Tag: Sébastien Lecornu

  • Budget 2027 : Le RN à la rescousse de Lecornu ?

    Budget 2027 : Le RN à la rescousse de Lecornu ?

    Les députés socialistes, qui avaient permis le passage du budget de l’État l’an passé en ne censurant pas le Premier ministre, sont partis cette année sur une position bien plus offensive. Ils devaient défendre dans la soirée de mardi, une motion de rejet préalable au projet de budget pour 2027, estimant que le gouvernement n’a montré « aucune inflexion » envers eux cette année, notamment sur « la mise à contribution des plus riches et la préservation des plus modestes ».

    Mardi matin, Sébastien Lecornu a adressé une réponse par courrier aux chefs de groupes et à la direction du PS : « Le plus mauvais signal que l’Assemblée nationale pourrait envoyer serait celui du refus de la discussion budgétaire », assure-t-il. Le locataire de Matignon a proposé d’avancer avec les socialistes sur au moins trois chantiers : les « violences faites aux femmes et protection des enfants », l’« agriculture », et « la jeunesse et l’avenir de notre école ». Avec toutefois un impératif : rester sur une trajectoire de déficit public à 5% du PIB en 2027 et sans remettre en cause, bien sûr, la politique pro-business. La fin de non-recevoir socialiste n’a pas tardé : « le Premier ministre (Sébastien Lecornu) se moque de nous », a estimé le porte-parole Arthur Delaporte. Sa collègue Mélanie Thomin a reproché au chef du gouvernement une « porte fermée à toute mesure de justice fiscale au nom de la sacro-sainte stabilité ». Toute la gauche devait voter la motion de rejet préalable, qui porte sur la partie recettes du budget, ont annoncé des sources aux groupes Insoumis, Communiste et écologiste. Les indépendants de Liot devaient voter contre. L’extrême droite RN devait aussi voter contre, venant à la rescousse d’un Premier ministre sans majorité. Mais que les débats soient longs, ou interrompus au premier jour, le gouvernement a de toute façon peu d’espoir de faire voter son budget dans des conditions classiques.

    Ordonnances budgétaires ?

    Le premier tour de chauffe en commission des Finances a été sévère, avec un texte remanié puis rejeté par la quasi-totalité des députés (31 contre, 3 pour et 2 abstentions). Car pour atteindre sa cible de déficit, l’exécutif n’a pas été avare de mesures d’économies parfois clivantes jusque dans son camp, pour réaliser quelque 45 milliards d’euros d’efforts nouveaux en 2027. Il entend notamment mettre à contribution les retraités, par une sous-indexation des pensions au-dessus de 1 256 euros dans le budget de la Sécurité sociale, et une réduction du périmètre de l’abattement de 10% sur l’impôt sur le revenu dont bénéficient les retraités dans le budget de l’État. « Les marchés financiers ont besoin de sentir que quoi qu’il arrive on va finir à 5% (…), les débats parlementaires, tout le monde s’en fout, comme tout le monde s’est dit qu’à la fin, ça se terminera par un 49.3 ou des ordonnances », estime une source au sein de l’exécutif. Sans majorité, Sébastien Lecornu pourrait en effet recourir, comme l’an passé, à l’article 49.3 de la Constitution, en échange d’une non-censure. Mais les socialistes sont moins enclins à la non-censure, arguant que le gouvernement fait des clins d’œil à l’extrême droite. Lecornu pourrait aussi recourir aux ordonnances budgétaires, jamais utilisées, mais permettant de passer le budget sans aucun vote. Il faudrait toutefois attendre le 18 décembre, après 70 jours d’examen.

  • [Billet] Un mouvement de libération est né…

    [Billet] Un mouvement de libération est né…

    On les disait atones, rivés à leur portable, fascinés par les influenceurs. Les voilà dans la rue, par dizaines de milliers. Pour une école qui leur ouvre un autre avenir que celui préparé par Macron, Lecornu et leurs prédécesseurs.

    Cette révolte est un mouvement de libération. Une jeunesse refuse une école délabrée, la concurrence qu’incarne Parcoursup, la précarité et le carcan des besoins du marché, où seule une partie trouvera son compte.

    Dans le secondaire public, 15 millions d’heures de cours ne sont pas remplacées, jusqu’aux classes de brevet ou de bac. Autant d’apprentissages interrompus, d’élèves abandonnés à leurs difficultés. Et toujours cette injonction : être « les meilleurs » pour échapper au chômage et aux boulots « bullshit ».

    La réponse de Sébastien Lecornu, avec l’aval du président ? Réduire de 200 millions d’euros net le budget de l’Éducation nationale et supprimer plus de 1 588 postes d’enseignants ! Au nom d’une dette dont Macron est responsable et comptable, qui pénalise la France mais rapporte chaque année plus de 60 milliards aux créanciers privés, soit l’équivalent du budget de l’Éducation nationale.

    Les lycéens ont compris le message : faute de professeur, ce sera encore la permanence ou la cour. Moins de cours, alors qu’on annonce un durcissement des conditions d’obtention du bac, notamment en orthographe.

