Tag: Formation

  • Face aux baisses de dotations, la Mission locale du pays de Martigues s’inquiète pour son avenir

    Face aux baisses de dotations, la Mission locale du pays de Martigues s’inquiète pour son avenir

    La mission locale du Pays de Martigues tire la sonnette d’alarme. Alors que les baisses de dotations se succèdent année après année, « les nouvelles économies qui pourraient nous être demandées auraient désormais des conséquences radicales et impacteraient la pérennité de notre association », écrit le conseil d’administration dans une résolution.

    La principale ressource de la structure, qui couvre six communes de l’ouest du département (Martigues, Port-de-Bouc, Sausset-les-Pins, Carry-le-Rouet, Ensuès-la-Redonne et Saint-Mitre-les-Remparts), est « la subvention versée par l’État », explique Pierre Dharréville, le président de la structure. En 2023, elle s’établissait à environ 1 million d’euros. Après des réductions de 16%, de 6% puis de 8%, « on nous annonce pour 2027 une diminution de 5,55% », sans compter une éventuelle baisse de dotation de 6% du côté de la Métropole. Au total, l’antenne perdrait plus de 80 000 euros.

    Capacité d’accueil restreinte

    Depuis 2023, la Mission locale du Pays de Martigues Côte Bleue a déjà vu son budget amputé de 353 000 euros. « La pyramide des âges a permis de contenir la charge de personnel, donc l’hémorragie », et de continuer d’accompagner 1 800 jeunes à l’année, détaille son directeur Fayçal Abed. « Aujourd’hui, on n’est plus en mesure de supporter ces baisses de dotations », assure-t-il. Des effets directs commencent à se faire ressentir, avec le non-remplacement d’une chargée d’entreprise. Deux autres équivalents temps plein sont menacés pour l’exercice 2027, avec, à la clef, une « capacité et une qualité d’accueil restreintes ».

    Fayçal Abed s’inquiète : « Moins on a d’agent pour recevoir les jeunes, moins on sera en mesure de satisfaire les besoins, d’autant que les besoins se complexifient. Le traitement ne se fait pas uniquement sur l’emploi, il se fait aussi sur la santé, la formation, le logement, la mobilité… Les situations que rencontrent les jeunes sont multi-factorielles et nécessitent plus de temps et d’engagement de nos conseillers ». Pierre Dharréville s’agace : « Ce serait quand même hallucinant qu’avec le mouvement de la jeunesse que nous avons dans tout le pays on s’attaque à un des outils qui permet de l’accompagner ». Le conseil d’administration appelle l’État à renoncer aux baisses annoncées, et la Région et la Métropole à revenir à la subvention initiale.

  • Philippe Pujol : « Détruire la complexité est le sabotage absolu »

    Philippe Pujol : « Détruire la complexité est le sabotage absolu »

    La Marseillaise : Quel est le point de départ de « Sabotages »,
    votre nouveau livre ?

    Philippe Pujol : Je voulais écrire un livre de reportage sur le thème du sabotage autour du mouvement Autonomes. J’avais déjà en tête le fait que le vrai sabotage de notre société est systémique avec une alliance de l’extrême droite et d’une certaine bourgeoisie, et voulais aller vers ça. Mais dès le départ, c’est compliqué, plus que les stups ou l’extrême droite. Puis après trois jours de « formation sabotage » avec des anarchistes du sud-ouest, Mehdi Kessaci est assassiné et je me retrouve sous protection policière. Avec deux flics sur le dos, je ne peux plus suivre des gens qui veulent saboter les infrastructures de la République. Il y a de la paranoïa chez eux, ils sont fichés S et jouent leur survie. Toute communication se coupe d’ailleurs instantanément.

    C’est ce qui vous mène à écrire ce qui apparaît comme un essai réflexif ?

    P. P. : Avec cette deuxième partie que j’avais en tête, je voulais aller vers ça, oui. J’expérimente l’écriture : La Fabrique du Monstre mêle reportage et enquête politique, La Chute du Monstre est un pur pamphlet, Cramés un reportage au cœur d’une jeunesse à la dérive, Marseille 2040 un récit d’anticipation, Alta rocca un roman historique. Là, dans un autre exercice, très classique dans sa construction, mais peut-être moins dans son écriture, j’essaie d’analyser la destruction de la complexité. Il est là, le sabotage absolu.

    Vous dressez le constat d’un monde dont les structures cognitives, sociales, institutionnelles et économiques sont méthodiquement cassées. Pourquoi ?

