payan réclamait des comptes, dénonçant un dispositif dépassé par les événements au point qu’il envisage de mobiliser toute sa police municipale le 24, bien que cela ne soit pas son rôle. « Le risque zéro n’existe pas. Pour moi, l’attention est maximale. L’attention avec deux orthographes, vous comprenez » ; a-t-il déclaré, estimant qu’« on doit être focus sur la journée de l’acte II. Mais comme on peut être aussi focus sur la journée du 31, sur la journée du 5…
    En attendant, il faut aussi des réponses politiques
    . »

    Au sujet des conditions de sécurité, « il y a évidemment besoin d’éviter les casses, les pillages », estime-t-il, avant de s’indigner : « Je ne veux plus vivre en tant que maire ce que j’ai vécu, ce que nous avons vécu, la semaine dernière. » Il a assuré avoir eu néanmoins « des garanties sur des nombres conséquents de policiers en plus par rapport à la semaine dernière ».

    Pour autant, Benoît Payan souhaite également « qu’on puisse manifester en sécurité dans ce pays », estimant que « l’État de droit », « fondement du pacte républicain », devait être « préservé à tout prix ». « J’ai entendu parler de “quoi qu’il en coûte” dans ma vie. Je crois que ce qui est le plus important et que le “quoi qu’il en coûte” le plus important, c’est la République », assène l’élu. Il insiste : « Ce n’est pas parce qu’on interdit une manifestation que l’on évite la casse. »

    Pour des indemnisations « à la hauteur »

    Sur les dégâts du 17 octobre, dans une lettre envoyée à Sébastien Lecornu la veille, l’élu avait également réclamé des indemnisations « à la hauteur » pour les commerçants touchés, 500 commerces en tout, dont au moins 317 saccagés ou pillés. Un bilan « plus lourd encore que celui de l’été 2023 », a-t-il affirmé. Au-delà des premières mesures d’urgence, l’élu a demandé la mise en place d’un dispositif exceptionnel d’indemnisation, « garantissant la prise en charge intégrale des dommages matériels directement liés à ces violences, notamment les destructions, les dégradations, les vols de stocks, de mobilier et d’équipements, ainsi que les dépenses supplémentaires engagées pour sécuriser les commerces et permettre leur réouverture ».

    Un dispositif qui doit « s’accompagner d’un mécanisme spécifique de compensation des pertes d’exploitation, y compris pour les commerces qui, sans avoir été directement pillés ou dégradés, ont dû fermer ou subir une baisse importante de leur activité en raison des violences et de leurs conséquences sur la fréquentation du centre-ville ».

    Pour Benoît Payan, « les commerçants marseillais n’ont pas à supporter le coût d’une défaillance de l’État dans l’exercice de l’une de ses missions les plus fondamentales : garantir l’ordre public et la sécurité de nos concitoyens ». Sans donner de détails sur la réponse apportée, il a réaffirmé, jeudi soir, sa volonté de voir indemnisés « celles et ceux qui, aujourd’hui, n’ont plus de travail, celles et ceux qui ont tout perdu ».

  • [Entretien] Fabien Roussel : « Nous appelons à se mobiliser où c’est possible »

    [Entretien] Fabien Roussel : « Nous appelons à se mobiliser où c’est possible »

    La Marseillaise : Comment s’est déroulée cette réunion à Matignon ?

    Fabien Roussel : On est forcément déçus avec Stéphane Peu et Cécile Cukierman. On y allait pour commencer à discuter avec le gouvernement des mesures contre la vie chère pour les salaires, sur les prix de l’essence, de l’énergie. En fait, le Premier ministre nous avait conviés à une réunion qu’il a dite « technique » pour parler du maintien de l’ordre avec le général qui nous a expliqué ce que c’était. On est très loin de tout ce qui se dit en France depuis des mois concernant la vie chère. Si les questions de sécurité et de maintien de l’ordre nous préoccupent, pour autant, il est urgent d’apporter des réponses au problème du pouvoir d’achat. C’est ce que nous avons rappelé.

    Il n’a pas du tout été question
    de répondre aux revendications sociales
     ?