    Le 17 septembre, les élèves du lycée Antoine-de-Saint-Exupéry, à Créteil, dans le Val-de-Marne, ont exprimé leur refus de ce scenario. Ils ont bloqué leur établissement. Lecornu a répondu par l’envoi de policiers de la BAC, armés de matraques et de Flash-Ball. Traités en délinquants, les jeunes Cristoliens ont reçu le soutien d’autres lycées, mobilisés contre ces violences et contre leur propre sort.

    Le gouvernement se comporte en maltraitant : il abuse de son pouvoir, frappe à l’aveugle, inflige des blessures disproportionnées. Main arrachée, mâchoire fracturée, œil énucléé : des adolescents mutilés à vie. Mais Macron et Lecornu ont échoué à étouffer les revendications par la peur et à retourner l’opinion contre les lycéens. Les parents se sont indignés.

    Selon Elabe pour la MAE, « 80 % des parents se disaient inquiets pour l’avenir scolaire de leurs enfants ». Selon l’IFOP pour Elle, 66 % des 15–17 ans sont anxieux face à l’avenir. Et, selon Ipsos, en janvier 2025, 70 % des jeunes de 20 ans jugent le travail plus stressant qu’épanouissant. Des alertes ignorées par Macron et ses gouvernements.

    Mardi, sous la pression lycéenne et populaire, Sebastien Lecornu évoquait « l’ouverture de discussions, « de possibles rallonges budgétaires », et une réflexion sur « Parcoursup », cette machine à produire des inégalités. Ces trop vagues annonces ne répondent pas aux besoins des lycéens, ni à l’inquiétude de nombreux parents

    Le même jour, Marine Le Pen promettait aux marchés financiers 140 milliards d’économies le temps d’un mandat présidentiel notamment en réduisant les dépenses publiques, notamment l’éducation, pour payer les agios de la dette.

    Toujours mardi, Fabien Roussel, candidat communiste à la présidentielle, présentait des propositions immédiates à engager pour l’éducation : un professeur toujours présent dans chaque matière, la suppression de Parcoursup et de Mon Master, la restitution aux collectivités des 7 milliards spoliés dans le projet de budget pour entretenir le patrimoine éducatif, etc.

    Puis, il a formulé son projet : « Je veux une école et une université de la réussite pour chacune et chacun. » Il prône un « pacte républicain pour la jeunesse et l’éducation »

    Il entend faire de la jeunesse et de l’éducation une grande cause nationale pour les 20 prochaines années engageant toutes les forces vives de la Nation : « C’est l’horizon d’une génération scolaire entière. C’est le temps nécessaire pour inscrire notre action dans la durée et permettre aux jeunes d’en mesurer les effets tout au long de leur parcours ».

    « Ce pacte engage la capacité des jeunes à construire leur vie et celle du pays à réparer la France et relever les défis du siècle » a souligné Fabien Roussel. « Donner à un jeune, quel que soit son milieu, les moyens concrets d’être hautement cultivé et hautement formé, c’est lui donner les moyens d’être libre. Libre de choisir sa voie et de décider de sa vie. » a-t-il insisté ajoutant : « Une jeunesse forte c’est l’assurance d’une France forte ».

    Cette ambition pour la jeunesse est l’un des piliers du « pacte populaire de confiance et de progrès » que nous voulons construire et mettre en œuvre avec le peuple de France » a-t-il annoncé.

  • [Entretien] Marion Chopinet, Snes-FSU : « La jeunesse démontre qu’il va falloir compter avec elle »

    [Entretien] Marion Chopinet, Snes-FSU : « La jeunesse démontre qu’il va falloir compter avec elle »

    Dans les salles des professeurs comme dans les classes, le malaise était palpable depuis longtemps. Tous dénoncent une dégradation du système éducatif. Alors qu’une nouvelle mobilisation est annoncée pour le mardi 13 octobre, Marion Chopinet revient sur les ressorts d’un ras-le-bol parti pour durer.

    La Marseillaise : Ce mouvement lycéen s’annonce durable, avec un nouveau rendez-vous le 13 octobre, porté par une intersyndicale lycéenne, étudiante et enseignante, ainsi qu’un appel interprofessionnel de la CGT. Est-ce quelque chose à quoi vous vous attendiez ?

    Marion Chopinet : À la fois, on ne l’a pas vu venir et en même temps, ce n’est pas étonnant du tout. Il y a eu le démarrage en région parisienne et des mouvements ponctuels déjà, avant la rentrée, dans les outre-mer. Cette colère lycéenne gronde depuis pas mal de temps. Elle s’est étendue à toutes les académies après la mobilisation de la fonction publique du 29 septembre. Dans l’académie d’Aix-Marseille, les mobilisations lycéennes commencent autour de cette date, qui a marqué le début des premiers blocus de lycées ici.

    En tant que syndicat enseignant, comment accompagnez-vous les lycéens ? Peut-on parler de convergence des luttes ?

