Véritable serpent de mer depuis 20 ans, le traité de libre-échange avec le Mercosur sera-t-il une couleuvre de plus à avaler pour les agriculteurs ? La profession est en tout cas prête à se mobiliser pour s’opposer à la ratification de ce traité.
Mercredi 3 septembre, la Commission européenne a pourtant validé l’accord commercial négocié depuis plus de 25 ans entre l’Union européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay). Pour entrer en vigueur, cet accord doit désormais être soumis à l’approbation des États membres et du Parlement européen.
Alors que l’Assemblée nationale s’était déjà prononcée contre cet accord le 30 janvier, le gouvernement –avant de devenir démissionnaire– a salué les changements effectués par la Commission européenne sur cet accord. « Cela va dans le bon sens […] La France va maintenant examiner dans le détail ce qui est proposé, afin de s’assurer de l’efficacité du dispositif », a ainsi réagi Laurent Saint-Martin, le ministre démissionnaire délégué du commerce extérieur. Dans cette nouvelle mouture, plusieurs ajouts ont pour but de défendre la filière agricole française. Une « clause de sauvegarde » a en effet été introduite pour garantir la pérennité d’une filière qui serait mise en difficulté par l’accord. Touché par la hausse des droits de douane aux États-Unis, le patronat pousse depuis plusieurs semaines pour la signature de cet accord qui devrait augmenter les exportations de voitures, machines, vins et spiritueux et favoriser l’importation de viande, sucre, riz, miel et soja.
le 26 septembre
Immédiatement, la profession a fustigé la décision de la Commission. L’ensemble des syndicats agricoles français ont ainsi fait part de leur colère. « Tous les syndicats sont opposés à cet accord. C’est un problème car cet accord permet de faire rentrer en France des productions qui n’ont pas les mêmes normes soit sanitaires soit sociales. Ça va encore faire baisser le prix des productions dans un moment où l’agriculture va très, très mal », explique Didier Gadéa, le président du Modef de l’Hérault qui ne « croit pas » aux garde-fous ajoutés dans la dernière version. « Il faut savoir que ces accords que l’on signe peuvent être modifiés, notamment concernant les volumes d’importations », ajoute le viticulteur.
Même constat du côté de la Confédération paysanne : « Depuis plusieurs décennies, nous nous opposons à tout accord de libre-échange et à l’expansion d’un modèle néolibéral. Nous considérons que ces accords vont tirer vers le bas notre modèle agricole, social et humain. C’est de la concurrence déloyale pour nos agriculteurs locaux. On veut nous faire croire que sans cet accord on ne peut plus commercer avec l’Amérique latine, c’est faux ! », rappelle Simon Le Berre, porte-parole de la Conf’ du Gard.
« Nous restons fermes sur notre opposition pleine et entière à la ratification de l’accord du Mercosur. Depuis des mois, les agriculteurs français et leurs homologues européens expriment leur désaccord : faire la sourde oreille et ignorer la voix des agriculteurs ne feront que raviver la colère », a aussi réagi Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA qui a cosigné un communiqué avec les Jeunes agriculteurs. Les deux organisations appellent d’ailleurs les agriculteurs à manifester le vendredi 26 septembre contre « le Mercosur, les taxes imposées par Donald Trump et le flot des importations internationales qui ne respectent pas les normes qui sont les nôtres ». Une nouvelle mobilisation inflammable qui s’ajoute à un climat social incandescent. Car de leurs côtés, le Modef et la Conf’ appelaient les agriculteurs à faire grandir les cortèges du 18 septembre.

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