    P. P. : Ce sabotage de notre société se fait à l’opportunité. Chacun sabote pour ses intérêts propres. Pour moi, le premier des sabotages, celui des institutions politiques et sociales, est le fait de l’alliance de l’élite financière et des autoritaires d’extrême droite qui veulent mettre fin au progressisme social et écologique qui n’est « pas bon pour le business ». Cela se fait dans une mésinformation constante. On ne sait plus ce qui est vrai ou faux et on se rattrape à des choses qui tombent dans le simplisme et la théorie du bouc-émissaire : « les immigrés », « l’extrême gauche », « les woks »… Le sabotage cognitif, celui de notre capacité d’attention, qui nous amène à être dans la sidération et plus dans l’action, est, lui, le fait des patrons de la tech qui n’ont qu’un objectif : faire du profit sur une économie de l’attention. Sa conséquence est une incapacité à appréhender la complexité et l’acceptation de tout. Puis il y a le sabotage économique, l’économie de la rente, dont le principe de faire payer le passage et ne plus produire.

    Et vos saboteurs Autonomes ?

    P. P. : Mes Autonomes apparaissent petit à petit comme des contre-saboteurs, des résistants et pas comme le problème. Je ne suis pas toujours en accord, mais leur intention est de montrer ce qui ne va pas. Quand ils cassent un data center, ça va au-delà, ils veulent montrer à l’opinion publique que le problème est dans ce qu’on y stocke.

    Le 17 octobre, à Marseille, certains s’en sont pris à la mairie et à un commissariat. Vous considérez qu’ils pointent ce qui ne va pas ?

    P. P. : D’abord, le mouvement lycéen et étudiant part d’un monde éducatif, l’école, qui est saboté depuis Claude Allègre. Il voulait dégraisser le mammouth, aujourd’hui, ils veulent l’achever. C’est toujours la même stratégie. On sabote l’efficacité du service public pour mieux privatiser. Parcoursup est une machine à privatiser l’éducation. Ceux qui ont les moyens ou pas même, vont dans des écoles privées ou dans de l’alternance qui est du travail privé financé par de l’argent public.

    Mais les lycéens n’ont pas cassé.

    P. P. : Non, mais à partir du moment où ils sont dans la rue, se greffent à eux les activistes anticapitalistes qui, ils l’ont toujours fait, mènent des actions symboliques. Eux-mêmes ne pillent pas, ils provoquent et savent qu’une partie de la population qui est dans une contestation qui s’ignore, va se greffer. Un lumpenprolétariat, les quartiers populaires au sens le plus large, à qui on impose de consommer et de posséder comme le seul signe de réussite sans lui en donner les moyens. à un moment donc, il prend. ça me rappelle un slogan de GTA V, affiché en 4×3 dans la ville en 2013 : « Ce que tu n’as pas, prends-le. » Ils voient qu’on valorise les voyous, les Sarkozy et Le Pen ont beau taper dans la caisse, on les met en avant. Eux aussi veulent leur part. Et après, il ne faut pas oublier, quelques groupes de banditisme des quartiers nord qui sont organisés, bien renseignés et savent qu’il va y avoir ces moments chaotiques. Mais, tout ça, ce sont les conséquences d’un monde cassé.

    Vous n’êtes pas surpris de voir cette Gen Z, qui a les yeux rivés sur son téléphone, descendre dans la rue ?

    P. P. : Cette économie de l’attention touche tout le monde et contrairement aux plus vieux, les jeunes ne sont pas ou peu sabotés par les chaînes d’info continue, type Cnews. Mais les mouvements lycéens ont toujours existé. Là, ce qui m’a agréablement surpris, c’est de voir la jeunesse des milieux populaires, pas trop marseillais, mais des banlieues parisiennes, revendiquer et se politiser. Ce fameux drapeau palestinien est en fait devenu le drapeau de la contestation sociale, celle des opprimés sur les oppresseurs et ne veut pas dire autre chose. Il faut aussi voir que c’est la génération Covid qui manifeste, une génération qui en a marre d’être sans arrêt enfermée. Elle est enfermée à la maison comme dans Parcoursup. Aujourd’hui, on a une augmentation de presque 80% des problèmes de santé mentale chez les jeunes, principalement liés à un monde complexe qui ne fait pas envie. Ceux-là, ils sont plutôt enfermés dans des jeux en réseau. Certes, il y a une jeunesse politisée, mais la plupart de la jeunesse, elle s’enferme à la maison. Il ne faut pas se raconter trop d’histoires non plus.

  • Le coup de pouce de la Ligue Sud à la formation

    Le coup de pouce de la Ligue Sud à la formation

    C’est à Sanary-sur-Mer, salle des Oliviers, que l’opération « Passe ton Bafa » a connu son épilogue.

    Baptisée « Passe ton Bafa avec ton club », cette opération a été lancée en 2024. Jeudi dernier, la seconde promotion a reçu son diplôme, après plusieurs séances de formation.

    L’idée est de permettre à des jeunes joueurs de rugby, déjà engagés dans la vie de leur club, de bénéficier d’un financement intégral de leur Brevet d’aptitude à la fonction d’animateur (Bafa).