    M.C. : D’une certaine manière oui, car leurs revendications rejoignent les nôtres. Quand on se mobilise, nous, contre les réformes, le choc des savoirs, la réforme Blanquer en fait à l’origine de tout le bazar dans les lycées aujourd’hui, on se mobilise pour nous. Mais nos conditions de travail, ce sont les conditions d’études des élèves. Là, c’est le mouvement lycéen qui a pris le plus d’ampleur et qui continue à grandir et on se rejoint complètement. Après, c’est un équilibre assez difficile à tenir. Car si on a des revendications communes, en dehors des moments où on a nos casquettes syndicales, on est aussi leurs profs. Il ne s’agit pas de confondre les deux et de se servir d’une manière ou d’une autre de l’« autorité » qu’on peut avoir sur eux pour influer sur le mouvement. Cela doit rester le leur, ils doivent pouvoir s’organiser et décider. À nous, éventuellement, de répondre plutôt à leurs sollicitations et à leurs besoins pour avoir un service d’ordre, du matériel pour faire des pancartes, l’accès à un local… Toutes ces manifestations qui associent depuis plusieurs jours personnels de l’Éducation nationale, lycéens, étudiants, d’autres corps de métier et les parents marchent très bien et font la démonstration que le cœur du sujet, ce sont les revendications des lycéens et pas les violences.

    Du côté des enseignants, vous alertez depuis longtemps sur une véritable souffrance…

    M.C. : Nous avons effectivement des enseignants qui sont submergés de tâches annexes, dont les salaires n’ont pas été revalorisés depuis extrêmement longtemps. Ce qui participe aussi de la crise de recrutement et du manque d’enseignants, au-delà des suppressions de postes. Les jeunes ont compris aussi que s’ils veulent avoir plus de profs et plus de candidats au concours, il faut revaloriser le métier. Les revendications autour du statut de la fonction publique pour les AESH sont aussi un enjeu pour nous et les élèves d’avoir des accompagnants pour ceux en situation de handicap. Des personnes recrutées par concours, formées, rémunérées correctement et qui soient présentes dans les établissements pour eux.

    La répression du mouvement lycéen est-elle, selon vous,
    une manière de l’étouffer
     ?

    M.C. : Oui, il y a forcément des consignes pour faire peur le plus possible aux élèves et aux parents. Ces violences policières sont complètement disproportionnées, absolument délirantes. Nous les avons dénoncées dans de nombreux communiqués.

    La réponse apportée par le gouvernement, entre les annonces du Premier ministre sur les prix à la pompe et le déblocage de 3 000 postes d’enseignants, est-elle à la hauteur ?

    M.C. : Ça ne correspond pas du tout à ce qu’on demande, même si pour les enseignants aussi, la question du prix de l’essence et de ce que coûtent les trajets pour se rendre sur leur lieu de travail, ça compte. Pour les 3 000 postes qui seraient débloqués, on attend de voir la réalité. Nous réclamons surtout des postes au concours, une revalorisation, une réflexion aussi sur le bâti scolaire. Rien n’est dit du tout sur ce qui est essentiel pour les élèves : Parcoursup. Et au-delà, la réforme Blanquer, mise en place en 2018, qui touche au lycée et au bac sans laquelle Parcoursup ne peut fonctionner. C’est elle qui permet cette sélection terrible dans l’accès au supérieur et qui accompagne de façon extrêmement efficace les suppressions postes. Après, il y a eu le « choc des savoirs » avec Gabriel Attal. Tout ça, c’est la déclinaison de la même chose : dire que ça coûte trop cher et qu’il faut trier les élèves le plus tôt possible. Ce qui va à l’encontre du projet du Snes et de la FSU entre autres, qui avait cours depuis les années 80, de démocratisation scolaire, de faire en sorte que la majorité des jeunes arrivent jusqu’à un niveau bac.

    Nous sommes aussi dans un contexte d’austérité budgétaire…

    M.C. : C’est catastrophique, pour l’Éducation nationale comme l’ensemble des services publics. C’est à eux que l’on fait payer le prix de l’austérité et de la dette. Il y a aussi un enjeu autour des budgets des collectivités territoriales et du bâti scolaire. Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est que ces jeunes ont passé des examens sous canicule, l’an passé. Des élèves qui font leur rentrée dans des salles à plus de 30-35 degrés, des journées de cours épuisantes… Toute une réflexion est à mener sur l’adaptation au changement climatique et les budgets qui devaient y être consacrés ne sont pas à la hauteur ou ont été supprimés.

    D’aucuns tournent la mobilisation lycéenne en dérision, s’offusquent des débordements… Comment voyez-vous la suite ?

    M.C. : Je pense que les élèves ont comme perspective de tenir au moins jusqu’aux vacances. Nous, on annonce déjà une nouvelle date à la rentrée, le 5 novembre, avec l’intersyndicale de la fonction publique, sur les salaires, conditions de travail, etc. La consultation inventée par Sébastien Lecornu est aussi une manière d’étouffer ce mouvement. On a vu comment les gouvernements Macron ont fonctionné avec les Gilets jaunes, les cahiers de doléances qui n’aboutissent à rien. Les jeunes l’ont bien compris. Sur la prise en considération, je fais le lien avec les débats sur la loi intégrale, tout ce travail fait par les associations féministes et enfantistes. Cela dit, vu comment notre société regarde les enfants et les jeunes, se méfie d’eux, considère qu’ils n’ont pas droit à la parole… Ils font la démonstration que la jeunesse, c’est autre chose que de rester collé sur son téléphone et qu’il va falloir compter avec eux. Le monde qu’on est en train de construire, c’est le leur. Ils ont droit au chapitre.

