Tag: Confédération paysanne

  • L’irrigation des vignes fait toujours débat

    L’irrigation des vignes fait toujours débat

    Autrefois marginale, la pratique de l’irrigation des vignes dans le bassin viticole du Languedoc-Roussillon a connu un véritable essor au cours de la dernière décennie, jusqu’à atteindre un taux de 20% en 2020. Cette évolution est d’ailleurs particulièrement marquée dans les départements de l’Hérault et du Gard, selon la Chambre d’agriculture régionale. Cette pratique soulève cependant la question cruciale de la répartition de la ressource en eau.

    « La vigne n’est pas une culture nourricière et l’eau commence à se faire rare », résume ainsi Rémi Balmassière, co-secrétaire de la Confédération paysanne du Gard. « Selon nous, il va donc falloir sélectionner ce qu’on arrose en agriculture. » Parfois caricaturée, la position de la Confédération paysanne sur la question de l’irrigation des vignes n’est pas un refus catégorique de la pratique. « Nous sommes tout simplement pour un arrosage qui vise à maintenir la qualité et non pas la quantité, explique Rémi Balmassière. Cela se traduit donc par une irrigation saisonnière, qui remplacerait uniquement les orages des mois de juillet et d’août, qui se font de plus en plus rares. »

    La Confédération paysanne prône un contrôle strict de la pratique de l’irrigation des vignes : « Ces contrôles doivent aussi s’accompagner de pratiques agroécologiques, c’est-à-dire qu’il faut augmenter le taux de matière organique dans les sols, afin qu’ils retiennent mieux l’eau. » Le syndicaliste tient également à rappeler que la Confédération paysanne n’est pas opposée aux retenues collinaires, mais seulement aux « méga-bassines ». Une vision en désaccord avec celle du syndicat majoritaire FNSEA, qui prône un plan de stockage massif de l’eau d’ici à 2030.

    Dans l’Hérault, le Département a mis en place un plan Irrigation 2018-2030, visant à « moderniser et à développer les réseaux collectifs de desserte » dans le but de « garantir la pérennité de la viticulture héraultaise ». Selon ce plan, la mise en place de l’irrigation des vignes pourrait représenter des gains potentiels de 300 à 950 euros par hectare de vigne.

  • Prédation du loup : les éleveurs laissent éclater leur colère

    Prédation du loup : les éleveurs laissent éclater leur colère

    « Prédation, un mensonge d’État », c’était ce que l’on pouvait lire sur la banderole attachée aux grilles de la préfecture de Gap, ce mercredi soir. La manifestation a réuni près de 250 personnes, principalement issues des Jeunes Agriculteurs et de la FDSEA, même s’il y avait des représentants de la Coordination rurale et un élu de la Confédération paysanne. Les porte-parole des agriculteurs ont rencontré la sous-préfète pour exprimer leur colère et attendre une réponse de l’État sur sa gestion du loup. Fin juillet, trois personnes ont été arrêtées à Cervières, soupçonnées d’avoir abattu illégalement neuf loups en mars dernier. L’arrestation et le procès à venir ne sont pas les déclencheurs de ce mécontentement mais l’étincelle qui a fait exploser une colère accumulée. « Aujourd’hui, on dénombre trois attaques par jour. La prédation est à un tel niveau de pression, depuis tellement longtemps, il y a des gens qui sont tellement acculés, qu’on arrive à un moment où des choses illégales se produisent, forcément ! », dénonce la présidente de la FDSEA 05, Christel Gagliardo.

