Tag: écologie

  • Les chercheurs prévoient la récurrence de feux extrêmes

    Les chercheurs prévoient la récurrence de feux extrêmes

    Des feux « extrêmes » qui vont nous obliger à changer de doctrine dans les décennies à venir… Chercheurs à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) Paca, Julien Ruffault, spécialiste des dynamiques de feux de forêt au sein de l’unité Écologie des forêts méditerranéennes, basé à Avignon, et Bernard Prevosto, spécialiste en écologie forestière méditerranéenne au sein de l’unité Risques, écosystèmes, vulnérabilité, environnement, résilience, basé à Aix-en-Provence, font le point sur ce qui nous attend en matière d’incendie.

    Des phénomènes qui dépendent de trois facteurs, rappelle en préambule Julien Ruffault. La météo où les « températures élevées, l’humidité faible et le vent fort vont favoriser les incendies », la végétation, « toutes les forêts ne brûlent pas de la même manière » et enfin les activités humaines. L’homme étant « à l’origine à 95% des départs de feu en France ».

    Paradoxalement si le changement climatique a « fortement contribué à l’augmentation de ces conditions », poursuit-il, on note « une tendance à la diminution des surfaces brûlées », qui « s’explique par les investissements et progrès réalisés dans la prévention et la lutte contre les incendies ». Mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt. « On observe partout dans le monde l’apparition de feux de plus en plus extrêmes », alerte Julien Ruffault.

    En clair, des incendies de taille exceptionnelle ou qui ont « des impacts majeurs sur les populations, l’économie ou les écosystèmes », précise-t-il. Comme les feux de 2003 et 2022 où respectivement 73 000 ha et 59 000 ha de forêt et de terres boisées étaient partis en fumée.

    Vers une extension géographique du risque

    Ces feux étant incontrôlables, « il va falloir changer de paradigme », indique le scientifique. Ce que les pompiers ont déjà commencé à faire assure-t-il, en essayant de « protéger les populations, diriger le feu et l’attaquer quand on peut ».

    Si, pour l’été qui s’annonce, les prévisions restent difficiles à faire concède-t-il, au cours des prochaines décennies il faut s’attendre à une « extension géographique du risque vers le nord de la France et vers les zones de moyenne montagne », un rallongement de la saison principalement en zone méditerranéenne et dans le Sud Ouest et des feux plus fréquents. En conséquence, l’Inrae se pose en conseil pour anticiper. En proposant par exemple avec l’ONF et en partenariat avec Météo France et l’IGN, une carte nationale d’aléas incendies de forêt « qui servira de référence pour les politiques de gestion de risques », illustre Julien Ruffault.

    L’Inrae s’est aussi penché sur les capacités des plantes, en mode résistance ou résilience. Car « bonne nouvelle, nos végétations méditerranéennes ont développé des stratégies face à l’incendie », indique Bernard Prevosto. Avec son écorce mince, le pin d’Alep, qui occupe plus de 30 000 ha dans le Sud de la France, va par exemple mourir raconte-t-il. Mais les « cônes sérotineux » qu’il produit vont s’ouvrir sous l’effet de la chaleur, libérant des graines sur un sol brûlé, sans la concurrence d’autres espèces. Notre pin mettant « 20 à 30 ans pour reconstituer sa banque de graines », c’est la succession des incendies qui peut poser problème, conduisant même à « une dynamique régressive », nuance le chercheur.

    Néanmoins, après des tentatives de reboisement dans les années 70, 80, « beaucoup d’échecs », il s’agit de laisser aujourd’hui la nature « opérer » dans notre région et d’agir plutôt sur l’érosion post-incendie précise-t-il. « Les sols sont fragilisés, parce que la matière organique a été perdue, on peut faire des fascines pour aider à la reconstitution ou laisser des branches au sol qui vont constituer des abris pour les futures plantes », ajoute Bernard Prevosto.