  • [Entretien] Pascale Thoirey, FSU du Gard : « Ces lycéens sont des citoyens éclairés »

    [Entretien] Pascale Thoirey, FSU du Gard : « Ces lycéens sont des citoyens éclairés »

    La Marseillaise : En avril dernier, vous alertiez dans nos colonnes sur la perte de sens de l’école et le manque de moyens de l’Éducation nationale. La mobilisation lycéenne est-elle la conséquence de cette situation ?

    Pascale Thoirey : Oui, bien sûr. Aujourd’hui, il y a des débordements, mais des jeunes ont des comptes à demander à l’institution. On observe aussi que seuls les manifestants qui dégradent obtiennent des choses. Il n’y a qu’à voir les agriculteurs ou même les gilets jaunes. C’est au moment où les gens commencent à s’énerver très très fort que le gouvernement décide de discuter. Au niveau de la fonction publique, on a toujours des manifestations plutôt calmes, rangées, et il ne se passe rien derrière. Après notre manifestation du 29 septembre, on nous a immédiatement annoncé que le gel du point d’indice était entériné et que 1 500 postes d’enseignants allaient être supprimés. On marche sur la tête. Depuis des années, nous alertons sur la dégradation du service public. Je ne suis pas en train de dire que les jeunes ont le droit de casser, mais simplement qu’on peut très bien l’expliquer.

    Quelle est la situation de ces lycéens aujourd’hui ?

    P.T. : Ils sont en première ou en terminale, ils ont des examens à passer en fin d’année et ils n’ont pas de prof, parfois pendant plusieurs semaines. Ils travaillent parfois dans des conditions délabrées. J’entendais que dans certains endroits en France, il n’y a pas d’eau potable dans les établissements. À côté de ça, par exemple à Nîmes, on ouvre une unité supplémentaire pour une école privée avec des fonds publics. Certains gamins ne peuvent pas manger à la cantine parce que c’est trop cher. Ce n’est pas normal. Il n’y a rien de farfelu dans les revendications des jeunes, dans le fait d’avoir une table pour pouvoir travailler, de ne pas aller chercher sa chaise dans la pièce à côté, de pouvoir avoir un enseignant face à soi ou d’avoir le temps de déjeuner sur une journée. Parcoursup est hyperangoissant aussi pour les lycéens qui ne savent pas s’ils pourront suivre la formation de leur choix après le bac. On est sur des demandes ultra-légitimes. On a laissé pourrir certaines situations, c’est normal qu’ils se révoltent. Et ce qui est intéressant en ce moment c’est que les lycées des beaux quartiers se montrent solidaires des autres lycées.

    Ce mouvement n’est-il pas
    aussi révélateur des inquiétudes d’une jeunesse sur son avenir
     ?

    P.T. : Bien sûr, nous avons une jeunesse désenchantée qui a peur. Il y a la guerre, le dérèglement climatique et ils ne savent pas comment ils vont vivre. Ils savent très bien comment leurs parents tirent le diable par la queue parce que tous les prix n’arrêtent pas d’augmenter. Les gamins ne vivent pas dans des bulles, ils voient bien ce que vivent leurs parents. D’ailleurs, s’ils se mobilisent, c’est qu’on n’a pas tout raté au niveau de l’éducation, parce qu’ils sont des citoyens éclairés. C’est pour ça qu’on les éduque, pour qu’ils utilisent leur cerveau pour penser, pour envisager un avenir meilleur. Ce que ne montrent pas les médias, c’est que les jeunes, sur les barricades, chantent la Marseillaise.

    Avez-vous constaté une forte répression policière ?

    P.T. : Oui. Pas partout, fort heureusement. Mais quand on voit certaines images, on se demande si on est dans le maintien de l’ordre ou dans le maintien du désordre. On a vu plusieurs vidéos de différents angles d’un policier qui lance des tessons de bouteille. Il y a eu cette jeune qui a fait les cadets de la gendarmerie, qui porte le drapeau à l’ordre du mérite et qui se fait arrêter et part en garde à vue alors qu’elle n’a rien fait. Un gamin de 14 ans a perdu ses dents, un autre un œil et un autre encore a perdu un bras à cause d’une grenade de désencerclement. Il y a un problème de discernement, la répression est disproportionnée.

    Dans cette période de mobilisation, quel est le rôle des professeurs ?

    P.T. : Lundi 5 au matin, tous les collègues étaient sur leur lieu d’exercice. Ils sont arrivés en avance pour s’assurer qu’il n’y ait pas de débordement. Certains sont allés en renfort sur les établissements pour lesquels on craignait qu’il y ait des problèmes. J’ai discuté avec un parent d’élève qui me disait que son gamin avait pris un tir de LBD dans le dos. Moi aussi je suis allée protéger mes élèves, les élèves de manière générale, ce ne sont pas ceux que j’ai dans mes classes, mais je suis enseignante, fonctionnaire de l’État, j’ai une mission de service public d’éducation, et éduquer les élèves à la mobilisation ça fait aussi partie de mes missions. J’enseigne l’éducation morale et civique et nous avons un chapitre qui s’appelle « s’engager », dans le cadre duquel on leur apprend comment on s’engage, comment on défend une cause. Alors certes ils n’ont pas la méthode, mais ils apprennent. Nous allons discuter avec ces jeunes et nous faisons beaucoup de pédagogie.