    Avec un double objectif, permettre aux jeunes d’acquérir un diplôme reconnu dans l’animation tout en favorisant leur insertion professionnelle par le biais des valeurs du rugby. Permettre aux clubs de s’appuyer sur des animateurs qualifiés pour encadrer les plus jeunes et développer des actions d’animation locales.

    Neuf diplômés

    « Cette initiative renforce les valeurs de partage et d’entraide au cœur de notre sport. Avec l’appui des clubs, des tuteurs engagés et de nos partenaires, ce projet marque un bel essai en faveur de l’insertion professionnelle et de l’animation éducative », précise Sébastien Rizza. Le président de la Ligue Sud de rugby a salué l’engagement des neuf candidats, dont quatre filles, qui représentaient les clubs de Martigues, Salon-de-Provence, Monaco, L’Isle-sur-la-Sorgue, Sénas-Mallemort, Smuc, Nice, Valréas et Alpha Provence.

    Lors de la remise des diplômes, des ateliers ont été animés par les bénéficiaires et des discussions sur les retours d’expérience ont clôturé la soirée. Avant que ne soit annoncée la troisième session de formation, annoncée par Mireille Dorey, directrice RH de la Ligue Sud.

    Inscriptions jusqu’au 2 novembre, auprès des clubs.

  • La colère couve dans les bibliothèques marseillaises

    La colère couve dans les bibliothèques marseillaises

    Après plusieurs journées de grève entamées le 12 septembre, le collectif CGT du pôle Lecture publique continue de rester dans l’action, ce samedi. Une mobilisation particulière puisqu’aucun piquet n’est prévu devant l’Alcazar en raison des manifestations annoncées. Comme le week-end dernier.

    Ce jour-là, plusieurs bibliothèques avaient même fermé leurs portes sur décision de la direction ravivant la colère : les agents et de nombreux vacataires mobilisés sur les vacances auraient été contraints de poser un jour de congé pour compenser la fermeture. Une décision « inadmissible » pour les représentants du personnel qui réclament l’octroi d’une autorisation spéciale d’absence pour circonstances exceptionnelles.

    Depuis des semaines, le collectif rappelle la faiblesse, la vétusté et la pauvreté de l’offre de lecture publique sur la deuxième ville de France. Une lourd héritage des décennies Jean-Claude Gaudin que le Printemps marseillais peine à redynamiser après six ans de gestion. La colère des bibliothécaires se crispe notamment sur la question des effectifs.

    Selon le collectif, le nombre d’agents est passé de 294 équivalents temps plein en 2016 à environ 204, malgré l’ouverture de la médiathèque Salim-Hatubou (15e) en 2021. Conséquences pour les usagers : horaires réduits, fermetures ponctuelles. En coulisse, la CGT pointe une fuite des agents liée aux conditions de travail et « l’absence de perspective ».

    La dégradation générale du service public s’accélère. D’autant que, pointe encore la CGT, les moyens alloués sont à la baisse. Le budget du Pôle Lecture publique a baissé de 35% depuis 2024 selon le syndicat qui évoque « 700 000 euros perdus depuis 2023 », dont 160 000 sur les acquisitions et 100 000 sur la programmation.

    Face l’absence de réponses et d’actions concrètes, le collectif réaffirme ses revendications : le recrutement de 50 agents qualifiés, la construction annoncée par le Printemps marseillais de sept bibliothèques, le déplacement de celles du Panier et des Cinq-Avenues, le lancement des travaux voté sur la précédente mandature au Merlan et à Saint-André, le rétablissement des budgets amputés et la mise en œuvre d’un plan de formation ambitieux.

  • À Marseille, la direction de l’IMF invite ses étudiants au dialogue

    À Marseille, la direction de l’IMF invite ses étudiants au dialogue

    À la suite des mobilisations étudiantes et du blocage du campus de l’institut de formation au travail social IMF RIS, à Marseille, la direction de l’établissement indique proposer « une rencontre ouverte à l’ensemble des étudiants, en présence de l’équipe pédagogique et de la direction de l’établissement, à la reprise des vacances de la Toussaint ou au cours de la semaine suivante ». Elle précise attendre le retour des étudiants en travail social sur cette proposition à l’issue de leur assemblée générale, afin de « poursuivre ensemble un objectif commun : garantir la qualité des formations et accompagner au mieux les futurs professionnels en travail social ».