    Côté prévention, un gros travail reste aussi à faire sur la « perte de la culture du feu dans notre région » estime Julien Ruffault, notamment sur la protection individuelle avec le respect des obligations légales de débroussaillement et les comportements, avant d’exporter ce savoir vers le Nord…

    « Nos végétations de Méditerranée ont développé des stratégies »

  • Région Sud : Erilia et Citeo renforcent le tri

    Région Sud : Erilia et Citeo renforcent le tri

    À l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement, Erilia, 4e entreprise sociale pour l’habitat en France avec 74 000 logements en Paca et Corse, et Citeo, éco-organisme agréé pour la Responsabilité élargie du producteur (REP) des emballages ménagers ont signé une convention de partenariat de trois ans visant à développer le geste de tri dans l’habitat collectif social et améliorer le cadre de vie.

  • A Nîmes, les Vers du ter-ter font pousser l’écologie populaire

    A Nîmes, les Vers du ter-ter font pousser l’écologie populaire

    Sous le béton, la terre. Sous les fins de mois, des colères. Et dans les quartiers, des graines d’avenir. Du 9 au 14 juin, Les Vers du ter-ter reviennent à Nîmes pour une 3e édition sous le signe d’une écologie populaire, joyeuse et politique. Son mot d’ordre, « Fauchons le blé, parlons oseille », dit tout : cette année, le festival met les pieds dans le plat de l’argent, de sa place écrasante dans nos vies et de son partage inégal.

    Porté par un collectif bénévole et indépendant, l’événement continue de tisser des liens entre Gambetta, Richelieu, Pissevin, Valdegour, la route d’Arles, la Placette ou Jean-Jaurès. « On entend souvent dire que l’écologie, c’est un truc de riches. On pense le contraire », défend le collectif, rappelant que les plus précaires sont aussi les premiers exposés aux problèmes environnementaux.

    L’oseille en débat

    Pendant une semaine, l’écologie quittera donc les discours hors-sol pour se frotter aux repas partagés, aux ateliers de débrouille et aux paroles d’habitants. Au programme : cuisine végétarienne avec Côté Jardins solidaires, encres végétales à La Virgule, spectacle autour de l’ancienne monnaie locale Krôcô, discussion sur « l’injuste prix » de l’alimentation ou débat autour de Taxer les riches avec Attac.

    À Valdegour, le film La Guerre des centimes ouvrira la discussion sur le quotidien des livreurs à vélo. À Pissevin, des ateliers radio feront entendre les voix des jeunes. À la Placette, saynètes et karaoké refermeront la fête. Ici, le lien social vaut monnaie forte.

  • Préjudice écologique : le tribunal maritime de Marseille a considéré comme tel la destruction d’herbiers de posidonie

    Préjudice écologique : le tribunal maritime de Marseille a considéré comme tel la destruction d’herbiers de posidonie

    Par Elohane Durand, avocate fondatrice du cabinet Natur’avocat et membre de la Commission environnement du SAF

    La notion de préjudice écologique : Le préjudice écologique, inscrit dans le Code civil en 2016, est défini comme « une atteinte non négligeable aux éléments ou fonctions des écosystèmes ou aux bénéfices collectifs tirés par l’homme de l’environnement ». La réparation en nature doit être ordonnée en priorité : le responsable d’un préjudice écologique doit être condamné à remettre les choses dans l’état où elles se trouvaient avant sa faute. Si cette réparation en nature s’avère impossible, le responsable peut être condamné à verser des dommages et intérêts que le demandeur doit affecter à la réparation de l’environnement. Peuvent notamment intenter une action en réparation du préjudice écologique les associations de protection de l’environnement créées depuis au moins cinq ans et celles agréées.

    Sur la Côte d’Azur, les herbiers de posidonie sont, d’après l’OFB, des écosystèmes pivots qui permettent notamment l’oxygénation de l’eau, le stockage du carbone, et constituent des zones de refuge pour de nombreux organismes. Or, ils se retrouvent menacés par les mouillages des bateaux de plaisance qui, en remontant leur ancre, peuvent les dégrader, voire les arracher. Fin 2024, le tribunal maritime de Marseille a donc reconnu que ces mouillages causent un préjudice écologique.