    « Surpopulation »

    Si les populations de loup sont estimées autour des 1 000 individus en France, les syndicats accusent l’Office français de la biodiversité (OFB) de cacher les effectifs réels. « Un chiffre sur l’évolution de la prédation : il y a une dizaine d’années c’était seulement les départements de l’arc alpin, l’année dernière c’était 62 ou 63 départements avec au moins un constat de dommage pour un total d’entre 12 000 et 13 000 victimes nationales. On passe d’une dizaine de départements à 63 en moins de dix ans. Il y a une réelle problématique nationale sur la prédation », développe Edouard Pierre, secrétaire de la FDSEA 05. Déjà, en mai, une louve capturée en Seine-Maritime, avait été relâchée dans l’arc alpin, au grand dam des éleveurs. L’animal a été abattu dans un tir de prélèvement en juillet dans les Alpes-de-Haute-Provence, mais l’épisode est symptomatique d’un manque de transparence que les éleveurs reprochent à l’OFB. « C’est une espèce protégée, donc on n’a pas le droit de la capturer, de la déplacer. A priori, ces deux choses ont été faites. Donc on veut des explications. Et pourquoi la déplacer dans l’arc alpin où l’on subit déjà beaucoup de pression ? », questionne Edouard Pierre.

    Pour lui, l’État sous-estime les conséquences économiques de la prédation du loup pour les éleveurs. « Les exploitations sont impactées, malgré le remboursement des moyens de protection à hauteur de 80%, il y a 2 millions qui restent à charge des exploitations tous les ans, sans compter toutes les bêtes qui ne sont pas prises en compte », rappelle-t-il.

    Les quotas d’abattage en question

    Autre motif de mécontentement : le système de plafond annuel de loups pouvant être détruits légalement. Pour éviter une mortalité excessive, les autorités tiennent des plafonds pour limiter le nombre de tirs de défense des agriculteurs, qui, eux, plaident plutôt pour un principe de défense locale sans plafond. « Nous, on dit que 100% des loups devraient être tués en situation d’attaque, et pas n’importe où, ou six mois après comme c’est le cas d’une bonne partie des loups prélevés actuellement, pose Thomas Raso, représentant de la Confédération Paysanne. Aujourd’hui, on a plusieurs attaques dans un même endroit, on est dans la bonne zone, on a fait les papiers, on devrait pouvoir faire un tir mais on nous dit qu’on ne peut pas parce qu’on a déjà prélevé deux loups ailleurs en France et que le nombre maximum a été atteint. Résultat, l’éleveur ne peut qu’aller ramasser ses carcasses. » Les représentants agricoles ont dit ressortir sans réponse concrète de la sous-préfète, il y a donc fort à parier que la manifestation de mercredi ne sera pas la dernière.

  • Les jeunes paysans gardois face à la difficulté de se loger

    Les jeunes paysans gardois face à la difficulté de se loger

    Lors des premières années d’installation de leur activité agricole, beaucoup de paysans sont confrontés à la difficulté de trouver un logement, en raison du peu de revenus qu’ils perçoivent. Pour y remédier, certains d’entre eux s’installent en habitat léger sur les terres qu’ils cultivent. « Le problème est que dans le Gard, nous sommes nombreux à avoir été empêchés par la Justice ou les mairies de vivre de cette façon, en raison de la lutte contre la cabanisation », raconte Simon le Berre, porte-parole de la Confédération paysanne du Gard. Au début du mois de juillet, le syndicat a donc évoqué une motion sur le logement agricole lors d’un bureau de la Chambre d’agriculture.

    Vivre en habitat mobile

    « Le premier volet de cette proposition concerne la construction de bâtiment sur des terres agricoles, poursuit Simon Le Berre. Aujourd’hui, celle-ci est autorisée par dérogation aux agriculteurs. Seulement, quand ces derniers partent à la retraite ou se retrouvent en liquidation, la revente de ces bâtiments ne leur est plus réservée. » Ainsi, pour éviter la spéculation, la Confédération paysanne propose que ce type de biens soient réservés aux agriculteurs sur un marché propre, qui pourrait être géré notamment par la Safer. « Le deuxième volet concerne l’habitat mobile. Nous aimerions que soit mis en place un encadrement permettant aux jeunes paysans qui le désirent de s’installer sur les terres qu’ils cultivent en habitat mobile, pendant une durée déterminée et dans de bonnes conditions, en respectant un cahier des charges qui serait encadré par la Préfecture. » La Confédération paysanne envisage désormais de présenter une motion plus étayée lors de la prochaine session de la Chambre d’agriculture et de se rapprocher de la Préfecture pour lui exposer ses propositions.

