Tag: Jeunes agriculteurs

  • La FDSEA cherche des solutions face aux défis agricoles

    La FDSEA cherche des solutions face aux défis agricoles

    « Nous sommes dans un contexte agricole exigeant, a rappelé Christel Gagliardo, la présidente de la FDSEA des Hautes-Alpes ce jeudi lors de la rentrée syndicale. Enjeux climatiques, réglementations toujours plus complexes, situation financière dégradée… Tout se cumule ! Plus que jamais, nous avons besoin d’échanger ». Le préfet Philippe Bailbé, la députée Marie-José Allemand (PS) et des représentants du conseil départemental ont participé à la réunion, aux côtés de la dizaine de membres du syndicat libéral et de membres du syndicat Jeunes Agriculteurs.

    Deux membres du Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) étaient aussi présents pour discuter du premier point à l’ordre du jour : la prévention du risque incendie. « Avec le changement climatique, notre métier change, a introduit Grégory Favier, chef de centre. Lors des feux de moissons, qui démarrent très rapidement, les premiers intervenants, c’est vous, les agriculteurs ! » Les pompiers ont proposé de « former » les exploitants aux bonnes pratiques : « Car des petits gestes, comme ajuster la trajectoire en fonction du vent ou de la pente, peuvent limiter les dégâts ». Le Sdis aimerait former un partenariat avec les agriculteurs en cas d’incendie, comme il le fait déjà avec les fédérations de chasseurs. « L’idée est d’avoir trois interlocuteurs en cas de feux, pour ainsi être organisés et assurer la sécurité de tous », a expliqué Pierre-Emmanuel Feit. Il propose aussi aux agriculteurs de recenser leur matériel susceptible d’aider lors des incendies, comme les tonnes à lisier qui peuvent acheminer de l’eau. « On sait que vous avez d’autres choses à faire, admet le préfet. Mais en cas de crise majeure, comme on en a eu cet été, on a besoin de toutes les bonnes volontés. »

    Le sujet des réserves multi-usage d’eau (aussi appelées mégabassines), dont le développement est fortement souhaité par le syndicat, est ensuite venu sur la table. « Le problème, c’est que c’est très long à mettre en place, explique la présidente. Les dispositifs existant ne représentent pas la réalité du terrain. » Tous les participants sont d’accord sur un point : pour pouvoir en financer, et au passage en assurer l’acceptabilité sociale, il faut partager ces projets avec d’autres acteurs économiques. Comme les collectivités, ou les stations de ski, « qui ont davantage de moyens ». « Si l’on veut garantir une alimentation en eau tout au long de l’année, on n’a pas le choix, estime le Philippe Bailbé. Ces retenues d’eau sont indispensables. » Toujours sur l’eau, la question de la priorisation des usages en cas de sécheresse a été abordée : « Il faudrait que celui qui arrose sa pelouse arrête un peu avant que nous soyons contraints de cesser d’irriguer notre maïs ! », a lancé Christel Gagliardo.

    Sur les enjeux de transmission des fermes, de plus en plus urgentes car de nombreux exploitants vont partir à la retraite dans les prochaines années, la présidente a présenté un dispositif régional qu’elle espère voir émerger dans le département, Terre Adonis. La structure accompagne financièrement un porteur de projet, et lui vend ensuite la ferme au bout de quinze ans maximum. « Contrairement à l’association Terre de liens, qui ne permet pas aux agriculteurs de devenir propriétaires et ne se destine qu’à la filière bio, a-t-elle précisé. Nous, on veut que l’agriculteur soit libre ! »

    Agathe Di Lenardo

  • L’essence met les travailleurs à sec

    L’essence met les travailleurs à sec

    Jusqu’où s’arrêtera la hausse des prix de l’essence ? Depuis le début du conflit en Iran, les tarifs à la pompe n’en finissent plus de monter, jusqu’à dépasser les 2,30 euros le litre, en moyenne nationale, pour le gazole. À tel point qu’Emmanuel Macron a demandé, ce mercredi, « à son gouvernement la totale mobilisation sur l’approvisionnement et sur la maîtrise des prix », sur fond de risques de pénurie. De son côté, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, demande au Premier ministre une table ronde sur le pouvoir d’achat. Il faut dire que la situation devient intenable pour les travailleurs…