    F.R. : Rien. On a d’ailleurs mis l’accent sur le fait de recevoir les lycéens et les étudiants parce que c’est inadmissible que le Premier ministre ne l’ait pas encore fait, c’est ce que nous avons dit. Ils ont des propositions qui n’ont pas d’impact budgétaire, telles que l’abrogation de Parcoursup ou le fait de revenir sur le contrôle continu, la réforme de Jean-Michel Blanquer. Cela peut être annoncé dès maintenant.

    Le gouvernement devrait faire des annonces aux lycéens lundi.

    F.R. : Peut-être, en tout cas, on n’a rien entendu aujourd’hui.

    Qu’avez-vous pensé de la prise
    de parole du président Emmanuel Macron en amont de cette réunion
     ?

    F.R. : C’est lunaire parce que justement, on a un État qui est impuissant, un président qui est en fin de règne et au lieu d’entendre la colère qui monte et s’exprime depuis des mois, il met en cause des principes constitutionnels tels que le droit à manifester. Ça, c’est grave.

    Dans de nombreuses villes
    et départements, les interdictions à manifester tombent les unes après les autres.
    Qu’en pensez-vous
     ?

    F.R. : Quand des syndicats qui ont l’habitude de déposer, en bon ordre, la possibilité de manifester, il faut pouvoir défendre ce droit et ne pas accepter cette situation. Autant, il y a des endroits, quand il n’y a pas de demande des syndicats, de partis, d’organisations de jeunesse, je peux comprendre qu’il n’y ait pas d’autorisation à manifester. Mais quand ces demandes existent, et d’autant plus dans des villes où on a l’habitude de le faire, c’est inadmissible d’interdire à des organisations syndicales et politiques de manifester. Au contraire, l’État doit garantir ce droit et autant protéger les manifestants que les biens, les institutions et les commerces.

    Les transports seront également
    à l’arrêt, notamment à Marseille. Tout le monde est pénalisé
     ?

    F.R. : Encore une fois, c’est comme si c’était une double peine imposée aux Français et tout ça dans un discours sécuritaire qui mélange à la fois celui contre les immigrés, les terroristes d’ultragauche et la responsabilité de forces politiques de gauche. C’est une dérive dangereuse qui rappelle des discours que l’on a entendus dans les années 1930, où les partis communistes étaient interdits, où le bouc émissaire était le juif. Il faut faire attention à ces dérives.

    Si l’on en croit les révélations de Mediapart sur une note du renseignement intérieur, vous êtes un membre de cette « ultragauche »…

    F.R. : Jean-Luc Mélenchon, Marine Tondelier et moi-même sommes cités dans une note du renseignement intérieur qui dit que nous sommes à l’origine de ces manifestations. Franchement, il n’y a pas besoin des renseignements intérieurs pour dire que les responsables des partis de gauche appellent à manifester pour le pouvoir d’achat.

    Vous appelez à manifester samedi ?

    F.R. : Tant qu’il n’y a pas de réponse concrète, nous appelons à se mobiliser où c’est possible. C’est-à-dire partout où les organisations syndicales, de jeunesse ou nous-même, appelons à manifester en ayant déposé une demande. Nous le faisons quand nous sommes en capacité d’organiser ces manifestations.

    La gauche est ressortie, jeudi, déçue, voire « en colère », de la réunion des partis politiques à Matignon. Consacrée au maintien de l’ordre, celle-ci a été défendue par la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, comme « la priorité » avant toute « prise en compte » des revendications sociales. Le Premier ministre a assuré qu’il n’y avait « aucun amalgame » entre les manifestants qui défilent « de manière pacifique, qui ont des revendications à porter légitimement », et « les casseurs, les pilleurs, les délinquants, certains groupuscules aussi d’ultragauche ou d’extrême gauche radicalisés », selon Maud Bregeon.

  • Aveu de faiblesse

    Aveu de faiblesse

    Interdiction de manifester dans les Bouches-du-Rhône, à Toulon et Avignon, couvre-feux étendus aux majeurs ce week-end, interruption des transports en commun… Dans quelle société vit-on ? La question mérite d’être posée tant le glissement en cours est grave depuis le 17 octobre.