    Deux méthodes de calcul

    Dans cette instance, pour évaluer le montant des dommages et intérêts, FNE Paca, requérante, propose deux méthodes de calcul envisagées. D’une part, la réparation peut être fondée sur la valeur écosystémique de l’herbier, c’est-à-dire la valeur économique des services rendus par l’herbier, multipliée par la durée pour que la réparation en nature soit aboutie (en l’espèce l’herbier retrouverait son état initial ante-destruction après 25 ans). D’autre part, la réparation peut être fondée sur le coût de restauration de l’herbier. Le bouturage et la transplantation ont un coût d’environ 170 euros le mètre carré. Il faut ensuite y ajouter le suivi de la transplantation et les coûts de surveillance. Dans les deux cas, le préjudice écologique est évalué aux alentours de 200 000 euros. Le tribunal a condamné les capitaines de yachts jugés responsables de ces destructions à verser des dommages et intérêts d’une somme de 108 000 euros au total. Ce montant ne permettra donc de réparer qu’en partie seulement le préjudice écologique.

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  • La jeunesse marseillaise sur les bancs de l’écologie

    La jeunesse marseillaise sur les bancs de l’écologie

    Sur les tables, des poubelles verte, jaune, noire et marron côtoient les gourdes des enfants. Dans la classe, Estelle, de l’association Zero Waste Marseille, leur apprend à recycler leurs déchets : « On a ramené différentes bouteilles qu’ils ont dû mettre dans la bonne poubelle », explique-t-elle, « ça a l’air de plaire, ils posent des questions ». Pour la deuxième activité, les enfants doivent dessiner leur goûter parfait, sans déchets. L’objectif ? Leur montrer qu’ils peuvent consommer des choses appétissantes, sans pour autant qu’il y ait d’emballages. Un exercice bien compris par les élèves. « J’ai dessiné une pomme et une gourde », sourit l’une d’eux.

    Jusqu’au 6 juin, l’association proposera d’autres ateliers de ce genre dans différents établissements marseillais. Une initiative qui s’inscrit dans le cadre du Printemps du climat, événement national organisé par l’Association prévention MAIF pour encourager le public à agir en faveur de l’atténuation climatique. D’autres collectifs, comme Texticologie et Repair Café, participent également à cette semaine de mobilisation.

    Le temps de l’espoir

    Dans la cour, l’association Les Petits Débrouillards fait découvrir la biodiversité aux élèves. « On explique la science à des publics non-spécialistes, pour que tout le monde puisse comprendre », résume Marilou, bénévole. Après une heure d’activité, la récréation sonne enfin. « On a parlé des différences entre les espèces vivantes et des régimes alimentaires », raconte-t-elle. « Ils sont hyper réceptifs, et ils savent déjà plein de choses, c’est bien. » Une belle preuve qu’à Marseille, la sensibilisation aux enjeux climatiques gagne du terrain.

    Ivanie Legrain

  • [EQDD] Métropole de Lyon : des arbres de pluie au secours de l’eau qui ruisselle

    [EQDD] Métropole de Lyon : des arbres de pluie au secours de l’eau qui ruisselle

    Ce dispositif consiste à aménager le pied des arbres avec une zone drainante remplie de cailloux, permettant de capter une partie de l’eau de ruissellement. Celle-ci s’infiltre alors dans le sol, profite à la végétation et limite la saturation du réseau d’assainissement, encore largement unitaire. Initiée en 2020, cette approche écologique réduit les rejets pollués dans le Rhône lors de fortes pluies. « Les effets se sont fait sentir au niveau des stations d’épuration, explique Pierre Athanaze, ancien vice-président de la Métropole de Lyon en charge de l’environnement. Et c’est vraiment gagnant-gagnant, les arbres grandissent mieux et ont un meilleur taux de survie ». Malgré des craintes sur la pollution, les analyses se sont révélées rassurantes pour les plantes. En plus d’améliorer la croissance des arbres, ces aménagements rafraîchissent la ville et favorisent la biodiversité, transformant des espaces urbains très minéraux.

    Par Émilie Charrel Le Progrès

  • [EQDD] Ils troquent leur bureau contre les champs, l’expérimentation toulousaine des Ateliers Icare

    [EQDD] Ils troquent leur bureau contre les champs, l’expérimentation toulousaine des Ateliers Icare

    Quitter un poste d’ingénieur chez Airbus pour aller travailler dans les champs. C’est le choix qu’a fait Frédéric Berthelot en 2021, cofondateur des Ateliers Icare, une association toulousaine née dans le sillage du Covid.