     Gaëlle, infirmière libérale à Peypin

    Quotidiennement en déplacement du fait de sa profession, Gaëlle Cannat, infirmière libérale, roule en moyenne « 150 km par jour ». « C’est un enfer. Cela fait des mois que l’on stresse quand on va à la pompe », dénonce celle qui est également la présidente du collectif « Infirmiers libéraux en colère ». Avec une voiture essence de 40 litres, le plein qu’elle a fait ce mercredi matin « a dépassé les 80 euros ». « J’en suis au point de dire à ma fille que je ne viendrai pas la récupérer en voiture à la fin des cours », déplore-t-elle. Il faut dire que l’équation s’avère plus que complexe pour elle : « Je prends l’exemple d’une injection sur un patient : elle rapporte 7,25 euros, avec les charges, il me reste 3 euros dans la poche. Maintenant, il faut enlever le coût de l’essence… » À la fin, il ne reste plus grand-chose. « Plus l’essence augmente, moins nous gagnons », résume-t-elle. Elle pointe surtout la conséquence pour les patients : « De moins en moins d’infirmiers libéraux veulent aller dans les zones intermédiaires, rurales. Il y a des patients qui se retrouvent isolés car nous avons de plus en plus de mal pour certains déplacements ».

     Nathan, technicien dans la pétrochimie à Lavéra

    « On commence à en être au point où la voiture représente un trou dans le budget. À 620 euros par mois, le budget devient très conséquent », s’agace Nathan, technicien supérieur de maintenance dans une raffinerie de l’Étang de Berre. Habitant de Saint-Martin-de-Crau, il « n’a pas d’autre choix que de prendre la voiture » pour aller au travail en l’absence de « liaisons en bus ou en train aux horaires adaptés ». Résultat : il est à « facilement une centaine d’euros par semaine de carburant ». Sa situation résume le quotidien de beaucoup de travailleurs : « J’ai récemment changé de voiture pour baisser la consommation de carburant, c’était un critère. Mais elle est achetée à crédit, avec 220 euros que je rembourse tous les mois ».

     Jordan, agriculteur

    de Vaucluse

    « Nos trésoreries sont déjà assez basses à cause de la sécheresse et des rendements plus faibles. Donc, le coût du gasoil pèse encore plus », déplore Jordan Charransol, le président des Jeunes agriculteurs 84. Une profession qui accuse le coup face à la montée du fuel : « Par exemple, le plein d’une cuve de 1 000 litres coûte environ 800 euros de plus qu’il y a quelques années. Avec les moissons puis les vendanges, on passe une cuve en un mois. » Et de dénoncer l’inaction macroniste : « Le gouvernement a mis en place un abattement de 15 centimes par litre, mais le problème, c’est que cette aide n’est toujours pas arrivée depuis juin. Au lieu d’être exempté dès le départ, on doit faire plein de paperasse. On sort de l’argent pour essayer d’être remboursé. »

     Hervé, pêcheur à Carro

    Ancien chalutier, aujourd’hui marin-pêcheur à Carro, quartier bien connu de Martigues, Hervé Gout-Vernier dresse un constat sans appel sur l’impact de la hausse des prix du gazole : « On est en danger de mort ! » Avant de développer : « Le plus compliqué, c’est pour les chalutiers. À 2 000 litres par jour pour 1,20 euro le litre de gasoil au Grau-du-Roi, il faut pêcher 2 400 euros de poisson par jour juste pour se rembourser ». Sans compter sur « les paiements des salaires et la comptabilité ». Même constat pour les plus petits pêcheurs qui ne sont pas à bord de chalutiers, comme lui : « C’est le même problème pour les fileyeurs. On consomme moins, mais il y a aussi le coût du matériel… »

     Marc, plombier

    à Saint-Zacharie

    À Saint-Zacharie, Marc, 54 ans, dirige une entreprise de plomberie avec un salarié. À eux deux, ils parcourent près de 40 000 km par an. Difficile, pourtant, pour cette société qui réalise des dépannages chez des particuliers, mais intervient surtout dans des cliniques, de se passer de la voiture. De Marseille à Toulon, en passant par Miramas et avec un gazole à plus de 2,30 euros le litre, la facture hebdomadaire de carburant approche les 700 euros par mois et par véhicule. « C’est plus simple peut-être pour ceux qui passent une journée sur chantier. Mais quoi qu’il en soit, on subit, on n’a pas le choix », note, fataliste, l’artisan. La hausse du prix des carburants pèse directement sur ses coûts de fonctionnement et dans un secteur où la concurrence est forte et où les clients surveillent leur budget, chaque centime compte. « Ça a des répercussions sur les tarifs que l’on pratique pour nos clients, mais on rogne surtout sur notre bénéfice », conclut-il.