    La direction de l’IMF RIS apporte également des précisions concernant notre article paru le 23 octobre, qui rapportait la mobilisationdes étudiants devant l’établissement marseillais pour dénoncer « des conditions de formation au rabais ». « Les accusations de manque de transparence et l’idée selon laquelle la direction serait restée sans réponse face aux difficultés soulevées ne reflètent pas la réalité des échanges engagés depuis plusieurs mois », estime-t-elle. Et d’indiquer que les précédentes mobilisations des 22 et 23 octobre « avaient donné lieu à une rencontre avec la direction et une délégation étudiante, au cours de laquelle des réponses avaient été apportées ».

    La direction assure par ailleurs avoir constaté que certains étudiants n’avaient pas eu connaissance des échanges et des réponses apportées et souligne « avoir pris l’initiative de transmettre à nouveau à l’ensemble des étudiants les comptes rendus de ces deux rencontres ». Elle insiste enfin sur la nécessité de « distinguer l’absence d’information d’une information qui n’aurait pas été connue de tous ou relayée auprès de tous ».

  • Parcoursup, touché mais pas encore coulé

    Parcoursup, touché mais pas encore coulé

    Comme bien des mesures annoncées lundi par le gouvernement pour répondre à la colère lycéenne et étudiante, le geste n’est pas engageant. Mais il a le mérite d’ouvrir la porte. Gage aux formations politiques siégeant au Palais Bourbon d’y porter la voix des revendications d’une jeunesse qui, depuis cinq semaines, affiche sa détermination à changer de monde.

    L’Assemblée nationale débat, ce mercredi à 17h, de l’avenir de Parcoursup et de l’accès à l’enseignement supérieur. Initié par le Premier ministre, Sébastien Lecornu, sur la base de l’article 50-1 de la Constitution, ce débat sans vote, ce que contestent les oppositions de gauche qui réclament un scrutin pour abroger le système, donnera l’occasion à l’exécutif de détailler sa feuille de route.

    Si le gouvernement a acté le « remplacement » de la plateforme Parcoursup pour 2028, et s’est engagé à ce que la session de 2027 fasse l’objet d’une transition articulée autour de « onze mesures de rupture », il n’a pas répondu aux attentes.

    « Ouvrir les places qui manquent à l’université »

    « Faire plus de pédagogie et des commissions de transparence pour 2027 sont des éléments très cosmétiques », juge Samuel Tracol, membre de la commission exécutive de la CGT Éduc’Action des Bouches-du-Rhône, rappelant que l’élection présidentielle laisse en plus planer l’incertitude sur 2028. « C’est de la poudre aux yeux », abonde Marion Chopinet, cosecrétaire académique de la FSU 13 : « Une manière d’essayer d’éteindre le feu parce que Parcoursup fait partie des revendications fortes. Mais il n’y a rien de concret qui change le principe même de son fonctionnement ».

    Car au cœur de la contestation lycéenne se trouvent des enjeux structurels majeurs. Derrière la pression psychologique anxiogène et le manque de transparence de cette « boîte noire » aux algorithmes locaux opaques dénoncés par les lycéens, perce un système reproduisant les inégalités sociales et territoriales. « Changer Parcoursup n’a pas de sens si on ne change pas le bac Blanquer et si on ne met pas les places qui manquent à l’Université », reprend Samuel Tracol, soulignant que les créations de places annoncées dans le supérieur sont toutes hors cadre universitaire.

    Lundi, 15 000 ont été promises (les organisations de jeunesse en réclament 250 000) en priorité dans les filières techniques : 10 000 places en BTS tournées vers l’industrie et les sciences, 4 000 en IUT et 1 000 dans les formations de santé. Avec, derrière, une même logique dénoncée par les organisations syndicales.

    « On ne change pas le logiciel et la réflexion de base qui est : un tri social des élèves et des places ouvertes en fonction du marché de l’emploi. L’idée est de leur trouver une place qui corresponde à une formation où il y a de l’employabilité dans la région où ils se trouvent. Les ouvertures en BTS et en IUT ne suffiront pas à trouver des places pour tout le monde et correspondant aux envies de la jeunesse et à ce dans quoi elle se projette », poursuit Marion Chopinet. « Le changement de logique réclamé par les lycéens, les étudiants et les organisations enseignantes n’est même pas envisagé par le gouvernement. Changer de logique, c’est rappeler un principe simple : tout élève qui obtient son baccalauréat a droit à une place à l’université dans la filière de son choix. C’est ça qui a été supprimé par Parcoursup », appuie son camarade de la CGT Éduc’Action.

    Une marche arrière sur « les enjeux de démocratisation scolaire » contestée par les organisations syndicales dans les réformes des ministres successifs de Macron depuis Blanquer qui amènent à ce tri de plus en plus précoce des élèves. « Et puis ne pas s’occuper de l’enseignement professionnel, c’est le signe qu’on reste dans cette logique », reprend la représentante de la FSU, rappelant que même Parcoursup laisse des milliers d’élèves sur le carreau. « On ne cherche pas à amener le plus loin possible l’ensemble d’une génération, mais on veut juste trier les élèves le plus tôt possible pour ouvrir des places en fonction des besoins du marché et caler les jeunes selon des compétences et de méthodes plus ou moins obscures ».