    « Je me suis rendu compte qu’on ne pouvait plus continuer comme ça », raconte cet ancien salarié du groupe aéronautique. Déjà sensible aux enjeux environnementaux, il décide de reprendre des études en éco-ingénierie à Toulouse et de s’engager dans un projet mêlant travail, agriculture et écologie. L’idée des Ateliers Icare : permettre à des salariés de consacrer environ 20% de leur temps de travail à une activité agricole, principalement dans des fermes maraîchères situées près de chez eux. Une manière, selon l’association, de « réconcilier travail et écologie ».

    Créé sous forme de collectif en 2020 avant de devenir une association en 2022, le projet a réellement commencé à se structurer en 2024. Une cinquantaine de bénévoles ont participé à une première phase d’expérimentation. Depuis 2025, plusieurs entreprises testent le dispositif avec des salariés volontaires, sur de petits effectifs. « On voit beaucoup de personnes qui ressentent une perte de sens dans leur travail », explique le cofondateur. «Elles ont besoin de retrouver un équilibre entre activité intellectuelle et activité manuelle, de participer à quelque chose de concret. »

    Une journée par semaine aux champs

    Le maraîchage constitue aujourd’hui le principal terrain d’expérimentation. « C’est une activité accessible, qui demande beaucoup de main-d’œuvre et peu de formation initiale », précise Frédéric Berthelot. Les fermes volontaires ne manquent pas. L’enjeu consiste plutôt à trouver des salariés prêts à franchir le pas et des entreprises disposées à adapter leur organisation.

    Le fonctionnement reste flexible. Une journée par semaine, quelques jours par mois ou des périodes plus intensives selon les saisons : tout se construit entre le salarié, l’entreprise et l’exploitation agricole. Pour les Ateliers Icare, cette polyactivité choisie pourrait répondre à plusieurs défis contemporains : la souffrance au travail, la difficulté de recrutement dans les métiers agricoles ou encore le manque de relève dans certaines exploitations.

    Un projet appelé à se développer

    « Aujourd’hui, les activités essentielles comme l’agriculture, la santé ou l’éducation sont souvent les moins reconnues et les moins rémunérées », estime l’association. « À l’inverse, certains secteurs très attractifs contribuent parfois davantage aux déséquilibres écologiques. »

    Un rapport doit être publié après l’été afin d’évaluer les premiers résultats des expérimentations. Les Ateliers Icare espèrent ensuite élargir le dispositif à davantage d’entreprises et de territoires, notamment autour de Paris et Lyon. L’association échange également avec des institutions publiques pour intégrer cette approche dans des dispositifs de retour à l’emploi ou de reconversion professionnelle.

    Pour ses fondateurs, l’objectif dépasse la simple expérience agricole. « Il ne s’agit pas forcément de tout quitter pour changer de vie, explique l’ancien ingénieur. Peut-être qu’une journée par semaine suffit déjà à retrouver du sens et un autre équilibre ».

    Par Anaïs Jean-Baptiste La Dépêche du Midi

  • [EQDD] Artouste mise sur son train pour sauver la station

    [EQDD] Artouste mise sur son train pour sauver la station

    Miser sur une station sans neige artificielle en 2020, le pari était osé. Pourtant, la petite station du Haut-Béarn l’a fait. Un revirement à 180° plus écologique et moins coûteux, et qui fonctionne. « Pourquoi vouloir s’entêter à continuer de skier à une altitude où l’on sait qu’on n’y arrivera pas ? questionne Jean-Christophe Lalanne, directeur d’Artouste depuis 2019. Notre panorama en revanche, personne ne nous le prendra ! Il est notre force, et c’est lui qu’on met en avant ».