    CHIFFRES

    11,2

    En milliards d’euros, les bénéfices engrangés par Total au premier semestre 2026, une augmentation de 72% sur fond d’explosion des prix.

    +43,6%

    L’évolution en un an du prix du gazole, qui atteint 2,35 euros par litre, à trois centimes du record du mois d’avril, quand l’essence (SP95-E10) atteint un niveau historique de 2,15 euros par litre.

    10,6%

    Des ménages propriétaires d’une voiture ont dépensé, en 2021, plus d’un mois de leurs revenus annuels en carburant, selon une étude de l’Insee publiée le 8 septembre. Ils sont 9,5% dans la Métropole Aix-Marseille, 11% dans le Grand Avignon et 13,8% pour Provence Alpes agglomération.

  • Dans les Alpes-de-Haute-Provence, les agriculteurs insatisfaits du plan de la ministre, « insuffisant »

    Dans les Alpes-de-Haute-Provence, les agriculteurs insatisfaits du plan de la ministre, « insuffisant »

    « Pas à la hauteur de ce qu’on attend » : la FDSEA, les Jeunes agriculteurs et la Chambre d’agriculture ont tenu à réagir mardi aux annonces de la ministre et à son plan à un milliard d’euros, insuffisant selon eux, sur fond de sécheresse et de prédation importantes ces derniers mois dans le département. « 1 milliard d’euros, c’est une somme importante. Mais dans le contexte national, où on a à peu près 350 000 agriculteurs, ça représente à peu près 2 800 euros par exploitation. Je ne pense pas que ce soit à la hauteur de l’enjeu », a avancé Nicolas Solda, président de la FDSEA 04. « C’est un soutien momentané, mais on a un problème structurel sur l’agriculture française. Ce n’est pas le milliard qui va résoudre ce problème », a-t-il ajouté. « Le Casi, c’est comme si on faisait un infarctus et que c’était une réanimation », a de son côté lancé le président de la Chambre d’agriculture, Laurent Depieds. « La sécheresse a frappé de plein fouet les Alpes-de-Haute-Provence, avec des pertes de récoltes : 30 à 60% de fourrage en moins, et jusqu’à 50%, voire 70% de pertes sur les céréales », a détaillé Benjamin Ferrand, le président des JA 04. Pour lui aussi, ce plan d’aides est « une petite rustine qui ne va pas forcément combler le trou qu’il y a à combler. On est loin de l’objectif et des attentes, même si on note l’effort. »

    Prédation, grêle

    et stockage de l’eau

    Les représentants des syndicats agricoles ont par ailleurs évoqué la problématique de la prédation, avec une augmentation de 6% des attaques selon eux, et de la grêle. « La grêle qu’on a eue fin avril, début mai, les dossiers ne sont toujours pas passés, parce qu’il faut attendre le guichet qui va passer au mois de novembre. C’est le parcours du combattant », a déploré le président de la FDSEA 04. « Nos trésoreries sont à mal, on enchaîne les difficultés agricoles depuis plusieurs années, ça en va de la vie de nos exploitations. » Les agriculteurs ont également souligné les problématiques liées à l’accès à l’eau : « On a des saisons qui ont radicalement changé avec des étés très secs. Il faut qu’on puisse stocker l’eau quand elle est là. On n’a plus le temps d’attendre », a lancé le président des JA 04.

  • Prédation du loup : les syndicats agricoles veulent de « vraies réponses »

    Prédation du loup : les syndicats agricoles veulent de « vraies réponses »

    Suite à l’affaire de braconnage de Cervières, les différents syndicats agricoles étaient conviés ce mardi par le préfet pour échanger avec Olivier Thibault, directeur général de l’Office français de la biodiversité (OFB). Les Jeunes Agriculteurs (JA), la FDSEA et la Conf’05 ont refusé l’invitation.

