On a eu peur que les joueurs soient éblouis. Ils l’ont été durant les premières minutes », raconte Eric Béchu peu après la demi-finale du Top 14 au stade Vélodrome entre Montpellier et le Racing 92 le 28 mai 2011. Une première demi-finale pour le MHR, une déflagration de sentiments rivée à la mémoire.
Eric Béchu est alors l’entraîneur adjoint de Fabien Galthié. Le mentor humaniste du futur sélectionneur de l’équipe de France au style plus abrasif. Un homme au crépuscule de sa vie, que l’on voudrait encore entendre à la veille de la demi-finale samedi 20 juin entre Montpellier et le Stade français. Un homme disparu en janvier 2013 d’un cancer fulgurant.
L’après-midi incandescent du mythique Vélodrome éblouit les joueurs de Montpellier. Le virage Sud, celui des Ultras de l’OM, se drape dans ses couleurs préférées : le bleu et blanc. Au moins 25 000 Montpelliérains ont pris la route vers Marseille dans une procession populaire. Avec une station dans les bistrots qui longent le boulevard Michelet.
« C’est mon meilleur souvenir sous le maillot de Montpellier. Cette année-là était assez particulière et folle », souffle l’ancien capitaine emblématique Fulgence Ouedraogo. « Je ne me souviens pas forcément du match, mais des à-côtés. Je me souviens de notre arrivée en bus. On avait dormi dans un château à côté de Marseille. On était au vert et au calme. Et puis, il y a ce virage vers le stade. Et là, tous les gens sortent des bars et commencent à taper contre le bus. Cette marée de personnes et leurs drapeaux bleus, l’entrée dans le stade avant l’échauffement, tout ce monde dans les gradins… Je me suis dit, mais on est où ? » raconte-t-il, le souvenir vibrant et vivant.
Ce jour-là, Montpellier bascule dans un autre monde. En un seul jour, un seul coup. Tout ce que les gamins du Pic Saint-Loup : Ouedraogo, François Trinh-Duc, Kélian Galletier, Geoffrey Doumayrou… ou d’autres comme Julien Tomas voulaient vivre, ils le vivent là. Ils vivent le moment d’une vie avec leur club formateur. Eux, mais aussi le Géorgien Mamuka Gorgodze ou Benoît Paillaugue portent ce club balbutiant en finale du championnat face au Stade toulousain. Au bout d’une demi-finale indécise face au Racing 92 de Chabal, Nallet, Steyn… ou Pierre Berbizier.
« C’est l’acte de naissance du MHR au plus haut niveau. C’est là où on a vraiment franchi un cap et joué nos premières phases finales », juge Fulgence Ouedraogo.
À Marseille, Montpellier est au bout de la saison des premières fois. D’une première campagne en phase finale, d’un premier barrage arraché à Castres sur une pénalité ratée par le buteur tarnais Romain Teulet. Un échec qui efface tout, qui ne s’efface pas. Après cette première victoire en phase finale, les joueurs de Montpellier n’écoutent que leur joie. Et s’arrêtent au bar en bord de route à Saint-Pons de Thomières.
Une semaine plus tôt, au stade Du Manoir, ils avaient arraché leur place en phase finale face à l’équipe de Toulon de Philippe Saint-André, Mourad Boudjellal et Jonny Wilkinson. Au bout d’un match de feu, d’une passe d’armes entre Boudjellal et Galthié, au bout d’une saison débutée par un succès face au Racing 92, où les prémices de sa révélation étaient là. Galthié, l’éternel insatisfait, soufflera : « des matchs comme ça, on n’en fait pas deux ».
Au cours de l’été 2010, celui de son arrivée, Fabien Galthié avait failli tout plaquer. Eric Béchu, son ancien éducateur à l’école de rugby de Colomiers, l’en avait dissuadé. L’ex-consultant des Pumas (2008-10) et entraîneur du Stade français (2004-08) était au cœur d’un imbroglio politique et d’une bataille souterraine. Entre Georges Frêche, patron de l’Agglo et André Vézinhet, président du Département et beau-père du président du MHR, Thierry Pérez.
Montpellier brûlait de mille feux. Et de contre-feux. L’histoire du MHR était en marche sur cette poudrière. Avec, comme étincelle ultime, la demi-finale à Marseille, inscrite à jamais dans les souvenirs des uns et des autres. « C’est le plus beau souvenir de ma carrière », avouera aussi Joan Caudullo, remplaçant entré en cours de jeu au Vélodrome. Ouedraogo et Caudullo vivront pourtant la finale au Stade de France face à Toulouse. Une finale qui leur a échappé d’un doigt. Celui de Ouedraogo fracturé au Vélodrome.

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