    « Parcoursup, c’est l’histoire de la privatisation du marché de l’éducation », conclut Samuel Tracol, qui fait le lien avec le remplacement de seulement un professeur sur 2,5 depuis dix ans dans l’enseignement supérieur. « Quand on n’a pas de place à l’université publique, on doit solliciter des formations payantes mal référencées, avec en plus, des enseignants qui n’ont pas les qualifications exigées. C’est tout un marché qui a ouvert, on le voit d’ailleurs à Marseille, où fleurissent massivement dans le quartier de la gare de nombreux établissements privés. C’est cet écosystème qui a été sciemment créé par Parcoursup. »

    Derrière les revendications lycéennes, c’est aussi cette logique de privatisation qui est menacée et que le gouvernement s’efforce de sauver.

  • Des Provençaux distingués après une reconversion réussie

    Des Provençaux distingués après une reconversion réussie

    L’association paritaire Transition Pro (ex-Fongecif) accompagne les salariés dans leur projet de reconversion professionnelle à travers plusieurs leviers. Parmi ces derniers, le projet de transition professionnelle (PTP) permet à certains salariés de suivre une formation gratuitement.

    Pour avoir accès à ces financements, les salariés doivent former un dossier, qui une fois soumis à un agent, sera évalué selon sa faisabilité. Plusieurs critères détermineront alors l’attribution ou non du dispositif. Transition Pro accompagne aussi bien les salariés dans l’élaboration de leur dossier que dans le suivi de leur parcours, une fois le projet validé.

    En 2025, en région Paca, 1 532 dossiers PTP ont été présentés, indique l’association. Parmi eux, 1 062 ont été acceptés, ce qui représente un montant total de financement de plus de 28,7 millions d’euros. Au-delà de ce dispositif, ce sont plus de 3 800 personnes qui ont été suivies par l’agence en Paca, en 2025.

    Cinq des salariés accompagnés par Transition Pro Paca ont donc été récompensés, ce lundi, pour l’originalité et l’aspect inspirant de leur parcours. Les lauréats ont entre 34 et 60 ans, et ont chacun bénéficié du PTP.

    D’équipier magasin

    à éleveur ovin

    Parmi les parcours mis en avant lors de la cérémonie, Jérémie Isnard s’est imposé dans la catégorie « changer le monde à son échelle / impact positif ». Ancien équipier magasin chez Auchan, il a entamé une reconversion vers le monde de l’agriculture, en obtenant son Brevet professionnel responsable d’exploitation agricole, après avoir mûri son projet pendant près de cinq ans. « Quitter mon emploi et passer une année sans ressource, ça paraissait compliqué, mais j’ai eu la chance d’être bien entouré et soutenu », confie l’éleveur d’ovins. « Pendant le confinement, j’ai eu envie de voir autre chose. Je voulais travailler avec les animaux, dans un meilleur cadre de vie et reprendre l’exploitation familiale. Je suis aujourd’hui très satisfait que le projet ait abouti et que mon entreprise agricole existe. Il correspond d’avantage à mes aspirations et donne du sens à mon quotidien », témoigne-t-il.

    Sandrine Peire été récompensée dans la catégorie « Il n’y a pas d’âge ». À près de 60 ans, l’ancienne employée polyvalente est retournée à l’école et est devenue aide-soignante. « Je suis très fière d’avoir osé changer de trajectoire, cela en valait largement la peine », affirme-t-elle, tout en reconnaissant le travail et l’investissement nécessaire pour entamer une reconversion à cet âge.

    Hervé Proksch, président de Transition Pro Paca, a insisté sur le mode de gestion paritaire de la structure. Elle est gérée de manière égalitaire par les salariés et les employeurs. « Les salariés et les employeurs travaillent ensemble pour le même but, dans la même direction », précise le président.

    « En révélant des talents et en récompensant cinq nouveaux bénéficiaires, les Trophées de la reconversion démontrent l’impact concret de la reconversion sur les territoires, mais aussi l’impact sur la vie des personnes accompagnées », complète Hervé Proksch, pour qui cette cérémonie est également une occasion de faire connaître l’association et ses actions.

  • À La Ciotat, des diplômes « colorés » pour les entreprises

    À La Ciotat, des diplômes « colorés » pour les entreprises

    Vendredi après-midi, le ciel est bleu et le soleil brille sur La Ciotat. Perché au sommet du grand portique du chantier naval, à une centaine de mètres de hauteur, Jean-Pierre Farandou se penche sur la barrière. De l’index, le ministre du Travail et des Solidarités cherche sa maison dans le magnifique paysage ciotaden.