    Le procureur Nicolas Bessone estimait, hier, qu’entre « 1 800 et 3 000 personnes » ont saccagé Marseille ce jour-là. La République est-elle prête à capituler devant cela ? Il serait donc impossible de garantir la sécurité et la sérénité des cortèges de lycéens mobilisés et de manifestants contre la vie chère ?

    En plus de les nier dans leurs revendications, le gouvernement entend donc les priver de leur capacité d’exprimer leur colère.

    Ce déni de démocratie est particulièrement inquiétant. Il témoigne d’un exécutif à la dérive, minoritaire à l’Assemblée nationale, refusant toute inflexion de sa politique.

    Une interdiction contestée en justice par un référé liberté

    En prenant ces mesures, le gouvernement croit faire une démonstration de force.

    Il fait en réalité un terrible aveu de faiblesse. Faiblesse face aux casseurs, aux pillards. Incapacité à garantir la liberté de manifester. Incapacité à assurer la sécurité et la tranquillité républicaines.

    Plusieurs organisations syndicales ou politiques ont annoncé leur intention de contester cette interdiction de manifester par un référé liberté.

    Puisse la justice, elle, ne pas être faible.

  • Les députés étrillent le gouvernement sur la Sécu

    Les députés étrillent le gouvernement sur la Sécu

    À six mois de l’élection présidentielle, dans un contexte social inflammable après un week-end de forte mobilisation dans la rue et des violences, les débats budgétaires se tiennent dans une atmosphère fort peu propice aux compromis.

    Après avoir interrompu lundi l’examen du budget de l’État, qui doit reprendre la semaine prochaine, les députés se penchent sur le financement de la Sécurité sociale, que le gouvernement souhaite diminuer prétextant faire dégonfler le déficit en 2027 en le divisant presque par deux, à 12,7 milliards, contre 21,8 milliards en 2026. Au menu : faire contribuer les retraités, ou des économies sur les dépenses de santé, dont un milliard sur les arrêts maladie. « La réduction du déficit ne se fera pas sans faire des choix. Et parfois, ces choix ne seront pas simples », a déclaré le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou. Mais les critiques ont fusé de presque tous les bancs.

    « Une attaque frontale »

    C’est « une attaque frontale contre la sécurité sociale », a notamment dénoncé Yannick Monnet (communiste) « Ce budget n’est pas un budget d’austérité », a assuré la macroniste Annie Vidal, mettant en garde contre la tentation de laisser le pays sans budget, tandis que Liot et le Modem ont mis en avant leur volonté de compromis, sans épargner le gouvernement. Même les macronistes refusent toutefois la réduction des allègements patronaux censée rapporter 3,7 milliards d’euros à la Sécu, également contestée par Horizons. En face, le ministre des Comptes publics David Amiel a défendu un projet qui ne repose pas uniquement sur des économies, rappelant à la gauche qu’un tiers de l’effort vient des recettes. Les députés ont d’abord examiné une motion de rejet préalable, déposée par LFI, mais facilement repoussée (par 259 voix contre), la gauche, PS compris, étant la seule à voter pour (128 voix). Ils ont ensuite rejeté la première partie du texte, consacrée à l’actualisation des comptes de 2026. Un vote de portée limitée, qui ne revient pas sur les mesures déjà prises par décret et n’empêche pas la poursuite de l’examen du financement de 2027.

    Les députés ont en revanche approuvé des exonérations de cotisations sociales pour les entreprises et exploitants agricoles victimes des incendies de cet été, ainsi que des aides aux entreprises mahoraises frappées par le cyclone Chido. Mais le gouvernement a défendu le maintien à la charge de la Sécurité sociale du coût de ces exonérations, suscitant de vives critiques.

    3 000 amendements

    Les débats devaient reprend mercredi, avec notamment en perspective des propositions de taxes sur les produits sucrés. Quelque 3 000 amendements ont été déposés, dont environ 1 280 pour arriver au bout de la partie portant sur les « recettes » de la Sécu. Le rejet de cette partie, jugé probable, pourrait interrompre les débats dès la fin de semaine, alors que les séances sont prévues jusqu’à lundi soir, week-end compris. Le texte serait transmis au Sénat sans examen des dépenses.