  • Les agriculteurs cévenols touchés par les restrictions d’eau

    Les agriculteurs cévenols touchés par les restrictions d’eau

    Il ne manquait que deux ou trois semaines pour les producteurs d’oignons doux des Cévennes. Le ramassage de cette appellation d’origine protégée est en effet prévu autour de la mi-août. Mais touchés par une importante sécheresse et quatre vagues de chaleur depuis mai, les agriculteurs doivent d’ici là composer avec les restrictions d’eau et notamment l’interdiction d’irriguer (même si des dérogations sont possibles). Ces interdictions touchent aujourd’hui la zone du bassin-versant de l’Hérault placée en « situation de crise » par le préfet du Gard. Ce territoire abrite pourtant la majorité des producteurs d’oignons doux mais aussi de nombreux vergers de pommiers. L’inquiétude a donc gagné ces derniers jours les producteurs locaux.

    Si les nappes phréatiques ne sont pas à sec grâce aux importantes pluies de l’hiver et du printemps, c’est la situation des cours d’eau qui inquiète. Or, les producteurs d’oignons, gros consommateurs d’eau, puisent bien souvent celle-ci dans ces rivières. Ils espèrent donc atteindre la récolte sans trop d’impact sur leur production et surtout éviter la situation catastrophique de 2022 où la sécheresse avait entraîné une attaque de cicadelle.

    Les averses du week-end du 25-26 juillet n’ont pas sorti la zone de la situation de crise mais ont permis aux producteurs de gagner quelques jours pour arriver tant bien que mal jusqu’à la récolte d’oignons au bon calibre. Ces quelques averses n’ont d’ailleurs pas empêché les zones Vidourle et Gardon amont de rejoindre les zones Ardèche, Cèze amont et Cèze aval en situation d’alerte renforcée, le niveau d’alerte précédant celui de crise.

    Des retenues collinaires plutôt que des bassines

    Face à cette situation, la Confédération paysanne du Gard a rapidement réagi et a demandé à l’État d’intervenir. Elle demande d’abord que soit déclenché l’état de calamité agricole. « Cela permettrait un niveau de remboursement tout à fait différent pour nous. Tout le monde serait alors remboursé correctement », explique Rémi Balmassière, co-secrétaire et co-trésorier du syndicat agricole dans le Gard.

    La Conf’ demande également le lancement d’une étude dans les Cévennes « pour réfléchir à ralentir l’écoulement des eaux et favoriser l’infiltration dans les nappes ». Cette étude permettrait d’identifier les bonnes pratiques à suivre pour les agriculteurs mais aussi d’adapter au mieux l’urbanisme local. « Les Cévennes sont la zone la plus touchée par le dérèglement climatique dans le Gard. C’est aussi là qu’on concentre une majorité des pluies. On demande que l’on ralentisse le cycle de l’eau. Nous voulons voir comment avec l’ONF (Office national des forêts), avec les forestiers et les agriculteurs, nous pouvons permettre à un bassin-versant de retenir un maximum l’eau, au lieu de la laisser s’écouler dans les rivières. L’idée, c’est de voir comment remplir les nappes phréatiques et les réserves naturelles du sol », détaille l’apiculteur.

    Le syndicat demande aussi la création de retenues collinaires non imperméabilisées qu’il tient à différencier des bassines : « Les retenues collinaires permettent de retenir l’eau qui coule naturellement, le temps qu’elle s’infiltre dans le sol. Une bassine est plus chère, elle est étanche et permet de stocker l’eau grâce à un pompage ou une déviation de rivière, ce qui entraîne aussi de l’évaporation. »

    La Confédération paysanne demande enfin une aide exceptionnelle de 20 000 euros par actif agricole et non pas selon la taille de l’exploitation comme c’est le cas avec la Politique agricole commune (PAC). « Cette mesure coûte très cher, car elle représente un coût de 8 milliards d’euros si tous les actifs agricoles de France en bénéficiaient. Mais c’est à peu près l’équivalent à notre dépense pour notre dissuasion nucléaire par exemple. C’est une comparaison intéressante car, pour nous, l’alimentation est un enjeu stratégique. On ne peut pas se permettre de passer à côté de cet enjeu qui est de nourrir la population en cas de crise », conclut Rémi Balmassière.