    Artouste et son relief à faire pâlir les amateurs de pentes raides. Son spot de « free ride » et son prix attractif : c’est la station la moins chère des Pyrénées ! Et pourtant. Située entre 1 400 et 2 000 mètres d’altitude, elle peinait ces dernières années à faire le plein. En 2005, elle fait même les gros titres des journaux : « Faillite d’une station de sport d’hiver ». « Artouste met la clé sous la porte ». En 2018, elle n’ouvre plus qu’aux vacances scolaires.

    « Le modèle d’Artouste, tel qu’il a été conçu, est celui qui a été décliné sur tous les massifs depuis les années soixante, explique Jean-Christophe Lalanne. C’était un modèle industriel très performant à l’époque, que l’on exploitait cent jours par an pour vivre dessus toute l’année. Mais confronté au réchauffement climatique, ce modèle, basé sur de la neige naturelle, est devenu de moins en moins rentable. Les domaines skiables ont compensé avec de la production de neige artificielle et des investissements toujours plus lourds. Artouste, elle, a fini par dire stop ! »

    Une offre diversifiée dans un environnement respecté

    En 2019, la collectivité de Laruns crée un établissement public industriel et commercial (Epic) à autonomie financière avec l’objectif de revoir le fonctionnement du site et de trouver un équilibre économique. « Le petit train représentait 60% du chiffre d’affaires l’été contre 40% l’hiver avec le ski. On a donc fait tourner nos trains toute l’année sur des tronçons plus courts l’hiver, transformant le manque de neige en opportunité. » Fin 2025, 1 500 personnes ont profité de l’activité pendant les vacances de Noël.

    Artouste continue de se diversifier pour proposer une offre de destination plutôt que d’incursion, et permettre aux visiteurs de se fixer dans la vallée plutôt que de venir à la journée. Au programme des nouvelles activités : le « mountain kart », un kart de descente, sans pédale ni moteur destiné à la piste sous la télécabine. Une tyrolienne, un espace spa à 2 000 mètres d’altitude face au pic du Midi d’Ossau. Et bientôt, une luge d’été sera installée à proximité du village de Fabrèges.

    Le projet de piste de ski synthétique imaginé en 2024, dont le coût – en plus de son aberration écologique – s’élevait à 372 000 euros, a été abandonné. Et pour réduire son bilan carbone, la station d’Artouste s’est délestée d’une dameuse et d’un télésiège, et a ralenti la vitesse de ses remontées mécaniques. « C’est 20% d’économie d’énergie, se réjouit Jean-Christophe Lalanne. On ne descend plus au Soussouéou parce qu’à 1 300 m la neige est rare et le sera de plus en plus. Doit-on faire des investissements sur un secteur qu’on utilisera dix fois dans l’année ? »

    L’originalité du train d’Artouste, lié à l’histoire de l’hydroélectricité dans la vallée, son itinéraire imprenable au cœur de la haute montagne et au milieu des troupeaux l’été, ravit les visiteurs. Et si sa locomotive tourne toujours au gasoil, l’économie d’une seule dameuse permet de financer les 20 000 litres nécessaires pour le faire tourner tout l’été. Et le directeur de la station de conclure : « En 2024, nous étions à l’équilibre avec un léger excédent. En 2025, l’excédent est encore plus important avec 155 000 personnes qui ont pris le train contre 132 000 l’année précédente. Ce qui nous permet d’acheter de nouveaux wagons pour augmenter la capacité de voyageurs. »

    Le petit train rouge et jaune a sauvé la station d’Artouste qui a fait du manque de neige son principal atout. Il représente aujourd’hui 80% de son chiffre d’affaires annuel, contre 6 à 8% pour le ski et 12 à 13% pour les nouvelles activités. « Reste à le faire savoir et à inciter les Français à embarquer chez nous pour les vacances ! » À Artouste, moins on glisse, plus ça roule.

    Par Laurence Fleury Sud Ouest

  • [EQDD] À Trèbes, apprivoiser le fleuve pour mieux vivre demain

    [EQDD] À Trèbes, apprivoiser le fleuve pour mieux vivre demain

    À Trèbes, le grondement des pelleteuses a remplacé celui des eaux en colère. Sur la rive droite de l’Aude, les engins redessinent le paysage, décaissant un important volume de terre sur plus de 13 hectares. Huit ans après avoir connu une crue meurtrière, la ville panse ses plaies en réinventant son rapport au fleuve.