    En cette veille de week-end, sa visite dans les Bouches-du-Rhône avec la Marseillaise, Sabrina Roubache, ministre déléguée à l’Enseignement, la formation professionnelle et l’apprentissage, s’achève. Passés par Mallemort en matinée, pour une visite de l’École de la construction, des infrastructures et réseaux, les deux membres du gouvernement ont ensuite mis le cap sur La Ciotat Shipyards.

    « On veut agir pour que les jeunes aient un avenir dans ce pays et on pense que l’avenir, c’est l’industrie. On veut promouvoir ces métiers qui créent de la valeur, de la production, de la richesse », explique Sabrina Roubache. « On veut promouvoir l’apprentissage, cette capacité des jeunes à se former dans les entreprises », poursuit son ministre de tutelle.

    L’entreprise donne le la

    Le déplacement sans véritable annonce, se voulait suivant « la note aux rédactions » consacré à la formation professionnelle et aux besoins de main-d’œuvre, avec un accent particulier à La Ciotat sur les recrutements nécessaires à la montée en puissance de l’industrie de défense. De cela, il n’aura été que très peu question.

    En dessous d’eux, sur le chantier ciotaden, l’activité bat son plein à cette période de l’année. Parmi les leaders mondiaux de la maintenance des gros yachts, le chantier compte 1 500 salariés. 40 métiers y sont référencés et 80 annonces d’emploi publiées en permanence. On y recherche des soudeurs, des chaudronniers, des mécaniciens, des électriciens, des électrotechniciens…

    Quelques instants plus tôt, Olivier François, le directeur général de La Ciotat Shipyard et ses équipes ont présenté leurs axes de développement, et notamment leur volonté de repérer de jeunes élèves pour les incorporer dans des cursus leur permettant de découvrir les métiers, de se former et de travailler sur les chantiers. « On a voulu encourager cette initiative qui illustre de la volonté que nous avons au plan national », reprend le ministre.

    Fervente partisane d’une « coloration des diplômes », Sabrina Roubache partie à la chasse aux « formations qui ne donnent pas de sortie en emploi » -elle pointe notamment le marketing digital- entend tenir un discours de vérité : « Il faut leur dire “vous n’aurez pas de travail là mais en revanche, il y a des entreprises et des bassins d’emploi qui ont besoin de compétences” », détaille la ministre. « On transforme la carte des formations en fonction du bassin d’emploi et pas l’inverse. Ce sont les entreprises qui donnent le la. »

    Elle balaie au passage l’éventualité de la création d’une école de formation dédiée aux chantiers. « ça ne sert à rien de se démultiplier et de créer des CFA pour les créer (…) Quand je parle de coloration de diplômes, ça veut dire qu’on prend un Bac pro et qu’on rajoute une spécialité qui permet aux lycées pros de fournir aux entreprises locales une spécialité dont ils ont besoin. Et ça, ça ne coûte rien. » Tout est dit.

    Le bâtiment d’armement va s’ouvrir

    L’ancien bâtiment d’armement des chantiers navals, emblématique du patrimoine industriel d’inspiration Eiffel, va s’ouvrir sur le Port-Vieux de La Ciotat autour d’un projet culturel. Édifié après-guerre et dédié aux finitions des navires à flot jusqu’à la fermeture des chantiers en 1988,il a ensuite abrité le restaurant « Au Chantier ». Aujourd’hui, intégré au pôle de haute technologie gérépar La Ciotat Shipyards, il servait jusqu’ici de vitrineet accueillait des événements économiques locaux. L’inauguration est prévue le 11 décembre a indiqué vendredi, son directeur général. Ch.C.

  • Evars : le Planning familial dénonce les freins du rectorat de Montpellier

    Evars : le Planning familial dénonce les freins du rectorat de Montpellier

    Le constat de Mia Ferret, du Planning familial de l’Hérault, est sans détour. Alors que le nouveau programme d’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité (Evars) est entré en vigueur à la rentrée 2025, l’association voit son accès aux établissements scolaires considérablement réduit dans l’académie de Montpellier.

    Même si le ministère a réaffirmé la possibilité d’avoir recours à des intervenants extérieurs, « il n’y a pas de politique centralisée, ce sont les académies qui décident. Dans celle de Montpellier, on a de grosses entraves pour mettre en place l’Evars », assure Mia Ferret. Les associations expertes historiques comme le Planning familial 34, agréées pour dispenser ces séances d’éducation à la vie affective et relationnelle (pas de dimension sexuelle dans le premier degré), ont en effet été évincées des écoles. « La rectrice nous a interdit d’intervenir en primaire parce qu’il y a des débats idéologiques trop forts, notamment avec les associations d’extrême droite, qui ont des relais parentaux, des parents qui vont créer une forme de lobby auprès de l’éducation nationale pour se plaindre. Donc la rectrice dit : plus aucune association n’intervient sur ces questions à l’école », déplore la représentante du Planning.