    Et donc sans aborder l’un des sujets les plus explosifs : une revalorisation des pensions inférieure à l’inflation pour deux tiers des retraités, censée économiser jusqu’à 4 milliards d’euros. Alors que le budget de la Sécu avait pu être adopté l’an dernier avec les voix du Parti socialiste, en échange notamment de la suspension de la réforme des retraites, un accord similaire semble cette année improbable.

  • Les syndicats face au mur de Matignon

    Les syndicats face au mur de Matignon

    L’heure est venue un « nouveau cap » dans la mobilisation a estimé la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet, mercredi, après plus de deux heures de réunion infructueuse avec le locataire de Matignon. Pour sa part, Marylise Léon de la CFDT a, elle, jugé « impératif qu’il y ait des réponses sociales » d’ici le 5 novembre, date d’une journée de grèves et de manifestations interprofessionnelle à l’appel de tous les syndicats, hormis, pour l’heure, la CFE-CGC.

    « Le Premier ministre, le gouvernement ne nous a annoncé aucune mesure, aucune prise en compte de nos revendications », a déclaré Sophie Binet, à l’issue d’une réunion d’environ 2 heures et demie. Elle a estimé que « l’heure est venue de franchir un nouveau cap dans la mobilisation, la grève doit prendre le relais » à partir du 5 novembre à l’occasion d’une nouvelle journée annoncée début octobre par l’intersyndicale.

    La CGT dans la rue samedi

    Samedi 24 octobre, la CGT sera présente dans la rue « pour accompagner celles et ceux qui souhaitent se mobiliser, pour protéger les jeunes et les travailleurs et travailleuses qui souhaitent se mobiliser […] », a également annoncé la responsable de la confédération. Certains organisateurs de la journée de mobilisation du 17 octobre ont appelé à un « acte II » ce jour-là, déclarant notamment une manifestation à Paris.

    Pour la secrétaire générale de la CFDT Marylise Léon, « le rendez-vous de mobilisation, c’est le 5 novembre et d’ici là, il est impératif qu’il y ait des réponses sociales à ces attentes de l’ensemble des travailleurs et des travailleuses qui attendent depuis […] de nombreuses années, une reconnaissance ». Elle poursuit : « Quand on leur dit [au gouvernement] qu’il y a déjà une colère qui monte, il y a besoin d’apporter des réponses, c’est dès aujourd’hui qu’il faut pouvoir y répondre sur la question des salaires, sur la question des rémunérations des fonctionnaires », a-t-elle insisté, trouvant « le gouvernement pas vraiment dans le tempo ».

    Le président de la CFTC Cyril Chabanier a également jugé la réunion « très décevante » mais souligné que le gouvernement avait « ouvert la porte à ce qu’il y ait une discussion autour du Smic ». Devant le Sénat, le Premier ministre a expliqué avoir confié un « chantier » au ministre du Travail Jean-Pierre Farandou sur les questions de salaires et d’aides aux entreprises. Sur ces sujets, « il faut avancer vite », dit Sébastien Lecornu.

    « La meilleure façon pour calmer les manifestations, c’est d’avoir des premières mesures qui font tomber la colère, et ça, aujourd’hui, on ne l’a pas », a-t-il constaté. Côté Éducation nationale, la secrétaire générale du Snes-FSU (second degré), Sophie Vénétitay, a dit sortir de la réunion « avec un calendrier et une méthode », notamment la date de lundi pour une réunion « sur la base des remontées sur la plateforme » de concertation ouverte pour les lycéens. « Au bout de quatre semaines de mobilisation, c’est quand même très en dessous de ce qu’on peut attendre. Ça veut dire qu’aujourd’hui, le gouvernement n’est toujours pas en mesure d’apporter des réponses concrètes à la fois aux lycéens et au personnel », a déploré Sophie Vénétitay, estimant que « ce gouvernement a trois trains de retard ».