    « Ici, on a compris qu’on ne pouvait plus lutter contre la nature », confie le maire, Eric Menassi. Cette nuit du 15 octobre 2018, l’eau est montée en quelques heures, emportant tout sur son passage. Six habitants ont perdu la vie, des dizaines de maisons ont été détruites. « Si on reconstruisait à l’identique, on savait qu’on risquait de revivre la même chose, c’était inconcevable », poursuit le premier édile.

    Alors la commune a fait un choix difficile : reculer pour mieux protéger. Une cinquantaine de maisons ont été rasées, laissant place à une vaste zone d’expansion des crues. « Il a fallu convaincre la population du bien-fondé de ce projet, car on ne peut pas imaginer ce que ça représente de quitter une maison familiale, poursuit l’élu. Mais notre responsabilité, c’était de dire la vérité : nous ne pouvions plus garantir leur sécurité ».

    Sur une étendue aujourd’hui herbeuse, une habitante désigne un point invisible. « Ma maison était là », dit-elle simplement. Évacuée avec ses enfants en pleine nuit, elle n’y est jamais retournée. « C’est dur, mais je préfère ça que revivre cette peur. » Plus loin, un commerçant installé en bord de quai observe le fleuve avec attention : « Cet hiver, l’eau est montée… mais elle est restée à sa place. Avant, on aurait eu les pieds dans l’eau ».

    Faire accepter les changements à la population

    Car l’idée est là : redonner de l’espace au fleuve pour réduire sa violence. En doublant par endroits la largeur du lit, la ville diminue la vitesse du courant et la hauteur des crues. « Ce sont les vitesses qui détruisent tout, insiste Eric Menassi. En élargissant, on absorbe les flux d’eau supplémentaires en cas de forte pluie ».

    Ce choix s’inscrit dans une logique plus large d’adaptation à la nature, portée par le Syndicat mixte des milieux aquatiques et des rivières (SMMAR). Et si l’exemple de Trèbes n’est pas reproductible partout, chaque cas de figure étant unique, la philosophie qui a porté ce projet devient un exemple à suivre pour le SMMAR, qui insiste sur la nécessité de faire accepter ces changements à la population. « Il s’agit en réalité de réapprendre à vivre avec la rivière, de se réapproprier cet espace que l’on voyait uniquement comme un danger auparavant, souligne Jean-Marie Aversenq, directeur général du syndicat. Au-delà de l’élargissement, on a donc imaginé avec le maire de nouveaux usages permettant aux habitants de profiter du fleuve comme un verger citoyen, conçu grâce aux 17 000 mètres cubes de terre décaissée du fleuve, mais aussi un sentier pour les pêcheurs, des passerelles, des plages et une forêt alluviale ».

    Une école sur pilotis

    Mais si cette partie aménagement pour les nouveaux usages est en cours de finition, les travaux déjà réalisés depuis juillet 2025 ont fait leurs preuves cet hiver. Lors des crues récentes, aucun dégât majeur n’a été constaté. « Ce n’est pas non plus le risque zéro, tempère le maire de la commune, mais grâce aux travaux réalisés, on réduit fortement notre vulnérabilité face aux crues ».

    Au-delà du fleuve, c’est toute une ville qui s’est adaptée : l’école a été reconstruite sur pilotis, la maison de retraite déplacée sur les hauteurs. Certains équipements, comme la piscine, n’ont pas été rebâtis. « On a fait des choix pour préparer l’avenir, assume Eric Menassi. Aujourd’hui, notre priorité n’est plus de grandir, mais d’être résilients ». Ces choix forts ont vraisemblablement convaincu la population communale qui a choisi de redonner sa confiance au maire lors des dernières municipales, malgré le scepticisme suscité par le projet de réaménagement au départ.

    Désormais, à Trèbes, l’Aude n’est plus seulement une menace. Il devient un allié, imprévisible mais apprivoisé. Et dans cette ville marquée par le drame, une conviction s’impose peu à peu : face au changement climatique, l’adaptation n’est plus une option, mais un chemin.