  • L’agriculture paysanne dénonce la baisse des aides en région Sud Paca

    L’agriculture paysanne dénonce la baisse des aides en région Sud Paca

    « C’est la négation d’une partie de l’agriculture », se désole le porte-parole de la Confédération paysanne Paca, Yannick Becker. Il réagit à la révision du mode de calcul des aides accordées aux syndicats agricoles depuis 2008 de la Région Paca. Avec cette modification, la subvention accordée à la Confédération paysanne diminue de 42% et celle allouée au syndicat majoritaire, la FNSEA, est renforcée.

    « Il y a une rupture d’égalité. Ce qui nous fait peur, c’est que tout se fait sans concertation, sans réelle diversité démocratique. Ça nous inquiète pour l’agriculture provençale », exprime celui qui est aussi éleveur et maraîcher dans les Alpes-de-Haute-Provence. De son côté, la Région justifie cette modification par un objectif de « simplification », selon le syndicat. Ce dernier a procédé à un recours gracieux au mois de juillet avec l’espoir que la collectivité revienne sur sa décision. « Si on n’a pas de réponse, on basculera vers le tribunal administratif », assure Yannick Morel. Cette décision de la Région va impacter l’activité syndicale des agriculteurs. Jusqu’ici défrayés de leurs déplacements pour les réunions syndicales, ils ne le seront plus pour des raisons financières. « Si on n’arrive plus à maintenir une activité syndicale, on ne sera plus là pour porter la voix de l’agriculture paysanne et les agriculteurs seront impactés sur les décisions prises », regrette Solène Caldero, coordinatrice du syndicat régional. « À l’automne, on va essayer de se tourner vers la société civile pour se financer de manière indépendante et retrouver une liberté de parole », avance le porte-parole du syndicat.

    Une attaque frontale

    à l’agriculture paysanne

    La Région a aussi coupé une subvention de 100 000 euros à l’Ardear, un réseau associatif qui aide à l’installation en agriculture paysanne et en agroécologie. « Il s’agit d’une attaque frontale contre l’agriculture paysanne et l’agroécologie en Paca. La Région souhaite poursuivre dans le modèle agro-industriel dominant, sans prendre en compte l’urgence climatique, qui invite à changer de modèle. On le voit un peu plus chaque jour cet été et la Région continue à s’enfoncer, à forcer un modèle dominant qui ne convient pas », s’attriste Solène Caldero. La Confédération paysanne et l’Ardear envisagent des mobilisations communes à la rentrée. « L’idée c’est de faire front ensemble face à ces décisions et ne pas les vivre chacun de notre côté », poursuit la seule salariée du syndicat régional.

    Contactée, la Région n’a pas souhaité s’exprimer sur ce sujet.

  • [Loi d’urgence agricole] Un « passage en force » contesté devant l’Assemblée nationale

    [Loi d’urgence agricole] Un « passage en force » contesté devant l’Assemblée nationale

    Alors que la loi d’urgence agricole devait être votée dans la soirée par les députés, avant son passage au Sénat prévu ce mardi, ses détracteurs se sont rassemblés, lundi soir, au pied de l’Assemblée, pour manifester leur opposition. Parmi les structures présentes : Extinction Rébellion, mouvement de lutte contre l’effondrement écologique, Les Soulèvements de la Terre, collectif écologiste radical, mais aussi la Confédération paysanne, troisième syndicat agricole français.

    Nina Lejeune, éleveuse de volailles dans le Var et représentante de la Confédération paysanne Paca au secrétariat national du syndicat, fait partie de ceux qui ont choisi de venir, sur place, revendiquer leur colère. « Il est fondamental que nous exprimions notre rejet de cette loi, s’est-elle indignée. Des reculs sont en train d’être actés sur la question agricole avec en tête de liste la fin d’une gouvernance partagée. »

    « Retour en arrière »

    Car la loi, en plus de favoriser la construction de dispositifs de stockage d’eau à usage agricole, supprime l’obligation de réunions publiques pour leur autorisation environnementale. « Pour nous, qui défendons un partage équitable de la ressource et une gestion partagée, c’est un retour en arrière à la fois démocratique et environnemental », défend l’éleveuse.