    « Le sujet est désespérément éloigné de nos préoccupations actuelles, a réagi la Conf’05 la veille dans un communiqué. Après un interminable été de catastrophe, le monde paysan est profondément frappé par les difficultés. Dans ce contexte explosif, organiser une rencontre exceptionnelle avec le directeur général de l’OFB sur un enjeu de fait divers nous paraît inapproprié et secondaire ».

    En attente de réponses concrètes

    « Nous refusons une nouvelle fois un dialogue de façade, et nous n’avons pas besoin que des bureaucrates qui nous expliquent comment gérer la présence du loup sur nos territoires », ont déclaré communément les JA05 et la FDSEA05, qui imaginent déjà la teneur des échanges : « Nous demander de faire des efforts, tout en nous imposant toujours plus de contraintes, de contrôles et de procédures ».

    Les trois syndicats ne souhaitent pas rompre le contact avec les services de l’État. La Conf’05 aimerait pouvoir échanger sur les sujets « dramatiquement urgents », comme les financements pour faire face et s’adapter au changement climatique : « Tant que ce ne sera pas clairement à l’ordre du jour, nous ne nous rendrons pas disponibles pour des réunions stériles qui brassent l’air ».

    Les JA et la FDSEA se disent prêts à reprendre les échanges « si l’OFB engage un véritable changement de méthode » : « Sur l’eau, les haies, les traitements, Natura 2000 ou encore le loup, les agriculteurs de montagne demandent des solutions adaptées à leur réalité ».

    Fin juillet, trois personnes avaient été arrêtées à Cervières, soupçonnées d’avoir abattu illégalement neuf loups en mars dernier. Des agriculteurs, principalement issus des JA et de la FDSEA, avaient manifesté début août pour exprimer leur indignation face à une gestion du loup qu’ils jugent « pas adaptée ».

    Agathe Di Lenardo

  • La reconquête agricole, c’est tout droit Entre vignes et Coudon

    La reconquête agricole, c’est tout droit Entre vignes et Coudon

    C’est au Domaine Kennel, à Pierrefeu, que s’est tenue la semaine passée la conférence de presse de la 9e édition Entre vignes et Coudon, qui va se dérouler le 29 mai sur la place de la Liberté, à La Farlède. Une manifestation conviviale qui permet à la Ville de réaffirmer « son engagement en faveur d’une alimentation de qualité, du soutien aux producteurs locaux et d’un cadre de vie harmonieux, où se conjuguent respect de la nature, vitalité du territoire et convivialité ».

    «Quand on a lancé cette manifestation, on ne s’attendait pas à rencontrer ce succès », reconnaît le maire de La Farlède, Yves Palmiéri. Même si, dès le départ, tous les ingrédients étaient là pour que la mayonnaise prenne. En particulier cette envie de se retrouver et de passer un bon moment autour d’un verre, d’une belle assiette en savourant les produits du terroir.

    Pour des produits frais

    et locaux

    Un rendez-vous gourmand qui offre aussi à la commune la possibilité de mettre en avant la politique volontariste menée pour favoriser les circuits courts. Notamment en permettant à de jeunes agriculteurs de s’installer. La reconquête des terres en friche par la Ville permet de leur faire en effet profiter de conditions avantageuses. Et l’opération porte déjà ses fruits.

    Dans un département soumis à une énorme pression foncière qui fait disparaître les terres agraires ou les rend inaccessibles, l’initiative mérite d’être saluée. Et prouve que des outils existent pour favoriser des projets vertueux économiquement et environnementalement responsables.

    C’est à ce prix qu’on peut entre vignes et Coudon, par exemple, déguster des produits frais et locaux.

  • Les agriculteurs doivent apprendre à passer la main

    Les agriculteurs doivent apprendre à passer la main

    On est loin des palmarès de l’immobilier, chers chaque année aux hebdomadaires nationaux, mais, également une fois par an, la Safer (Société d’aménagement foncier et d’établissement rural) donne les tendances foncières du secteur agricole. L’organisme, qui vise notamment à réguler le marché des terres agricoles, a livré lundi dernier au lycée Pétrarque d’Avignon, les tendances du secteur.

