Carole Delga acte un cluster nucléaire pour « préparer l’avenir »

À Laudun-l’Ardoise, le vieux bassin industriel gardois entend ouvrir un nouveau chapitre. Autour de Marcoule, près de 70 ans de nucléaire ont façonné un bassin de sous-traitants, d’ingénieurs, de chercheurs et d’ouvriers qui reste, avec près de 160 entreprises, le deuxième pôle industriel d’Occitanie. Vendredi 4 septembre, Carole Delga (PS) est venue y défendre une ligne claire : faire de cet héritage un levier de réindustrialisation et de souveraineté énergétique.

« Nous avons besoin d’être de nouveau un pays producteur », a martelé la présidente de Région devant les représentants de Cyclium et du Collectif. Pour elle, « le débat pro ou anti-nucléaire est derrière nous ». Dans un contexte géopolitique tendu, elle assume son soutien aux EPR2 de Tricastin et de Golfech comme au développement des petits réacteurs modulaires. « Notre indépendance énergétique ou la dépendance au gaz russe » : elle pose le choix en ces termes, tout en appelant à ne plus opposer nucléaire et renouvelables.

Sur ce territoire présenté comme le « berceau du nucléaire français » par Patrick Palisse, vice-président de la Communauté d’agglomération du Gard rhodanien, les projets se multiplient. Hexana et Otrera travaillent sur des réacteurs de nouvelle génération autour de Marcoule. À quelques kilomètres, MGH Energy prévoit sur l’ancienne friche ArcelorMittal de L’Ardoise une usine de carburants de synthèse, avec un investissement annoncé d’un milliard d’euros et quelque 200 emplois permanents à terme. Des projets encore soumis à des calendriers, financements et autorisations, mais qui redonnent des perspectives à un bassin marqué par plusieurs abandons industriels.

C’est dans ce contexte que Carole Delga a acté la création d’un cluster nucléaire, destiné à donner davantage de visibilité au tissu local et à coordonner entreprises, recherche, innovation et formation. Ses contours et son articulation avec les réseaux déjà existants restent à préciser. Mais derrière l’outil de structuration, une question demeure : quelle réindustrialisation et pour quels emplois ?

Des milliards, mais quels emplois ?

Car les milliards annoncés ne suffiront pas à eux seuls à faire vivre le territoire. Les industriels alertent déjà sur les départs à la retraite et le manque de salariés qualifiés. « La question de la formation initiale et continue est essentielle », insiste Carole Delga. Le CEA de Marcoule, l’INSTN, le Campus des métiers ou encore le futur dispositif Invictus doivent permettre de transmettre des savoir-faire parfois longs à acquérir et d’éviter que la relance industrielle ne se heurte à une pénurie de compétences.

Encore faut-il que ces emplois soient suffisamment attractifs pour retenir les salariés. Salaires, conditions de travail, logement, services publics et transports pèseront autant que les investissements industriels dans une filière largement structurée par la sous-traitance. Carole Delga place elle-même le travail au cœur de son discours. « Nous avons besoin de créer des emplois qui rémunèrent et de garantir la dignité à tous nos habitants », affirme-t-elle. Une promesse qui donne aussi une mesure à l’ambition affichée : la réindustrialisation ne pourra être jugée seulement au nombre de milliards investis ou de réacteurs annoncés, mais à sa capacité à créer des emplois durables, qualifiés et correctement rémunérés sur le territoire.

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