    Comment sortir de la crise ?

    P.T. : Déjà, Sébastien Lecornu devrait revenir sur les suppressions de postes d’enseignants prévues parce qu’ils ont tellement dégraissé le mammouth qu’il est désormais à l’os. Et il devrait annoncer des embauches. Le problème, c’est qu’il y a aussi une absence de confiance. Après les gilets jaunes, ils ont organisé la convention citoyenne pour le climat et ils n’ont repris aucune mesure qui était proposée. Pour que la jeunesse arrive à se mobiliser de cette manière-là, et de façon aussi violente parfois, c’est qu’il y a un vrai désenchantement et plus de mots pour dire les maux.

  • Au Vélodrome, TotalEnergies défend sa stratégie

    Au Vélodrome, TotalEnergies défend sa stratégie

    Lors de la conférence à laquelle la directrice France de TotalEnergies a participé, les échanges ont tourné autour de la réindustrialisation et des défis auxquels le secteur de l’énergie est confronté. Interrogée sur l’annonce de la libération de stocks stratégiques de gazole par Sébastien Lecornu, mercredi soir, la directrice France de Total a affirmé que « le gouvernement cherche à soutenir, à travers cette mesure, le pouvoir d’achat des Français ».

    Elle n’a d’ailleurs pas manqué de rappeler la politique de blocage des prix mise en place par Total : « Nous l’avons fait aussi avec le blocage des prix à la pompe. » Malgré tout, la flambée des prix du carburant engendre encore des difficultés financières pour de nombreux foyers. La directrice reconnaît d’ailleurs cet écueil : « Depuis le début du mois de septembre, il y a eu une baisse de la consommation d’énergie, qui est en partie subie. Étant donné les prix du carburant, certaines personnes ne peuvent plus faire le plein de leur voiture. »

    Bénéfices records

    Une réaction qui paraît en décalage avec les bénéfices historiques enregistrés par le groupe TotalEnergies depuis le début d’année. L’entreprise a réalisé pas moins de 11,2 milliards de dollars de profits au premier semestre, dans un contexte de guerre au Moyen-Orient et de crise énergétique. De quoi rappeler la proposition du secrétaire national du PCF et candidat à la présidentielle, Fabien Roussel, de nationaliser TotalEnergies afin de « protéger le pouvoir d’achat des ménages face à la crise énergétique », en réduisant drastiquement le prix du carburant tout en réorientant la stratégie de l’entreprise vers des « objectifs écologiques ».

  • À Marseille le « blabla » de Lecornu n’a pas convaincu

    À Marseille le « blabla » de Lecornu n’a pas convaincu

    Exemplaire, une fois de plus. Deux jours après une mobilisation « historique » ayant réuni près de 30 000 personnes dans les rues de Marseille, le soufflet ne retombe pas. Ils étaient 20 000 selon les organisateurs (3 900 selon la police), jeudi, à s’élancer des Réformés en direction de la préfecture pour l’acte IV de la mobilisation lycéenne. Dans le calme et une bonne humeur revendicative.

    La configuration était différente de mardi, puisque l’intersyndicale n’avait pas lancé d’appel, mais les forces militantes des syndicats de travailleurs, CGT et FSU en tête, étaient encore en première ligne pour assurer la sécurité des jeunes. À leur côté, des retraités, des étudiants, des enseignants, des travailleurs, des élus politiques et des parents d’élèves.

    « Les lycéens ont déjà dit tout ce qu’ils avaient à dire »

    Marion, adhérente du MPE 13, est venue pour « les soutenir, partager leurs revendications qui sont relativement claires et les aider à défendre leurs droits et ceux des travailleurs de l’éducation nationale ». Maman d’une lycéenne à Montgrand, elle porte sur le dos une pancarte « réalisée en mars », alors que le lycée de sa fille était mobilisé, déjà, contre la baisse des dotations horaires liée aux coupes budgétaires. Sébastien Lecornu « dit qu’il faut prendre le temps de dialoguer dans les lycées, mais je crois que les lycéens ont déjà dit tout ce qu’ils avaient à dire ».

    Dans le cortège, sans surprise, l’allocution du Premier ministre, la veille, n’a convaincu personne. « Foutage de gueule », répond Ange, élève à Périer (8e). « Il a parlé de nous deux minutes… Avec tout ce qui se passe, ce n’est pas normal et ce qu’il annonce ne suffit pas », poursuit ce membre du Mouvement national des lycéens, comparant la hausse de 1,2 milliard du budget de l’éducation aux 6 milliards dédiés aux armées. « C’est clairement du blabla », abonde Fabio, du lycée des Remparts. « Ces 1,2 milliard, c’est principalement pour les primaires. Nos revendications sur Parcoursup, il n’en a pas dit un mot et il apporte son soutien aux forces de l’ordre alors qu’on a encore vu la répression, mercredi, à Marie-Curie. »

    Jeudi matin, deux interpellations devant le lycée privé de Saint-Joseph de La Madeleine (4e) sont dans les têtes. « Libérez Ryan, libérez Victor », scande une lycéenne au départ de la manifestation. Plusieurs établissements ont été bloqués dans la matinée, dont Jacques-Chirac, Don-Bosco ou Victor-Hugo, et des lycéens se sont réunis à Marseilleveyre (8e), Saint-Charles (1er) ou Chevreul-Blancarde (4e) avant de rejoindre les Réformés.