    En Vaucluse en 2025, le marché foncier agricole est resté stable en terme de surface échangée (4 435ha), mais le nombre de transactions a progressé de 7% (3 327). La Safer a acquis elle même 397 terrains (moins 2%) mais pour une superficie globale en hausse de 25%. « Le Vaucluse n’est pas le territoire le plus spéculatif de la région, même si en basse vallée de la Durance, autour de Cheval-Blanc, Pertuis, Mérindol, il y a de plus en plus de pression de non agriculteurs », brosse Fabrice Triep Capdeville, directeur de la Safer 84, qui précise que sur les 397 acquisitions en 2025 par la Safer, seulement 48 l’ont été par préemption, le reste se faisant à l’amiable. Toutefois, le marché foncier traduit aussi les difficultés de la profession, avec un recul des rétrocessions d’exploitations. « Historiquement, le Vaucluse est une terre de transmission familiale mais on constate une difficulté dans le renouvellement des générations, les tensions sur le marché viticole font que les jeunes qui pourraient reprendre l’exploitation familiale ne reviennent pas », note Fabrice Triep Capdeville. Le nombre global de candidats à l’installation a baissé de 30%. D’où, dans la foulée de la présentation de ces chiffres, la tenue d’une table ronde sur l’anticipation et l’accompagnement des transmissions.

    « Il y a du foncier et de la place pour tout le monde »

    « Il y a du foncier et de la place pour tout le monde, campe Thomas Escoffier, vice-président de la chambre d’agriculture de Vaucluse et référent installation. Depuis le Covid, on accompagne beaucoup plus de monde en reconversion professionnelle, hors du cadre de reprise familiale ». La Safer avait invité les acteurs d’une transaction de 6 ha réussie à Pertuis entre un couple d’agriculteurs à la retraite et un autre jeune couple, déjà familier de l’agriculture. « On a eu énormément de chance, toutes les planètes étaient alignées », admet Jean-Baptiste Vachette, l’acquéreur. « Tôt, on a su que nos enfants ne voulaient pas reprendre donc on a contacté la chambre d’agriculture », décrit Agnès Maynard, agricultrice retraitée. Qui souligne un aspect important et méconnu : bien souvent la vente de son exploitation implique aussi un déménagement puisque bon nombre d’agriculteurs vivent sur place. « On a su vite qu’on ne pouvait pas rester vivre sur place sinon on aurait continué à travailler », sourit-elle.

    Cet aspect peut également compliquer la transmission entre d’un côté les terres agricoles et de l’autre les surfaces bâties. Pourtant, insiste Jordan Charransol, président des Jeunes agriculteurs, « il est primordial d’habiter sur son exploitation car ceux qui habitent loin ont du mal à structurer leur vie sociale et familiale quand on travaille déjà 70 heures par semaine ». Celui qui est aussi viticulteur et maraîcher à Valréas ajoute « que la présence sur place dissuade des vols », que ce soit dans les cultures, le matériel ou le gasoil…

    Un des leviers évoqué pour réussir une transmission pourrait être l’apprentissage, « peu présent dans notre région à l’inverse du Nord », note Jordan Charransol. « Le salarié peut acheter des parts progressivement, il connaît son exploitation, les débouchés, c’est un moyen plus facile d’installer un jeune hors du cadre familial », plaide-t-il en appelant à faire la promotion de ce système dans les lycées agricoles. Et de manière plus générale, « il y a un enjeu pédagogique à donner envie de faire ce métier, la caricature de l’agriculteur, un grand monsieur mal rasé et mal peigné n’est plus valable », conclut Jordan Charransol.

  • Sauvées après la tempête, ses fraises sont prêtes

    Sauvées après la tempête, ses fraises sont prêtes

    L’effervescence née de l’urgence du moment a disparu. Seul le fort mistral rappelle qu’il y a pile sept mois, l’exploitation d’Alexandre Arnoux débordait de monde. Début septembre à Orange, dans la plaine Saint-Bardon, un fatras d’arceaux tordus et de bâches en plastique arrachées occupait une quarantaine de personnes. La veille, une tempête avec des vents à près de 150 km/h avait balayé le territoire, causant des dégâts « jamais vus » chez ce jeune producteur de fraises.

    À l’heure où ce beau fruit rouge de saison arrive sur les étals, l’occasion était toute trouvée, ce jeudi, pour retourner voir le site. Qui ne porte plus aucun stigmate. Maryse, la maman d’Alexandre, est toujours là. Cette fois pas en réconfort avec du café et viennoiseries, mais pour tenir le point de vente* de saison. Désormais un lourd conteneur aménagé plutôt qu’une frêle cabane. Outre les fraises, s’ajoutent des asperges, de l’huile d’olive, « fabriquée par la belle-sœur » et du miel, « du grand-père », précise Alexandre Arnoux, devenu aussi jeune papa. Une coopération familiale, pilier d’entraide. « Sans la solidarité professionnelle, familiale, amicale, je ne m’en serais pas sorti », constate Alexandre Arnoux.