    Dans le primaire, « plus aucune association »

    Les interventions des associations agréées se retrouvent donc désormais cantonnées au second degré (collège et lycées), au bon vouloir des chefs d’établissement. « Là encore c’est compliqué, parce que ça se fait au cas par cas. Quand on tombe sur un ou une chef(fe) d’établissement sensible à ces questions, qui connaît le Planning familial, c’est plus facile, mais on est dans une politique très individuelle : ce sont les enseignants, les chefs d’établissement qui doivent s’en emparer », poursuit Mia Ferret, qui souligne « la rupture d’égalité » induite par un tel dispositif : « Les enfants qui iront au lycée A auront des cours d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle tandis que ceux qui iront au lycée B n’en auront peut-être pas. »

    « Introduire une tierce personne libère la parole »

    « L’argument donné par la rectrice, c’est : c’est aux professeurs de le faire », rapporte la représentante de l’association. « Ce n’est pas qu’on mette en doute la compétence des enseignants », insiste Mia Ferret, mais elle estime que ce transfert de compétences pose deux problèmes : celui de la formation et celui de la parole des élèves. Car pour aborder ces sujets sensibles, les enseignants doivent être formés – comme le sont les intervenants des associations agréées. Or pour l’heure, aucune formation institutionnelle initiale suffisante n’a été proposée (lire entretien ci-dessous). Surtout, selon la représentante du Planning familial, un intervenant extérieur peut faciliter les échanges lorsqu’il est question de violences ou de sexualité. « Pour des enfants victimes de violences ou des collégiens, des lycéens qui ont des questions intimes, en parler à leur professeur peut être extrêmement gênant », explique-t-elle. À l’inverse, « introduire une tierce personne a le bénéfice de libérer la parole. Des études concrètes ont été faites sur le sujet ».

    Des interventions

    en chute libre

    Selon Mia Ferret, cette politique a des conséquences importantes sur l’activité du Planning familial de l’Hérault : « Depuis la mise en place de cette politique rectorale, il y a un an, le nombre de nos interventions a baissé d’environ deux tiers, c’est énorme. Le plus fou, c’est que c’est au moment où on a une réaffirmation légale avec un programme-cadre que le rectorat s’en empare pour dire que c’est à l’éducation nationale de le faire et que les associations agréées doivent être exclues. » Sans compter que s’ajoute à ces restrictions une question très concrète : celle du financement. Faute de disposer de crédits de fonctionnement suffisants, le Planning familial facture désormais ses interventions, explique sa représentante. Une dépense qui peut, elle aussi, constituer un frein pour les établissements.

    ENTRETIEN : Jordan Homps, Snes-FSU : « On n’a pas les capacités pour déployer l’Evars rapidement »

    Jordan Homps (Snes-FSU), enseignant au collège Frédéric-Bazille de Castelnau-le-Lez et référent Evars pour l’établissement, décrit les difficultés rencontrées sur le terrain pour mettre en place, dans les faits, cette éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle.

    La Marseillaise : Où en est la mise en œuvre dans les établissements ?

    Jordan Homps : On a un an de retard par rapport au programme qui aurait dû être mis en place l’année dernière. Depuis l’an dernier, des inspecteurs ont commencé à être formés, qui ont formé des référents au niveau académique. Ces référents ont ensuite commencé à former les réseaux publics territoriaux, qui regroupent des écoles, des collèges et des lycées… Tout cela a décalé la formation de l’ensemble des personnels. Au mieux, il y a deux personnes formées par établissement. C’est très peu.

    LM : Pourtant, chaque élève doit recevoir trois séances annuelles ?

    J.H. : Oui. À la rentrée, nous avons reçu comme consigne de fournir au moins des périodes de dates pour les trois séances. Mais la question est de savoir ce qui sera réellement organisé. Si tous les établissements ont au moins une séance par niveau, ce sera déjà formidable. Le problème, c’est que les formations ont été proposées aux seuls établissements qui en ont fait la demande. Dans certains collèges ou lycées, il est donc possible qu’il n’y ait rien.

    LM : Les enseignants sont-ils les mieux placés pour recevoir la parole des élèves ?

    J.H. : Non, c’est là que le bât blesse. C’est toute la problématique du manque de personnels médico-sociaux : infirmières, psychologues de l’Éducation nationale, assistantes sociales… Ce sont eux qui sont habilités à vraiment recevoir cette parole.

    LM : L’Éducation nationale devrait-elle s’appuyer davantage sur les associations ?

