La Marseillaise : Nicolas Isnard a annoncé ce matin la fin de la gratuité des transports en commun sur tout le territoire métropolitain. Êtiez-vous au courant de ce projet ?
Jean-Pierre Squillari : C’est vous qui me l’avez appris.
Quelle a été votre première réaction?
J.-P. S. : Il y a le fond et la forme. Je suis maire d’Aubagne et président de la commission des transports. Apprendre par la presse qu’on supprime la gratuité des transports c’est une désinvolture de la part du président.
Quelles suites comptez-vous donner ?
J.-P. S. Nous ne sommes pas étonnés qu’il agisse comme cela. Depuis bientôt six mois, Aubagne a toujours été mise de côté. Lors du vote des vice-présidences, le président avait annoncé que les quatre premières villes de la Métropole auraient un poste. Nous sommes la quatrième ville, mais on a mis Istres, dont le maire a la même sensibilité politique que le président de la Métropole. Nous avons aussi été mis dehors de toutes les instances métropolitaines : l’Eau des collines, l’Epage HuCa [le syndicat de l’Huveaune, Ndlr], la Semagora [gestionnaire du centre des congrès d’Aubagne, Ndlr]… Pour masquer cet état de fait, Nicolas Isnard m’a donné la présidence de la commission des transports. Bien entendu, je vais démissionner. Je ne suis pas un homme de paille, je ne subis pas.
Vous avez aussi annoncé porter ce combat en justice ?
J.-P. S. : Nous allons étudier toutes les voies de recours. À Aubagne, les transports gratuits sont dans notre ADN. Mes petits-enfants n’ont jamais payé le bus de leur vie ! Et d’un coup on nous dit que l’on va faire payer les transports, au bout de dix-huit ans. Donc nous allons mobiliser. Nous l’avons déjà fait quand il a été question de supprimer la gratuité des transports il y a quelques années, et nous avions fait salle comble et une grande manifestation, avec plus de 600 personnes.
Le président de la Métropole disait que le préfet avait alerté, qu’il n’était pas possible de maintenir cette gratuité parce qu’elle posait une question d’égalité entre les territoires…
J.-P. S. : On nous mène en bateau ! Monsieur Isnard m’a dit que c’était la conséquence du rejet du budget de la Métropole [le 10 septembre dernier, Ndlr]. Ce qui veut dire que si j’avais voté pour le budget il n’y aurait pas eu d’inégalités ? Pour qui on nous prend ? Cela fait dix-huit ans que cela existe, et on se réveille juste maintenant ? Ils n’ont pas étudié les conséquences de faire payer les transports. On ne pense qu’aux économies, mais il faut penser aux dépenses. Il faut embaucher des contrôleurs, il faudra équiper tous les bus de distributeurs de billets. Cela a un coût ! Il faut y ajouter la dette grise : ce qu’on ne paie pas immédiatement mais que l’on paiera par les conséquences.
Quelles conséquences aurait l’abandon de la gratuité ?
J.-P. S. : Il y a surtout un manque à gagner moral et écologique. Lorsque nous avons mis en place les transports gratuits, nous avons multiplié par trois la fréquentation, on a diminué la circulation automobile. Lorsqu’on décide de faire payer, on multiplie la circulation automobile. Renoncer aux transports en commun gratuits va à l’encontre de ce qu’on entend depuis plusieurs semaines, quand le carburant augmente de façon extraordinaire. On nous dit de favoriser les transports en commun mais on les fait payer, c’est paradoxal ! C’est comme si pendant la canicule, au lieu de rendre gratuite la piscine comme nous l’avons fait on avait doublé les prix !
Nicolas Isnard invoque la situation financière de la Métropole, vous le comprenez ?
J.-P. S. : C’est une goutte d’eau dans la piscine de la Métropole les transports en commun à Aubagne. On ne nous a donné aucun chiffre officiel, on lance des chiffres comme ça. Il faut être sérieux.
Le président Nicolas Isnard n’avait jamais masqué son opposition à la gratuité…
J.-P. S. : La politique de Monsieur Isnard, c’est de faire payer. Mais peut-être qu’il faut trouver d’autres sources. Il faut se pencher sur le versement mobilité. Peut-être que le patronat n’est pas d’accord, mais l’augmenter permet de desservir correctement les entreprises qui sont enclavées, je pense à Rousset par exemple.
Comment comptez-vous faire davantage entendre la voix d’Aubagne à la Métropole désormais ?
J.-P. S. : Dans la rue ! Il n’y a plus que ça puisqu’on a tout essayé ! Je ne vais pas rester les bras croisés, ce n’est plus possible. Le président de la Métropole a franchi le Rubicon et nous allons nous battre avec les maires du pays aubagnais.
ET LES AUTRES MAIRES
Roland Giberti, maire (DVD) Gémenos
« C’est quelque chose qui tombe trop brutalement. C’était peut-être à prévoir mais je ne sais pas si y a eu concertation, si la commission présidée par M. Squillari a débattu. En tout cas ça tombe et ça va faire des dégâts sur le pouvoir d’achat. Je suis quelqu’un qui sait prendre ses responsabilités. Mais même si c’est la seule solution, je pense qu’une telle décision doit être débattue. »
Michel Lan, maire (DVC) La Destrousse
« Avec le gasoil à 3 euros, les gens se serrent la ceinture, on tente de mettre le repas des étudiants à 1 euro et nous on supprime la gratuité… Elle a fait ses preuves, on a fait toutes les simulations, elle fonctionne si on met le versement mobilité où il doit aller. Qu’on dise le ticket à 1 euro c’est une chose mais là on est au bord du conflit social et on tape sur les petites économies. Ça ne va pas. »
Frédéric Gibelot, maire (DVD) Peypin
« C’est dommage que le budget n’ait pas été voté en juin, on n’en serait pas là. L’exécutif a peut-être une pression de la préfecture, on parle du budget de 2026, le temps est compté. Ça ne fait plaisir à personne mais j’ai cru comprendre qu’il allait y avoir un tarif social et il y aura des débats en conseil métropolitain, c’est une situation que je déplore mais qui ne concerne qu’une quinzaine de communes. J’attends quand même de voir pour l’heure je réserve mon vote »
Ch. C.
« Un énorme recul »
« Cette décision politique est un énorme recul qui arrive au pire moment pour les ménages avec l’inflation des prix des carburants », déplore Yves Mesnard, maire honoraire de Roquevaire. L’apparenté communiste était à l’origine avec son groupe en 2009 de la gratuité en pays aubagnais. « À trois mois de la mise en service du Val’ Tram… Partout on avance et nous on régresse », note celui qui a porté la gratuité partielle (-11 ans et +65 ans) en place depuis 2025 sur la Métropole. Ch. C.

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