    Le jour de la tempête, 40% de la production de fraises avait été mise en terre 48 heures plus tôt. « On a réussi à tout sauver grâce à l’aide de 40 personnes pendant une semaine, remercie celui qui est aussi engagé chez les Jeunes agriculteurs, président du canton d’Orange. On a retiré les arceaux, le plastique, toute l’infrastructure qui était morte, et réparé en bricolant avec ce que j’avais déjà sur place ou du matériel donné. » Un hectare de serres neuves, sans encore de fraises en devenir dessous, avait aussi été installé dix jours avant. « 100% des serres étaient par terre », se souvient-il.

    Un crédit pour compenser la quasi-absence d’aides

    Désormais, deux nouvelles grandes serres plus solides sont sorties de terre en novembre – « elles m’ont coûté une blinde » – en plus de la dizaine reconstituée. « J’ai différentes variétés de fraises, on a pu planter début décembre et on est en train de les ramasser », détaille Alexandre Arnoux qui écoule 22 tonnes de fraises entre mars et fin juin, principalement par la grande distribution. « J’ai réalisé un crédit de 120 000 euros », chiffre-t-il. L’assurance ? « Zéro », se désole-t-il. Histoire de multirisques pas couvert à 100%… « J’attends une aide de la Région et de l’État », livre-t-il, sans trop savoir quand et de combien. « La MSA [mutuelle sociale agricole], qu’on critique dans le milieu agricole a pour le coup été très réactive, avec de l’aide pour les nouvelles serres et des reports d’annuité », tient à souligner l’agriculteur.

    L’occasion pour le militant syndical d’élargir la focale. « On parle de souveraineté alimentaire mais on est un pays musée qui veut faire la guerre à tout le monde alors qu’on importe 60% de ce qu’on mange, c’est un cercle vicieux », déplore Alexandre Arnoux. « Y’a du pognon pour construire des sous-marins nucléaires mais pour manger, y’a plus de sous », lâche-t-il, sans parler du « gasoil à 2 euros ». « Comment est-ce possible que des fraises espagnoles soient vendues 4 euros le kilo chez Grand Frais [certains lots ont d’ailleurs été rappelés début mars pour dépassement du seuil de pesticides] quand moi je suis à 10 euros sur place ? », questionne Alexandre Arnoux.

    Heureusement, la passion demeure. « On adore être dehors, on adore nos terres et ce qu’on fait », conclut-il.

    * 768-1154 Chemin de Martignan, horaires sur facebook.com/p/Arnoux-fils

  • [Salon de l’agriculture] Fabien Roussel appelle à consommer français pour relever l’agriculture

    [Salon de l’agriculture] Fabien Roussel appelle à consommer français pour relever l’agriculture

    Comme chaque année, le Salon de l’agriculture constitue un passage incontournable pour Fabien Roussel. Mardi, le secrétaire national du PCF a passé de longues minutes sur le stand de sa région, les Hauts-de-France, où il a rencontré élus et artisans locaux. Mais avant cela, le maire de Saint-Amand-les-Eaux a échangé, pendant une large partie de la matinée, avec les principaux syndicats agricoles (Confédération Paysanne, FNSEA, Coordination Rurale, Jeunes Agriculteurs) au sujet de la crise que traverse le monde agricole.

    « Il faut faire confiance à nos agriculteurs, comme on a confiance en nos aides-soignants, nos enseignants, tous ces métiers indispensables à la France. Nous sommes une nation agricole et un pays sans paysan, c’est un pays qui meurt », a-t-il martelé. Il a ensuite « lancé un appel aux Français pour qu’ils contribuent à la relance de l’agriculture en consommant français et local. C’est un geste citoyen qui va garantir la production française et donc des revenus pour nos agriculteurs ».