    Autre grand motif de crispation : la réintroduction de deux pesticides, l’acétamipride et le flupyradifurone, interdits en France, mais autorisés dans l’Union européenne. Une idée directement héritée de la loi Duplomb, qui avait l’été dernier suscité une importante opposition citoyenne : la pétition publiée sur le site de l’Assemblée nationale pour s’y opposer avait recueilli plus de 2,1 millions de signatures. L’article sur les pesticides avait finalement été censuré par le Conseil constitutionnel. « Le gouvernement fonce tout droit vers le modèle agroalimentaire défendu par la FNSEA [premier syndicat agricole, Ndlr.]. Mais c’est aussi à la population de choisir ses orientations agricoles. C’est un passage en force », conclut Nina Lejeune.

  • Le pastoralisme, rempart contre les incendies

    Le pastoralisme, rempart contre les incendies

    « En cinq ans seulement, j’ai vu l’herbe et la forêt gagner en altitude », constate Boris Emeriau, le regard inquiet. Berger depuis quinze ans, installé depuis cinq à Chamousse. Il garde depuis le début de l’été son cheptel de 200 brebis en estives sur la crête du Lauzet, à 2 300 m d’altitude sur la commune de Crots. Les milieux de montagne se réchauffent plus vite, le changement climatique s’y fait plus visible et Boris est aux premières loges. « Avant il y avait des sécheresses tous les quarante ans, maintenant c’est tous les deux ou trois ans et elles sont beaucoup plus longues et plus violentes », explique-t-il.

    En résulte une augmentation des feux de forêts, plus nombreux et plus intenses, mais ils ne sont pas dus qu’au seul réchauffement climatique selon Boris. « Oui, les incendies sont là parce qu’on a des canicules plus précoces, plus longues… Mais ça brûle aussi pour d’autres raisons, avance-t-il. Avant, les villages étaient regroupés et autour il y avait des praires et cultures agricoles, ça faisait un espace dégagé autour des villages, ensuite l’autre couronne autour c’étaient les zones pastorales, entretenues par les troupeaux, qui faisaient que tout n’était pas embroussaillé comme maintenant. Et, encore plus loin, il y avait la forêt. Les incendies étaient donc plus loin des habitations. »

    Refaire une place

    aux troupeaux

    La capacité des troupeaux à « nettoyer » les espaces forestiers a déjà été reconnue par les pouvoirs publics. En décembre 2024, le Cerpam (Centre d’Études et de Réalisations Pastorales Alpes-Méditerranée) recensait 160 éleveurs qui faisaient pâturer leurs troupeaux sur des ouvrages DFCI (Défense de la Forêt contre les Incendies). Mais, pour généraliser cette solution, restent à faire de la place au pastoralisme, étouffé par la raréfaction des parcelles disponibles. « Plus que jamais, mettre des élevages dans les campagnes ça permettrait de gérer les incendies en réduisant le combustible, même si ce n’est pas la seule manière bien sûr, affirme-t-il. Mais, pour ça, il faut installer des gens dans les campagnes, il faut savoir ce qu’on veut pour nos campagnes, des maisons secondaires ou des gens qui vivent vraiment sur place ? » Le manque de foncier, pour les petits agriculteurs comme les bergers est le nerf de la guerre.