    Par Joffrey Marcelin Midi Libre

    EN CHIFFRES

    2,5 millions d’euros : le coût du réaménagement, assumé à 50% par l’État, 20 % par la région, 10% par le département et 20% par le Smmar.

    17 000 mètres cubes : le volume de terre décaissée pour réaménager le fleuve.

    1,3 km : la distance sur laquelle le fleuve fut réaménagé.

    13 hectares : l’espace total réaménagé.

    8 ans : le temps qu’il a fallu entre la crue de 2018 et le réaménagement du fleuve.

  • La loutre officiellement de retour dans le Buëch

    La loutre officiellement de retour dans le Buëch

    « Sa présence a été repérée tout autour, notre bassin est le prochain à être colonisé, c’est pour ça qu’on est aux aguets. » En cette matinée d’avril, Théophane Rouballay a enfilé ses bottes pour aller arpenter les cours d’eau du Buëch. Chargé de mission Natura 2000 au sein du Syndicat mixte de gestion intercommunautaire du Buëch (Smigiba), il cherche des preuves de présence d’un animal dont la fréquentation est fortement suspectée dans les Hautes-Alpes depuis plusieurs années : la loutre. « On cherche en particulier des épreintes sur les berges, explique-t-il. Ce sont des déjections très reconnaissables, que l’animal laisse volontairement en évidence comme trace olfactive. Ça lui permet de marquer son territoire. »

    Sur l’un des rochers de la rive, dont il préfère taire l’emplacement pour ne pas attirer trop de curieux qui pourraient déranger l’animal, il trouve des excréments qui pourraient correspondre. Après inspection, il est catégorique, c’est bien une épreinte de loutre. « On peut voir des arêtes, des écailles… Il y a de fortes chances que ce soit la loutre. Localement, il n’y a pas d’autres mustélidés qui se nourrissent essentiellement de la faune aquatique, détaille Théophane. L’odeur est très reconnaissable, personnellement je trouve que ça ressemble un peu à du miel. » Si ces découvertes du mois d’avril étaient encourageantes, il lui restait encore à consolider ses preuves pour être sûr du retour de l’animal dans le Buëch.

    Un mois plus tard, le Smigiba est formel : la loutre fréquente à nouveau cette zone où on la considérait disparue depuis 1986. « Une épreinte a été observée par un naturaliste local et confirmée par la LPO. Toutefois nous sommes passés la même année mais plus tard sur le lieu de l’observation et nous n’avons rien vu, raconte Théophane. Cette année nous avons observé plusieurs empreintes à divers endroits. L’hypothèse d’un territoire occupé paraît donc plus probable. » Pour lui, c’est aussi un signe de bonne santé des écosystèmes locaux : « On a pu retrouver des indices de présence sur différents secteurs du Buëch et de ses affluents, éloignés de plusieurs dizaines de kilomètres. La présence de cette espèce est souvent considérée comme un indicateur de bonne qualité écologique des cours d’eau. »

    Disparue depuis

    les années 1980

    La progression de l’animal se confirme à l’échelle nationale depuis plusieurs années. Passée de 50 000 individus au début du XXe siècle à 1 000 en 1976, on compte désormais plus de 3 000 loutres, qui ont regagné 40% de leur territoire perdu entre 2009 et 2023 selon le CNRS (Centre national de la recherche scientifique).

    Elle fait même l’objet depuis 2019 d’un plan national d’action. Dans le bassin du Buëch, le Smigiba, l’Office national de la biodiversité et le Parc régional des Baronnies provençales y contribuent pleinement : en 2026, leurs équipes ont prospecté plus de 12 km de cours d’eau.

    Cette confirmation de la présence de la loutre ne sonne cependant pas la fin de leurs recherches. D’abord, parce que la loutre n’a pas encore été observée directement, c’est pourquoi après avoir récolté épreintes et empreintes de l’animal, Théophane va s’atteler à collecter des images via des pièges photographiques. Mais aussi car il reste encore difficile d’évaluer la pérennité de sa présence. « Il n’est pas certain qu’elle reste dans le Buëch cet été. Avec les beaux jours, les cours d’eau vont être très fréquentés, cela risque de la faire partir », analyse-t-il.