    Fabien Roussel en appelle aussi au soutien des collectivités, crucial pour créer de nouvelles rentes pour les agriculteurs : « Il y a besoin d’étiqueter et tracer nos produits, de les valoriser. Les collectivités, les Villes, Départements, Régions, doivent participer à les financer et à les promouvoir, comme nous le faisons dans les Hauts-de-France, en leur offrant des débouchés dans les cantines scolaires et en restauration collective, par exemple. »

    « Le libre-échange affaiblit l’agriculture française »

    Dans son viseur également, les traités de libre-échange, « qui ont mis en concurrence notre pays avec d’autres nations et ont affaibli l’agriculture française. Il y a besoin de les revoir, et, à défaut, de protéger l’agriculture française ».

    Pour y parvenir, Fabien Roussel évoque « une série de leviers à actionner. Il faut garantir un revenu aux agriculteurs. Pour cela, nous défendons le principe des prix planchers et du coefficient multiplicateur pour faire en sorte qu’entre la fourche et la fourchette, la valeur ajoutée soit mieux distribuée entre toutes les professions qui interviennent ». Cela passe aussi par une loi d’urgence, annoncée par le gouvernement, mais dont les communistes « craignent qu’elle arrive bien tardivement. Nous en voulons une dans les semaines qui viennent au Parlement ».

    Enfin, le chef de file des communistes est également revenu sur la très critiquée politique d’abattage systématique mise en œuvre contre la dermatose nodulaire contagieuse, « vécue comme un traumatisme, d’autant plus que dans d’autres pays, ce n’est pas cette politique qui est appliquée. Je comprends les interrogations des éleveurs français, de savoir si c’est bien la bonne méthode ». Pour prévenir au mieux la circulation de la maladie, il faut, selon lui, « mieux répartir les élevages dans toute la France, y compris dans les territoires où ils ont disparu. Les éleveurs ont aussi pris conscience du danger qu’il y a à avoir de gros élevages et des concentrations dans des territoires, [qui favorisent] les risques de propagation de l’épidémie. Il y a tout un travail à faire pour protéger nos élevages des épidémies car on va en souffrir encore ».

  • Occitanie : l’opposition au Mercosur ne faiblit pas

    Occitanie : l’opposition au Mercosur ne faiblit pas

    Le monde agricole gronde et les dernières annonces gouvernementales ne semblent rien arranger au feu qui couvait depuis quelque temps. Déjà empêtré dans sa gestion de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), maladie s’attaquant aux bovins, Matignon a pourtant tenté de désamorcer la colère, sans grand succès comme en témoignent les blocages et mobilisations qui se poursuivent dans tout l’Hexagone.

    À l’instar de Montpellier, où la FDSEA et les JA de l’Hérault s’étaient rassemblés devant les grilles de la préfecture héraultaise le 9 janvier pour tenter de s’opposer à la signature de l’accord entre l’Union Européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Bolivie, Paraguay et Uruguay), créant l’une des plus vastes zones de libre-échange de la planète. « Il est hors de question de dire oui au Mercosur même si certains pays ont changé d’avis. Tant qu’il y aura une lueur d’espoir chez nos adhérents, on ne les lâchera pas  », soutient Annabelle Decoursière, secrétaire générale des JA de l’Hérault. En effet, même si Emmanuel Macron semble avoir changé d’avis et s’oppose maintenant à l’accord de libre-échange, la France n’a pas suffisamment convaincu d’autres pays pour constituer une minorité de blocage, si bien que l’accord devrait être ratifié par Ursula Von der Leyen le 17 janvier. « L’Union européenne vient de découvrir son 49-3 et passe en force », soupire Morgane Bara, porte-parole de la Confédération paysanne dans l’Hérault, regrettant « le peu de lobbying exercé par la France pour avoir la minorité de blocage, pourtant facilement atteignable. »

    Le texte supprime donc les droits de douane entre les parties et ouvre notamment la voie aux importations de viande sud-américaine, dont la concurrence est jugée déloyale et les normes environnementales et sanitaires moins contraignantes. « Le libre-échange est délétère. Les clauses miroirs évoquées par Macron ne changeront pas la donne. On met en concurrence les producteurs de la planète et le moins-disant remporte la palme, tout le monde est perdant », se désole Morgane Bara.