    Après le fiasco du maintien de l’ordre de samedi dernier où les pillages, en marge des grandes manifestations pacifiques, n’ont pas été stoppés pendant des heures, le gouvernement a choisi la réponse ultra-sécuritaire. Le très décrié ministre de l’Intérieur Laurent Nunez a annoncé lors des questions au gouvernement, mardi, qu’il déploiera « évidemment » les forces Sentinelle de l’armée. Elles auront pour objectif d’être « en substitution des forces de sécurité intérieure principalement sur des missions de sécurisation statique » afin de « dégager des policiers et des gendarmes pour assurer des missions de maintien de l’ordre ». À côté de ces militaires, il y aura aussi la BRI, le GIGN, et le Raid. Les nouveaux blindés Centaure de la gendarmerie, des hélicos et les engins lanceurs d’eau pourront être mobilisés pour l’Acte II des manifestations contre la vie chère samedi prochain.

  • Cause toujours

    Cause toujours

    Sidérante rencontre entre les organisations syndicales et le Premier ministre ce mercredi.

    L’hôte de Matignon avait promis « d’écouter », « d’échanger » avec les représentants du monde du travail alors que la France traverse une période de colère sociale, mais aussi de violences d’une rare intensité.

    Bilan : aucune annonce, aucune prise en compte des revendications des syndicats notamment pour faire face à la vie chère et à l’envolée du prix des carburants.

    Chef d’un gouvernement minoritaire à l’Assemblée nationale, soutenu par un bloc central lessivé par 10 ans d’exercice du pouvoir macroniste, Sébastien Lecornu apparaît plus que jamais incapable detrouver une issue à la crise qui secoue notre pays.

    Le cap d’austérité fixé par le président de la République, qui a laissé l’hôte de Matignon se dépêtrer de la situation en se rendant au Moyen-Orient, est en effet incompatible avec la moindre avancée sociale.

    En même temps

    Depuis le Qatar, Emmanuel Macron n’a d’ailleurs lui-même délivré aucune réponse aux nombreuses revendications portées par les manifestants, mais seulement appelé à « la fermeté » envers les auteurs des violences.

    En écho, le ministre de l’Intérieur assure qu’un important dispositif de sécurité sera mis en place ce samedi. Pour empêcher la casse et garantir la liberté constitutionnelle de manifester ? Ou peut-être pour dissuader les honnêtes citoyens de descendre dans la rue.

    Coluche disait que « la dictature, c’est “ferme ta gueule”, la démocratie, c’est “cause toujours” ».

    La Macronie semble une fois encore décidée à jouer la carte du « en même temps ».

  • Changer vraiment de politique

    Changer vraiment de politique

    Le gouvernement va-t-il changer de pied, ce mercredi, en recevant les organisations syndicales ? Va-t-il enfin répondre par des décisions concrètes à la colère sociale et stopper sa dérive ultra-sécuritaire et répressive ? Les syndicats n’ont pas l’intention de s’entendre faire la leçon. Tous ont condamné les pillages survenus en marge de manifestations historiques et tous demanderont fermement des comptes au chef du gouvernement, Sébastien Lecornu. Car comment comprendre que les cortèges pacifiques contre la vie chère et avec des revendications pour vivre bien aient été violemment réprimés, pendant que les forces de l’ordre, sous le commandement des préfectures, ont laissé piller et saccager les centres-villes et les commerces ?

    Colère sociale

    La colère sociale bouillonne depuis des années et le mouvement social, ses organisations, les salariés, retraités, lycéens et étudiants se fracassent contre le mur des gouvernements successifs d’Emmanuel Macron, hermétiques aux aspirations légitimes du monde du travail.

    Au crépuscule de ses deux quinquennats, le chef de l’État, élu par deux fois grâce au barrage contre l’extrême droite RN,
    a concocté avec son Premier ministre un budget d’austérité qui va massacrer un peu plus les services publics en continuant de protéger les plus riches. Il ne s’agit pas d’arracher une révision cosmétique de ce musée des horreurs, mais de changer profondément de politique avec notamment des hausses de salaires pour les agents des services publics, des budgets renforcer pour la Sécurité sociale, l’Éducation, la recherche, les universités. Sinon la colère sociale ne s’arrêtera pas de grandir.