    « Lecornu fait illusion pour calmer les tensions, mais ça ne nous arrêtera pas, aucune réponse n’est apportée », juge Abel, élève de Saint-Joseph de La Madeleine (4e), justement. « On attend principalement des mesures concrètes, comme l’abrogation de Parcoursup. Les réunions dans les lycées ne régleront rien ». « Il dit vouloir travailler sur cinq points très concrets. On partage ces problématiques, mais il annonce une décision fin octobre… Il se fout de notre gueule », regrette plus loin, Luc*, lycéen à Saint-Charles. « Vouloir réprimer les mobilisations et arrêter les cours, c’est juste une façon de déplacer le problème. »

    « Organiser des réunions entre proviseurs, professeurs et lycéens, c’est bien, mais c’est pour étouffer le mouvement », abonde Lou, lycéenne à Thiers (1er) : « Lecornu est passif. Les professeurs ne peuvent pas tout régler tout seul, c’est au gouvernement et à l’éducation nationale d’apporter des réponses et de prendre leurs responsabilités ».

    « Sa réponse est insuffisante, c’est du foutage de gueule et ça devient répétitif », renchérit Charlie, lycéen à la cité scolaire internationale Jacques-Chirac… qui n’a pas de prof d’anglais depuis la rentrée : « On est un lycée favorisé, j’imagine pas les autres. C’est pour ça qu’on est là ». Marqué comme tous par la violence policière, Giani, élève en première au lycée Artaud, juge « inhumaine » la sortie du Premier ministre : « Perdre une main, perdre ses dents… Qu’est-ce qu’on a fait pour mériter ça ? Il parle d’accidents. Ça me révolte. Nous, on veut parler à l’éducation nationale et l’état, pas à nos professeurs, parce qu’on sait qu’ils nous soutiennent ».

    * le prénom a été changé

    Nouvelle journée de mobilisation

    Présent aux côtés des lycéens dans le cortège, le SNES-FSU, premier syndicat de l’éducation nationale, maintient la pression et appelle les personnels à se mobiliser, le 13 octobre, dans le cadre d’une nouvelle journée de grève et de manifestation intersyndicale étudiante et professionnelle. « C’est important de continuer le mouvement aux côtés des lycéens, parce qu’on partage les mêmes revendications et les mêmes analyses depuis des années », assure sa co-secrétaire académique, Marion Chopinet. Ne s’imaginant pas « rentrer en cours et encore moins participer à une mascarade de démocratie », le syndicat réclame plus de moyens, l’ouverture de places à l’Université, la rénovation des établissements et une remise à plat de la réforme Blanquer du lycée. Ch.C.

  • Des annonces sur l’essence, rien sur les lycéens

    Des annonces sur l’essence, rien sur les lycéens

    « La colère des jeunes ne vient pas de nulle part. Nul ne peut être indifférent aux angoisses qu’ils expriment » : les propos Sébastien Lecornu, mercredi soir, dans une allocution enregistrée et prononcée depuis Matignon. À la veille d’une nouvelle journée de manifestation lycéenne et au surlendemain d’une très importante mobilisation, le Premier ministre a voulu tenter l’apaisement. Sans aucune annonce cependant pour répondre à la colère des lycéens qui exigent des moyens pour étudier dans de bonnes conditions que ce soit en termes d’enseignants présents ou de bâtiments, ou la fin de parcoursup.

    Il n’a en effet que réaffirmé que « les premières décisions du gouvernement seront présentées à la fin du mois d’octobre » afin de répondre à la crise. Ou ressorti la carte du « temps de dialogue » dans les établissements en précisant que ceux-ci se poursuivraient « à partir de demain [jeudi], dans chaque lycée et jusqu’à la semaine prochaine ». Ou celle de la plateforme de dialogue ouverte par le ministère de l’Éducation se félicitant de voir qu’elle avait déjà recueilli plus de 40 000 contributions.

    Pas d’annonces supplémentaires non plus concernant la doctrine du maintien de l’ordre qui émeut le pays après 215 élèves et 89 personnels de l’Éducation blessés parmi les manifestants. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez ayant annoncé dès le matin, au lendemain de la réunion autour d’Emmanuel Macron, la décision de suspendre l’usage des grenades assourdissantes pour ce mouvement, le Premier ministre s’est contenté de marteler que « les forces de l’ordre n’ont pas pour instruction d’affronter les lycéens ».