    « On voit qu’on a quand même un foncier qui est accaparé par quelques très grosses fermes et un foncier pastoral donc des landes, des sous-bois, qui est extrêmement morcelé avec beaucoup de propriétaires privés différents dont, soit on arrive pas à retrouver la trace, soit qui veulent pas nous faire de papiers pour être légalement chez eux, regrette Boris. Beaucoup de jeunes aimeraient s’installer mais sont découragés par ce manque de foncier et le prix de la terre, avec le pullulement des maisons secondaires, le prix du foncier est complètement décorrélé de la valeur de la production qu’on peut en tirer. » Il existe des outils légaux comme les associations foncières pastorales qui permettent à plusieurs propriétaires de parcelles de gérer collectivement un périmètre agropastoral et/ou forestier. Pour les éleveurs, cela ouvre des espaces de pâturage sans devoir obtenir l’accord de chaque propriétaire. « C’est une opération complexe, qui demande la venue d’un commissaire public et l’aval du préfet mais si l’on généralise ça, lorsque des jeunes voudront s’installer, on pourra les orienter vers telle association foncière, avec tel espace de pâturage, pour telle période… projette Boris. Là, actuellement, tu t’installes avec un petit bout de terre, tu n’es pas accompagné, c’est un peu la guéguerre. »

  • Agriculture : les impacts en cascade des canicules dans les Hautes-Alpes

    Agriculture : les impacts en cascade des canicules dans les Hautes-Alpes

    Quand je suis arrivé et que j’ai vu ça, j’ai pleuré. » Fin juin, Mattéo Delabre, arboriculteur et éleveur de poules à Barcillonnette, a vu huit lignes de pommiers partir en fumée suite à des étincelles provoquées par un dysfonctionnement d’une moissonneuse-batteuse. « Les pompiers sont arrivés pile à ce moment-là, ils ont sauvé en priorité les habitations, c’est normal, mais pendant ce temps les vergers ont cramé », raconte-t-il. Pour lui, il est évident que la sécheresse actuelle a permis aux flammes de rapidement s’étendre. « La même chose est arrivée la semaine d’après à Lardiers. Il n’y a pas eu de gros dégâts mais on a jamais vu la végétation aussi sèche à ce moment de l’année », affirme-t-il. Le dommage n’est pas seulement matériel. « Le problème, c’est déjà la perte affective, ces vergers ont été plantés quand mes parents se sont installés, et ces haies, ça me fait mal au cœur, elles ont mis des décennies à se former, déplore-t-il. Ensuite c’est tout le travail, il faut qu’on coupe, qu’on dé-souche, on pourra pas replanter du pommier à cet endroit. C’est un gros chantier dont on n’avait pas forcément besoin. »

    Si la sécheresse apparaît comme la conséquence évidente des épisodes de chaleur, les impacts sont multiples. Le 21 juin, Chantal Bonetti, maraîchère à Embrun, a, elle, perdu une quinzaine d’animaux noyés et des dizaines de m² de cultures endommagées par des inondations soudaines. Pour elle, le problème n’est pas la sécheresse, mais l’apparition d’orages, favorisés par les canicules, qui entraînent des intempéries intenses. « On ne peut pas imaginer le stress que c’est, il y a des orages tous les huit ou dix jours et chaque fois on se demande si ça va déborder, rapporte Chantal. Quand tout déborde, alors il faut vite nettoyer, laver toute la gadoue. Pendant ce temps, je n’ai pas fait le désherbage de mes cultures. On prend du retard, ça nous rajoute un travail de fou. »

    Des infrastructures inadaptées

    Pour elle, ces inondations viennent aussi d’une buse d’évacuation des eaux, trop étroite, qui déborde systématiquement lorsque les pluies font gonfler le torrent de Charance, à quelques centaines de mètres de sa ferme. Ces épisodes, au-delà des dégâts immédiats, posent la question de l’adaptation des pratiques et des infrastructures.

    « La gestion collective de l’eau, c’estun énorme sujet, questionne Mattéo Delabre. Les dernières sécheresses qu’on a vécues ne sont pas dues qu’au réchauffement climatique en lui-même mais à l’assèchement systématique de toutes les zones humides, de toutes les terres agricoles. Pendant des siècles, on a drainé tous les sols, asséchées toutes les mares pour que l’eau coule le plus vite et le plus directement possible vers la mer. Aujourd’hui, on se rend compte des répercussions, l’eau s’infiltre et elle file, elle ne reste pas. » En dépit d’actions politiques qu’il juge insuffisantes, à son échelle, il a installé des mares autour de son exploitation et reforesté les berges de la rivière voisine. « J’aime dire qu’on améliore la “robustesse”de nos cultures, souligne-t-il. Aujourd’hui on parle beaucoup de résilience, c’est le mot à mettre pour avoir des subventions, mais la résilience ça veut dire revenir au même stade après avoir encaissé un choc. La robustesse ça veut dire évoluer pour rester solide. »