    Direction Strasbourg

    Pour tenter de calmer les esprits, la ministre de l’Agriculture a donc annoncé onze mesures pour une enveloppe de 300 millions d’euros. Sans convaincre l’ensemble du spectre syndical agricole. « C’est de la poudre aux yeux, on saupoudre un peu d’argent, on recule sur l’environnement. Mais sans donner de réponses sur ce qui nous préoccupe vraiment : le revenu paysan », observe Morgane Bara. Des effets d’annonce dénoncés – dans une moindre mesure – par les JA. « Il faut du concret. Ces annonces ne sont qu’un pansement, qui dépend d’un budget. La latence est trop grande avec le moment où ça arrive dans la ferme. Mais on ne crachera pas dans la soupe si ça arrive », soutient Annabelle Decoursières.

    Les regards sont maintenant tournés vers Strasbourg, où le Parlement de l’UE pourrait saisir la Cour de Justice de l’UE lors d’un vote le 21 janvier, ce qui suspendrait l’accord pendant plusieurs mois.
    Louis Dupin

  • À Avignon, les agriculteurs en veulent à l’Europe

    À Avignon, les agriculteurs en veulent à l’Europe

    Devant le portail orné de drapeaux européens de la préfecture de Vaucluse, ce mardi 6 janvier en début d’après-midi, un peu moins d’une centaine d’agriculteurs ont manifesté à l’appel de la FDSEA et des Jeunes agriculteurs (JA). Des bannières bleues à douze étoiles dorées, prêtées par les maires du département, pour signifier leur soutien contre différentes mesures de l’Union européenne.

    Parmi les mesures décriées, le projet d’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, sur lequel les pays membres seront potentiellement appelés à se prononcer ce vendredi 9 janvier. « C’est tout simplement de la concurrence déloyale. Ces pays ne sont pas soumis à la même réglementation que nous. C’est comme si on envoyait l’équipe de France de foot en finale de Coupe du monde sans que les joueurs ne portent de crampons », image ainsi Sylvain Bernard, secrétaire général de la FDSEA de Vaucluse. Pour le responsable syndical, c’est une « mise à mort » de « la première économie du département ». Tout en concédant que c’est surtout « l’agriculture qui nourrit », comprenez les moyennes à grandes exploitations, qui seront les plus touchées par ces mesures. Mais que celle-ci « permet aux gens qui n’ont pas les moyens de se nourrir correctement ». Quant à la promesse du Premier ministre Sébastien Lecornu de contrôles des résidus de produits phytosanitaires interdits en Europe, Sylvain Bernard estime que l’État « n’a pas les moyens » de mettre cela en œuvre.

    À quelques mètres de là, un cercueil avec écrit en lettres rouge sang « Paysans » est accroché à l’arrière d’un tracteur. « Si ça continue comme ça, on va tous finir dedans », lâche un membre des Jeunes agriculteurs. Une délégation de représentants du syndicat a été reçue dans la soirée ce lundi 5 janvier. C’était laborieux », regrette Guillaume Greter, vice-président des JA de Vaucluse. « Cela devient très compliqué de tirer des revenus avec toutes ces taxes », poursuit-il. Il vise notamment la taxe carbone, officiellement nommée Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF). Celle-ci taxe les engrais importés. « Cela représente 80 euros supplémentaires par tonne d’engrais. La période néfaste va continuer. Il faut continuer notre mobilisation et ne pas baisser les bras », lâche de son côté Sophie Vache, présidente de la chambre d’agriculture de Vaucluse et ex-présidente de la FDSEA 84.

    Délégation inhabituelle

    Une délégation d’une dizaine d’agriculteurs a été reçue par le préfet de Vaucluse. Mais le seul élu dans l’un des syndicats était le président des JA, Jordan Charansol. « On veut que le message soit donné par d’autres personnes que ceux qui ont l’habitude. Avec leurs mots et leurs ressentis », précise Sylvain Bernard. À l’image de Sébastien Mazoyer, céréalier à Uchaux et membre de la FDSEA. « On va finir par crever, mais on ne crèvera pas tout seuls. Là, on est bien gentils. Mais on va finir par s’énerver. Si on est obligés de partir car ce n’est plus viable, il restera quoi dans nos communes ? C’est aussi nos paysages de champs qui ramènent des touristes. Mais ils vont finir en friche », confie-t-il quelques minutes avant de s’engouffrer dans la préfecture. Jean-Philippe Bres, également céréalier et affilié à la FDSEA, évoque des « trésoreries à sec » après avoir subi des taxes sur les engrais et estime qu’avec « le cours très bas des céréales, un paquet d’exploitations de la région vont déposer le bilan cette année ».