    Des propos qui n’ont pas convaincu les lycéens et les étudiants qui appellent à un Acte IV de la mobilisation ce jeudi, soutenus par les syndicats de l’Éducation – le Snes-FSU, la CGT, FO et Sud – qui ont appelé à une journée de grève. Les organisations de jeunesse ont demandé à être reçues par le Premier ministre. « Nous avons des propositions chiffrées que nous allons présenter et c’est pour ça que nous demandons dès la semaine prochaine un rendez-vous avec » le Premier ministre, a déclaré à la presse Ryad Rani, président de l’Union syndicale lycéenne (USL) devant le ministère de l’Enseignement supérieur.

    Baisse de 12 à 18 centimes du litre à la pompe

    Craignant la convergence des colères, si celle de la jeunesse rencontre les mécontentements d’autres secteurs, Sébastien Lecornu a concentré sa réponse sur le ras-le-bol social en annonçant une baisse à venir des prix à la pompe pour les carburants. « Nous sommes dans une situation difficile, mais nous ne sommes pas pour autant sans réponse », a-t-il dit avant de décliner des mesures susceptibles d’alléger la pression sur les prix des carburants et de l’électricité qui entament le pouvoir d’achat, thème majeur de la présidentielle.

    Il a annoncé qu’il mettrait 10 millions de barils de gazole, issus des stocks stratégiques, à la disposition des distributeurs en France « au prix de revient ». « Le gazole concerné a été acheté avant la flambée des cours et sera mis à disposition au prix de revient [et] permettra mécaniquement de baisser les prix à la pompe dans un ordre de grandeur évalué entre 12 et 18 centimes par litre de gazole », a-t-il affirmé. En ce sens, Sébastien Lecornu a annoncé qu’il réunirait à Matignon les distributeurs « pour y travailler dans les tout prochains jours ».

    Le Premier ministre a aussi indiqué que « le prix de l’électricité ne doit pas augmenter cet hiver », et « demande » à EDF « de mobiliser au maximum ses capacités de production », tout en précisant qu’il reviendra prochainement sur le sujet.

    Soutien italien à la jeunesse

    Refondation communiste et les jeunes communistes italiens ont tenu à apporter leur soutien à la mobilisation lycéenne dans un communiqué. Les jeunes « soulèvent une question majeure : Que deviendra notre avenir ? L’avenir d’une génération qui vit dans une Europe où, presque partout, on réduit les dépenses sociales pour financer des allègements fiscaux en faveur des riches et l’achat d’armes ; une Europe où les jeunes sont souvent prisonniers de vies précaires et risquent désormais, en outre, de servir de chair à canon », écrivent-ils notamment. « Ils demandent des choses simples », ajoutent-ils, avant de conclure : « Leur lutte est la nôtre. »

  • À côté de la plaque

    À côté de la plaque

    Face au mouvement lycéen, le gouvernement joue la montre. Sébastien Lecornu n’a apporté, mercredi soir, aucune mesure concrète pour répondre à la colère de la jeunesse. Le Premier ministre renvoie à la fin du mois d’octobre l’annonce de « premières décisions » et au 12 novembre, premier jour du débat à l’Assemblée nationale du budget de l’éducation nationale.

    Classes surchargées, bâti, Parcourup, budget… Aucun signal n’est venu du locataire de Matignon pouvant décider les lycéens à mettre un terme à leurs mobilisations. Ils devraient donc être nombreux ce jeudi, dans tout le pays, à manifester.

    Macroniste de la première heure, le chef du gouvernement reste droit dans ses bottes. Une sorte de pompier pyromane qui fait le pari du pourrissement. Son déni des violences policières, « qui n’ont pas pour instruction d’affronter les lycéens » a-t-il tenu à préciser, est à ce titre symptomatique d’un pouvoir aux abois.

    Des choix libéraux

    En matière budgétaire, le projet de budget de l’éducation nationale, qu’il a défendu, ne tient même pas compte de l’inflation. Rien qui ne permette de placer l’école au cœur de la société. Cela, les lycéens l’ont bien compris. L’appel « au patriotisme », lancé par Lecornu aux parlementaires, pour l’adoption du budget 2027, sonne comme une provocation. Le patriotisme commanderait en effet de répondre aux immenses besoins sociaux du pays. Quant à ses annonces sur le déblocage de 10 millions de barils de gasoil pour faire baisser le prix du carburant, elles reflètent des choix libéraux, ceux de faire jouer le marché de l’offre et de la demande. À côté de la plaque là encore.

  • Mention très bien

    Mention très bien

    Une déferlante lycéenne a submergé les rues de notre région et du reste du pays, ce mardi.

    Des manifestations massives, joyeuses et revendicatives, entourées par des militants syndicaux et politiques, mais aussi par des élus et des parents d’élèves. Elles se sont déroulées sans incident majeur dans nos départements et ont démontré la détermination de toute une jeunesse à se faire entendre.

    Face à cette colère qui se structure dans un mouvement appelé à se poursuivre, le gouvernement apparaît dépassé. Les faits de répression violente qui ont choqué l’opinion et la fermeture de très nombreux établissement n’ont pas suffi à décourager les lycéens de battre le pavé.

    Cet élan collectif est un fait nouveau pour une génération dont les observateurs ont beaucoup dit qu’elle était rongée par l’individualisme ou lobotomisée par les écrans.