    J.H. : À défaut de former directement les élèves, ces associations, qui ont les compétences, auraient au moins pu former les personnels, ce qui aurait permis un déploiement plus rapide de l’Evars. Ça n’a pas été envisagé, alors qu’on l’avait proposé. Ils veulent tout faire en interne, mais on n’a pas les capacités pour déployer l’Evars rapidement. Ce qu’on aurait voulu, c’est un vrai plan national de formation obligatoire pour tous les personnels, avec un nombre d’heures suffisant.

    Recueilli par A.G.

  • À Gèze, un nouveau campus de l’IA à l’horizon 2029

    À Gèze, un nouveau campus de l’IA à l’horizon 2029

    Aujourd’hui, à l’angle du boulevard du Capitaine-Gèze et de l’avenue des Aygalades, le site n’est encore qu’une friche. Mais d’ici au troisième trimestre 2029, un mégacampus dédié à l’intelligence artificielle (IA) doit voir le jour sur ce terrain de deux hectares.

    Tel est le projet porté par Unitel Group et son président, l’entrepreneur Kevin Polizzi. Baptisé Théodora, ce « village de l’IA appliquée », implanté au cœur des quartiers nord, accueillera plusieurs bâtiments dédiés aux entreprises et à la formation, ainsi que plus de 4 600m² d’hébergements.

    Avec plus de 110 millions d’euros d’investissements privés, dont 7% consacrés à la recherche et développement, le projet se veut davantage tourné vers l’innovation que vers l’immobilier. Unitel finalise d’ailleurs l’acquisition d’autres parcelles et prévoit de publier la méthode de construction du campus dans un livret en « open source ». « On ne fait pas de l’immobilier, l’objectif est de construire un kit pour permettre à un territoire de se transformer et rester dans la course », confie Kevin Polizzi.

    Pour justifier son ambition, le chef d’entreprise rappelle que « d’ici 2030, les projections indiquent que le marché de l’IA représentera plus de 1 800 milliards de dollars de chiffre d’affaires à l’échelle mondiale ». Des travaux doivent également être réalisés afin de relier le campus aux câbles sous-marins qui arrivent à Marseille, faisant de la cité phocéenne le sixième hub numérique mondial. Une situation stratégique encore largement sous-exploitée, selon l’entrepreneur.

    « Il faut réinventer

    le lieu de travail »

    Avec ce projet, Kevin Polizzi entend également « réinventer le lieu de travail » à travers plusieurs axes. Évidemment, l’IA occupera une place centrale, autant en ce qui concerne la formation proposée sur le campus que les emplois et entreprises qui y seront implantés. « Théodora » mise aussi sur l’accessibilité sans voiture, avec la proximité du tramway, du métro et de plusieurs lignes de bus. « Les transports ne doivent pas être une contrainte, mais un accompagnement pour les étudiants », souligne Samia Ghali, présidente de la RTM, lors de son discours. La forte modularité des bâtiments doit également permettre de « faire face à n’importe quelle crise sans avoir à repartir de zéro avec un nouveau projet », complète le président d’Unitel.

    Le projet « Théodora » s’articule autour de quatre pôles : les bâtiments A, B et C, qui regrouperont près de 20 000m² de bureaux ; le bâtiment D, dédié « à l’incubation et à la formation autour de l’IA » sur 5 500m² ; la Tour Signal, qui concentrera 4 600m² de logements et différents services ; enfin, un pavillon central accueillera des espaces dédiés à la recherche, au développement et à l’événementiel, au cœur d’un parc de 6 000m². Au total, le campus représentera 35 000m² de surface de plancher.

    Un projet salué par les élus

    Pour Samia Ghali, représentante de la Métropole et présidente de la RTM, « ce projet dispose d’une situation géographique idéale dans les quartiers nord, au sein d’un pôle de transports multimodale important ». Un sentiment partagé par Julien Harounyan, adjoint au maire chargé de l’attractivité économique et du tourisme durable : « C’est un moment symbolique qui dit quelque chose de la confiance que l’on place dans ce territoire. »

    Jean-Luc Chauvin, président de la CCI Aix-Marseille-Provence, s’est quant à lui réjoui de « voir l’offre de formation s’étoffer de manière immédiate et concrète à Marseille. C’est une étape importante pour la ville et pour sa jeunesse, surtout celle des quartiers nord ». Isabelle Campagnola-Savon, présidente d’Euroméditerranée, s’est pour sa part intéressée à « ce qu’on va pouvoir construire autour de ce projet », en affirmant que « c’est à Gèze que se joue une partie de l’avenir de la ville ».

    Un projet largement salué par les élus locaux, mais qui ne fait pas pour autant disparaître les interrogations liées à l’impact environnemental de l’intelligence artificielle et des data centers nécessaires à son fonctionnement, à l’image du méga data center envisagé sur l’ancienne friche industrielle Saint-Louis Sucre, dans le 15e arrondissement.