    Orages et intempéries, l’autre conséquence de la canicule

    La succession d’orages depuis plusieurs jours est aussi liée aux fortes chaleurs, explique Nicolas Roux, responsable du Centre météorologique des Alpes du Sud : « Lorsqu’on a une masse d’air très chaud en basse couche, qui se réchauffe à mesure que la canicule se poursuit, des changements de masse d’air conduisent généralement à des situations orageuses, qui requièrent de l’air chaud et humide. En fin de canicule, les orages font aussi diminuer les températures. Quelque part, ils annoncent la fin de la canicule tout en y mettant fin. »

  • La fête de la Conf paysanne censurée ?

    La fête de la Conf paysanne censurée ?

    C’est par un simple mail envoyé fin mai que Marie-Camille Dugas, la nouvelle maire de Garrigues-Sainte-Eulalie, petite commune entre Nîmes et Alès, a annoncé à la Confédération paysanne qu’elle ne mettrait pas son foyer municipal à disposition cette année. « Après avoir demandé des rendez-vous pour leur expliquer ce qu’on faisait à cette fête, on nous a annoncé que suite à une demande de la Coordination rurale, ils étaient dans l’obligation de nous retirer la salle pour le premier week-end d’octobre », précise Simon Le Berre, porte-parole de la Confédération paysanne dans le Gard.

    Après un échange avec les responsables de la Coordination rurale (CR), syndicat proche de l’extrême droite, avec qui la Conf n’est pas à « couteau tiré » dans le département, il s’avère en réalité que la CR s’est également vue refuser la réservation de la salle. La nouvelle municipalité s’est justifiée en s’appuyant sur la « neutralité politique » des nouveaux élus. Dans un communiqué, elle précise qu’elle n’était par contre pas opposée à l’organisation d’une « fête mettant à l’honneur les producteurs locaux […] dans un cadre dénué de toute considération politique ». Un argument que réfute la Conf car depuis l’an dernier, la fête n’est pas celle du syndicat agricole mais « une fête de l’agriculture paysanne » portée désormais par trois organisations : la Confédération paysanne, l’Addearg et Solidarité paysans 30. « On s’amuse à nous catégoriser comme extrême gauche sympathisants LFI donc ça ne m’étonne pas qu’il y ait de plus en plus d’élus qui veulent nous mettre par terre. C’est ce qui nous choque car nous sommes là pour le monde paysan, pour trouver des solutions à nos campagnes qui vont très mal », rappelle Simon Le Berre.

    « Des valeurs qui dérangent le RN »

    Mais pour la Conf paysanne, cette décision interroge surtout puisqu’elle intervient quelques jours après la réception du député Rassemblement National Pierre Meurin par Marie-Camille Dugas. « Nous faisons le lien entre la venue de Pierre Meurin et le mail que l’on a reçu. On comprend que sur la petite commune de Garrigues, on ne veut pas avoir une fête politisée qui met en avant des valeurs qui dérangent le RN », confirme Simon Le Berre. L’attaque n’est pas passée inaperçue du côté du député d’extrême droite de la 4e circonscription du Gard qui a condamné par communiqué « l’utilisation politicienne faite par quelques groupuscules malveillants, et relayée avec complaisance par certains médias, d’une visite purement institutionnelle ».

    « Ce communiqué où nous sommes qualifiés de groupuscule malveillant a été partagé par la municipalité de Garrigues », fustige Simon Le Berre, qui voit donc « une incapacité de la municipalité de communiquer par elle-même ».

    Face à la polémique, un « bel élan de solidarité » a eu lieu et une dizaine de communes se sont manifestées pour accueillir cette fête. Les propositions sont aujourd’hui à l’étude pour réfléchir à la logistique nécessaire pour accueillir les 3 000 participants habituels de la fête.

