La réponse du maire de Marseille aux magistrats financiers

Si la France n’a pas raflé l’or aux Mondiaux de judo, le maire de Marseille a bien suivi les préceptes de la « voie de la souplesse », ce vendredi matin. Face au rapport de la chambre régionale des comptes portant sur la gestion municipale, Benoît Payan (DVG) a pris soin de retourner la force de cette attaque contre elle-même, sur les tatamis du conseil municipal.

Tandis que les magistrats reprochaient « des charges de gestion qui augmentent fortement » avec les recrutements de la municipalité, l’édile, lui, ironisait : « Il faut les aider à avoir des moyens. J’ai recruté parce que je manquais de moyens, poussons le gouvernement pour dire que nous avons besoin d’avoir des gens qui nous éclairent et nous font avancer. » Une attaque dans l’attaque, pour l’édile, qui regrettait « qu’ils n’aient pas eu le temps de vérifier le contradictoire, qui est l’élément le plus consubstantiel de la justice ». Même si plusieurs éléments de réponse sont bien cités au fil du rapport.

Mais c’est dès l’ouverture du conseil municipal que le maire est venu apporter une réponse politique à ces magistrats qui estimaient que la Ville « ne fait pas de la maîtrise de l’évolution des charges de personnel une priorité ». Face aux colères de la jeunesse qu’il refuse de balayer – « on est parfois très sérieux quand on a 17 ans », glisse-t-il – il énumère les actions sociales mises en place par la municipalité. Et annonce : « Je souhaite que nous allions plus loin encore, nous continuerons d’augmenter les effectifs, quoi qu’en pensent certains. »

L’Himalaya de 2027

Une défense du service public martelée au fil d’une séance menée tambour battant. Lorsque l’opposition d’extrême droite monte à la charge pour demander au maire ce qu’il compte faire pour protéger les marins-pompiers après l’incendie d’un véhicule, le 1er octobre, Benoît Payan remonte la chronologie de la journée. « Nous avons vu sur nos caméras les premiers heurts arriver vers 7h10, nous avons alerté immédiatement l’État. La première intervention de la CRS a eu lieu à 8h56 », décrit-il. Avant d’enfoncer : « Cela raconte l’état de délabrement. Quand l’État en est à me demander la police municipale pour faire du maintien de l’ordre, ce qui est strictement illégal, c’est qu’il y a un vrai problème ».

Le rappel est d’autant plus nécessaire face aux coupes supplémentaires inscrites dans le prochain projet de loi de finances, en débat à l’Assemblée nationale. La veille, le conseil métropolitain avait affiché un front unanime pour refuser les baisses de dotation, avec un appel qui doit faire tache d’huile dans toute la région. « C’est 48 millions d’euros que l’État va prendre directement aux Marseillais, l’intégralité de la paie de toute la police municipale plus toute la cantine scolaire », illustre Benoît Payan. Lui qui avait poussé pour refuser de voter le budget métropolitain, charge la chambre régionale des comptes et ceux qui prônent des économies supplémentaires. « On a vu à la Métropole ce que cela donne, c’est un plan social qui commence, des milliers de personnes au chômage. Bravo les économies. »

« Comme le feuilleton métropolitain qui s’est terminé hier le laisse à prévoir, l’année 2027 s’annonce himalayesque », résume de son côté l’adjoint (PS) aux finances Joël Canicave, au moment de présenter le budget supplémentaire de la municipalité. La veille, le conseil métropolitain évoquait un Himalaya budgétaire à gravir.

L’éclipse de 2026

Dans l’opposition, c’est Thibaut Charpentier qui monte à la charge pour le RN sur la présentation du rapport de la chambre régionale des comptes et vient dénoncer les embauches réalisées par la municipalité. « Vous êtes allés chercher l’argent dans la poche des Marseillais », déplore-t-il, en demandant si cela a amélioré les services publics de la ville. « Oui », lui répond en chœur la majorité. Mais quand il en vient à parler de déontologie, c’est l’adjoint Pierre Huguet (G.s) qui l’interpelle : « Qui fait campagne avec un bracelet électronique ? »

« Un rapport de la chambre régionale des comptes est beau comme une éclipse solaire, on sait quand ça va arriver et, quand ça arrive, on n’en rate pas une miette », sourit de son côté Romain Simmarano (Ren.). Il passe vite sur « une explosion des dépenses de ressources humaines et de la fiscalité ». « Ce n’est pas un problème de recruter des policiers municipaux, des personnes dans les crèches et les écoles, le problème, c’est les chargés de mission qu’on ajoute », défend-il en s’inquiétant d’un sous-investissement persistant. Mais c’est surtout la réponse du maire aux magistrats financiers qu’il cible. L’ancien directeur de cabinet à la Région cite le même Benoît Payan, face au précédent rapport, interpellant Jean-Claude Gaudin : « Le rapport de la chambre, c’est le thermomètre qui indique la fièvre, pas la maladie. » Et appelle à voir dans ce nouveau rapport « une source d’espoir ». « Il peut nous donner des indications, ne cédez pas à la tentation de vous enfermer dans cette mentalité d’assiégé. »

« Il y a des préconisations, nous sommes passés de 28 dans le dernier rapport, avec de graves irrégularités, à 7, qui nous permettent d’avancer sur un certain nombre de sujets », répond Benoît Payan. En évoquant six réponses déjà engagées à ces recommandations, dont quatre presque terminées. Il rappelle ainsi que suivant les recommandations de l’Agence française anticorruption, il n’y a plus de recrutement direct par les élus ou l’administration. Et de se poser même en garant de la chambre régionale des comptes, « qui ne fait pas de politique ». « Je connais l’intention de quelques-uns de remettre en cause l’indépendance de la justice », glisse-t-il, le jour même où le Rassemblement national s’attaquait au Conseil constitutionnel. Sans répondre plus précisément au rapport. Quand on fait du beau judo, encore faut-il ne pas trop se dérober, au risque de s’exposer aux pénalités.

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