    Changement profond

    Contrairement à d’autres moments de l’histoire où la jeunesse s’était soulevée contre une réforme, comme le projet de loi Devaquet dans les années 1980 ou le Contrat première embauche dans les années 2000, le gouvernement Lecornu ne peut pas sacrifier un texte pour trouver l’apaisement : ce mouvement réclame un changement de politique profond.

    Alors, que peut l’exécutif pour montrer qu’il entend la colère qui s’exprime ? Il peut d’abord supprimer Parcoursup, ce système injuste qui confie l’avenir de nos jeunes à un algorithme opaque. Il peut aussi abroger la réforme Blanquer du bac et annoncer des recrutements de professeurs au lieu des 1 588 postes supprimés dans le projet de budget. Il peut rendre des moyens aux Régions pour qu’elles entretiennent les lycées. Il peut enfin stopper la fuite en avant répressive.

    Le fera-t-il ? Pour le moment, c’est mention très bien pour les lycéens et zéro pointé pour le gouvernement.

  • Sans surprise, le budget, s’il passe, sera austéritaire

    Sans surprise, le budget, s’il passe, sera austéritaire

    « Pyromane », c’est ainsi que le gouvernement est qualifié par la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet et le sénateur communiste Ian Brossat. Et pour cause : le projet de budget présenté ce jeudi en Conseil des ministres puis à la presse, prévoit un « effort » affiché de 54 milliards d’euros pour ramener le déficit public de 5,4% à 5% du PIB. Dans le détail c’est « 43 milliards d’euros de mesures de redressement » des finances publiques auxquelles s’ajoutent « la montée en charge de mesures de redressement prises en 2026 » et « antérieurement », amenant l’ensemble à « 54 milliards d’euros » l’an prochain.

    « C’est un effort important », concède le ministre de l’Économie Roland Lescure. « Il n’y a pas, dans ce budget, de hausse générale d’impôts », promet pour sa part le ministre des Comptes publics David Amiel. Puis, avant d’assurer que « nous avons l’une des Sécurités sociales les plus généreuses du monde, et c’est normal », il annonce deux milliards d’euros d’économie. Les retraités feront partie des plus impactés car l’exécutif propose que les pensions supérieures à 1 260 euros ne soient plus indexées intégralement sur l’inflation. Mais aussi de ramener à 3 000 euros le plafond de l’abattement fiscal de 10% sur l’impôt sur le revenu dont bénéficient nos aînés (contre 4 439 euros actuellement).

    Le baiser de la mort

    Alors que la fonction publique a manifesté ce mardi contre le gel du point d’indice, le gouvernement confirme la mesure. La revalorisation des APL est également gelée. L’aide publique au développement (APD) se voit entaillée de 1,85 milliard d’euros. L’écologie et l’agriculture ont, à ce stade, été épargnées par les coupes. Les crédits alloués à la sécurité augmentent de 600 millions d’euros pour atteindre 25,4 milliards d’euros.

    Le PCF compare le chef de gouvernement au président d’extrême droite argentin Javier Milei, actuellement en France : « 54 milliards d’euros de casse sociale : voilà le budget à la tronçonneuse annoncé par Sébastien Lecornu pour 2027. (…) Il faudrait payer toujours plus pour vivre toujours moins bien. Pendant ce temps, les grandes entreprises bénéficient de 2,5 milliards d’euros de contribution en moins. Les niches fiscales sont protégées et les actionnaires se gavent. Refusons ce massacre social. »

    A contrario, l’extrême droite elle, se félicite du plan dévoilé : « Deux nouvelles victoires ! Depuis que j’ai lancé ces combats contre les gabegies de France Travail et de l’aide publique au développement à vos côtés, nous avons contraint le gouvernement à baisser ces dépenses », glousse l’eurodéputée Reconquête Sarah Knafo. Le baiser de la mort pour la macronie.

    « Ce budget est une provocation, rien ne tend la main aux socialistes alors que le gouvernement et le Premier ministre nous a envoyé une lettre il y a peu de temps nous appelant à un compromis », fait valoir Estelle Mercier, députée PS cheffe de file sur le budget de l’État pour son groupe. Reste à savoir qui de l’opposition acceptera de s’allier à l’exécutif pour faire passer ce budget aux mesures inflammables à seulement quelques mois de l’élection présidentielle. Ou si le gouvernement activera le sempiternel article 49.3.

    Nicolas Isnard monte au créneau

    « L’addition est trop lourde » : le constat unanime des élus rassemblés au Congrès de France Urbaine, l’association regroupant les Métropoles et grandes Villes de France, qui s’est tenu jeudi à Paris en même temps que la présentation du projet de budget par le gouvernement. Parmi eux, Nicolas Isnard, président de la Métropole Aix-Marseille Provence, a clamé : « L’heure est grave pour les Métropoles de France. Nous sommes plusieurs institutions à avoir été placées financièrement dans le rouge par un État ruiné qui redistribue un argent dont il ne dispose pas ! » Et de demander « que les territoires industriels comme le nôtre soient mieux protégés. Participer à l’effort national me paraît normal mais à condition que l’on nous donne les moyens de nous réformer en profondeur ».