  • Des voix s’élèvent contre un projet agrivoltaïque à Servas

    Des voix s’élèvent contre un projet agrivoltaïque à Servas

    Partout en France, des projets agrivoltaïques fleurissent sur le territoire et divisent les citoyens. La commune de Servas, dans le Gard, ne fait pas exception. Le dernier projet en date est celui des Martinets, porté par Verso Énergie, qui concerne une quinzaine d’hectares dans le Nord de la commune. Il était présenté ce 22 juin aux élus municipaux.

    Pour l’occasion, la Confédération paysanne du Gard avait appelé à un rassemblement devant la mairie à 18h, afin d’alerter sur le fait que les installations agrivoltaïques à Servas pourraient impacter jusqu’à 129 hectares de terres agricoles, soit près de 12% du territoire communal. « Nous étions une petite cinquantaine, rapporte Sébastien Espagne, co-référent départemental des Ami.e.s de la Confédération paysanne du Gard. Notre association était présente aux côtés de la Confédération paysanne, mais aussi de l’association Agir 30 et d’habitants du village. »

    « On a vu passer une quinzaine de projets de ce type ces 18 derniers mois, explique de son côté Simon Le Berre, porte-parole de la Confédération paysanne du Gard. Nous ne sommes ni contre le progrès, ni contre les énergies renouvelables, bien au contraire. Nous voulons simplement demander une véritable réflexion collective sur ces projets et surtout, qu’ils soient envisagés en priorité sur des terres déjà artificialisées. »

    Sébastien Espagne se montre satisfait de cette première mobilisation : « Nous avons été très bien accueillis par les habitants et la société Verso Énergie a proposé aux collectifs présents de les rencontrer plus tard, pour leur présenter le projet plus en détail. » De leur côté, les élus devront voter le projet au prochain conseil municipal, après s’y être déjà opposés une première fois.

    Augmentation du foncier

    Ce n’est pas un hasard si les projets agrivoltaïques se multiplient dans le Gard. Depuis un décret d’avril 2024, les installations de production d’énergie photovoltaïque ne peuvent être implantées que sur des terrains identifiés dans un document-cadre spécifique à chaque département. Or, dans le Gard, ce dernier est très restrictif et ne laisse que peu de parcelles libres pour le photovoltaïque au sol. C’est la raison pour laquelle les entreprises se tournent vers l’alternative de l’agrivoltaïsme, c’est-à-dire l’installation de panneaux solaires au-dessus d’une parcelle d’activité agricole. C’est d’ailleurs ce qui explique que les opposants à ces projets parlent généralement de « caution » agricole.

    Selon Simon Le Berre, le scénario se déroule pratiquement toujours de la même façon. Un propriétaire qui veut valoriser son terrain contacte ou se fait démarcher par une entreprise. Il trouve ensuite un agriculteur qui accepte de faire pâturer ses bêtes ou de cultiver sur une parcelle qui sera dédiée à l’agrivoltaïsme, en échange d’une partie des gains de revente de l’électricité. « L’idée de l’agrivoltaïsme, c’est d’apporter un gain pour l’activité agricole, poursuit Simon Le Berre. Or, pour l’instant, les études qui sont censées démontrer ces gains sont bien souvent biaisées. Le bétail est à l’ombre des panneaux ? Il serait tout aussi bien à l’ombre d’un arbre… »

    Ce sont aussi les propriétaires et les entreprises qui semblent toucher la majorité des bénéfices de la vente de l’électricité. « Nous demandons que si de tels projets existent, ils soient portés par les agriculteurs eux-mêmes, ou par des collectifs d’agriculteurs, explique Simon Le Berre. Pour nous, si le choix revient aux propriétaires qui n’exploitent pas eux-mêmes leurs terres, cela présente un risque de spéculation et de montée des prix des terres agricoles. » Une inquiétude que partage Sébastien Espagne : « Il y a un véritable risque d’augmentation du foncier agricole, ce qui va encore empêcher de nouveaux agriculteurs de s’implanter. Nous avons d’autres ambitions pour nos terres nourricières, dans un contexte où il y a urgence à regagner en autonomie alimentaire. »