Aix-Marseille : la Métropole des maires face à ses défis

Dix ans après la création à marche forcée d’une Métropole longtemps honnie des élus locaux, les maires du territoire veulent lui faire prendre un nouveau cap. Ce mardi matin, dans l’hémicycle du Pharo, c’est selon toute vraisemblance le maire (LR) de Salon-de-Provence, Nicolas Isnard, qui devrait succéder à Martine Vassal à la présidence de la Métropole Aix-Marseille-Provence. Une candidature devenue largement consensuelle sur les bancs du conseil métropolitain, aussi bien à droite qu’à gauche, après une longue campagne menée en coulisses. Avec une promesse : mettre davantage la Métropole aux services des communes.

Une place pour tous

« La Métropole, avec le temps, est passée au-dessus des maires, imposant sa vision technocratique. On va la remettre en dessous des maires », promettait l’édile salonais dans nos colonnes, ce week-end. De quoi répondre à tous ces maires qui reprochaient à l’institution d’être gérée comme une collectivité. « Il y a souvent un écran dans nos compétences de proximité », déplorait le président (SE) des maires des Bouches-du-Rhône, Georges Cristiani, à l’occasion de la conférence des Maires de Provence, le 30 mars à Saint-Victoret.

Pour beaucoup d’élus métropolitains, il s’agit aussi de tourner la page des conflits marseillo-marseillais qui ont émaillé les séances plénières lors de la dernière mandature. De quoi expliquer cette recherche d’un consensus le plus large possible et un alignement sur une dépolitisation d’une institution dont l’hémicycle penche pourtant davantage à droite. Ainsi, la majorité marseillaise fera de nouveau partie de l’exécutif métropolitain, avec une promesse d’un équilibre territorial dans la distribution des vice-présidences.

Feuille de route chargée

Il en va de même pour tous les organismes liés à la Métropole. « Ces outils seront aux mains des maires qui en ont besoin », insiste Nicolas Isnard. Parmi eux, la présidence de la Régie des transports métropolitains (RTM) sera assurée par un Marseillais, a-t-il confirmé : « La RTM sert essentiellement à déplacer des Marseillais, c’est normal que ce soit un Marseillais qui pilote cette maison. » De quoi donner une réponse positive au « New Deal métropolitain » réclamé par Benoît Payan (DVG) dans la campagne. Pas de quoi satisfaire les insoumis, qui dénoncent « une grande coalition de la droite, des macronistes et des socialistes ». Et remettent sur la table leur proposition de loi pour supprimer la Métropole, qui resterait pourtant à inscrire dans leur niche parlementaire.

Le maire de Salon-de-Provence, de son côté, milite pour un recentrage des politiques de l’intercommunalité, invite les maires à reprendre les compétences du quotidien. « Toutes les communes qui le souhaiteront pourront récupérer ces compétences de proximité », expliquait-il à la presse. Et lorsqu’elles préfèrent, comme Marseille, ne pas les reprendre en gestion directe, il promet une gestion au plus près du territoire. « On peut imaginer que les anciens territoires se recréent, que nous mettions là-bas des antennes et que ces antennes fassent fonctionner, mieux qu’aujourd’hui, ces compétences de proximité », défend-il. Comme un retour à ce qui prévalait avant 2023, après pourtant une complexe réorganisation de l’administration. « Une Métropole à la carte, ce n’est pas un gros mot ! », défendait le président (DVD) du groupe des maires de Provence, Jean-Pascal Gournès.

Restent les enjeux lourds du territoire, qui peuvent difficilement être découpés à la carte. Après avoir tardé à adopter son programme local de l’habitat, la construction de logements reste en-deçà des besoins, particulièrement pour le logement social, et la rénovation des copropriétés dégradées doit être lancée. Malgré l’adoption d’une feuille de route pour la réindustrialisation du golfe de Fos et de premiers chantiers sur la table, il reste encore 107 millions d’euros à trouver pour construire les équipements publics nécessaires. S’ajoutent encore les murs financiers attendus sur les transports ou les déchets, l’avenir très politique des délégations de service public de l’eau, de l’incinérateur de Fos ou du tunnel Prado-Carénage… « Pour être président de la Métropole, il faut être un peu maso », plaisantait Georges Cristiani.

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