La Marseillaise : Pourquoi avez-vous accepté d’être marraine de la 23e édition du salon des Nauticales ?
Isabelle Autissier : Pour moi, c’est une occasion de porter des messages, de rencontrer des gens, de faire avancer un certain nombre de projets. Je suis très attachée à la cause environnementale et à la biodiversité marine. Mais aussi à la découverte de l’océan par tout le monde. J’encourage les gens à aller eux-mêmes au bord de la mer, sur ou sous l’eau, pour comprendre comment ça se passe, pour s’extasier et pour se faire plaisir. Nous sommes sur une planète bleue, il n’y en a pas beaucoup dans l’univers apparemment, donc il faut en profiter et découvrir au mieux ce milieu.
En tant que présidente d’honneur de WWF, comment aller
vous porter votre combat de préservation de l’environnement sur le salon ?
I.A. : Dans mes discours, dans mes rencontres je vais parler de ces problèmes. Il ne faut pas se les cacher. Mais je vais aussi parler des solutions parce qu’heureusement il y en a beaucoup. En fait, c’est ça l’éducation. Il faut répéter mille fois les choses. Il faut revenir, parler, rediscuter, échanger, convaincre et pousser les gens à s’engager à leur niveau. C’est inlassable, mais je pense que c’est indispensable.
Et donc, comment va la Méditerranée ?
I.A. : Très mal. Elle se réchauffe plus vite encore que l’océan parce que c’est une petite mer. Elle a aussi de moins en moins d’apports d’eau douce puisqu’il y a moins de pluies. Ce réchauffement de la Méditerranée produit des effets catastrophiques sur la vie dans la Méditerranée. Je pense aux coraux par exemple, mais à beaucoup d’autres espèces. Et aussi, c’est une mer qui est, au niveau des plastiques, la plus polluée au monde. On est nombreux à avoir cette impression d’eaux limpides, mais malheureusement, elle est bourrée de microplastiques. C’est aussi une des mers du monde où la surpêche est la plus grave. On ne peut pas accepter ça. On ne peut pas à la fois dire qu’on aime la mer Méditerranée et dire qu’on ne soucie pas de l’écologie, qu’on verra bien après. Non. Il existe des solutions et donc il faut les mettre en œuvre.
Quelles sont ces solutions ?
I.A. : Il faut arrêter d’utiliser du plastique à tort et à travers. On ne résoudra pas le problème juste en ramassant le plastique. C’est comme si vous vouliez vider la mer avec une petite cuillère. Parce que le plus grave, ce sont surtout les micro-plastiques, qui font moins d’un millimètre, et qu’on ne peut pas ramasser. Ils passent dans la chaîne alimentaire puis dans notre corps. C’est dramatique parce que c’est cancérogène, ce sont des perturbateurs endocriniens, c’est très mauvais pour la santé, la nôtre et celle de la biodiversité. Donc il faut d’abord diminuer la consommation de plastique, parce qu’il y a plein de choses qui n’ont pas besoin d’être en plastique, et qui ne l’était pas avant : les batteries de cuisine, les jouets, le mobilier… Il faut que l’on diminue sa production, que l’on utilise d’autres matières.
Peut-on associer nautisme et préservation de l’environnement ?
I.A. : Oui, parce qu’on protège ce qu’on aime. Aimer l’océan, c’est se réjouir et profiter de ses beautés, de tout ce qu’il peut nous offrir. C’est faire des balades en mer, de la plongée, des balades à pied ou aller se baigner. ça, il faut l’encourager, mais pas n’importe comment. C’est vrai qu’avoir un bateau avec un gros moteur, je ne suis pas certaine que ce soit la meilleure façon de profiter de la Méditerranée. Je pense qu’il y a des façons plus simples, plus tranquilles, qui sont moins polluantes. Je pense qu’il faut réfléchir à comment on fait les choses. La question, ce n’est pas de se priver de les faire, c’est juste de les faire mieux.
Entretien réalisé par Eva Janus

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